Voilà la deuxième version !

Celle-ci suit davantage l'histoire de Brennan, mais je l'aime bien...

Bonne lecture et merci aux quelques personnes qui me lisent !


Mon frère

Mon frère. Mon frère.

Enfin, après toutes ces années, je pouvais de nouveau prononcer ces deux mots qui sonnaient si bien à mon oreille. Que j'aimais retrouver cette expression ! Elle m'avait tellement manqué.

Je me souviens encore de ce jour horrible, de cette journée atroce pendant laquelle j'avais découvert que mon frère était parti.

Cette journée avait commencé comme toutes les autres depuis quelques semaines. Je m'étais levée seule, comme toujours. Russ devait déjà être parti pour le garage où il était mécanicien, comme tous les matins. Seulement cette matinée-là n'était pas comme les autres. Je ne le compris que lorsque j'allai dans la cuisine pour préparer le petit-déjeuner. C'est alors que je me rendis compte qu'il n'était pas au garage. En effet, il n'y avait pas de vaisselle dans l'évier, et mon frère n'avait pas pour habitude de la faire avant d'aller travailler. Légèrement inquiète, je m'avançai vers sa chambre, où traînaient habituellement ses affaires.

Mais cette fois, le sol de la chambre était totalement net. Pas une seule affaire. En entrant dans la pièce, je vis que la chambre était vide. Totalement vide. Plus une seule de ses affaires n'était posée sur ses étagères, sur son lit ou même sur la commode. Soudainement prise de panique tandis que le film de la journée au cours de laquelle mes parents avaient disparu se rejouait dans ma tête, j'ouvris frénétiquement chacun des tiroirs où étaient rangés ses vêtements. Ils étaient tous vides. Ma peur augmenta d'un coup. J'espérais malgré tout que Russ reviendrait, qu'il y avait une explication, qu'on déménagerait ou je-ne-sais-quoi-d'autre, même si je savais au fond de moi qu'il était parti.

C'est alors que la sonnerie de la porte d'entrée retentit. Surprise, je suis allée ouvrir, m'étant au préalable munie d'une poêle au cas où.

Et là, je vis une femme que je ne connaissais pas. Elle était trop âgée pour être une amie de Russ, et je ne reconnaissais en elle aucun de mes professeurs. Qui était-elle ? Ce fut la première question que je lui posai, tandis que derrière elle je voyais Russ monter dans sa voiture et s'en aller.

Elle me donna son nom en me tendant sa main droite, puis énonça sa profession. Assistante sociale.

Ces deux mots avaient eu sur moi l'effet d'une bombe qui explose, je m'en souvenais encore plus de seize ans après.

La femme était entrée, et nous avions parlé dans le salon. Puis elle m'avait fait préparer et emballer mes affaires, et j'étais partie dans un foyer. Quelques semaines plus tard, qui m'avaient paru être une éternité, j'étais placée en famille d'accueil.

J'avais passé plusieurs mois dans ces familles, changeant de temps à autre de foyer. C'était infernal. On me présentait à de nouvelles personnes, et quelques semaines voire mois plus tard, on me faisait déménager, pour une raison ou pour une autre. Je crois que ce fut les pires années de toute ma vie. Parce que même être poursuivie par l'armée chinoise est moins dur que vivre deux ans en famille d'accueil. Les adolescents sont souvent impatients d'avoir dix-huit ans, mais je l'étais encore davantage. Pour moi, ça n'était pas pour m'émanciper de mes parents, partir de chez moi, plus que satisfaire mes moindres caprices, c'était beaucoup plus que ça. Pour moi c'était sortir enfin de ce cauchemar, pouvoir reprendre ma vie en main et la mener comme je l'entendais, sans être emmenée malgré moi dans différentes familles.

Mais quand j'eus dix-huit ans, à part cela, je ne vis aucune différence. J'avais un peu d'argent de mes parents, mais je crois que sans ma bourse, j'aurais dû arrêter les études pour commencer à gagner ma vie.

Et c'est là que je sentis pour la première fois depuis des années que Russ m'aimait et m'aidait. Je me rappelais encore qu'il m'avait appris comment s'en sortir à juste dix-huit ans. Il me racontait tout à l'époque, et cela me fut grandement utile lorsque je tentai à mon tour d'organiser ma vie.

Pendant les années qui suivirent, je ne cessai de penser à lui. Je me demandais toujours ce qu'il faisait, comment il s'en sortait, s'il s'en sortait, s'il était en prison, s'il venait de sortir, s'il participait à un autre «bon plan» ou s'il avait arrêté les combines. Et cette question, toujours cette même question, qui me trottait – métaphoriquement – dans la tête depuis de nombreuses années, me revenait sans cesse en mémoire : pourquoi ? Pourquoi était-il parti ? Pourquoi m'avait-il abandonnée ? Je n'avais que quinze ans…

J'ai poursuivi mes études sans rencontrer de problème particulier, j'étais une bonne élève et je travaillais dur. J'ai obtenu mon diplôme une année plus tôt que prévu, et ce jour-là plus que jamais j'ai souhaité que mes parents et surtout mon frère soient là pour voir qui j'étais devenue et pour qu'ils soient fiers de moi. D'ailleurs, rien qu'en y repensant, j'avais les larmes aux yeux. J'aurais tellement voulu qu'ils soient là…ça m'aurait fait tellement plaisir.

Mon frère était…un vrai frère pour moi, mon plus grand complice et mon meilleur ami d'enfance, mon confident. Il me manquait tellement. Il y avait Mickael Stires, mon professeur d'anthropologie, mais c'était différent. Il ne m'aimait pas, et je ne l'aimais pas non plus. On était surtout des collègues, des amis à la limite, et encore. Quand on couchait ensemble, il n'y avait aucun amour entre nous.

Je lui en voulais, je lui en voulais tellement. J'étais en colère contre lui. Je lui en voulais de m'avoir abandonnée. D'être parti. Comment avait-il pu ? C'était mon frère, il n'avait pas le droit de partir !

Et puis soudain, un jour, je l'ai vu. Il était là, à l'Institut, avec Booth. Et, à ce moment-là, j'ai senti quelque chose se casser en moi. J'ai dit à Booth que je ne voulais pas voir Russ et j'ai quitté la plateforme, mais il m'a suivie. Il voulait que je lui parle, ce que j'ai fini par faire non sans animosité. C'était la première fois depuis plus de quinze ans que je lui parlais. La première fois. Je n'ai pas pu m'empêcher de commencer à déverser ma colère sur lui. J'étais agressive, et on s'est disputés.

C'est à Booth que revient tout le mérite de notre réconciliation. Sans lui, jamais je n'aurais tenté de pardonner ou même de comprendre Russ.

Ce qui a été décisif, c'est la gifle que j'ai donnée à Russ. Ce geste, qui peut paraître insignifiant ou presque, avait libéré beaucoup de colère et de peine que je tenais enfermées en moi. C'était la première fois que je le giflais. La première fois. Et ça m'a fait un bien fou. Cela a en partie calmé la colère que je ressentais à son égard, colère qui avait d'ailleurs été portée à son paroxysme quand j'avais appris de la bouche de mon partenaire que mes parents n'étaient pas ceux que je croyais. Qu'ils s'appelaient Max et Ruth Keenan, et non Matthew et Christine Brennan, et que par conséquent je n'étais pas ce que j'avais toujours cru être. J'étais en colère contre lui parce qu'il m'avait menti, toute ma vie, et lui n'avait aucune raison de m'abandonner sinon son égoïsme, c'était ce que je pensais quand je l'ai giflé.

Mais, peu après, lors d'une discussion avec Booth, j'ai compris qu'à 19 ans, Russ n'aurait pas pu bien s'occuper de moi. Toutes ces années en famille d'accueil, j'ai idéalisé ce qu'aurait pu être ma vie avec Russ s'il m'avait gardée avec lui, tout ça pour trouver un coupable à qui en vouloir pour ces années de cauchemar. Mais j'avais tort ma vie avec lui n'aurait pas été si parfaite que ça. Il était jeune, pas très organisé et il ne savait pas s'occuper de lui-même, alors de moi…c'était irréaliste.

C'est alors que je me rendis compte de ce qu'aurait réellement été ma vie avec lui : il n'aurait pas souvent été là, en sortie avec ses copains ou en train de préparer un nouveau coup foireux. J'aurais dû m'occuper de l'appartement tout seule, faire la vaisselle, repasser, faire à manger, faire le ménage…somme toute exactement comme dans les familles d'accueil, sans les parents violents et avec Russ, mon meilleur ennemi, complice de mon enfance et de mon adolescence, confident de tout temps, allié de toujours et frère pour toujours.

Ça n'aurait pas été beaucoup mieux, mais ça l'aurait quand même été un peu. Parce qu'il aurait été là lui, et toutes ces années, c'était lui que je voulais et personne d'autre. Il me manquait tellement. J'avais tellement besoin de lui, qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me dise que ça irait, qu'il était là…mais il n'était pas là, et je lui en ai beaucoup voulu pour ça. Il m'avait promis, petit, qu'il veillerait toujours sur moi, et il m'avait menti. Il n'avait pas tenu parole, et je lui en voulais aussi pour ça.

Mais tout cela a changé lorsqu'il est revenu dans ma vie aussi brusquement qu'il en était sorti. J'avais enfin compris qu'il avait choisi ce qu'il pensait être le mieux pour moi, même si ce n'était pas mon avis. Il avait vraiment pensé qu'il avait fait le bon choix, même si ce n'était pas le cas, et je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir plus longtemps pour ça. Il était temps d'arrêter le conflit, et de commencer la réconciliation.

C'est pourquoi, Vince Mc Vicar ayant été arrêté par le F.B.I., j'avais emmené Booth la foire où Russ travaillait je voulais, comme je l'avais dit à mon partenaire, «rattraper un peu le temps perdu». J'avais parlé avec Russ seul-à-seul, Booth nous attendait près de la voiture. J'ai retrouvé une partie de la confiance que j'avais en Russ, et que j'avais perdue lors de son départ. J'ai aussi renoué une partie de la complicité que nous partagions enfants, et nous avons ri ensemble pour la première fois depuis longtemps. La tension était retombée, la colère avait diminué, la rancune était partie, et tout ça permettait à notre relation de se développer de nouveau après toutes ces années.

Finalement je lui ai proposé de venir chez moi passer quelques jours, et il a accepté. J'ai été très contente qu'il le fasse j'en avais envie plus que toute autre chose à cet instant.

Mon seul regret est que Booth soit resté avec nous ce soir-là non que sa compagnie soit désagréable, mais j'avais vraiment très envie de passer la soirée en tête-à-tête avec Russ, mon frère.

Enfin, après tout ce temps, je pouvais de nouveau le qualifier de frère. Ma rancœur et ma colère avaient disparu, je ne voyais à ce moment-là que tout l'amour et l'attachement que j'éprouvais pour lui. Pour moi, il n'était plus le frère traître, en conditionnelle, abonné à la prison, menteur et lâcheur qu'il avait été pour moi pendant dix-sept ans, mais bien le frère aimant, attachant, sincère, complice que j'avais connu les quinze premières années de ma vie. Je lui avais pardonné ses mensonges et son abandon, et maintenant notre relation allait pouvoir reprendre là où elle s'était arrêtée.

Russ est resté quelques jours chez moi, et on a retrouvé la totalité de notre complicité. Il est reparti en prison quelques semaines pour avoir aidé notre père dans sa cavale, mais je ne lui en veux pas pour ça. J'ai passé un nouveau Noël avec lui, et ce Noël-là m'a redonné l'envie de fêter ce jour. On se voyait souvent, passant de temps en temps le week-end ensemble.

J'ai rencontré mes deux nièces, et la petite amie de Russ, Amy, ce même Noël. Je les ai trouvées charmantes. Depuis j'ai passé chaque Noël avec ma famille, ou du moins ce qu'il en restait je n'avais plus été aussi heureuse depuis la disparition de mes parents.

Ma relation avec mon frère m'a permis d'avancer et de mieux comprendre les gens. Grâce à lui, j'ai compris ce qu'aimer signifie vraiment. J'ai compris que l'amour n'était pas si difficile que ça à comprendre, et qu'il n'existait pas que pour faire du mal et détruire, il avait aussi tellement d'avantages. J'apprends ces avantages un par un, petit-à-petit, avec lui. Il me guide dans ce monde qui m'est encore étranger, et je ne cesse de découvrir de nouvelles choses avec lui. Il est redevenu une partie importante de ma vie, comme avant, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, pour paraphraser Leibniz. C'est lui, c'est Russ, c'est mon frère.


Alors ? Où va votre préférence pour le moment ?