Une fille.

Harry regarda bien attentivement le reflet. Il se demanda un instant s'il n'était pas victime d'une illusion. Ses cheveux avaient bien poussés, formant une véritable cascade brune autour de son visage transformé. Ses yeux verts s'étaient allongés et étaient bordés de longs cils noirs recourbés. Sa bouche était devenue pulpeuse à souhait, d'un rouge sang enivrant. Ses traits étaient bien plus fins. Et étonnement sa cicatrice ne se voyait plus. Harry avait bien du mal à se reconnaître. Ses vêtements étaient bien trop grands pour son corps menu. En parlant de son corps, le Gryffondor put constater avec surprise qu'il n'y avait pas que son visage qui avait été affecté. Son corps tout entier avait changé. Harry remarqua une poitrine, bien généreuse, avec juste ce qu'il fallait, qui pointait sous le tissu. Il n'osa pas vérifier plus bas. Mais il savait très bien ce qu'il y trouverait. Il le sentait bien assez.

Harry ne pouvait détacher son regard de son reflet. C'était si étrange. Il, enfin elle, était magnifique. Le genre de fille pour qui on se retourne dans la rue, qu'on admire de loin sans oser approcher, dont on rêve la nuit. Harry aurait pu en tomber amoureux, avoir un véritable coup de foudre. Ce qui était vraiment bizarre à imaginer.

Harry voulut lever le bras pour tâter son visage, être sur qu'il ne rêvait pas. Mais impossible de bouger. Harry réalisa qu'il ne maitrisait plus son corps. Au contraire il se sentait engourdi. Pourtant il ne se souvenait pas avoir reçu un sort ou fait quelque chose de particulier. Petit à petit Harry s'endormit. C'est comme si il se recroquevillait, passait au deuxième plan.

La jeune femme n'en revenait pas. Elle avait réussit ! Elle ne savait pas comment mais elle avait pris les commandes. Elle se détourna de la vitre et marcha un instant sans but. Elle voulait en profiter un peu. Elle admira tout, s'émerveillant de chaque objet, humant les différentes odeurs, sursautant au moindre son. Tout était si nouveau. Elle entendait les tableaux parler sur son passage. Certains tentaient même de la draguer et assez ouvertement. :

- Salut ma beauté, t'es toute seule ?

- T'as de beaux yeux tu sais.

- Tu veux pas te rapprocher, qu'on discute un peu !

La jeune fille sourit mais ne s'arrêta pas pour autant. Par contre elle ne croisa personne de véritablement vivant. Elle se prépara à descendre, glissant sur la rampe de l'escalier comme une gamine. Et elle se mit à rire. Un rire joyeux, résonnant comme des grelots de fée. Arrivée à l'étage du dessous elle se prépara à l'exploration. Elle entendit avec plaisir comme un dialogue un peu plus loin. Elle voulait voir du monde.

Mais au moment même où elle allait s'avancer, elle ressentit une vive douleur partant de la poitrine et se propageant dans tout le corps.

- Non, pas déjà… murmura t-elle.

Sa conscience s'effaça et Harry fut propulsé au premier plan. Fatigué, il se traina et s'assit dos au mur. Que s'était-il passé ? Il n'en savait absolument rien. Aucun sort à sa connaissance ne pouvait provoquer ça. Et ce n'était pas du Polynectar. Alors pourquoi ? Comme s'il n'avait pas eu assez de problèmes durant toutes ces années. Il fallait encore en rajouter. Il ne pouvait pas avoir un peu de repos. Il vit passer deux Serdaigles de cinquième année dans le couloir parlant du prochain cours. Dès qu'ils l'aperçurent ils se turent puis échangèrent quelques mots à voix basse. Harry préféra faire comme s'il n'avait rien remarqué. Il imaginait que trop bien ce qu'ils se disaient. Quoique pour cette fois ce n'était pas trop grave. Harry avait l'esprit bien occupé. Il avait besoin de conseils, surtout ceux d'une pro.

Il remonta les escaliers à pleine vitesse. Il y avait du monde dans la salle commune. Harry dut amener ses deux amis dans un coin assez reculé pour être sûr de ne pas être entendu. Il ne valait mieux pas que cette histoire se sache. Ron obéit plutôt à contrecœur :

- Qu'est-ce que t'as encore ?

Harry se souvint alors qu'il était parti énervé contre le rouquin. Mais ce n'était pas le moment. Hermione préféra se mettre de façon discrète entre les deux hommes et se retourna vers Harry :

- Il y a un problème ?

- Oui et un sérieux ! Je remontais ici quand j'ai ressenti une énorme douleur. Dans tout le corps. Et quand je me suis relevé je m'étais transformé en fille.

Le résultat ne fut pas celui attendu. Hermione était perplexe et Ron regardait totalement ailleurs.

- Tu le dis si ça te dérange, dit le brun.

- Non non. C'est tellement passionnant, ironisa Ron.

Hermione sentait la colère d'Harry monter d'un niveau. Encore une fois elle prit les devants :

- Et comment tu es redevenu toi ?

- Je n'en sais rien. En fait c'était comme si je regardais à travers un écran. Je n'avais plus le contrôle de mon corps. C'était la fille qui bougeait, prenait des décisions et même pensait. Je pouvais entendre ses pensées comme si c'était les miennes mais je n'avais aucune influence dessus. Puis la même douleur était revenue et je suis redevenu moi. Je n'ai pas d'explication.

- Je ne vois aucun sort ou potion qui puisse avoir de tels effets, réfléchit Hermione.

- J'aurais bien vu Snape faire un coup pareil.

- Mais arrête un peu ! intervint Ron en haussant le ton. Il faut vraiment que tu te calmes avec ta paranoïa. Le monde entier ne tourne pas autour de toi !

- Dis le franchement si tu ne me crois pas !

- T'as tout compris mon pote ! répondit le rouquin. Maintenant si tu veux bien m'excuser, il y en a qui doivent bosser. Après tout, tout le monde n'a pas le droit aux mêmes avantages.

Et sur ces mots il repartit s'asseoir devant la cheminée. Harry se retourna vers Hermione :

- Tu me crois toi au moins ? Dis-moi que tu me crois !

- Je ne vois pas pourquoi tu mentirais ! Mai je dois avouer que c'est étrange. Attends de voir si ça se reproduit.

- C'est quand même dommage que Ron ne me croit pas aussi.

- Je suis d'accord ! Il pourrait faire preuve d'un peu d'ouverture d'esprit. Et croire son meilleur ami.

- C'est pas ça, conclut Harry avec un demi-sourire. C'est juste que je deviens une fille tellement belle que je suis sûr qu'il tomberait amoureux.

Harry fit mine d'ignorer le regard noir de son amie et partit s'asseoir près de Ron pour se mettre au travail.

Il passa une semaine relativement tranquille. Hormis avec Snape, enfin le Professeur Snape, mais tout ne pouvait pas être parfait. Hermione aida deux fois son ami à guérir son bras. A chaque fois elle le pressait de tout dire au directeur. Harry avait finit par lui promettre de le faire pour être tranquille mais repoussait toujours. Et comme il ne s'était pas retransformé depuis il avait fini par croire que ce n'était qu'un rêve. Et les retenues avec Snape étaient bientôt finies. Que demander de plus ?

Dormir peut-être. Harry passait de plus en plus de nuits à se retourner dans tous les sens dans son lit sans jamais trouver le sommeil. Il restait les yeux grands ouverts dans l'obscurité. N'y tenant plus, il finissait irrémédiablement par parcourir les couloirs sombres de l'école. Il ne mettait plus sa cape d'invisibilité depuis quelques temps. Avec sa carte de Maraudeur il évitait sans problème les professeurs qui faisaient des rondes de nuit. Et puis ce n'était pas si grave de se faire prendre. On lui pardonnait tout pour tout. Alors bon…

Harry appréciait de contempler la lune et les étoiles, accoudé à une des grandes fenêtres. Comme il aurait aimé voler jusque là-bas. Pouvoir s'envoler d'ici, partir loin et haut sans jamais revenir. Devenir une étoile lointaine. Harry pouvait passer des heures sans penser, les yeux perdus dans l'éclat de l'astre nocturne.

Ce soir-là en revanche, sa contemplation dut être abrégée. La carte venait de l'informer que Snape venait de ce coté. C'était bien le seul qui faisait fuir Harry. Il s'apprêtait d'ailleurs à partir quand une douleur comme un coup porté au ventre, le plia en deux.

- Non, pas maintenant…

Harry se raccrocha à la fenêtre. Mais très vite la douleur le força à lâcher. Il avait beau l'avoir déjà ressentie, il avait l'impression qu'il n'avait jamais éprouvé une telle souffrance. Et comme la première fois, Harry sentit son double féminin le rassurer et prendre les commandes.

La douleur cessa mais la jeune femme resta pliée par terre, le temps de reprendre son souffle. Elle n'était pas encore bien habituée et devait absolument trouver un moyen moins douloureux de monter à la surface. Autant pour le bien qu'Harry que pour le sien. Le corps risquait de ne pas supporter ça longtemps.

- Tout va bien ?

La voix la surprit. Elle releva la tête, regardant la personne à travers ses longues mèches brunes. Elle partageait les souvenirs du corps donc elle pouvait mettre un nom sur l'individu qui se tenait devant elle et lui tendait gentiment la main : Severus Snape

Le professeur de potions avait été surpris de trouver un élève trainant dans les couloirs. Il était prêt à punir l'intrus, s'imaginant déjà la retenue qu'il allait pouvoir infliger. Mais en se rapprochant il fronça les sourcils. La lune éclairait largement le couloir cette nuit pourtant Severus ne reconnaissait pas l'élève. Et ce dernier semblait avoir des problèmes. Faisant preuve d'une gentillesse étonnante Severus voulut l'aider à se relever. Il serait bien temps plus tard de lui faire sentir sa faute.

Pourtant jamais il n'aurait imaginé tomber sur une telle beauté. En relevant la tête la jeune femme avait fait glisser quelques mèches dévoilant deux prunelles émeraude magnifiques. Aucune forêt au printemps n'aurait pu avoir les mêmes nuances de vert profond. Les traits du visage semblaient taillés par des anges, l'éclat de la lune faisant ressortir la peau claire. Perdue dans des vêtements trop grands, elle avait l'air d'une jeune enfant. Mais Severus se doutait qu'elle était majeure bien qu'elle conservait une grâce enfantine vraiment charmante. Le professeur restait sans voix face à ce spectacle. On aurait dit une fée tombée de la lune, qui aurait atterri par hasard dans le monde des humains.

Reprenant ses esprits il vit de la peur passer comme une ombre dans les yeux de l'inconnue. Pendant un instant il maudit sa réputation. Il s'agenouilla devant elle :

- Tu as mal quelque part ?

Elle secoua négativement la tête, s'asseyant et resserrant les bras autour d'elle comme si elle avait froid.

La jeune femme ne savait pas quoi faire. Elle était totalement perdue. Dans les souvenirs qu'elle en avait, Snape était un être froid, méchant en toutes occasions, insensible… Et là il se montrait … gentil ? C'était tellement bizarre et surprenant. Elle se décida à la fuite. Elle ne voulait pas rester près de lui. Elle se releva d'un bond et couru dans la direction opposée.

Severus fut surpris par son geste et n'eut pas le temps de la rattraper. Alors qu'il la voyait s'échapper il ne réussit qu'à lui demander son nom. Elle se retourna, surprise, faisant onduler sa longue chevelure, avant de murmurer dans le silence :

- Eméraldia (1)

Puis elle disparut complètement dans un autre couloir. Quand Severus y arriva, elle avait déjà disparu. Il n'eut pas d'autre choix que de continuer sa ronde même si son esprit était à des années lumières de tout ça. Il ne l'avait jamais vu auparavant, il en était sur. Et ce nom ne lui disait absolument rien.

- Un prénom unique pour une fille unique, pensa t-il.

Pourtant elle portait une des tenues de l'école. L'avait-elle volée ? Ou était-ce la petite amie d'un des élèves qui venait le voir en douce ? Le cœur de Severus se serrait à cette idée sans qu'il puisse l'expliquer.

Eméraldia courut jusqu'à la salle commune sans s'arrêter un instant. Elle réveilla la Grosse Dame pour rentrer, donnant le mot de passe conservé dans la mémoire de son double. Le portrait ne regarda même pas qui osait l'importuner en plein milieu de la nuit, ouvrant et se rendormant aussitôt. Eméraldia prit enfin une pause pour respirer. Elle s'assit aussi dans un des fauteuils. Que s'était-il passé ? Elle avait fui ! Mais pourquoi se retourner et lui dire son nom ? Et comment le savait-elle elle-même ?

Elle commençait à se prendre la tête pour trouver une solution. Puis laissa tomber. Elle ne trouverait sûrement jamais de réponse. Fatiguée elle se dirigea vers le dortoir. Inconsciemment elle était partie du coté des filles. Arrivée en bas de l'escalier en colimaçon elle se ravisa. Rien ne dit qu'Harry ne reprenne pas le contrôle durant son sommeil. Il valait mieux retourner dans celui des garçons. Mais elle ne pouvait aller dans un dortoir rempli de garçons. Elle en rougissait rien qu'à l'idée.

Elle opta pour la solution la plus simple : rester sur un des gros fauteuils et s'endormir dessus.

- Harry réveille-toi !

Hermione secouait son ami dans tous les sens. Harry avait quelques problèmes à émerger. Il avait mal de partout. Et il mit un moment avant de se rappeler ce qu'il faisait là. Ce qu'Hermione ne comprenait pas apparemment :

- On peut savoir pourquoi tu dors sur ce fauteuil inconfortable quand tu as un grand lit bien douillet pour toi ?

- Je suis sorti faire un tour cette nuit mais je me suis de nouveau transformé en fille. J'ai, enfin, elle a eu quelques soucis. Puis Eméraldia n'a…

- Eméraldia ?

- Oui c'est son nom.

Devant l'air interrogateur Harry expliqua en détail ce qui s'était passé durant cette nuit. La transformation, la rencontre avec Severus, le retour dans la salle commune. Hermione était vraiment curieuse et avait plein de questions auxquelles Harry essayait de répondre :

- Comment tu sais ce qu'elle… ce qu'Eméraldia a fait ?

- Je le vois je t'ai dit. Comme si j'étais au cinéma et que je regardais défiler un film sur un écran.

- Pourquoi Snape (pressée, elle en oubliait le titre de Professeur), n'a t'il rien dit ?

- J'en sais rien.

- Comment …

- Mione, s'il te plait ! J'ai pas super bien dormi et j'ai plutôt faim. Donc si on peut reporter l'interrogatoire.

- Désolée !

Harry ne se changea pas et descendit manger, suivi d'Hermione. Ron les rejoignit sans un mot dans les couloirs. Il resta sourd une nouvelle fois aux problèmes d'Harry. Ce dernier s'en fichait aussi pour le moment.

Pendant une pause Harry se décida à monter dans le bureau de Dumbledore. Il n'avait pas forcément envie de le dire à quelqu'un d'autre, même si c'était le directeur, mais Hermione l'avait convaincu. Comment ferait-il s'il se transformait en cours ?

Le vieux sorcier fut ravi de voir Harry. Il l'invita à s'asseoir et lui offrit des bonbons au citron :

- Que puis-je faire pour toi mon petit ? demanda t'il par dessus ses lunettes en demi-lune.

- C'est un peu compliqué Mr le directeur. Et j'ai peur que vous ne me croyiez pas.

- Tu serais étonné ! Je t'écoute.

- Voilà… en fait… il y a quelques jours je me suis transformé en… en fille. Enfin c'est pas moi qui étais une fille. C'est compliqué ! Mais elle a pris possession de mon corps, qui s'était … disons, adapté pour elle. Puis je suis redevenu moi. J'ai cru que j'avais rêvé. Mais ça a recommencé hier. Et elle agit comme elle veut.

Harry avait volontairement caché qu'il se baladait quand les couloirs la nuit et surtout qu'il y avait rencontré Severus. L'inquiétude voila un instant le regard du directeur. En un instant cette lueur s'était évanouie, ne laissant que la bienveillance habituelle.

- En as tu parlé à quelqu'un ? demanda t-il encore.

- A Hermione et Ron. Même si ce dernier ne m'a pas cru.

- Bien. Evite de le dire à d'autres personnes. Cela serait compliqué.

- Je m'en doute ! Qu'est-ce qui m'arrive Mr le Directeur ?

- Je ne sais pas encore. Je te promets de faire des recherches. Si tu te transformes encore ne va pas en cours. Je m'arrangerai avec les professeurs.

- Merci.

Harry s'apprêta à partir. Arrivé devant la porte Dumbledore, toujours assis derrière son bureau, l'interrompit :

- As-tu autre chose à me dire Harry ?

- Hum… La fille s'appelle Eméraldia. Je ne sais pas si ça vous aide.

- On verra bien.

Le regard inquisiteur du vieux mage enveloppa Harry. Le jeune homme se demanda encore si Dumbledore pouvait lire dans son esprit à cet instant. Et en fait il ne voulait pas le savoir.

Une fois Harry parti, Dumbledore convoqua tout le personnel et les professeurs de Poudlard. Dès que tout le monde fut dans son bureau il prit la parole :

- Je ne vous donnerai aucune explication mais durant ces prochaines semaines il se peut qu'Harry n'aille pas à tous les cours. Je me suis arrangé avec lui et Miss Granger lui passera ses notes je n'en doute pas.

- C'est inadmissible Mr, intervint violemment Snape. Combien de temps allez-vous le couver ? Bientôt nous devrons aussi faire ses devoirs à sa place ou même passer ses examens.

- Severus ! Je ne tolèrerai aucune remarque ! C'est une affaire entre Harry et moi.

Le professeur de potions se tut. Même si le directeur était d'accord, lui ferait à sa manière. Il repartit dans ses cachots, énervé comme jamais. Avant la fin de la semaine Harry aurait bien des problèmes.

Dumbledore regarda les professeurs partir sans un mot. Toutes les pièces se mettaient en place peu à peu.

XXX

(1) Prénom que j'ai inventé. A cause des yeux couleur « émeraudes ». Vous voyez le rapprochement ? Et dans lesBijoux, une des femmes s'appelle « Esmeraud » et toute sa demeure est verte. Et puis j'aimais bien le nom !

L'histoire se complique ! Je sais pas si moi, j'arriverai à suivre ! ^^