Bonjour ! Et bonne année à tous !

Désolée du temps qu'a mis ce chapitre à paraître. Je suis partie en vacances en oubliant la clef usb sur laquelle je l'avais enregistré.

Encore quelques épiphénomènes autour de la blague de Mira, puis nous partirons enfin vers le Bois Gris.


Erza était incertaine. Le gâteau qui trônait devait elle était absolument magnifique, cerclé d'une couronne de fraises qui supportaient une crème mousseline dont l'enivrante odeur vanillée lui montait à la tête. Le nappage rose qui surmontait le tout achevait de la titiller. La tentation était presque une torture. Mais il y avait le regard que lui lançait Mira, les bras croisés qu'elle maintenait fermement contre sa poitrine, le pli mécontent au coin de sa bouche et le froncement de ses sourcils.

La rage froide de la jeune fille était palpable. L'aura qu'elle dégageait devait se ressentir jusqu'à l'entrée de la guilde, pourtant, contre son habitude, elle restait calme – implacablement calme. Elle tenait ses prunelles expressives fixées sur Erza et la pâtisserie que le Maître l'avait poussée à lui offrir en guise d'excuse pour ses actions récentes.

« Bon appétit, dit-elle finalement d'une voix robotique. Excuse-moi d'avoir pris ta forme auprès de tes camarades. »

Elle se retourna très brusquement et quitta la guilde sans plus dire un mot, refermant derrière elle la porte magistrale d'un geste brusque. Le silence sembla résonner dans le hall, se réverbérer contre les murs crêpés dans un écho maladif. Makarov le brisa d'une voix joyeuse :

« Hé bien ! Ca s'est mieux passé que je ne l'espérais ! Pourquoi ne pas goûter et nous dire ce que tu en penses, Erza ? »

Le trouble d'Erza devint frayeur. Mira n'avait pas prononcé un mot de plus que nécessaire, pas esquissé un geste de menace. C'était si éloigné de ses habitudes. Chien qui aboie ne mord pas, disait-on souvent à son sujet pour se rassurer, quand elle était d'humeur particulièrement sombre. Ce calme n'augurait rien de bon. Si leurs disputes démonstratives étaient des jeux d'enfants, ce silence n'était-il pas sa première réelle déclaration de guerre ? Peut-être – peut-être avait-elle empoisonné le chef-d'œuvre culinaire qu'elle avait été contrainte de préparer ?

« Courage, » s'exhorta la mage. Il y avait pire mort que le décès par fraisier.

Elle prit la part de gâteau que lui tendait le maître de Fairy Tail en le remerciant d'une voix vacillante. Nombreux la crurent submergée par l'émotion que lui causait la beauté de la pâtisserie. Et ils n'avaient pas tort, bien entendu, ce gâteau le méritait. De la fourchette, elle coupa une première bouchée. La crème, ferme et mousseuse à la fois, se fendait sous la pression du métal. Les fraises – oh, les fraises ! – s'écrasaient légèrement avant de se laisser diviser. Puis la galette craqua. Elle craqua. Erza entendit l'entendit autant qu'elle le sentit. Le bruit étouffé par la garniture, la base qui résistait à la force légère qu'elle lui appliquait et qui soudain céda et ouvrit à la coupe le tendre moelleux de sa pâte. Un instant encore et ces textures seraient siennes, deviendraient goûts en son palais.
Erza n'en pouvait plus d'attendre. Elle précipita la nourriture à sa bouche – et crut se perdre.

C'était parfait. Un instant, ce fut comme si son existence se limitait aux saveurs qui se diffusaient entre ses dents, qui se pressaient, se diluaient en elle.

Sens. Echos. Le goût tendre durait et se perdait tout à la fois, agitait encore ses papilles quand elle eut dégluti. Erza essaya de se remettre. Elle leva les yeux vers le Maître qui l'observait dans l'expectative.

« Une merveille. »

Le verdict était évident. Ne pas le reconnaître eût été un mensonge éhonté.

Quels que fussent les défauts de Mira, quelle que fût la rancune qu'elles se tenaient, elle venait de renverser son monde. C'était une artiste. Une visionnaire. Erza prit une nouvelle bouchée. Nouvel instant d'épiphanie.
Elle se releva d'un bond : « Je dois la remercier. »

Lisana, qui la regardait déguster avec intérêt, sembla étonnée.

« Heu… Erza, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

- Mais je dois la remercier ! Elle doit savoir que son travail n'a pas été vain ! Que j'ai su aller au-devant de son œuvre !

- Je ne suis pas vraiment sûre que ce soit une bonne idée, répondit la petite fille, encore plus dubitative. Si… Si tu veux, je pourrai lui dire que tu l'as complimentée. »

Erza n'était certaine que les mots maladroits de Lisana sauraient exprimer l'expérience qu'elle avait traversée, mais Wabaka, surgi de nulle part, s'installa à côté d'elle et, passant le bras autour de ses épaules, la força à s'asseoir elle-aussi.
« Voyons, voyons, » dit Macao en lui servant une nouvelle portion de gâteau qu'elle accepta et entama sans même s'en rendre compte, « ne va pas ennuyer Mira avec ça. Je suis sûre qu'elle sait très bien à quel point c'est bon.

- Bon ? Bon ! Quelle injustice ! »

Wabaka la fit taire en lui glissant une nouvelle cuillérée en bouche.

« Chut, reste calme.

- Nous avons besoin de Mira, et tu vas rester très sagement aussi loin d'elle que possible.

- Exactement. En fait, elle ne va plus te voir avant d'avoir accepté notre mission

- Voilà. Donc tu vas finir ton gâteau, et tu vas sagement quitter la guilde. Regarde, je t'ai trouvé une magnifique quête dans les Hameaux Venteux. Savais-tu qu'il y avait là un magnifique musée d'histoire médiévale ? »

Le regard d'Erza passait de l'un à l'autre. Elle ne savait pas exactement ce qu'il lui arrivait, mais elle avait la désagréable impression de ne pas avoir de prise sur la conversation, même si la soudaine familiarité de deux adultes la touchait. Le bras de Wabaka n'avait pas quitté son épaule. Macao penchait légèrement la tête en s'adressant à elle d'une voix douce. Ils se montraient rarement aussi amicaux avec elle.
Ne comprenant pas ce qui les prenait, Erza rougit violemment en hochant la tête avec une timidité inhabituelle. Elle avala une énorme bouchée de crème et de fraises et demanda « ah bon ? » d'une petite voix. Elle laissa l'homme lui présenter un ordre de mission froissé et lui énumérer par le détail les pièces de la collection du musée pendant qu'elle lisait les directives de la quête. Ce n'était rien de très intéressant, une simple mission alimentaire comme il y en avait tant. Mais les noms que lui susurrait Macao éveillaient son imagination.

« Le forgeron céleste ? Kion Zéphyr ?

- Mais oui, ses ateliers sont à l'origine de la prospérité de la région, tu ne le savais pas ? »

Wabaka et lui échangèrent un regard complice. L'affaire allait bon train. Erza était aussi facile à convaincre qu'ils l'avaient soupçonné. Ils pourraient bientôt la déposer à la gare sans qu'elle ne résiste aucunement. Le terrain serait alors libre. Ils se doutaient qu'amadouer Mira demanderait beaucoup plus de travail. Les punitions du Maître l'avaient réellement remontée. Elle en avait accepté une part avec philosophie, mais devoir cuisiner pour Erza lui restait à l'évidence autant en travers de la gorge que l'interdiction d'utiliser la magie dans l'enceinte de Magnolia pour un mois.
Il serait difficile de la convaincre de les appuyer dans la mission qu'ils avaient acceptée. Envoyer sa rivale au loin était presque une condition préalable à leurs plans.

Heureusement pour eux, la jeune fille était subjuguée par le programme qu'ils lui proposaient. Elle parlait maintenant de libérer de ses ennemis le sol foulé par Kion Zéphyr. Ils se turent, observant l'effet de leurs paroles. Erza demanda à Gudrun d'emballer les restes de son gâteau et partit préparer ses bagages :

« Je dois empaqueter deux ou trois petites choses, je serai de retour d'ici quelques minutes. Ah, comme un voyage doit passer vite si on mange ce délice en route ! »

La vieille cuisinière marmonna quelque chose sur sa santé et, sans demander l'avis de quiconque, coupa la pâtisserie en deux, rapportant à la cuisine le morceau le plus large. Erza, dans son empressement, ne remarqua toutefois rien. Deux heures à peine après avoir reçu son fraisier, elle était assise dans le premier train vers l'est.

Quand elle quitta la guilde, Cana s'appropria la place qu'elle avait occupée un instant auparavant.

« Je ne comprends pas qu'on puisse se faire manipuler comme ça, constata-t-elle avec un large sourire. Comment peut-elle ne rien remarquer ? Vous m'expliquez le but de cette scène ? »

D'un geste, Macao commanda trois bières. Cana était de bonne compagnie. Elle se taisait souvent, mais elle savait écouter et son humour pince-sans-rire éclairait toujours la conversation.

Ils lui rappelèrent donc la mission d'infiltration qu'ils avaient accomplie récemment, une enquête sur un clan thaumaturge capable d'invoquer des esprits qui avait annoncé que la colère des morts s'abattrait sur un village si les habitants ne respectaient pas leurs caprices irrationnels. L'employeur leur demandait de vérifier sans se faire remarquer la base sur laquelle se fondaient leur influence et leur pouvoir.

Ils avaient rapidement pu découvrir que seul un des chamans avait une réelle maîtrise magique. Les autres montaient autour de lui un impressionnant décorum face auquel les citoyens superstitieux perdaient toute contenance.

Leur employeur avait été très satisfait des résultats.

« Mais bon, il ne savait pas que la chance est notre plus grand pouvoir, » commenta Wabaka en levant sa chope. Ils trinquèrent et reprirent la narration :

« Du coup, il a de nouveau fait appel à nous… Pour une vraie mission d'infiltration, cette fois, un truc où on doit gagner la confiance d'une bande de brigands, monter la hiérarchie et localiser les quartiers de leur insaisissable chef, que les chevaliers runiques n'ont toujours pas découverts après six mois de recherches. Tu vois le genre. Le nouveau pouvoir de Mira serait une belle pirouette pour se sortir de cette situation. »

Ni l'un ni l'autre n'avait envie de rester plusieurs semaines sous couverture, et, s'ils étaient honnêtes, ils n'étaient pas sûrs de faire des bandits crédibles.

Cana devait être d'accord avec eux, puisqu'elle faillit recracher sa bière et ne retint son rire qu'à grand peine quand ils lui eurent décrit le groupe qu'ils étaient supposés infiltrer.

« Ce n'est pas la peine d'en faire un plat pareil, grommela Macao, vexé.

- Attends, mais attends ! Prends une fois l'air menaçant, juste pour voir ! »

Les larmes de rire de la fillette faisaient plaisir à voir. Pour une raison qu'ils ignoraient, elle avait été assez sombre récemment, n'adressant plus la parole à quiconque sans être d'abord abordée. Elle avait même disparu pendant plus de douze heures le jour de la fête de départ de Guildartz, elle qui ne refusait jamais un verre. Si leur ridicule lui rendait sa bonne humeur, ils s'en réjouissaient.

Wabaka commanda trois nouvelles bières. Quand elles arrivèrent, Cana reprit ses esprits :

« Donc vous avez besoin de Mira et vous essayez d'aplanir le terrain en chassant Erza ?

- Exact, répondit Macao en levant le verre à ces mots.

- Quand vous négociez avec elle, rappelez-lui que c'est l'occasion de fuir son interdiction d'utiliser la magie.

- Négocier avec qui ? »

Tous trois s'immobilisèrent aussitôt. C'était la voix de Mira. Ils tournèrent la tête d'un même mouvement. Elle se tenait au bout de la table, un sourcil levé, un sourire sarcastique aux lèvres, et appuya ses mains sur le bois massif pour se pencher vers eux avec une expression faussement interrogative.

« Mira, l'accueillit Wabaka d'une voix inhabituellement enjouée, je… nous… nous parlions justement de toi…

- Vraiment ? Amusante coïncidence, n'est-ce pas ? »

Cana réprima alors un sourire. MiraElle s'amusait visiblement de la situation et ne comptait pas s'énerver. Sans doute avait-elle entendu son dernier argument et désirait-elle déjà accompagner les deux mages dans leur mission. Elle pouvait aussi simplement vouloir s'égayer quelques minutes à leurs dépens, mais ça ne lui semblait pas grave non plus.


Vous savez qu'il m'arrive de lutter avec quelques belgicismes. En soi, ça ne me dérange pas de les utiliser, mais je dois penser à leur effet sur des lecteurs essentiellement français. Sachez que j'ai eu beaucoup de mal à censurer « Attends, mais attends ! Prends l'air menaçant une fois, juste pour voir ! » en me disant que ce serait beaucoup trop cliché.

Comme toujours, les reviews me font plaisir, je ne me lasse pas de les recevoir et d'y répondre ^^