Auteur : sesheta_66

Ecrit pour : _hibiscus

Traduction : ReachingforHeaven

Titre : A Time to Move On

Résumé : Essayant de mettre la guerre derrière eux, et leurs blessures toujours à vif, les élèves de Poudlard essaient de découvrir ce que leur réserve l'avenir - et peut-être de retrouver au passage un peu de leur enfance perdue.

Rating : PG-13/PG-15

Prend l'épilogue en compte ? Le tome 7 est pris en compte, jusqu'à la fin de la bataille. Ne suit pas l'épilogue.

Note de la traductrice : Salut tout le monde ! Désolée de ces deux jours de retard, mais j'ai eu un imprévu médical (je suis un traitement assez contraignant en ce moment, enfin bon ne nous éternisons pas sur le sujet). Du coup, pour me faire pardonner, j'essaierai de mettre la troisième partie demain soir ! Deal ? :D

Breeef. Merci à toutes et à tous pour vos reviews (je vais de ce pas y répondre, d'ailleurs), merci une fois de plus à mon adorable beta-pokémon, of course ; et pour finir, j'espère que cette suite vous plaira !


A Time to Move On


Harry se trouva un compartiment vide - il ne s'était même pas donné la peine de chercher Ron et Hermione - et s'y installa. Il n'évitait pas ses amis, bien sûr, mais il espérait être monté assez tard à bord du train pour qu'ils aient déjà trouvé des sièges - et il espérait surtout que la plupart des autres élèves préfèrent le laisser tranquille.

« Potter ? » Ou pas.

« Malfoy ? Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Où sont passés tes copains ? » demanda le blond, ignorant sa question ; il était adossé à l'encadrement de la porte du compartiment, les bras croisés sur la poitrine. « Je n'arrive pas à croire que Granger et la belette t'aient laissé sortir de leur champ de vision pendant plus d'une minute. »

Harry leva les yeux au ciel. « Oh, je t'en prie ! Ils se débrouillent très bien seuls, ces derniers temps. » Ils ne vont même pas remarquer mon absence. « J'imagine qu'ils sont accaparés par leurs devoirs de préfets. »

« Ah. »

« Hé, tu es préfet. Pourquoi est-ce que tu n'es pas dans le compartiment qui vous est réservé ? »

Malfoy ricana. « Tu n'imagines sûrement pas que McGonagall allait me permettre de continuer à être préfet après… enfin bon. »

Harry était à deux doigts de se mettre une gifle. « Oh, c'est vrai. Désolé. Je n'y avais pas pensé. »

Le Serpentard eut un reniflement hautain. « Typique. »

« Merci. »

« Je vais juste me trouver un autre compartiment, donc. »

Harry soupira. « Pas la peine. Il y a plein de place, ici. »

Malfoy lui lança un regard curieux, mais ne bougea pas de la porte.

« Il n'y a que moi ici. On n'est même pas obligés de se parler. »

« Pourquoi ? »

Harry s'efforça de comprendre ce qu'il voulait dire par là. Pourquoi quoi ? Il abandonna l'idée, réalisant que cela n'avait pas vraiment d'importance. « Je suis sûr qu'on s'en sortira très bien. »

Quand il réalisa que Malfoy n'avait toujours pas bougé, il ajouta, « Je suis surpris que tu reviennes à l'école. »

« L'année dernière n'a pas été ce que l'on peut qualifier d'excellente au niveau de l'apprentissage scolaire, Potter, à moins que tu considères la torture comme une matière digne d'être étudiée. »

« Donc tu n'as pas passé tes ASPIC ? »

« Je n'en voyais pas l'intérêt. Je n'aurais pu finir qu'avec des notes médiocres. Et un Malfoy n'est jamais médiocre. »

« Je veux bien te croire. » Les élèves dans le couloir devaient contourner le blond pour pouvoir passer, et Harry leva les yeux au ciel. « Allez, rentre ta valise dans le compartiment et assieds-toi. »

« Comment, pas de belette femelle ? » Il ne bougea toujours pas.

« Ca ne te concerne absolument pas, mais on a rompu. »

« Je ne savais pas. »

« Pas étonnant, c'est arrivé il y a environ dix minutes. »

« Tu as l'air d'avoir le cœur brisé, vraiment. » Ses mots étaient lourds de sarcasme.

Harry haussa les épaules. « Je suppose que je m'y attendais depuis un moment. »

Lorsqu'il vit un élève plus jeune avoir du mal à se frayer un chemin dans le couloir, il fronça les sourcils et fit signe à Malfoy de dégager le passage.

« Allez, rentre. Après tout, c'est une nouvelle année. Un nouveau départ. On ferait aussi bien de commencer dès maintenant. »

« Tu es un véritable crétin, Potter. » Mais malgré ces mots, il fit rentrer sa valise dans le compartiment.

« Pourquoi tu dis ça ? »

« Ton sens de la justice typiquement Gryffondor a clairement altéré la capacité de ton cerveau à distinguer ce à quoi tu es confronté. J'aurais cru qu'après des années à te faire pourchasser par un fou furieux, tu serais moins naïf. »

« Je ne suis pas naïf, Malfoy. »

« Si, si tu penses qu'on va laisser un Serpentard prendre un nouveau départ. En particulier un Serpentard qui s'appelle Malfoy. »

« Je ne sais pas comment vont se comporter les gens ; mais je sais que moi, je n'ai pas envie de continuer cette rivalité. J'ai l'intention d'aller de l'avant, pas de regarder derrière moi. »

Malfoy eut une quinte de toux dubitative. « Oui, bien sûr. »

Harry fronça les sourcils. « Non, mais vraiment. Je suis sincère. »

« Tu essaies de me dire que tu ne garderas aucune rancune ? »

« Je… eh bien, je vais essayer. Je ne veux pas juger les gens sur la base du passé. »

« Même Pansy ? »

Harry y réfléchit un moment avant de répondre. Pansy avait voulu le trahir, l'envoyer à Voldemort. Elle avait essayé de monter les autres élèves contre lui. Mais, songea-t-il, combien d'autres avaient eu la même idée, sans oser le dire ? Combien d'entre eux avaient été heureux de n'avoir qu'à prendre la fuite en se disant que Harry finirait par gagner la bataille ?

Il hocha la tête. « Même Parkinson. »

« J'ai hâte de voir ça », répondit Malfoy.


Harry fut réveillé par le bruit de la porte du compartiment qu'on ouvrait avec force.

« Alors c'est vrai ! » s'exclama une voix dans l'encadrement de la porte. « Tu as vraiment décidé de revenir ! »

Malfoy leva les yeux de son livre. « Tu fais preuve d'une incroyable capacité d'observation, Smith. »

Zacharias Smith sortit immédiatement sa baguette ; tandis que Malfoy tirait la sienne, Harry lança un Protego informulé qui fit dévier le sortilège du Poufsouffle.

« Qu'est-ce que - », commença Smith, mais lorsqu'il comprit qui avait jeté le sort, il s'interrompit. « Potter ? Qu'est-ce que tu fais là avec… avec lui ? »

« Jusqu'à ce que tu nous interrompes aussi grossièrement, Smith, je faisais une sieste. »

« Tu faisais quoi ? » Smith avait l'ait stupéfait ; il ouvrit et referma plusieurs fois la bouche avant de continuer. « Comment est-ce que tu peux baisser ta garde à côté de… ça ? »

Harry se leva, livide, et pointa sa baguette sur la gorge de l'autre adolescent. « La dernière fois que j'ai vérifié, je n'avais de comptes à rendre à personne, Smith, et encore moins à toi. »

« Je ne voulais pas… C'est juste que… Tu devrais faire attention. C'est un Mangemort. Il a fait entrer les autres dans Poudlard. Il - »

« Ta gueule ! » s'écria Harry. « Tu ne sais rien du tout ! Ce n'est pas un Mangemort. Tout ce qu'il a fait pour Voldemort, il l'a fait pour sauver sa famille. »

« Bien sûr. En bon petit fils à papa. »

« Est-ce que quelqu'un a déjà menacé tes parents ? Est-ce que tu as déjà vu cette même personne menacer, torturer et tuer d'autres gens juste devant toi ? Est-ce que tu as déjà vu des hommes, des hommes adultes et courageux, trembler aux pieds de celui qui menace ta famille ? Est-ce que quelqu'un t'a déjà retiré tout pouvoir, tout le pouvoir qu'a ta famille, avant de t'ordonner de faire ce qu'il te demande ou il te tuera ? » Harry s'était rapproché de Smith, et son visage n'était plus qu'à quelques centimètres du sien. « Alors ? »

« N-non », balbutia l'autre.

« C'est bien ce que je pensais. » Harry recula d'un pas, mais ne baissa pas sa baguette. « A moins que ça ne t'arrive un jour, tu n'as pas le droit de juger qui que ce soit. Maintenant, sois gentil et dégage d'ici, et laisse-nous tranquilles. »

Harry poussa Smith dans le couloir et d'un geste de sa baguette, il verrouilla la porte.

« Potter ? » fit Malfoy après un instant de silence.

Le brun rangea sa baguette et se passa la main sur le visage, espérant retrouver son calme. « Hmm ? »

« Qu'est-ce que c'était… Qu'est-ce que tu… Pourquoi est-ce que tu… ? »

Harry eut un petit rire. « Tu n'es pas très éloquent aujourd'hui, non ? »

« Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? »

« Smith est un crétin. »

« En fait, c'est un vrai connard, mais là n'est pas le problème. Pourquoi est-ce que tu m'as défendu ? »

« Il m'a énervé. »

« Ouais, ça je l'avais compris. » Malfoy leva les yeux au ciel. « Ecoute, Potter, je comprends bien que tu as l'habitude de sauver les gens, mais la guerre est finie. Je n'ai pas besoin d'être sauvé. »

« Je sais. Mais les gens comme Smith ont besoin que quelqu'un les remette à leur place. »

« Et ce quelqu'un, c'est toi ? »

« Aujourd'hui, oui. Pourquoi pas ? »

« Parce que tu as dis que tu étais fatigué d'avoir à te battre. En plus, il a dit la vérité. »

« Non, c'est faux. »

« Ecoute. » Malfoy commençait à s'agiter. « Arrête d'essayer de faire de moi un gentil qui aurait juste fait des erreurs. Ce n'est pas moi. Toi surtout, tu devrais le savoir. J'ai merdé, et maintenant je dois payer pour ce que j'ai fait. Laisse-moi assumer les conséquences. »

« Non. »

« Potter, ce n'était pas une question. Je te le préviens. N'essaie - pas - de - m'aider. »

« J'ai bien peur que tu n'aies aucune chance de me faire changer d'avis, Draco. »

« Ne m'appelle pas Draco. »

Harry eut un grand sourire. « D'accord. Malfoy. Voilà ce qu'on va faire. J'ai vécu avec la menace de Voldemort planant au-dessus de ma tête depuis que j'ai onze ans - depuis plus longtemps en fait, mais je ne le savais pas à l'époque. Je suis fatigué de vivre constamment en situation de guerre. Alors si je vois quoi que ce soit qui ressemble à une bataille, je m'interposerai. Que tu sois impliqué ou qu'il s'agisse de quelqu'un d'autre. Je suis fatigué, et je ferai de mon mieux pour mettre un terme à tout ça. »

« Même si tu dois t'opposer à ton pote la belette ? »

« Même dans ce cas. » Harry fut surpris de découvrir que c'était la vérité.

Malfoy fronça les sourcils, mais le brun put voir le coin de ses lèvres esquisser un sourire. Il était sincère. Il était fatigué d'avoir à se battre, même lorsqu'il s'agissait de stupides disputes à l'école - il en avait plus qu'assez.


Deux semaines après la rentrée, McGonagall demanda aux septième et huitième années de rester quelques instants après le dîner.

« Certains élèves parmi les étudiants plus âgés sont venus me demander la permission d'organiser une fête », annonça-t-elle à leur groupe.

L'expression suffisante d'Hermione était révélatrice - elle faisait de toute évidence partie de ces élèves.

« Dans un effort pour promouvoir l'unité entre les différentes maisons, j'ai donné mon autorisation. Samedi prochain, les élèves des deux dernières années ont la permission de se réunir. Cela vous donne donc huit jours pour finaliser les détails de l'organisation. Regardez sur le tableau d'affichage dans vos salles communes respectives pour plus d'informations, et si vous voulez avoir l'opportunité de participer à l'organisation de cet évènement. »


« Rappelle-moi - pourquoi est-ce qu'on fait ça déjà, Hermione ? » demanda Ron pour ce qui devait être la centième fois.

« L'entente entre les maisons. »

« Mais pourquoi est-ce qu'on doit intégrer les Serpentards ? »

Hermione s'arrêta et lui jeta un coup d'œil furieux. « Ronald, le but premier de tout ça, c'est de tous nous rapprocher, de dépasser… eh bien, le passé. »

« Mais ce sont des Slytherins », marmonna-t-il. Hermione laissa échapper une exclamation de dédain et s'éloigna à grandes enjambées.

« Détends-toi, vieux ! » fit Seamus qui s'approchait, et il tapa Ron sur l'épaule. L'Irlandais les retint tous les deux, et il attendit que Hermione se soit suffisamment éloignée avant de reprendre la parole. « Je nous ai trouvé de quoi boire, pour nous aider à mieux supporter la situation. » Il leur fit un clin d'œil avant de sortir de sous sa cape une bouteille de Whisky Pur-Feu, et une autre de rhum. L'humeur de Ron s'améliora sur-le-champ.

Une heure après le début de la fête, la musique était assourdissante, les boissons (non-alcoolisées pour la plupart d'ailleurs, à la grande déception de Ron) coulaient à flots, et Seamus dansait joyeusement avec une Serdaigle et une Poufsouffle - toutes les deux avaient enroulé leur écharpe aux armoiries de leur maison autour du cou de l'Irlandais et s'en servaient pour l'embrasser, chacune à leur tour. On pouvait entendre Seamus crier : « Voilà ce que j'appelle l'entente entre les maisons ! », et porter un toast à tous ceux qui voulaient bien lui prêter attention. Bref, la fête semblait être jusque-là un franc succès. Quant à Ron et Hermione, ils avaient disparu dans un coin sombre de la salle ; Luna et Neville, sur la piste de danse, paraissaient bien s'amuser.

Le seul aspect négatif de la soirée, c'était les Slytherins ; les quelques-uns qui avaient décidé de venir refusaient d'adresser la parole à qui ne faisait pas partie de leur maison. Et, à la grande surprise de Harry, Malfoy (qui était arrivé après le reste de ses camarades, d'ailleurs) était assis seul, et ne parlait à personne - un comportement des plus étranges. Après tout, Zabini et Parkinson étaient là, eux aussi.

Harry traversa la pièce pour le rejoindre. « Malfoy. »

« Potter. »

« Elle est bien, cette fête. »

« Si tu le dis. » Il prit une gorgée de son verre. « Tu n'es pas inquiet que la ton pote la belette et Granger se demandent pourquoi tu n'es pas avec eux ? »

Harry haussa les épaules. « Pourquoi ? »

« Oh, je ne sais pas… Parce que tous les trois, vous êtes inséparables depuis la première année, peut-être. »

« Mm. Tu sais, je n'ai pas vraiment envie de tenir la chandelle. »

« Je ne sais pas », répliqua Malfoy avec un sourire ironique et un haussement de sourcils significatif. « On peut bien s'amuser, à trois. »

Harry resta bouche bée, et Malfoy éclata de rire. Le brun referma la bouche, et fit la grimace.

« Quoi, avec Hermione et Ron ? »

Il jeta un coup d'œil en direction du coin où ses amis étaient en train de se peloter. La technique de Ron ne s'était pas vraiment améliorée, si l'on s'en fiait aux bruits de succion qui venaient de leur direction. C'était un miracle que la pauvre Hermione ne soit pas en train de s'étouffer avec la langue de son copain d'ailleurs, étant donné la façon dont ce dernier s'obstinait à vouloir l'enfoncer au fond de sa gorge. Harry secoua la tête et se frotta les yeux, essayant de toutes ses forces d'oublier les images que les paroles de Malfoy avaient fait surgir dans son esprit.

« C'est immonde. »

Malfoy suivit le regard de Harry. Il cessa immédiatement de ricaner, et eut un frisson. « Certes. Taches de rousseur. Cheveux roux. La langue de Weasley. Autant pour moi. Je retire tout ce que j'ai dit. »

Harry eut un petit rire. Eh bien, au moins il n'était plus le seul à avoir envie de vomir, maintenant. 'Le malheur ne peut se consoler qu'avec le malheur des autres', et tout ça. Il attrapa une poignée de chips et jeta un coup d'œil autour de lui. Vraiment, c'était une fête très réussie, dans l'ensemble. Peut-être pouvait-on encore espérer que les choses finiraient par s'arranger, pour eux tous.

« Alors… Pourquoi est-ce que vous restez entre vous ? »

« Est-ce que j'ai l'air d'être du genre à me 'mélanger' d'après toi, Potter ? »

« Quoi, on n'est pas assez biens pour vous ? » demanda Harry, jetant par-dessus son épaule un coup d'œil en direction des camarades de Malfoy. « On dirait que les Serpentards tiennent à rester ensemble. »

« Regarde autour de toi, Potter. Personne ne semble vouloir faire l'effort de nous intégrer, non plus. »

« Moi, si. »

« Je ne t'ai pas encore vu fraterniser avec Pansy. »

Harry jeta un coup d'œil à Parkinson. « Pour être honnête, elle me fait un peu peur. »

Malfoy éclata de rire. « C'est compréhensible. »

Harry eut un sourire, heureux d'avoir réussi à lancer la conversation. « Alors, pourquoi est-ce que tu es là dans ton coin, au lieu de discuter avec tes amis ? »

Le regard du blond se durcit. « Le nom de ma famille n'impose plus exactement autant de respect qu'auparavant. Et c'est tout, pas d'autres questions sur le sujet. »

Harry voulait en discuter, il voulait faire remarquer que ce fait ne devrait pas compter aux yeux de ses amis - mais il décida de changer de sujet.

« Alors… Tu as essayé le punch de Seamus ? »

« Bien sûr que non ! Tu as vu ce que cette boisson lui a fait ? »

Le brun ne put s'empêcher d'éclater de rire quand il vit les mouvements qu'exécutait son ami sur la piste de danse. « Tu n'as pas tort. »

« Et toi, tu ne bois pas ? »

« J'ai pris un verre, et ça me suffit. Je préfère garder l'esprit clair. » Il jeta un regard méfiant en direction du groupe de Serpentards.

« Bonne idée », dit Malfoy. « Je ferais pareil à ta place, quand ils sont dans les parages. »

Harry resta bouche bée, une fois de plus.

« Quoi ? C'est vrai. Nous les Serpentards, nous sommes toujours en train d'observer, de rassembler des informations, de récolter de quoi faire chanter les gens. C'est impensable de baisser ta garde avec l'un d'entre nous à côté. Fais-moi confiance, je sais de quoi je parle. »

Harry était toujours en train d'assimiler le fait que Malfoy venait de lui donner un conseil quand Luna interpela la foule. « Faisons un jeu ! » suggéra-t-elle.

On fit plusieurs suggestions, avant que tout le monde ne se mettre d'accord sur un jeu 'd'action ou vérité'.

« Et c'est le moment où je m'en vais, donc », dit Malfoy en se levant, avec l'intention évidente de quitter la pièce.

« Tu ne vas pas te joindre à nous, Draco ? » demanda Parkinson.

« Allez, Draco. Reste un peu. On pourrait bien s'amuser », ajouta un autre Serpentard. Son sourire avait l'air tout sauf amical.

« Non merci. Je vais aller me coucher. »

« Oh, on a peur, Malfoy ? » se moqua Smith.

« De toi ? » ricana Malfoy. « Ca m'étonnerait. » Puis il quitta la pièce. Harry le suivit.

« Malfoy ! » l'appela-t-il, s'empressant de le suivre dans le hall. « Malfoy, attends ! »

« Qu'est-ce qu'il y a, Potter ? » répondit-il, sans pour autant ni se retourner ni ralentir l'allure.

Après s'être hâté de le rejoindre, Harry lui agrippa le bras pour l'arrêter. « Ralentis une minute, tu veux ? »

Le blond s'arrêta, se retourna et lui lança un regard noir. « Il est hors de question que je retourne dans cette salle, alors n'essaie même pas. »

« Pourquoi ? »

« Tu n'es pas sérieux, n'est-ce pas ? Action ou vérité ? Allons, Potter. On a quel âge, douze ans ? »

« Non, dix-huit - où est le problème ? »

« Exactement. Dix-huit. Nous sommes des adultes, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. Pourquoi donc voudrais-je m'abaisser à jouer à quelque chose d'aussi puéril ? »

Harry se passa la main dans les cheveux et réfléchit à la question. « Je ne sais pas, Malfoy. Peut-être parce que la plupart d'entre nous n'ont jamais vraiment eu la chance d'être des enfants ? »

« Oh, donc c'est ça, l'image idéale que tu te fais de ton enfance perdue ? Jouer à des jeux stupides et faire comme si la guerre n'était jamais arrivée ? »

Harry prit une profonde inspiration et essaya de garder son calme. Il refusait de laisser Malfoy se moquer de lui. « Non, ce n'est pas ça. L'image idéale que je m'en fais, je veux dire. Et je veux pas faire comme s'il n'y avait pas eu de guerre. Tout le monde sait ce qui s'est passé, mais ça ne veut pas dire qu'on ait besoin d'y revenir toutes les cinq minutes. »

« D'y revenir ? » fit Malfoy, incrédule. « D'y revenir ? Peut-être que tu devrais suggérer à certains de tes amis dans la Grande Salle d'arrêter de vouloir revenir sans cesse sur le sujet, alors. Excuse-moi, mais il semblerait qu'on ne me permette pas d'oublier - même pendant une minute - la guerre et le rôle que j'y ai joué. Chaque minute de chaque jour, Potter, on me le rappelle. Les remarques, les ricanements, les bousculades 'accidentelles' dans les couloirs. Ces gens-là » - il indiqua d'un geste de la main la pièce qu'ils venaient de quitter - « ne me laisseront jamais oublier. Alors excuse-moi si je n'ai pas envie de jouer à 'action ou vérité' avec des gens qui ne me supportent pas. Des gens qui en profiteraient pour me rappeler une fois de plus ce que j'ai fait. »

Le petit discours de Malfoy laissa Harry bouche bée. Il resta là, immobile, alors qu'il s'efforçait de comprendre les mots que Draco venait de prononcer. Il revint sur les semaines qu'ils venaient de passer au château depuis la rentrée, et réalisa que Malfoy avait raison. Hermione et lui ne cessaient de répèter à Ron qu'il devait cesser de lancer des remarquer à tout-va, mais il n'avait pas vraiment réfléchi à ce que faisaient les autres élèves.

Harry réalisa soudainement qu'il avait entendu des remarques dans les couloirs, qu'il avait vu des gens jeter les livres de Malfoy par terre ou le bousculer. Il n'avait pas songé au fait que ce qu'il avait pu constater ne devait être qu'une partie seulement de ce que Malfoy devait supporter. Soudainement, son comportement solitaire avait bien plus de sens.

Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas que Malfoy s'était éloigné.

« Hé ! Malfoy ! Attends ! »

Ce dernier s'arrêta et se retourna. « Quoi encore, Potter ? »

« Je suis désolé. »

Le Serpentard haussa les sourcils. « Désolé de quoi ? »

« Pour ne pas avoir fait plus attention. » Malfoy plissa les yeux. « J'aurais dû voir ce qui t'arrivais. J'aurais dû dire ou faire quelque chose. »

« Oh, bordel de merde - Potter. Est-ce que tu dois vraiment te sentir obligée de sauver tout le monde ? »

Harry se gratta la nuque. « Euh… »

« Je n'ai pas besoin de ta pitié. Je n'ai pas besoin qu'on me sauve. Je sais que ça va être un concept difficile à comprendre pour toi, mais je ne veux - pas - de - ton - aide. »

« Mais - »

« Fous-moi la paix, Potter ! »


Octobre, 1998


« Alors, on va où ? » demanda Ron, attirant Hermione vers lui pour l'embrasser. Tous les trois se rendaient à Pré-au-Lard pour leur première sortie de l'année.

Elle sourit à Ron, et Harry leva les yeux au ciel. « J'ai besoin de nouvelles plumes. »

« Tu utilises plus de plumes que toutes les personnes que je connais », fit Ron sur un ton presque impressionné.

Elle lui donna un petit coup sur le bras avant de lui tapoter le nez. « Oh, toi ! »

Harry était certain qu'il n'allait pas tarder à vomir. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que ses deux amis se remettent à se peloter. Sérieusement, est-ce qu'ils étaient obligés de faire ça en public ? Il soupira et essaya de trouver un moyen pour s'éloigner du couple absolument niais que formait ses deux meilleurs amis. Passer la journée avec eux maintenant qu'ils étaient ensemble ne l'intéressait pas vraiment.

Il jeta un coup d'œil désespéré autour de lui et remarqua que la plupart des élèves se hâtaient de trouver un endroit chaud où passer la journée. Ce qui n'était pas une si mauvaise idée, en vérité. Il était sur le point de suggérer qu'ils aillent prendre une Bièraubeurre aux Trois Balais quand un éclat blond attira son regard. Malfoy était un peu plus loin, entouré d'élèves de septième et huitième année, et Smith donnait l'impression de mener leur petit groupe.

« Vous deux, partez devant. Je vous retrouve chez Honeydukes dans une heure. »

Harry n'attendit pas leur réponse avant de se diriger vers l'attroupement. « Malfoy ! Te voilà ! »

Tout le monde se tut, et les élèves s'écartèrent et Harry put découvrir derrière eux un Draco Malfoy à l'air furieux.

« Je pensais qu'on devait se retrouver devant le portail du château avant de partir. » Il sourit et tendit la main pour attraper le bras de Malfoy et l'éloigner des autres élèves. « C'est pas grave, je t'ai enfin retrouvé maintenant. On y va ? »

Le blond jeta un coup d'œil aux autres adolescents. « Oh, je suis désolé », fit Harry, les yeux désormais fixés sur Smith. « J'ai interrompu quelque chose ? Je peux attendre. »

« N-non », balbutia un des septième année. « On a fini. »

Malfoy lança un regard noir à Harry, mais il se contenta de hausser les épaules. « Ah ? Bon, eh bien - à plus tard ! »

Draco et lui marchèrent en silence pendant quelques instants, jusqu'à ce qu'ils soient hors de portée de Smith et des autres, avant que le blond ne prenne la parole. « Putain, mais c'était quoi ça, Potter ? »

« Quoi ? » répondit ingénument Harry.

« Je n'ai pas besoin que tu viennes à mon secours toutes les cinq minutes », fit Draco, les dents serrées. « Je suis parfaitement capable de me débrouiller face à ce connard et sa bande d'abrutis. »

« Oui, je sais. »

Malfoy s'arrêta net et lui lança un regard incrédule. « Alors pourquoi est-ce que tu ressens le besoin de t'interposer et de… et de… »

« Voler à ton secours ? » Harry retint un petit rire.

« Oui ! » Il reprit sa marche à grands pas et le Gryffondor dut se hâter pour le rattraper.

« Malfoy, arrête. » Honnêtement, ce type était exaspérant. « Tu m'as posé une question. Le moins que tu puisses faire, c'est d'attendre que je te donne la réponse. »

« Très bien », répondit le Serpentard à contre-cœur. « Pourquoi est-ce que tu cherches absolument à intervenir alors que je suis parfaitement capable de m'occuper tout seul de mes problèmes ? »

« Parce je… eh bien, je ne peux pas m'en empêcher. » Ce n'était pas vraiment ce qu'il avait eu l'intention de dire, mais c'était la vérité.

« Je n'ai pas besoin de ta pitié, Potter. Je ne suis pas une demoiselle en détresse qui attend le chevalier qui va l'emmener au loin dans son château. »

Harry eut un sourire lorsqu'il s'imagina Malfoy, en robe, emmené sur un cheval blanc par un prince charmant. Un prince charmant qui lui ressemblait étrangement, d'ailleurs. Repoussant cette idée étrange, il dit, « Tu savais qu'il y avait des patrouilles qui ont été mises en place pour renforcer la sécurité à Pré-au-Lard, maintenant ? »

Malfoy fronça les sourcils.

« Je pensais bien que non. » Il jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer que personne n'écoutait leur conversation. « Et tu dois bien savoir qu'il y a un certain nombre de gens - y compris des Aurors - qui pensent que tu aurais dû être envoyé à Azkaban. »

Malfoy ne comprit pas sa remarque et lui lança un regard confus.

Le blond approuva d'un signe de la tête.

« Tu es un sorcier majeur et, élève ou non, tu es hors des limites de l'école. Si on te prend à jeter un sort à quelqu'un, et je suppose que c'était ce que tu t'apprêtais à faire, tu pourrais très bien te faire arrêter. »

« … Merde. »

« Exactement. »

« Je n'avais pas pensé - »

« Est-ce que ce n'est pas plutôt mon genre, ça ? » demanda Harry.

« Ne pas penser. Me précipiter sans avoir de plan. Tu sais, c'est ce que je fais, d'habitude. »

Draco haussa un sourcil. « Est-ce que tu viens juste de faire de l'humour ? »

« Exactement », dit Harry. « Ca m'arrive de temps en temps, tu sais. »

« Aussi étrange que cela puisse paraître, je n'avais jamais eu l'occasion de te voir faire. » Il fronça les sourcils. « C'est un peu… déstabilisant, pour être honnête. »

« Et pourquoi ? »

« Parce que d'habitude je te trouve agaçant, pas amusant. C'est juste… eh bien, c'est déstabilisant. »

« Je ne te déteste pas, tu sais. »

Malfoy plaça sa main sur sa poitrine. « Mon pauvre cœur s'affole - le héros m'a fait la grâce de m'adresser de si douces paroles ! »

Harry le bouscula - sans ménagement, d'ailleurs. « Connard. »

« Eh bien, tu as accompli ton devoir pour la journée ; je suis sûr que je peux me débrouiller tout seul maintenant. » Et il se dirigea sans plus attendre vers les boutiques.

Harry lui emboîta le pas. « Euh… »

« Qu'est-ce qu'il y a encore, Potter ? »

« Je suppose que tu n'as pas envie de me rendre la pareille, n'est-ce pas ? »

Malfoy se tendit visiblement et lui lança un regard méfiant. « Et qu'est-ce que tu veux que je fasse, exactement ? »

« Que tu sauves d'une journée avec Ron et Hermione », le supplia presque Harry.

L'autre jeune homme éclata de rire. « Donc, tu m'as sauvé tout en te sauvant toi-même ? »

« Eh bien… »

« En voilà un drôle de chevalier en armure, qui s'enfuit en courant à la vue de ses amis - qui forment, c'est vrai, le couple le plus niais de l'histoire du monde sorcier. »

Harry haussa les épaules. « Alors, qu'est-ce que tu en dis ? »

« Oh, très bien. Puisque tu y tiens », soupira-t-il. Il leva le menton, l'air hautain. « Tu vas donc avoir le plaisir de profiter de ma companie aujourd'hui. Fais juste en sorte d'adopter un comportement approprié. »

« Mais naturellement, sire Malfoy », fit Harry en s'inclinant - réplique à laquelle Malfoy répondit en lui donnant un coup derrière la tête.

Ils passèrent une journée agréable, flânant devant les boutiques de Pré-au-Lard, et se débrouillèrent pour ne pas croiser Ron et Hermione. Si leur présence ensemble créa des interrogations chez les autres élèves de l'école, Harry n'entendit aucune remarque. Ils achetèrent les fournitures dont ils avaient besoin pour leurs cours, des sucreries - dont ils n'avaient pas fondalement besoin mais qui furent bienvenues - chez Honeydukes, et finirent par une Bièraubeurre à la Tête de Sanglier. Malfoy n'avait pas vraiment envie de croiser Rosmerta, apparemment.

« Prêt pour la bataille, Potter ? » lui demanda brusquement Draco alors qu'ils se dirigeaient à nouveau vers l'école.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Te voilà enfin ! » l'appela la voix d'Hermione. « Qu'est-ce qui t'es arrivé ? On étaient censés se retrouver il y a des heures. »

« Désolé. J'ai été un peu occupé », répondit Harry.

« Avec la fouine ? », s'étonna Ron, effaré.

« Choquant, je sais », fit Malfoy, sarcastique. « Mais apparemment les goûts de Potter se sont améliorés. »

Harry lui lança un regard noir. Le blond haussa les épaules et fit silencieusement, 'Quoi ?' Il se retourna vers Ron, dont les oreilles avaient pris une intéressante teinte vermeille. « Oui Ron, j'étais avec Malfoy. »

« T'exagères vraiment, vieux. » Il s'avança et lui jeta un regard dépité. « J'y crois pas, sérieux. On a attendu pendant une heure que tu viennes nous rejoindre. » Il indiqua le Serpentard d'un geste. « Tu aurais pu trouver un moyen de te débarrasser de lui, quand même. »

Harry répondit avant que Draco n'ait le temps d'ouvrir la bouche. « J'aurais pu, oui. » Il remarqua le tressaillement de Malfoy et soudainement, l'attitude de Ron l'exaspéra. « Et comme ça, j'aurais pu passer toute la journée à tenir la chandelle. Ouais, je me serais tellement amusé, je me demande vraiment pourquoi ce n'est pas ce que j'ai fait. »

« Pourquoi tu - »

« Harry, comment est-ce que tu peux dire ça ! » s'étrangla Hermione.

« Je suis désolé Hermione, mais c'est vrai. » Sans tenir compte du regard blessé que lui adressa son amie, Harry continua. « Pour être honnête, il va falloir que vous dépassiez le stade 'c'est génial, on sort enfin ensemble' avant de recommencer à fréquenter d'autres gens. Moi y compris. Surtout moi. Vous êtes des amis géniaux, tous les deux, mais j'en ai assez. » Il ressentit une pointe de culpabilité, mais autant aller jusqu'au bout. « Je suis désolé si ce que je vous dis vous semble dur, et je suis désolé pour aujourd'hui. Vous avez raison ; j'aurais dû au moins vous chercher pour vous prévenir, mais… eh bien… pour être vraiment sincère, je m'amusais bien et j'ai oublié. Le temps qu'on aille à Honeydukes, vous étiez déjà partis. »

Ron le fixa pendant un long moment, bouche bée, les poings serrés. Il donnait l'impression d'être sur le point de faire une attaque, mais Malfoy prit la parole à son tour.

« Je pense que Potter a été clair, la belette. On dirait que vous participez à un concours de niaiserie, tous les deux, et non seulement c'est agaçant, mais c'est aussi proprement répugnant. Vous devriez être heureux que Potter ait été honnête - maintenant, vous pouvez dégager et passer chaque moment de votre journée ensemble? Croyez-moi, vous rendrez service à toute l'école. »

Harry lança un dernier coup d'œil à l'expression blessée d'Hermione, et il éprouva une nouvelle vague de culpabilité. Mais il tourna la tête vers Malfoy - ce dernier lui adressa un sourire, et il sut qu'il avait fait ce qu'il fallait. Harry sourit en retour, et il lui fit signe d'avancer. Tous les deux, ils reprirent le chemin de l'école.

« Alors… » fit Malfoy dès qu'ils furent hors de portée de voix.

« Alors ? » demanda Harry.

« D'autres Gryffondors avec lesquels tu as envie de discuter ? »

Harry eut un grand sourire. Ni l'un ni l'autre ne lancèrent le moindre regard en arrière alors qu'ils s'éloignaient de Ron et Hermione.


TO BE CONTINUED