Bonjour !

La première partie est enfin terminée ! Cela dit, on n'entre pas vraiment dans la deuxième partie. Entre deux chapitres d'envergure, j'ai choisi d'insérer des épisodes plus légers dépeignant la vie quotidienne.

Autre changement, on quitte la perspective de Laxus – qui me manque déjà, le bougre.

J'espère que toutes ces nouveautés vous plairont !

Changeons de sujet : je tiens à remercier Neliia et Zuzu, qui ont pris la peine de commenter absolument tous les chapitres de cette fic. A vrai dire, elles ont commenté presque toutes mes fics : elles représentent 74% de mes reviews à elles seules ! Merci beaucoup !


La nouvelle était chouette. C'était indéniable.
Il lui arrivait de se montrer sauvage, violente, et elle était bien entendu beaucoup plus forte que beaucoup d'entre eux, mais elle n'en était pas moins chouette.

Les premiers jours avaient été étranges. Elle avait longtemps refusé qu'on s'adresse à elle. C'était alors qu'elle s'était montrée au plus noir de sa personnalité. Elle frappait les enfants qui l'approchaient trop souvent, rejetait de mots secs et durs toutes les discussions. Après quelques jours, seule Erza avait encore essayé d'amadouer une Mirajane pourtant trop effarouchée pour accepter les marques bruyantes de son attention.

Sa sœur, pourtant, s'entendait avec tout le monde et son frère, bien que moins ouvert, participait à la plupart de leurs jeux.

Après quelques semaines, cependant, elle avait commencé à entamer des conversations incertaines, à laisser les plus jeunes jouer près d'elle sans les renvoyer brusquement, à leur offrir un sourire hésitant, enfin, un sourire rare, qui ne ressemblait en rien à celui qu'ils surprenaient parfois quand elle parlait à Lisana ou Elfman, mais un sourire qu'une timide franchise rendait tout de même apaisant. Le changement avait été si doux que personne ne l'avait réellement remarqué, mais le jour où elle accepta enfin de porter la marque de la guilde, tous étaient de la même opinion : la nouvelle était chouette.

Quand ils s'ennuyaient, le soir, elle imitait les membres de la guilde pour les amuser. Elle contrefaisait leurs voix, leurs manies, et arrivait même à modifier légèrement son propre visage pour accentuer la caricature. Elle réussissait à s'allonger le nez pour personnifier Fabriz ou même à grandir un peu et à prendre une voix de stentor pour jouer un Guildarts très convaincant. Aux yeux de tous les enfants, cependant, le clou du spectacle restait le moment où ses cheveux immaculés changeaient de teinte. Tout le monde se taisait, retenait un pouffement d'anticipation, en regardait rougir jusqu'à la dernière de ses mèches. Elle bombait le torse, tournait en rond en prenait une grosse voix et criait, battant des bras : « Aha ! Je t'y prends, Gray ! C'est donc toi, fourbe vilain, qui as pris mon précieux gâteau à la fraise ! » Elle se tournait alors brusquement vers une table et s'offusquait : « Qu'ouïs-je ? La veuve et l'orphelin sont dans le besoin ? Moi seule puis alléger leur détresse, car mon armure et mon amour vaincront la misère de ce monde ! »

Tous les enfants riaient aux éclats, souvent accompagnés de nombreux adultes. Guildarts lui-même, qui était souvent la cible de ses moqueries, les rejoignait volontiers pour regarder la fluette jeune fille imiter les catastrophes qu'il causait et feindre sa maladresse. Il s'était tant esclaffé devant son « ma tête, ma tête ? Qu'ai-je fait de ma tête ? Je l'avais en main à l'instant ! » qu'il avait failli détruire le bâtiment. Plusieurs poutres porteuses étaient maintenant fendues. Cana avait entendu le maître parler de profiter des réparations pour revoir légèrement le plan de la guilde, même si elle n'en voyait pas l'intérêt.

Il arrivait toujours à Mira d'être d'humeur renfermée, de les renvoyer à leurs gamineries, comme elle disait, pour s'éloigner d'un pas vif, mais ils ne lui en tenaient plus rigueur. Ses regards noirs les effrayaient autant que l'ardeur qu'elle mettait à maîtriser sa magie, mais ils l'aimaient pour les moments où elle excellait à les occuper.

Régulièrement, elle préparait des jeux ou des défis pour occuper son frère et sa sœur, « des aventures », comme elle les appelait, et si d'autres enfants voulaient y participer, elle ne le leur interdisait que rarement. Elfman et Lisana étaient très fiers de Mira, et il fallait bien reconnaître que personne à Fairy Tail n'avait une grande sœur comme elle.

Quand Elfman lui répétait d'une voix douce les histoires que Mira leur avait racontées la veille, Cana ne pouvait s'empêcher de l'envier. Ce n'était pas un mauvais conteur, mais il n'avait pas l'éloquence aisée et les pirouettes narratives de sa sœur. Elle restait pourtant pendue à ses lèvres.
Les matinées qu'ils passaient à imaginer des suites à ces aventures étaient les plus belles à ses yeux. Ils traversaient Magnolia en courant, qui brigand, qui héros, cherchant à délivrer le mage noir de sa prison ou à capturer eux aussi un démon démiurge – quand Cana avait voulu savoir pourquoi le démon était démiurge, Elfman avait haussé les épaules.

« Peut-être que c'est son nom de famille. »

L'idée était élégante. S'il elle épousait le démon après l'avoir capturé, peut-être qu'elle deviendrait Cana Démiurge. « Reine des Enfers et Impératrice des Mondes, » avait rajouté Elfman avec empressement. Oui, c'était une idée magnifique. Pourtant, quand elle se présenta à l'autel, son noir fiancé à son côté, Mirajane était apparue, tombée de l'arbre à l'ombre duquel ils menaient la cérémonie : « Je m'y oppose ! » s'était-elle exclamée. L'être était un traître, un manipulateur qui avait voulu profiter de la naïveté de sa promise pour accéder aux secrets de Fairy Tail.

Cana était dévastée, Elfman offusqué. Ensemble, ils attaquèrent Démiurge, qu'incarnait maintenant une Mira échevelée. Ils durent s'y reprendre à plusieurs reprises avant de pouvoir l'attraper, lui par les mains, elle par les pieds, et la jeter dans l'eau féérique de la rivière, à laquelle une bénédiction ancestrale permettait les forces maléfiques. Mira poussa un cri déchirant et s'effondra dans un grand jet d'éclaboussures.

Démiurge le démon reviendrait souvent dans leurs jeux, même si Mira elle-même ne les rejoignait que rarement. Avec ou sans elle, cependant, c'était un réel plaisir de déjouer ses tours.

Quand les enfants avaient voulu organiser une pièce de théâtre pour le festival de Fantasia, il leur avait semblé évident que Mira y participerait. Le refus catégorique qu'elle leur opposa les prit de court. La petite Lisana avait essayé de l'intéresser au projet. Si quelqu'un pouvait convaincre son irascible grande sœur, c'était elle. Pourtant, rien n'y fit.

Avec le temps, les jeunes mages avaient appris à respecter les sautes d'humeur de leur camarade. Il lui arrivait régulièrement de ne pas vouloir avoir affaire avec eux plusieurs jours d'affilée. Elle savait faire regretter amèrement ceux qui cherchaient à lui forcer la main. Il y avait dans ses yeux quelque chose de menaçant que Cana, dont le pouvoir magique était pourtant plus développé, craignait autant que les autres. Comme tout le monde, elle avait appris à surveiller les modulations dans le ton de sa voix et à l'éviter les mauvais jours. Pour la plupart, ils prévoyaient maintenant les modulations de son humeur et les acceptaient comme ils acceptaient les manies de Gray et la candeur de Natsu. C'était une fille qui s'isolait volontiers pour s'entraîner, pour lire ou simplement parce qu'elle les avait assez vu. On la voyait souvent, sur la colline, enchaîner des mouvements jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement fluides ou lancer un sort si souvent que même l'intonation de son explosion leur devenait familière. On ne la dérangeait jamais plus quand elle s'exerçait.

Bien entendu, Natsu avait mis plus longtemps que le reste d'entre eux à comprendre le caractère changeant de Mira. Plusieurs fois, il avait voulu la forcer à une de ses représentations de caricatures alors qu'il était évident qu'elle ne se trouvait pas dans un de ses bons moments. Mira avait toujours particulièrement peu de patience avec Natsu, que sa simple présence hérissait. Il l'avait saisie par le bras, voulant à l'évidence la traîner dans le coin où ils jouaient. Avec une force qu'on ne lui soupçonnait alors pas, elle l'avait expulsé jusqu'à la rambarde du premier étage, dont il était tombé dans un grand fracas. Irritée par ces exhortations, elle n'avait plus joué avec quiconque plusieurs semaines de suite.

Ainsi considéra-t-on l'affaire comme réglée quand Mira refusa de prendre part à la pièce. Sa prestance leur manquerait certainement, mais ils savaient très bien qu'elle était simplement intraitable. Longtemps, ils hésitèrent même à abandonner l'idée de cette prestation. Erza, pourtant, ne les laissa pas s'abattre ainsi et les convainquit de poursuivre les répétitions. Il n'y avait pas de raison que l'absence d'une personne détruise leur troupe, plaida-t-elle. Il y avait autant de talents que de gens dans ce petit groupe. Mira ne voulait pas d'eux ? Libre à elle, c'était à elle que manquerait l'événement, pas à eux.

Ils entamèrent donc la mise en scène de la pièce que Reby avait écrite pour l'occasion. C'était très loin de ce que Cana avait imaginé. Ils travaillaient sérieusement à retenir leurs parts de textes sous la direction sévère d'Erza qui, si elle ne manquait pas de verve quand elle récitait ses propres répliques, n'arrivait pourtant pas pour autant à leur insuffler l'impulsion joyeuse dont ils manquaient. Elle était stricte. Tout autour d'elle était régulé, minuté. Erza régissait chaque mouvement avec la minutie qui la caractérisait.
Cana avait de plus en plus l'impression de manquer d'air. Si la pièce l'avait initialement amusée, elle oubliait de plus en plus de se rendre aux rendez-vous réguliers que leur imposait leur amie. Les conversations auxquelles l'invitaient Macao et Wabaka l'intéressaient maintenant plus que l'avancée de la préparation des décors ou la répartition des rôles entre les machinistes.

Les deux mages étaient récemment revenus d'une mission délicate et se montraient très satisfait de profiter à nouveau du confort de Fairy Tail. Ils buvaient bière sur bière, lui proposant parfois une gorgée de leur boisson. La première fois, le goût amer lui avait déplu, mais elle commençait à se dire que ce n'était pas si terrible que ça. Certainement moins terrible que les sermons d'Erza, en tous cas.

Une après-midi, Macao lui demanda pourquoi tous les enfants avaient soudain disparu. « Au théâtre, sans doute, » marmonna-t-elle en haussant les épaules. Ils travaillaient dessus depuis une semaine, elle avait depuis longtemps perdu toute motivation et leur raconta les grandes lignes de l'histoire d'une voix assez morne. Malgré son propre manque d'enjouement, ils furent aussitôt acquis au projet. Wabaka se leva d'un bond quand elle leur fit comprendre qu'elle ne se rendrait pas à la répétition, très vite rejoint par un Macao survolté. Ils se saisirent chacun d'un de ses bras ils la portèrent vers la cour où s'étaient réunis les autres enfants.
En chemin, ils croisèrent Mira, dont les commentaires moqueurs les accompagnèrent jusqu'à la grande porte. Cana, les pieds battant l'air, rougit sans savoir quoi répondre, mais Wabaka, en la dépassant, fit s'échapper un filet de fumée de sa pipe. Il s'étala en une nasse qui l'enveloppa sans qu'elle pût réagir, et la tira à leur suite. « Pourquoi n'es-tu pas avec les autres, Mira ? » demanda Macao sans se retourner. La jeune fille cessa un bref instant de se débattre pour leur répondre sèchement qu'elle n'en voyait pas l'intérêt.

« Ah, je vois, s'étonna Wabaka. C'est parce que tu as peur de ne pas être à la hauteur ? »

La réflexion eut un effet drastique. Mira cessa soudainement de s'agiter. Cana tourna la tête juste à temps pour la voir poser les pieds fermement au sol et tirer avec force sur le filet qui l'enveloppait. Soudain tiré en arrière, Wabaka manqua de s'effondrer. Il laissa échapper le bras de Cana, qui n'évita elle-même de chuter que grâce à la rapidité des réflexes de Macao. Quand elle redressa, Mira était déjà à hauteur de son adversaire, qu'elle attrapa par le col, son regard le plus déterminé au visage.

« Tu ne vois rien du tout. »

Elle le lâcha et le contourna lui sans plus se préoccuper de la fumée qui partait en arabesques évanescentes autour d'elle. Wabaka mit un instant à se remettre de son émotion puis éclata de rire, accompagné bientôt de Macao. « Ce caractère ! » s'exclama-t-il après s'être calmé.

Cana rejoignit enfin la réunion, mais personne ne la remarqua. Mira était déjà là, les regards étonnés des jeunes mages fixés sur elle.
Elle se saisit d'un geste brusque du texte que tenait Gray en main, et le parcourut des yeux dans le silence.

« Je veux bien le rôle d'Atashi, » annonça-t-elle après un instant.


Voilà-voilà ! J'ai essayé de rendre le changement de perceptive sensible dans la narration, qu'en pensez-vous.

Sinon, certains d'entre vous connaissent ma théorie sur la relation entre Cana et Elfman… C'est ici que tout commence. Je reviendrai souvent au pov de Cana, parce que j'aime beaucoup ses rapports avec les Strauss et qu'il faut bien que je développe son amitié avec Elfman ^^

Sinon, sachez que je retiens un très mauvais jeu de mot sur le démon démiurge/des murges.

N'hésitez pas à me laisser votre avis, même en quelques mots :)