Bonjour à toutes ! J'espère que vous allez bien, malgré le froid hivernal.
Je voulais avant toute chose vous remercier encore et encore ! Avec le précédent chapitre, on a atteint les 300 reviews... C'est juste fou...
Voici sans plus attendre la fin de la journée-cheval... Je ne sais pas pourquoi mais je pense que ce nouveau chapitre va vous plaire ;-)
Bonne lecture
Chapitre 22 : Bye, bye, Graham !
Les quatre cavaliers profitaient de leur pause depuis maintenant une bonne demi-heure. Le shérif était allongé, la tête sur un des sacs à dos, Regina était assise en tailleur en observant la mer et les enfants s'occupaient des chevaux. Henry se faisait un plaisir de montrer à Matthew tout ce qu'il connaissait sur ces animaux : comment les soigner, les nourrir, les laver… Il lui apprenait les différentes parties de leur corps, le nom des différentes pièces d'harnachement. Il était vraiment dans son élément…
Un bref instant, le regard du garçon se voila, ce que remarqua aussitôt Matthew :
- Ça va, Henry ? T'as quoi, tout d'un coup ?
- Oui, ça va. C'est juste que … j'aurais tellement voulu qu'Emma soit avec nous aujourd'hui.
- Moi aussi… répondit-il tristement. Puis avec un peu plus d'entrain, il proposa : Et si on lui envoyait une photo de nous ?
Henry accueillit son idée avec joie et appela sa mère pour qu'elle figure sur le cliché. Ravie de l'idée, elle se plaça instinctivement entre les deux enfants.
- Mais qui va faire la photo ? s'inquiéta un des frères.
- Je sais exactement qui, sourit la brune. Graham ! Peux-tu venir un moment, s'il-te-plaît ?
Graham se releva de sa sieste avec difficulté et s'approcha de la petite famille. Regina lui demanda avec gentillesse de les prendre tous les trois en photo, ce qu'il fit sans grand enthousiasme.
- Super, merci Graham, dit Henry quand le shérif lui remit le portable. Emma va être contente de nous voir !
« C'était donc pour Emma, cette photo… Mais pourquoi Regina a-t-elle eu besoin de poser avec eux ? » se dit-il en son for intérieur, pestant contre cette chose qui s'installait dans cette famille et qu'il ne comprenait pas.
oOoOo
Le bip du téléphone d'Emma la sortit brusquement de ses recherches. Elle n'avait pas levé le nez du Storybrooke Daily Mirror depuis plusieurs heures maintenant, et elle accueillit la pause fortuitement proposée par son téléphone avec soulagement.
Elle lut le message avec émotion. Il était tout simple mais la fit sourire tendrement :
On pense fort à toi, maman ! On s'amuse bien et on espère que tu ne t'ennuies pas trop sans nous !
Gros bisous de nous trois
Puis, elle ouvrit la pièce jointe et son cœur s'emballa. Devant les chevaux qui broutaient paisiblement à l'arrière-plan, se tenaient ses enfants et Regina entre eux, les entourant de deux bras protecteurs. Tous les trois affichaient un sourire franc qui lui réchauffa le cœur. Elle ne put contenir un petit gémissement attendri, qui fit relever la tête de Belle.
- De bonnes nouvelles ?
- Oui, c'est un mms de Regina et des enfants, répondit-elle sans lever les yeux de l'écran.
Belle ne dit rien. Il n'y avait rien à dire. Rien qu'à la façon dont la jeune femme regardait son téléphone, elle avait compris que rien ni personne ne pourrait les séparer encore bien longtemps… Emma enregistra rapidement la photo en tant que fond d'écran et se replongea dans ses recherches avec un nouvel entrain.
oOoOo
La promenade des quatre cavaliers avait repris depuis une bonne heure maintenant. De temps en temps, Henry et Regina laissaient les chevaux prendre de la vitesse et ils chevauchaient côte à côte au galop. Leurs cris de joie trahissaient leur bonheur. Ils étaient libres ! A vrai dire, il n'y avait qu'à cheval que Regina se sentait vraiment libre. Sur sa monture, Gold et sa mère étaient loin et tous ses soucis étaient oubliés.
Mais la plupart du temps, ils marchaient au pas ou trottaient doucement aux côtés de Matthew. Le jeune garçon s'en voulait un peu. Il voyait bien que son faible niveau les empêchait de galoper autant qu'ils auraient voulu. Mais Regina lui soutint plusieurs fois que « le bonheur, ce n'est pas de faire les choses dans son coin, mais c'est de les partager avec les gens qu'on aime », alors il se sentait moins coupable et très heureux.
Bien que débutant, le garçon progressait rapidement et il arrivait maintenant à tenir correctement sur son cheval lancé à un trot soutenu. En revanche, un autre débutant ne dépassait pas le stade du trot. A vrai dire, Graham ne faisait même pas l'effort d'essayer de progresser et se laissait lamentablement porter par le pauvre cheval contraint de faire toute la balade au pas.
L'heure de la dernière pause avait maintenant sonné. Il fallait permettre aux chevaux de se reposer une dernière fois avant le retour à l'écurie. Regina conduisit alors toute la petite troupe sur les berges d'une rivière, où les animaux pourraient se désaltérer. Tout le monde commençait à être vraiment fatigué. Malgré les sourires toujours présents des enfants, Regina savait qu'il ne faudrait pas trop tarder à rentrer.
Arrivés au bord de la rivière, tout le monde mit pied à terre. Même les cavaliers émérites commençaient à ressentir des tiraillements dans le bas du dos et les futures courbatures du lendemain.
Complètement éteint, Graham se laissa nonchalamment glisser en bas de son cheval. Mais quand il arriva au sol, il fut surpris par une étrange sensation. Au lieu d'un sol dur et caillouteux auquel il s'attendait avec raison, il sentit son pied s'enfoncer dans une matière molle et chaude. Un horrible bruit de succion accompagna son atterrissage. Redoutant avec horreur ce qu'il allait découvrir, le shérif baissa les yeux et poussa un nouveau cri. Un cri de rage, cette fois, et qui fit se retourner les trois autres.
- Aaaaah putain, mais c'est quoi cette journée de merde ?
- GRAHAM, ton langage, à la fin ! cria Regina en se tournant vers lui.
C'est là qu'elle remarqua son pied droit, enfoncé jusqu'à la cheville dans un gros tas de crottin. Elle ne put réprimer un sourire moqueur. Les deux garçons, en revanche, prirent beaucoup moins de précaution pour ménager la susceptibilité du shérif et éclatèrent d'un rire bruyant. Leur rire se fit encore plus puissant quand ils virent Graham lutter pour retirer son pied du tas d'excréments et qu'au bout de quelques instants de lutte, il réussit à retrouver son pied… mais sans sa basket, restée collée au milieu du tas.
- MAIS POURQUOI ÇA N'ARRIVE QU'A MOI, FRANCHEMENT ?
- Recule, Graham, il y a la rivière juste derrière toi. Va te laver le pied dedans, proposa Henry entre deux éclats de rire.
- Ouais, c'est ça, rigolez, rigolez… C'que j'en ai marre, de cette journée. J'ai mal partout, je suis contraint de porter des cailloux, et maintenant je mets le pied dans du crottin tout frais… Vivement ce soir, franchement…
Graham continuait de maugréer tout en plongeant son pied dans l'eau fraîche du cours d'eau. Matthew se sentait un peu mal à l'aise pour le pauvre Graham. Cela lui faisait sincèrement un peu mal au cœur de le voir subir cette journée depuis le début. Alors, il décida de l'aider un peu. A l'aide d'un bâton, il réussit à extirper sa chaussure du tas de crottin. Pensant que le jeune homme aimerait sans doute la nettoyer un peu avant de glisser son pied dedans à nouveau, il l'approcha de lui, toujours accrochée au bout de son bâton.
Malheureusement, trop occupé à frotter sa jambe jusqu'au genou avec dégoût, Graham ne vit pas la chaussure s'approcher de lui dans son dos. Quand Matthew lui cria de se retourner, il se retrouva nez à nez avec sa basket nauséabonde. Surpris par la vision, il se recula brusquement, glissa sur un rocher mouillé …et se retrouva assis au milieu du ruisseau, trempé jusqu'à la taille, et les yeux plus noirs que jamais.
oOoOo
- Belle, viens voir ça !
Emma et Belle avaient effectué près de huit heures de recherches acharnées, entrecoupées quelquefois par des fausses-joies ou des moments de découragement. Elles étaient fatiguées, leurs têtes tournaient et leurs yeux n'étaient plus en face des trous. Mais, alors qu'elles s'apprêtaient à ranger tout ce qui s'était entassé autour d'elles depuis le matin, Emma avait jeté un dernier coup d'œil à la rubrique d'état-civil. Bien que fatigué, son œil fut attiré par le nom des Mills qui s'étalait au milieu de la page.
Belle arriva en trombe et lut l'article :
Mariage de Cora Mills et Rumple Gold
C'est avec une joie non-dissimulée que notre chère maire de Storybrooke s'est unie cet après-midi à son ami de longue date, l'antiquaire Rumple Gold. Depuis la mort tragique de son mari bien-aimé, il y a cinq ans, Madame le maire vivait une vie solitaire, élevant avec courage son enfant unique, la petite Regina Mills, aujourd'hui âgée de onze ans.
Face à l'adversité, les deux amis ont décidé aujourd'hui d'échanger leurs vœux. Nul doute que le regretté Henry Mills eût donné sa bénédiction à cette union. Décidé à aider sa famille maintenant agrandie, et fidèle à sa bonté coutumière, Monsieur Gold a émis le vœu d'adopter la fille de Madame Mills. Souhaitons tous nos vœux de bonheur à cette nouvelle famille qui, à n'en pas douter, vivra de beaux moments ensemble.
La cérémonie, sobre mais majestueuse, a eu lieu …
Belle interrompit sa lecture, la voix brisée.
- Il est marié… Gold est marié…
La nouvelle lui avait fait l'effet d'un coup de poignard. L'homme qu'elle aimait, celui avec qui elle pensait tout partager depuis plusieurs années était en fait marié et elle n'en savait rien. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux mais elle se força à relever la tête, fière et déterminée.
Emma, à ses côtés, avait bien ressenti la douleur de son amie. Elle avait voulu faire ces recherches pour elle et Regina mais n'avait jamais pensé aux conséquences que celles-ci pourraient avoir sur le couple de son amie. Elle était gênée et se sentait coupable. Encore une fois, elle avait agi sans réfléchir aux conséquences de ses actes et elle s'en voulait pour cela. Alors, avec un petit sourire qu'elle voulait réconfortant, elle se tourna vers Belle et dit, d'une voix douce :
- Je suis désolée, Belle. Je ne voulais pas te mettre dans cette situation. Tout est ma faute et je m'en veux…
- Stop, Emma. Je me suis lancée dans ces recherches avec toi car je sentais que Rumple me cachait quelque chose. J'ai insisté pour qu'on découvre ensemble ce qui se tramait. Je suis venue ici toute seule ce matin avec l'espoir de découvrir ce qui se passait. S'il y a quelqu'un qui doit s'excuser, ce n'est en aucun cas toi…
- Ne lui fais pas payer trop cher, Belle…, rétorqua Emma, qui savait à qui s'adressait la colère de Belle. Il a sans doute de bonnes raisons de ne pas te l'avoir dit.
- Il a sans doute de bonnes raisons, et je peux t'assurer qu'il va me les donner.
Le regard de la jeune bibliothécaire était noir et son visage fermé. Une détermination qu'Emma ne lui connaissait pas brillait sur son visage. Elle reprit, un peu plus calmement :
- Tu sais, je suis contente qu'on ait trouvé quelque chose sur Regina. Ce n'est pas grand-chose, mais j'espère que ça va vous aider… Je savais qu'en me lançant dans ces recherches, je risquais de tomber sur des choses pas nettes. Je savais que Rumple n'avait pas eu un passé très clair. Et j'étais prête à faire face à ce passé, pour le comprendre et sauver mon couple… Mais aussi pour sauver le tien…
- Si j'avais su, je…
- Emma, la coupa-t-elle, vous méritez d'être heureuses ensemble. Je ne veux pas que votre avenir soit gâché par des secrets inavoués… comme c'est le cas pour Rumple et moi…, ajouta-t-elle tristement.
- Merci.
Emma ne pouvait en dire plus. Elle avait le souffle coupé devant la force de son amie qui avait été prête à mettre son couple en danger, par amitié pour elle. Jamais personne ne lui avait prouvé son affection de cette façon, jamais personne ne s'était à ce point mis en danger pour elle. Une immense gratitude naquit en elle aussitôt. Elle serra son amie dans ses bras, la remerciant tacitement pour son sacrifice et son amitié.
oOoOo
- Je suis sûr qu'il m'a poussé exprès ! hurla Graham, en se relevant non sans mal du cours d'eau, trempé et en colère comme jamais.
- Non, non, je te jure, j'ai pas fait exprès, se défendit Matthew.
Et comme pour prouver sa bonne foi, le garçon tendit la main au shérif afin de l'aider à se relever. Mais ce dernier ignora la main tendue et sortit de l'eau d'un pas rageur, non sans éclabousser les enfants au passage. Une fois sur la berge, il se dirigea droit vers Regina. Un instant, elle crut qu'il allait la jeter à l'eau de rage, mais il s'arrêta à quelques centimètres d'elle et la fixa droit dans les yeux. Une colère sourde luisait dans son regard, la colère déformait ses traits et il gouttait de partout. Le gentil Graham que connaissait Henry n'était plus que l'ombre de lui-même. Devant Regina se tenait maintenant un homme pitoyable, trempé, avec une chaussure en moins. Ce n'était plus le fier shérif. C'était un homme humilié. Humilié par des enfants qui le martyrisaient, humilié par sa femme qui les laissait faire. Humilié enfin par une jeune inconnue qui lui ravissait peu à peu le cœur de sa Regina.
En temps normal, il aurait ri de la chute dans le cours d'eau. Quelques mois auparavant, il aurait pu se retrouver avec Henry et Regina, tous les trois. Ils auraient ri ensemble de ses mésaventures, et il aurait passé une très bonne journée. Mais aujourd'hui, il le savait, quelque chose avait changé. Sa colère n'était pas due à sa chute, à son pied dans le crottin, ou même aux cailloux dans son sac. Non, sa colère était seulement due à cette Emma Swan.
Il allait en avoir le cœur net. Les yeux toujours plongés dans ceux de Regina, la mettant au défi de soutenir son regard, il prit la parole, décidé :
- J'en ai assez, Regina. Depuis qu'ils se sont retrouvés tous les deux, je n'existe plus à tes yeux. On ne se voit plus, on ne baise plus –
- Graham ! cria-t-elle, choquée du vocabulaire employé devant les enfants par le shérif, qui était à présent rouge de colère.
- Tais-toi, Regina ! Tu m'ignores, tu ne m'appelles plus. Quand j'ai le malheur de passer du temps avec vous, tout le monde me fait sentir que je suis de trop, sans parler de tout ce que me font subir les enfants ! Non, ne dis rien ! Je sais que tout vient d'eux ! Seulement… ces petits trésors sont sans doute trop bien élevés pour que tu puisses même l'envisager ! Et cette Swan…
- Mais que vient faire Emma dans ta petite crise de jalousie pré-adolescente ? demanda-t-elle sarcastiquement, non sans une certaine pointe d'inquiétude sur ce que s'apprêtait à dire Graham à propos d'Emma.
- Ah c'est donc « Emma », maintenant ? Ce n'est plus « miss Swan » ? De toute façon, quoique tu me diras, je sens bien qu'il y a quelque chose de pas net entre vous !
Les deux enfants, qui s'étaient tenus à l'écart du couple depuis le début de la dispute, s'étaient à présents un peu avancés et tendaient discrètement l'oreille. La discussion commençait à être vraiment intéressante…
- Graham…
- Non, il n'y a pas de « Graham » apitoyé qui tienne…. Ecoute-moi bien, Regina, je vais être très clair…
Graham inspira profondément puis lança, en fixant toujours Regina droit dans les yeux :
- C'est moi ou eux.
- C'est eux, répondit-elle le plus simplement du monde, sans même prendre le temps de réfléchir.
Son cœur avait parlé avant sa raison. A ces mots, les frères se regardèrent incrédules, bouillonnant d'une joie intense. Ils auraient tellement voulu hurler leur bonheur, se jeter dans les bras de Regina, l'annoncer à Emma… Tellement de choses qu'ils ne pouvaient pour le moment pas s'autoriser.
- Quoi ? hurla-t-il.
Graham en était vert de rage. Si ses yeux avaient eu le pouvoir de lancer des éclairs, Regina aurait été foudroyée sur place.
- C'est eux, reprit-elle d'un ton plus affirmé, en soutenant son regard. C'est eux et ça toujours été eux, Graham. C'est Henry, Matthew et Emma. C'est eux, ma famille.
Le cri que poussa Graham à cet instant fit relever la tête des chevaux et Henry aurait même juré avoir vu quelques oiseaux s'envoler de frayeur quelques arbres plus loin. Les enfants, quant à eux, exultaient pour de bon, en bondissant sur place et en se prenant dans les bras. La confirmation de Regina venait de faire bondir leur cœur. Ils étaient sa famille…
Elle est ma famille… Matthew semblait comprendre tout ce que cette simple phrase venait d'impliquer. Regina venait de quitter Graham pour eux. Pour Emma et lui. Elle venait de quitter son homme pour sa mère… Depuis leur arrivée à Storybrooke, Matthew avait provoqué, encouragé voire imaginé la relation entre sa mère et Regina. Mais elle restait dans son esprit un simple rêve, un fantasme qui avait finalement peu de chances de se réaliser. Depuis le début, même s'il voulait y croire, l'opération Tourterelles n'était qu'un jeu. Un jeu sur lequel il pariait gros, mais un simple jeu quand même. Mais cet après-midi, dans cette forêt, près de ce cours d'eau, toute la réalité de ce jeu lui sauta aux yeux. Regina et Emma s'aimaient, et ils allaient enfin vivre tous les quatre comme une vraie famille…
D'habitude peu émotif, il sentit avec surprise ses larmes lui monter aux yeux… Sans quitter les adultes des yeux, il prit la main de son frère, qu'il sentit se serrer dans la sienne. Henry aussi avait compris. Tacitement, sans se regarder, leurs mains serrées scellèrent cet instant. Plus jamais ils ne se quitteraient.
- Maintenant, Graham tu vas calmement remonter sur ce cheval. On rentre à l'écurie, je te redépose chez toi et tu te reposes.
Mais il semblait ne pas avoir envie de terminer cette conversation, alors il continua, sur un ton méprisant :
- Tu me quittes pour une femme ? Depuis quand tu es lesbienne ?
- Je ne te quitte pas pour une femme, Graham. Je te quitte parce que je ne t'aime pas.
- Et elle, tu l'aimes ?
- En quelques jours, elle m'a plus fait battre le cœur que toi en plusieurs mois…
Regina n'avait pas pu retenir ces paroles. Mais c'était la simple vérité. Elles n'étaient en aucun cas blessantes pour Graham. Regina ne faisait pas une comparaison. C'était un simple constat : elle était simplement tombée amoureuse d'Emma, bien plus vite et bien plus fort que ce qu'elle aurait pu penser.
- En tous cas, sache bien que quand tu en auras assez de ta petite lubie, je ne serai pas là pour te récupérer…
- Mais je ne te demande rien…
En vérité, Graham avait été blessé dans sa fierté masculine. Il était finalement moins blessé d'être quitté, que de l'être pour une femme. Après tout, qu'avait cette Emma que lui-même ne pouvait pas apporter ? Déçu d'avoir cru qu'il pourrait sauver son couple avec cette journée, il remonta à cheval sans un regard pour les trois autres cavaliers. Aussitôt en selle, il heurta les flancs de l'animal, le lançant à plein galop.
Regina réagit immédiatement en bondissant à son tour sur sa monture :
- L'imbécile, il ne sait pas monter, il va se tuer !
Une rapide course lui permit de rattraper le shérif. Elle attrapa les rênes de son cheval et ramena les deux animaux au pas en quelques instants. Quand enfin elle se tourna vers lui, elle remarqua qu'il la regardait avec douceur. La course semblait l'avoir fait revenir à la réalité, et il avait retrouvé son doux regard habituel. Toutefois, Regina remarqua une petite ombre triste dans ses yeux. Elle reprit avec gentillesse, et un sourire complice :
- On n'était pas amoureux, de toute façon. On se le disait régulièrement, rappelle-toi…
- Je sais, Regina… Mais me faire piquer ma femme par une autre femme, ben tu vois, c'est pas hyper flatteur pour un homme.
- Graham, tu es un super amant, tu le sais, ne remets pas tes capacités en question. Mais Emma, c'est différent. Quand je suis avec elle, je me sens… comment dire ?... à ma place. Je me sens bien, en sécurité, protégée. Je sens que rien ne peut m'atteindre, ni me blesser. Je tiens à elle, elle me fait battre le cœur comme personne avant elle. Et…elle est si belle. Je me sens fondre, à ses côtés. J'ai juste envie de me blottir dans ses bras et de tout oublier. Tu comprends ? Avec toi, c'était bien, on s'est bien amusés, mais je n'ai jamais ressenti ça. Et je sais que toi non plus…
- Tu es vraiment amoureuse d'elle, hein ? lui demanda-t-il doucement.
Regina se contenta de hocher la tête, avec un sourire timide mais sincère.
- Alors vas-y… lui répondit-il simplement. Après tout, je ne peux pas lutter contre une belle blonde… Libre à toi de risquer ta réputation et ton poste de maire. Et moi ? Bah je m'en remettrai avec mon pote whisky en rêvant de ton corps de rêve dans les bras de cette Miss Swan…
Il plaisantait. L'orage était passé.
- Graham, ne dis pas n'importe quoi, répondit Regina en riant légèrement.
- Sérieusement Regina, puisque tu as décidé de vivre enfin, vas-y, aime-la.
- Vraiment ? J'ai l'autorisation du shérif ? plaisanta-t-elle.
- Je suis sérieux, Regina. Je sais que tu as tes parts d'ombre. Je n'ai jamais cherché à les voir. Mais si tu es prête à lui montrer, et si elle est prête à les accepter, alors vas-y, ne perds pas de temps… Vis…
- Merci, Graham…, lui répondit-elle, reconnaissante.
Si seulement elle pouvait… Si seulement… Il est tellement plus simple de ne pas aimer.
oOoOo
Arrivés aux box, chacun nettoya et pansa son cheval et, quelques minutes plus tard, tous les quatre se redirigèrent vers leur voiture.
C'est à ce moment que Regina remarqua, garée à côté de sa grosse berline noire, une petite voiture jaune cabossée. Son cœur fit un bon dans sa poitrine et elle se maudit intérieurement de réagir comme une adolescente. Dans quel état se mettait-elle pour une simple voiture ? Mais si sa voiture était là, alors Emma aussi ? Où était-elle ? Et surtout, pourquoi était-elle venue les retrouver aux écuries ?
Ce qu'elle ignorait, c'est que pendant sa longue discussion avec Graham, Henry avait appelé sa mère, lui demandant de les rejoindre aux écuries. Il savait que s'il ne prenait pas les devants encore une fois, ces deux empotées auraient du mal à se retrouver. Il avait juste forcé un peu le destin en provoquant leurs retrouvailles.
Les voyant se diriger vers elle, Emma sortit de sa voiture et leur sourit chaleureusement. Regina et les garçons s'avancèrent vers elle. Graham, quant à lui, resta légèrement en retrait, conscients dorénavant qu'il n'appartenait plus à cette famille.
- Alors, mes chéris, c'était bien ? demanda-t-elle en les regardant tous les trois.
Une vague de chaleur envahit la brune à ces paroles. Ce « mes chéris »ne lui était peut-être pas directement destiné, mais elle ne pourrait jamais s'en lasser.
- C'était génial, maman, trop, trop bien ! Regina m'a appris à faire plein de trucs, maintenant je peux même aller au trop et un peu au galop et j'ai même pas peur, et mon cheval était trop gentil et-
- Oulah, gardes-en pour plus tard, fiston, lui dit-elle en riant… Laisse parler ton frère. Et toi, Henry, tu as aimé ?
- Oh oui, vraiment bien… Mais ça aurait été encore mieux avec toi.
Et sur ces mots, il serra une Emma très émue dans ses bras. Afin de cacher son trouble, elle fit semblant de se débattre en riant :
- Ahh nooon, tu vas me mettre plein de terre ! Ma veste va t'en vouloir à mort !
Puis elle se tourna vers Regina qui n'avait pas encore prononcé un mot.
- Et vous Regina, vous avez passé une bonne journée ? Mon fils n'a pas été trop embêtant ?
- Oh non, c'est un amour de garçon ! « Un peu comme vous », se retint-elle d'ajouter. Et la journée fut… instructive.
- Instructive ? Comment ça ? Il vous a confié tous nos secrets ? Il m'a trahie ? Matthew, viens ici, espèce de traître…
Emma souriait de bonheur en courant après son fils. Son mal de tête dû à l'enfermement dans l'air renfermé des archives avait disparu dès qu'elle avait rejoint sa famille. Elle ne sentait même plus le poids de la fatigue. Elle était juste heureuse de les avoir retrouvés. Regina observait Emma courir après son fils, l'attraper et le couvrir de bisous. Une fois calmée, elle revint aux côtés de la brune qui la regardait d'un air impénétrable.
- Mais… quand vous dites instructive, ça veut dire quoi alors ? La torture n'a rien donné avec Matt, il m'a certifié avoir gardé le silence sur ma boulimie de Nutella et le fait que je parle en dormant…
- Disons que j'ai appris beaucoup de choses… Notamment que ce shérif que vous voyez au loin n'est pas l'homme qu'il me faut… Ou que ce même shérif est jaloux… Et qu'il ne supporte pas d'être quitté…
Emma leva les yeux quand elle comprit enfin ce que s'échinait à lui dire Regina. Serait-ce possible… ?
- Vous avez …
- Oui. J'ai quitté Graham.
Emma était bouche bée. Regina avait fait un premier pas. C'était sans doute le plus difficile mais elle avait fait ce premier pas. Elle était prête.
Regina lui prit les mains et remonta doucement le long de ses avant-bras, la caressant doucement à travers le cuir.
- Ça vous dirait de dîner avec moi ce soir ?
J'imagine que vous êtes contentes du sort réservé à Graham, non ? ;-) N'hésitez pas à me faire part de vos impressions...
A suivre : une soirée riche en révélations !
Bonne semaine à vous toutes et à très vite ! Bisous
