Harry ne pardonna pas si vite à Ron mais n'en parla plus. Il avait besoin de personnes à ses cotés. Et se fâcher avec Ron était le risque de se mettre Hermione à dos. Et ça, Harry ne pouvait pas se le permettre.
Par contre il se vengea de Snape en mettant le feu à sa robe dans un couloir alors qu'il descendait déjeuner. Le professeur tomba, ses chevilles étant bien trop brûlés pour le tenir encore. Il dut se jeter un sort de guérison directement dans le couloir. Harry en profita pour lui faire tomber une énorme masse, trouvée dans la salle sur demande, sur la tête. Snape resta assommé quelques temps. Juste assez pour qu'Harry puisse s'enfuir sans problème.
En revanche Harry découvrit que ses blessures, aussi graves soit-elles, guérissaient toutes si Eméraldia investissait son corps. Quand Harry redevenait lui-même il ne restait plus qu'une cicatrice qui venait s'ajouter sur son corps déjà bien marqué. Ainsi Eméraldia intervenait vite quand elle sentait qu'Harry ne se sentait pas bien. Hermione put donc se reposer un peu dans son rôle d'infirmière.
Elle se concentra alors sur celui de professeur privé. Elle avait dressé tout un planning pour qu'Harry puisse rattraper tous les cours qu'Eméraldia lui faisait plus ou moins louper. Hermione finissait toujours par abandonner, Harry n'écoutant plus du tout au bout de quelques minutes. Il trouvait ça tellement inutile. Après tout, rien ne lui servirait pour plus tard. Et puis à quoi bon bosser quand on voyait le monde pourri que l'on avait. Hermione tentait bien de le raisonner mais rien à faire. Harry avait décidé que sa vie était totalement inutile et fuyait tout le monde. Hermione n'osait pas s'énerver trop contre lui. Il y avait bien trop de risque qu'il commette l'irréparable. Elle avait même prévenu Ron avant qu'il ne fasse une gaffe de trop.
Eméraldia aussi agissait pour Harry. Elle ne se lassait pas de parcourir tous les recoins de l'école et multipliait les joies, sachant qu'Harry partageait ses souvenirs et même ses pensées s'il était réveillé. Elle glissait sur les rampes d'escaliers, changeait la place des portraits, courait à en perdre haleine, dansait sans musique dans les couloirs, riait sans raison, jouait sans cesse avec ses longues mèches de cheveux… Elle s'amusait d'un rien, profitant des petits plaisirs. Après tout, quel plus grand plaisir peut-il y avoir qu'avoir un corps ? Harry ne connaissait pas sa chance. C'est ce qu'Eméraldia essayait de lui faire comprendre. Et elle tentait de ne pas croiser Snape.
Malheureusement on n'a pas toujours ce que l'on veut. L'après-midi commençait, Eméraldia venait juste de se changer quand elle le croisa dans l'escalier. Aujourd'hui elle avait enfilé un jean noir et une chemise plissée blanche aux larges manches. Severus la vit en relevant la tête et resta figé durant quelques secondes. L'apparition devant ses yeux était si belle, si parfaite. Les habits soulignaient la finesse de la taille de la jeune fille et accentuaient son coté femme-enfant. Les cheveux n'étaient toujours pas attachés et faisaient ressortir la blancheur de la peau.
- Bonjour Professeur Snape… murmura Eméraldia en baissant les yeux.
- Severus… Et tu peux laisser tomber le « Professeur ».
- Bien… Severus.
Elle avait une manière de prononcer son prénom qui faisait monter un frisson dans le dos de Severus. Il tenta de se donner une contenance :
- Je vais dans le parc, tu me tiens compagnie un instant ?
Eméraldia préféra ne pas faire remarquer que Severus était en train de monter, et donc totalement opposé à la direction du parc. Elle chercha une autre esquive :
- Vous… tu n'as jamais cours ? demanda t'elle avec un demi sourire.
- Oh ne t'en fais pas ! J'en ai bien assez comme ça !
- Bon d'accord … pour le parc.
Elle passa devant Severus qui en profita pour respirer les cheveux de la jeune fille.
- Elle sent comme une fleur, pensa t-il.
Il se plaça à ses cotés et ils descendirent sans un mot. Severus n'était pas quelqu'un capable de parler facilement et qui normalement ne s'embarrassait pas. Mais là il avait peur de dire quelque chose qu'il ne fallait pas ou de paraître stupide. De son coté Eméraldia était gênée. Elle ne voulait pas le suivre pourtant elle ne pouvait s'empêcher de le faire. En fait être à ses cotés la rassurait. Elle se sentait bien.
Ils allèrent dehors, passant devant les serres et s'arrêtant devant le lac. Eméraldia en profita pour l'interroger sur les habitants sous-marins. Severus y vit une occasion pour montrer ses connaissances et surtout aborder un sujet qu'il maitrisait. Il pouvait donc parler sans risquer de s'embrouiller. La jeune fille l'écoutait avec avidité. Elle aurait bien aimé aller en cours, se mêler un peu aux autres. Elle fixa l'horizon. Severus crut qu'elle ne l'écoutait plus :
- Je suis ennuyeux peut-être ? demanda t-il.
- Non, pas du tout, répondit rapidement Eméraldia en ramenant son regard sur lui. Je me disais juste que ce serait génial de pouvoir aller en cours. Je suis sûre que tu es un bon professeur.
- Pourquoi tu ne viens pas alors ?
- Je n'ai pas le droit…
- Pourquoi donc ?
Elle ne répondit pas et détourna la tête. Severus se dit qu'il avait gaffé. Il se rattrapa comme il put :
- Je te ferais un cours privé un jour si tu veux.
Il comprit le double sens possible tout en parlant. Il se mordit la lèvre. Cependant Eméraldia ne sembla pas le remarquer. Elle fit face au professeur et dit avec un grand sourire :
- Ce serait génial ! Merci Severus !
Puis elle se mit à courir devant elle, ravie. Severus mit la main devant son visage pour masquer son trouble. Il devait être rouge au possible. Il regarda alors la jeune fille courir, un sourire magnifique ornant son visage. Elle ressemblait à une enfant ou à quelqu'un d'autre, une fille rousse qu'il avait bien connue.
- Lily…
- Tu m'as parlé ? demanda Eméraldia en s'arrêtant.
- Non… Tu me rappelles une ancienne amie. Elle s'appelait Lily Evans. Elle était gentille et toujours en train de rire. Mais elle avait un fort caractère.
Le cœur d'Eméraldia se serra sans qu'elle sache pourquoi. Ce nom lui faisait comme un poids dans le corps. Une vérité qu'elle voulait oublier à tout prix. Elle reprit la parole :
- Tu l'aimais bien ?
- C'était ma meilleure amie… Jusqu'à…
- Tu n'es pas obligé d'en parler tu sais !
Severus opina de la tête et se remit à parler de choses plus légères. La sensation de poids disparut du cœur d'Eméraldia. Elle observa Severus un instant, debout dans le soleil, avant de se remettre à gambader.
Eméraldia se sentit bien plus détendue durant la suite de leur balade. Elle s'arrêta un moment devant la Forêt Interdite.
- J'aimerais bien y aller…
- C'est un endroit dangereux Eméraldia. Il y a des créatures peu recommandables dans ce lieu. Et des plantes tout aussi dangereuses.
- Mais si tu es avec moi je ne crains rien.
Elle avait dit ça avec toute la spontanéité possible. Mais Severus bafouilla :
- Alors… oui… avec moi… On y va ?
- Super ! Merci !
Severus était à la limite de se frapper la tête contre un arbre. Qu'est-ce qu'il avait encore dit comme connerie ? Il ne devait pas l'emmener dans la forêt. Il voulait la tuer ? Il oubliait vraiment toute prudence quand il plongeait ses yeux dans ce regard vert si envoûtant. Quand il reprit ses esprits il constata qu'elle avait déjà commencé à s'engouffrer sous le couvert des arbres. Il dut forcer l'allure pour la rattraper.
Eméraldia n'avait pas assez de ses deux yeux pour tout regarder. Elle tournait la tête dans tous les sens, voulant enregistrer chaque détail. A ses cotés Severus lui faisait un cours sur les plantes qu'ils voyaient. Il lui expliquait à quoi elles servaient, dans quelle potion on pouvait les mettre, lesquelles étaient dangereuses. Il était intarissable et surtout incollable. Puis il força Eméraldia à faire demi-tour :
- Je ne dois pas trainer. J'ai un cours qui va commencer.
- Avec ?
- Les quatrièmes années de Gryffondor et Serpentard réunis.
- Ah… dommage.
Ce qui n'empêcha pas la jeune femme de se montrer joyeuse pendant le retour. Arrivée à l'orée de la forêt elle se mit à courir jusqu'au lac. Severus la vit soudain trébucher et tomber, roulant sur l'herbe. Comme elle ne se relevait pas il paniqua et courut la rejoindre. Il fut rassuré quand il entendit un franc rire de joie. Il la vit alors, étalée par terre, le jean troué à divers endroits et taché de sang sur une des jambes. Le haut blanc s'était parsemé d'auréoles vertes. Eméraldia se redressa un peu, s'appuyant sur les mains. Ses cheveux étaient en bataille et des brins d'herbes étaient comme des mèches dans la chevelure noire.
- Tout va bien ? demanda t-il, parvenu à sa hauteur.
- Oui je crois… Je ne sais pas sur quoi j'ai trébuché. Et je vais devoir aller me faire soigner. J'ai la jambe en sang. Mais tout va bien.
Severus la regarda, amusé. Elle ne devait pas avoir mal mais préféra s'accroupir à ses cotés. Il tata la jambe à plusieurs endroits.
- Tu n'as pas mal quand j'appuie ?
- Un peu… mais ça ira, t'en fais pas.
- Attends je vais t'aider.
Il sortit sa baguette de sa poche et jeta un seul sort sur la jambe d'Eméraldia. Cette dernière sentit ses écorchures se refermer et le sang rentrer dans ses veines. Heureuse elle releva la tête et se retrouva à quelques centimètres du visage du professeur de potions. Ils restèrent un instant sans bouger, les yeux fixes, incapables de parler.
Puis Severus se releva d'un bond. Il jeta des rapides coups d'œil autour de lui et, soudain pressé, bredouilla :
- J'ai un cours…
Avant de partir précipitamment, laissant Eméraldia toujours assise dans l'herbe.
Tout le long du trajet il se remémorait ce qui venait de se passer. Il avait été si près d'elle. Il aurait pu la toucher sans bouger. La tentation avait été si forte de poser ses lèvres sur les siennes. Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'elle le troublait à ce point ? Il voulait la voir sans cesse, la cherchant partout. Et quand il la voyait il n'arrivait pas à aligner deux pensées cohérentes. Où était passé le terrible Severus Snape, professeur de potions et terreur des élèves ? Il n'avait jamais vraiment aimé et ne connaissait donc pas le sentiment qui envahissait peu à peu son cœur, le rendant sensible. Etait-il amoureux d'Eméraldia ? Etait-ce ça son problème ? Dans ce cas tout espoir était impossible. Jamais personne ne pourrait tomber amoureux d'un être aussi noir que Severus.
Alors tant pis. Severus serait l'ange gardien d'Eméraldia. La surveillant de loin, l'écoutant quand elle aurait besoin, la rendant heureuse de la meilleure manière qu'il soit.
- Je ferais de toi la femme la plus heureuse du monde, murmura Snape.
Puis il reprit son rôle favori : terroriser les élèves.
De son coté Eméraldia resta un moment sans bouger. Elle ne savait pas quoi faire. L'image de Snape dans les souvenirs d'Harry ne collait pas du tout avec celle qu'il montrait à Eméraldia. Alors laquelle des facettes était la bonne ? Etait-il l'être violent, méchant, arrogant que tous les élèves voyaient ? Ou la personne gentille, attentionnée, souriante était-elle la réalité ? Et que s'était-il passé tout à l'heure ? Elle avait vu une lueur au fond du regard du professeur mais ne parvenait à la définir. Eméraldia finit par se prendre la tête entre les mains. Elle ne voyait aucune explication. La seule chose dont elle était sur c'est qu'elle appréciait vraiment Severus. Et ce qu'Harry pouvait en penser n'avait aucune importance.
Elle se remit enfin debout et reprit lentement le chemin jusqu'au château, la tête ailleurs.
- Qu'est-ce qui t'es arrivée ?
Hermione était stupéfaite devant la tenue amochée de son amie. Eméraldia ne s'était même pas recoiffée et n'avait pas pu recoudre ses habits. Elles s'étaient toutes les deux arrêtées dans une salle de classe vide. Hermione avait croisée son amie remontant dans les escaliers et n'avait trouvé que ça comme idée pour ne pas qu'on la voit.
- J'ai trébuché dans l'herbe tout à l'heure.
- Tu n'es pas blessée ?
- Non… Quelqu'un m'a aidé. Je n'ai plus une écorchure.
- Qui ? demanda Hermione, curieuse.
Mais Eméraldia refusa de répondre. Hermione sortit alors sa baguette et referma tous les trous du jean et enleva les taches de la chemise.
- C'est vraiment pratique la magie, dit Eméraldia en voyant le résultat.
- Tu aurais pu le faire ! fit remarquer Hermione. Tu es une sorcière après tout.
- Oui mais je n'ai pas de baguette, objecta la brune.
- Et celle d'Harry ?
- Elle ne me convient pas !
- Mais c'est celle d'Harry ! Elle devrait t'obéir pourtant…
- Non ! Je ne suis pas Harry ! s'énerva Eméraldia.
Elle partit, plantant Hermione la bouche grande ouverte derrière elle. Mais juste avant de franchir la porte elle sentit Harry reprendre le dessus. Elle tomba à genoux. Inquiète, Hermione vint juste derrière elle. Elle vit lors comme si l'image devant ses yeux se brouillait. Les cheveux noirs raccourcissaient et la taille changeait. Mais elle ne pouvait voir ça avec précision. Par contre elle vit très bien Harry portant les vêtements féminins adaptés. Elle se mordit la lèvre pour ne pas rire. Le Gryffondor eut un geste d'agacement :
- C'est vraiment pas drôle ! Retourne-toi le temps que je me change.
Hermione obéit, se retenant toujours d'éclater de rire. Quand Harry fut enfin en tenue normale ils sortirent tous les deux de la pièce. Hermione se mit alors à parler des cours que son ami avait loupés. Harry l'écoutait distraitement. Il était surtout préoccupé par les pensées qu'Eméraldia avait envers son pire ennemi.
Harry eut droit aux cours le lendemain. Eméraldia avait décidé de prendre une pause. Le jeune homme aurait bien séché quand même. Il suffisait de dire qu'il se transformait et de partir. Ron, soucieux de bien faire, n'aurait opposé aucune résistance. Mais Hermione le surveillait de trop près. Elle tenait même à garder Eméraldia à l'œil. Du coup Harry se retrouva coincé pour la métamorphose avec une prof ravie de le voir.
Puis ce fut cours de Défenses contre les forces du mal. Le nouveau professeur n'était vraiment pas doué. Ou alors Harry avait un trop haut niveau pour lui. Après tout, il pourrait sûrement se débarrasser d'un monstre ou deux sans problème. Il avait bien réussit à détruire un puissant sorcier à plusieurs vies et avait survécu par deux fois au plus puissant des sortilèges impardonnables. Il s'était donc assis au fond de la classe et jouait avec sa baguette.
Ensuite ce fut la botanique. Harry se retrouva à travailler en binôme avec Neville. L'avantage avec lui c'est qu'il aimait cette matière et faisait presque tout en solitaire. Harry lui passait juste les outils et l'écoutait parler.
Une fois la demi-journée finie Harry décida de rendre visite à Hagrid. Cela lui changerait les idées. Le demi géant était bien content de le voir.
- Ron et Hermione ne sont pas avec toi ?
- Non. Ils travaillent à la bibliothèque. Ils ont des tonnes de devoirs.
- Et toi ?
- Je les ferai plus tard. J'ai le temps.
- Si tu le dis.
Hagrid ne semblait pas convaincu mais savait bien qu'il ne valait mieux pas poursuivre. Tant qu'Harry continuait de faire les devoirs, il n'avait pas à se mêler de sa manière de les faire. Le cours de soin aux créatures magiques était bien le seul cours où le jeune Gryffondor tentait de faire tout ce qu'on lui demandait et dans les temps. Après tout Hagrid restait son ami. Un des seuls qui l'acceptait encore.
- Au fait, dit alors Hagrid. Je ne suis pas fan des commérages normalement. Mais là j'avoue que c'était vraiment surprenant. Enfin surtout parce que…
- Hagrid s'il te plait. Viens-en au fait.
- Oui désolé, s'excusa le demi géant. C'est à propose de Snape.
- Oh non. Excuse-moi mais j'ai vraiment pas envie de parler de lui.
- Non Harry je t'assure ça vaux le coup ! Hier je l'ai vu avec une fille.
Harry s'étouffa en buvant. Il toussa deux trois fois pour reprendre son souffle. Hagrid le regarda, fier de son annonce :
- Ça t'en bouche un coin ! Hein ?
- Oui… c'est sur. Quand ?
- Dans l'après-midi. Ils étaient tous les deux dans la Forêt Interdite. D'ailleurs il aurait pu l'emmener à un autre endroit. C'est vraiment pas sûr comme endroit et pas romantique du tout.
- Oui… c'est vrai. Tu… tu as vu à quoi elle ressemblait ?
- Oh ils étaient loin. Mais elle semblait très jolie. Un beau petit brin de fille. Elle avait des cheveux noirs très longs.
- Ah…
- Non mais sérieux, continua Hagrid. Tu imagines Snape avec une fille ? Elle doit vraiment être bizarre !
- Euh… oui… Désolé Hagrid mais je vais y aller. Je dois quand même travailler un peu. C'est vraiment pas facile la dernière année !
Harry se leva précipitamment, laissant Hagrid un peu surpris :
- Oh pas de problème. Je m'en voudrais de te retenir.
- A bientôt Hagrid.
Une fois dehors il se mit à courir jusqu'au château. Il devait vraiment prévenir Eméraldia. Elle ne devait pas se montrer ! Pour rien au monde Harry voulait qu'on la voie, qu'on sache qui elle était. Qui plus est en compagnie de Snape. Mais comment lui faire entendre raison et la maintenir entre les murs ? Si elle avait le même entêtement qu'Harry cela risquait d'être vraiment difficile.
Essoufflé, Harry fit une pause avant de passer la grande porte d'entrée. Il devait voir Dumbledore. Peut-être pas tout lui dire mais surtout trouver un moyen pour la contrôler. Et qui sait, le directeur pourrait lui faire entendre raison.
