Dean lâcha M. Comateux sur son lit avec un sentiment de déjà-vu. Elle lui semblait bien loin l'Apocalypse à présent, comme un vague cauchemar dont seule l'angoisse reste gravé dans la mémoire. Il tira la chaise près du lit et veilla sur Castiel, inversant les rôles pour une fois; il sourit à cette idée. Mais le chasseur avait un mauvais pressentiment, qui l'accompagna dans les quelques heures de sommeil qu'il réussit à grappiller avant l'aube.

Celle-ci venue, il ouvrit les yeux avec peine et discerna l'ange assis raidement sur le lit, attendant que Dean se réveillât.

- Dean... Le temps m'est compté avant que le Paradis ne me retrouve; je dois partir sinon Naomi vous tuerait tous les deux, dit l'ange d'un air grave.

- Non, Cas, n'essaie même pas de téléporter ton cul plumé ailleurs, on va trouver un plan ensemble, avec Sam, répliqua Dean en passant sa main sur son visage fatigué.

Castiel ne soupira même pas. Il s'attendait à une telle réponse.

- Attends... Naomi, un séraphin, t'as lobotomisé toi et les tiens pour vous contrôler et elle t'a demandé de tuer Samandriel pour protéger une tablette et le fait qu'elle vous torture ?! Samandriel savait tout alors..., récapitula Sam devant une tasse de café, dans le repaire des Hommes de Lettres.

L'ange acquiesça silencieusement, à côté de Dean.

- J'ai encore tué un des miens, un des rares anges à être encore bon...

- Ce n'était pas de ta faute, Cass, tu pouvais rien faire contre cette salope, le réconforta Dean en buvant une gorgée de whisky. Bon, maintenant on doit trouver un plan. Cass guérit vite et bientôt tous les symboles anti-anges auront disparu.

- Il doit bien y avoir de l'huile sacrée ici, proposa Sam, et vous, vous pourriez trouver un sort pour invoquer un séraphin dans un cercle d'huile...

- Et puis quoi, on la tue ? demanda Dean.

Sam haussa les épaules.

- Bah, oui, à moins que tu ne veuilles la cuisiner...

Dean considéra cette option avec sérieux, sous les yeux choqués de Castiel.

- Dean, tu torturerais un ange ?!

- Un ange qui torture les siens n'en est plus un. De plus, nous devons trouver où se cache cette Tablette des Anges avant que Crowley ne mette la main dessus..., lui rappela Dean.

Castiel dut lui donner raison; il savait être sensé quand il le fallait.

- Comme si tu pouvais quoi que se soit contre moi, pauvre primate, cracha une voix froide derrière eux.

L'instant d'après, Naomi avait projeté les deux frères à l'autre bout de la pièce, faisant tomber les bibliothèques comme des dominos. Apeuré, Castiel se tassa sur sa chaise tandis que le séraphin en tailleur le soulevait par le col de son trenchcoat tel une poupée de chiffon.

- Castiel, Castiel... Tu pensais vraiment que quelques pitoyables sceaux pouvaient m'empêcher de te retrouver ? Je suis de la plus haute classe des Anges, ne l'oublie pas, dit-elle en le fixant de ses yeux de glace.

- Naomi... Je... Je suis désolé. Mais ne leur faites pas de mal, par pitié. Je ferai tout ce que vous voudrez.

Le séraphin contempla le misérable semblable qu'elle tenait suspendu au-dessus du sol, faisant mine de réfléchir à sa supplication. Elle se rapprocha de Castiel et lui chuchota à l'oreille, les yeux brillants d'un air de folie:

- Tu le feras de toute manière, même si je tue tes deux amis, idiot.

Tout à coup, elle lâcha Castiel qui s'effondra au sol et son regard descendit vers son ventre. Une épée d'Ange dépassait de son vaisseau, laissant échapper sa grâce, pas assez pour la tuer complètement cependant.

- Je suis désolé de vous interrompre, mais j'ai besoin de vous. Ou plutôt de votre cerveau, dit Crowley avec son accent reconnaissable.

Il jeta un rapide coup d'œil à Castiel, qui l'observait, confus.

- Je reviendrai pour toi et tes deux humains, mon pote.

Et le Roi de l'Enfer se volatilisa, de même que les deux démons en smoking qui l'accompagnaient.

Sam et Dean émergeaient péniblement des piles de livres qui les recouvraient, avec force grognements de douleur. Quand ils furent aux côtés de Castiel, toujours agenouillé, ils demandèrent:

- Cass, qu'est-ce qui s'est passé ?

- Naomi. (Il se leva, le regard perdu dans le vague.). Crowley l'a capturée. Notre dernière chance de trouver la tablette des Anges avant lui s'est volatilisée avec eux...

- Merde, lâcha Dean.

Les deux chasseurs et l'ange étaient assis autour de la table du bunker, entourés par un chaos de manuscrits qu'ils n'avaient pas le courage de ranger.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? maugréa Dean, un sac de glace appuyé sur l'arrière de son crâne.

- On ne peut rien faire, à part attendre que Kévin ait fini de traduire la demi-tablette, et que je puisse subir l'épreuve suivante..., répondit Sam, désespéré. Espérons juste que cela soit avant que Crowley ait trouvé la tablette des Anges, sinon...

Il laissa sa phrase en suspens, rendant tout ce qu'elle impliquait encore plus lourd à supporter.

- En fait, Castiel, cette tablette aurait le même effet que celle des Démons ? Elle enfermerait tous les Anges au Paradis pour toujours ? demanda Sam.

- A mon avis, oui, répondit Castiel.

Dean le fixa de ses yeux verts émeraude où se reflétaient la rage de l'impuissance:

- Même toi ?

- Oui, Dean.

Il allait reperdre son meilleur ami, pour de bon cette fois, à cause d'un foutu Démon qu'ils ne pouvaient pas retrouver ?! Cette idée mit Dean hors de lui, alors il se leva brusquement, éprouvant le besoin de respirer un bon bol d'air frais.

Je vais faire des courses.

- Ok, fit Sam tandis que l'ange restait taciturne.

Dean ferma la lourde porte du bunker qui donnait sur une route déserte du Lebanon, au Kansas. Il prit place dans l'Impala et savoura le bruit relaxant du moteur qui ronronna quand il tourna la clé.

Cette histoire était un vrai casse-tête; s'ils réussissaient à trouver la tablette des Anges avant Crowley, ils seraient face à un choix difficile: l'utiliser ou la détruire. Or, le but ultime de Sam et lui était de créer un monde sans aucun Ange ou Démon pour y mettre le bordel avec leur guerre sans fin, un monde que pour les humains, mais ils n'avaient pas pensé au fait que cela signifierait aussi dire adieu à Castiel. Dean secoua la tête pour chasser ces pensées sombres et alla ensuite à l'épicerie la plus proche, qui consistait en fait en une station d'essence délabrée tenue par un vieil homme bougon.

En remplissant son sac de bières et de tartes aux pommes, flânant entre les rayons, il heurta quelqu'un qu'il connaissait bien et qu'il ne s'attendait pas du tout à trouver là.

- Déso... Meg ?!

- Salut, Dean.

Elle était blonde et ensanglantée, mais c'était bien elle. Le même sourire narquois.

- Qu'est-ce que tu fous ici ? l'interrogea Dean, la main déjà sur la garde de son couteau.

- Du calme, cowboy, répondit Meg, j'ai réussi à m'échapper du pire endroit de l'Enfer où Crowley me gardait prisonnière. Je suis là pour vous aider. Je sais où se cache ce fils de pute.