Eeeeet on reprend une partie « aventure » un peu plus longue, comme Minotaure, même si je vais mettre un peu de temps à l'installer. Je crois qu'elle durera six chapitres environ.

Sinon, vous savez maintenant que j'aime bien les chiffres inutiles. Donc voilà, cette semaine, cet fic a atteint le nombre de lectures de mon premier OS, posté en juillet, je crois, trois mois et cinq chapitres après la publication de l'intro. Je ne me suis jamais vraiment remise du succès de ce premier OS et ces données confirment mon étonnement ^^

Bonne lecture !


On reconnaissait Fairy Tail de loin. Son imposante bâtisse n'échappait pas plus à l'œil que les cris qui s'en élevaient à l'oreille. Quand il rentrait de mission, c'était à ces sons familiers qu'il aimait le plus se repérer. Il fermait les yeux et laissait la vie de sa guilde le guider jusqu'à la grande porte. Les trois marches qui rompaient le tracé égal du chemin elles-mêmes ne le faisaient plus trébucher, tant il les avait parcourues. Il s'arrêtait à quelques pas de l'entrée, à l'endroit où l'odeur d'un repas tentait timidement de refouler les lourds effluves de la nature, où gratins et rôtis s'annonçaient au milieu des odeurs de l'herbe et des fleurs.

Il ouvrait les paupières pour enfin laisser les couleurs chaudes du bâtiment lui souhaiter la bienvenue. En s'emplissant ainsi les sens, il se confortait dans l'idée de son retour. Sa maison s'inscrivait en lui, sa famille cessait d'être un souvenir pour redevenir un fait vibrant quand enfin Fairy Tail faisait flotter autour de lui ses impressions propres.

On connaissait son rituel, à la guilde. On le laissait faire sans le déranger. Les mages avaient appris à ne le saluer qu'une fois qu'il avait passé le seuil.
Ce jour-là, pourtant, personne ne l'apostropha. La grande salle était pleine, mais les voix se turent à son approche, et les mages le regardaient maintenant, un air incertain sur le visage.

Le jeune Nab fronça les sourcils et, le premier, demanda : « C'est bien toi, Fabriz ? »

Le vieux mage était intrigué. Jamais il n'avait été accueilli ainsi.

« Pourquoi ne serait-ce pas moi ? demanda-t-il de sa voix douce.

-Hahaha ! s'esclaffa soudain Guildarts de l'autre bout du hall. Fabriz ! Avec tes petites manies, tu serais bien la cible idéale ! Désolé, je ne t'avais pas vu ! »

Il se leva et le rejoignit à grandes enjambées. Plus perturbé que jamais, Fabriz le laissa lui serrer vigoureusement l'épaule. L'ambiance avait quelque chose d'inhabituellement lourd, de méfiant.

« Tu n'es pas au courant, n'est-ce pas ? »

Le sourire de Guildarts se perdait jusqu'au coin de son oeil. Frabriz secoua légèrement la tête, provoquant un gloussement d'anticipation chez son ami.

« Allez, viens t'asseoir. Je te raconte. Une bière ? Tu as faim ? Je te conseille le ragoût, une merveille comme on n'en fait plus. Mets-toi à l'aise, c'est une sacrée histoire. »

Les événements semblaient avoir commencé avec Erza, même s'ils ne s'en étaient pas rendu compte à l'époque. Ils avaient mis le comportement étrange de la petite sur le compte de son excentricité, lui expliqua Guildarts avec enjouement.

La petite fille avait pris l'étrange habitude de répéter nombreuses de ses actions sans raison apparente. Elle revenait un matin de mission, des anecdotes pétillantes plein la bouche, puis disparaissait pour plusieurs heures. A son retour, elle racontait avec entrain les mêmes détails et s'étonnait que personne ne s'intéresse plus à ses aventures. Ils s'étaient honnêtement dit qu'elle traversait une de ses phases. Après tout, pensaient-ils, on ne savait jamais avec elle. Erza n'était pas toujours une enfant rationnelle.

Ils avaient commencé à se faire du souci pour elle quelques semaines plus tard, quand son étrange habitude s'était aggravée. Erza avait toujours aimé les sucreries, mais elle savait respecter les limites que Gudrun, qui veillait à l'alimentation des enfants, lui imposait. Récemment, pourtant, elle s'était prise à lui demander une part de gâteau plusieurs fois par jours. Quand la cuisinière lui refusait une nouvelle tranche, elle faisait mine de ne pas comprendre pourquoi.
On avait vu la fillette prise de rages folles qui glaçaient la guilde, on l'avait vue éclater en sanglots, mais dernièrement elle s'était mise à s'accroupir très calmement au pied d'un pilier, presque résignée. Elle levait et baissait mécaniquement ses doigts, comme pour les compter, et marmonnait en boucle : « J'ai eu mon fraisier. Il est dans mon ventre. Son goût. Dans mon ventre. J'ai eu mon fraisier. Il est dans mon ventre. »

L'adolescente semblait de plus en plus dérangée, son état les inquiétait sérieusement.
Un jour, la femme de Wabaka vint à la guilde et l'intima devant toute l'assemblée à se dépêcher de rentrer et s'en alla aussitôt, laissant la porte ouverte derrière elle. C'était une dame imposante, tout le monde savait qu'il la craignait autant qu'il l'avait aimée avant que leur mariage ne transforme la douce fiancée en une matrone autoritaire. Il s'empressa donc vers la ville sous les rires moqueurs de ses compagnons. Son épouse, pourtant, l'accueillit très froidement quand il arriva au foyer. Elle ne l'avait pas appelé – quelle raison aurait pu la pousser à monter chez les fous ? Il la dérangeait. Il faisait mieux de retourner boire ailleurs s'il n'était occuper à gagner leur vie. Wabaka, bien entendu, était rentré, penaud. Guildarts avait les larmes aux yeux en racontant qu'il était resté sur le qui-vive toute l'après-midi, sursautant dès que s'élevait un timbre féminin dans le hall.

A partir de ce jour, les victimes s'étaient enchaînées. On avait vu Natsu faire des bêtises à deux endroits de la ville au même moment, Reby, sans le savoir, emprunta la moitié des livres de la bibliothèque communale et dut les rapporter dizaine par dizaine, incapable de tous les porter, et Gray affirma s'être croisé lui-même quand il s'entraînait au bord du canal.

Ivan monta un jour à la guilde, l'air particulièrement irrité, pour demander au Maître au nom de quelle folie il avait décidé d'envoyer un gamin le sommer – un gamin que Makarov, naturellement, n'avait jamais dépêché.

Cela ne pouvait plus durer, conclut Guildarts, qui avait pourtant l'air de penser le contraire. Tous les mages se jaugeaient avec suspicion quand ils se croisaient. On appréciait la blague tout en craignant d'en faire les frais et, surtout, on commençait à se demander d'où venait le problème.

Peut-être s'agissait-il d'une attaque sournoise d'une guilde ennemie pour semer la zizanie au sein des membres, estimaient maintenant certains mages. Karen avait émis l'hypothèse d'un plat mal concocté ou conservé qui leur faisait partager des hallucinations collectives. Gudrun en avait été si offensée qu'elle refusait toujours de la servir.

Le Maître lui-même semblait prendre la situation au sérieux, même s'il ne paraissait pas réellement inquiet. En levant la tête, Fabriz le vit scruter la guilde du regard depuis la rambarde du premier étage. Quand leurs regards se croisèrent, Makarov lui octroya un clin d'oeil complice.

De mémoire, jamais Fabriz n'avait rien vu de semblable. Plusieurs mois de ce régime avaient laissé une empreinte très nette sur Fairy Tail. On ressentait l'incertitude des membres jusque dans leurs moindres échanges. Quand il pénétrait le hall, il voyait les regards s'attarder sur sa démarche. Les oreilles suivaient le bruit irrégulier que son déhanchement donnait à ses pas, cherchant à repérer une erreur dans sa cadence. Mais le sosie n'en commettait pas. C'était un fait assez fascinant. Il arrivait qu'une personne soit repérée en deux endroits. On la confrontait, mais même alors, il était impossible de la distinguer de son imposteur. Les réponses des deux répliques étaient également plausibles et légitimes. Force était de constater le talent du plaisantin.

Fabriz ne pouvait s'empêcher de contempler les interactions ainsi faussées avec admiration. Plus le temps passait, plus il comprenait l'amusement de Guildarts. Observer la rumeur gonfler autour des allées et venues des cibles préférées des Sosies était devenu un des passe-temps préférés des deux anciens. Ils ne l'admettraient pas ouvertement, mais ils reportaient l'un comme l'autre leur prochain départ sous divers prétextes pour prolonger ce petit plaisir.

Un avis de recherche avait bien attiré le regard de Guildarts, qui était à Magnolia depuis maintenant près d'un mois, mais il hésitait à prendre la mission. Makarov leur donnait l'impression d'être à deux doigts d'élucider le mystère. « Rien que ce matin » – commença-t-il avant de s'interrompre brusquement.
Beaucoup d'adultes avaient profité du temps idéal pour partir en mission, laissant le hall entièrement vide, mais un groupe d'enfants rentrait maintenant, affamés par leur visite au bord du lac. Guildarts souligna son silence soudain d'un clin d'œil de connivence.

La grande salle s'emplit de leur tapage chaleureux. Comme toujours avec eux, c'était à crierait le plus fort, tomberait le plus loin. Le ton montait essentiellement autour de Gray et Cana. Ils élevèrent la voix jusqu'à ce que le sujet de leur dispute soit évident pour tous. Fabriz réprima un sourire enjoué. Il voulait manger du poulet, elle du poisson. Quand Reby et ses petits amis partagèrent leur opinion sur la question, la chicane dégénéra en empoigne générale.

Erza poussa un long soupir qui suffit à glacer la marmaille.

« Pitoyable, dit-elle. Vous n'êtes même pas capables de vous laver les mains et d'attendre la distribution des assiettes. Gray, Cana ! Vous savez bien que vous ne choisissez pas le menu. Natsu ! Si tu ne te calmes pas tout de suite, c'est moi qui te calmerai. Elfman ! Ce n'est pas parce que les autres se battent que tu dois les imiter. »

Elle se tut et passa un regard sévère sur le cercle bigarré de bras et de têtes entremêlés. Les enfants se dispersèrent brusquement et la plupart se rua avec empressement vers les toilettes, d'où s'éleva alors le bruit de leurs rires et des éclaboussures de l'eau. Fabriz et Guildarts échangèrent un nouveau regard amusé. Les enfants étaient à la fois si prévisibles et inattendus.

Erza détourna son attention de ses protégés pour demander une pâtisserie du ton poli et guidé qui lui était coutumier. Gudrun, occupée à tendre les premières portions à ceux qui s'étaient déjà attablés, lui répondit distraitement de se servir. La jeune mage se saisit du grand couteau à tartes, mais une voix grondante interrompit son geste :

« Mirajane Strauss ! »

Tout le monde s'immobilisa, aussi impressionné qu'interloqué par l'intimation du Maître. Seule Lisana osa, après quelques instants, énoncer l'évidence :

« Mais… Maître… Mira n'est pas là.

- Transforme-toi, Mirajane, fut la réponse impérative. »

Il y eut un flottement incertain. Personne ne dit rien, mais tous les yeux suivirent le regard du Maitre et se posèrent sur Erza. Le visage de l'adolescente était fermé dans une moue mécontente. Après un instant, sa peau sembla soudain gondoler comme si des milliers d'insectes invisibles s'étaient mis en mouvement sur son visage et ses bras. Soudain, sans qu'aucun enfant ne sût expliquer comment, Mira se retrouva dans l'armure d'Erza.

C'était un spectacle désopilant pour les deux adultes qui tentaient de faire mine de rien depuis leur table au fond de la salle. Ils se doutaient depuis longtemps que la farce n'était pas l'œuvre d'un ennemi de la guilde – ils avaient plusieurs paris en cours sur l'identité du coupable et, si Mirajane ne leur était jamais venue à l'esprit, ils s'accordèrent à murmurer que c'était pourtant évident. La gamine avait un esprit rebelle et un pouvoir grandissant qui s'accordaient bien dans cette blague. Contrairement aux enfants, muets de surprise, ils pouvaient savourer tout le comique de la situation avec recul. L'armure était à la fois trop large et trop courte pour la jeune fille qui la portait maintenant, lui découpant une silhouette gauche, disproportionnée.

La jupe qu'elle portait bâillait autour de ses jambes trop fines. Elle haussa un sourcil sceptique sur son atour et retint de la main l'étoffe qui menaçait de glisser de ses hanches, puis un releva la tête, posant un regard assuré sur Makarov.

« Transformation de niveau deux, n'est-ce pas ? demanda-t-il, badin.

- Comment m'avez-vous repérée ?

- A ton empreinte magique, bien sûr. J'aimerais que tu prennes l'habitude de me mettre au courant des avancées de ta magie au lieu de garder de tels progrès pour toi. Je n'aime pas beaucoup ce genre de petits secrets. »

Une expression déterminée, pleine de défi, s'inscrivit sur les traits de Mirajane. Il était clair qu'elle avait décidé qu'on ne la reprendrait plus sur cette faiblesse et qu'elle réfléchissait déjà à améliorer son coup.

« Impayable, » murmura Guildarts, qui réfrénait maintenant à grand-peine son hilarité. La détermination bravade de la jeune mage, le contraste entre la résolution sur ses traits fins et son attirail hétéroclite s'accumulaient pour rendre cette situation mémorable. Devoir réprimer leurs rires accentuait encore leur joie. Ils se sentaient presque jubiler.


Voilà ! Comme toujours, votre avis m'intéresse, qu'il soit construit ou non !