Chapitre 29 ㅡ Doctor in Rose
Note de l'auteur ㅡ Le titre se passe de traduction, je pense...
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De l'herbe d'un rouge crépusculaire recouvrait entièrement la colline, parsemée ça et là de taches d'un blanc virginal. De la neige, que le Seigneur du Temps se pencha pour en ramasser une poignée. Douce, poudreuse, elle ne tarda pas à fondre en un petit filet d'eau froide et claire qui coula de sa main.
Avec un soupir, il dirigea son regard vers les monts de soulagement et de solitude au milieu desquels était perchée une citadelle majestueuse. Construite par la race la plus ancienne, mais aussi la plus puissante de tout l'Univers, elle se dressait avec fierté, comme si elle allait perdurer jusqu'à la fin de toute chose et au-delà... Pourtant rien ne durait éternellement, il le savait mieux que quiconque.
ㅡ Ca, maugréa-t-il, c'est de la triche.
Il croisa les bras d'un air mécontent et lança à voix haute.
ㅡ Cessez votre petit jeu, ce n'est pas de cette façon que vous allez pouvoir m'arrêter.
Une brise se mit à souffler, apportant avec elle de la fragrance énivrante de raseren, cette fleur sauvage aux pétales de cristal qui ne poussait que sur cette planète, et nulle part ailleurs. Elle enveloppa dans une tendre caresse le Gallifréen, en l'invitant par un chuchotement séducteur: reste ici, reste avec moi, reste pour toujours...
ㅡ Que croyiez-vous donc? Que vous parviendriez à me retenir avec cette vision d'une réalité fictive?
Puis il ajouta en serrant les dents.
ㅡ Gallifrey est morte... que ce soit dans cet Univers-ci ou dans l'autre.
« Mais je pourrais la faire revivre, si tu le souhaites. Un mot de toi, et je réécrirais l'Histoire, afin que tu ne sois plus le dernier de ton espèce... »
Une voix tentatrice lui susurrait ainsi à l'oreille, chargée de mille promesses... qu'il repoussa avec un haussement d'épaules.
ㅡ Le hic, c'est que je ne suis pas du tout le dernier.
Le vent retomba et le silence se fit.
ㅡ Vous oubliez que je suis un sang-mêlé, poursuivit-il sur un ton guilleret. Mi humain, mi Seigneur du Temps. Près de six milliards de mes semblables... à moitié semblables attendent que je mette un terme à vos agissements.
Bien que parfois il lui arrivait de se moquer de la lenteur de l'esprit des hommes ou de certains de leurs comportements, jamais il n'oubliait qu'à présent lui aussi en faisait partie. Même avant la métacrise, il avait eu une affection particulière pour l'Humanité. Depuis qu'il en était membre, ce sentiment n'en était que plus grand.
Il avait peut-être perdu Gallifrey. En contre partie, il avait gagné la Terre.
Toutes ses tentatives ayant échouées, la voix se fit plus pressante, laissant transparaître dans sa hâte une note de désespoir.
« Tu dois bien avoir un désir, un souhait... Dis-moi ce que tu veux, et je te l'obtiendrai! »
Voilà qu'elle proposait maintenant d'être son bon génie? Sauf que son voeu le plus cher, il l'avait déjà adressé à la seule personne capable de le réaliser, il y a des années de cela, sur la baie du Méchant Loup...
ㅡ Ce que je veux...
'Je n'ai qu'une seule vie, Rose Tyler, et j'aimerais la passer auprès de toi... si tu le veux bien.'
ㅡ ...C'est de récupérer Rose. Alors...
John prit une profonde inspiration, avant de rejeter avec fermeté la proposition de l'Opposée, qui par tous les moyens essayait de le retarder.
ㅡ Ecartez-vous de mon chemin!
La force avec laquelle il prononça ces paroles heurta de plein fouet le monde qui l'entourait et le brisa en mille morceaux... révélant la ville de Londres de XXI ème siècle.
Et elle était en ruine.
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Les corps de John et de Rose reposaient côte à côte, à même le sol du vaisseau. L'un face à l'autre, et les yeux fermés, ils dormaient d'un sommeil qui n'était pas réellement un, perdus dans le dédale des contrées mystérieuses de l'esprit où ils ne pouvaient compter que sur eux-même.
Ianto ôta sa veste et la roula en boule avant de la glisser sous la tête de la jeune femme. En voyant cela, Jack fit de même avec son Doc. Une profonde angoisse assombrissait le visage du capitaine, tandis qu'il caressait du bout du doigt les cheveux de ses deux amis.
ㅡ Combien de temps cela risque de durer? lança-t-il.
ㅡ Je ne saurais le dire, répondit le Docteur.
Assis à un siège près de la console, il se frotta vigoureusement la figure, comme pour se réveiller. Amy trouva qu'il avait les traits tirés par la fatigue. Mais l'épuisement physique ne devait être rien comparé à celui qui était provoqué par l'attente. L'inaction pesait au Gallifréen, qui était du genre à ne jamais rester en place. Quand se présentait un problème ou un danger, il avait pour habitude de bouger, de courir, de sauter... ce qu'il ne pouvait pas faire dans le cas présent.
ㅡ Une seconde pour nous peut correspondre à une heure pour eux et vice versa, expliqua le Docteur d'une voix lasse. Peut-être même des jours, des mois, des années...
ㅡ Que peut-on faire pour les aider? voulut savoir Ianto.
ㅡ Rien. On attend, c'est tout.
ㅡ Je croyais que vous aviez un lien psychique très fort avec John, intervint Amy. Est-ce que vous ne pourriez pas...
ㅡ Non, fit-il de manière catégorique. Je n'ai pas envie que mon intervention fragilise encore plus qu'il ne l'est déjà le cerveau de Rose. Te rends-tu compte qu'il contient trois consciences inter-connectées, sans parler du Méchant Loup? La limite est largement atteinte...
Et même dépassée, conclut-il en son for intérieur. Mais il garda cette réflexion pour lui. En la prononçant à haute voix, il craignait d'en faire une réalité.
ㅡ Qu'est-ce que c'est que cette histoire de lien? s'étonna Jack.
ㅡ Le Docteur voit ce que son double voit, affirma Amy. Et il peut percevoir toutes ses pensées.
ㅡ Mais bien sûr que non, protesta aussitôt le concerné. Il n'y a que quelques bribes de souvenirs qui me parviennent, et encore, uniquement lorsque John subit des émotions fortes.
ㅡ Des é-mo-tions for-tes? reprit Jack en faisant traîner les mots.
Son imagination s'emballa. Ces termes pouvaient signifier autre chose que des situations périlleuses, notamment quand on était en présence d'une personne majeure, vaccinée et vivant en couple... Intéressant. Contrairement à ce que pouvaient laisser deviner ses airs de génie excentrique, le Seigneur du Temps n'aurait-il pas des loisirs inavouables - du genre partager certains aspects du quotidien de son alter ego - qui seraient interdits au moins de 18 ans?
ㅡ Jack, tança vertement le Docteur, ça suffit.
ㅡ Quoi? Je n'ai rien fait!
ㅡ Je vous entends penser d'ici, alors arrêtez tout-de-suite.
ㅡ Et à quoi je pense, selon vous? répliqua effrontément le capitaine.
ㅡ Eh bien... euh...
Amy, qui suivait leur conversation avec un intérêt poli, fut surprise de constater une légère rougeur teinter les joues du Gallifréen.
ㅡ Ah, s'esclaffa Jack, je savais que vous êtiez un sacré coquin!
ㅡ J'aimerais pouvoir rigoler avec vous, si possible... se plaignit Amy, dont la curiosité s'était éveillée.
ㅡ En fait, chère Amelia, je crois que le Docteur peut...
ㅡ Fermez-la, Jack!
Ce dernier rit de plus belle, au grand dam du Seigneur du Temps qui ne savait plus où se mettre devant sa jeune amie qui le fixait avec une insistance toute innocente.
David se tenait à l'écart des autres, le dos appuyé contre la paroi du vaisseau. Il avait les paupières closes, afin de s'isoler du brouhaha ambiant. Ayant toujours été un solitaire, il était mal à l'aise face à ces incessants bavardages, qui de plus est lui semblaient incongrus alors que le sort de l'Univers était en jeu.
Un arôme qu'il ne pouvait que qualifier de paradisiaque flotta jusqu'à ses narines. C'était celui du thé, qui à ne pas en douter avait été préparé dans les règles de l'art. N'y résistant pas, il ouvrit les yeux pour découvrir une tasse fumante présentée devant lui. Il la saisit, avala une gorgée et regarda avec stupéfaction celui qui venait de réaliser la prouesse de réussir à infuser cet excellent breuvage avec la rapidité de l'éclair.
ㅡ Un nuage de lait et trois morceaux de sucre... Comment avez-vous su que je l 'appréciais ainsi?
ㅡ J'ai simplement supposé que vous deviez avoir les mêmes goûts que le Dr Smith, annonça tranquillement Ianto avant d'aller servir les autres.
Les mêmes goûts que le mi-humain, mi-Seigneur du Temps... sa copie conforme, mais aussi tellement, tellement différent de lui. La tasse à la main, David contempla celui qui ne possédait plus qu'un seul coeur, et qui de ce fait ne disposait que d'une unique vie. Et il ne put s'empêcher de l'envier.
Il l'enviait, et aurait volontiers renonçé à toutes ses régénérations à venir s'il pouvait se trouver à sa place, si à cet instant il pouvait être allongé à côté de Miss Tyler, son âme errant à la recherche de la sienne. Et même si cela devait se solder par un échec, il aurait été heureux, car il aurait été avec elle.
Il détourna le regard et but son thé, qui lui parut soudain bien amer. S'étendait devant lui une existence qui allait durer des milliers d'années, et cela ne le réjouissait guère. Une longue vie était un fardeau lourd à porter, une malédiction difficilement supportable, quand on n'avait pour compagne que la solitude.
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Cachée derrière la carcasse d'une voiture brûlée, Rose considéra longuement le canon à photon qu'elle avait en main, avant de le laisser choir.
Elle en avait assez.
66 jours s'étaient écoulés depuis que la Terre avait été envahie... et vaincue. 66 jours d'atrocité et d'horreur, au cours desquels un à un ceux qui lui étaient les plus chers l'avaient quittée. D'abord il y avait eu Pete, tombé au champ d'honneur avec presque tous les agents du Torchwood au grand complet. Ensuite cela avait été le tour de Jack, qui s'était battu jusqu'au bout, Ianto à ses côtés. Enfin, Jackie... sa mère, s'était précipitée pour sauver Tony des flammes et ils avaient péri ensemble. Et tout était terminé.
Si elle avait tenu jusque là sans devenir folle, c'était parce qu'elle devait protéger son entourage. Mais maintenant qu'elle se trouvait être pratiquement la seule survivante de tout Londres, elle n'avait plus ni la force, ni l'envie de continuer à lutter. A quoi bon?
Il était temps de baisser les rideaux... et d'aller le rejoindre, lui, qui était parti avant tous les autres.
Sans se presser, elle sortit de sa cachette, prête à accuellir la mort qui sous la forme d'un Dalek rôdait tout près. A sa vue, l'alien braqua son laser en sa direction.
ㅡ Vas-y, dit-elle en ouvrant les bras, fais ton boulot.
ㅡ EXTERMINER, EXTERMINER, EXTERMINER!
Il était sur le point de lui faire feu lorsqu'un rayon éblouissant le frappa, le faisant exploser. Et tandis que les débris métalliques pleuvaient tout autour d'elle, Rose se retourna et fixa avec incrédulité celui qui, en ramassant l'arme qu'elle avait abandonnée, venait de se débarrasser de l'extraterrestre.
Impossible. Il ne pouvait être vrai, puisque...
Il balança le canon sur le côté et s'avança vers elle. Effrayée, elle recula tout autant. Fronçant les sourcils, il s'arrêta, avant de faire prudemment un autre pas. Elle l'imita, mais en arrière.
Finalement, il s'immoblisa et l'interpella avec perplexité.
ㅡ ...Rose?
Pour toute réponse, il obtint un regard plein de méfiance.
ㅡ Rose, c'est moi.
ㅡ Non, rétorqua-t-elle d'une voix rauque. Cela ne se peut pas. Tu n'es pas réel...
Parce qu'il était mort. Au tout début de l'invasion, il avait été emporté dans l'explosion du vaisseau-mère des Daleks qu'il avait lui-même provoqué. Un sacrifice qui n'avait servi à rien, car un autre vaisseau-mère avait fait son apparition, puis un deuxième, et un troisième...
ㅡ Il a été tué! hurla-t-elle sa douleur.
Celui qu'elle prenait pour - une hallucination? une créature métamorphe? - secoua négativement la tête.
ㅡ C'est ce qu'on a voulu te faire croire, Rose, c'est ce qu'on a voulu te faire croire.
Comme elle se murait dans un silence lourd de suspicion, il poursuivit avec une infinie douceur.
ㅡ Je pense que l'Opposée essaie de te plonger dans la folie, en t'enfermant dans un monde cauchemardesque d'où tu ne peux t'échapper...
Peut-être qu'elle revivait cette journée en boucle, encore et encore, dans une souffrance sans cesse renouvelée... A cette pensée, son visage devint orageux. Levant les yeux au ciel, il lâcha sur un ton polaire.
ㅡ Maintenant, ça suffit! Je ne vous permettrai plus de la tourmenter!
Sur ce il se remit à marcher d'un air déterminé. Toujours sur ses gardes, elle battit en retraite, cependant il réduisit rapidement la distance qu'il y avait entre eux. Et avant qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit pour l'esquiver, il la saisit, l'entoura de ses bras et la serra contre lui.
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Il la serra contre lui. Une étreinte à couper le souffle, à laquelle cependant elle voulut se dérober, car elle était persuadée que tout ceci n'était qu'une vision: soit elle était le fruit d'un esprit dérangé qu'était alors devenu le sien, soit elle était due à la manigance d'un alien dont le but était de la torturer. Elle se débattit, tenta de le repousser avec l'énergie du désespoir. Se laisser réconforter par une illusion de "lui" était une insulte en sa mémoire, qu'elle ne pouvait tolérer en aucun cas.
ㅡ Te souviens-tu, Rose, de notre première fois? murmura-t-il.
Elle se figea, se rappelant de ce moment de grâce où ils n'avaient fait plus qu'un... pour la toute première fois.
ㅡ Et aussi, de ce que je t'ai dit l'instant d'après?
Comment l'oublier? Alors que leurs corps vibraient encore de passion non dissipée, il avait déposé un baiser sur son cou avant de prononcer certains mots... en haut-gallifréen. Cette langue que les Seigneurs du Temps n'utilisaient jamais hors de leur planète et que le Tardis refusait de traduire avait le pouvoir de dévoiler l'âme de celui ou celle qui la parlait, et d'atteindre directement l'âme de celui ou celle qui l'écoutait. Mensonge, tromperie... choses impensables avec ce langage qui n'était pas qu'un ensemble de sons pourvus de sens.
Il se pencha pour lui chuchoter à l'oreille les mêmes paroles. Incompréhensibles et imprononçables pour elle, comme auparavant... et qui l'émurent jusqu'aux larmes, comme auparavant.
Les yeux agrandis sous le choc, elle acquit la certitude qu'il était bien ce qu'il prétendait être: son Docteur. Comme si cela avait servi de catalyseur, la lumière fut dans son esprit embrumé et tout lui revint: son enlèvement, ses péripéties à travers l'Espace-temps en compagnie de David, et sa rencontre avec l'Opposée... Elle vacilla, et serait tombée s'il ne l'avait pas tenue enlacé.
ㅡ Mon Dieu, c'est toi... fit-elle en posant les mains tremblantes sur ses joues.
John sourit avec tendresse.
ㅡ Je suis venu te chercher, Rose.
ㅡ Tu es en retard... répliqua-t-elle en lui retournant le sourire.
Leurs fronts se touchèrent. Se mirant dans le regard de l'autre, ils savourèrent la joie de leurs retrouvailles, se souciant peu de la situation dans laquelle ils se trouvaient.
ㅡ Dis, Docteur...
ㅡ Oui...
ㅡ M'en donneras-tu un jour la signification? J'aimerais vraiment savoir pourquoi ces propos dont je ne comprends pas un traitre mot me touchent tellement.
Il se contenta d'un petit rire gêné, n'ayant pas le courage de lui avouer que transporté par l'exaltation, il lui avait adressé un véritable cri de coeur.
'Je me lie à toi,
Alors lie-toi à moi,
Que s'entrelacent nos destinées,
Pour toujours et à jamais.'
ㅡ Mon Docteur...
Une déclaration d'amour sincère, mais assez puérile en somme, digne d'un collégien amoureux qu'il n'avait jamais été.
ㅡ Docteur?
Inutile qu'elle sache à quel point il pouvait se montrer idiot quand il s'agissait d'elle... n'est-ce-pas?
ㅡ Docteur!
ㅡ Hmm?
ㅡ Comment va-t-on sortir d'ici? As-tu une idée?
« Jamais vous ne pourrez partir d'ici. »
C'était la voix de l'Opposée. Elle résonna haut et clair, charriant assez de malveillance et de ressentiment pour tout obscurcir autour d'eux. La ville de Londres fut engloutie, pour être remplacée par les ténèbres impénétrables.
« Il me reste suffisamment de pouvoir pour vous emprisonner ici, avec moi, pour l'éternité. Et je veillerai à ce que ce soit un perpétuel enfer! »
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Note de l'auteur ㅡ Disons-le franchement, ce chapitre est presque entièrement consacré aux retrouvailles entre John et Rose, donc de la romance, de la romance et encore de la romance! Au risque d'en faire une indigestion... Je n'ai pas pu y résister: ces deux-là sont tout-de-même séparés depuis le début de la fic, alors j'ai pensé qu'ils méritaient bien un petit moment rien qu'à eux.
Mise à part cela, avez-vous passé un joyeux Noël, cher lecteur? Avez-vous eu le cadeau que vous vouliez? Moi, j'avais demandé au Père Noël que le Tardis se matérialise au milieu de mon salon et que Ten, ou même Eleven en sorte pour m'emmener faire un tour à bord. Mais il n'en a rien été! Ce n'est pas juste, j'ai été très sage pourtant! Quoi, comment ça, je devrais consulter un psy? Je ne suis pas folle! Euh... Est-ce que j'ai pris mon pillule aujourd'hui?
Bon, pour finir, avec un peu d'avance... Que pourrais-je vous souhaiter pour la nouvelle année qui s'annonce? ...Que tous vos voeux soient réalisés! Bonne et heureuse année 2012!
