Voilà le premier épilogue. Le triste, je préviens.
Mais je le trouve beau !
Bonne lecture
XXX
- NON !
Le cri avait fusé. Snape s'était relevé d'un bond, faisant tomber la chaise sur laquelle il avait enfin accepté de s'asseoir. Dumbledore le regardait, impassible.
- Comment avez-vous osé … Pourquoi ? De quel droit ?
Snape hurlait à présent sans laisser le temps au directeur de répondre. A bout de souffle il finit par sortir en claquant la porte. Sur le mur, les tableaux en tremblèrent. A l'intérieur les portraits se mirent à critiquer cette mauvaise éducation et ce manque de respect évident. Dumbledore les calma et les fit taire d'un geste de la main :
- Il va se calmer. Tout ira bien.
Le directeur n'aurait pas été aussi convaincu s'il avait vu Snape une fois dehors. Celui-ci serrait sa baguette dans sa poche, il se mordait les lèvres. La fureur assombrissait ses pensées. Il n'y avait plus de place pour l'amour. Il maudissait Harry et les Potter en général. Ils étaient tous faux, menteurs, méprisants… Ah elle avait dû rire cette garce de le voir se ridiculiser par amour. Elle devait se réjouir de le voir à ses pieds, prêt à tout pour elle. Enragé, Snape se dirigea jusqu'à l'endroit où il avait laissé Harry. Mais en arrivant dans le couloir il ne trouva personne. Il ne restait plus qu'une tâche de sang. Des gouttelettes traçaient un chemin menant dans une salle vide à coté. Apparemment Harry s'était réveillé et s'était traîné dans la pièce pour se cacher. Mais ça n'était pas suffisant.
XXX
Le Gryffondor serrait les dents. Il devait avoir une côte pétée. Ou même deux. Adossé à une table il tenta de réveiller Eméraldia. C'était sa seule chance :
- Eméraldia ? Petite sœur ! Réveille-toi ! Vite !
Avant de réussir il entendit du bruit dans le couloir. Cela ne pouvait pas être la sortie des cours. Harry n'était pas resté inconscient si longtemps. Il se remit à cracher du sang, se tenant le ventre d'une main. Sa robe était poisseuse à présent. De la sueur coulait à grosses gouttes sur son front. Agrippant le bureau de son autre main, il essaya de se mettre sur ses jambes. Quand il réussit, tant bien que mal, à tenir debout il vit une ombre noire se dresser devant lui.
- Eméraldia ! Réveille-toi ou on est mort !
Severus Snape avait le regard d'un fou. Il s'approchait lentement de sa proie, comme un serpent certain de sa victoire. Il était le chat jouant avec une souris.
- Ainsi donc, siffla t-il. Vous vous êtes foutus de ma gueule toi et ta sœur !
- Il sait ! pensa Harry. Comment il sait ?
Il entrevit alors un espoir pour lui. Jamais Snape ne tuerait la femme de sa vie. Mais pour ça il fallait qu'Eméraldia se réveille. Il sentit un mouvement en lui. Aurait-elle le temps de comprendre ce qui se passait et de prendre possession du corps avant … avant qu'il ne soit trop tard ? Mais Severus n'en avait pas fini :
- Elle t'a obéi c'est ça ? Elle jouait les saintes-nitouches, les petites filles gentilles, les amoureuses transies ! Vous avez joué avec mes sentiments, piétiné sauvagement mon cœur, sans remords. Que j'ai été naïf ! J'aurais dû m'en douter depuis si longtemps !
La vue d'Harry se brouillait à présent. Ses jambes tremblaient sous son poids. Seule la sensation de la table froide sous sa main le tenait alerte.
- Non… tenta-t-il de se défendre. Eméraldia n'a jamais…
- Avada Kedavra !
Le corps d'Harry s'éleva sous l'impact. Severus le vit comme une image au ralenti. Un instant, l'image se brouilla, et de longs cheveux noirs flottaient à présent dans l'air. Ce fut Eméraldia qui alla s'écraser contre le mur d'en face avant de s'écraser lamentablement au sol.
XXX
Quelque chose se brisa en Severus. Sa folie s'apaisa d'un coup. Il resta, seul, regardant sa baguette sans comprendre. Oui il avait eu envie de la tuer, de les tuer tous les deux. Mais jamais il n'aurait pensé passer à l'action. Et une part de lui ne croyait pas ce que lui avait dit le directeur. Deux âmes dans un seul corps. Il n'en avait jamais entendu parler. Et voilà qu'il se demandait si ça ne venait pas de lui arriver. Jamais il ne se serait cru capable de tuer un élève. Car il fallait bien le dire. Tuer… Le mot s'achemina longuement jusqu'à la conscience de Severus. Ce n'était pas possible !
Il se rua sur le corps d'Eméraldia. Il la prit contre lui en l'appelant désespérément. Elle ne pouvait mourir. Pas elle ! Pas sa fée ! Elle était sa vie, sa joie, son unique amour. Jamais il ne pourrait vivre sans elle. Des larmes, choses qu'il avait oubliées depuis tant d'années, se mirent à couler sur ses joues, tombant sur le visage à présent sans vie de la jeune fille. Seul, dans cette pièce, il se mit à pleurer, serrant contre lui son unique amour dont il ne verrait plus jamais les grands yeux verts.
XXX
- Albus. Nous avons un problème.
- Je vous en prie Minerva, entrez. De quoi s'agit-il.
- De Severus. Je viens de voir ses élèves dans le couloir. Mais Severus est introuvable.
Un soupçon s'insinua dans l'esprit du directeur. Pris de panique il sortit de son bureau en trombe, laissant derrière lui, un professeur de Métamorphose qui n'y comprenait plus rien.
Grâce à un rapide sort de localisation Dumbledore arriva dans la salle de classe. Ce qu'il y vit le figea. Du sang avait commencé à sécher par terre et sur des tables. Des bureaux avaient été déplacés, comme s'il y avait eu une bagarre ou un sort. Au milieu, recroquevillé, Severus tenait quelque chose contre lui. De là où il était Dumbledore ne pouvait pas voir ce qu'il serrait mais n'en avait pas besoin. Un rapide passage dans la tête du professeur de potions lui permit de tout apprendre. Et de juger de l'anéantissement de Severus. Car jamais il n'aurait autorisé quelqu'un à pénétrer dans son esprit. Pourtant là toutes les barrières mentales étaient à terre.
Doucement Albus s'approcha de Severus. Il se pencha vers lui :
- Severus… Mon petit… Il faut partir.
- J'ai…
- Je sais… Ça va aller…
Les larmes, maintenant taries, avaient laissé des grands sillons sur les joues du professeur de potions. Il fallut plusieurs minutes au directeur pour réussir à le relever. Et encore plus pour qu'il lâche le corps d'Eméraldia.
- Je vais vous aider, murmura le directeur.
XXX
L'homme transplana dans la ruelle sombre, à l'orée de la nuit, faisant sursauter quelques oiseaux. Sans un regard aux alentours il poussa le petit portail en bois, ne tenant plus que par une charnière rouillée. Il pénétra dans la maison délabrée. Il avait beau être habitué à la saleté il marquait toujours un petit temps d'arrêt sur le seuil. La poussière s'était accumulée sur tout ce qui était possible, des toiles d'araignées reliaient des meubles ou décoraient le plafond. Il ne restait plus qu'une table debout et une chaise. Une de moins que lors de sa précédente visite. Plusieurs vitres étaient brisées et le verre crissait encore sous ses pieds quand il avançait. Dumbledore soupira. Cela aurait été facile de tout réparer d'un sort. Mais il savait très bien qu'il retrouverait la maison dans le même état, voir pire, la prochaine fois. Et Severus risquait de lui sauter dessus s'il sortait sa baguette, croyant y voir une menace.
Ça faisait deux ans maintenant que Dumbledore avait ramené Severus chez lui, le cachant sous divers sorts. Il s'était assuré que personne ne le retrouverait. Puis il était retourné à l'école et avait emmené le corps d'Eméraldia. Elle ne s'était pas retransformée donc Albus l'enterra dans le jardin, derrière la maison de Severus, pour qu'elle repose non loin de celui qu'elle avait aimé. En revanche manipuler le gouvernement pour faire admettre la disparition d'Harry fut plus dur. Jamais il ne prononça le mot de « mort ». Harry avait simplement disparu, on ne savait comment. Un monument en sa mémoire fut érigé sur le Chemin de Traverse. On pouvait y lire sa date de naissance, celle où il avait vaincu Voldemort une première fois, son étonnante vie, bien entendu romancée, tous les moments où il avait vaincu le danger, sans peur, et enfin la date où il avait tué définitivement le puissant mage noir, sauvant le monde entier. Dumbledore avait laissé faire sans rien dire. Le monde avait besoin de symboles.
Ron et Hermione furent encore plus durs à convaincre. Ils s'étaient acharnés à le retrouver, sourds aux conseils du directeur. Ron se préparait à présent à devenir Auror. Tandis qu'Hermione allait travailler à l'hôpital St- Mangouste. La vie continuait.
Sauf pour Severus. Il avait arrêté d'enseigner et ne sortait plus de chez lui. Il passait de longues journées à regarder dehors, attendant un signe. Puis la réalité revenait et il se remettait à pleurer, implorant le pardon d'une personne imaginaire. Il sombrait lentement mais sûrement dans la folie. Quand Albus arriva ce jour là il était roulé en boule sur un vieux matelas au premier étage, vêtu seulement d'un grand tee-shirt et d'un jean noir.
- Elle est là, criait-il comme un damné. Elle me juge ! Désolé ! Pardonne-moi ! Elle me fixe ! Eméraldia !
- Chuuuuut… dit doucement Dumbledore en allant près de lui. Elle n'est pas là…
- Si ! Là !
Il s'était relevé et pointait à présent le mur derrière Albus. Quand il se retourna il vit que, dans un moment de folie, l'ancien professeur de potions avait dessiné deux gros yeux verts émeraude sur le mur. Il aurait voulu les effacer mais savait que c'était risquer de se faire mettre en charpie par un Severus enragé. De même il avait dessiné un portrait d'Eméraldia dans le salon. Et il se révélait un grand artiste.
Dumbledore reporta son attention sur Snape :
- Il faut descendre. C'est quand la dernière fois que tu as mangé ?
- Je… sais pas.
Pendant quelques heures Dumbledore s'occupa de Snape. Puis il dû partir. Severus se retrouva encore seul. Mais la solitude ne voulait plus rien dire pour lui. Il voyait Eméraldia l'approcher. Elle lui reprochait sa mort, il en était sûr. Parfois elle le laissait tranquille. Dans ces moments là les souvenirs revenaient.
La douceur de sa peau, son rire, ses yeux pétillants de vie, ses longs cheveux, … Elle aimait rire, sans forcément de raison.
Eméraldia s'était penché vers Severus :
- Tu n'as jamais posé de questions sur moi… ça ne t'intéresse pas ?
- Si. J'ai juste l'impression que tout s'écroulera si j'en apprends plus.
Elle avait esquissé un sourire avant de l'embrasser. Sa main glissait sur la joue encore mal rasée.
Severus porta la main à sa joue, inconsciemment. Cela semblait si loin et pourtant si proche. Elle était là. Elle ne l'avait jamais quittée. Mais lui, lui l'avait trahi ! Il l'avait… Non c'était trop dur à dire ou même à penser. Severus se prit la tête entre les mains. Il entendit un rire, comme une clochette dans le silence. Il voyait des grands cheveux noirs s'élever dans le ciel. :
- Laisse-moi ! Tu ne peux pas me faire ça ! Je … Je ne l'ai pas voulu !
Il agrippa le tee-shirt de ses mains et tenta de le déchirer.
XXX
Dumbledore rentra, l'air plus maussade qu'à l'ordinaire. McGonagall le retrouva assis à son bureau en pleine réflexion.
- Un problème Albus ?
- J'ai fait une telle erreur Minerva… J'ai cru que je m'en sortirais, que j'avais tout prévu, que je ne pouvais pas faire d'erreur. Et … j'ai échoué. Quelqu'un est mort par ma faute. Je m'en veux tellement.
- Qui ? s'écria le professeur, inquiète. Qui est mort ?
Dumbledore sembla se réveiller :
- Ce n'est rien, oubliez ça.
Il la congédia d'un signe de la main, signifiant bien que la discussion était close. McGonagall ouvrit la bouche pour protester. Cependant elle savait bien que c'était totalement inutile. Elle ne pouvait qu'attendre qu'il se confie un peu plus.
Dumbledore s'étira sur son fauteuil. Il se sentait vieux à cet instant. Si vieux.
XXX
Quand il revint quelques jours plus tard il trouva Severus, étendu sur le dos. Mort. Il était à peine surpris. Au contraire il trouvait surprenant qu'il ait tenu jusque là. Le professeur de potions avait trouvé la paix. En se retournant il vit un cadre posé sur une petite table basse. Il venait d'être déplacé car il n'y avait aucun signe de poussière dessus. La photo montrait Eméraldia et Severus, enlacés. Le couple riait, heureux d'être ensemble tout simplement. Ils dansaient et souriaient au vieux directeur.
- Au moins ils sont heureux... Ils l'ont mérité…
Une larme silencieuse coula sur sa joue.
