Selon le dictionnaire, la définition d'une erreur est l'acte de se tromper, d'adopter ou d'exposer une opinion non conforme à la vérité, de tenir pour le vrai ce qui est faux. État d'un esprit qui se trompe, qui prend le faux pour le vrai. C'est une chose fausse, erronée par rapport à la vérité, à une norme, à une règle. C'est un acte, comportement inconsidéré, maladroit, regrettable, faute. Ce qui est jugé comme faux du point de vue du locuteur, opinion ou assertion fausse. Pour moi? La définition d'une erreur c'est ce qui s'est produit en quittant six années plus tôt, elle définit ma vie actuellement.
Je me dirigeais avec mon véhicule, un FORD ESCAPE blanc. Eh! Oui, Christian avait un peu déteint sur moi, la sécurité et le côté massif importaient maintenant sur ma famille. Bon, revenons, je me dirigeais vers la demeure immense de Damien et Nikki. Ils vivaient dans une clairière loin des dérangements de la ville dans un énorme manoir. Ils étaient le genre de personne qui ne regardait pas les dépenses. Ils aimaient qu'on remarque qu'ils avaient beaucoup d'argent. Nikki était une femme magnifique qui avait mon âge environ et elle était pleine d'avenir, je comprends pourquoi Damien avait été attiré par elle. Cependant, ce qui les avait réellement connectés ce fut le scandale qui les reliait. Durant plusieurs mois, il y a près de quatre ans, l'annonce d'une femme payée 1 million de dollars pour se faire faire un nu pour un millionnaire avait fait la une des journaux à potin, ce drôle de couple était Damien et Nikki. Il aimait l'art et elle était belle. Elle avait besoin d'argent pour se faire une place dans le milieu des affaires et il avait été au bon endroit au bon moment. Cet argent, Nikki la détenait toujours, c'était son million, mais maintenant, je vous dirais que son compte en banque était beaucoup plus garni qu'un simple petit million. Lorsque Damien fut suspecté du meurtre de son ancien entraineur et agresseur, elle avait été présente pour lui. Pas pour son argent, mais bien par amour pour lui. Une belle complicité était née d'eux et j'avais été heureuse d'avoir été aux premières loges pour voir cet amour grandir sous mes yeux. J'avais aidé Damien du mieux que je pouvais, même jusqu'à lui fournir des conseils sur ce que j'avais vu de Christian en homme d'affaires. Avais-je triché? Non je ne le crois pas, Damien avait ce potentiel que les entreprises d'aujourd'hui cherchaient et Christian devait le savoir, il avait le flair pour ce genre de chose.
En montant leur allée, une fois les grillages anti-paparazzi passés, la maison se dressa devant mon champ de vision. Ils vivaient dans une belle villa avec d'innombrables fenêtres qui laissaient entrer la lumière naturelle. La pierre blanche de la maison brilla sous ces nuages opaques du ciel, la température était humide et le ciel semblait être un sac de coton, aucune percée de soleil n'apparaissait. Il y avait deux véhicules de sortie de leur garage, la fameuse Bentley que Damien et Nikki utilisaient régulièrement lors de leur sortie ensemble et qu'ils se faisaient conduire et la Audi R8 sport rouge de Damien. Il avait sûrement prévu aller pousser sa force au maximum alors que Nikki et moi allions nous promener en ville et visiter une galerie d'art.
La demeure était calme, je pouvais entendre l'équipe de ménage qui s'activait dans le premier séjour, celui qui était seulement utilisé pour les invités d'affaires. La demeure complète était dans le même genre que le bureau, convivial et chaleureux. Damien et Nikki préféraient des couleurs chaudes, dont le rouge qui leur rappelait la passion qu'ils vivaient. (Attention, ici je ne fais que rapporter leurs propres paroles)
- Il y a quelqu'un? m'écriai-je dans la maison.
Ma voix se répandit en un écho continu. S'il vous plaît, ne me dites pas qu'ils étaient occupés au lit. J'en aurais pour trois quarts d'heure d'attente certainement. Une fois, nous avions convenu d'aller diner un soir et moi et Sébastien avions attendu près d'une heure, leur regard brillant et les petits sous-entendus nous avait mis le doute sur ce qu'ils venaient de faire.
- Bonjour Anastasia.
Je sursautai en entendant sa voix suave et autoritaire. Damien se tenait dans l'embrasure du corridor qui menait à leur cuisine. Il tenait deux tasses à la main. Il avait ce genre de petit sourire sarcastique qui nous faisait douter du moindre commentaire que nous aurions dit ou penser avant même de l'avoir fait. Il savait que je pensais qu'ils devaient être dans l'un de leur ébat.
- Je suis déçu que tu aies encore cette image de moi, me taquina-t-il en tendant l'une des tasses vers moi.
- Et moi qui croyais que vous étiez de chaud lapin, le taquinai-je en acceptant la tasse.
Il s'avança vers moi et m'offrit une bise et une accolade. La force que Damien dégageait me rendait plus forte. Il avait le même don que Christian, le pouvoir de savoir que nous hésitions et le pouvoir de connaître la vérité au moindre regard, même si nous-mêmes en tant que personne nous ne connaissions pas même cette vérité.
- Je suis heureux de te voir, m'affirme-t-il en se reculant.
Il posa sa main contre ma joue et caressa ma joue avec l'un de ces doigts. Damien avait les cheveux courts sur les côtés et un peu plus longs sur le haut de sa tête lisse et noir corbeau. Sa mâchoire était carrée et droite dans une seule ligne. Il portait un jean décontracté et un polo blanc, ses habits de weekend. Ces yeux étaient d'un bleu presque blanc.
- Moi aussi, lui répondis-je en souriant.
Il nous guida vers le séjour personnel de la maison. C'était une grande pièce dans les tons de crème et bourgogne. De petits motifs dorés faisaient de petites touches de luxe un peu partout dans la pièce. Damien se laissa tomber dans le sofa et me fit un petit geste pour m'inciter à faire de même. Bien que je fusse habitué à venir ici, ce grand luxe et l'énormité de la maison me bloquaient dans mes gestes et dans le sentiment d'être chez moi. Damien était mon patron, mais également un très bon ami.
Je m'installai à mon tour dans l'un des divans qui lui faisait face. Je posai la tasse de thé sur la petite table basse entre nous.
- Comment s'est comporté Allan à l'aéroport? Me demanda-t-il en portant sa tasse fumante à ces lèvres.
Il eut ce petit rictus que les lèvres faisaient lorsqu'elles touchent un liquide brulant, mais il continua tout de même son ascension, signe qu'il m'était entièrement à l'écoute. Ce que j'aimais avec l'amitié avec Damien, c'est qu'il me comprenait, dans la peau d'une femme qui avait déjà fait ce qu'un homme voulait d'elle, même dans leurs plus grands fantasmes, mais il écoutait. Il ne nous jugeait pas.
- Il avait peur, avec raison, il ne le connaît pas, mais je crois que tout se déroule bien. Plus que je le souhaite réellement, lui avouai-je. Il m'a téléphoné hier me disant qu'il avait bien dormi et que Christian était exceptionnel. Il était émerveillé face à Christian, je n'avais jamais vu Allan vouloir être aussi près d'un homme. Et c'était seulement la deuxième fois qu'il le voyait.
- La peur peut se comprendre, il va dans un monde qu'il ne connaît pas.
- J'ai peur que ce monde l'enferme avec lui, répondis-je en utilisant le même terme qu'il avait utilisé.
- Christian Grey est un homme intelligent, je ne crois pas qu'il veuille faire du mal à cet enfant. Avec tes dires, j'ai plus l'impression qu'il tente d'effacer l'image négative qu'il a d'un père. Tu ne m'avais pas déjà dit que son abandon s'était produit vers les âges de 5 ans?
- Tu crois que Christian souhaite juste modifier l'image qu'il a d'un père?
- Je crois seulement que c'est une partie qui explique cette soudaine vertu envers son fils.
- Et que je suis la seconde, concluais-je à sa place répétant les mots qu'il avait déjà utilisés.
Damien se redressa en posa ces coudes sur ces genoux pour bien prendre appui en posant ces yeux dans les miens.
- Je parle en connaissance de cause, ma belle. Un homme comme lui et moi, ne laisse pas sa proie s'échapper aussi facilement qu'il l'a fait avec toi. Nous gardons cette proie très près de nous.
- C'est moi qui suis parti, lui rappelai-je.
- Non, ma beauté, il t'a laissé partir, croix-moi.
Les paroles de Damien étaient profondes et pleines de sous-entendus. Il y avait un message dans ces dires. Christian ne souhaitait pas me retenir dans une tour, j'aurais pu faire tout ce que j'aurais décidé. Je l'avais déjà quitté dans cette banque et il était revenu dans cet hôpital. Je lui avais demandé de consulter pour savoir s'il souhaitait réellement cet enfant et de l'accepter et c'était moi qui étais partie. Tout était de ma faute!
- Je ne suis pas en train de dire ce que tu penses, Anastasia. Je dis simplement que vous avez vos lots de responsabilités dans cette histoire et que vous devez, maintenant pensez au bien-être d'Allan. Ne laisse pas tes sentiments guider ce qui doit se passer. Tu es encore amoureuse de lui, nous le savons tous, mais tu as choisi de partager ta vie pour le moment avec un homme qui prend soin de vous du mieux qu'il peut. À toi de choisir, entre prendre soin de soi et la passion d'une aventure avec Grey.
- Tu dis n'importe quoi, Christian n'est pas encore en amour avec moi. C'est un homme égoïste qui n'est pas capable de partager une vie sentimentale avec une femme.
- C'est ce que tu penses et ce que tu affirmes dans ta tête, et c'est un peu blessant ce que tu dis, dit-il doucement en faisant allusion qu'il était comme mon cinquante nuances. Bien que nous choisissions ce mode de vie, de torture, de passion et de plaisir, nous aimons cette femme avec qui nous partageons cette vie. Il ne t'aurait pas épousé si ce n'avait pas été le cas.
- Et maintenant nous sommes en instance de divorce, lui rappelai-je.
- Que, je te rappelle, c'est toi qui lui as demandé de divorcer! Il se force à te prouver qu'il est un homme bon.
- Je sais qu'il est un homme bon.
- Tu vois? Là, c'est ton cœur qui parle et non ta tête, tu penses une chose et tu en ressens une autre. Anastasia, est-ce que je peux t'illustrer ce problème que tu vis dans ma situation? Disons que Nikki tombe enceinte, ce que je souhaite du plus profond de mon cœur, mais pas pour le moment et qu'elle ait peur puisque l'emploi que nous occupons nous prend énormément de temps. Ce qui était votre cas. Cette crainte qui grandit en elle sachant qu'un jour, durant ces neuf mois elle devra diminuer cette passion. Et ces relations peu orthodoxes que nous avons, doivent-elles l'empêcher de continuer à avancer avec cet être, qui je te l'avoue est un peu déçu de ne pas pouvoir continuer ces pratiques inhabituelles? C'est un peu cette même image que tu ressens ou ressentais. Tu as quitté Christian, non parce que tu ne l'aimes plus, mais bien parce qu'il avait la crainte de perdre ce qu'il venait d'acquérir. Vous avez mis terme à cette relation encore fraîche et bien amoureuse. Tu as choisi de garder cet enfant sans lui, mais tu savais qu'en le gardant cet homme serait un jour replacé sur ton chemin. Mais la question aujourd'hui que tu dois te poser c'est : est-ce que tu es prête à le laisser revenir dans ta vie?
- Je ne peux pas le laisser revenir comme ceci.
- À cause de Sébastien? s'enquit-il en reprenant sa place bien adossée au sofa. Je ne crois pas qu'il soit un obstacle assez fort contre Grey. Ça me fait mal de l'avouer Anastasia, mais je savais qu'un jour il reviendrait rechercher sa femme que je gardais dans ma forteresse pour le moment. Promets-moi que le jour où tu décideras de rentrer à Seattle tu m'en informeras le premier?
- Je ne crois pas quitter Chicago, Damien.
- C'est ce que tu dis pour le moment, ma belle.
Damien avait toujours eu ces petits mots doux à mon égard. Ils ne me dérangeaient pas, puisque je savais que son cœur appartenait à Nikki. Je savais qu'il avait raison, que je devais laisser Christian faire ces preuves après d'Allan, mais je ne crois pas que même s'il revient dans nos vies en étant le père d'Allan, j'allais le laisser revenir dans mon monde comme avant. J'avais cette barrière psychologique qui m'en empêchait.
Nikki apparue fraiche et magnifique comme toujours et nous pûmes enfin partir pour notre journée fille. Bon d'accord, pas vraiment fille puisque nous n'allions pas magasiner ou ce genre de chose. Avant, nous étions deux femmes qui n'avaient pas l'habitude à l'argent, aujourd'hui nous aimions prendre de petites journées à nous faire griller sur la plage ou aller marcher dans les parcs ou encore aller dans les galeries d'art.
Aujourd'hui nous avions opté pour la galerie d'art de Chicago et nous allions par la suite rejoindre Damien pour aller prendre un verre et diner. Il garda le silence sur ce que nous venions de discuter durant la journée entière, il ne voulait pas me mettre mal à l'aise et je savais que de toute façon, il allait en discuter avec Nikki lors de mon absence. Nikki était d'un avis différent de Damien, elle adorait Sébastien et l'idée que je le trompe ou que je le remplace lui était dure à avaler. Pour Damien, ma relation avec Sébastien n'était que passagère, comme il venait de le mentionner, ma vie appartenait à Grey. Mais pour le moment, je passais une journée tranquille avec une amie et je dinais avec un couple d'amis merveilleux avec qui il était impossible de nous ennuyer. Ils étaient forts pour nous faire oublier nos tourments.
- Elle dort, tu ne devrais pas la réveiller, entendis-je murmurer.
- Mais je voulais qu'elle vienne avec nous, se lamenta une petite voix d'enfant au loin dans mon rêve.
- Laisse-lui encore un peu de temps, elle devrait finir par se réveiller, profite de ce moment pour réunir tes choses.
J'entendis la porte se refermer doucement. Je n'avais pas l'habitude de trainer aussi tard dans le confort de mon lit, mais avec la journée de folie que j'avais eue hier, j'en ressentais, tout bonnement, le besoin. Mon cœur battait dans mes tempes et j'avais un peu le tournis étant étendu sur mon matelas. Je remerciai doucement Sébastien dans mes pensées, je n'aurai pas Allan pour me déranger ce matin. J'adorais mon fils, comme toute mère de cette terre, évitons les exceptions s'il vous plaît, adore leur enfant. Mais pour être une bonne mère, il faut savoir être une bonne personne et être une bonne personne débutait par la prise de temps pour soi.
J'étirai mes membres comme un petit chaton et me retournai dans les draps en satin. Je commençai à sentir le soleil chaud de cette agréable journée se dresser contre le derme de mon visage. La place libre à mes côtés était froide, signe que Sébastien avait quitté les draps il y a un moment déjà.
Mais attendez une minute! Allan était censé être à Seattle! Pas à Chicago! Je repoussai la douillette d'un coup et me rendit au haut de l'escalier pour prêter attention aux voix qui se dressait au premier étage. Dites-moi que j'ai rêvé, je vous en supplie!
- J'ai mon short de bain et ma casquette, entendis-je s'exclamer la petite voix enfantine de mon fils.
En cet instant, je peux vous affirmer que le sentiment que je ressentais était une pure rage ressentie du plus profond de mon être. Grey avait un de ces culots de venir reporter Allan ainsi, en beau milieu d'avant-midi. Il me semblait qu'il voulait apprendre à connaître davantage son fils. Je n'arrivais pas à y croire, ne me dites pas qu'il a eu le temps qu'il souhaitait avec une petite soirée et une simple journée? Non?
Je descendis les escaliers à la hâte, ne prêtant pas attention à la courte nuisette en dentelles que j'avais enfilés la vieille au soir pour attirer Sébastien et dois-je vous dire de quelle belle façon il nous avait accueillis, moi et ma déesse qui ne souhaitions qu'une petite partie de jambes en l'air? Assurément, dites-moi que je ne suis pas la seule à qui cela arrive ce regard endormi et ces ronflements qui nous indiquaient la mise du plan à l'eau.
La petite silhouette d'Allan passa du petit couloir à côté de l'escalier à la grande salle de séjour à la course sans avoir remarqué ma présence dans les marches. La chambre d'Allan se trouvait au premier étage, le second se formait en une sorte de suite pour les maîtres, salle de bain, dressing, petit bureau et la chambre principale. Mon fils portait un petit polo vert foret et un petit short en lin blanc. Des nouveaux vêtements?
- Tu as tout récupéré ce qu'il te fallait pour la journée? L'entendis-je le lui demander.
Mais qu'est-ce qu'ils faisaient ici? Et comment avaient-ils pu entrer? Sébastien n'aurait pas laissé Christian entrer dans la maison ainsi, même s'il était accompagné de mon fils. Je m'avançai vers le séjour et je les vis installés au sol, devant un panier en osier, des serviettes de plages, des casquettes, des sandales de plages et tous autres articles nécessaires pour une journée à l'extérieur. Le soleil frappait fortement contre mes baies vitrées et se reflétait contre leurs chevelures cuivrées. Ils étaient penchés sur une énorme carte étendue sur mon tapis blanc. Et c'est en les regardants ainsi, ensemble, que leur ressemblance, pourtant déjà sue, me frappa davantage. Allan était un Christian en miniature. Une sorte de copie conforme, avec quelques années de moins, évidemment.
- On va aller là? demanda Allan en pointant une portion sur la carte.
- On devrait plutôt se diriger vers là, répondit l'homme en pointant l'opposé, un petit coin plus reculé. C'est de très belle montagne qui s'y trouve et tu m'as demandé d'aller voir les montagnes, tu te souviens?
- Et il n'y a pas de montagne là, papa?
- Non c'est la marina là mon garçon.
Un instant, pause, deux petites secondes! Je rêve ou Allan venait d'appeler Christian; papa? Et pourquoi l'homme est d'une sagesse, d'une tendresse et d'une patience que je ne lui connaissais pas, autre qu'avec ma personne. Christian portait une petite chemise bleu poudre aux manches courtes et un pantalon en toiles blanc, ces couleurs vives et claires ne lui étaient pas familières, lui qui avait toujours tendance à porter son éternel gris et noir.
- C'est là qu'on va embarquer dans le bateau papa? Questionna Allan.
- Oui c'est bien là, affirma Christian avant de se retourner vers moi. Vous vous rincez l'œil, Mademoiselle Steele?
Allan suivit le mouvement de son père et je me retrouvais face à ces deux hommes bien vêtus pour l'occasion. Je croisai mes bras sur ma poitrine pour me cacher un minimum de leurs yeux. Par prudence pour mon fils, et pour barrière à cet homme.
- Qu'est-ce que vous faites ici?
- On est venu chercher mon short de bain, maman et on est venu te chercher, m'informa Allan.
- Me chercher?
Mon fils se redressa subitement de toute sa grandeur et sautilla sur place heureux comme jamais.
- On va faire du bateau, maman! s'exclama-t-il. C'est une belle journée, tu veux venir avec nous? S'il te plaît!
- Allan, je ne crois pas que ce soit une bonne idée mon grand, c'est ton weekend avec Christian.
- Il m'a demandé à ce que tu viennes passer la journée avec nous, m'avisa Christian pour appuyer les propos de notre fils qui trépignait sur place.
- Allez maman, s'il te plaît! Gail a préparé un gros pique-nique avec plein de bonnes choses pour déjeuner et Taylor et Stan nous ont conduits ici très tôt ce matin pour qu'on aille toute la journée sur l'eau.
- Comment as-tu fait pour rentrer dans la maison et où est Sébastien, lui demandai-je.
- La clé que tu m'as montrée, maman, je l'ai prise, et je ne sais pas où est Sébastien, me répondit-il. Allez, s'il te plaît, viens avec nous!
Ce regard d'un enfant quémandant le plus beau cadeau au monde et ces petites mains jointes ensemble devant son visage je le devais à sa tante Mia. Et cette aisance avec ce nouveau mode de vie, je le devais certainement à Christian, je n'étais pas certaine d'apprécier complètement ceci.
Et bien vous savez qui a gagné?
Une heure plus tard, je me retrouvai à la marina de Chicago avec un sac de plage à la main. Le temps s'annonçait beau et chaud alors la crème solaire était au rendez-vous. Je m'étais vêtue d'une robe légère rose poudre et mes petits souliers bateaux étaient assortis. Christian, qui m'avait assuré qu'il allait s'occuper entièrement d'Allan lors de la petite escapade d'une journée sur le bateau marchait à mes côtés en réfutant tous les choix de bateau que nous proposait Allan. Une sorte de jeux pour lui qui devait deviner sur quel bateau nous allions passer la journée.
Évidemment, le seul bateau auquel Christian ne répondit pas à la négation était le bateau le plus imposant de la marina. Une catégorie de speed boat très luxueuse et moderne. Le logo de l'entreprise était calqué sur le côté droit du navire en lettrage doré. L'appareil était assez gros, comportant deux étages. Sur le premier étage, il y avait un petit intérieur, que je n'arrivais pas à bien déceler et une grosse pointe matelassée avec des coussins pour nous détendre. Allan passa le premier sur la passerelle du navire et Christian me fit passer la seconde.
La passerelle nous permettait d'embarquer à la poupe du bateau. Le plancher du navire extérieur était complètement en planche de bois. Il y avait une sorte de hamac d'une grandeur d'un lit king faisant l'arrière complet du bateau, plusieurs coussins d'un turquoise frappant étaient couchés sur les filets, les gens qui s'y installaient devaient recevoir quelques gouttes d'eau, mais ils étaient cachés du regard des autres sur ce bateau.
Dans la cabine, il y avait le gouvernail qui faisait face à l'énorme baie vitrée qui permettait de voir tout ce qui se trouvait devant nous à l'horizon. Il y avait également une petite table à manger avec deux grosses banquettes du même turquoise que les coussins à l'extérieur et un énorme lustre en cristal ornait le plafond de la table en bois massif d'érable. L'intérieur de la cabine était entièrement couvert d'un tapis de couleur taupe qui s'agençait à merveille avec les murs de couleur crème. De l'autre côté de la cabine, il y avait un petit séjour avec deux petits canapés rayés bleu marin et crème avec des petits coussins bleus marin avec de petites ancres à bateau cousu sur le matériel. Des mots à terme maritimes étaient peints sur le mur adjacent aux deux petits canapés rayés. Des mots comme : abordage, amarre, ancre, bâbord, barre, tribord, mer, océan, rivage…
La proue du navire était en forme de pointe. Deux grosses banquettes blanches formaient la pointe du bateau, ce qui nous permettait d'aller nous y reposer. Les mêmes coussins que sur le hamac étaient posés contre les banquettes. Le logo de l'entreprise de Christian était peint sur les laques de bois entre les deux banquettes. C'était un bateau très imposant et sûrement qu'il avait dû signer plusieurs contrats sur ce bateau.
- Il y a une chambre à l'étage inférieur et un lit solaire sur le toit, m'informa Christian en passant près de moi pour poser les effets d'Allan contre les canapés du séjour.
- Un lit solaire?
- C'est un lit, Anastasia, mais un lit qui se trouve à l'extérieur.
- J'avais compris le terme, mais pourquoi un lit sur le toit?
- Tu comprendras lorsque la nuit sera tombée.
Je le regardai allumer les différents appareils sur le tableau de bord et mettre en route ce gros engin. Croyez-moi, ce n'est pas le seul gros engin qu'il y a près de moi, si vous voyez ce que je veux dire. S'il te plaît petite déesse, je ne veux pas de ce genre de pensée aujourd'hui près de mon fils. Petit homme qui avait revêtu un gilet de sauvetage bleu aquatique qui a dû lui être fourni par Christian parce que je n'ai pas ce genre de vêtement chez moi, et qui agitait la main vers les passants qui s'arrêtait pour regarder l'énormité de ce navire. Il avait les genoux posés sur la banquette et seules sa tête et sa petite main qu'il agitait passait au-dessus du rebord, donc aucun risque que je retrouver mon enfant dans les rives du Lac-Michigan. Imaginez le scénario, Allan passant par-dessus bord, Christian aux commandes de ce navire et moi me languissant pour l'énormité qui se trouve dans son pantalon en lin. Étrange me direz-vous? Je vous l'accorde en effet.
- Allan? s'exclama Christian, tu viens m'aider à lever l'ancre?
Notre fils quitta la petite banquette et se dirigea vers Christian qui lui fit une petite place devant lui pour qu'Allan s'installe entre lui et la barre. Cet objet était trois fois la grosseur de l'enfant qui pourtant non effrayé face à sa grosseur posa ces mains près de celle de Christian. Dans la posture de notre fils, je pouvais voir qu'il était heureux et bien dans cette nouvelle proximité, il avait seulement ce regard et ce sourire lorsqu'il était auprès des Grey.
Nous fîmes près de deux heures de route sur les eaux de Chicago pour poser l'ancre au centre d'une eau très calme. Aucun bateau n'était à l'horizon et aucune terre non plus, le calme plat. J'avais l'impression que nous étions les trois seules personnes sur cette terre. Après une heure de supplice, Allan avait finalement obtenu l'autorisation de son père pour enlever son gilet de sauvetage qui lui barrait la poitrine. Notre fils était installé sur la banquette, sans t-shirt et beurrée de crème solaire devant une bande dessinée. Je suis certaine qu'une journée ainsi seul avec ces parents lui seraient bénéfique, bien que je me sente mal à l'aise auprès de Christian. Celui-ci avait pris la première initiative pour se dévêtir le premier, suivant les pas de notre fils. Le soleil tapait réellement fort aujourd'hui et tout vêtement nous était insupportable. Je crois avoir senti un certain malaise venant de sa part à lui aussi, pas vis-à-vis notre fils, mais plutôt le fait de se dévêtir face à moi ainsi. Cependant, Allan l'avait rapidement mis en confiance et je crois qu'il avait oublié le fait qu'il ne porte maintenant qu'un seul short de bain, très moulant, pas le genre d'un speedo ni le genre d'un short de sport, plutôt le genre de maillot boxer, si vous pouvez vous imaginez ce que mes adorables yeux pouvaient profiter aujourd'hui. Sans vouloir me vanter, je sais qu'il se rince l'œil également, Allan avait eu raison de moi également et j'avais troqué ma petite robe soleil pour un bikini triangle turquoise qui colorait ma peau de lait qui je dois vous l'avouer, ne prenait aucune couleur durant la saison estivale. Christian avait tenu sa promesse et Allan ne m'avait pas quémandé quoi que ce soit depuis que nous étions installés sur le bateau. Il m'apportait, en grand garçon et pour mon bien, ne croyez pas ici que j'utilise mon fils, ce sont ces propres mots, mon chapeau en paille blanche qui s'agençait à merveille avec mon bikini, mes lunettes de soleil et le roman de l'édition que je devais envoyer en maquette au courant de la semaine. Tandis que lui et Christian feuilletaient des bandes dessinées, des cartes des eaux de Chicago et des petits livres pour enfant, jusqu'à ce que le ventre du petit nous rappelle qu'il était temps de déjeuner. Allan riait aux éclats face aux petites taquineries que Christian lui faisait face aux monstres de son ventre qui réclamaient de la nourriture. Entendre le rire de mon fils ainsi me faisait douter de la crainte que j'avais vis-à-vis Christian, peut-être que Damien avait un peu raison et les Grey également, peut-être qu'il était prêt à la famille comme nous le souhaitions tous, mais moi, étais-je prête à tout ré abandonner pour retourner avec ce que j'avais avant? Abandonner Damien, Nikki et Stark Edition?
On aurait pu regarder cette journée comme un couple normal qui voulait passer du temps d'or avec son leur enfant. Allan était heureux et souriant, nous prenions soin les uns des autres, et nous ne nous prenions pas la tête pour un bout de papier du divorce. Avec du recul, personne ne pourrait imaginer que nous sommes en instance de divorce moi et Christian, et Allan non plus ne semblait pas le remarquer. Je regardais cet enfant, mordant à pleine dent dans son sandwich que Gail lui avait préparé et je me demandais comment allais-je lui aborder le sujet du divorce entre moi et Christian, parce que oui, même si nous passions une journée tous les trois ensemble, il y avait un divorce derrière nous et une garde d'enfant à négocier. Je savais que s'était officiel, Allan allait me redemander de revoir Christian et je devrais le lui accorder, parce que je dois l'admettre, il était un bon père, et je savais que s'était une clause à laquelle Christian tenait, je l'ignore encore pourquoi, mais il y tenait.
- Tu ne devrais pas penser à ça, s'enquit l'homme de mes pensées en s'installant sur la banquette près de moi en me tendant le repas qui m'était destiné.
Il m'était difficile de me concentrer sur le moindre mot lorsque je le vis, si près de moi, en torse nu, prenant légèrement du soleil. La proximité de son corps était quelque chose que j'avais pu gagner à force du temps, et aujourd'hui, six ans plus tard et six années d'absence, je ne semblais pas avoir perdu ce privilège. Ses légères cicatrices rondes semblaient presque inexistantes sous ce soleil plombant, mais je savais qu'elles y étaient renfermant l'enfant de sa passée.
- Je trouve dure de ne pas y penser puisque je vous vois interagir ensemble, avouai-je en lui indiquant Allan d'un petit geste de la tête. Il t'apprécie énormément.
- J'ai passé un très beau weekend, m'informa-t-il.
- Et je suis certaine que lui aussi.
- As-tu douté de moi à un moment pour ce weekend? Me demanda-t-il soudainement.
- Oui, je l'ai fait.
Il hocha doucement la tête et reporta son attention sur Allan qui lui demandait la sienne. Notre fils demandait de l'aide pour ouvrir son carton de jus. Le petit moment de tristesse que j'avais cru apercevoir dans les yeux de Christian en lui avouant avoir douté de lui lors de ce weekend disparu lorsqu'il s'occupa de son fils.
J'aurais dû ne pas craindre l'effet Christian sur notre fils, je savais qu'il allait grandement l'apprécier. Je crois que c'est ma personne qui ne voulait pas qu'il l'aime pour ne pas être confronté à mes erreurs des passées. Parce que oui, avec du recul et des confidences avec Damien, c'était mon erreur d'avoir quitté Christian auparavant. Je n'aurais pas dû espérer son retour, parce que c'est moi qui avais souhaité son départ. Mais voulais-je réellement son départ ou souhaitai-je plus mon indépendance avec cet enfant?
Gail faisait des merveilles avec la nourriture, elle avait toujours écouté nos besoins et nos préférences également. Elle s'était souvenue comment j'aimais mes sous-marins et elle l'avait apprêté de la même façon, un éternel Jambon-formage suisse, un excellent passe-partout.
Après avoir couru et sautillé une bonne partie de l'après-midi, Allan vint s'installer contre moi dans le hamac arrière du bateau. Nous nous étions installés contre les coussins de façon à être bien étendus et Allan avait posé sa tête contre mon épaule. L'arrière du bateau nous permettait d'être un peu à l'ombre du soleil et de reposer notre derme bouillant. J'avais apporté mon iPod, une écouteuse dans mon oreille et l'autre dans celle d'Allan, que j'avais posés loin des gouttes d'eau que nous recevions, parce que Christian avait décidé de bouger le bateau et de nous rapprocher des montagnes auxquels Allan avait demandé à voir. Nous allions poser l'ancre une dernière fois près des montagnes, dîner et rentrer à la marina pour nous séparer une nouvelle fois, mais cette fois-ci, Allan rentrait avec moi. J'aurais espéré que les échanges se fassent dans un endroit neutre avec de préférence beaucoup de gens autour de nous, pour éviter le moindre rapprochement que mon corps tenterait. Nous allions être dans un endroit neutre, mais il n'y aurait pas beaucoup de personnes, comme à l'aéroport.
- J'ai déjà ma chambre chez papa, m'avoua Allan en redressant son visage vers moi. Ses yeux étaient brillants et grands d'espoir. Il y a plein de superhéros sur les murs et mon lit est dans le mur, maman, et la chambre est verte.
- Ça doit être joli, mon ange.
Allan reposa sa tête contre mon épaule et posa sa main contre mon ventre. Ce geste que je savais inconscient de sa part.
- Tu savais que papa jouait du piano, maman? Il a déjà joué pour toi?
- Oui, je savais que papa jouait du piano et je ne sais pas s'il a déjà réellement joué pour moi, je me souviens qu'il jouait souvent la nuit pour ne pas me déranger ou pour rester seul un moment.
- Est-ce que le piano est pour papa ce que les livres sont pour toi?
Était-ce mon fils de cinq ans qui avait ce genre de raisonnement d'un enfant beaucoup plus mature? Je crois que oui, il grandissait si vite.
- Je ne pense pas que les livres et le piano se ressemblent en un sens, mon cœur. Les livres sont pour maman une sorte de changement de monde, on lit et on ressent ce que d'autres personnes ressentent et pense, on adapte à notre imagination ce que nous souhaitons adapter et nous laissons de côté ce que nous ne souhaitons pas adapter. Le piano est plutôt une forme de mettre une mélodie sur ce que nous ressentons. Tu sais quand tu as de la peine, tu pleures, et quand tu es joyeux tu ris, c'est environ la même chose pour la mélodie, si la mélodie est triste, souvent la personne qui joue la mélodie, est triste ou l'inverse est possible.
- Comment peut-on savoir si la mélodie est triste ou joyeuse?
- Je ne sais pas trop comment te l'expliquer, mon grand. Si on regarde tes films que tu regardes, prenons l'exemple d'un film que tu as vu récemment. Big héros, tu sais quand le grand frère meurt au début du film, la musique qui y joue est une musique triste, les mélodies sont plus lentes et tu sais à la fin quand ils réussissent à emprisonner le méchant, la musique est plus joyeuse, elle est plus rythmique. Tu comprends? lui demandai-je en espérant que ce semblant d'explication soit suffisant, parce que je n'avais plus d'idée pour illustrer la comparaison.
- Je me suis réveillé dans la nuit vendredi et papa jouait, s'était beau, me confia-t-il changeant de sujet.
- Ton papa joue bien, tu as raison.
Les gouttes d'eau diminuèrent doucement signe que nous perdions de la vitesse, nous devions être bientôt arrivé à la seconde destination. Cependant, Allan ne sembla pas remarquer la diminution de vitesse et reprit son questionnement.
- Maman? Me demanda-t-il? Pourquoi toi et papa, vous n'êtes plus ensemble?
- J'aimerais pouvoir te répondre quelque chose de logique mon ange, mais je n'ai pas de belle réponse à te donner. Ce sont des histoires d'adultes qui nous ont menés à cette étape.
- Quelle étape, maman?
Nous y étions, je devais aborder le divorce avec les bons mots pour un enfant de cinq ans, sans le blesser et sans que ni moi ni Christian perdions d'estime à ces yeux. Je voulais qu'Allan sache que nous allions être présents, aujourd'hui tous les deux, séparément, mais Christian allait être présent maintenant.
- Tu vois cette bague que maman porte toujours à son cou? Lui demandai-je en pointant mon cou qui aujourd'hui n'était pas habillé de cette fameuse bague.
- Oui.
- C'est ton père qui m'a offert cette bague pour notre mariage. C'est le symbole qui unit un homme et une femme, normalement, nous promettons à Dieu de rester unis jusqu'à ce que la maladie ou Dieu nous reprenne à lui.
Allan hocha doucement la tête suivant mes paroles, c'était ma façon d'illustrer le terme : jusqu'à ce que la mort nous sépare, je ne voulais pas mettre des mots négatifs dans la tête de cet enfant aujourd'hui.
- Mais il arrive que des parents ne se voient plus, comme maman et papa, et c'est méchant de garder ce symbole tandis qu'il ne nous unit plus. Maman a décidé de rendre la bague à papa pour qu'il puisse trouver une autre maman qui le rendra heureux.
- Il ne sera plus mon papa? s'exclama-t-il en se redressant paniqué, il ne voulait pas perdre ce qui venait de lui être offert, et je le comprenais.
- Non, mon amour, ton papa va toujours rester ton papa, même si nous ne sommes plus unis. On fait juste briser cette union que nous nous étions promise avant.
- Pourquoi tu ne respecterais plus cette promesse, maman? Tu m'as toujours dit qu'il fallait respecter nos promesses.
Je pris les épaules de mon fils dans mes mains et les pressai doucement. La panique qui venait de l'habiter avait disparu, mais elle laissait maintenant place à une incompréhension.
- Cette décision ne t'affectera pas, lui assurai-je. Ce n'est que de la paperasse.
- Si tu le dis, marmonna-t-il avant de se lever complètement du hamac, j'avais perdu ce petit moment avec lui.
S'était moment fait, il était au courant et je ne me sentais pas plus bien croyez moi. Je regardais mon fils rentrer dans la cabine et me laisser seule à l'arrière de ce bateau. Je n'avais pas remarqué que durant la conversation avec Allan, le navire avait enfin posé l'ancre au sol. Je n'entendais pas ce qu'il se passait à l'intérieur de la cabine, peut-être qu'Allan discutait avec Christian de ce que nous venions de discuter, peut-être qu'il pleurait sachant que je rejetais son père, peut-être qu'il ne se passait simplement rien du tout et que je me faisais des idées sur tout.
Je passai, à mon tour, à l'intérieur de la cabine et je fus surprise de retrouver celle-ci sans occupant. La proue du navire était également inoccupée. Les voix des garçons montaient de la petite échelle au coin du navire qui nous permettait de descendre à la cabine inférieure. Selon moi, cette échelle donnait directement à la chambre puisque j'entendais assez bien les commentaires qu'ils faisaient.
- Pourquoi as-tu un si gros chagrin tout à coup? Lui demanda Christian.
- Est-ce que c'est vrai que maman va te redonner la bague, papa?
- De quelle bague me parles-tu?
- De celle qui vous unit, toi et maman.
Je pouvais entendre les tremblements dans la voix de mon fils, les larmes me piquèrent les yeux. Je détestais ressentir le sentiment d'avoir créé ce chagrin qu'avait mon fils. J'en étais la fautive et j'en étais consciente.
- Je peux te faire une confidence mon garçon?
Je n'entendis pas la réponse que lui apporta Allan, il avait dû hocher simplement la tête.
- Je ne veux pas non plus que ta maman me rende la bague, mais tu sais les grandes personnes ont parfois des problèmes ensemble et le meilleur moyen pour eux de régler ce malentendu c'est de divorcer. Mais sache que ta maman est l'unique femme que j'ai réellement aimée et que j'aime toujours.
- Pourquoi tu ne lui dis pas?
- Tu m'as parlé de Sébastien, c'est lui qui a le cœur de ta maman, maintenant.
- Mais moi je veux que le cœur de maman soit à toi.
- Sache mon grand que je regrette d'avoir laissé partir ta maman avant ta naissance, je regrette de ne pas avoir été présent pour toi et ta maman avant aujourd'hui, je regrette qu'elle ait connu une autre personne, je regrette tout ce qu'il se passe aujourd'hui.
- Je te pardonne, moi, papa.
Je me reculai surprise d'entendre ces paroles, comment en un simple weekend on pouvait pardonner six années d'absence totale? Et pourquoi Christian disait-il regretter? Pourquoi disait-il m'aimer toujours? Le poids de ces paroles pesa sur mes épaules et l'aire de la petite cabine sembla se comprimer contre mon thorax.
Ne supportant plus cette ambiance et confidence, je sortis sur la proue du navire. La chaleur restait bien présente, mais le soleil commençait sa diminution vers les rives de l'eau. Christian avait choisi un beau coin pour poser l'ancre une seconde fois. D'énormes montagnes avec leurs pointes enneigées nous faisaient face. C'était une drôle d'image en sachant qu'au sommet de ces monts, il nous faudrait plusieurs couches supplémentaires sur le dos et qu'au sol, nous étions simplement vêtus de vêtement de bain. On pouvait voir la verdure grimper lentement le long de ces parois et diminuer en une fine ligne grise pour terminer sa course sur de long chemin blanc. Allan aurait adoré ce paysage.
Je pris mon paréo qui était posé sur l'une des banquettes et le nouai autour de mon corps. On n'avait plus de chance de faire colorer notre corps avec ce soleil couchant.
Un verre de vin blanc apparu dans mon champ de vision me coupant du spectacle des montagnes. Le liquide semblait frais puisque de la condensation se faisait contre le verre. Je savais qu'il était remonté seul. D'un parce que je n'entendais pas de petits pas grouiller autour de nous et de deux, il nous avait servi de l'alcool, je le savais plus responsable face à Allan. Je pris le verre dans mes deux mains et le remerciai. Le liquide était frais dans ma bouche faisant réveiller mes papilles. Il avait un goût qui m'était familier, Damien raffolait de ce vin, il nous en servait régulièrement.
- Suisse? lui affirmai-je.
- Nous sommes connaissantes en vin maintenant, mademoiselle Steele?
- Mon patron adore ce vin.
- Avec raison, il est délicieux.
Je me tournai finalement vers lui, il avait revêtu ces vêtements de ce matin. Les muscles de son torse se tendaient sous la chemise bleue, la chemise paraissait si clair face à ce coucher de soleil qu'elle me permettait de voir la couleur de sa peau sous.
- Tu as discuté du divorce avec Allan? Me demanda-t-il finalement.
- Il devait être au courant.
- Au courant de quoi? Que tu ne ressens plus rien envers moi? Qu'il retrouve un être qu'il a espéré toute sa vie et qu'il va le reperdre pour une question de divorce?
- Tu sais très bien que tu as gagné, Christian. Tu gagnes toujours à ce jeu, les clauses seront renégociées pour ton plus grand plaisir et tu auras Allan le weekend.
- Ce n'est pas ce que je voulais et ce n'est pas un jeux.
- Alors qu'est-ce que tu voulais? m'écriai-je. Tu voulais me voir pleurer ton retour et ton absence face à toi? Tu voulais m'entendre dire que je regrette d'être partie? Tu voulais que je regrette chaque jour qui passe depuis six années? Sache que je n'ai jamais pu passer au travers de toutes cette épreuve avec un enfant qui te ressemble et qui te comprend à la moindre faiblesse. Tu voudrais que je te regarde dans les yeux, comme à l'instant et que je te dise que je t'aime toujours et que je me trouve égoïste de te garder aussi loin de moi, parce que c'est le cas. Mais les émotions, les souvenirs et le moi d'avant ne sont pas ce que je veux retrouver.
- Tu n'as pas besoin de crier pour que je t'entende, Anastasia, murmura-t-il doucement en posant sa main contre ma joue. Je t'entends très bien.
Ma colère n'était pas face au fait que j'avais causé du chagrin à Allan, il n'était pas non plus face au fait que Christian soit un aussi bon père pour Allan comme je l'avais toujours dit. Elle était le reflet de ce que je refermais en moi depuis six années. Cette torture que je vivais seule dans la prison de mon esprit.
- Excuse-moi, je ne voulais pas m'emporter.
- Tu n'as pas à demander pardon, puisque tu n'as rien à te faire pardonné.
Sur ces paroles son corps se rapprocha davantage vers moi pressant son torse ferme contre ma poitrine. Son verre de vin dans une main et l'autre passant dans mon dos pour me faire prisonnière de cette soudaine proximité. Mon corps ne le rejeta pas, mon cœur battait la chamade dans ma poitrine, mon souffle se fit plus rapide en sentant le sien contre mon visage. Nous étions comme dans un monde à part, au centre d'une eau calme, sans emploi qui nous attendait au large du côté, sans autre personne autour de nous, seulement lui et moi, ainsi debout au centre de la proue. La chaleur de son corps créa un chemin de frisson le long de mes bras jusqu'à mon dos, réveillant une légère pression au creux de mes reins. Mes sens furent, tout à coup aiguisés. Mes seins lourds contre la brassière de mon bikini, je sentais mes mamelons se durcir en sentant encore une fois sa main presser mon dos.
- Maman? Tu es fâché après moi? entendis-je.
Le monde parfait s'écroula d'un coup, laissant la petite voix triste d'Allan s'élevant au loin du bateau. Je me retournai en sursaut, comme si je fus brulé par la proximité et fis face à mon fils qui s'était également revêtu. Il avait les yeux rougis pas les larmes qui avait tari son visage et de légères boursouflures se formaient sou ces yeux.
- Non, mon amour, je ne suis pas fâché après toi.
Il quitta l'embrasure de la porte vitrée qui nous permettait d'entrer et de sortir de la cabine et vint se coller contre moi. Allan ne restait jamais longtemps triste ou fâché, je lui avais rapidement montré que la clé de la résolution était la discussion. Allan passa ces mains autour de mon cou et me pressa contre lui.
- Vous avez faim? Nous demanda Christian en entendant pour la deuxième fois de la journée, le ventre d'Allan réclamer de la nourriture. Gail nous a préparé des sushis.
Le plaisir d'avoir un enfant comme Allan c'est qu'il était sans rancune, un moment il pouvait être triste et l'autre moment d'une joie intense comme à l'instant. Une petite version des nuances de son père, on ne pouvait le nier, cela venait entièrement de lui.
La soirée avançait à grande vitesse et rapidement, Allan tomba endormi dans la cabine inférieure. Ce fut une journée forte en émotion, rigolade, peine et sourire. Tout ceci sur un simple bateau qui devait valoir un ou deux millions certainement. J'étais installé sur le lit sur le toit de l'appareil. C'était un matelas très confortable entouré de monture en bois, le lit était encastré dans le toit du bateau. Les mêmes coussins turquoise qu'il y avait sur l'avant et l'arrière de l'appareil étaient posés à la tête du très grand lit et j'avais emprunté un petit édredon en soie de la même couleur que j'avais posé sur mes jambes. Christian avait eu raison, il fallait attendre le soir tombé pour monter sur le lit. Étant couchés, nous avions l'impression de flotter dans le ciel près des étoiles et si nous tendions la main, nous avions presque l'impression d'y toucher. J'aurais aimé qu'Allan soit près de moi en ce moment, qu'il regarde les nombreuses petites taches blanches apparentes dans le ciel dès que nous nous éloignons de la folie de la ville.
- Nous sommes à une heure près de la marina, m'informa Christian en escaladant la petite échelle qui menait à l'endroit où je me cachais.
J'avais eu besoin de m'éloigner après le repas, pas que je ne veuille profiter de mon fils, mais je voulais entre autres, laisser la dernière soirée du weekend à Christian. Après tout, c'était son weekend de garde et j'avais l'énorme besoin de réfléchir. Je n'avais pas remarqué l'impact de mes mots lorsque je m'étais emporté avant le diner. Avais-je réellement dit haut et fort être encore amoureuse de lui? Je crois bien l'avoir fait, en effet.
En jetant un regard vers Christian me confirmèrent mes pensées, il n'était pas prêt à redescendre l'échelle avant d'avoir discuté. Je me glissai sur l'immense lit et lui fit une place pour ne pas qu'il ait à m'enjamber. Ma petite déesse aurait trop aimé qu'il soit sur moi. Il s'installa de la même façon que je l'étais, étendue sur le dos, un bras sous la tête pour me surélever. En étirant l'ouïe, on pouvait entendre le bruissement des vagues se frappant sur les parois du bateau et une petite mélodie de violon qui s'échappait de la cabine en dessous de nous. Il avait déjà pris les bonnes habitudes pour garder Allan endormi, soit de mettre une petite musique douce le temps que nous allions nous même nous mettre au lit. Cette simple pensée m'arracha un petit sourire.
- Qu'est-ce qui te fait sourire? Osa-t-il me demander au bout d'un moment.
- Tu as mis de la musique, lui fis-je remarquer.
- Allan m'a dit que ça le calmait lorsque nous n'étions pas couchées nous aussi. À Seattle j'avais profité de ce moment pour jouer un peu de piano, mais je n'ai pas de piano sur le bateau.
- Je ne suis pas sur le Titanic? Le taquinai-je.
- Vous n'êtes pas sur le Titanic, mademoiselle Steele, je ne vous laisserais jamais couler dans ces eaux.
Romantique? Rien qu'un peu. Il se retourna sur le flan vers moi et posa sa main près de moi, sans même m'effleurer. Nous avions perdu cette proximité que nous avions retrouvé l'espace de quelque seconde cette après-midi. Pourtant, ce même courant électrique chatouillait mon bras gauche, celui qui était près de lui.
- Tu souhaites me parler de ce que tu as dit cette après-midi? fini-t-il par me demander.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, dis-je simplement.
- Je crois que si, au contraire, si nous voulons nous entendre pour la garde d'Allan, nous devons nous entendre sur certains points et entre autres sur ce que tu ressens.
- Et toi? Vas-tu me parler de ces confidences que tu fais à mon fils à mon sujet? Dis-je en faisant allusion à la discussion qu'ils avaient eu cette après-midi, avant la même crise à laquelle il faisait allusion.
- Tu as entendu? dit-il simplement.
Je hochai doucement la tête en guise de réponse, je ne pouvais croire que je disais tous ces mots. J'étais provocante, comme si je cherchais un moyen pour le faire rager et me démontrer qu'il était toujours le même et non cet homme sentimental qu'il me démontrait.
- Je n'ai jamais caché mes sentiments.
- Tu ne me les as jamais demandés.
Je me retournai face à lui, un bras toujours sous ma tête. Nous étions face à face avec quelque centimètre seulement qui nous séparait. Il passa une main derrière mon oreille pour repousser mes cheveux qui tombaient sur mon épaule, ce simple geste éveilla en moi une sensation familière, une chaleur bien connue. Sa main ne retourna pas contre lui, elle resta sur mon flan.
- Je n'ai pas à te dire mes sentiments, ils n'ont pas changé, tu les connais.
Bien que je les connaisse, la peur de les réentendre m'habitait. Et s'il m'avouait m'aimer comme le jour où nous nous étions mariés, allais-je être folle de joie et laisser Sébastien sans crainte ou justement, la conscience envers Sébastien allait me rattraper?
- Parle-moi de ta relation avec Sébastien, Allan m'a dit que ça faisait un moment que vous vous fréquentez?
- Quelques mois, lui accordai-je comme si une adolescente s'était fait prendre la main dans le sac avec son nouveau petit-ami qu'elle cachait à son père.
- Qu'est-ce qu'il a que je n'ai pas?
- Ce n'est pas les caractéristiques que tu n'as pas qui m'a poussées vers lui, il est ce que tu n'es pas.
- Je ne le suis plus, s'enquit-il simplement.
- Je ne te crois pas. Tu as toujours ressenti ce besoin d'avoir le pouvoir sur la femme. Ce besoin de la torturer pour son plaisir et pour le tien. Je cherchais une relation sur le même pied d'égalité.
- Je ne crois pas que tu as eu de mauvaises expériences à ce niveau avec moi et que tu t'en sois plain.
- Je ne m'en plain toujours pas. Je ne sais pas pourquoi j'ai ressenti le besoin d'être avec Sébastien, m'enquis-je. Il plaisait bien à mon père et à ma mère, il prend soin d'Allan. Il est charmant et gentil. C'est le premier homme qui ne m'a pas fui en apprenant que j'étais mère d'un jeune enfant. Je crois avoir eu le besoin d'être près d'un homme qui m'a aimé dès le premier instant et que je n'ai pas forcé à m'aimer.
Il eut un petit geste de recul comme s'il fut piqué par mes mots. Son regard ne se décala pas de mes yeux, j'avais l'impression qu'il analysait le moindre mouvement que mon iris pouvait faire. S'était un peu dérangeant, mais s'était, en quelque sorte, sécurisant.
- Tu ne m'as pas forcé à t'aimer, Anastasia, bien que tu penses le contraire. Je ne me suis jamais caché à ton sujet.
- Je t'aime toujours, lui avouai-je d'une petite voix comme si je voulais que seule cette confession me soit destinée.
Cette simple confession était pour moi, une énorme épreuve, j'avais passé six années à tenter de me dissuader le contraire. Voyant qu'il allait me répondre, je posais deux doigts sur ces lèvres parfaitement pleines et douces, je me demandais si leur contact contre les miennes allait être le même que celui dans mes souvenirs. Je n'avais pas besoin de l'entendre me dire que s'était la même chose venant de lui, je l'avais entendu parler à Allan, mais je devais me concentrer sur une seule et unique chose pour l'instant, la réelle raison de sa présence. Damien avait raison, les sentiments de Christian étaient toujours présents et je crains qu'elles arrivent trop rapidement à moi.
- Mais avant de t'accorder le moindre doute sur ce que nous vivions, je dois m'assurer que tu es ici pour les bonnes raisons et je dois regarder où je me situe dans la vie, je n'abandonnerai pas tout ce que j'ai bâti pour arriver où je suis rendue.
- Aurais-je créé un monstre Madame Grey? Vous qui étiez toujours prête à vivre le roman à l'eau de rose de votre enfance.
Ce simple nom résonna à de nombreuses reprises dans mes oreilles, j'avais fait un trait sur ce nom qui m'avait été destiné lors d'un court moment.
- Je suis l'unique responsable de ce monstre Monsieur Grey.
Vous m'auriez dit qu'il y a une semaine, je serais sur ce bateau avec mon ancien mari et que je lui affirmais encore ressentir des sentiments à son égard, je vous aurais traités de menteurs. Mais je dois vous avouer être menteuse à moi-même, je ne voulais pas voir l'évidence. Je ressentais toujours et pour toujours la même chose pour Christian Grey.
