Quel est le plus dur? Se maintenir à la surface de l'eau ou devoir remonter des profondeurs dans lesquelles nous nous sommes laissés plonger, laisser noyer? Certes, battre des bras dans la tempête à longueur de journée demande une volonté effrontée, mais si vous vous laissez sombrer, la remontée sera d'autant plus difficile. Tout d'abord la lumière vous semblera si loin dans ces profondeurs abyssales que le courage de l'atteindre n'y sera point. De plus, l'effort demandé sera d'autant plus important si vous avez dérivé trop loin de la terre. Alors, allez. Je sais, je connais ses moments où se battre parait vain, ou tout ce que l'on souhaite c'est lâcher prise et se laisser emporter là où personne ne viendra vous sauver, là où vous serez seule avec vos pensées... Mais cet endroit n'a aucun intérêt. C'est à la surface qu'est la vie. Et pour la vivre, pour pouvoir respirer ces grandes bouffées d'air frais, il faut donner un peu de soi-même. Et parfois, il arrive que la tempête s'évanouisse et vous laisse enfin du répit et la chance de savourer la vie.
Je ne savais pas si je devais respirer, cligner des yeux ou encore dire quelque chose, mais rien de tout ceci ne se fit. J'étais figé et tellement droite qu'on aurait pu me confondre avec l'une des statuettes d'homme musclé de cette maison. Là, tout de suite, je voudrais surtout aller m'ensevelir en attendant que le temps passe. Mon cœur battait si fort que j'étais convaincue qu'il pouvait l'entendre et le sentir du fond de cette pièce qui normalement paraissait si grande, mais aujourd'hui, même cette terre ne l'était pas suffisamment. Mes sentiments étaient juxtaposés, le voir ainsi devant moi réveillait ma déesse profondément endormie depuis 6 ans et éveillait cette braise encore présente dans mon cœur. Je sentais une douce chaleur se répandre au creux de ma poitrine jusqu'à mes joues. Je crois que depuis le début de cette séparation, j'avais caché le moindre sentiment d'amour dans ce coin de mon cœur et le regarder, face à moi, les évoquait à nouveau. Mais la frustration de la solitude de ces six années était bien présente. Je détestais cet homme, je le détestais comme je pouvais éprouver du désir pour lui.
Il suffisait de jeter un regard à chaque personne de cette pièce pour savoir qu'ils attendaient un geste de ma part, un geste qui ne venait pas. J'avais peine à imaginer qu'ils avaient pu penser que cette ''surprise'' me ferait plaisir. Je détestais les filles Grey en cet instant. Cela faisait six ans que j'essayais d'oublier cet homme, et je vous l'annonce aujourd'hui, c'est impossible avec un enfant de sa part qui est sa copie conforme.
— Bonjour, Anastasia, me salua Carrick en s'approchant de moi.
Je quittai finalement cet adonis des yeux et regardai Carrick. Mes gestes étaient mécaniques et je lui rendis la bise qu'il m'offrait. Grace serra son bras autour de moi et les deux parents de Christian m'offrirent tout leur amour en cet instant. Je ne sais pas si c'est pour me démontrer leur soutien ou pour montrer à Christian tout ce qu'ils nous avaient offert à moi et son fils durant son absence. Une chaleur bien familière monta jusqu'à mes joues et je sus que leur geste ne m'était pas si indifférent, ils pouvaient me combler d'un bonheur que j'avais déjà connue.
— Tu veux quelque chose à boire ma chérie? M'offrit Carrick gentiment.
Et finalement, tout s'enchaîna comme s'il n'avait eu jamais de malaise, croyez-moi cette famille pouvait être si étrange parfois. Mia entama la discussion avec l'homme de glace, Carrick se dirigea vers la cuisine où je savais d'innombrables personnes attendaient que les hommes arrivent pour débuter le service, Kate s'occupa doucement de la petite Livia et Grace me dirigea vers cette dernière. Elle savait que ma nièce avait le pouvoir de changer mon humeur d'un simple regard. Je me penchai au sol, prenant bien soin de ne pas faire voler ma robe un peu trop et posai un petit baiser sur le front de cette petite merveille. Les enfants avaient une naïveté que j'aimerais bien retrouver aujourd'hui, ils n'étaient pas au courant de l'ampleur des évènements qui se déroulaient autour d'eux.
— « egarde », me dit la petite en pointant la petite boucle lavande qui était tombée de ces cheveux. La petite avait encore de la difficulté à prononcer ces "» r" ». Ils sonnaient davantage comme un son au creux de leur petite gorge.
Je ramassai la petite boucle et lui réinstallai dans ces cheveux.
— Ana…
— Pourquoi ne pas me l'avoir dit Kate? Lui demandai-je pour que seulement celle-ci puisse l'entendre lors que je me relevai avec la petite dans mes bras.
— Ils m'avaient demandé de ne pas te le dire, m'avoua-t-elle en posant sa main contre le dos de sa fille. Ça fait un ou deux mois qu'il revient de plus en plus vers nous et nous croyons qu'il est prêt à reconnaître ce qu'il doit être.
— Vous croyez? Et toi, ne crois-tu pas que cette décision me revient?
— Ana, il suffit d'avoir vu ta réaction lorsque tu l'as aperçue pour savoir qu'il ne t'est toujours pas indifférent. Il te manque, ajoute-t-elle doucement.
— Cette même réaction, tu l'as avec Damien et pour autant tu n'es pas avec lui.
Bon d'accord, présentement, j'avais un peu, beaucoup de frustration en moi. Kate n'aimait pas Christian et encore aujourd'hui, elle m'avait fait le numéro de dégout envers lui. Alors cette soudaine envie de lui offrir ce que moi je ne veux pas lui offrir me frustre au plus haut point. Elle me regarda outrée que j'aie pu lui dire quelque chose comme ceci et elle baissa finalement les yeux. Elle avait touché en plein centre de ma plaie, et elle le savait. Je ne voulais pas blesser mes amies et elle n'avait certainement pas voulu me blesser, mais elle se doutait que c'est ce qui s'était réellement passé. Carrick profita de ce silence entre moi et Kate pour nous apporter des breuvages, il nous offrit un verre de vin rouge et une boisson sans alcool pour Kate, vu son état avancé de la grossesse. Nous le remercions et il partit retrouver Christian, Mia et sa femme qui avait fini par les rejoindre. Grace avait sûrement deviné mon envie de vouloir parler seule à Kate.
— Tu as pensé à Allan, lui demandai-je finalement en posant la coupe contre une étagère à côté de nous, en ayant pris soin d'y tremper mes lèvres une première fois et de gouter à ce délice boisé. Non seulement je dois m'habituer à sa présence en peu de temps, à son regard, que je sais être présent sur moi depuis mon entré dans cette pièce, les femmes ont ce genre de pouvoir merveilleux de savoir quand le regard des hommes sont posé sur elles, et la réaction de mon fils alors qu'il ne l'a jamais vue en personne, si on exempts les photos.
— Allan est un grand garçon Ana, tu peux être surprise de sa réaction. Il est intelligent.
— L'intelligence ne remplace pas les sentiments de haine qu'un enfant de son âge peut éprouver alors qu'il se sent abandonner par sa figure paternelle.
— Sébastien n'est pas la figure paternelle que tu as voulue pour ton fils? cracha-t-elle de vengeance à ma remarque précédente. Non, mais souviens-toi de lui Anastasia Steele, l'homme qui t'attend à des centaines de kilomètres d'ici. C'est toi qui as décidé de partir de sa vie, c'est aussi toi qui as décidé de quitter Seattle pour aller t'installer si loin et c'est également toi qui as décidé de remplacer le père de ton propre enfant.
Non, ce n'est pas ce que j'avais voulu faire et elle le savait. Mais je savais aussi que les sentiments qui se bousculaient en elle devaient sortir. Quand je leur avais présenté Sébastien, elle avait imaginé cette situation de son côté, Kate était peut-être le genre de femme qui aimait la séduction, mais si je pouvais dire une chose d'elle, c'est qu'elle est fidèle jusqu'au bout. À l'université, elle m'avait déjà avoué que si elle avait un enfant avec un homme, elle ne serait plus capable d'être avec un autre par le simple souci de respecter le père de ses enfants. Je lui avais alors rétorqué; « Et si tu te fais violer? Tu respecterais toujours l'homme qui t'a donné cet enfant? »
— G'os câlin! s'écria Livia en remarquant les airs tendus de sa mère.
L'humeur joyeuse de Kate revint aussitôt et elle vint enlacer sa fille qui je ne sais comment elle s'organisa, mais nous nous retrouvâmes toutes les trois dans une étreinte. Kate savait que mon souci d'être avec quelqu'un à Chicago n'était pas pour donner une figure paternelle à mon fils. C'était égoïste de ma part, mais c'était pour éviter la solitude auquel je devais faire face.
— Je suis désolée, murmura Kate. J'aurais dû deviner que ce n'était pas une bonne idée.
— Au moins, dis-toi que tu m'as préparé à l'éventualité de la rencontre avec nos avocats.
— Tu as demandé le divorce?
— Oui, tu n'étais pas au courant? lui répondis-je. Quand Mia est venue à Chicago au début de l'été, je lui avais demandé de t'en informer.
— Elle ne m'a rien dit. Elle dévia son regard vers Christian pour la première fois de la soirée et prit soin de l'étudier avant de dire : tu crois que c'est à cause du divorce qu'il a décidé de revenir? Peut-être qu'il croit que les Grey vont te fermer la porte au nez.
— Peut-être…
Mon regard se dirigea également vers cet homme de l'autre côté du séjour et c'était comme si je le regardais pour la première fois. Malgré les six années de plus à son bagage, il paraissait encore si jeune et si beau. Il était grand, deux têtes de plus avec ces souliers hors de prix à mes pieds et trois têtes si je les enlevais. Il portait une chemise noire sous un complet gris clair. Il n'avait aucune cravate à son cou et les deux boutons du haut étaient détachés me rappelant les poils de son torse d'acier sous ces vêtements. Ces cheveux aux nuances de cuivre tombaient sur ces tempes et gardaient une allure rebelle qui me le rappelait lorsqu'il portait son jean déchiré. Ces yeux gris me fixaient sous ces longs cils, ils étaient vifs, amusés et charmés? Je n'avais vu que très rarement ces émotions dans son regard, lui qui avait une tendance suave et contrôlante. Je crus apercevoir l'ombre d'un sourire étirer ces lèvres pleines alors qu'il continuait à discuter avec Mia son regard de marbre toujours rivé sur moi.
— Il n'a pas perdu cette manie du moins, commenta Kate à voix haute, il ne t'a pas quitté du regard depuis que tu es arrivée. On va le saluer?
Alerte rouge! Mon cœur reprit l'assaut de ma poitrine et un étourdissement planait au-dessus de ma tête. Il était hors de question que je lui adresse la parole aujourd'hui. Je secouai trop rapidement la tête, en guise de réponse et mes boucles caressait le visage de Livia qui en riait aux éclats.
— Et pourquoi pas?
— Kate, vous m'avez forcé à le croiser, tu ne vas tout de même pas me forcer à aller lui parler? Tu n'es pas censé le détester? Souhaites-tu que je te rappelle tes propres mots d'aujourd'hui?
— Oh, allez Ana. J'ai appris à connaître Christian, il regrette sincèrement ce qui s'est passé. Ce n'est pas assez pour toi?
Croyez-moi en cet instant, je n'avais besoin de rien de plus pour être plus mal.
— Grand-mère? Entendis-je crier du hall d'entrée?
Je rectifie, maintenant j'étais au plus mal. Un rapide regard vers Christian confirma mes dires, Allan venait d'arriver. Si quelques instants plutôt j'étais en pleine panique lorsque Kate m'offrit de lui parler, je ne pouvais vous dire mon état en cet instant. L'homme ne me regardait plus, mais il regardait sa mère s'avancer vers les remparts et se pencher juste à temps pour attraper au vol un petit garçon courant du haut de ces cinq ans (bon d'accord presque cinq ans). Mon fils s'était changé et portait maintenant une petite chemise aux manches courtes blanches sur un petit pantalon beige. Ces cheveux en batailles tombaient sur son front et ces grands yeux expressifs étaient lumineux de bonheur de retrouver sa grand-mère. Allan l'aimait vraiment beaucoup.
— On est allé à un match, s'exclama-t-il fièrement en brandissant l'énorme main en mousse bleue.
Elliot et Ethan arrivèrent derrière lui souriants et un peu taquins, à leurs images, et entamèrent les salutations envers Christian et leurs parents.
— Allan, la politesse, s'il te plaît, le grondai-je, le priant de faire la même chose que ces oncles.
Mon fils me jeta en regard de petit chien battu, auquel j'aurais normalement cédé, mais je voulais montrer à Christian que j'étais ferme et que j'avais bien réussi seule à élever son fils. Il offrit à sa grand-mère un baiser sur la joue et une accolade avant de retomber au sol et de passer à son grand-père qui l'accueillis avec un grand sourire aux lèvres, sa tante Mia qui ajusta sa chemise et finalement s'arrêter devant Christian ne sachant pas trop quoi faire. Je le regardai prendre une grande respiration et tendre sa main vers un Christian étonné, mais curieux. Les yeux gris de Christian se posèrent sur notre fils l'étudiant complètement. Il devait s'étonner de la ressemblance frappante qu'ils avaient. Mon fils amorça les présentations en premier, ce côté entreprenant qu'il détenait de son père.
— Je m'appelle Allan, et toi tu es qui?
— Bonjour, Allan, je suis Christian, répondit-il de sa voix charmante et envoutante.
— Maman, c'est le monsieur de la photo?
Je hochai doucement la tête, je n'étais pas certaine que cet échange se passait réellement ou que c'était encore l'un de mes rêves sordides. Tous les regardaient penchés aux moindres mots qui sortaient.
— Tu es trop grand pour ma maman, se contenta de dire mon fils.
— Et si je me penche comme ceci, à ta hauteur, suis-je toujours trop grand pour ta maman? Le requestionna Christian en imitant ces paroles.
Il était maintenant à la hauteur de notre fils et celui-ci resta droit le regard dans des yeux identiques aux siens. Je savais, juste en le regardant, que mon fils était intimidé par lui, pourquoi vous dis-je ceci? Parce que je suis moi-même intimidé par l'homme penché face à Allan et que nous avions les mêmes réflexes.
— Maintenant tu es trop petit, répondit simplement Allan.
— Crois-tu qu'elle préfère que je sois grand ou petit?
— Grand, maman aime quand les hommes sont grands.
— Alors, pourquoi avoir dit que j'étais trop grand pour ta maman?
— Je ne sais pas, avoua mon fils surpris des mots qui était auparavant sorti de lui.
— Tu as le même réflexe que ta maman Allan lorsque tu es troublé.
— Lequel?
Christian pointa doucement la lèvre de notre fils, craignant sûrement de lui faire peur, mais avec un sourire en coin pendu à ces lèvres.
— Tu te mords la lèvre.
Allan haussa les épaules et se retourna pour se diriger vers Kate et moi qui étions de l'autre côté. La discussion entre Grey et mini-Grey était close. Je ne pouvais imaginer qu'il lui avait dit que nous avions le même réflexe, je me souvenais du temps où il me menaçait de me baiser à chaque fois que je faisais ce geste. Kate se pencha la première pour recevoir l'étreinte de mon fils et récupéra Livia pour que je puisse prendre mon fils contre moi. Je fus surprise de remarquer que cet échange n'avait pas du tout affecté l'humeur de mon fils. Il était aussi heureux que lorsqu'il avait franchi le seuil de la pièce.
— Tu as passé une belle journée avec tes oncles mon grand? lui demandai-je en passant ma main dans ces cheveux.
— Les Mariners ont gagné maman! s'exclama-t-il en brandissant fièrement la main en mousse.
— Je suppose alors que la réponse est oui.
Je me penchai et serrai mon fils dans mes bras, Allan avait ce penchant courtois et modeste des hommes Grey. Il donnait des bises sur la joue des femmes et il serrait la main aux hommes. Étant sa mère, j'avais un petit plus. Il aimait se blottir dans mes bras. Bon je l'avoue, j'avais un peu fait en sorte qu'il soit ainsi, mais que voulez-vous, je devais faire le rôle de mère et de père, je pouvais bien être un peu récompensé.
— Je t'aime maman.
Et parfois j'avais même ce genre de marque d'affection qui faisait fondre mon cœur à chaque fois.
— Moi aussi mon grand.
Il claqua un baiser contre ma joue et s'éloigna vers Livia qui était maintenant au sol au travers de quelques jouets que Grace fût sortie un peu avant notre arrivée.
Une fois ce moment passé, on aurait dit que toutes les tensions qui avaient habité mon corps depuis ces six années venaient de disparaître en l'espace de quelques secondes. Allan ne semblait pas affecté par la présence de Christian près de lui et l'homme semblait maintenant plus serein. Aurais-je envie de crier haut et fort à cet homme qui m'avait tenu loin de lui depuis tout ce temps que son fils n'était pas une nuisance pour le nous d'avant? Bien sûre que j'aurais envie de lui crier ces bêtises par la tête, mais je ne le ferai pas. Parce qu'au fond de moi, je ne pouvais pas le faire. Je ne connaissais plus les sentiments que nous éprouvions. Je dois avouer qu'ils sont rares ceux qui s'aiment pour toujours, ceux dont l'amour ne tarit jamais. C'est ce que j'ai découvert en aimant si fort cet homme que j'ai donné naissance à cet enfant, qu'on s'est aimés tellement en peu de temps qu'il n'y en a pas eu assez pour qu'il dure. On peut s'aimer brièvement, quoi, ou l'espace d'un instant, comme il s'est passé.
Si certains associent le cœur du père au cœur de pierre, d'autres décèlent dans l'amour paternel un puits immense d'affection. Je me serais attendue à un cœur de pierre venant de la part de Christian, mais je fus surprise de voir l'échange qui se passait devant moi concernant ces deux êtres. Pour mon fils, les gestes de tendresse de la part d'un homme sont parfois rares, Sébastien ne sait jamais sur quel pied danser avec Allan, il ne veut pas prendre la place qu'il ne lui est pas réservé.
La soirée se déroula sans embûche, du moins pour l'instant, Christian était à l'un des côtés de la table et moi et Allan étions à l'opposé près de Grace. Nous avions discuté de tout et en même temps de rien, discuté de choses absurdes qui semblaient sans importantes pour l'instant. Personne n'abordait le fait que Christian soit ici avec nous pour un repas du samedi soir et personne non plus nous questionna sur le mariage ou le divorce, peu importe l'étape à laquelle nous nous situons. La soirée était chaude et nous avions décidé de terminer le repas à l'extérieur. Une fois le ventre plein, mon fils découvrit le présent que ces grands-parents lui offrirent et ainsi tout le monde autour de lui n'existait plus. Il pouvait se monter des scénarios énormes où il était un grand chevalier ou un grand héros qui sauvait le monde des méchants qui régulièrement se trouvait à être ces oncles qui s'amusaient avec plaisir à ces dépens. Allan avait reçu le plus récent Batman qui se trouvait actuellement sur le marché, cette simple figurine pouvait coûter une fortune.
— Tu m'évites?
Je n'avais pas besoin de me retourner pour savoir qu'il était seul et que nous étions assez loin de sa famille pour qu'ils viennent nous déranger ou qu'ils entendent les mots de cette conversation. Il y avait ce genre de courant électrique de proximité que je ne pouvais jamais expliquer réellement lorsqu'il était près de moi et donc je pouvais vous affirmer sa présence par cette simple sensation. Une sorte d'aura qui s'entremêlait l'une dans l'autre et qui exerçait une force pour nous rapprocher.
— Oui je t'évite.
J'entendis le soupir de moquerie qu'il laissa s'échapper et je le vis s'installer dans les marches de la terrasse à mes côtés. Une odeur masculine et réconfortante se répandit jusqu'à moi, un mixte de boisée et de détergent à lessive. J'expirais et tournai mon regard vers mon fils. C'était le meilleur coin pour bien veiller sur son enfant qui s'amusait à courir dans l'herbe. Il n'y avait qu'une seule règle avec Allan lorsqu'il jouait plus loin, s'il ne me voyait plus, ce n'était pas bon signe et il ne s'y était encore jamais aventuré. J'avais roulé les bas de pantalon de mon fils jusqu'à ces genoux pour ne pas que l'herbe humide les abime. Bien qu'Allan fasse attention à ces choses pour un enfant de cinq ans, il était tout de même un enfant de cinq ans qui aimait jouer dans l'herbe et la terre humide.
— Je ne savais pas que tu serais présent.
— Ma présence affecte donc la tienne?
— En effet, je ne suis pas présente si tu l'es et l'inverse se produit normalement.
— Je ne t'évite pas, si je n'y suis pas c'est que je ne peux pas y être. Et tu sais que les soirées caritatives ne sont pas mon fort.
— Mais ces soirées sont importantes pour tes parents.
— Tu prends très bien ma place.
— Je n'ai pas à prendre ta place, Christian.
— Tu as froid, me fait-il remarquer en caressant d'un doigt mon bras nu en changeant brusquement de sujet. Tu as la chair de poule.
Mon regard se baissa sur mes bras qui habitait de petites taches blanches, ce n'était pas l'air humide qui se refroidissait un peu qui m'avait mise dans cet état, mais son touché ferme et délicat et il le savait bien. Il ôta sa veste grise et la posa sur mes épaules me ramenant vers lui lorsqu'il remarqua mon geste de recul. Son sourire en coin me confirma que son plan fonctionnait. Vous savez, ayant partagé ma vie quelque temps avec lui m'avait permis de remarquer ce genre de détail subtil.
— Je n'en ai pas besoin, Christian, je t'assure. Je vais rentrer coucher Allan dans quelque instant, lui dis-je en me débarrassant du vêtement, que je lui tends aussitôt.
Il me tendit la main pour m'aider à me relever, mais refusa poliment la veste, il voulait me revoir plus tard.
— Gardez-la, mademoiselle Steele. Sinon vous allez attraper un rhume et je n'y tiens pas.
Je fus surprise par sa remarque autoritaire et de ma réponse. J'enfonçai mes bras dans les manches automatiquement avant de m'exclamer :
— Vous arrivez encore toujours à vos fins, Monsieur Grey?
Il se rapprocha davantage de moi avec ces yeux emprisonnant. Je sentis mon cœur battre à tout rompre dans ma poitrine et mon souffle se couper court. Il leva la main vers mon visage et je vis le petit mouvement qu'il fit vers ma lèvre. Il hésitait. Christian Grey hésitait avant de me toucher! L'ambiance entre nous deux s'était chargée d'électricité, j'avais l'impression de me retrouver comme à l'une de nos premières fois face à notre proximité.
Au loin, j'entendis les petits pleurs de mon fils ressurgir. Je me tournai vers ces bruits et vis Allan qui laissa tomber sa figurine au sol se frottant les yeux en signe de fatigue. Une journée avec les Grey lui demandait énormément d'énergie.
— Je vais aller coucher Allan, lui dis-je en mettant fin à cette discussion et à tout ce qu'il se passait entre nous.
Il fallait que je me sauve de cette torture physique et sexuelle. Rapidement, je me dirigeai vers Allan qui pleurait davantage et le pris dans mes bras. Ces épaules sautaient contre moi et ces pleurs abimaient le veston de Christian. Grace avait aménagé une chambre pour chacun de ses petits-enfants, Allan avait droit à un domaine pour petit garçon. Il aimait énormément dormir ici, il disait qu'il avait l'impression de dormir dans les étoiles.
Je n'avais pas remarqué que la famille de Christian était toute déjà rentrée dans la demeure, il faut croire que la tension qui émanait de moi me faisait perdre mes repères.
Grace avait utilisé l'ancienne chambre de Christian pour faire celle d'Allan. Les murs étaient peinturés d'un beige doux et les moulures ornant le plafond et le sol étaient d'un blanc éclatant. Un immense grand lit en bois blanc ornait la pièce sous la fenêtre habillée d'un rideau noir. La douillette était simplement noire et des coussins argentés étaient posés sur le lit. Une fonction dans l'éclairage de la chambre permettait à la lumière de faire de nombreuses étoiles sur les murs et au plafond. Allan aimait se réveiller la nuit pour regarder les lumières au-dessus de lui. Mais son poids contre moi me confirmait qu'il était bien ancré dans son sommeil. Je le posai doucement entre les draps en satins argentés. En faisant attention pour ne pas le réveiller, je lui enfilais un pyjama léger en lins. Regarder un enfant dans son sommeil peut être la plus belle chose qui soit. Ainsi, Allan semblait reposé de tout ce qui pouvait l'entourer, il semblait fragile et son sommeil était des plus récupérateur pour lui. Ça devait être dur de vieillir sans figure paternelle, puisque Sébastien n'en est pas réellement une pour lui. Je n'avais jamais vu mon fils avoir ce regard, qu'il a eu avec Christian, avec aucun autre homme dans sa vie. Il était émerveillé et il y avait une sorte de stabilité en lui que je ne lui connaissais pas. Je posai un baiser sur le front de mon garçon et sorti doucement de la chambre.
J'allai rejoindre les filles qui se préparaient déjà à partir. Livia dormait dans les bras de son père qui discutait avec Christian. Kate et Mia rassemblaient les effets de la petite pour être sûres de ne rien oublier. Je me dirigeai vers la petite qui dormait à point fermé.
— Et si ce n'est pas la marraine qui vient s'assurer que sa petite fille dort bien, me taquina Elliot.
— Tu sais Elliot, si tu n'épuisais pas autant mon fils, je ne maternerais pas autant ta fille. Elle va finir par devenir un vrai clown avec un père comme toi, répliquai-je.
— Elle va en devenir immunisée, crois-moi.
Je ne répondis pas à sa remarque et il me la tendit. La petite ne broncha pas d'une miette et se laissa caller contre mon cou. Avoir un enfant en si bas âges me manquait. J'aimais passer mes soirées à avoir l'enfant endormi contre moi et continuer à discuter avec les gens autour. L'âge où tout semblait si grand et si merveilleux à ces yeux.
— Tu rentres avec nous? Me demanda Kate lorsque je fus près d'elle.
— Je ne crois pas.
— Tu peux laisser Allan avec mes parents, ajouta Mia.
— Je pense avoir besoin de discuter avec Grace.
— Mais nous ne pourrons pas déjeuner ensemble demain si tu ne rentres pas avec nous, se plaignit-elle.
Je m'approchai de Mia et lui pinçai doucement la joue comme faisait sa mère. Je savais qu'elle détestait cela.
— Je te promets de venir déjeuner avec vous les filles demain.
— Tu n'as pas vos valises, fit remarquer Kate.
— J'emprunterai dans tes vêtements Mia.
— Tu vas dormir dans mon ancienne chambre, s'exclama-t-elle folle de joie.
— Vous rentrez coucher Livia?
Kate acquiesça et me laissa cajoler la petite avant de l'installer dans sa voiture.
Je montai à l'étage lorsque Mia et Kate eurent quitté avec la petite Livia. La première avait insisté à ce que je m'installe dans son ancienne chambre, elle jurait que j'allais me sentir comme dans une chambre d'hôtel et j'en avais besoin vu les émotions que j'avais ressenties aujourd'hui. Elliot et Ethan étaient restés pour terminer la soirée avec les hommes, ce qui signifiait qu'ils allaient prendre du bourbon et discuter des prochaines parties de base-ball. J'ignore pourquoi j'avais tant insisté à rester ici, peut-être pour mon fils, je savais qu'il serait heureux de se réveiller ici. Mais en moi, j'avais le pressentiment que ce n'était pas pour mon fils que j'étais demeuré au domaine, Grace et Carrick avaient souvent gardé Allan lorsque j'étais mal prise à Chicago. Le domaine m'apportait une sorte de plénitude, je me sentais calme et sereine. Une fois dans la chambre de Mia je compris la raison pour laquelle elle avait insisté pour que je prenne sa chambre. La pièce était grande et très moderne, on reconnaît bien la personnalité de Mia dans ces meubles foncés en bois chocolat et dans la douillette à motif coraux. Il y avait des paillettes, des diamants et de la dentelle un peu partout, mais rien d'exagéré. La pièce était meublée d'un grand lit baldaquin avec un ciel de lit digne d'une reine. Je vous dirais que la pièce est un mélange entre la royauté d'aujourd'hui et celle d'autre fois dans les romans de bourgeois.
J'entrai dans la salle de bain adjacente à la chambre de Mia et je remarquai que celle-ci avait encore le souci du détail. Tout s'agençait avec la pièce d'à côté. J'entrepris de défaire tout le travail acharné que les filles avaient entrepris sur moi et me glissèrent sous la douche pour faire ma toilette. Je tends mon visage vers le jet bouillant qui sortait du plafond, il massait les muscles de mon visage avec puissance. Je ne me comprenais plus j'avais envie de mon ancien mari. Je ressentais cette même tension qu'au premier jour, cette sexualité que je ne voulais ressentir avec personne. J'avais envie de coucher avec cet homme, de le savoir sur moi contrôlant avec ces lèvres et ces mains. Je lâchai le souffle que je retenais depuis le début de la soirée. Pourquoi était-il toujours aussi séduisant? Toujours aussi sexuellement attirant? En ce moment, bien que je partage ma vie avec un autre homme, je voudrais m'abandonner une seule nuit dans ces bras.
Je fermai les yeux décidés que cette tension quitte mon corps avant d'aller me coucher. L'eau chaude me réconfortait, m'apaisait. Je m'adossai contre le carrelage devenu chaud sous le jet d'eau et posai ma tête. Mes mains se guidaient seules sur mon corps me donnant mon propre plaisir. S'il ne pouvait pas me l'offrir, j'allais me l'offrir seule en imaginant ces gestes sur moi. Mes caresses étaient aussi légères qu'une plume, et tout aussi agréables. Je glissai une main le long de ma jambe, puis remontai mes doigts en haut de ma cuisse. Un courant électrique, comme je ressentais lorsqu'il me touchait, semblait accompagner chacun de mes gestes. Je gardais les yeux fermés avec force parce c'est ce qui me permettait de le voir agenouillé devant moi. J'imaginais son souffle contre mon cou tandis que mes doigts se promenaient sur ma chair douce entre ma cuisse et le fruit de mes entrailles. J'imaginais sa voix me dire à quel point j'étais prête à le recevoir, à quel point j'étais humide pour lui. Ma main continua à s'agiter en rythme avec mes pensées vicieuses de lui, et j'écartai encore plus les cuisses tandis que la pression grandissait en moi. J'imaginais ces caresses comme ses doigts qui avaient effleuré mon bras durant la soirée. Cela dit, je ne pouvais le nier, j'aimais la sensation de savoir qu'il pouvait me regarder, savoir qu'il ne pouvait plus me toucher que ce n'était pas lui qui me touchait, mais moi pour le souvenir de lui, ces gestes m'excitaient grandement. J'aurais aimé qu'il puisse vraiment me regarder, qu'il regrette la femme tentante que j'étais devenue sans lui. Mais j'avais envie de lui, envie que ce soit lui qui me touche ainsi. Je luisais complètement pour lui. Je laissai mes gestes me caresser davantage et l'orgasme qui grandissait en moi s'amplifia, comblant le moindre racoin de mon corps, s'intensifiant encore et encore, jusqu'à ce que je n'aie plus d'autre choix que de le laisser m'envahir. « Je veux te voir exploser en sachant que je t'ai amenée jusque-là sans même te toucher » sa voix désireuse envahi ma tête. Comme s'il avait suffi qu'il le dise, mon corps se figea puis explosa. L'orgasme me déchira en même temps que mes pensées, me détruisant si complètement que je n'étais pas sûre de pouvoir m'en remettre si rapidement.
Je repris doucement mes esprits, calme de toute cette tension et essoufflée de ce que je venais de faire. Je repris le gant de toilette et terminai de me savonner.
Sortant de la douche, j'attrapai deux serviettes, l'une pour essorer mes cheveux pour ne pas humidifier la nuisette que j'avais empruntée dans la commode à Mia et la seconde pour me sécher. J'enfilai la lingerie et laissai tomber mes cheveux humides contre mon dos. Je me regardai dans le miroir qui faisait la longueur du mur. Le morceau de vêtement qui habillait mon corps était minime, d'un rose pâle avec de la petite dentelle blanche, mon corps semblait pratiquement nu. Mon regard brillait du plaisir que je m'étais accordé et mes joues étaient rosies par l'effort. Je regardais les vêtements de la soirée au sol et amassai son veston qui devait coûter une fortune. L'intérieur du veston était en satin noir et l'extérieur en un tissu robuste et ferme de minces rayures était visible de près. Je humai le vêtement et me souviens de son odeur qui tapissait les murs de l'appartement de l'Escala. Je m'ennuyais de tout ceci. Mes sentiments étaient clairs, je m'ennuyais de Christian Grey, l'homme qu'il était, contrôlant, tendre, beau, me manquait.
En sortant de la pièce, je faillis mourir d'une crise de panique. Il était assis sur le bout du lit, ses avant-bras posés contre ces cuisses et son regard noir étaient rivés vers la pièce que je venais de quitter. Qu'est-ce qu'il venait faire ici?
— J'étais venu récupérer mon veston, répondit-il à ma remarque non formulée, mais quand je suis entré dans la pièce j'ai entendu tes gémissements. Et je t'ai vue t'abandonner à ton propre plaisir sous l'eau.
— Tu es entré dans la salle de bain! m'exclamai-je.
— Mon veston y était.
Il se redressa du lit et s'approcha. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine et mon souffle sursauta lorsqu'il prit le vêtement qu'il était venu chercher dans mes mains. Son doigt caressa la douce dentelle qui habillait ma poitrine.
— Christian, murmurai-je.
Il se rapprocha davantage. Ces mains étaient fermes et douces. Je fermai les yeux et laissai ces mains glisser sous le vêtement contre ma peau de lait. Oh seigneur! J'allais tromper Sébastien s'il continuait.
— Ce n'est pas une bonne idée, conclus-je en me reculant.
— Nous inversons les rôles maintenant, c'est toi qui me repousses.
— Je suis fidèle à l'homme que je fréquente.
Ces mots je les regrettais à l'instant où ils franchissent les barrières de mes lèvres. J'avais vu cette haine dans ces yeux que quelquefois. Elle ne m'était pas destinée, je le savais, elle était destinée à la situation qui s'offrait à lui. Il soupira et passa son veston sur sa chemise.
— Nous nous reverrons cette semaine Anastasia pour le divorce et je compte négocier quelques closes.
Je le regarde bouche bée quitter la pièce sans se retourner et je restais hébétée au milieu de la pièce. Une chose est certaine, ces cinquante nuances ne me manquaient pas beaucoup. Qu'est-ce qui venait de se passer?
