Bonjour à toutes !

Un grand merci pour les très nombreuses reviews du chapitre précédent ! Je vois que le Graham possessif ne vous a pas vraiment plu ;-) Il est vrai que je n'ai pas été très tendre avec lui, mais j'ai voulu me rapprocher le plus possible du personnage encore plus détestable du film.

Bref, dans ce nouveau chapitre, la vengeance des enfants se met doucement en place... Pour faciliter la lecture, cette journée cheval sera coupée en deux chapitres. Et elle sera très instructive pour nos deux héroïnes...

Allez, assez parlé, j'espère que cette première partie vous plaira, bonne lecture !


Chapitre 21 : Journée cheval

Les quelques minutes de voiture séparant Mifflin Street des écuries de Storybrooke furent très longues pour les quatre occupants de la voiture. Seul Graham semblait apprécier le voyage, se réjouissant du beau temps, s'enthousiasmant des températures agréables de cette fin d'été… A l'arrière, les enfants marinaient leur colère, savourant leur vengeance à venir. Regina n'avait pas non plus ouvert la bouche depuis le départ du manoir, ne prenant même pas la peine de faire semblant de s'intéresser aux blagues que lançait le shérif assis à ses côtés afin de détendre l'atmosphère.

Elle ne retrouva le sourire que quand ils arrivèrent enfin à destination, et que l'odeur si reconnaissable des écuries lui monta aux narines. Elle chérissait cette odeur plus que tout… A chaque fois qu'elle sentait ce parfum animal, elle retombait en enfance, aux côtés de son père adoré. Il lui avait transmis sa passion de l'équitation dès son plus jeune âge et elle s'était appliquée à faire de même avec son fils.

- Pouah, c'est quoi cette odeur ? Ça pue ! lança Graham en se bouchant le nez, dès sa descente de la voiture.

- LANGAGE, Graham ! Et « cette odeur », comme tu dis, c'est l'odeur des chevaux. Il ne fallait pas venir, si tu étais si délicat.

Regina bouillait de rage. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? Pourquoi n'avait-elle tout simplement pas interdit à Graham de venir ? Elle s'en voulait tellement d'avoir été faible, et voilà qu'elle allait devoir se coltiner le shérif toute la journée… Elle soupira à l'avance, fatiguée de la journée qui s'annonçait. Henry et Matthew, tout en déchargeant le coffre, observaient la joute verbale des adultes en souriant discrètement. Si Regina s'y mettait aussi, leur vengeance n'en serait que meilleure !

Chaque cavalier attrapa sa cravache et mit sa bombe sur la tête. Avec tendresse, Regina vérifia l'attache des bombes des enfants, et cette attention toucha Matthew. Il profita qu'elle soit près de lui pour lui parler tout bas, un peu honteux de ce qu'il allait révéler :

- Heu… Regina, je suis un peu gêné mais je ne sais pas vraiment faire de cheval. J'en ai un peu fait en colo avec Henry mais j'ai vraiment pas le même niveau que vous. Je voudrais pas vous retarder…

Regina lui sourit et lui répondit gentiment :

- Ne t'en fais pas, mon chéri… Tu vas monter un cheval très gentil. Et tu n'auras qu'à te laisser porter, tu verras, c'est très facile.

- Mais… et si je tombe ?

- Tu ne tomberas pas. Henry et moi serons là pour t'aider. Et puis, je ne voudrais pas te rendre à ta mère complètement amoché !

- Merci Regina, je suis sûr que ça va aller alors ! répondit-il, un peu rassuré.

- J'en suis sûre aussi, mon grand. Allez viens, il faut aller seller les chevaux.

Sur ces paroles, Regina prit Matthew par les épaules et l'entraîna à ses côtés vers les boxes. Le garçon apprécia la gentillesse de la jeune femme et se dit que, vraiment, il serait très content qu'elle soit sa deuxième maman.

oOoOo

- Bon, tout le monde est prêt ? demanda Regina, trônant sur un magnifique cheval entièrement noir.

A ses côtés, Henry avait l'air d'un vrai prince, siégeant sur sa selle, droit comme un I sur un cheval presque aussi grand que celui de sa mère, mais d'un blanc immaculé. A leurs côtés, sur son petit cheval brun, Matthew se sentit assez misérable. Il s'imagina un instant être le simple écuyer d'une grande reine et de son prince. Cette image le fit sourire. Dans ce cas, quel personnage aurait été Graham, qui pestait à cet instant contre le cheval qui refusait de le laisser monter, s'avançant d'un pas dès que le shérif mettait un pied à l'étrier ? Sans doute le bouffon du roi, pensa Matthew, qui se jura de raconter sa trouvaille à Henry un peu plus tard.

- Tout le monde est prêt, maman ! répondit avec joie Henry, ignorant parfaitement Graham qui n'avait pas encore grimpé sur sa monture.

- Alors, on y va, lança Regina sans un regard pour le pauvre shérif qui n'avait toujours pas réussi à monter sur son cheval. Au pas, pour commencer. Je voudrais voir comment se débrouille Matthew.

- Et moi, maman ? Je peux aller vite, s'il-te-plaît ? On se retrouve à l'arbre, là-bas, d'accord ?

Joignant le geste à la parole, Henry désigna du doigt un grand saule pleureur à une centaine de mètres droit devant. L'herbe devant eux était plane, il n'y avait aucun risque pour Henry qui était un excellent cavalier, alors Regina accepta et lui demanda de les attendre sous le saule.

Puis, elle plaça son cheval aux côtés de celui de Matthew, et le guida, lui donnant des indications pour lui permettre de faire avancer la bête.

Henry jeta un rapide coup d'œil à sa mère et son frère. Ils étaient occupés, parfait. Alors, il se rapprocha de Graham qui avait enfin réussi à monter sur son cheval.

- Hey, Graham, on fait la course ?

- Oulaaa, non, gamin, ça fait trop longtemps que je n'ai pas fait de cheval, je n'ai plus les réflexes pour commencer au galop direct…

- Bon, tant pis…

Henry fit mine de partir mais au dernier moment, il s'avança de la croupe du cheval de Graham et lui donna un discret coup de cravache. Le cheval répondit aussitôt à l'ordre et se mit à galoper, suivi de près par le cheval d'Henry.

- Aaaaaaaah, mais qu'est-ce qui lui prend ? hurla Graham. Reginaaaaaaa, ça va trop viiiite !

Regina leva la tête en entendant les cris, et vit les deux chevaux galoper à pleine vitesse en direction de l'arbre, point de rendez-vous indiqué. Voyant qu'Henry semblait contrôler la situation, elle ne s'alarma pas davantage et continua à guider Matthew.

Fier de son coup, mais ne souhaitant toutefois pas blesser Graham, Henry rattrapa le cheval du shérif et le ramena au pas doucement.

- Whaa, mais il s'est passé quoi, au juste ?

- Oh, tu sais, il est peut-être un peu nerveux. Et puis l'appel du grand air, ça lui a sans doute donné envie de courir…

- Oui, bah heureusement que tu étais là pour le rattraper !

« Eh oui, heureusement que j'étais là, pensa Henry. Et c'est pas fini, mon vieux… »

oOoOo

Matthew se sentait un peu plus confiant, grâce aux bons conseils de Regina. Et il commençait à retrouver les agréables sensations de liberté qu'ils avaient ressenties lors de ses premières montées en colonie. Alors, Regina le poussa à prendre un peu de vitesse et c'est au trot qu'ils rejoignirent tous deux les deux autres cavaliers déjà arrivés sous le saule. Les voyant arriver, Henry vint à leur rencontre en souriant.

Tout le monde semblait avoir pris ses marques, alors Regina proposa de lancer les chevaux à un rythme plus soutenu et sa proposition fut accueillie avec joie par les enfants… Mais Graham ne fit même pas semblant d'être enthousiaste. Il ne s'était pas encore remis de la course folle qu'il avait subie quelques instants plus tôt. Toutefois, quand il vit les trois cavaliers partir en trombe, il n'eut d'autre choix que de les suivre à contrecœur. En observant Matthew sur son cheval, Regina ne put s'empêcher de penser qu'il était vraiment doué. Il lui avait suffi de quelques minutes de prise en main pour qu'il se sente parfaitement à l'aise… Un instant, elle se mit à penser qu'il faisait vraiment partie de sa famille. Bien sûr, ils n'avaient aucun lien, ni gênes communs, ni éducation… Mais Regina se sentait proche de Matthew et elle commençait à l'aimer autant qu'elle aimait Henry. « Un jour, je lui apprendrai tout ce que j'ai appris à Henry, un jour il sera mon fils aussi » se mit-elle à penser. Gênée, elle se força à penser à autre chose… Cela voudrait-il signifier qu'elle commençait à sérieusement envisager sa vie avec lui et avec Emma ? Elle sentit son cœur s'emballer à cette idée…

Comme à leur habitude, les Mills avaient prévu leur parcours habituel : deux heures de promenade à allure tranquille, suivies d'un pique-nique en haut d'une falaise, au bord de la mer. Les enfants s'extasiaient sur tout ce qu'ils découvraient : un paysage, un animal croisé en chemin, ou une connaissance saluée d'un geste amical de la main. Trottant derrière les frères, Regina, attendrie, les regardait tous les deux avec émotion. Ils étaient si proches, si complices… Elle se sentait fière de leur offrir ce moment particulier. Et elle se sentait surtout privilégiée de pouvoir le partager avec eux. Matthew n'était pas son fils, mais à cet instant elle ne faisait aucune différence entre eux, tous deux étaient ses fils, du moins dans son esprit. Ne manquait à ce bonheur que la présence d'Emma… Les pensées de la jeune femme se dirigèrent contre son gré vers la jeune blonde. Que faisait-elle, à cet instant ? Sans doute était-elle enfermée seule dans sa petite chambre d'hôtel, pleurant tout son saoul. Ou bien au Granny's, pestant contre la brune, seule à ruminer sa colère… Seule, toujours seule… Comme Regina s'en voulait... C'était elle et seulement elle qui l'avait mise dans cette situation. Elle espérait qu'elle ne lui en voudrait pas, même si elle aurait eu toutes les raisons du monde de le faire… Elle aurait tellement aimé partager ce moment avec elle, chevauchant à ses côtés…

oOoOo

Effectivement, Emma avait pleuré. Aussitôt la voiture de Regina disparue au coin de la rue, elle s'était précipitée vers sa petite auto jaune et avait laissé échapper quelques larmes silencieuses. Cependant, Emma n'en voulait pas à Regina de l'avoir laissée, c'était elle-même qui lui avait demandé de partir avec Graham. Elle ne s'en voulait pas à elle-même d'avoir proposé cela, c'était le mieux pour tout le monde. Elle n'en voulait même pas à Graham de s'être imposé, il avait autant le droit qu'elle, si ce n'est plus, de partager cette journée familiale avec les Mills. Non, elle n'en voulait à personne. Elle ne savait même pas pourquoi elle pleurait. Tout ce qu'elle savait, c'était que cela lui faisait du bien.

Après un petit moment, elle décida de retourner dans sa chambre se recoucher. Après tout, un Swan ne se lève jamais avant dix heures un samedi matin. Alors, elle décida de profiter de l'absence d'enfants pour se reposer. Mais son repos fut de courte durée car, quelques minutes seulement après son endormissement, son téléphone se mit à sonner. Paniquée à l'idée que quelque chose ait pu arriver à sa famille, elle le saisit rapidement et lut avec surprise le nom de Belle inscrit sur l'écran.

- Allô ?

- Emma ? Je te réveille ?

- Non, non, ça va… Enfin, ouais, en fait, mais vas-y, maintenant… ça va ?

- Oui, ça va, mais je viens de trouver quelque chose à la bibliothèque et je crois qu'il faudrait que tu viennes voir ça…

Si Belle avait pris la peine de l'appeler si tôt, c'est que la découverte devait être de taille. Très impatiente, Emma se prépara donc à la vitesse de l'éclair avant de rejoindre la bibliothécaire.

oOoOo

Les chevaux avançaient depuis quelques minutes sur un chemin rocheux, ayant quitté les prairies verdoyantes des alentours de Storybrooke. Les quatre cavaliers s'enfonçaient peu à peu dans la forêt alentour. Seul le shérif ne partageait pas la bonne humeur affichée par les enfants et Regina. Il avait mal au dos, mal aux fesses, et la démarche claudicante de sa monture lui portait sur le cœur. Cependant, il ne faisait aucune réflexion à haute voix, souhaitant montrer à tout prix qu'il appréciait cette journée. Toutefois, Regina le connaissait bien et elle vit que quelque chose n'allait pas. Même si sa présence n'avait pas été vraiment souhaitée, elle ne tenait quand même pas à ce qu'il ne se sente pas bien. Alors elle s'approcha de lui et lui demanda si tout allait bien. Sentant que son orgueil masculin l'empêchait de lui avouer qu'il avait mal partout, elle prit les devants et cria à l'attention des enfants, qui étaient un peu devant eux :

- Les enfants ! On fait une pause à la clairière, là-bas, d'accord ? Vous nous attendez !

- C'est d'accord, maman ! répondirent-ils à l'unisson.

Le cœur de Regina s'emballa. Avait-elle rêvé ? Matthew l'avait-il appelée « maman » ? Il ne lui fallut qu'un instant pour qu'elle reprenne ses esprits. Bien évidemment que c'était Henry qui l'avait appelée ainsi… Et si un jour, Matt aussi l'appelait « maman » ? Elle sourit doucement à cette pensée, oubliant complètement Graham à ses côtés.

Profitant de leur avancée loin des adultes, les frères se concertèrent rapidement sur la suite des réjouissances réservées à Graham. Ils étaient convaincus que c'était le moment ou jamais de le faire craquer une bonne fois pour toutes. Alors, arrivés à la clairière, Matthew laissa Henry s'occuper de rafraîchir les chevaux et il s'éloigna un peu, sur le chemin rocheux, à l'abri du regard des adultes. Là, il ouvrit son sac et le remplit de grosses pierres. Une fois son sac rempli à moitié, il recouvrit les cailloux avec ses différents sacs de pique-nique et se dirigea vers la clairière, juste à temps pour accueillir Regina et Graham qui mettaient justement pied à terre. Chacun déposa alors son sac à dos par terre et s'assit un instant.

La pause fut plus que méritée. Même si les enfants ne le montraient pas, ils étaient fourbus, et appréciaient de pouvoir se dégourdir enfin les jambes. Un peu assoiffé par cette matinée sportive, Matthew sortit la gourde d'eau de son sac et en but quelques gorgées rafraîchissantes. Entendant le bruit de l'eau, Graham, qui était allongé de tout son long, demanda d'une voix d'outre-tombe :

- Heu, p'tit… tu m'en passes un peu, s'il-te-plaît ? J'ai pas la force de prendre la mienne dans mon sac…

- Oui, bien sûr…

Matthew s'apprêtait alors à tendre la gourde quand il sentit la main d'Henry arrêter son bras.

- Attends !, chuchota ce dernier.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda son frère aussi doucement, le voyant se retourner et se pencher pour ramasser quelque chose par terre.

Henry se releva aussitôt avec une étrange chose verdâtre dans la main, qu'il déposa sur le haut de la bouteille.

- Tiens, maintenant tu peux lui donner !

Et il accompagna la demande d'un clin d'œil à son frère. Ils sourirent, complices, de la surprise qu'ils réservaient au shérif.

Quand Graham, encore fatigué, se redressa, il ne prit pas la peine d'ouvrir les yeux, et tendit la main afin de recevoir la bouteille, qu'il porta aussitôt à ses lèvres. Après quelques gorgées, il soupira de satisfaction et ouvrit enfin les yeux. Ce qu'il vit lui fit immédiatement pousser un hurlement effrayé : à quelques centimètres de sa bouche se tenait, bien installée sur le goulot de la bouteille, un gros crapaud luisant qui le fixait de ses yeux jaunes. Dégoûté, le jeune homme lâcha aussitôt la gourde et le pauvre animal, et se mit à hurler :

- Aaaaaaah, mais c'est dégueeeuu ! Putain, c'est horrible, il a failli entrer dans ma bouche, aaaah !

Ce n'était plus Graham qui se tenait devant les trois autres, ébahis, mais une version hystérique de celui-ci : il gesticulait partout en hurlant et se frottait la bouche comme s'il avait voulu effacer toute trace du batracien sur son corps qu'il n'avait même pas touché.

Les deux frères ne cachaient pas leur joie et riaient ouvertement de la « mésaventure » de Graham. Plus surprenant, Regina elle-même semblait apprécier la farce et souriait en regardant le pauvre shérif se débattre contre l'animal qui avait disparu depuis longtemps.

- Ce sont eux qui l'ont mis là ! rugit-il soudainement en pointant un doigt vers les frères, hilares.

- Nous ? Mais pas du tout ! Où veux-tu qu'on ait trouvé un crapaud pareil ?

- C'est dégoûtant… Jamais on ne toucherait à ça…

Et ils repartirent dans une crise de rire. Regina n'était évidemment pas dupe. Elle avait tout compris. Et ne le aurait encouragés pour rien au monde dans leurs bêtises, pourtant, bizarrement, elle appréciait la situation.

- Regina ! Tu les as vus, toi ? C'est eux !

- Mais que racontes-tu ? Je ne les ai pas vus, non… Et puis, tu sais, on est dans une forêt, des petites bêtes, tu en trouveras partout…Si ça se trouve, il a juste sauté sur la bouteille au moment où tu l'as prise en main…

- Ouais, c'est ça…

- Bon, et si on continuait la promenade ? demanda-t-elle, pour couper court à la discussion. J'aimerais pouvoir arriver à la falaise pour le déjeuner. En selle tout le monde !

Regina et Henry ramassèrent aussitôt leur sac à dos, et Matthew fit exprès d'attraper celui de Graham. Après tout, ils venaient tous de chez Regina et étaient exactement les mêmes. Une confusion pouvait être possible. Il laissa donc Graham saisir le sac rempli de pierres. Encore perturbé par la rencontre avec le crapaud, il ne remarqua même pas l'erreur et le mit sur ses épaules. Puis tout le monde remit le pied à l'étrier et les cavaliers reprirent leur chemin dans la forêt.

oOoOo

Les cheveux d'Emma étaient encore mouillés quand elle poussa la porte de la bibliothèque. Le lieu semblait désert : pas un bruit, pas une lumière ne trahissait la présence d'un quelconque visiteur. Elle appela son amie d'une voix forte :

- Belle, tu es là ?

- Oui, je suis au fond, dans la salle des archives !, lui cria une voix lointaine.

Emma se dirigea vers la salle en question et eut du mal à distinguer la jeune femme parmi les tas de documents qui l'entouraient. Certains lui arrivaient même au niveau du crâne, et menaçaient de s'écrouler à tout moment. En entendant Emma, elle ne releva pas la tête, absorbée par sa lecture.

- Viens voir ce que j'ai trouvé, Emma…

- Mais attends, tu es là depuis combien de temps ? s'inquiéta Emma.

- Je suis venue dès l'ouverture, ce matin. Mais cela fait quelques jours que j'étudie ces archives et là, je crois que j'ai mis le doigt sur quelque chose. Tiens, regarde.

Belle tendit un gros livre à Emma. Il était recouvert de poussière et ressemblait à un grimoire de vieille sorcière, ou à un livre de conte de fées des temps anciens. Quand elle jeta un œil à la page ouverte par Belle, elle fut presque surprise de ne pas y voir d'anciennes formules magiques et de belles enluminures, mais seulement un article de journal jauni et décrépi par le temps.

- Mais… c'est quoi ?

- C'est les archives du Storybrooke Daily Mirror, le journal local, répondit Belle fièrement. Tous leurs numéros sont reliés et conservés ici pour la postérité, au cas où quelqu'un aurait des recherches à faire sur l'histoire de la ville ou de ses habitants. Et il semblerait qu'aujourd'hui, cela nous rende un grand service !

Emma observa la page avec attention. Le bandeau DECES DE L'EPOUX DE MADAME LE MAIRE s'étalait sur toute la largeur de la page. Sous ce titre se développait l'article sur une demi-page. Il occupait ainsi quasiment toute la une du journal. Une grande photo en noir et blanc montrait au premier plan une jeune femme à l'air altier tenant par la main une petite fille aux cheveux d'un noir de jais. Si l'expression de la femme était indéchiffrable, Emma put clairement lire sur le visage de la petite fille une grande tristesse. Son beau regard lui faisait penser à quelqu'un mais elle n'arrivait pas à définir qui. A leurs côtés, enserrant de manière possessive les épaules de la femme, se tenait un homme. Cheveux mi-longs, de petites lunettes rondes sur le bout du nez, il semblait soutenir le chagrin de la femme et de l'enfant. Mais Emma ressentit comme un frisson en l'observant. Son sourire semblait faux.

Le regard d'Emma se détacha finalement des trois personnes et elle observa l'arrière-plan. Un grand manoir d'un blanc lumineux se trouvait derrière elles. Elle aurait reconnu ce perron entre mille… Ce manoir était le manoir de Regina !

N'en tenant plus, elle lut l'article à haute voix :

Epoux de Madame le Maire depuis plus de trente ans, mari fidèle et aimant, Henry Mills est décédé dans la nuit de …

Elle s'interrompit et regarda Belle, interrogative :

- Attends… Henry Mills, comme dans Regina Mills, comme… le grand-père de mon fils… ?

La bibliothécaire acquiesça silencieusement, l'encourageant à poursuivre sa lecture d'un signe de tête.

Henry Mills est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi. Les circonstances sont pour le moment inconnues mais il semblerait qu'il ait succombé à une crise cardiaque. Aussitôt appelés par sa femme et maire de Storybrooke, madame Cora Mills, les secours sont arrivés rapidement sur les lieux, au 108 Mifflin Street, résidence de la famille Mills. Malheureusement ils n'ont rien pu faire à leur arrivée, le cœur d'Henry Mills ayant lâché quelques minutes plus tôt.

Toute sa vie, Henry Mills avait choisi de soutenir la femme qu'il aimait. Il avait ainsi passé sa vie dans l'ombre de celle de sa femme, la puissante Cora Mills, bien avant que les électeurs de notre petite ville n'aient choisi de l'élire à la tête de la mairie. Fils d'un ouvrier agricole et d'une…

Emma s'interrompit à nouveau, afin de digérer les informations qu'elle venait de découvrir. Ainsi donc, cette petite fille sur la photo n'était autre que Regina. Elle ne devait pas avoir plus de cinq ou six ans. La suite de l'article présentait succinctement la vie du père de Regina… En découvrant la vie de cet homme dont elle ignorait tout quelques minutes auparavant, Emma se sentit gênée, comme si elle avait découvert un secret que la brune ne lui avait pas révélé. Alors, silencieusement, elle parcourut la suite plus rapidement, ne reprenant la parole que pour lire à Belle la dernière phrase, avec une émotion dans sa voix qu'elle ne réussit à cacher : « Henry Mills laisse derrière lui une vie de sacrifices, une femme inconsolable et une petite fille de six ans, Regina Mills. Toute la rédaction du Storybrooke Daily Mirror leur adresse de sincères condoléances. Nul doute que la ville de Storybrooke perd ainsi un de ses plus éminents habitants.»

Après un instant nécessaire à Emma pour enregistrer tous ces nouveaux détails, elle demanda à Belle :

- Ok, donc, Regina est fille de l'ancienne maire et elle a perdu son père à l'âge de six ans. C'est malheureux mais cela ne nous aide pas beaucoup…

- Lis la légende de la photo, tu vas comprendre, lui répondit Belle, en pointant du doigt la petite ligne sous la photo qui avait échappé à l'attention d'Emma.

- « Madame Cora Mills et sa fille Regina soutenues dans leur terrible chagrin par leur ami de longue date, Monsieur… Rumple Gold » ! Gold ? C'est vraiment lui ? Il connaît donc Regina depuis tout ce temps ? Tu sais quoi, Belle ? Je suis sûre qu'on est sur la bonne voie pour trouver ce qui l'effraie autant chez ce Gold. Poursuivons les recherches !

Motivées comme jamais, Emma et Belle se répartirent équitablement les archives du journal et commencèrent à éplucher méthodiquement toutes les pages, rubrique nécrologique, articles politiques, état-civil… même les ennuyeux articles parlant des divers travaux urbains. Si seulement elles savaient ce qu'elles cherchaient… Trouver un lien entre Gold et Regina était aussi facile que de trouver une aiguille dans une botte de foin…

oOoOo

- Ahhh ce que j'ai mal au dos, c'est pas possible… Vous avez emporté un pique-nique pour trois jours ou quoi ?

Regina soupira discrètement. Graham ne pouvait donc pas simplement apprécier la promenade? Ou du moins se taire cinq minutes ? Il ne faisait que râler depuis qu'il avait descendu le pied de la voiture, et cela commençait vraiment à l'agacer.

- On est presque arrivés au lieu de pique-nique. Tu peux tenir encore dix minutes ou va-t-il falloir que j'appelle les secours ?

Le shérif sourit, croyant à une plaisanterie mais le visage de Regina était impassible. Il n'allait quand même pas gâcher ce moment avec les enfants ? Alors, laissant Graham, elle pressa le pas de son cheval et arriva à leur hauteur.

- Tout va bien, les garçons ? Vous aimez la promenade ?

- Oh oui, c'est vraiment génial. En plus, mon cheval est vraiment gentil, répondit Matthew avec une joie non dissimulée.

- C'est celui que montait Henry quand il était petit, il est un peu vieux mais il est très gentil avec les débutants. Tenez, regardez, on est arrivés !

Les trois cavaliers étaient en effet enfin sortis de la forêt et devant eux se tenait un magnifique paysage : ils venaient de déboucher sur le haut d'une falaise recouverte d'une étendue d'herbe d'un vert profond. La mer s'étendait à perte de vue et en contre-bas, le bruit des vagues résonnait contre les roches avec force. Tout dans ce paysage donnait une impression de grandeur et de majesté.

Regina inspira profondément l'air pur et se tourna ensuite vers Matthew :

- Voici notre endroit secret, à Henry et moi. Je suis très fière de te le faire découvrir aujourd'hui, Matt… J'espère que cet endroit te sera un jour aussi familier qu'à nous. Et j'espère un jour y venir avec ta maman…

Matthew regarda Regina qui avait maintenant les yeux dans le vide, perdus dans l'horizon.

- Vous l'aimez… ma maman ? osa timidement le jeune garçon.

- Oui, répondit-elle simplement.

Henry n'avait pas ouvert la bouche pendant l'échange entre sa mère et son frère, mais son cœur battait très fort à cet instant.

Une fois les chevaux solidement attachés à un tronc qui traînait par terre, les garçons s'occupèrent de leur donner quelques carottes et autres légumes dont ils se régalèrent aussitôt. Graham ôta son sac à dos de ses épaules, non sans un dernier râle :

- Raaa, mais qu'est-ce que vous y avez mis ? C'est méga lourd, là-dedans…

- Ce sont seulement nos pique-niques, Graham. Et à l'avenir, je te prierai de ne plus râler, tu commences vraiment à me faire regretter de t'avoir proposé de venir.

- Oooh, c'est que ma Gina serait un peu en colère ? dit-il en se rapprochant d'elle, faisant mine de la prendre dans ses bras.

Elle se débattit immédiatement, et le regard interrogateur de Graham en disait long sur son incompréhension.

- Bah quoi ? Je veux juste un peu de réconfort après la dure matinée que je viens de passer…

- C'est pas le moment, Graham, c'est tout.

- Ok, ok, je me demande bien pourquoi je suis venu, tiens…

- Oui, c'est ce que je me dis aussi…, répondit-elle si bas qu'il ne l'entendit pas.

Après le déjeuner des chevaux, arriva l'heure du déjeuner pour les humains et chacun ouvrit son sac, affamé et impatient de mordre dans son sandwich. Mais quand Graham ouvrit son sac, qu'il en retira ses sandwichs, et qu'il vit avec horreur les pierres au fond, il ne put s'empêcher de hurler.

- Qu'est-ce qu'il y a, encore ? demanda, passablement énervée, la mère d'Henry.

- Des pierres dans mon sac ! Ils ont mis des pierres dans mon sac ! Mais ils sont malades, ces gamins !

- Graham, tu te calmes, c'est compris ? dit Regina, puis se tournant vers les enfants : C'est vous qui avez mis ces pierres dans le sac de Graham ?

Même s'ils mouraient d'envie d'éclater de rire, les garçons n'osaient laisser éclater leur joie, en voyant le regard courroucé de Regina.

- Oui, c'est moi, répondit honnêtement Matthew. Mais, c'est parce que… je fais la collection !

- Tu fais la collection des cailloux ? beugla Graham. Mais c'est n'importe quoi, c'est n'importe quoi ! Ils me détruisent le dos pour une collection de cailloux… Non mais, sérieusement … ?

Matthew, le regard baissé, n'osait soutenir le regard de Regina. Pourtant, quand il leva les yeux, il vit dans ceux de la brune un petit éclat particulier. Soulagé, il comprit qu'elle ne lui en voulait pas, mais elle le réprimanda quand même pour la forme :

- Tu as le droit de faire les collections que tu veux, Matt. Mais tu aurais dû faire attention à prendre ton sac et ne pas le laisser porter par Graham.

- Oui, pardon Regina. Pardon Graham…

- Allez, l'incident est clos. Bon appétit tout le monde ! conclut Regina.

Matt, soulagé, lança un regard complice à son frère. Ils tenaient le bon bout, Graham n'allait pas tarder à craquer !


La semaine prochaine, un grand pas sera franchi par Regina, et on apprendra enfin le lien entre elle et Gold !

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Pour celles qui connaissent le film, vous avez retrouvé les scènes du camping ? ;-)

De gros bisous et à la semaine prochaine !