Durant l'échange entre les deux frères, personne n'avait osé bouger. Ils étaient tous trop étonnés par ce qui se passait sous leurs yeux. Certains avaient préféré ne pas les couper, connaissant bien le caractère des deux garçons. Si on l'avait coupé dans sa conversation, Ron se serait encore plus énervé, et aurait sûrement finit par donner un coup de poing à la personne qui avait osé le déranger. Quant à Fred, celui-ci était un peu moins violent, et il se serait énervé aussi, mais serait sorti de la maison, pour ne plus adresser la parole à sa famille pendant minimum deux semaines. Ils savaient tout ça.
Ces deux situations étaient déjà arrivées au Terrier. Ron avait été dérangé dans une "dispute", à propos d'un jeu d'échec qu'il faisait avec Ginny, celle ci prétendant qu'il trichait, et George, qui les avaient dérangé, s'était pris un coup de poing. Ils avaient alors 15 et 17 ans. Quant à la situation de Fred, c'était cette fois-ci Charlie qui avait fait une réflexion assez mal placé. Fred l'avait mal pris, s'était énervé, et n'avait adressé la parole à personne à part George durant plus d'un mois. Il avait, à ce moment, 15 ans.
Ces deux événements étant restés dans la mémoire de tout le monde, personne n'avait osé rien dire.
Ron soupira une nouvelle fois, et s'avachit mollement sur sa chaise,
«Et quoi?! Tu vas rester là? Lui fit remarquer Ginny.
- Qu'est-ce que tu veux que je fasse?
- Ron, tu sais que je t'adore, hein, ne crois pas le contraire. Mais là, tu as vraiment l'attitude d'un véracrasse handicapé. Fit remarquer à son tour Harry.
- Mais...
- Mais bon sang! Le coupa Molly, surprenant tout le monde. Va donc voir Hermione! La pauvre petite, vous devriez vraiment parler.»
Ron chercha autour de la table un regard qui pourrait le soutenir, mais n'en croisa aucun. Il se leva alors brusquement, marmonnant des choses incompréhensibles dans sa barbe inexistante, et sortit en prenant soin de claquer la porte, faisant partager sa mauvaise humeur.
En sortant, Fred se mit à courir après Hermione en l'appelant. Il la trouva à l'autre bout du jardin, adossé contre le tronc de l'arbre le plus gros. Tête dans les mains, elle ne bougeait pas du tout.
Il se rapprocha d'elle, et, comme si ce geste était devenu naturel, il la prit dans ses bras. Elle ne protesta pas, et se laissa aller à pleurer encore, tête posée sur le torse du rouquin.
Lorsque ses sanglots disparurent, elle se recula un peu, de façon à pouvoir plonger les yeux dans ceux de Fred.
«Je suis vraiment désolée. S'excusa-t-elle. Tu dois vraiment en avoir marre de me récupérer en pleures à chaque fois qu'on vient ici. Essaya-t-elle de rigoler.
- Hermione, je... C'est moi qui suis désolé. Je n'aurais pas dû...
- Non, non. C'est de ma faute. Ses yeux se remplirent de larmes une nouvelle fois . A cause de moi, tu te fâches avec ton frère et... »
Un raclement de gorge vint la couper dans sa phrase. Ils se retournèrent tous les deux d'un même mouvement, surpris, et découvrirent Ron, les yeux fixés au sol.
«Je peux te parler Hermione? Demanda-t-il, sans aucune confiance en lui.»
Hermione aussi hésitait. Devait-elle vraiment rester seule avec lui, au risque de se faire encore insulter? Et puis, que voulait-il lui dire? Il allait sûrement lui reprocher une nouvelle fois sa "relation" avec Draco. Devait-elle accepter ? Oh, et puis, tant pis. Si cette conversation n'avait pas lieu maintenant, elle n'aurait jamais lieu.
Avant qu'elle ne réponde, Ron reprit la parole, apercevant l'hésitation chez son amie.
«Fred peut rester. Précisa-t-il. »
Elle acquiesça. Ils devaient avoir cette conversation. Ils allaient avoir cette conversation. Avec ou sans Fred. Mais maintenant que Ron avait précisé qu'il pouvait rester, mieux valait qu'il reste.
Voyant que Hermione avait pris sa décision, Fred commença à partir, se sentant un peu de trop. Mais la brune lui attrapa la manche, l'empêchant de faire un pas de plus. Il tourna sa tête vers elle, lui offrit un petit sourire en voyant son regard presque suppliant, et prit sa main dans la sienne.
Ron resta un petit peu silencieux. Il pensait que son amie aurait préféré avoir une conversation seule à seul avec lui, mais il s'était apparemment trompé. Il secoua la tête, pour faire partir ses pensées, et pris enfin la parole.
« Écoute Hermione. Je ne sais pas comment exactement on en est arrivé à ce stade, mais j'aimerais que tout redevienne comme avant. Commença-t-il, incertain. Je suis vraiment désolé de la réaction que j'ai eu l'autre jour. Et aussi si je t'ai fait des remarques blessantes.
Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je... Si. En fait, je sais. Se reprit-il. Tu sais, 'Mione, quand je dis que j'aimerais que tout redevienne comme avant, je veux dire, avant tout ça. Avant ton départ, avant cette satanée bataille. Comme durant nos années à Poudlard. Expliqua-t-il.
Et je ne vais pas dire que je ne t'en veux pas, parce que je mentirais. Je t'en veux pour bien des choses. Je t'en veux d'être partie comme ça, sans donner de nouvelles. Je t'en veux de réapparaître comme s'il ne s'était rien passé, sans donner d'explication. Je t'en veux d'être devenue amie avec Malfoy. Je t'en veux aussi d'habiter chez mes frères, de travailler pour eux, alors que tu pourrais faire beaucoup mieux. Entre autre. Parce qu'il y en a d'autres. Énuméra-t-il.
Mais tu as été ma meilleure amie. Et tu l'es encore. Et je t'adore pour beaucoup plus d'autre choses. Ces choses qui font que tu es toi. Il lui offrit un petit sourire.
Et la Hermione que je connaissais avant tout ça me manque. Même si c'était une miss-je-sais-tout, même si elle était insupportable parfois. Je sais qu'elle est toujours là. Parce que mon crétin de frère m'a fait comprendre que si je ne la voyais pas, c'est parce que je n'arrive pas à oublier toutes ces choses.
Et j'ai besoin de cette Hermione Granger. De cette miss-je-sais-tout... Alors je vais essayer de faire l'impasse sur toutes ces choses. Je vais essayer d'oublier tous ces détails inutiles Rougit-il.
Et même si elle n'est plus là, je sais que la nouvelle Hermione me plaira. Parce que tu restes Hermione. Finit-il. Ma meilleure amie. Et parce que je t'aime.»
Hermione ne bougea pas. Elle était étonnée, touchée, par la façon dont Ron venait de lui parler. Par l'honnêteté qu'il avait mis dans cette tirade. Elle ne le pensait pas capable de telles paroles. Les larmes revinrent, et elle offrit finalement un grand sourire à son ami, avant de lâcher la main de Fred, pour se jeter dans les bras de Ron.
«Je suis tellement, tellement désolée pour tout ça. Lui dit-elle doucement. Si tu savais comme je m'en veux...
- Hermione Granger, vas tu te taire? Sinon tu vas me faire changer d'avis. Rigola Ron. »
Il la serra plus fort qu'il ne le faisait déjà, et fit un petit signe de tête à son frère, en y ajoutant un sourire, pour le remercier.
Celui-ci avait observé la scène d'un œil attentif. Il avait bien sentit la main d'Hermione serrer la sienne lorsque Ron énumérait toutes ces choses pour lesquelles il lui en voulait. Il l'avait sentit la serrer encore plus lorsque son cadet finissait de parler. Il avait aussi été surpris par le "je t'aime" de la fin. Et attendrit par la façon dont Hermione s'était jeté dans les bras de son frère.
Le "je t'aime" l'avait quand même assez surpris. Après tout, Ron et Hermione n'étaient-ils pas censés être de simples amis? Il avait senti un pincement au cœur, après ça, lorsque la jeune brune s'était lancée dans les bras de Ron.
Ils restèrent quelques minutes dans les bras l'un de l'autre, sous le regard mi-surpris, mi- attendri de Fred. Ils se séparèrent lorsqu'ils entendirent quelqu'un se diriger vers eux. Ron fut le premier à réagir, et défit son emprise sur Hermione, avant de lui déposer un léger baiser sur la joue. Ils se tournèrent vers le bruit de pas, et découvrirent la silhouette du survivant se diriger vers eux.
Lorsque celui-ci vit ses deux meilleurs amis si proches, un grand sourire apparut sur son visage et il se mit presque à courir vers eux, afin de les prendre à son tour dans ses bras.
«Je suis content que ça se soit arrangé entre vous! Leur dit-il.»
Hermione se détacha des deux garçons, et les regarda avec sérieux.
« Les garçons, je suis vraiment désolée. Si vous avez quelque chose à me dire, à me reprocher, je préfère que vous me le disiez. Je sais que c'est dur pour vous de ne rien savoir mais... Elle inspira, hésitante. Mais je préfère garder ça pour moi pour le moment.
- On ne t'en veut pas. Après tout, c'est ton choix de ne rien nous dire. Et puis, si tu veux nous en parler un jour, tu sais qu'on sera là. Et pour n'importe quoi. Lui répondit Harry.
- J'aurais un petit truc à rajouter. Fit Ron, un petit sourire aux lèvres. Je voulais simplement te faire savoir que ta relation avec Macmillan en sixième année n'est pas passée inaperçue. Fit-il remarquer avec le plus de sérieux possible.
-Hein? Fit Hermione, surprise, ses yeux devenant de plus en plus ronds. Mais de quoi tu... Paniqua-t-elle.»
Elle coupa là sa phrase lorsqu'elle vit Harry et Ron éclater de rire.
«Espèces de véracrasses! Leur cria-t-elle, avant de commencer à leur donner des petits coups. »
Fred regardait la scène d'un œil amusé. Les deux amis avaient commencé à courir, essayant d'échapper à la brune. Ils se couraient après comme trois enfants qui jouaient au jeu moldu dont Hermione et Harry leur avait parlé.
Fred ne put s'empêcher de penser à la fois où, alors que son jumeau et lui étaient encore à Poudlard, ils avaient commencé une bataille de boules de neige qui avait fini par un "TOUT LE MONDE SUR RON!".
Il sourit face à ce souvenir, et éclata de rire lorsqu'il vit Ron se prendre les pieds dans une racine, et s'étaler de tout son long contre l'herbe fraîche du jardin. Les deux autres s'arrêtèrent, et éclatèrent de rire. Ils aidèrent finalement un Ron boudeur à se lever, avant de revenir vers Fred.
« Un mot de ça à qui que ce soit, et ton sourire disparaîtra en moins de deux. Ron menaça son frère, le pointant du doigt.»
A cette réflexion, Fred éclata une nouvelle fois de rire, suivit par Hermione et Harry. Ron, vexé qu'on se paye sa tête une nouvelle fois, leur tourna le dos, et reparti en direction de la maison. Tout en essayant de retenir son rire, Harry le suivit, laissant derrière lui un Fred et une Hermione hilares.
« Quel imbécile! Rigola Fred.
- C'est ce qui fait de lui ce qu'il est. Répondit Hermione, une expression attendrit collée au visage. Elle se tourna vers Fred, et lui offrit un sourire timide. Merci Fred. Merci beaucoup. Pour tout ce que tu fais.
- Je...»
Elle ne le laissa pas finir sa phrase, et le prit dans ses bras.
Fred fut d'abord surpris, et fit finalement passer ses mains dans le dos de la brune. Celle-ci posa sa tête dans le creux de son cou, et poussa un léger soupir.
Merlin. Qu'est-ce qu'elle était bien dans ses bras. Si elle pouvait, elle ne les quitterait pas. Mais ils se séparèrent brusquement lorsqu'un raclement de gorge vint une nouvelle fois les déranger. Ils se tournèrent vers les personnes à l'origine de ce dérangement, et découvrirent George et Ginny, tous deux un grand sourire aux lèvres.
« On dérange peut-être? Demanda George avec un sourire équivoque.
- Non...
- Ce n'est pas grave, le coupa Ginny. On venait simplement vous dire que maman vous attend pour servir le dessert.
- On ferait mieux d'y aller alors. Fit remarquer Hermione.»
Elle commença à partir, suivit des deux garçons, lorsque Ginny la tira vers l'arrière. Les jumeaux se retournèrent, étonnés par le brusque changement de direction de leur colocataire, et Ginny leur fit signe de continuer sans elles.
«Allez-y, il faut simplement que je dise quelque chose à 'Mione. Leur expliqua-t-elle. »
Ils hochèrent les épaules, et repartirent en direction de la maison. Une fois ses deux frères disparus derrière la porte, Ginny se tourna vers son amie.
« Alors? Demanda-t-elle avec un sourire.
- Alors quoi? Hermione fronça les sourcils.
- Bah... Toi et Fred... Répondit Ginny.
- Quoi?! Non! Répondit Hermione avec des yeux aussi gros que des chaudrons.
- Allez, ne me fait pas le coup du ''non, il ne se passe rien". J'ai bien vu comment tu le regarde! Rigola Ginny.
- Mais je le regarde tout à fait normalement. Il pourrait m'attirer, mais il ne m'attire pas. Expliqua Hermione.
- Mouais... Je te dis que dans minimum deux semaines, vous êtes ensemble.
- Je te dis que non.
- Quoi que, ça m'arrangerais que vous soyez ensemble pour mon mariage. Ajouta Ginny, avec un grand sourire.
- Mais, je t'ai dit que... Oh, et puis laisses tomber. Abandonna Hermione. J'y vais, ta mère va nous attendre.»
Elle soupira, et repartie sur les pas que les deux rouquins avaient pris quelques minutes plus tôt. Elle ouvrit la porte, et partit s'asseoir à sa place poussant un léger soupire en s'asseyant, tandis que Ginny lui offrait un clin d'œil, s'asseyant à son tour.
La bonne humeur reprit sa place à la table lorsqu'ils virent que Hermione avait retrouvé le sourire.
