Epilogue ㅡ Chacun à sa place


La sonnerie du téléphone portable retentit triomphalement, et Jack se maudit de ne pas l'avoir éteint. C'était un de ces matins où il n'avait aucune envie de sortir de son lit, surtout qu'il n'était pas seul dans le lit en question. Ce fut donc d'assez méchante humeur qu'il décrocha.

ㅡ Allô!

« Jack? fit la voix de Gwen Cooper. Nous avons une urgence. »

Il pesta en son for intérieur. Bien sûr qu'il y avait toujours une urgence, ils étaient au XXI ème siècle, celui de tous les changements! Alors des aliens un peu paumés ayant soif de conquête, des créatures de la faille de Cardiff venues jouer les touristes à Londres et des savants fous rêvant de dominer le monde, en commençant pour cela par la capitale britannique, il y en avait des tas. Mais pourquoi l'appeler, lui? Invasion ou catastrophe... n'y avait-il pas assez d'agents expérimentés au bureau pour la régler?

ㅡ Ecoute, Gwen, à moins que cela ne concerne une fin de monde, et même si cela concerne une fin de monde, je ne ferai pas un pas hors de chez moi. C'est mon premier congé depuis que je travaille pour Torchwood! Alors débrouillez-vous sans moi.

« On aimerait bien mais... Connaîtrais-tu un certain John Hart? »

Du coup, cela le réveilla tout-à-fait.

ㅡ Un type plutôt sexy, avec un sabre sur le côté?

« Sexy, je n'en sais rien, mais il a un sabre, ça oui. Il a placé une bombe dans le nouveau centre commercial et menace de la faire sauter. Nous avons essayé de négocier mais il ne veut parler qu'à toi seul. »

Jack se retint pour ne pas débiter un chapelet d'injures. Qu'est-ce que son ex-partenaire était venu chercher sur la Terre du XXI ème siècle? Que mijotait-il, bon sang!

Il n'avait pas le choix, il fallait qu'il y aille. N'ayant pas la moindre scrupule et n'éprouvant pas de remord, Hart était capable de provoquer de gros, de très gros dégats pour parvenir à ses fins, quoi que cela puisse être.

ㅡ J'arrive tout-de-suite. T'as déjà prévenu le Doc?

« Il est injoignable. Rose également. Ils ne sont pas à leur appartement et leurs portables semblent être hors zone de réception. A croire qu'ils ont disparu purement et simplement... »

Il poussa un soupir résigné. Que leur étaient-ils encore arrivés, à ces deux-là? Bon, s'ils étaient ensemble, il n'y avait probablement pas de quoi s'inquiéter mais...

Allons, un problème à la fois. D'abord, stopper Hart. Ensuite, il partirait à la recherche de ce couple qui ne cessait de s'attirer des ennuis.

Il raccrocha et se tourna vers celui qui partageait ses nuits - et ses jours - depuis quelque temps. La couverture remontée jusqu'à la mi-poitrine, il dormait d'un sommeil paisible. La sonnerie, ainsi que la conversation qui s'en était suivie ne l'avait pas réveillé. Normal après tout. Ils s'étaient couchés tard la veille au soir, car ils avaient été assez occupés, disons, à faire certaines choses qui avaient mis à rude épreuve leur vigueur, leur endurance, leur souplesse... au point que les muscles endoloris du capitaine s'en souvenaient encore. Alors il ne fallait pas s'étonner que son amant soit complètement exténué.

Mieux valait qu'il parte en douce, sans le déranger. Maîtriser Hart risquait d'être assez chaud, et puis d'après son expérience, laisser se rencontrer "l'ex" et "l'actuel" n'était jamais une bonne idée. Non, vraiment pas.

Il s'apprêtait à se lever aussi silencieusement que possible quand il sentit qu'on lui saisissait le poignet.

Clic.

Stupéfait, il considéra sans comprendre le jeune écossais qu'il avait cru endormi. Le visage impassible, il venait de le menotter au lit.

ㅡ Qu'est-ce que tu fais? Attends, ces menottes, ce sont...

ㅡ Celles qui se trouvaient dans le tiroir de ton bureau, oui. Je les ai découvertes en faisant le ménage, hier.

ㅡ Je ne suis pas contre le fait d'accessoiriser, tu le sais bien. Seulement là, ce n'est pas le moment. Alors détache-moi, veux-tu? ...Ianto!

L'intepellé avait tranquillement fini de s'habiller. Se préparant à quitter la chambre, il déclara sur un ton flegmatique.

ㅡ Repose-toi, Jack. Je ferai en sorte que Hart ne nous ennuie plus, ensuite nous pourrons reprendre là où nous en étions.

Le capitaine resta bouche bée. Comment ça, il allait faire en sorte que Hart ne les ennuie plus? Allait-il se débarrasser de lui? Parce que ce dernier était son ex? Mais ce n'était pas du tout dans le style de Ianto, ça! Depuis quand se montrait-il aussi belliqueux, aussi possessif? Qu'était devenu Ianto le timide, Ianto l'innocent?

ㅡ Tu plaisantes, j'espère? Tu n'es pas de taille contre lui, il est bien plus malin et bien plus retors que tu ne le penses. Cesse donc tes bêtises et... Hé!

Mais la porte claquait déjà. Jack se mit à tirer furieusement sur les menottes, sans succés. Puis en aperçevant son manipulateur du vortex sur la table du chevet, il eut un sourire rayonnant. Maintenant que le Doc l'avait réparé, il pouvait l'utiliser à sa guise, notamment pour glisser en dehors de ces entraves par téléportation.

Il s'en saisit et était sur le point de s'en servir lorsqu'il vit que l'écran était totalement noir. Le bracelet était à nouveau en dérangement! Comment était-ce possible? Pas plus tard qu'hier, le Doc l'avait emprunté en disant qu'il en avait besoin pour localiser une faille et il marchait très bien à ce moment-là... non!

Ce n'était pas du tout une panne. C'était du sabotage!

ㅡ Doooc! hurla-t-il.


OoOoO


ㅡ Donc tu as pris le mécanisme du bracelet de Jack pour le placer là-dedans? Mais il est tout petit.

Le disant, Rose se pencha pour admirer le médaillon que John portait autour du cou et qu'il avait utilisé pour les téléporter tous les deux. Distrait par le parfum légèrement fruité qui se dégageait de sa chevelure d'or, il répondit avec un temps de retard.

ㅡ La spécialité des Seigneurs du Temps, c'est de faire paraître l'extérieur beaucoup moins grand que l'intérieur. Et je l'ai modifié afin qu'il soit de loin bien plus performant que le manipulateur du vortex. Enfin, il ne vaut pas le Tardis, mais qu'est-ce qui peut valoir le Tardis? Cependant, vu le peu de moyens que j'avais à ma disposition, je crois avoir fait de l'excellent travail.

L'autosatisfaction avec laquelle il prononça ces paroles la fit sourire. La modestie n'avait jamais fait partie de ses qualités.

ㅡ Juste une question. Jack sait ce que tu as fait à son bracelet?

ㅡ Eh bien... Je suppose qu'il doit être au courant à l'heure qu'il est.

ㅡ Docteur! s'indigna-t-elle.

ㅡ Quoi? Ce n'est que temporaire, Rose. Puis nous ne sommes pas là pour parler du capitaine...

Pour couper court à la discussion, il goûta les lèvres de sa compagne. Les trouvant délicieuses, il s'y mit plus sérieusement et bientôt, elle ne put songer à autre chose qu'au baiser qui se faisait de plus en plus passionné.

Ils étaient assis près d'une falaise surplombant un lac au paysage magnifique, situé quelque part sur la 12 ème lune de la planète Sheshaya. Outre le fait qu'ici le ciel était constamment irisé d'aurore polaire, l'endroit avait l'avantage d'être déprouvu de la moindre présence pouvant venir les interrompre. Car de la quiètude, ils en avaient besoin. Depuis qu'ils étaient de retour, ils n'avaient pas eu un seul moment de libre avec toutes les paperasses qui les attendaient à Torchwood, ainsi que des extraterrestres qui faisaient des siennes. Trois tentatives d'invasion en trois jours, c'était à se croire qu'ils étaient maudits!

Donc quand John avait proposé qu'ils partent ensemble pour avoir un peu de tranquilité, Rose avait accepté en pensant qu'ils allaient faire une petite virée dans la campagne anglaise. Quelle ne fut sa surprise en découvrant qu'il s'agissait d'un voyage hors de leur système solaire! Elle ne s'en plaignait pas, au contraire. Après tout, elle ne pouvait pas rêver du meilleur cadre pour qu'ils se retrouvent en tête-à-tête et se racontent ce que chacun avait vécu durant leur séparation. Seulement là, ce n'était pas du tout ce qu'ils étaient en train de faire...

ㅡ Tu ne voulais pas savoir ce qui m'est exactement arrivée quand j'étais avec David? dit-elle lorsqu'il consentit enfin à la laisser reprendre son souffle.

ㅡ Il n'y a rien qui presse... répliqua-t-il avant de s'emparer à nouveau de ses douces lèvres.

Puis une pensée lui traversant soudain l'esprit, il s'arrêta et lui lança un long regard désapprobateur.

ㅡ Un problème?

ㅡ Tu étais obligée de l'embrasser, ce Hart?

D'accord... Ce n'était pas un regard désapprobateur qu'il lui avait jeté, mais un regard jaloux.

ㅡ Je n'avais pas le choix, se justifia-t-elle, il fallait absolumment te transmettre ce message.

ㅡ Et tu n'as rien trouvé de mieux que de l'embrasser?

Sa voix charriait des glaçons, sans que néanmoins elle en soit intimidée.

ㅡ Mon Docteur, riposta-t-elle avec un sourire lourd de menace, ne me force pas à évoquer une certaine Mme de Pompadour pour qui, je te signale, tu n'as pas hésité à m'abandonner sur un vaisseau spatial perdu au milieu de nulle part.

Un ange passa.

ㅡ Tu ne peux pas me reprocher cette histoire, tenta-il de se défendre au bout d'un moment. C'était avant la métacrise, autant dire que ce n'était pas moi... Oh bon, je me tais.

ㅡ Voilà la preuve que la sagesse des Seigneurs du Temps n'est pas usurpée, commenta-t-elle suavement.

Il poussa un soupir rasséréné avant de se demander pourquoi était-ce à lui de se sentir soulagé que la conversation prenne fin alors qu'il l'avait entamée dans le but d'obtenir des excuses de la part de Rose. Il fronça les sourcils: à bien y réfléchir, il était rare qu'il ait le dessus quand ils discutaient, tous les deux...

Puis ce fut à son tour de perdre le fil de ses pensées lorsqu'elle approcha son visage du sien afin de lui rendre le baiser de tout-à-l'heure. Un baiser qui noua la gorge du Gallifréen et qui fit battre son coeur à deux cents la minute. N'y tenant plus, il la renversa sur l'herbe et ses mains s'aventurèrent sur le corps de la jeune femme qu'il avait déjà parcouru à maintes reprises sans qu'il en ressente la moindre lassitude. Il ne pouvait pas, ne pourrait jamais se lasser de la toucher, de la caresser, d'explorer jusqu'au plus petit recoin de sa peau... Car l'amour qu'il éprouvait pour elle en faisait à chaque fois une nouvelle expérience, une nouvelle découverte. Et maintenant qu'elle était restée auprès de lui non pas par nécessité imposée mais par choix, la soif qu'il avait d'elle n'en était que plus inextinguible.

ㅡ Attends, fit-elle brusquement, tu n'entends pas quelque chose?

Réfrénant avec peine le désir naissant, John prêta l'oreille. A part le bruissement des feuilles des arbres se pliant sous la brise, tout était silencieux. Ah si, il y avait également un grésillement à peine audible, produit par un tournevis sonique... Quoi?

Tandis qu'ils se relevaient avec précipitation, un homme surgit des buissons pour apparaître devant eux. Il avait un chapeau de cowboy rabattu sur la tête, mais il n'était guère difficile de le reconnaître, surtout avec ce noeud papillon qui lui ornait le col.

ㅡ John, Rose! s'exclama ce dernier sur un ton joyeux. Comme on se retrouve! Que faîtes-vous ici?

Et de venir les serrer affectueusement dans ses bras avant de s'en détacher, tout guilleret.

ㅡ Docteur? s'étonna Rose. Tu n'es pas retourné dans ton propre Univers?

ㅡ Retourner dans mon propre Univers...? OK, je vois, je vois... Vous me prenez alors pour l'autre... Dans ce cas, pour vous, ceci doit être notre première rencontre depuis la Fin du Temps, alors que pour moi... Oui, oui, un véritable casse-tête que tous ces méli-mélo temporels, n'est-ce-pas? Je comprends maintenant pourquoi vous n'étiez pas surpris que je sois en vie quand je vous ai rencontrés...

Ils le regardèrent, éberlués. Plus ouvert, plus jovial, plus bavard... bref un caractère complètement différent, mais qui ne les empêcha nullement de conclure qu'ils avaient affaire à ce Gallifréen à moitié cinglé qui il y a quelques semaines de cela avait enlevé Rose, déclenchant ainsi une Tempête qui avait bien failli détruire la Création tout entière.

David était de retour.


OoOoO


Dès qu'il réalisa cela, John tira sa compagne par la main et la renvoya derrière son dos comme pour la protéger. Une attitude pleine de méfiance, qui sembla chagriner le nouveau venu.

ㅡ Là, vous me vexez, John. Après tout, je me suis sacrifié pour vous sauver tous. Vous n'êtes pas heureux de savoir que je ne suis pas mort?

John n'en crut pas ses yeux: l'autre avait la mine boudeuse, tel un enfant qui aurait été grondé de façon injuste. Qu'est-ce que la régénération avait donc fait du Gallifréen sombre et dépressif qu'il avait affronté? Il aurait vraiment préféré qu'il reste tel qu'il était, parce que là, il avait l'impression d'être en face d'un second capitaine Harkness!

Oh, et puis peu importe. David était vivant? Tant mieux pour lui.

ㅡ Félicitations, rétorqua-t-il sèchement. Je suis comblé de joie d'apprendre que vous êtes sain et sauf. Et maintenant, au revoir, David.

Il était sur le point d'utiliser le médaillon pour se téléporter loin de cet individu lorsque Rose l'arrêta d'un geste.

ㅡ Une seconde. J'aimerais qu'il me dise comment il s'en est sorti.

ㅡ Ce qui s'est passé, Rose tyler... s'empressa-t-il de commencer avant que John ne l'en empêche.

Ce n'était pas une si mauvaise fin, songea David. Quitter la scène sur un acte de sacrifice... Qui l'aurait cru, il y a quelque temps?

La seule chose qu'il regrettait, c'était que le Tardis périsse avec lui. Cette splendide Boîte Rouge, qui dès le premier coup d'oeil lui était apparue comme étant la plus belle chose de l'Univers. Sa plus fidèle compagne, qui même dans les heures les plus sombres ne l'avait pas abandonné.

ㅡ Je ne t'ai jamais remercié de t'être occupé de moi, n'est-ce-pas?

Sur ce il caressa la console en la couvant d'un regard attendri. Le vaisseau émit un doux ronronnement, comme s'il voulait le consoler.

ㅡ Je suis désolé que ça finisse ainsi...

ㅡ Tu te trompes. Ce n'est que le commencement.

Pendant un court instant, il se demanda si le Tardis s'était dotée d'une voix afin de pouvoir lui répondre, parce qu'il était impossible qu'il y ait quelqu'un d'autre à bord à part lui.

ㅡ Veux-tu bien t'écarter, oncle David? Nous avons peu de temps devant nous, tu sais.

Il se retourna lentement pour faire face à une impossibilité. Se tenait devant lui une jeune femme séduisante, âgée d'une vingtaine d'années peut-être, avec des cheveux d'un brun chaud qui lui tombaient jusqu'aux épaules. Ses yeux exprimaient une vive intelligence, preuve que la beauté et la vivacité d'esprit ne s'excluaient pas forcément.

Comme il demeurait interdit, elle le bouscula sans ménagement et souleva le panneau métallique situé juste en dessous de la console.

ㅡ D'après papa, il faut que l'appareil soit relié à l'embrachement 4 oméga du circuit caméléon pour que ça marche.

Elle se mit à tripatouiller dans les fils avec un objet bizarre dans une main, et dans l'autre, un tournevis sonique... un tournevis sonique!

ㅡ Qu'êtes-vous en train de faire à mon Tardis? bredouilla-t-il.

ㅡ Je te sauve la vie, tonton. Au fait, tu dois des remerciements à papa, il lui a fallu tout de même près de trois ans pour mettre au point ce stabilisateur du vortex. Avec ça, le maëlstrome spatio-temporel peut se déchaîner, la dématérialisation du Tardis ne pose aucun souci!

Tonton? Oncle? Pourquoi lui donnait-elle ces titres? S'il avait eu une nièce comme elle, il s'en serait souvenu, non? Qui était-elle, enfin? Et comment était-elle parvenue à se matérialiser dans le vaisseau?

Des questions qu'il n'eut pas l'occasion de formuler, accaparé par la façon de faire de l'inconnue. Elle semblait très à l'aise avec le mécanisme du Tardis, à croire qu'elle avait suivi des cours en bonne et due forme.

ㅡ Ca y est, c'est installé! Bah, t'attends quoi pour démarrer, tonton? Que nous soyons tous aspirés par le tourbillon?

Dans un état second, il abaissa la manette qui commandait le décollage du vaissau, s'éclipsant de la nébuleuse juste avant qu'elle n'implose.

ㅡ ...j'aimerais pouvoir vous le raconter, acheva-t-il, seulement voilà, c'est pas encore l'heure!

Propos ponctués d'une révérence comique de la part du Gallifréen. Cela fit rire Rose, à la fois ravie et déconcertée par un tel changement. Quant à John, il grimaça, trouvant qu'il commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.

A cet instant, émergeant des buissons comme un diable hors de sa boîte, une adolescente déboula parmi eux.

ㅡ A qui est-ce que tu parles, oncle Matt? Je croyais pourtant que cette lune était...

A la vue de John de de Rose, elle se tut et ouvrit de grands yeux apeurés. Prise de panique, elle alla se cacher derrière l'homme au noeud papillon. Un comportement plus qu'étrange, mais qui intrigua moins le Docteur humain et sa compagne que l'appellation dont la fille venait de gratifier David.

ㅡ Oncle? fit John en haussant un sourcil.

ㅡ Matt? répéta Rose.

David, ou plutôt Matt eut un toussotement nerveux avant de s'expliquer.

ㅡ C'est depuis que je me suis régénéré. Une amie très proche m'a nommé ainisi car d'après elle, je n'avais plus une tête à m'appeler David. Hem, je vous présente... ma filleule. Elle m'accompagne de temps à autre.

ㅡ Je suis contente que vous ne soyez plus seul, mais n'est-elle pas un peu jeune pour des voyages temporels? critiqua Rose, soucieuse. Ses parents ont-ils donné leur accord?

Cette fois, le malaise était perceptible que ce soit chez la fille ou le Seigneur du Temps. John eut la désagréable impression qu'ils leur dissimulaient quelque chose d'important. Mais quoi? Mystère...

Affichant un sourire forcé, Matt se mit à reculer et sa jeune amie l'imita. John et Rose suivirent leurs manèges: n'aurait-on pas dit deux coupables fuyant devant des représentants de la loi?

ㅡ Nous devons y aller maintenant, s'excusa-t-il. Au plaisir de vous revoir...

Puis en leur tournant le dos, ils prirent la poudre d'escampette, laissant le couple planté là, sidéré par ce qui venait de se passer.


OoOoO


Cinq minutes plus tard, ils couraient toujours. Ce n'est que lorsque la jeune fille demanda à faire une pause qu'ils s'arrêtèrent, tout essoufflés.

ㅡ Bien joué, tonton! ironisa-t-elle. Dans ce vaste Univers, il fallait absolumment que tu m'amènes pile à l'endroit qu'ils ont choisi pour leurs vacances. Non, vraiment, chapeau! Ca ne sert à rien maintenant que tu me ramènes une heure après notre départ, je vais me faire engueuler!

ㅡ Je ne pouvais pas le savoir, soupira-t-il. Et puis d'ailleurs, tout ça ne serait jamais arrivé si tu n'avais pas fait de fugue.

ㅡ Je voulais simplement visiter le Tardis, se défendit-elle. Ce n'est pas ma faute si tu l'as fait partir sans même vérifier s'il y avait quelqu'un à bord.

Il resta coi. Normalement, il n'avait pas à s'inquiéter d'invités non désirés, c'était l'avantage d'avoir un vaisseau comme le sien. A moins de posséder une clé, il était impossible de franchir le seuil de ses portes. Seulement, la Boîte Rouge vouait une affection particulière à cette jeune fille, et ce depuis qu'elle s'était matérialisée dans la salle de contrôle avant l'implosion de la nébuleuse.

S'échappant du maëlstrome, le Tardis atterrit en douceur dans une petite rue de Cardiff du XXI ème siècle. Retrouvant ses esprits, le Seigneur du Temps s'adressa à l'inconnue qui était en train de caresser la console, comme lui le faisait assez souvent.

ㅡ Qui êtes-vous?

ㅡ Celeste, répondit-elle avec un sourire. Celeste Tyler Smith.

Celeste Tyler Smith? Tyler Smith... Tyler Smith!

Sous le choc, il ne réagit pas lorsqu'elle s'approcha pour lui donner un baiser retentissant sur la joue.

ㅡ Tu ferais mieux de te souvenir de ce nom, oncle David. Car ce sera à toi de me baptiser ainisi quand je viendrai au monde.

Sur ce elle appuya sur le médaillon qu'elle avait autour du cou et disparut comme elle était venue.

Ainsi s'était déroulée sa rencontre avec la fille de John et de Rose, la première d'une longue série qui allait jalonner son existence. Au fur et à mesure que leurs lignes temporelles n'avaient cesse de se croiser, il en était venu à la considérer un peu comme son propre enfant. Et que ledit croisement se fasse dans le désordre n'atténuait en rien l'amour qu'il lui portait, au contraire. Au point qu'il n'avait pas hésité à sacrifier sa précédente incarnation afin de la sauver d'un péril mortel...

ㅡ Au fait, oncle Matt. Comment se fait-il que tu sois mon parrain alors papa ne t'apprécie guère?

ㅡ De l'une, ton père m'aime bien...

Enfin, à sa manière. Au moins, ils pouvaient se parler sans que John ne lui colle un blaster sur la tempe ou ne lui file un coup de poing. Enfin, pour la plupart du temps.

ㅡ Et de deux, poursuivit-il, au moment de ta naissance, tes parents et moi étions coincés sur une planète où tout nouveau-né devait obligatoirement être parrainé sans quoi...

Il s'interrompit. S'il se mettait à narrer cette aventure-là, il n'était pas sorti de l'auberge, d'autant plus qu'ils n'avaient pas de temps à perdre.

ㅡ C'est une histoire assez compliquée, je te la raconterai un autre jour. Pour l'instant, nous devons nous éloigner d'ici au plus vite.

ㅡ Et pourquoi cela?

ㅡ Parce que je connais ton père. Il ne va pas tarder à comprendre qu'il y a anguille sous roche et se lancer à notre poursuite...

ㅡ On repart! s'écria-t-elle avant de foncer droit devant elle.

La réaction de la petite Celeste n'était pas due à la crainte de représailles de la part de John qui était un vrai papa poule, complètement gaga devant sa fille et incapable de lui refuser quoi que ce soit. Par contre, Rose... Matt tressaillit rien qu'à l'idée de ce qu'elle pourrait faire - à lui - en découvrant qu'il avait involontairement kidnappée sa future enfant.

En réglant ses pas à ceux de sa filleule qui sprintait comme une gazelle, le Gallifréen sourit. Un sourire qui ne dura pas. Il ralentit l'allure, les coeurs étreints par une profonde angoisse qui venait le tourmenter régulièrement ces derniers temps. La hantise de la mort. Pas de la sienne, mais de celle de Celeste, de Rose, et même de John. Car selon sa ligne temporelle, il s'était écoulé près d'un demi-siècle depuis la Fin du Temps, durant lequel il en avait vécu des aventures avec cette famille dans un méli-mélo temporel inextricable. Et à force de les rencontrer, il était conscient qu'un jour il finirait fatalement par devoir faire face à leur disparition... Est-ce qu'il allait pouvoir le supporter?

ㅡ Tu traînes, tonton! s'impatienta Celeste en s'appercevant qu'il s'était pratiquement immobilisé. Vite, vite, avant que maman nous rattrape!

Elle vint le prendre par la main et l'entraîna avec elle dans une course effrénée. Une main dans une autre. Rassuré par cette sensation chaleureuse, il recouvrit sa bonne humeur. Seigneur du Temps ou pas, comme tous les êtres de cet Univers il vivait le présent. Et dans ce présent-ci, il n'était pas seul. Et c'est tout ce qui comptait.

Sur la plus belle lune de Sheshaya, le Docteur et sa jeune amie coururent à perdre haleine, emplissant la forêt de leurs rires insouciants.


OoOoO


La Boîte Bleue ainsi que ses passagers étaient de retour dans leur Univers originel, avec ses failles qui s'ouvraient un peu partout et le Temps qui fuyait par ces interstices. Le Docteur n'ignorait pas que très bientôt il allait devoir jouer les plombiers, sans quoi tout risquait de lui péter à la figure. Mais tout ce dont il avait envie pour l'instant, c'était... rien. Il n'avait envie de rien, à part de se vautrer sur un canapé - sauf qu'il n'en possédait pas - et de se gaver de poisson pané trempé dans de la crème anglaise. C'est ce que les humains appelaient faire une légère déprime, et il en connaissait la cause.

Rose. Qui d'autre?

Il contempla la photographie en noir et blanc posée sur ses genoux. Prise par Louis Daguerre lui-même, elle représentait sa blonde compagne avec sa neuvième incarnation. Lui, il posait gravement, tandis qu'elle, elle était accrochée à l'un de ses bras et considérait l'objectif avec espièglerie. A cette époque, rien n'aurait pu la détacher de lui, et lui d'elle. Une époque perdue, que tout Seigneur du Temps qu'il soit il ne pourrait jamais retrouver...

En fermant les yeux, il se remémora la conversation qu'ils avaient eu dans le jardin du manoir des Tylers.

Jamais je ne te dirai adieu, parce que tu seras toujours avec moi... à travers John, cet autre toi-même.

Il avait essayé de sourire. Il y était même parvenu. Mais chacun de ces mots avait pesé sur ses coeurs aussi lourd qu'un rocher.

Ce que tu m'as dit sur la Baie du Méchant Loup, je ne l'ai pas cru au début. Mais avec le temps, j'ai fini par réaliser que tu avais parfaitement raison: John, c'est réellement toi. Chaque jour, je me lève avec toi, je respire avec toi, je ris avec toi... Je vis avec toi, Docteur. Alors tu vois, les adieux sont inutiles.

Il avait acquiescé en silence, car ce n'était que pure vérité. Elle allait passer sa vie avec lui. Le drame, c'était que lui, il ne pourrait pas passer la sienne avec elle.

Avec douceur il avait embrassé la paume de la main de celle qu'il avait aimée et qu'il continuerait à aimer. Puis il était remonté dans le Tardis sans un regard en arrière, écrivant ainsi le dernier paragraphe du chapitre "Rose".

Résultat, il était en train de déprimer.

Une odeur délicieusement familière vint titiller ses narines, le tirant de ses sombres réflexions. Il ouvrit les yeux et apperçut un grand bol présenté juste sous son nez: il était rempli d'un liquide jaune tout crémeux, piqueté de plusieurs bâtonnets de poisson.

ㅡ Un petit-en-cas pour vous remettre d'aplomb, dit Amy. Ensuite, vous m'emmènerez à Paris!

ㅡ Paris? Il y a une planète qui porte ce nom dans la galaxie d'Espaden.

ㅡ Non, je veux simplement le Paris de la Terre, celui de la France, celui de mon époque.

ㅡ Récapitulons. Tu es dans un vaisseau qui peut se rendre n'importe où dans l'Univers et n'importe quand dans le Temps, et tout ce que tu veux, c'est d'aller à Paris du XXI ème siècle?

ㅡ Vous avez tout compris. On en parle comme d'une ville romantique, idéale pour les amoureux. Bien que je sois célibataire et vous aussi, rien ne nous empêche de la visiter, il me semble?

ㅡ Je suppose que non.

ㅡ Alors c'est réglé. Mangez pendant que je me change.

ㅡ Te changer? Que reproches-tu à tes tenues?

ㅡ Docteur, libre à vous de vous ridiculiser, mais moi, je n'ai aucune envie de passer pour une plouc auprès des parisiens.

Et elle sortit en trombe de la salle de contôle, après lui avoir mis dans les mains le récipient contenant son "petit-en-cas".

Machinalement il s'empara d'un des bâtonnets et mordit dedans. Célibataire? Amy? Bien sûr que non. La bague de fiançailles de Rory qu'il gardait toujours dans la poche de sa veste prouvait le contraire. Et il était plus que temps qu'il émerge de sa léthargie pour se mettre au travail. Afin de ramener Rory auprès d'Amelia. Ce n'était pas parce que sa propre vie sentimentale était un désastre que cela devait aller de même pour son amie.

Il regarda à nouveau la photo. Rose avait le sourire. Et à présent, elle l'aurait toujours. Car elle au moins avait trouvé le bonheur. Alors autant s'en réjouir et tenter de passer à autre chose. Même si cela n'était pas facile.

Il s'apprêtait à se lever de son siège lorsqu'un courant d'air plus que suspect - car il n'y avait de courant d'air dans le Tardis - arracha la photo de sa main, le faisant atterrir sur le sol du côté verso. Dessus brillait une inscription en caractères d'or qu'il n'avait jamais vu auparavant, qui pourtant il crut reconnaître sans peine. C'était un message de la part du Méchant Loup. Pour lui.

Quelque chose de vieux, de neuf, d'emprunté
Quelque chose de bleu plus bleu que tous les cieux réunis
Parfois il suffit d'un petit rien pour raviver la mémoire effacée
Parfois il suffit qu'une enfant se souvienne pour être ramené de l'oubli

Perplexe, il le lut et relut encore. Ce que pouvaient signifier ces phrases, il n'en avait aucune idée. Ou plutôt si, pour le début du moins. Mais pour le reste... Si vraiment l'entité qu'était le Méchant Loup voulait le prévenir d'un danger quelconque, il fallait d'abord qu'il apprenne à être plus explicite. C'en était agaçant, à la fin!

Puis il sourit. Le Méchant Loup, qui d'une certaine façon était l'alter ego de Rose, veillait toujours sur ses pas. La pensée qu'une partie d'elle était restée avec lui le réconforta, d'autant plus qu'il sentait qu'une autre Tempête était sur le point d'éclater. Une Tempête à laquelle il saurait faire face, car il n'était pas seul.

Quand Amy revint dans la salle de pilotage, elle vit que le Docteur avait retrouvé son entrain habituel et poussa intérieurement un soupir de soulagement. Ils allaient enfin pouvoir reprendre leur train-train quotidien, c'est-à-dire partir à la découverte des merveilles de l'Univers. Et aujourd'hui, celles de Paris leur tendaient les bras.

ㅡ Prête pour la ville lumière, Amy?

ㅡ Prête!

ㅡ Attention, tiens-toi bien!

Lorsqu'après quelques secousses le Tardis se stabilisa, Amy se rua vers les portes pour les ouvrir... avant les refermer d'un coup sec.

ㅡ Docteur, vous vous êtes trompé. On n'est pas à Paris.

ㅡ Je t'assure que si.

ㅡ Dans ce cas, expliquez-moi pourquoi la rue est remplie de gens qui hurlent en brandissant des armes?

A son tour le Gallifréen jeta un coup d'oeil dehors. Et il comprit la raison de tout ce tohu-bohu. Il n'avait pas fait d'erreur, ils étaient bien à Paris... à l'époque de la Révolution française!

Avec un sourire gamin qui allait d'une oreille à l'autre, il lança à sa rousse de compagne:

ㅡ Amy, ça te dirait de rencontrer Léon avant qu'il ne soit sacré empereur?


OoOoO


FIN


Note de l'auteur ㅡ Quelques précisions, juste au cas où. Le message du Méchant Loup fait référence au dernier épisode de la saison 5. Et Léon est le diminutif de Napoléon, mais ça, vous l'aviez déjà compris, n'est-ce-pas?

Voilà, cette fois, c'est vraiment la fin... Non, attendez, j'oublie quelque chose de très important! Je dois de grands mercis et des tonnes de bisous à:

Umihime ㅡ La première à m'avoir laissé un review, et qui m'a soutenu tout le long de la fic par d'autres aussi amusants que surprenants, auxquels je suis devenue accro... Quand son review était en retard, il m'est arrivé de verser des tombereaux de larmes en criant "Bouhou! Elle n'aime plus ma fic!".
Idontwanttogo ㅡ Fan inconditionnel de Ten, tout comme moi! Et ses commentaires sont toujours pleins d'humour, chaque fois que je les lis, je suis pliée en deux durant toute la lecture. Et c'est une championne des idées originales (Merman, c'est Ten et Rose en sirène... lisez, ça vaut le détour).
Nadege ㅡ Ses histoires sont les toutes premières que j'ai lues des fanfics whoviennes, me donnant envie d'en écrire moi aussi. C'est donc mon mentor. Et ses fics... Un délice! Je les recommande pour ceux qui sont en manque du couple Ten / Rose.
Lapinou63 ㅡ Toujours des commentaires encourageants, tout mimi. Et à cause de son nom, j'ai rêvé une fois de Rose en tenue de bunny. Pas de problème, direz-vous? Il y avait également Ten, et lui aussi était en tenue de bunny.
Llexys ㅡ Qui a vaillament supporté mes guimauves sans vomir, et qui m'a interdit de ne pas achever la fic, m'encourageant à aller jusqu'au bout.
Lily2811 ㅡ Des reviews élogieux, que je ne peux m'empêcher de lire et de relire. Et qui pense que Rose est un peu la nounou des Docteurs paumés. Je suis entièrement d'accord.
Kyarah ㅡ Dit avoir adoré mon histoire. Cela me comble de bonheur.
Youkar ㅡ Qui a râlé parce que j'avais tué David. Selon elle, il faut toujours un Docteur pour veiller sur l'Univers. A qui le dis-tu! Alors dans ce cas, pourquoi le nôtre n'en a pas, je vous le demande?
Angie Withlock ㅡ Peu de mots, pourtant je n'en ai oublié aucun.
Tous les lecteurs anonymes ayant eu la patience d'aller jusqu'au bout de cette fic ㅡ A bientôt dans d'autres histoires!