— Reste avec moi, Jack. Ensemble nous sillonnerons l'Espace, comme au bon vieux temps. Faire ce qui nous plaît, dans une totale liberté et sans rendre compte à personne...
La voix de Hart s'amenuisa jusqu'à n'être qu'un marmonnement inintelligible. Il avait fini par s'assoupir sous l'effet des médicaments.
Prenant garde à ne pas toucher à l'aiguille de l'intraveineuse, Jack lui remonta la couverture. Puis il déposa un chaste baiser sur le front brûlant de son ancien partenaire en guise d'adieu.
— J'espère qu'un jour, murmura-t-il, tu trouveras comme moi des personnes qui donneront un sens à ta vie.
Lorsqu'il sortit de la chambre du malade, il trouva Ianto qui jetait de petits coups d'oeil furtifs vers l'infirmière de l'accueil, ou plus précisément vers sa peau d'un beau bleu turquoise. Jack ne put s'empêcher de sourire devant sa mine ébahie.
— Elle est mignonne, non? dit-il, pris d'une soudaine envie de le taquiner.
— ...Mais c'est une extraterrestre.
— Et alors? A part sa teinte, son anatomie n'est guère différente de la nôtre, j'en ai déjà fait l'expérience.
Sa déconfiture fit rire le capitaine. C'était viscérale: Ianto avait une sorte de candeur désarmante qui le poussait à le titiller - Oh, juste un peu - et de s'extasier devant sa réaction scandalisée.
Ils quittèrent l'hôpital de Lastellas et se dirigèrent vers le Tardis, où leurs compagnons les attendaient.
— Jack? appela Ianto sur un ton hésitant.
— Oui?
— Comment va ton ami?
Ce n'était pas exactement la question qu'il avait en tête.
— Il n'aurait jamais dû se démener ainsi dans son état. La grippe est relativement anodine, à condition de se reposer... ce qu'il n'a pas fait. Mais ça va aller. D'ici quelques jours, il sera de nouveau sur pied.
Un silence.
— Euh... Jack?
Ce dernier comprit alors que l'autre voulait lui parler de quelque chose et qu'il n'osait pas.
— Ecoute, si tu as un truc à me demander, fais-le au lieu de tourner autour du pot.
— Que... que feras-tu une fois qu'on aura retrouvé Rose?
— Comment ça?
— Ton manipulateur du vortex est réparé, à présent...
...Et il pouvait reprendre sa vie d'avant, s'il en avait le désir. Mais la dernière partie de la phrase resta en travers de la gorge de Ianto, qui n'avait pas assez de courage pour la prononcer à voix haute.
Le capitaine s'arrêta net et se retourna, au risque de se rentrer dedans avec celui qui le suivait. Il le considéra longuement, sans dire un seul mot, au point que le jeune terrien rougit comme une pivoine.
— Tu veux que je repartes, c'est ça? fit Jack sur un ton faussement chagriné. Ça te ferait un rival en moins.
— ...Quoi?
— Mais je te l'ai déjà dit, non? Le Doc n'en a que pour Rose. Alors tu n'as pas à te sentir menacé par ma présence.
Ianto rougit encore, mais cette fois d'exaspération. Il n'en pouvait plus que celui qui lui tenait à coeur s'entête à ne pas comprendre ce qu'il ressentait. Il se fichait pas mal du Dr Smith! Ce qu'il souhaitait par-dessus tout...
Une main apaisante vint se poser sur sa tête. C'était celle de Jack. Et il lui souriait. Ni charmeur, ni enjôleur. Un simple sourire qui exprimait une sincère affection.
— Je te charriais.
Puis il tourna les talons et se remit à marcher, laissant Ianto pantois.
Jack se souvenait encore de son regard lorsqu'il l'avait tiré de sous les décombres (voir entracte - souvenirs, souvenirs): c'était celui d'un homme ayant renoncé à la vie. Cela l'avait profondément marqué... et touché aussi, l'incitant à se rapprocher de lui. D'après Jack, Ianto était quelqu'un qui était fait pour le bonheur et la joie, le genre de sentiments aussi lumineux que le soleil en plein été, et non ce vide insondable qu'était le désespoir. Plus jamais il ne voulait que les yeux du terrien reflètent une telle affliction. Plus jamais, parce que... parce que...
— Ianto?
— Jack?
L'interpellé avait répondu avec un temps de retard, encore déboussolé par l'expression du capitaine de tout-à-l'heure, qui n'était pas comme d'habitude.
— On devrait aller prendre un verre ensemble, un de ses jours.
Le visage de Ianto s'anima, au fur et à mesure que la signification de ces paroles lui apparaissait clairement. De l'un, Jack avait l'intention de rester sur Terre. Et de deux...
Prendre un verre ensemble. Et après, qui sait?
De retour au Tardis, Ianto sentit sa bonne humeur dégringoler en remarquant l'ambiance qui régnait dans la salle du pilotage.
Debout à l'opposé de l'un de l'autre, les deux Docteurs se regardaient en chiens de faïence. Ianto se rappela de l'extermination des Daleks et de l'altercation qui l'avait suivie. Et apparemment, cela ne s'était pas arrangé depuis.
Amy, qui se tenait sur le côté en se rongeant les ongles, s'approcha du capitaine et expliqua à voix basse.
— Ils ne veulent céder, ni l'un ni l'autre.
— A propos de quoi? fit Jack sur le même ton.
Amy n'eut pas besoin de répondre, car les Seigneurs du Temps reprirent leur discussion.
— Gallifrey, dit le Docteur.
— Londres du XIX ème siècle, rétorqua John.
— La priorité est d'empêcher David de briser ce fichu verrou temporel. Nous irons sauver Rose après.
— Nous ne connaissons pas en détail son plan. Un complément d'informations nous serait utile.
— Et tu penses les trouver à l'ère victorienne? C'est... c'est stupide!
— Stupide? Et se jeter tête baissée dans l'inconnu, ce n'est pas stupide?
Soudain, l'éclairage de la salle s'accrut pendant un bref moment avant de s'éteindre d'un coup sec. Surpris, les Docteurs appuyèrent sur divers boutons et manettes de la console, sans succès. Le Tardis ronronna à chacune de leurs tentatives, mais refusa de démarrer.
— Tu es content, maintenant? fit le Docteur avec aigreur. Il boude à cause de toi!
— A cause de moi? Ce n'est pas moi qui débite des absurdités depuis...
Un sifflement aigu. Tous les regards convergèrent vers le capitaine qui ôta les doigts des lèvres et commença d'un air les plus sérieux.
— Docteurs.
Une pause. Puis il poursuivit avec gravité.
— Quand papa et maman se disputent, ce sont les enfants qui trinquent, c'est bien connu.
Ianto toussa pour masquer son envie de rire. Quant à Amy, elle se bidonnait en silence en se cachant la bouche. Que ses compères se marrent ou pas, Jack continua sans se départir de sa solennité.
— En l'occurrence il s'agit de deux papas, mais passons. Regardez cette pauvre Amy. Elle est toute malheureuse à cause de vos différends.
Le disant il saisit la jeune femme hilare par les épaules et la poussa devant eux.
— Mais je ne suis pas... protesta-t-elle avant de se raviser à un discret coup de coude de la part de Jack. Si, si. Je suis très triste, très très triste que vous vous querelliez ainsi.
— Vous voyez? renchérit-t-il. Et je suis certain que le Tardis est dans le même cas. Alors voilà ce que je vous propose. Nous sommes tous fatigués, et cela fait des heures que nous n'avons rien mangé. Que Ianto nous prépare d'abord quelque chose pour nous caler l'estomac. Ensuite nous prendrons un peu de repos - que vous profiterez pour vous réconcilier - avant de décider de notre prochaine destination. Mon idée n'est-elle pas géniale?
— Jack, soupira John. Cessez vos pitreries, nous n'avons vraiment pas le temps pour ça.
— Mais si, Doc. Nous avons tout le temps qu'il faut, puisque nous voyageons dans le temps. Allez, tout le monde dans la cuisine, et au trot!
Ianto réprima à nouveau son hilarité en voyant le capitaine entraîner les Docteurs récalcitrants hors de la salle de pilotage. C'était à se demander qui était la "maman" dans l'histoire...
OoOoO
Bon gré mal gré, les Gallifréens furent obligés de se ranger à l'avis de Jack. Ils n'avaient guère le choix, vu que le Tardis ne daignait bouger d'un pouce. Tous se retrouvèrent donc dans la cuisine, qui faisait également office de salle à manger. Et pendant que Ianto inspectait le contenu du réfrigérateur, Amy se tourna vers le capitaine.
— Et si vous nous racontiez comment vous vous êtes rencontré avec Rose?
Elle cherchait par là à détendre l'atmosphère, mais pas seulement. Elle était réellement curieuse de connaître un peu mieux celle qui l'avait précédée. Ne voyant aucune raison de lui dire non, Jack acquiesça.
Acculé dans une impasse d'un quartier de Londres du XXI ème siècle, Jack considéra amèrement son manipulateur du vortex qui venait de le lâcher. Il n'avait plus aucun moyen de s'échapper, ni de se défendre puisque la batterie de son blaster était à plat. Par contre celle de son adversaire était chargée.
— C'est la vie, Jack.
La femme qui lui faisait face avait une silhouette sensationnelle, qui aurait fait tourner la tête de bien des hommes. Mais sous ses dehors aguicheurs se cachait un ancien agent du Temps reconverti en une redoutable chasseuse de prime au coeur de pierre.
— Si tu le dis, Alya. Ai-je droit à un dernier verre?
— Désolée, mon chou. Je n'ai pas de martini sur moi. Dommage que cela finisse comme ça, j'ai toujours beaucoup apprécié ton humour.
Elle se prépara à lui tirer dessus, l'ombre d'un sourire glacial flottant sur les lèvres.
— Ne m'en veux pas trop, Jack. Ça n'a rien de personnel.
Clic.
Elle se figea au bruit d'une arme dont on enlevait la sécurité. Une voix s'éleva aussitôt derrière elle.
— Ne m'en veuillez pas trop, ça n'a rien de personnel non plus.
Celle qui venait de la mettre en joue était une jeune terrienne aussi blonde que le blé. Jack, qui restait Jack, danger de mort ou pas, émit un sifflement admiratif en la parcourant du regard: joli petit lot...
— Vous ne devriez pas vous mêler des affaires des autres, persifla Alya. Cela pourrait vous attirer ennuis.
La menace n'impressionna pas pour deux sous la nouvelle venue qui haussa les épaules.
— Si vous saviez... Avec tous ces extraterrestres qui prennent la Terre pour leur terrain du jeu, nous ne connaissons que ça: des ennuis. Alors nous n'avons pas besoin qu'en plus l'Agence du Temps vienne fourrer son nez.
— Je ne suis plus un agent de...
— Agent, ex-agent, peu importe. Allez dire à vos employeurs qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent dans d'autres lieux, dans d'autres époques, mais qu'ils restent à l'écart de la Terre du XXI ème siècle. Nous ne tolèrerons aucune de leurs magouilles ici.
— Nous? Qui ça, nous?
— Torchwood.
— Connais pas.
— Ce n'est pas ma faute si vous êtes trop paresseuse pour faire vos devoirs avant d'aller vous balader dans le passé.
Sous l'insulte, les yeux d'Alya brillèrent de colère. Néanmoins elle réagit en professionnelle et garda son sang froid. Après avoir soigneusement pesé le pour et le contre, elle baissa lentement son arme et se retourna, mordillant les lèvres par dépit.
— Un jour, je vous le ferai regretter, cracha-t-elle en appuyant sur son bracelet.
— C'est ça. Bonne journée à vous aussi.
Une fois la chasseuse de prime dématérialisée, elle scruta Jack du haut en bas.
— Mon dieu. Et moi qui croyais qu'il ne pouvait exister deux comme lui.
Remarque pour le moins énigmatique, que Jack passa outre, car il y avait plus urgent: faire connaissance avec cette ravissante créature qui venait de le tirer d'un sacré guêpier.
— Enchanté, se présenta-t-il, tout sourire. Je suis...
— Vous êtes Jack Harkness.
— Nous serions-nous déjà rencontrés? demanda-t-il, perplexe.
— Oui, dans une autre vie... Votre manipulateur du vortex est tombé en panne?
— Malheureusement.
Il se rembrunit en considérant l'appareil en question. Comment allait-il pouvoir le réparer? Il était peu probable qu'il trouve des pièces adéquates par ici...
Elle le tapota sur l'avant-bras pour attirer son attention et lui sourit.
— Vous devriez venir avec moi, déclara-t-elle à brûle-pourpoint.
— Euh... J'admets que vous m'avez été d'un grand secours. Cependant...
Elle coupa court à ses objections.
— Vous êtes bloqué ici pour un moment, pas vrai?
— Oui, mais...
— Et vous n'avez nulle part où aller, n'est-ce-pas?
— C'est exact, mais...
— Alors suivez-moi, capitaine.
— Je ne suis pas capitaine.
— Vous l'êtes, maintenant.
Une délicieuse odeur de l'omelette au fromage flottait dans la cuisine. Cuisinée avec brio par Ianto, qui était parvenu à dénicher les ingrédients nécessaires, dissimulés derrière les boîtes de poisson pané et de la crème anglaise.
Jack avala une nouvelle bouchée - c'était la deuxième fois qu'il remplissait son assiette - et poursuivit.
— Elle m'a ensuite annoncé qu'elle se nommait Rose et qu'elle avait un boulot à me proposer. J'ai accepté.
Les deux Docteurs avaient le sourire, imaginant sans peine Rose forcer la main du capitaine. Ils se taisaient depuis le début du récit, mais il était évident qu'ils n'en perdaient pas une miette.
— Ça vous arrive souvent de croire sur parole de parfaites inconnues? interrogea Amy.
— En fait, j'ai cru que ce n'était qu'un prétexte pour me draguer.
Ianto, qui écoutait toute cette histoire avec un vif intérêt, poussa un soupir. Évidemment. C'était dans sa nature. Pourquoi s'en étonner?
— Vous ne pensez vraiment qu'à ça, hein... se moqua-t-elle.
— Ce que vous appelez "ça", très chère Amy, est l'antidépresseur le plus efficace qu'il soit, sans effet secondaire, et qui a l'avantage d'être agréable. Si les gens pratiquaient plus souvent "ça", le monde serait beaucoup plus vivable.
— Inutile de monter sur vos grands chevaux, Mr Peace and Love. Vous prêchez une convertie. Et ensuite?
— Rose m'a conduite au QG du Torchwood, où j'ai fait la connaissance du Doc... Qui n'était pas vraiment ravi par ma présence.
— Vous exagérez, se défendit John.
— Doc, si je me souviens bien, la première chose que vous ayez dite en me voyant, c'est "qu'est-ce que c'est que ça?".
— J'ai une surprise pour toi! s'exclama Rose.
John leva le nez du dossier qu'il était en train d'étudier et examina attentivement la surprise en question. Puis il lança à sa compagne un regard interrogateur.
— Qu'est-ce que c'est que ça?
— Docteur... C'est Jack.
— Oui, je sais que c'est Jack. Mais pourquoi l'avoir amené ici?
La perplexité de Jack ne fit que croître. Selon toute apparence, il n'était pas inconnu de ce couple. Complètement écarté de la conversation, il jaugea le dénommé Docteur: grand, aux traits fins, une vive intelligence brillait dans ses yeux. Tout comme la terrienne, il lui plut tout de suite, lui aussi.
— Il a des problèmes et coincé ici pour un bon bout de temps. Que dirais-tu de l'enrôler comme agent?
— Rose, ce n'est pas celui que nous connaissons. Il n'est peut-être pas tout-à-fait comme tu le penses.
— ...Docteur, tu veux vraiment le laisser balader dans la ville sans surveillance? C'est Jack!
John ébouriffa les cheveux et marmonna un truc du genre "véritable catastrophe ambulante".
— En plus, ajouta-t-elle, son bracelet ne marche pas...
— Oh, si ce n'est que ça, il suffit que j'use de mon tourn... Aïe!
Rose venait de le pincer au dos de la main.
— Vous pouvez le réparer? demanda Jack, plein d'espoir.
— Non, nia-t-elle de manière catégorique. Il ne peut pas. N'est-ce-pas, Docteur?
— Parfaitement irréparable, affirma John devant le sourire menaçant de sa compagne. Je vous souhaite le bienvenu dans l'équipe, capitaine.
— Je ne suis pas capitaine, rectifia Jack machinalement.
— Oh, vous ne tarderez pas à l'être, j'en suis convaincu.
OoOoO
— Pourquoi méfiiez-vous autant de lui? voulut savoir Ianto.
— Parce que d'après moi, se justifia John, aucun agent du Temps n'était digne de confiance... Ça va, Jack, ne me regardez pas ainsi. Je sais qui vous êtes maintenant, et je vous confierez ma vie sans hésiter s'il le fallait.
En trempant un bâtonnet de poisson dans la crème anglaise, le Docteur songea que ce n'était sans doute pas la seule raison. Il y avait aussi la jalousie... Dans l'autre Univers, il y avait eu dès le début une sorte d'alchimie inexplicable entre Rose et le capitaine, que son neuvième incarnation avait toujours enviée. Et cela avait fini par affecter sa régénération: le physique et le caractère de la dixième incarnation avaient été modelés pour mieux se rapprocher de Rose.
— Ce que je ne saisis pas, fit Amy, c'est d'où Rose et vous connaissiez le capitaine.
— Réfléchissez, encouragea John. Vous êtes dans un monde parallèle presque identique au vôtre. Deux Terres, deux Tardis...
...Et deux Jack, se dit Ianto in petto. Peut-être même deux Ianto?
En apercevant l'expression éberluée d'Amy qui envisageait la possibilité qu'une autre Amelia Pond puisse être là, quelque part, en train de jouer au bisougramme, Jack se souvint de sa propre stupéfaction quand Rose lui avait révélé qu'elle venait d'un Univers parallèle...
Quelques mois s'étaient écoulés depuis que Jack avait rejoint le Torchwood. De toute sa vie jamais il n'avait vécu de période aussi heureuse.
Au départ il avait soupçonné Rose d'avoir une arrière-pensée de se montrer si généreuse envers lui. Mais il se trompait. L'affection qu'elle lui témoignait était sincère, sans condition. De même pour John, qui avait mis de côté sa réticence du début pour lui accorder une amitié sans faille. Personne avant eux ne l'avait traité avec autant de gentillesse, sans attendre de contrepartie. Non, personne.
Puis un jour, Rose lui raconta son histoire: leur histoire, qui donna l'impression à Jack que les liens qui les unissaient avaient été tissés par la main même de la Destinée, et que rien ne saurait les rompre.
— Promettez-moi de veiller sur John, le pria Rose, une fois son récit terminé.
— Vous parlez de lui comme s'il était un enfant sans défense.
— En un sens, il l'est. Quand survient une menace, il se met toujours en avant, oubliant qu'il ne peut plus se régénérer. Et son aversion pour toute forme de violence le rend particulièrement vulnérable. C'est très noble de sa part de ne pas vouloir blesser ses ennemis, même ceux de la pire espèce, mais j'ai appris depuis longtemps que le reste de l'Univers n'avait pas sa clémence. Et je ne veux pas le perdre, Jack. Alors assurez ses arrières, employant la manière forte si vous la jugez nécessaire. Peu importe ce qu'il vous dira.
— C'est avec joie que j'accepte d'être l'ange gardien du Doc, fit-il avec un clin d'oeil. Cependant vous me surprenez, Rose. Je vous croyez aussi pacifiste que lui.
— Pas aux dépens de la sécurité de John. Si sa vie est en jeu, je n'hésiterai pas à prendre les armes... Et tant pis pour ceux qui se mettront en travers de ma route.
Le doux ronronnement du Tardis fit sursauter tout le monde. Le Docteur bondit hors de son siège en s'exclamant joyeusement.
— Les affaires reprennent!
Il sortit en trombe, suivi de près par John. En se levant à son tour, le capitaine se demanda si le Doc avait conscience du fait que Rose et lui se ressemblaient énormément. Lui, il avait exterminé les Daleks de crainte qu'ils viennent s'en prendre aux siens. Elle, elle était prête à se salir les mains s'il s'agissait du bien-être de son compagnon. Ces deux-là se protégeaient mutuellement, chacun persuadé de la vulnérabilité de l'autre. Jack trouvait cela touchant.
Dans le couloir qui menait à la salle de pilotage, John aborda le Docteur d'une voix calme.
— Tu m'en veux toujours?
— Je te mentirais en te disant non.
— Je n'avais pas le choix.
— Ecoute, John. La raison qui t'a poussé à de telles extrémités, je peux la comprendre. Toutefois tout acte entraîne des conséquences, sous une forme ou une autre. J'espère seulement que le tien n'aura pas de répercussions néfastes.
— Je saurai y faire face.
Le Docteur s'arrêta et se retourna pour fixer son alter ego droit dans les yeux.
— Je n'en doute pas. Mais as-tu pensé à Rose? Et si c'est elle qui devait payer pour les 2000 êtres vivants que tu as froidement supprimés? Que feras-tu?
OoOoO
Note de l'auteur — Comme le titre l'indique, ceci était un petit moment de quiétude que j'accorde aux personnages, ainsi qu'à vous, cher lecteur (et une occasion pour moi de reprendre mon souffle, l'Opposé me donnant du fil à retordre: il me rend cinglée!). Maintenant, si vous vous êtes suffisamment reposé, replongeons-nous au coeur de la tempête. Bienvenu en enfer! Ha! Ha! Ha! (rire diabolique en crescendo... Bruit de sirène au loin, celui de l'ambulance de l'hôpital psychiatrique qui vient chercher l'auteur devenue folle à lier)
