La beauté vraie n'a pas l'effroi d'être vue telle qu'elle est; mais la beauté artificielle sait qu'elle s'évanouit si elle est surprise en négligé. L'âme féminine a donc le sentiment qu'elle ne peut affronter le regard sans toilette; elle redoute d'être aperçue à son désavantage; elle compte sur le prestige bien plus que sur la vérité. Et d'ailleurs l'œil pénétrant lui semble un voleur, qui prend sans demander la permission. Il est vrai que les femmes essaient toujours pour leur compte de pénétrer et de deviner l'homme; elles estiment avoir le droit de la curiosité. Mais la réciproque les irrite.
Je déteste ce genre de soirée, me présenter devant des gens, puisque Damien souhaitait avoir chacun de ces associés avec lui, et me pavaner avec un verre à la main. Rachel qui me présentait chaque personne importante pour la compagnie et dans la seconde suivante j'oubliais son nom et son titre. Non, mais sérieusement, qui aimerait ce genre de soirée? J'avoue, je préfère largement passer une agréable soirée collé sur le sofa avec mon fils devant l'une de ces comédies préférées. Cependant, j'étais une bonne associée et je me présentais à chacun des évènements pour la fondation Stark aidant les enfants sportifs et sans moyens à atteindre leur but. C'est entre ce pour quoi j'y allais, j'avais la chance d'avoir un bon revenu pour subvenir aux besoins d'Allan, j'en dois beaucoup à Damien, mais je n'aimais pas savoir que des gens ne pouvaient se l'offrir. Ma présence était un moyen d'affirmer que je soutenais cette cause et elle était importante pour mon ami. Disons que je faisais abstraction à la forme et je m'y présentais pour le fond.
Être maman, s'est aussi s'assurer que tout soit en ordre lors du peu de temps que je devais partir. Bien que ce ne soit qu'un petit cocktail au bénéfice de cette cause, je devais avant de me préparer, m'assurer qu'ils allaient avoir un repas, tandis que j'allais essayer de manger ces petits hors-d'œuvre hors de prix. M'assurer qu'un ensemble soit sorti pour le lendemain, au cas que la soirée se tarde. M'assurer que son sac soit prêt pour sa journée et aussi prendre le temps pour lui.
C'est pourquoi j'avais décidé de quitter le bureau avec une housse contenant ma robe de soirée ayant demandé à Rachel d'aller la magasiner pour moi puisque le contrat de Bohard prenait tout mon temps. Merveilleuse, comme elle est, elle avait passé l'avant-midi dans les magasins pour me trouver une tenue décente pour la soirée. Mais je voulais également passer une après-midi avec mon fils. Nous étions allés au musée de Chicago où il y avait présentement une exposition sur l'univers terrestre. Allan avait cessé de me bouder, bien que les soirs n'étaient pas tous faciles et qu'un réel sentiment s'était créé envers son père. J'avais décidé de lui permettre de lui téléphoner le soir pour lui parler de sa journée. C'était le seul compromis auquel j'avais cédé et j'étais toujours d'avis que le divorce était ce que nous devions faire.
Mais présentement, j'étais devant mon miroir à essayer de dompter cette tignasse bouclée brune pour qu'elle soit sophistiquée autant que cette tenue que je portais. Je devais remercier la carte de crédit de Stark qui prenait bien soin que chacun des associés soit bien habillé et je devais également remercier les talents de Rachel, elle avait choisi une petite merveille. Bien que je n'ai jamais aimé me maquiller et prendre plusieurs minutes pour me préparer, je devais l'admettre que ce n'était plus aussi pénible qu'avant. La robe était d'une douceur incroyable, tel un satin reposant sur une rose, d'une couleur pêche, elle était d'une élégance qu'on attribue qu'aux princesses habituellement, cependant elle ne se mettait pas trop en avant, elle savait conserver sa modestie. Je n'aimais pas du tout que les gens me remarquent ou qu'ils tardent leurs yeux sur moi. Mais je dois admettre qu'elle paraissait avoir été dessinée pour moi. Sa coupe était plus courte sur l'avant de la robe, laissant paraitre mes jambes et le tissu tombaient en cascade vers mes talons, elle avait un buste en forme de cœur et une seule bretelle brillante se glissaient entre mes seins et se reposait sur mon épaule, le contraste entre la couleur de ma peau et la brillance de ces petits diamants n'était pas exorbitante, s'était délicat, tout ce que j'aimais. Mes pieds étaient chaussés d'escarpin crème, de la même couleur que les pendants qui descendaient de mes oreilles.
Abandonnant l'idée de dompter cette tignasse de lionne, je décidai de la laisser tomber sur mes épaules, après tout, c'était un cocktail bénéfique au profit d'une fondation, je n'allais pas retrouver le premier ministre. Mes yeux étaient maquillés d'une ombre très délicate et mes lèvres étaient colorées d'un rouge flamboyant.
- Tu es magnifique, me complimenta Sébastien en s'accotant sur le cadre de la porte de notre salle de bain.
- Merci Sébastien.
Je croisai son regard dans la glace qui nous faisait face. Il se tenait debout derrière moi faisant un angle étrange avec son corps. Ces bras étaient croisés et son regard était dur, d'une dureté qui contredisait son compliment. Depuis quelques jours, Sébastien affichait un air de dure à cuir, comme s'il souhaitait tout détenir ou tout détruire. J'ignorais ce qui s'était produit pour obtenir ce changement d'humeur. Pourtant, je faisais tout ce qu'il souhaitait de moi, il voulait que je prenne soin de mon apparence, je le faisais, bien que celle que nous connaissons tous préfèrerait réellement un petit pull sur un jean. S'était Damien qui nous avait présentés, Sébastien et moi, s'était normal qu'il souhaite, un peu, détenir la même vie que son ami multimillionnaire. Il souhaitait que les papiers officiels du divorce soient signés et ils étaient en cours de signature. Je ne vois pas ce qui pourrait expliquer cette humeur détestable.
Cependant, certaines choses n'étaient pas de son pouvoir. On ne pouvait forcer un enfant à aimer une personne. Bien qu'actuellement, je préfèrerais que cela soit le cas.
Le vrombissement d'une voiture passant sur le gravier se fit entendre dans les entrailles de la maison. Je quittai des yeux Sébastien qui se tenait toujours droit et me dirigeai vers la baie vitrée qui meublait la façade du deuxième étage de ma demeure. Une grosse voiture pouvant contenir au moins douze personnes remontait mon allée de petite pierre. Rachel m'avait fait venir une limousine vers les dix-sept heures.
Je descendis à l'étage inférieur pour rejoindre la voiture. Allan était penché sur des feuilles étendues sur le sol de mon séjour. Il portait sur sa tête une casquette que je lui avais achetée au cours de notre journée au musée, il y avait quelque planète cousue contre le tissu. Il avait boudé lorsque je lui avais annoncé que je devais quitter pour une partie de la soirée, mais je lui avais promis être de retour pour son heure de coucher. Attention, maman, tu viens de faire une grosse bêtise, je devrai me sauver de cette soirée pour suivre mes paroles.
- Tu es super belle maman, s'exclama Allan en me regardant de ces yeux ronds.
- Tu es gentil mon ange, le remerciai-je.
Peu de temps après, la sonnette de la maison fit acte de présence et Allan fut le premier à s'élancer pour ouvrir la porte à notre invité. Je pris la petite bourse argentée qui accompagnait ma tenue et me dirigeai vers la porte en entendant Allan s'écrier de joie.
Je fus surprise d'apercevoir Damien derrière la porte. Il se tenait là en smoking noir, une chemise de la même couleur que ma robe sous une cravate noire. Ces cheveux d'un noir corbeau tombaient le long de ces tempes et quelque boucle se relevait sur le haut de sa tête.
- Vous me surprenez Monsieur Stark, le saluai-je en acceptant la bise qu'il m'offrait. Je croyais que vous deviez accompagner Madame Stark.
- Nikki ne se sent pas très bien, elle est nauséeuse, m'informa-t-il. Elle m'a, tout de même, obligé de faire acte de présence.
Je hochai doucement la tête sachant très bien qu'il était inquiet pour elle. Damien avait ce même côté protecteur que Christian avait envers moi, en fait j'ai dû vous le dire auparavant. Bien que son emploi et son entreprise fussent importants pour lui, sa femme l'était bien plus. Bien au contraire que moi et Christian, avec du recul je voyais tout le temps qu'il m'accordait et le temps qu'il accordait à son emploi, loin était la ressemblance.
- Acceptez-vous d'être mon accompagnatrice, Miss Steele?
Je souris en l'entendant me proposer cette offre. Nous prîmes le chemin vers la voiture après que Damien ait offert une tape dans la main amicale à mon fils et lui dit qu'il allait me reconduire tôt. Comme si mon fils surveillait mes moindres sorties. Damien portait déjà la chemise adéquate pour que les gens sachent que nous nous accompagnions et il allait prendre la même limousine que moi. Je crois qu'il n'y avait aucune réponse à donner, il savait que j'allais l'accompagner. Un homme de cette envergure ne pouvait débarquer seul à l'une de ces soirées.
- Je croyais que tu y allais seule à cette soirée!
La voix colérique de Sébastien s'éleva du porche d'entrée. D'un seul mouvement, nous nous retournâmes vers celui qui venait de crier. Une ride apparut sur le front de Damien, comme s'il percevait Sébastien ainsi pour la première fois. Je connaissais bien le Sébastien jaloux et en plus de devoir entendre Allan lui casser les oreilles sur le nouveau père parfait, il était tendu à cause de cette évasion de la prison qui lui prenait tout son temps. Si un homme avait tendance à poser ces yeux sur moi, à la mauvaise place, croyez-moi, cet homme ne me regardait plus jamais de la soirée. Il était pire depuis quelques jours.
- Entre dans la voiture, Anastasia. M'ordonna Damien. Je te rejoins dans quelques instants.
Anxieuse, je pris place sur la banquette de cuir, dos au chauffeur qui patientait l'entrée de Damien. Il prit soin de refermer la portière derrière moi et prit le chemin vers Sébastien. J'ignore ce qu'il voulait lui dire, mais la ride creusée contre son front marqua le dénouement peu amical entre leur lien.
Étrangement, je ne ressentais pas de malaise en voyant Sébastien si en colère. Je n'avais pas de peine ni aucun sentiment de colère. On dirait que le fait de savoir que Christian pourrait prendre Allan à tout moment m'obligeait à me dire que je n'avais pas une vie si drastique. Après tout, j'étais en couple avec un homme bien. Du moins, je me disais qu'il était bien.
Je regardai Damien rejoindre Sébastien et regardai les deux hommes entrer dans ma demeure. C'était un peu ironique de dire qu'ils utilisaient ma demeure pour avoir un échange. J'étais un peu inquiète puisque je savais qu'Allan se tenait dans le séjour avec ces bandes dessinées et parfois Damien pouvait avoir ce côté effrayant. Ces yeux noirs qui ne se gênent pas pour vous regarder au fond de nos pupilles. Quand j'étais face au Damien patron, j'avais l'impression de me trouver face au Christian dominant contrôlant. Cette prestance que seuls ces hommes savaient détenir, qu'ils pouvaient te regarder de haut même en étant assis dans leur fauteuil. Vouloir se tenir droite pour éviter de les froisser, s'était ça le sentiment, vouloir bien faire pour laisser passer leur colère. Mais face à un autre homme, j'ignore comment cela pouvait se dérouler. Est-ce qu'ils étaient toujours si intimidants?
Damien finit par revenir vers la limousine une bonne dizaine de minutes plus tard. Il avait le visage rouge de colère en refermant la portière de la voiture derrière lui indiquant au chauffeur que nous pouvions quitter.
- Est-ce que ça va Damien?
Il releva ces prunelles vers moi, ces pupilles ayant pris la majeure partie de son iris. J'étais certaine qui si je m'approchais un minimum de lui, je pourrais entendre son cœur battre de colère contre son torse. Il avait une petite ride qui s'était formée contre son front, signe d'anxiété. Que s'était-il passé dans ma demeure? Est-ce qu'Allan y avait été confronté?
- Allan…? Débutai-je
- Il va bien, Anastasia, je suis un homme prudent.
- Tu me fais peur Damien, que s'est-il passé?
- Rien d'assez important pour t'inquiéter.
Je m'adossai finalement contre le siège en cuir, c'était peine perdue, je ne pourrai jamais lui soutirer une information. Mon cœur battait à tout rompre des paroles que mon fils aurait pu entendre.
Le trajet se déroula dans un silence déroutant, Damien tapait des doigts sur ces cuisses, signe d'une impatience contenu. Une mauvaise impatience dans ce cas-ci. Du moins, c'est ce que j'imaginais. Il m'était déjà arrivé de voir Damien en état de colère, lorsqu'il avait été en procès pour le meurtre de son ancien coach, il avait abandonné Nikki croyant qu'elle n'était pas assez forte d'amour pour lui. Durant le trajet vers l'Allemagne, je n'avais jamais vu un homme aussi en colère, exempt du Christian apprenant ma grossesse. Sa rage contenue devant les médias, ces jointures blanchies à force de serrer les poings et la mâchoire serrée, s'était ça le Damien en colère. Un Damien auquel personne ne voulait faire face, mais pourtant, seul cet homme pouvait réellement nous protégé. Un peu comme Christian, en fait.
La soirée se déroulait dans le centre de Chicago, dans une grande tour au dernier étage. Le plus haut immeuble de la ville, Damien avait cette chance de choisir n'importe quelle salle disponible ou non. L'immeuble était d'un blanc immaculé, là où il y avait mur et le reste était en baie vitrée, nous pouvions apercevoir les lumières rougeâtres qui s'émanait de l'étage que nous allions occuper.
Comme pour faire changement, à chaque déplacement de Damien, une horde de journalistes à potin curieux l'attendait de pied ferme à l'entrée de l'immeuble. Je dois vous avouer, grosse confidence, que je déteste ces journalistes, ils envahissent la vie privée des gens et ne se plaigne jamais du malheur qu'ils peuvent semer sur leur passage. Mais je dois absolument remercier Nikki, ancienne Miss de défilé, elle savait se plaquer sur le visage un sourire poli sans rien laisser paraitre. Elle m'avait appris la plus belle chose qui soit, avec ce simple sourire. La politesse, le respect de soi et l'ignorance des choses méchantes que ces gens pouvaient clamer haut et fort. Des mensonges!
Damien sortit le premier et dès le premier pied au sol, d'innombrables lumières blanches sortirent de chaque appareil présent. Je plaquai le sourire de mademoiselle parfaite et rejoignis rapidement Damien. Il m'était difficile de voir la main qu'il me tendait au travers de ces lumières aveuglantes, mais je sentis la chaleur de sa paume se poser contre le bas de mon dos. Ce n'était pas le type de chaleur envieuse de désir, s'était plutôt une chaleur sécurisante. J'avais peine à déceler les questions qui nous étaient posées, il y en avait qui se posait à chacun de nos pas.
« Anastasia, le divorce est-il finalement officiel? » « Anastasia, êtes-vous la maitresse de Monsieur Stark? » « Anastasia, croyez-vous que Christian Grey… »
Les hommes de main de Damien nous firent un chemin et nous passâmes à l'intérieur de l'immeuble. Ces moments pouvaient durer que quelques secondes seulement, mais je les détestais au plus haut point. Chaque fois que j'y faisais face, mon cœur se sert à l'idée d'entendre ces choses méchantes sur Christian et sur moi. Il me fallait le plus grand contrôle et se sourire plastique sur les lèvres pour pouvoir y faire face.
Finalement, nous finîmes par rejoindre la grande pièce, et je dois vous avouer que Damien avait mis le paquet pour cette soirée. C'était une grande salle de bal aux couleurs nacrées. De petites tables rondes étaient posées dans les extrémités de la salle, à tous les coins. Des petites banquettes en velours rouge étaient posées dans des coins plus tranquilles. Un groupe de musicien s'appliquait à jouer une douce musique jazz. Damien m'avait déjà expliqué qu'une bonne soirée réussie n'était pas une soirée où nous devions obliger les gens à danser ou à boire ou à discuter, l'ambiance était la clé d'une belle et bonne soirée. Le cocktail était une exposition d'œuvre peinte par l'artiste préféré de Damien, un homme qui savait rendre la sensualité explicite de bons goûts, qui mettaient en vente ces œuvres et tous les bénéfices allaient à la fondation. Il y avait plus d'une centaine de personnes, des hommes et des femmes d'affaires, des fournisseurs, des associés, des conjoints et des conjointes. Trop de personne dont j'allais connaître sous peu les noms et que j'allais oublier dans le moment suivant.
Rachel nous rejoignit dès les premiers pas posés dans la salle. Elle portait une élégante robe sans bretelle d'un noir lustré. Une boucle blanc crème lui soulignait la taille, c'était la seule touche délicate et exorbitante de sa tenue. Elle avait remonté ces cheveux noirs en un chignon dégageant sa nuque et elle avait posé des petites perles à ces oreilles. Ces pieds étaient chaussés de ballerines noires à talon haut. Elle avait dans ces mains une tablette électronique qui lui indiquait tous les noms présents à la soirée.
- Vous êtes magnifique Anastasia, me complimenta-t-elle avec un doux sourire sur ces lèvres peintes de rouge velours.
- C'est grâce à vous Rachel, je vous en suis énormément reconnaissante.
- Vous avez choisi une tenue sublime, mademoiselle Kalagan, ajouta Damien.
Les joues de Rachel s'empourprèrent lorsqu'elle entendit le doux compliment que son grand supérieur venait de lui accorder. Damien n'était pas du genre à complimenter les assistantes de ces associés, il était plutôt du genre à les réprimander.
- Pratiquement tous les invités sont présents, Monsieur Stark, nous informèrent Rachel en jetant un coup d'œil à sa liste.
Avec pour seule réponse un hochement de tête, Damien nous dirigea vers un jeune homme et une dame un peu plus âgé. Rachel nous emboita le pas prenant soin d'être présente si nous en avions besoin. Je n'aimais pas trop ce genre d'initiative, bien qu'elle était engagée pour faire ce qu'elle fait, je n'aimais pas qu'elle passe une soirée comme celle-ci à nous suivre et à nous prendre des verres de champagnes.
- Anastasia, je tiens à te présenter l'homme qui peint ces tableaux, me présenta Damien. Voici Blaine, l'auteur de ces femmes et Evelyne, son agent.
L'homme était grand, fin et svelte. Il était chauve, mais il portait un petit bouc roux. Je dois vous admettre que ce roux n'était pas sa couleur naturelle, du moins j'étais prête à l'affirmer. Il avait de grands yeux expressifs et emplis d'une douceur, contractante avec l'érotisme des tableaux qui nous entouraient. Il était accompagné d'une femme plus âgée, une ancienne actrice à la retraite et son agent. Elle était menue et délicate, ces cheveux d'un blond blanc encadraient son visage de porcelaine. J'acceptai leur poignée de main ravie de connaître l'auteur de ces tableaux.
Omis les tables, les banquettes, les musiciens, la salle était rempli de chevalet et de peinture accrochée aux murs. S'étaient tous des portraits, mais les modèles étaient nus et les résultats ne ressemblaient à rien de conventionnel. Il y avait des positions extrémistes, des fouets, des menottes et tous ce genre de chose que plusieurs préférés garder ou ne jamais voir sortir au grand jour sous leurs yeux. On pouvait sentir la tension dont elles émanaient, un brin de provocation envers ces gens qui la regarde. Mais nous, spectateurs, on pouvait se sentir conquis par ces œuvres, ou déranger, parce que ces œuvres étaient le reflet du plus grand secret de la vie intime, de la pure délivrance.
Damien engagea la conversation avec ces deux personnes, je restais à ces côtés, silencieuse, repensant à la discussion qu'il avait pu avoir avec Sébastien. J'aimerais imaginer ce qu'il y avait pu se passer, les mots qui ont été prononcés. En regardant Damien, en ce moment, discuter de manière décontractée, le visage détendu, avec ces deux personnes, je ne pouvais bien imaginer les propos qui ont pu être dits. Il descendit son regard vers moi en raffermissant sa prise contre ma taille. Un petit étirement de ces lèvres se fit percevoir, il savait que je tentais de percevoir ou d'imaginer ce qu'il avait été dit. Ces yeux étaient profonds et pleins d'avertissements, je ne devais pas me prendre la tête avec ces histoires
Je détournai le regard vers Rachel qui était éprise des mots qui sortaient des lèvres de Blaine. Elle était une femme curieuse et romantique, mais ce qui m'étonnait, c'est l'engouement qu'elle portait à ces œuvres d'art et à leur auteur. Rachel était la jeune fille qui me ressemblait autre fois, timide, mais assumée, elle ne cachait point ce qu'elle pensait. J'avais peine à l'imaginer attacher par des liens, soumis à un homme, un homme comme Damien ou bien Christian. Elle m'avait surprise lorsque nous l'avions engagé, elle était si différente des gens que nous avions passé en entrevue. C'était lors de cette nouvelle sur Damien et le tableau de Nikki. Toutes les femmes qui s'étaient présentées avaient ce désir premier, soit d'avoir Damien dans leur lit et d'être la prochaine femme nue à poser pour lui. Et puis il y avait eu elle, cette jeune femme sortie de l'université qui avait un réel lien avec les livres, une connaissance bien à elle et une opinion unique. Elle m'avait automatiquement plu. Depuis ce temps, je ne crois pas être capable de la laisser partir ou d'être sans elle.
- Mademoiselle Kalagan, vous pouvez me dire pourquoi Grey est présent? s'enquit Damien en me sortant de ma rêverie, sa voix était dure et grave. Je croyais que seule la présence de Grace vous avait été demandée.
Je me redressai complètement terrifiée. Christian était présent. Je tournai la tête sceptique de l'image de Dieu qu'il allait sûrement projeter.
Mon cœur s'emballa à la simple image qu'il projetait, j'aurais pu être la femme à son bras, celle qui aurait eu la chance de dire que cet homme était sien. D'un geste mécanique, je portai la main vers mon cou, absent de la chaine et de l'alliance. En ce moment, face à cet homme, j'aurais voulu courir jusqu'à chez moi, attraper cette alliance, la poser à mon doigt et être cette femme dont la main était posée à son bras. Il était vêtu de noir, complètement. Veston, chemise, pantalon et cravate étaient de la même couleur. Sa peau se colorait face aux lumières tamisées de la pièce, créant une sorte de halo doré sur sa peau. Ces lèvres paraissaient plus sombres, plus dures, moins comme la plume qui s'était posée sur mes lèvres sur ce bateau. Les angles de son visage paraissaient plus fermes ainsi, dans cette lumière douce. Je ne voyais pas très bien ce qu'il regardait, mais son visage était tourné dans notre direction.
Grace était une femme magnifique et les années lui réussissaient aussi bien. Elle portait une magnifique robe couleur olive avec un buste en forme de cœur, des petites paillettes dorées étaient cousues sur le corset de la robe.
- Madame Grey m'avait seulement fait part qu'elle serait accompagnée, Monsieur Stark, s'excusa Rachel me sortant de cette contemplation.
Elle m'offrit un petit sourire d'excuse avant de baisser son regard désolé.
- Ce n'est rien Rachel, il doit simplement accompagner Grace, la rassurai-je. Il ne se passera rien, continuons.
Cette dernière phrase était destinée à Damien, pour le rassurer et pour me détourner de lui, mais j'en étais incapable. Nous passâmes près d'une vingtaine d'invités avant de nous rapprocher davantage d'eux. Une partie de moi était heureuse de me rapprocher de lui, étrangement, je me sentais bien face à sa présence.
En prenant le temps de le regarder parfaitement accompagné de sa mère et discutant avec deux hommes qui m'avait été présenté un peu plus tôt et que j'avais oublié leur nom, je devais admettre qu'il était tout simplement superbe. L'impétuosité de la jeunesse, mais qu'elle jeunesse, Christian avait toujours été si homme, avait laissé place à une assurance d'homme encore plus mûr. Il était grand et fort et les regards se tournaient vers lui. Son visage était un ensemble harmonieux de lignes et d'angles sculptés par l'ombre et la lumière, lui conférant une beauté tout à la fois classique et très spéciale. Ses yeux d'aciers étaient habités de nervosité, de danger et de promesse, et le plus important que je devais vous dire, ils étaient rivés vers moi. Grace discutait avec lui, il lui répondait, mais ne la regardait pas.
Je me refusai de continuer à le dévisager, après tout, nous étions en instance de divorce, mais une sorte d'agitation s'était emparée de moi. Comme si Christian avait toujours se pouvoir sous l'armure que je m'étais forgée et sous le mince satin de cette robe. Bon je dois l'admettre, nous parlons ici de Christian Grey, l'homme aux multiples talents orgasmiques.
Je suivis Damien et Rachel m'informa à l'oreille le nom d'un ministre. Damien me présenta comme sa plus grande associé et débuta une conversation sur des termes économiques qui n'étaient pas de mon ressort.
Je finis par reposer les yeux sur lui, je ne pouvais me l'empêcher. Nos regards se croisèrent et je jurerais que l'air de la salle fut absorbé hors de cet immeuble de 46 étages. Mon fantasme d'homme de ces six dernières années reprenait vie, ce qui me plongea dans une grande confusion. Mais subitement, la sensation de déjà vue s'effaça, il ne resta que le ce moment électrique qui m'était peu familier maintenant et la puissance d'un nouveau moment. C'était sensuel et intimidant.
J'avais l'impression de tournoyer dans un espace, sauf que j'étais bien présente. Dans cette salle au bras de Damien, avec un sol sous mes pieds, des murs autour de moi et les yeux de Christian Grey dans les miens. J'y apercevais de la chaleur et la résolution, très vite remplacées par un désir brut et primal, si intense que je craignais de me briser sous cette prestance.
D'une main ferme, Damien me prit par le coude et m'aida à retrouver pied. Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais perdu l'équilibre, mais je n'étais pas surprise. Du moins, j'étais loin de l'être.
- Tout va bien, Anastasia? s'inquiéta-t-il en jetant un regard vers Christian qui avait repris sa discussion avec sa mère.
- Oui, merci, mentis-je sachant très bien qu'il savait ce pour quoi j'avais perdu l'équilibre. Je ne voulais pas passer pour une femme soumise aux regards d'un homme face au ministre.
Son regard se referma à l'idée de ce qui me faisait perdre pied, dans tous les sens du terme. Il le savait, tout comme je le savais, mais notre interlocuteur, lui, l'ignorait.
Le peintre était un bon ami à Damien, c'était également lui qui avait fait la peinture à un million de dollars de sa femme. Il avait bon goût, ce n'était absolument rien de vulgaire et il y avait un grand respect de la femme sur ces tableaux. L'artiste avait sa propre signature, nous n'apercevions jamais les visages des femmes peintes. Elles pourraient être dans cette salle que seuls elle et le peintre connaîtraient cette identité. J'étais un peu mal à l'aise de savoir que Christian pouvait voir ces peintures, il faisait bien pire avec ces femmes. Ces peintures étaient la vision de ces choses, certaines étaient des femmes tordues dans des angles étranges avec des liens, que nous imaginons être en cuir, et pourtant d'autres œuvres étaient beaucoup plus délicates. Une personne qui ne connaîtrait pas parfaitement Damien pourrait clamer haut et fort son dégout, mais une personne qui le connaissais bien, à l'occurrence moi, était subjuguer par la force de cet homme. Il ne craignait plus que les gens le voient comme un homme qui aime donner plaisir aux femmes, comme un homme qui offrait de l'argent à une femme qui trouvait à son goût pour admirer son corps aux dépens d'une peinture. Parfois, je me demandais ce que cela ferait si tous les gens savaient à propos de la vie que Christian menait.
Levant les yeux vers l'homme que je tentais d'ignorer, je remarquai qu'il fixait l'un des tableaux accrochés près de leur table haute.
- Enchantée de vous avoir rencontrée, Madame Steele, me remercia le ministre en posant ces lèvres rugueuses se posant contre ma main.
Damien nous fit quitter le ministre pour nous diriger vers un autre couple de personnes. Je me sentais mal d'être si abstraite lors de ces conversations, mais la présence de Christian me tiraillait. Elle ne me mettait pas mal à l'aise, comme il aurait été normal, mais elle m'intriguait. Pourquoi avait-il décidé de se présenter et d'accepter d'accompagner Grace? Pourquoi se présentait-il à une soirée-bénéfice pour la fondation de son plus grand compétiteur?
Je finis par prendre congé de Damien lorsque nous eûmes terminé de faire le tour des invités, Damien avait pris soin d'éviter d'aller discuter avec Christian. Je m'éloignai vers un coin reculer de la salle et en profitai pour passer un coup de fil à Sébastien, la maman en moi était inquiète suite à la discussion qu'il avait pu entretenir avec Damien et je voulais m'assurer qu'Allan allait bien.
Je levai les yeux vers le tableau qui était près de moi alors qu'à mon oreille les sonneries vides de la combinée de faisaient entendre. C'était le tableau dont Christian était absorbé un peu plus tôt.
Sur ce tableau on pouvait apercevoir une jeune femme étendue sur un fauteuil, celui-ci était recouvert d'un mince drap blanc, permettant ainsi de donner une certaine élégance à la femme. C'était mature et gracieux. Elle était de dos, le reflet lumineux scintillant sur le côté gauche de son corps qui nous était apparents, la lumière semblait glisser sur sa cuisse, la pointe de son sein et sur sa nuque. Sur cette peinture, la femme sentait excité, des frissons semblaient éveiller sa peau blanchâtre, la pointe de son sein était dressée prête à attendre les lèvres d'un homme. La chevelure de la jeune femme tombait le long du fauteuil, son regard nous était caché, comme si la jeune femme voulait se protéger de ses spectateurs. Comme si elle avait honte de ce spectacle, or la scène était d'une immense douceur. Le tableau demeurait dans une seule teinte, le marron sous plusieurs forme, mettant la jeune femme en parfaite symbiose avec le décor, un spectacle artistique d'une rare douceur.
Je sentis une douce chaleur me rejoindre, une présence derrière moi. Je détournai le regard du tableau pour le poser sur le dieu grec qui venait de me rejoindre. Mon cœur s'emballa à savoir sa présence près de moi. Il avait deux coupes de champagne dans ces mains. Il m'en tendit simplement une, sans rien dire et posa le regard sur le tableau adjacent à celui que je regardais. À mon avis, c'était beaucoup plus le genre de tableau qui le rejoignait.
Sur le second tableau, on remarquait une jeune femme d'une rare sensualité, bercée dans l'obscurité, elle ressortait avec assurance du décor, attirant ainsi tous les regards sur son corps qu'elle mettait en valeur, la lumière éblouissant ainsi ses atouts. Sa chevelure brillait sur le décor sombre. On ne voyait qu'elle, sa poitrine se dressait au centre du tableau, le début de son entrejambe était visible, donnant beaucoup d'inspiration aux spectateurs, la jeune femme conservait cependant sa part de mystère, son regard et sa bouche étant floutés, ce qui augmentait l'intensité de la scène.
- Tu aimes voir ce que tu fais aux femmes sur des tableaux ou c'est par simple curiosité? Finis-je par lui demander.
- Aucun des deux choix.
- Que fais-tu ici Christian?
- Mon père ne pouvait être présent, dit-il alors que j'acceptai finalement la coupe qu'il me tendait. Par politesse, j'ai accepté d'accompagner ma mère.
- Tu détestes ce genre de soirée.
- Je ne suis pas insensible aux enfants dans le besoin, Anastasia… Allons marcher, ajouta-t-il en me tendant la main.
Je tournai le regard vers Damien qui semblait plonger dans une conversation avec l'un de ces associés. Rachel était de l'autre côté de la salle et semblait être sur le point de régler un problème. Je reposai mon regard sur l'homme qui me faisait face. Ces lèvres formaient une mince ligne, ces yeux étaient plongés dans les miens. Ainsi dans le moment, j'aurais voulu être pendu à ces lèvres et que le temps s'arrête. Que ne sache pas que je veule le touche, poser mes mains sur les angles droits de son visage, poser mes doigts sur ces lèvres. De plus près, on pouvait remarquer que le veston et la cravate qu'il portait étaient d'un noir lustré, plus brillant que sa chemise d'un noir mat.
Je glissai ma main dans la sienne et le suivi hors de la salle. Sans que personne ne nous ait remarqués. Je remarquai que Christian semblait plus détendu qu'à son entrée dans la salle. Sa main gauche, sa paume chaude étaient posées contre le bas de mon dos. J'aurais préféré sentir un peu plus que sa simple paume et que la pression de ces doigts contre le satin, mais il s'en tint au simple geste amical. Ses épaules étaient détendues, sa mâchoire l'était également.
- Vous me reluquez, mademoiselle Steele, dit-il simplement lorsque nous atteignîmes une terrasse à l'opposé de la salle de bal.
- Avez-vous pris soin de faire sécuriser les lieux, Monsieur Grey?
Il me jeta un coup d'œil sévère avant de m'ouvrir la porte vitré qui était face à nous, son absence de réponse était la confirmation de mes paroles, il ne prendrait pas le risque qu'une seconde image de nous ne sorte, pas avant que nous l'accordions tous les deux.
Une fois les portes vitrées de la terrasse franchie, les bruits des conversations se furent absents et l'air chaud caressa ma peau découverte. Le soleil commençait sa descente derrière le lac Michigan qui nous faisait face. Nous étions au sommet de la plus haute tour de Chicago, aucun immeuble ne nous cachait la vue sur l'étendue d'eau qui ne finissait plus. Sur cette même eau qui avait accueilli notre baiser cracheur.
La terrasse était couverte de fleurs rouge et blanches, quelques bassins d'eau au travers et des pierres blanches meublaient la terrasse. Sur notre gauche, il y avait de grandes chaises en paille sous un treillis en bois d'érable. Une toile était tirée sur le treillis pour créer une barrière entre le soleil et les gens qui devaient s'assoir sur ces chaises. Il y avait des coussins blanc et rouge dans ce coin détente et une table basse en verre accueillant des fruits frais.
- Christian, je ne crois pas que tout ceci soit une bonne idée, murmurai-je lorsqu'il nous guida vers les chaises.
- Je ne souhaite que discuter, Anastasia.
Discuter avec Christian Grey n'était pas chose simple. Il savait l'effet qu'il produisait sur moi, il la connaissait par cœur. Je m'installai silencieuse sur la chaise de paille qu'il m'indiquait et prit celle qui était face à la mienne. J'étais assise sur le bout de cette chaise tandis que Christian s'installa confortablement. Il porta la flute de champagne à ces lèvres qui hors de cette salle s'était coloré de leur couleur naturelle, un rose chair tendre.
- Ne me regardez pas ainsi, Miss Steele, me prévint-il. Je ne pourrai vous promettre ce qui pourrait s'en suivre.
- Est-ce que tu vas répondre à ma question Christian?
- Je connais un moment où vous vous seriez tu, embrasée par mes propos.
- Ce temps est loin derrière moi.
- C'est un mensonge.
Je soupirai de colère. Comment pouvait-il se permettre ce genre de remarque.
- Vous êtes puéril, Monsieur Grey.
- Je manque donc tant de maturité, mademoiselle Steele? Je vous retournerais cette remarque, vous niez l'évidence.
- Quelle est cette évidence dont vous prétendez que je nie?
- Ne sois pas stupide, Anastasia, j'ai vu la façon dont tu me regardes et le malin plaisir que tu avais à me rendre jaloux au bras de Stark.
- Tu es jaloux de Damien?
Je laissai échapper un petit rire, je n'avais jamais imaginé qu'être au bras de Damien lors de cette soirée. Mais ce sentiment m'échauffa le cœur. C'était une preuve qu'il tenait encore à moi.
- Si c'est pour avoir une discussion comme celle-ci Christian, je vais m'en passer. Conclus-je en me redressant. Je ne te dois absolument aucune explication.
Je posai ma flûte de champagne et me dirigeai vers l'intérieur. Ce comportement de Christian m'énervait au plus haut point, comment pouvait-il se permettre d'être aussi vrai. Il savait tout, peu importe ce que je pouvais me nier à moi-même, il connaissait cette vérité. Il avait raison, je niais l'évidence. Mais cela me faisait peur, cette proximité avec Christian que je voulais obtenir me faisait peur, mais m'avait-elle pas toujours fait peut? Si un peu, c'était une attirance peu commune, mais une attirance qui me plaisait.
Je devais me laisser aller face à cet homme, et je devais l'admettre, il était bon pour Allan. Je ne sais quel blocage psychologique m'empêchait de faire face à cette réalité. Était-ce le sentiment de vouloir priver Christian de son fils, comme pour le punir comme il avait tant aimé le faire sur moi et sur les autres femmes? Était-ce la crainte de la voir le punir comme il nous avait punis? Non, je ne peux imaginer ce genre de chose. Il était un homme bon, l'homme avec qui je m'étais mariée et avec qui j'avais déjà voulu passer ma vie. Et je le voulais encore. Chaque minute qu'il passait avec moi ou avec mon fils était une minute de plus qui m'éloignait de Sébastien. S'était ça la réelle raison, pas que je ne voulais pas de Christian, mon cœur le voulait, mais je ne voulais pas faire du mal à Sébastien, je ne voulais pas à avoir à le quitter.
Je me retrouvai soudainement tiré fort par la main vers l'arrière et en me retournant je me retrouvai plaqué contre son torse de pierre. Son odeur emplit mes narines, une douce odeur de frais et de masculinité. Il m'enlaça d'un bras, pressant mon corps contre le sien. De sa main libre, il repoussa une mèche de cheveux derrière mon oreille caressant au passage l'angle de mon visage. Deux de ces doigts s'arrêtèrent sur mes lèvres. Mon souffle s'arrêta, mon cœur battait contre le tissu soyeux de cette robe. Je plongeai mon regard dans ces yeux, ils étaient doux, curieux, anxieux patients et passionnés. Seul cet homme pouvait ressentir toutes ces émotions au même moment. Il me fit oublier mes doutes de cette seule étreinte.
- Pourquoi nies-tu cette évidence?
- Parce qu'elle me fait peur, Christian.
- Et si j'arrivais à enlever cette peur de ta tête, me reviendrais-tu?
- Peut-être.
Il me redressa le visage vers lui et caressa mon menton.
- C'est tout ce dont j'ai besoin d'entendre pour le moment, me rassura-t-il. Et croyez-moi, mademoiselle Steele, j'aurai embrassé ces lèvres d'ici la fin de la soirée.
- Et si je vous dis que je n'en ai pas envie?
- Ce sera un autre mensonge que vous vous faîtes, mademoiselle.
Je souris en entendant ces paroles, il pouvait être si tendre un moment et si déconcertant le moment d'après. Je pouvais voir à ce moment qu'il avait fait beaucoup de chemin, lui qui cachait tout ce qu'il ressentait, lui qui avait tendance à ne pas dire ce qu'il ressentait. Une chaleur se créa au creux de mon ventre, une belle chaleur qui m'avait manqué.
Je n'ai pas le temps de réagir que sa bouche était déjà plaquée contre la mienne. Exigeante, impérieuse, il s'emparait de moi. J'oublie soudainement tout ce qui se trouvait près de nous, les fleurs, la fête, les peintures, mes problèmes, Sébastien. Mes pensées se dissolvent, anéanti par le plaisir et le besoin viscéral de répondre au besoin de cet homme. J'avais l'impression de redevenir cette femme d'avant, celle dont je tentais impérieusement d'éviter de redevenir. Le besoin de mes lèvres, de me prendre et d'être prise. À l'aveugle, j'agrippe la tignasse de cheveux en bataille qui le rendait si sexy et qui était posé sur sa tête et l'attirai vers moi. Je me souvenais d'un moment où se simple geste m'aurait été interdit. Où était passé mes réticences? Ma peur? Est-ce qu'elles étaient feintes? Tumultueuse, brulantes, éperdues, mes émotions avaient pris le dessus, jaillissant comme un flot éperdue de mon corps. Notre baiser s'éternisa, je ne sais combien de temps il dura, quelque seconde, dans toute cette puissance ou plusieurs minutes dans toute cette passion.
- Grey!
- Anastasia!
Deux voix s'élevèrent du fond de la terrasse. Damien et Rachel apparurent à la course se bloquant face à l'étreinte qui nous unissait moi et Christian. Je me reculai, mal à l'aise, sous le regard furieux de Damien et sous le regard gêner de Rachel. Je devais avoir les joue rouge et mon souffle s'éternisa, profond et rapide suite à ces baisers. Christian ne fit que se redresser, prenant le soin de garder une main autour de ma taille. Ma tête était encore avec ce baiser fougueux que nous venions d'échanger. Je fronçai les sourcils en posant mon regard sur Rachel, elle n'était plus mal à l'aise. Ces yeux avaient laissés place à l'inquiétude. Mon cœur s'emballa face au visage crispé de Rachel, il se passait quelque chose.
- C'est Allan, débuta Rachel, il a été admis à l'hôpital.
