Entracte — Souvenirs, souvenirs
Note de l'auteur — Ceci est un aparté, qui se situe dans le chapitre 11, juste avant que la Boîte Bleue n'atterrisse parmi une bande d'aliens belliqueux.

De la guimauve à la fragrance masculine, alors ceux qui n'en sont pas fans, passez directement au chapitre suivant!


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Ianto observait en silence Jack qui faisait du charme aux Docteurs - aux deux en même temps - comme à l'accoutumé. La séduction semblait être un don inné chez le capitaine qui en usait sans discrimination. Et si tout le monde ne cédait pas à ses avances, aucun ne les repoussait de manière catégorique, qu'il soit humain ou extraterrestre.

Ianto se rappela comment lui même, qui n'avait jamais été attiré par les hommes auparavant, avait subi son espèce de magnétisme irrésistible dés leur première rencontre...


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La mort de Lisa avait laissé un trou béant dans le cœur d'Ianto, qui ne voulait pas se cicatriser. Rien n'avait plus de sens dans son existence, et il ne savait pas trop pourquoi il continuait à travailler pour Torchwood. Sans doute parce que c'était la seule chose qui lui restait.

Son boulot consistant essentiellement à classer les dossiers et à dresser l'inventaire de l'arsenal, il n'avait pas souvent l'occasion de côtoyer de près les agents du terrain. Il ne prêta donc qu'une oreille distraite lorsque les bruits du couloir chuchotèrent que Miss Tyler avait ramené une nouvelle recrue, qui ne semblait pas être du XXI ème siècle. Cela ne le concernait en rien... jusqu'à ce qu'il tombe nez à nez avec lui.

Au bureau, Ianto faisait toujours son café lui-même. Ce n'était en aucun cas une maniaquerie ou une recherche de la perfection, mais une façon de perpétuer la mémoire de Lisa, qui avait pour habitude de ne boire que ce qu'il avait préparé. Étant au courant de cela, l'employé de la cafétéria lui laissait la place derrière le comptoir lorsqu'il y entrait.

Ce jour-là, il venait juste de se verser une tasse toute fumante lorsqu'une voix chaleureuse se fit entendre derrière lui.

— L'odeur est absolument divin. Je pourrais en avoir?

Il se retourna et vit qu'un homme était négligemment accoudé au comptoir. Plus que son physique avantageux, ce fut son sourire qui retint son attention: enfantin sans être tout à fait innocent, charmeur sans trace de frivolité.

Machinalement, il prit un mug qu'il remplit à moitié et le lui passa.

Ils burent un moment en silence. Puis Ianto remarqua que l'autre observait rêveusement le moindre de ses gestes.

— Pardon, s'excusa-t-il en riant. C'est votre façon de boire le café, elle me fascine.

Ianto ne comprit pas. Qu'avait-elle de si extraordinaire ou de bizarre?

— Vous entourez la tasse de vos deux mains pour mieux ressentir sa chaleur, et ensuite vous vous enivrez de son arôme avant de déguster juste une gorgée... Tout cela est très sensuel, on dirait que vous faites l'amour à votre café.

Ianto faillit s'étouffer et fut pris d'une quinte de toux. Mais qui était donc cet énergumène? Était-ce le genre de remarque qu'un homme faisait à un autre homme?

— Ah, j'oublie encore la pudibonderie notoire des gens de cette époque. Vous avez une vision si étriquée sur certains domaines que c'en est presque effarant...

Ianto le considéra comme s'il avait affaire à un fou. L'inconnu se présenta alors en lui tendant cordialement la main.

— Capitaine Jack Harkness. Je suis le petit nouveau de l'équipe. Et vous?

Leur première rencontre fut brève, mais laissa à Ianto une forte impression, un peu comme une bouffée d'air frais venu d'ailleurs. Une goulée d'oxygène avant de replonger dans les eaux noires de la dépression.

Car sans même se rendre compte, il était en train de sombrer, tel un naufragé finissant par lâcher sa bouée, las d'attendre les secours qui ne viendraient jamais...


Personne ne viendra... Personne ne me pleurera...

Coincé sous les gravats, Ianto avait renoncé à lutter pour sa survie.

Les locaux de Torchwood avaient été envahis par un commando de la cellule 114, un groupe de terroristes extraterrestres. Ils avaient fait exploser une bombe, et il s'était retrouvé avec la moitié du plafond écroulé sur lui.

Je suis seul... Qui me sauvera?

La poitrine oppressée par un bloc de béton, il avait de plus en plus du mal à respirer. Toutefois, il était serein. Mieux valait mourir que de continuer à vivre sans but, comme un zombi.

Ses idées se brouillèrent et tout devint noir. La paix, enfin. Celle qu'il aurait dû avoir auprès de Lisa.

Il fut tiré de son paisible inconscience par un énergique massage cardiaque. Quelqu'un l'avait dégagé des gravats et essayait de le réanimer. Qui était-ce?

S'ensuivit une bouche à bouche qui lui rendit le souffle, et il ouvrit les yeux, la poitrine soulevée par une profonde inspiration.

— On peut dire que je suis arrivé à temps! fit Jack, le visage souriant.

L'esprit encore embrumé, Ianto considéra son sauveur d'un regard vide avant de murmurer:

— Je n'ai pas demandé à être sauvé...

Un moment abasourdi par cette réaction, le capitaine répliqua avec son air le plus sérieux.

— Vous n'aviez pas besoin de le faire. Je vous ai tout de même entendu.

Puis il prit délicatement la tête d'Ianto qu'il posa sur ses genoux et saisit son portable.

— Rose? Il y a un blessé au niveau 3, envoyez du secours...

Qui me sauvera?

Moi, je vous sauverai.


Quelques jours plus tard, Ianto se mouvait avec lenteur derrière le comptoir de la cafétéria, gêné par le plâtre de son bras gauche. Du percolateur commençait à monter une volute d'arôme fortement corsé, lorsque le capitaine vint s'accouder devant lui, les yeux ronds.

— Il n'est pas un peu tôt pour que vous quittiez l'infirmerie? demanda-t-il sur un ton critique.

Ianto se contenta de verser le liquide brûlant d'une seule main. L'handicap le ralentissait peut-être, mais n'altérait en rien son efficacité dans l'art de préparer de l'excellent café.

— Pour vous remercier, dit-il en déposant la tasse devant Jack.

— De quoi? Nous sommes collègues, c'était tout à fait normal.

D'avoir redonné un sens à ma vie.

— Merci, fit simplement Ianto.

Jack eut son rire de bon enfant et dégusta le breuvage avec un réel plaisir.

Ce fut le début d'une longue série de pauses-café qu'ils partagèrent ensemble, jour après jour. Et au fur et à mesure que leur complicité grandissait, Ianto comprit avec une certaine consternation que les sentiments qu'il éprouvait pour le capitaine dépassait le cadre de l'amitié. Mais même une fois qu'il eut surmonté le choc et qu'il décida de voir la vérité - celle de s'être épris d'un homme - en face, il n'eut le courage de le lui avouer.

Car si jamais il se faisait rejeter, il avait peur de ne pas pouvoir se relever, cette fois...


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Plongé dans ses souvenirs, Ianto ne se rendit pas compte qu'il était observé à son tour par Amy.

Perspicace malgré son jeune âge, elle avait deviné depuis le temps qu'il était amoureux du capitaine, mais qu'il n'osait le montrer. Pourquoi diable hésitait-il? Selon elle, Jack n'était pas indifférent au jeune homme dont la timidité faisait tout son charme. Cela se voyait au fait que ce séducteur invétéré, habitué à draguer tous ceux qui lui passaient sous le nez, s'imposait une certaine limite lorsqu'il s'agissait d'Ianto. N'était-ce pas la preuve que Jack considérait ce dernier d'un oeil particulier?

Tout cela était quand même bien dommage, soupira-t-elle. Il y avait ces deux beaux gosses célibataires, non, trois en comptant le Docteur, et aucun d'eux ne s'intéressait à elle! Dans quel fichu monde vivait-elle, enfin!


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Note de l'auteur — Une petite interlude, avant de reprendre le fil de notre histoire...