Au-delà des limites, au-delà de ce que je c'est être bon pour moi
Je me glisse dans un état d'attente et de folie
La folie qui me guette et me pointe du doigt
Comme si elle leur disait à tous, la voilà, celle qui sera parmi nous
Parmi eux qui ne voient que le pire à l'intérieur de moi
Obsession, folie, détresse, peur, désir, envie
Envie de toi? Ai-je vraiment envie de toi? Je n'y crois pas
J'ai envie de te sentir en moi, durcir et me désirer
Prendre mon corps dans un élan de pouvoir et de possession
Me sentir tienne, pour l'espace de quelques instants
Me sentir sienne pour n'être plus qu'une enfant
Bercée dans tes bras, embrassée de tes lèvres pleines
Agripper tes reines, te regarder dans les yeux
Embrasse-moi, pénètre-moi, viens en moi
Berce mon corps de tes élans passionnés
Sois fou de désir, sois toi
Que ton corps qui enveloppe le mien m'apporte loin d'ici
Fais-moi jouir et me sentir femme


D'un souffle, je me retrouvais retenue, les bras dans les airs par des liens fermes, mais délicats. Une sensation que je connaissais bien auparavant. Mes yeux étaient clos, mais j'arrivais à sentir le cuir du plancher sous mes orteils, une sensation lisse et rude en même temps. Je tirais doucement sur les liens essayant de m'y déprendre, même si je savais que s'était mission impossible. J'étais pendue et totalement à sa merci. Je ne pouvais qu'attendre et écouter pour connaitre le moment de son approche. Étrangement, j'avais cette sensation qu'il était derrière moi, à me regarder me languir pour lui de ses yeux noircis par le désir qu'il garde au fond de lui, une violente tentation de dominance qui ne changeait en rien de l'homme qu'il est. J'imaginais sa respiration sur ma peau et tentais de claquer la mienne au rythme que je savais que lui détenait, lente et profonde. Intuitivement, je savais ce qui me maintenait ainsi dans cette position, il n'avait pourtant jamais utilisé de tels liens, mais la douceur de celui-ci m'indiqua que j'étais retenue par un ruban de soie entortillé autour de mes bras et de mes jambes. La texture de la soie chatouillait ma peau en la maintenant suspendue.

Une fois mes muscles tiraillé de cette position, j'essayais de me débattre en tirant sur les liens en voyant que personne ne m'approchait, mais en vain, il connaissait la force qu'il devait serrer mes poignets, sans me faire du mal. Peu importe, je n'avais pas réellement envie de m'échapper…

D'un coup, je sentis quelque chose de glacé frôler mon sein, me cambrant de plaisir et de surprise. Je tirais sur les liens et me montai sur la pointe de mes pieds.

— Tout doux… souffla-t-il comme une caresse contre mon dos.

Mes sens m'avaient bien guidé, il était dans mon dos. Renversant la tête vers lui, je m'abandonnais à cette caresse une seconde fois.

De nouveau, je sentais le froid intense contre le renflement de mon sein et son corps nu se presser contre le mien. Le petit bloc glacé traça une fine ligne entre mes deux seins et vient titiller mes mamelons enflés de désirs. C'était un glaçon, puisque je sentis de fins échappements d'eau glissés contre mon corps tombant sur le sol. Il ne toucha jamais réellement ma peau, me faisant languir de désir effroyable.

— Je t'en supplie… murmurai-je.

Je me cambre, j'en voulais davantage.

— Tu es à moi, me dit-il.

J'ouvre les yeux, je voulais le voir. Voir son visage, mais tout ce que j'aperçus fut la chambre rouge. Le lit baldaquin à montures noires me faisait face et les différents objets disposés sur les murs également. Aucune trace de Christian devant moi. Je ne sentais que sa respiration sur moi, j'avais beau me tourner la tête des deux côtés je n'arrivais pas à voir sa prestance contre moi, mais je le sentais, je pouvais vous l'affirmer.

— Tu es incorrigible Anastasia…

Et un coup mélangeant douleur et désirs s'abattit contre mon dos. Je ne pouvais affirmer si cela était sa ceinture ou une cravache ou encore tout autre instrument dont j'ignore tout, mais la douleur se faisait de plus en plus présente. J'avais l'impression que les muscles de mon corps de tissaient ensembles et finissaient dans un chemin de feu. Des gémissements s'échappèrent de mes lèvres. Le désir faisait place à la douleur et l'effroi. La même douleur de honte que j'avais déjà ressentie.

Je me tends, ce n'est plus une danse délectable que faisait monter mon désir pour lui, comme je le voulais, c'est devenu un maelstrom effrayant de douleur. Je voulais repousser cet être qui se blottissait contre mon dos son objet entre lui et moi. Je me débats de toutes mes forces. Je dois me réveiller!

Je dois me réveiller…

Me réveiller…

— … Réveillée?

La voix d'Allan me tire brutalement de mon rêve. Je regarde autour de moi et plusieurs passagers de l'avion me jetèrent des drôles de regards. J'avais surement une tête à faire peur. Étrangement, je rêvais souvent à ce genre de chose. Comme si tout ceci me manquait, bon d'accord, peut-être que ce n'était pas la douleur elle-même qui me manquait, mais bien l'homme qui la produisait. Ce n'était pas la réelle douleur physique et psychologique qui me manquait, mais bien la douleur du désir et de la passion.

La petite main fraîche de mon fils se posa contre ma joue, un geste que je savais qu'il faisait inconsciemment, mais qui ressemblait drôlement à ceux de son père. Il aimait toucher la peau des gens, c'était son moyen à lui de nous protéger. Il se blottit contre moi et ouvrit sa bande dessinée. J'avais dû le déranger dans mon rêve agité de désirs. Je pouvais vous dires que ma déesse intérieure jubilait d'y retourner. Ne sachant les réelles pensées perverses de sa mère, mon fils me pointa les différents superhéros en m'expliquant ce qu'ils faisaient d'important dans leur monde. La super-maman devait reprendre son rôle primaire, soit celui de maman à temps plein.

J'avais un fils rempli d'intelligence et très charismatique. Il n'avait pas peur de parler aux gens et je sentais qu'il avait un cœur bon, du moins je m'y forçais à le lui éduquer, il aimait aider les gens. Un jour, je lui avais acheté un ballon gonflable lors d'une de nos sorties à la fête foraine et du haut de ces 4 ans, il avait offert son ballon à un petit enfant qui venait de perdre le sien pourchassant l'air. Il m'avait simplement dit qu'il voulait que le petit garçon retrouve le sourire et que pas tous les enfants avaient ce qu'ils voulaient. Pensez-vous que je n'ai pas eu le cœur conquis par ce petit homme? De plus, il ne m'en avait pas demandé un second ballon. Pour lui le bonheur d'un faisait son bonheur. Comme toute bonne mère, j'aimerais que mon fils laisse sa trace dans le monde comme son père le faisait. Je ne voulais pas lui imposer un avenir, tout ce que je voulais c'était qu'il soit un enfant passionné, parce qu'en étant passionnés nous laissons notre propre trace. Je suis passionné par la littérature anglaise, et j'aide des gens à réaliser leur propre rêve. C'est ainsi que je laisse ma propre trace dans le monde. Je n'avais pas besoin d'être face à tous ces gens, d'être le centre médiatique de tout évènement et que des gens inconnus sachent le moindre détail de ma vie privée. Ce n'est pas ce genre de trace que je vous parle, mais plutôt le derrière de tout cela. Le derrière de la vie de Christian Grey.

— Maman, tu penses que grand-mère m'a acheté un cadeau?

Grace avait la fâcheuse habitude de trop gâter Allan depuis sa naissance, elle lui offrait tout ce qu'il demandait, à mon grand malheur, parce que je ne savais plus où ranger ces différents jouets.

— Combien de fois t'ai-je dit Allan de ne pas quémander des cadeaux?

— Mais j'aime recevoir des cadeaux, maman… dit-il avec sa petite moue craquante que sa tante Mia lui avait montré.

Il était impossible de ne pas craquer pour ce petit visage d'ange, la lèvre boudeuse. Je lui souris et posai un baiser sur son front.

— Tu sais très bien que quoi que je dise à ta grand-mère, elle ne m'écoute pas.

J'étais chanceuse d'avoir eu les Grey de mon côté après la séparation. Grace avait été si gentille lorsqu'elle l'avait appris. Je m'attendais au contraire. Elle m'avait amené déjeuner dans un petit bistro éloigné de cette folie médiatique qui entourait notre séparation. Elle ne comprenait pas cette soudaine crainte qu'avait Christian, elle disait qu'il avait la personnalité et le désir de fonder une famille. Elle croyait que c'était une simple peur et que la peur était plus grande que nous le croyons tous. Il fallait lui laisser du temps. Mais ce temps, il l'avait eu, j'avais attendu 6 ans avant d'officiellement lui faire une demande de divorce. Je dois vous avouer que je ne crois pas vouloir réellement divorcer de Christian, mais par parure, je me dois de le faire. En six ans, il n'avait jamais démontré un signe de vie envers nous, il n'avait jamais communiqué le moindre désir ni l'intention de revenir auprès de nous. Pour Sébastien, il lui était difficile d'admettre que j'étais encore officiellement marié à un homme qui ne s'occupait pas de nous. Selon lui, un homme ce devait être présent pour sa femme et les enfants. Je vous dirais que je trouve cette norme très années 1920. Mais Allan devait commencer l'école en septembre et comme son père biologique ne faisait aucun signe de vie, je devais m'assurer que le divorce était officiellement entamé pour que le père biologique ne reçoive aucune information scolaire. Je ne voulais pas l'embêter sur quelque chose dont il ne voulait aucun droit. C'est avec amertume que je devais le faire.

La descente vers Seattle s'amorça enfin. J'avais passé plus de dix bandes dessinées avec mon fils à entendre les exploits de divers superhéros, la super-maman commençait à se lasser. L'avion piqua doucement du nez pour nous permettre de toucher terre. Chaque fois que je venais ici, j'avais l'impression de retrouver la jeune femme que j'étais avant mon départ. Déchiré par une séparation d'un homme qui semblait être parfait et qui l'était, pour moi, mais que la peur bloquait tout avancement. Conquise par le petit pois qui grossissait en moi, et qui aujourd'hui grandissait à mes côtés. Et soulagé de retrouver tous ceux qui étaient importants pour moi, à commencer par Kate. Je m'étais fait des amies à Chicago, Nikki était la meilleure amie à qui je pouvais réellement me confier, je vous la présenterai un peu plus loin, mais personne ne me manquait autant que Katherine. Elle était devenue maman de la petite Livia qui avait trois ans et elle était enceinte de six mois d'une autre petite fille qui, aux derniers nouveaux courriels, se prénommerait Aubrey. Kate était encore avec Elliot et cela faisait six ans qu'ils étaient mariés. Au grand malheur de mon amie et mauvaise meilleure amie que je suis, je ne m'étais pas présenté au mariage de Kate. Je ne voulais pas que Christian me voie enceinte de plusieurs mois, en fait, enceinte à terme, et je ne voulais pas le priver de cette réception, s'était quand même son frère qui se mariait. D'ailleurs, leur mariage eut lieu lors de mon réel déménagement en maison à Chicago. J'avais pris un petit appartement le temps que mon transfert soit complété et j'avais emménagé dans ma maison actuelle un peu avant la naissance d'Allan, soit exactement trois jours avant sa venue, simple souci qu'il puisse grandir dans une maison et qu'il puisse jouer sur le terrain. Mais Kate était Kate et elle me manquait grandement. Je m'ennuyais de la voir régulièrement, de partager des repas avec elle et d'entendre des histoires à mourir de rire venant d'elle et Elliot.

Nous sortîmes de l'avion presque 30 minutes après l'atterrissage. Cela me permettait de garder un contrôle sur Allan lors de sa sortie. Il se glissa le premier hors du couloir qui nous menait à l'air central et piqua une course vers, et je me doutais de qui cela pouvait s'agir, Elliot.

Allan avait une attirance vers les hommes Grey que je ne pouvais décrire. Autant Elliot, qu'Ethan et Carrick, apportent une joie de vivre dans le cœur de cet enfant. À chaque fois que mon fils apercevait l'une de ces personnes, la journée devenait Noel. Ils étaient toujours « pleins de cultures masculines », les propres mots de mon fils, vous vous doutez qu'il est d'une extrême intelligence. Mon amie et son mari s'étaient proposés pour venir nous chercher à l'aéroport.

Kate était une femme magnifique enceinte et son bonheur inondait sa personne. Elle me prit dans ces bras, les larmes aux yeux, dès que je fus à sa portée. D'un côté, j'avais toujours été un peu jalouse de sa beauté physique, eh oui, jalouse de sa meilleure amie. Une belle blonde au regard bleuté, un sourire avec des lèvres pulpeuses et un corps athlétique, tout ce qu'il fallait pour faire tomber un homme à ces pieds. Kate avait grandi en six ans, elle était devenue mature, bon d'accord, quelquefois mature. Elle avait coupé ces cheveux au carré encadrant son visage de porcelaine et était vêtue d'un chemisier bleu poudre et d'un pantalon svelte gris clair. Son petit ventre était juste parfait.

— C'est cruel de te savoir si loin, me dit-elle en me repoussant à bout de bras pour me reluquer. Madame Steele, mais vous êtes de plus en plus sublime.

— Je pourrais vous retourner le compliment, Madame Grey, la taquinai-je

— Tu veux rire! s'indigna-t-elle, je suis pratiquement une baleine.

Kate avait l'incroyable manie de tout dramatiser, elle se trouvait énorme tandis que les hommes la trouvaient femme, attirante, sublime, désirable… et j'en passe.

— Mais non, lui assurai-je. Tu es magnifique.

— C'est plaisant de te savoir parmi nous, Ana, me dit Elliot en m'offrant la bise sur les deux joues. Même si ce n'est que pour un court séjour.

Je le remerciai en lui rendant son étreinte.

— Allez, Elliot on fait la course jusqu'aux valises? s'exclama Allan en partant davantage le premier.

J'entendais déjà les gens de l'aéroport les gronder de s'élancer à la course ainsi au travers de gens, que je préciserais mort de rire à voir deux gamins courir ainsi, qui voudrait se reposer avant de prendre la route avec de longs vols. Kate passe son bras sous le mien et nous nous dirigeâmes en riant vers les deux garçons. C'était un peu ce genre de vie qui me manquait, bien que je ne déteste pas ma vie à Chicago, il me manquait cette légèreté que je savais retrouver ici.

Une fois les bagages attrapés, nous prîmes la route vers leur domicile, si on peut appeler cela un domicile, je dirais plutôt un manoir, rejoindre Mia et Ethan qui nous y attendait en gardant la petite Livia. Je trouvais étrange que je m'entende encore aussi bien avec les Grey, je ne faisais plus véritablement partie de leur famille. Ils auraient pu simplement demander à voir Allan, ce qui aurait été normal et ne plus désirer me retrouver, mais ce n'était pas le cas. Grace et Carrick m'invitaient à toutes les soirées mondaines inimaginables qu'ils organisaient, bien sûr en prenant soin que l'homme parfait ne soit pas présent. Ou sinon, ils nous invitaient au repas familial du samedi soir une fois par mois. Ils prenaient le soin de payer nos déplacements à chaque fois. Ils s'y prenaient d'une façon assez étrange, ils se procuraient deux billets d'avion, en première classe, sur le bord d'un hublot et ils me les envoyaient par la poste en prenant soin d'y inscrire une invitation formelle à leur domicile. Mais aujourd'hui, en leur donnant un petit enfant, je les privais de leur enfant. Je vous entends déjà clamer haut et fort que ceci est inconcevable et je le savais, mais c'est Christian qui ne se présentait plus. Il était redevenu le loup solitaire qu'il était. Ne voulant voir personne du haut de sa grande tour remplie de gardien

Une fois tout le monde installé chez Kate, la tornade commença. Kate et Mia enchaînèrent les sorties entre filles que nous pourrions nous permettre et les hommes eux (y compris mon fils) discutèrent de la prochaine partie de base-ball auquel ils pourraient s'y rendre. Et conclusion faite, les femmes se rendraient chez l'esthéticienne pour masque, manucure et massage avant de se rendre chez Grace et Carrick et les hommes iraient voir un match des Mariners avant de conclure de la même façon.

J'avais développé une grande proximité avec Mia depuis que je l'avais sauvé, si on peut réellement dire que je l'avais sauvé. Elle venait régulièrement à Chicago ou nous allions déjeuner et nous faire dorloter dans des centres esthétiques. Elle m'avait contaminé à la beauté. Je commençais à apprécier ce genre de soin. Depuis ma séparation, je voulais me sentir à nouveau aimer comme je l'avais été, bien que je savais que s'était impossible, les hommes me regardaient, me désiraient, m'imaginaient dans leur lit et moi, je continuais à me trouver banale aux yeux de la gent masculine à espérer le cœur d'un homme qui ne se prononçait plus depuis six années. Elle m'avait montré une chose, prendre soin de moi.

Et pour moi aujourd'hui, prendre soin de soi c'est se donner les moyens, quotidiennement d'aller loin et d'être heureux de vivre, bon d'accord je ne le suis pas quotidiennement, j'ai une tornade de petit garçon.

C'est d'être libre dans son corps et dans sa tête. Je vous entends déjà me hurler par la tête mon rêve érotique de ce matin.

C'est également vivre agréablement son voyage sur Terre.

Prendre soin de soi c'est adopter les bonnes attitudes et les bons gestes pour soi. Sans la santé, rien n'est vraiment séduisant! Pas même moi!

Une douleur physique, aussi petite soit-elle, peut nous gâcher une journée et dénaturer les moments les plus plaisants. Je vous cacherai ces douleurs aussi longtemps que je le pourrai.

Si nous voulons sincèrement que notre voyage se passe dans les meilleures conditions, notre premier devoir est de nous maintenir en bonne santé. La certitude d'être dans un état de forme physique nous préserve d'une mauvaise santé. Nous préserve de la douleur de l'amour violent.

À regarder tout ceci, je ne suis pas la meilleure personne qui prend soin d'elle-même, considérons que ceci s'applique seulement au physique, dans mon cas.

Nous nous rendîmes toutes les quatre, les filles et la petite Livia, jusqu'au salon le plus près des parents de Mia. Un salon hyper classique avec les planchers en céramique blanche tellement lustré qu'on pouvait s'apercevoir à l'intérieur. Les filles avaient également apporté tout un protocole de vêtement et de soulier, qui s'agençait, évidemment, et une énorme trousse pour se coiffer. Elles étaient incroyables! Certes, mais je les adorais. L'amour est si près de la haine, ne l'oublier pas.

Kate avait choisi le bain de poisson qui consistait à faire tremper ces pieds dans un aquarium dans lequel de petits poissons venaient mordiller les peaux mortes des pieds. Je vous le cède, ce soin ne m'attirait aucunement et me répugnait même un peu, mais il était devenu une sorte d'habitude pour elle et Livia qui étaient des habituées de salon d'esthétique. La petite blondinette aux portraits identiques de sa mère, aimait s'installer entre les jambes de sa mère ses petits pieds d'enfants dans le bocal. Elle regardait les petits poissons s'approcher en rigolant dès qu'un de ceux-ci effleurait ces orteils. Mia prit le même soin et je m'installais face à elles dans une chaise inutilisée. Regardant autour de moi, je remarquai qu'il n'y avait aucune autre cliente dans le petit salon, qui devait couter les yeux de la tête, une certaine manie chez les Grey à vouloir tout dépensez dans d'extrêmes budgets.

— Nous avions réservé, répondit Mia à ma question muette en s'adossant confortablement dans le fauteuil.

— Pourquoi?

Kate et Mia s'échangèrent un regard complice avant de me répondre.

— On avait simplement envie de passer une journée tranquille avec toi avant que tu ne reprennes la route demain pour rentrer.

Malheureusement, c'était aujourd'hui ma vie. Je devais prendre l'avion le samedi matin de Chicago pour arriver que peu de temps plus tard et je devais reprendre l'avion le lendemain après-midi pour rentrer chez moi. Je pourrais prendre le vol le vendredi soir, mais ça devenait compliqué avec les heures d'arrivée, les bagages et Allan que je devais aller prendre à la garderie. Je pourrais aussi quitter Seattle plus tard le dimanche, mais Allan ressentirait le vol le lendemain à la garderie et partagerait son humeur boudeuse avec les autres enfants toute la journée.

— Pourquoi ne reviens-tu pas à Seattle? me demanda Kate, nous sommes tous ici et de toute façon nous ne voyons pratiquement plus monsieur de glace.

Je ne crois pas avoir le besoin de vous dire qui est monsieur de glace et ce pour quoi Katherine semble le détester, elle n'avait pas complètement digéré tout ce qu'il lui avait fait subir que la nouvelle de notre séparation apparut. Elle ne le porte tout simplement pas dans son cœur.

— J'ai une vie à Chicago, maintenant

— Sébastien pourrait venir travailler pour la police de Seattle, proposa Mia

— La question n'est pas le travail de Sébastien ni le mien les filles, leur avouai-je sachant bien que si c'était le seul sacrifice, je serais revenue depuis bien longtemps. C'est tout ce que j'ai acquis dans cette ville, j'ai l'impression qu'en revenant ici, je retrouve la femme que j'étais avant.

— Tu es tellement rendue belle et forte, Ana, ce n'est pas une ville qui va faire revenir tes démons.

— Le démon, je vous rappelle, détient l'empire de ce monde.

— Tu dis n'importe quoi, Damien Stark est en train d'en faire baver à mon frère. Il va conquérir le Nouveau Monde.

Vous vous souvenez de Nikki que je vous parlais un peu plus tôt? Laissez-moi vous les présenter comme il se doit. Commençons par Damien Stark, il est mon plus haut patron et mon meilleur ami rejoignant le même rang de José, mais Damien est très différent de José, il sait ce que les femmes ressentent à la soumission puisqu'il est lui-même un dominant. J'avais rencontré Damien lors de mon entrevue pour le poste d'éditrice en chef pour l'un de ces bureaux. Je l'avais de suite deviné et lui également. Nous n'avons pas eu cette connexion comme un dominant et une soumise se devaient d'avoir, nous avons simplement eu un contact d'une amitié sincère. Il était devenu le grand frère que je n'avais pas et il était très protecteur. Nikki était sa soumise, maintenant elle est sa femme et une amie qui m'est très chères. Elle voit ce que je vis, elle sait ce que je vis et elle le vit elle aussi. Ils sont deux personnes qui comprennent ce que je ressens parce qu'ils l'ont vécu, cette tentation maladive de vouloir un être puissant dans la relation, qui se tient sur ces pieds et qui nous entraîne dans un univers sexuel de plaisirs, de douleur et de tendresse. Damien est un homme d'affaires très riche avec une séduction particulière, cette même séduction qu'avait Christian. Une sorte de perfection que nous ne pouvons pas décrire, une sorte de mystère qui attrape le moindre de petit insecte dans ces filages. Il a eu Nikki d'un amour incalculable. Cependant, ils sont tous les deux troublés, Nikki se mutilait les cuisses pour échapper à sa mère qui la voulait d'une perfection suite à la mort de sa sœur. C'est dans ce sens que mon amie effaçait la perfection. Damien lui avait été abusé dès son jeune âge par son entraîneur de tennis, il avait un grand avenir, mais il devait payer ces séances d'une certaine façon, il menace son père de connaître la vérité depuis toujours. Ces tourments se sont terminés suite de la mort de son entraîneur dont il fut porté responsable. C'est suite à tous ces déboires de sa vie qu'il a réussi à mettre sur pied le deuxième empire de ce monde rattrapant à grande vitesse celui de Grey.

— Il mérite son pouvoir Damien Stark, commenta Kate les yeux au ciel.

— Madame Grey, dois-je vous rappeler que vous êtes mariée? m'exclamai-je en riant.

Kate avait le don de fantasmer sur les hommes sportifs et matures, quelques qualités que Damien gardait avec lui, mais elle n'était pas le genre de femme à tromper son homme. Je savais qu'il y avait un fond de plaisanterie en elle, elle était follement amoureuse d'Elliot.

— Je me demande comment tu fais pour travailler avec lui, Ana.

— Il est mon patron, me contentai-je de dire.

— Un patron carrément sexy!

Je jetai un regard de malice à l'intention de Kate. Damien était mon patron, un homme marié et très heureux avec sa femme. C'est lui qui m'avait présenté à Sébastien lors de l'une de ses soirées caritatives. Damien ressemblait trop à Christian pour pouvoir m'intéresser et les filles ne semblaient pas en comprendre les raisons, elles n'aimaient pas Sébastien et elles auraient souhaitées, un peu au fond de leur cœur que Damien s'ouvre à moi. J'avais vu le commencement de leur couple et j'étais présente à leur mariage. Je peux vous affirmer que Damien n'a d'yeux que pour Nikki, comme Christian n'avait d'yeux que pour moi.

— C'est pour quand l'accouchement, Kate? lui demandai-je pour changer de sujet.

Kate posa la main sur son ventre plus par réflexe que par sensation. Ne me demandez pas pourquoi, mais nous, les femmes, avons cet étrange réflexe de nous toucher le ventre lorsqu'une personne nous pose une question sur le bébé que nous portions. Je connaissais bien ce réflexe que j'avais eu envers ce petit pois qui avait maintenant presque 5 ans.

— En septembre, se contenta-t-elle de dire.

J'étais un peu jalouse de Kate en ce moment, elle avait l'homme qu'elle souhaitait, une petite fille en pleine santé et magnifique, et elle était enceinte une deuxième fois. Voir Allan grandir ainsi, enfant unique me rendait nostalgique, je ne voulais pas qu'il soit seul, petit homme débrouillard qu'il était je voulais qu'il puisse enseigner à plus jeune que lui. J'avais connu une enfance unique et disons que j'aurais souvent aimé avoir une sœur ou un frère, mais je ne voulais pas avoir un enfant avec un homme comme j'avais actuellement. Pas que je n'étais pas heureuse, mais je ne voulais pas que Sébastien soit le père de mon prochain enfant.

Trois femmes blondinettes apparurent près de nous et chacune d'elle s'occupa de l'une d'entre nous. Mon esthéticienne était très gentille, elle me parla de ma peau et mes cheveux qui, maintenant, étaient bien entretenus. Il est évident qu'avec Nikki, Mia et Kate, je ne pouvais plus délaisser ce côté de moi et je ne le voulais plus. Christian m'avait rendue femme avec des atouts, et je les mettais en valeur maintenant.

Je me considérais aujourd'hui comme étant une belle femme. J'avais des yeux bleus soulignés par de grands cils bruns. Mes cheveux bouclés descendaient en boudinant jusqu'à ma poitrine une frange au carré soulignait mon regard. Je n'étais pas très grande et mon corps avait rapidement retrouvé sa minceur, suite à la grossesse et sans l'endommager. Je m'étais mise à m'entrainer et je me sentais bien dans ma peau.

La petite Livia bondit de sur sa mère et trottina jusqu'à moi.

— Marraine!

Les mains vers moi, elle me quémanda les bras. Je la hissai sur moi et la calai contre mon buste. Cette fillette avait le pouvoir de rendre les choses autour d'elle banales. Elle était innocente, sans aucune malice et emplie de gentillesse. Une petite blondinette qui ressemblait à un petit ange descendu du ciel, ces grands yeux bleus d'une naïveté adorable et ce petit corps d'enfant fragile. Je claquai un baiser sur sa tête et m'adossai contre mon siège sous le regard tendre de Kate. Mon amie trouvait que j'avais un pouvoir d'attraction envers les enfants. Ne me demandez pas pourquoi, mais depuis la naissance d'Allan, j'avais développé cette proximité avec les enfants. Ils venaient vers moi, ce confiait et m'adorais. Donc, elle m'avait nommé marraine de Livia.

Après plusieurs heures interminables, je vous épargne ce calvaire que j'ai subi à votre place, à me faire jouer dans les cheveux, à me faire faire le maquillage, la manucure, la pédicure, le massage et les essayages de robes à ne plus finir. Elles jugèrent que je fus finalement prête. Et je dois l'avouer, elle me rendait à chaque fois, plus belle que celle d'avant, mais aujourd'hui elles s'étaient dépassées.

Je portais une robe vintage d'un mauve profond, la taille bien ajustée et un décolleté plongeant, pas trop tout de même, je suis une maman maintenant. Sexy et classique à la fois, un peu à la façon Marylin Monroe. Je me sentais époustouflante et débordante de confiance.

Kate avait opté pour une tunique rose poudre sur un legging noir et Mia portait une petite robe flottante bleu poudre. La petite Livia portait un ensemble lilas, une couleur qui lui allait à ravir.

— Ma belle Ana! s'exclama Grace lorsque nous franchîmes les immenses portes de leur demeure, quelques minutes après avoir quitté le salon d'esthétique. Tu es magnifique ma chérie.

J'adorerais Grace et c'est avec bonheur que j'accueillis son étreinte et sa bise pour nous saluer.

— Allan n'est pas avec toi? s'étonna-t-elle.

— Après-midi garçon, me contentai-je de lui répondre avec un petit sourire.

— Ils ne devraient pas tarder, ajouta Mia avant de se diriger vers le séjour, avec Kate derrière elle me laissant aux bons soins de Grace.

— Laisse – moi te regarder, me dit-elle d'un air maternel, alors qu'elle me tenait à bout de bras.

Grace était le genre de femme qu'on ne pouvait pas détester, elle avait un cœur bon et un métier qui lui permettait de sauver des vies, elle en avait déjà sauvé plusieurs, mais une plus précisément. Elle avait sauvé Christian en l'adoptant. Le plus beau cadeau qu'elle ne m'ait jamais offert, bien qu'il ne me fût pas réellement destiné. Ces cheveux bruns étaient retenus par deux baguettes en un chignon lâche et elle était vêtue d'une petite robe soleil de couleur olive. D'un simple regard, cette femme pouvait vous montrer la voie d'une raison encore inconnue. Par exemple, aujourd'hui son regard semblait plus attentif à ce que je ressentais.

— Tout va bien, Madame Grey? Lui demandai-je en me dirigeant vers le séjour pour rejoindre Mia et Kate qui devait discuter avec Carrick.

— Bien sûr ma chérie, me répondit-elle un peu trop rapidement me faisant froncer les sourcils.

Grace n'avait pas l'habitude d'être une femme rapide dans ces réponses, dans le cas contraire, elle nous cachait quelque chose et ce quelque chose m'était aujourd'hui destiné puisqu'elle avait cette attitude envers moi. Je baissai les yeux vers ma tenue, elle n'était pas indécente, je la trouvais même plutôt jolie. Donc ce n'était pas mon accoutrement qui la mettait ainsi mal à l'aise. En franchissant les remparts, je compris cette soudaine inquiétude que tous avaient aujourd'hui en s'assurant que tout allait bien. Le centre d'esthétique pour me rendre jolie, la sortie fille et l'humeur complice de Mia et de Kate et l'humeur étrange de Grace, tout ceci cachèrent le secret d'un regard d'acier. Tous les regards étaient fixés sur moi, y compris les siens, et moi, bien que le désir y était, je ne pouvais détacher mon regard du sien. À mon grand désarroi, je m'étais fait avoir aujourd'hui!