Coucou !
Qui dit mercredi, dit nouveau chapitre ! J'ai vu que le dernier chapitre vous avait laissées sur votre faim... Je suis désolée d'avoir joué avec vos coeurs de fangirls mais s'il n'y avait pas d'embûches, ce serait ennuyeux, vous ne croyez pas ? ;-)
Merci pour les reviews, encore et encore !
On arrive maintenant dans la dernière ligne droite de cette histoire. Emma et Regina ont besoin d'un petit déclic pour comprendre qu'elles ne peuvent plus se passer l'une de l'autre ! J'espère donc que vous remercierez Ingrid ;-)
Bonne lecture !
Chapitre 24 : Loin des yeux, près du cœur
Trois jours s'étaient passés depuis la soirée sur la plage. Emma et Regina s'évitaient soigneusement. Ce n'était pas l'envie qui leur manquait, mais elles avaient trop peur de ne pas pouvoir garder leurs distances si elles se retrouvaient face à face. Elles avaient mis leurs enfants au courant de leur décision, sans pour autant leur donner la raison du nécessaire éloignement entre elles. Le découragement avait abattu les garçons. Ils ne savaient plus quoi faire afin de rapprocher leurs mères à nouveau. Et ils sentaient bien que quelque chose de grave se passait. Alors ils continuaient à se voir et à jouer ensemble, mais, à leur grand désespoir, n'espéraient plus vraiment une fin heureuse à l'opération Tourterelles.
Un matin, alors qu'elle faisait un footing afin d'essayer d'évacuer de son esprit la brune qui hantait ses pensées, le téléphone d'Emma sonna. Encore essoufflée, elle répondit :
- Hey, salut Ingrid !
- Ça va, ma grande ? Tu as l'air essoufflée… J'espère que je ne te dérange pas à un moment inopportun…, plaisanta la mère adoptive d'Emma.
- Non, pas de risque de ce côté-là, répondit-elle tristement avant de reprendre, plus enjouée : Alors, que deviens-tu ?
- Eh bien…tu es prête ? Parce que j'ai une grande nouvelle à t'annoncer !
Bien que des centaines de kilomètres séparent les deux femmes, Emma pouvait sentir la joie d'Ingrid. Comme elle, elle ne pouvait pas cacher ses émotions bien longtemps, et cela fit sourire la jeune femme. Son bonheur irradiait et réchauffait son propre cœur glacé.
- Vas-y, je t'écoute, l'encouragea Emma.
- Tu te rappelles que j'ai rencontré un homme il y a quelques temps ? Un Français… ?
- Heu, ouais…
Emma essayait de se souvenir de la dernière conversation qu'elle avait eue avec sa mère au téléphone. Mais tellement de choses s'étaient passées dans sa propre vie depuis qu'elle en avait complètement oublié l'existence du nouveau copain d'Ingrid.
- Il m'a demandé de venir avec lui… à Paris ! reprit Ingrid dont la voix rayonnait d'allégresse.
Emma aurait tellement voulu partager sa joie à ce moment, mais assister au bonheur amoureux des autres lui rappelait avec trop d'amertume son propre désespoir. Elle se força alors à adopter un ton enthousiaste.
- Cool ! répondit-elle simplement. Vous partez dans combien de temps ?
- Après-demain ! Tu te rends compte, Emma ? On va emménager à Paris ! On a déjà tout réglé, les bagages sont quasiment faits et on a même organisé le déménagement de mes meubles par bateau !
- Mais, attends… Si vite ? Et tu veux dire que tu pars pour toujours ?
Emma comprenait seulement maintenant ce qu'essayait de lui dire Ingrid. Elle allait déménager à l'autre bout du monde dans deux jours. Ce qui signifiait qu'elle n'avait plus que quelques heures pour la voir une dernière fois avant longtemps…
- Ben oui. Je sais que ça s'est fait rapidement mais quand l'amour frappe à ta porte, il ne faut pas le repousser. Alors, j'ai sauté sur l'occasion et je suis prête à vivre ce nouveau chapitre de ma vie !
- Tu as raison…, répondit Emma avec amertume.
- Emma… j'aimerais bien vous voir une dernière fois avant de partir, toi et Matt. Tu pourrais faire ça pour moi ? Tu pourrais revenir à Boston quelques jours ?
« Quelques jours. Ce ne sera que quelques jours », essaya de se rassurer Emma. « Et après, on revient. ..»
- Bien sûr… On sera à Boston demain soir.
oOoOo
Emma en voulait à Ingrid de la prévenir au dernier moment. Si elle voulait être à Boston à temps pour le départ de sa mère adoptive, elle et Matthew devraient absolument partir dès le lendemain matin. Ce qui signifiait qu'il ne leur restait plus qu'une soirée à Storybrooke.
Elle ne pouvait pas laisser partir Ingrid sans un dernier au revoir, la question ne se posait même pas. Même si Paris n'était qu'à quelques heures d'avion, ce n'était pas avec son petit salaire de shérif qu'elle pourrait payer deux allers-retours en avion pour lui rendre visite. Mais son cœur se fendit à l'idée de devoir quitter, ne serait-ce que quelques jours, Henry et Regina.
Matthew accueillit la nouvelle du départ avec tristesse. Il sentait dès le début que ce merveilleux été n'aurait pas pu durer. Et même s'il y avait cru un moment, il s'était fait une raison… Ils ne pourraient sans doute jamais vivre tous les quatre, ensemble comme une vraie famille. Emma lui promit que ce n'était que pour quelques jours, mais il ne se faisait pas d'illusion. La rentrée allait bientôt arriver, et il savait qu'ils reprendraient bientôt tous leur routine, loin de ce bel été.
Emma n'avait pas encore annoncé la nouvelle à Regina et Henry. Elle avait prévu de passer une dernière soirée tous les quatre, et de leur annoncer à ce moment-là. Par chance, Regina n'avait rien prévu ce soir-là et elle avait accepté le dîner avec une joie impatiente. Elle se hâta même de terminer son travail à la mairie pour être rentrée plus tôt chez elle. Il avait été convenu qu'ils dîneraient simplement tous les quatre au manoir Mills.
Quand Regina poussa la porte de chez elle, elle entendit des rires venir de la cuisine. Comme s'ils avaient toujours vécu entre ces murs, Emma et les enfants étaient affairés à préparer le repas, et, comme en témoignait l'état du plan de travail, il semblait que cela avait été laborieux. Elle entra, le sourire aux lèvres :
- Toc, toc ! Je peux me joindre à vous ? demanda-t-elle avec douceur.
Les trois Swan tournèrent la tête dans sa direction et lui sourirent de concert. Quelle agréable vision! Si seulement cette scène pouvait devenir son quotidien… : Emma et ses enfants, vivant chez elle pour toujours, et l'accueillant tous les soirs à son retour… Elle regrettait tellement d'avoir repoussé Emma encore une fois…
- Bonsoir Regina, tu as bien travaillé ? l'interrogea gentiment Emma.
- Pas très passionnant, mais ça a été. Et toi, journée productive ?
- Ça va… En fait, le temps m'a semblé très long sans toi…, ajouta-t-elle doucement.
- Dis, maman, dit Henry, avec Emma on a fait le dîner, mais il ne manque plus que le dessert. Tu peux nous faire ton super crumble qui tue, s'il te plaît ?
- Henry, ton vocabulaire, dis donc… Mais en effet, ça pourrait être une bonne idée ! Les Swan, ça vous dit ?
- Carrément ! s'exclamèrent Emma et Matthew d'une même voix.
- Très bien, alors les enfants, allez dans le jardin et cueillez-moi cinq ou six belles pommes bien mûres.
- A vos ordres, chef, plaisantèrent les enfants en faisant le salut militaire, avant de se diriger dans le jardin.
Emma et Regina se retrouvèrent seules en moins de deux, les garçons n'ayant pas demandé leur reste, trop heureux de laisser leurs mères en tête-à-tête. C'était la première fois qu'elles se retrouvaient depuis leur soirée, et elles étaient gênées, s'affairant à leur tâche culinaire sans oser se regarder. Finalement, après un long moment de silence, elles prirent la parole en même temps :
- Je voulais…
- Merci pour…
Elles se regardèrent en riant, puis Regina dit :
- Oui, vas-y…
- Non, toi la première…
- Non, Emma, je t'en prie !
- Je te remerciais juste pour nous accueillir ce soir chez toi et nous prêter ta cuisine. Je sais combien elle est chère à tes yeux !
Regina leva la tête et lui sourit. Emma lui rendit son sourire et se rapprocha d'elle.
- Tu voulais dire quoi, toi ? l'interrogea Emma.
- Non, rien…
- Si, dis-moi…
- Non, non, ce n'était pas important, rougit Regina.
- Reginaaaa… regarde-moi, menaça Emma, les mains pleines de farine. Tu sais ce qui t'attend si tu ne craches pas le morceau ?
- Vous n'oseriez même pas, Miss Swan !
- Ahaaa, le retour du vouvoiement… Tu sais que c'est sexy, ça ? dit-elle d'une voix suave en étant maintenant presque collée à la brune.
- Emma… reprit Regina, retrouvant son sérieux. Ne plaisante pas avec ça, s'il-te-plaît…
- Pardon. C'est juste que tu me manques énormément, répondit-elle dans un souffle.
- Je voulais te dire… qu'un jour, la vision que j'ai eue en entrant dans ma cuisine sera mon quotidien. Un jour, vous serez là, tous les trois, tout le temps. Un jour, on sera une famille…
Emma s'attendait à tout sauf à cette déclaration. Prise de court, elle sentit son cœur se serrer. Baissant les yeux qui commençaient à se voiler, elle lui dit tristement :
- Ne fais pas des promesses que tu ne pourras pas tenir…
Regina la força à la regarder, et répondit d'un ton assuré :
- Je te le promets, Emma. Un jour, j'y arriverai.
Ne laissant pas le temps de réagir à Emma, elle enserra sa taille, la faisant reculer contre le plan de travail. Et, aussitôt, elle se jeta avec avidité sur ses lèvres. Emma oublia leurs résolutions et la distance qu'elles devaient respecter. Elle oublia même que ses mains étaient toujours couvertes de farine. Mais ce contact lui était vital. Son corps réclamait depuis des jours celui de la brune. Alors elle serra contre sa poitrine le corps fin de Regina. Elle la serra contre elle avec la force du désespoir, en rêvant que le temps s'arrête pour toujours.
Leur baiser n'avait rien de violent. Il était au contraire doux et tendre. Les mains d'Emma se baladaient sur le dos et les épaules de Regina, laissant derrière elles de grandes traînées de poudre blanche.
A bout de souffle, elles se reculèrent un peu, restant toujours dans les bras l'une de l'autre. Il leur semblait que ces bras étaient le seul endroit où elles étaient en sécurité. Ce qu'elles ressentaient dans les bras de l'autre était tout simple mais terriblement essentiel. C'était comme leurs corps étaient drogués et s'étaient mutuellement rendus dépendants. Ce simple enlacement leur redonnait la vie qui leur avait manquée loin de l'autre.
Emma ne souhaitait rien d'autre que de rester dans les bras de sa compagne, au chaud et en sécurité, pour toujours. Mais elle songea à Ingrid et elle se rappela que d'ici quelques heures, elle sera loin de la présence rassurante et vitale de Regina. Alors, comme pour se donner du courage, elle enfouit la tête contre son cou et lui souffla à l'oreille, la mort dans l'âme :
- En fait, Regina, si j'ai demandé à dîner avec vous ce soir, c'est que j'ai quelque chose à vous dire, à toi et Henry.
- Qu'est-ce que c'est ? Rien de grave, j'espère … ?
Emma serrait contre elle la femme qu'elle aimait. Elle la serrait du plus fort qu'elle pouvait. Cela lui donnait des forces pour continuer à parler. Dire qu'elle allait partir était plus difficile que ce qu'elle avait pu penser. Le dire lui donner une réalité, ce qu'elle ne voulait accepter.
- Emma, qu'y-a-t-il ?
- Matt et moi… on va partir.
oOoOo
Le dernier repas du condamné. Voilà ce que ressentait Emma en savourant les dernières bouchées du succulent crumble de Regina. Elle se sentait comme un prisonnier profitant des derniers instants de liberté, sachant que sa vie, ou du moins sa vie aux côtés de Regina, allait s'arrêter quelques heures plus tard.
Dans les bras d'Emma, l'annonce du départ des Swan avait retourné Regina toute entière. Et voilà, une nouvelle fois, un être aimé allait l'abandonner. Elle ne pouvait lui en vouloir, c'était elle-même qui lui avait demandé du temps. Et Emma tenait à sa mère adoptive. Mais elle avait encore une fois ressenti cette peur d'être abandonnée. Et, surtout, Regina savait au plus profond d'elle-même qu'il ne tenait qu'à elle de faire revenir Emma à ses côtés pour toujours.
La jeune femme avait assuré aux Mills que ce ne serait que provisoire et qu'ils reviendraient… Elle ne savait pas comment, ni même dans combien de temps. Elle savait juste qu'elle n'envisageait plus sa vie sans eux. Cela avait un peu rassuré Henry.
Tous les quatre étaient silencieux, occupés à déguster le dessert, quand il lança :
- Vous ne partez pas pour toujours ? Vous reviendrez, hein ?
Henry sentait renaître en lui une impression tapie dans son inconscient depuis onze ans. Il ressentit à nouveau l'abandon par sa mère. Il avait les yeux tellement brillants, que les larmes contenues s'apprêtaient à déborder d'un moment à l'autre. Cela fendit le cœur d'Emma.
- Oui, mon cœur, je te le promets. On se reverra très bientôt.
Regina restait silencieuse, tête baissée. Elle était consciente qu'Emma ne s'autoriserait pas à revenir tant qu'elle-même n'aurait pas affronté ses peurs.
Même si cela la faisait frémir d'avance, elle savait qu'elle allait devoir affronter Gold.
oOoOo
Le réveil, le lendemain matin, fut laborieux pour les Swan. Il semblait que leur inconscient, refusant leur départ, les empêchait de se réveiller correctement. La raison prit rapidement le dessus et au bout de quelques minutes, Emma se leva et se prépara en toute hâte. Le temps que son fils se prépare, elle termina leurs bagages.
Quelques instants plus tard, la petite chambre d'hôtel avait retrouvé l'état dans lequel elle était il y a quelques semaines. Une parenthèse se refermait. Emma savait qu'elle allait revenir, mais voir cette chambre vide lui signifiait que cet été merveilleux était officiellement terminé.
- Je te promets qu'on reviendra, Matt, dit-elle, ayant senti le malaise de son fils qui n'avait quasiment pas ouvert la bouche depuis son lever.
Un bagage à la main chacun, ils descendirent dans la salle de restaurant, où ils retrouvèrent Ruby derrière le comptoir. Assis au bar devant une tasse de chocolat-cannelle qu'ils avaient du mal à avaler, Emma et Matthew lui dirent au revoir. La jeune serveuse n'affichait aucune tristesse, car elle croyait au lien indéfectible qui s'était construit entre les Swan et les Mills, et leur impossibilité à rester éloignés les uns des autres très longtemps. Et elle savait qu'elles se reverraient donc très vite. Après lui avoir fait promettre de dire au revoir à Belle et Mary de sa part, Emma serra son amie dans ses bras. Puis la mère et l'enfant se dirigèrent vers la petite voiture jaune.
oOoOo
Dans le grand salon des Mills, une vague de tristesse flottait dans l'air. Regina avait mal dormi. Elle avait anticipé l'absence de la blonde toute la nuit, et le manque d'elle lui serrait déjà la poitrine. Alors, qu'en serait-il quand elle serait à des kilomètres ? Elle voulait faire bonne figure et se forçait à ne pas laisser sa douleur apparaître sur son visage. Cependant, rien ne pouvait être caché à Emma, d'autant qu'elle était dans le même état que Regina.
Les moments que l'on voudrait éternels sont souvent ceux qui passent le plus rapidement. L'heure avait tourné si vite qu'il fut bientôt l'heure pour les Swan de prendre enfin congé. Le moment que tout le monde redoutait était arrivé, et il fut très difficile. Les larmes aux yeux, Matthew et Henry se prirent dans les bras, aussitôt imités par leurs mères, qui s'embrassèrent passionnément.
- Attends-moi…, chuchota Regina à l'oreille d'Emma.
- Je te le promets, mon amour…
Ouvrant leur étreinte, elles invitèrent les enfants à se joindre à elles. La petite famille se laissa bercer dans un câlin collectif qui leur sembla durer une trop courte éternité.
Emma rompit l'étreinte et dit, des larmes silencieuses ruisselant sur ses joues :
- Regina, Henry, vous êtes avec Matt ce que j'ai de plus cher. Aujourd'hui j'ai une famille et, quoiqu'il arrive, je vous retrouverai.
Elle s'interrompit quelques instants et reprit, d'une voix plus faible :
- Je vous retrouverai toujours…
oOoOo
Le dernier regard dans le rétroviseur montra à Emma deux minuscules silhouettes enlacées debout sur le perron de la grande maison. Comme ils lui manquaient déjà… Et, à en croire le silence qui régnait dans l'habitable du véhicule, Matthew ressentait la même chose.
Les yeux rivés sur la petite voiture, Regina ne consentit à détourner le regard que lorsque le véhicule eut disparu de son champ de vision. Elle marmonna, plus pour elle-même que pour être entendue :
- Je vous retrouverai…
Puis, d'un pas chancelant, les deux Mills se retournèrent et refermèrent sur eux la porte du manoir.
oOoOo
Le voyage jusqu'à Boston leur sembla une éternité. Plus ils s'éloignaient de Storybrooke, plus Emma et Matthew sentaient leur cœur se serrer, comme si un fil invisible les reliaient aux Mills et menaçait de se briser s'ils s'éloignaient trop. A chaque kilomètre qui s'intercalait entre les Swan et les Mills, la tristesse devenait plus forte, la douleur plus grande. Pourtant, imperturbable, Emma continuait sa route. Seules les larmes dans ses yeux l'empêchaient de rouler encore plus vite.
Après une heure de route, Matthew ouvrit enfin la bouche. L'absence de parole entre eux ne leur avait pas pesé. Ils avaient souvent l'habitude de rester silencieux pendant des heures. Et puisque son fils n'émettait pas le désir de discuter, Emma ne l'avait pas encouragé à parler et elle respectait son silence. Mais quand il prit la parole, elle apprécia de pouvoir finalement partager sa peine.
- On dit au revoir à mamie et on revient, c'est bien ça ? demanda-t-il, même s'il savait que ce ne serait pas aussi simple.
- En gros, c'est ça, ouais… Mais en fait, on va attendre que Regina nous dise qu'on peut revenir.
- Mais pourquoi elle devrait nous autoriser à revenir ? Elle t'aime, non ?
- Elle doit d'abord régler quelques trucs, et elle ne sait pas combien de temps cela va prendre. Donc en attendant, on va essayer de vivre normalement, tu comprends ?
- Non, je comprends pas. Attends, vous vous aimez et on s'aime, qu'est-ce qui peut bien nous empêcher de vivre tous ensemble ?
- Des problèmes de grandes personnes, fiston…, répondit-elle, la voix cassée.
Matthew n'en saurait pas plus, alors il s'enfonça dans son siège, rongé par l'impuissance.
oOoOo
L'aéroport international de Boston était bondé en ce lundi matin. Tous les touristes semblaient avoir choisi précisément ce jour-ci pour rentrer de vacances. Emma et son fils avaient rendez-vous avec Ingrid au comptoir d'enregistrement de sa compagnie depuis une bonne dizaine de minutes. La forte affluence les avait empêchés de se garer facilement, et les avait retenus dans les méandres des couloirs.
C'est donc en courant et passablement énervée qu'Emma aperçut enfin le panneau indiquant la compagnie aérienne. Elle râlait d'avoir faire tout ce long trajet depuis le centre de Boston pour ne voir Ingrid que quelques minutes. Elle espérait même ne pas arriver carrément trop tard. Matt aperçut sa grand-mère le premier et fit un signe en sa direction, aussitôt imité par Emma.
- Hey, salut ! dit Emma, soulagée d'avoir retrouvé Ingrid.
- Salut mes chéris ! Comment allez-vous ?
- A part ce monde que j'ai envie de tuer ? Ou bien à part le fait que j'aurai dû emporter mon déo ?
- Ça va, répondit son fils, sans conviction et sans trop s'éterniser sur la mauvaise humeur d'Emma.
Ingrid ne rebondit pas. Il était pourtant clair que leur état était loin d'illustrer la joie de vivre. Ils étaient pâles, les yeux cernés. Et surtout, elle lisait dans leurs yeux une immense tristesse, qu'elle ne leur connaissait pas. Mais ce n'était ni l'endroit ni le moment d'essayer de les réconforter. De toute façon, ils s'entendaient à peine, leurs paroles étant couvertes par le brouhaha de la foule et les annonces des compagnies.
Elle se tourna vers l'homme à ses côtés qui était resté muet et dit gaiement :
- Emma, Matthew, je vous présente Vincent. Chéri, voici ma fille et mon petit-fils, Emma et Matthew Swan.
L'homme leur tendit la main qu'ils serrèrent poliment. Puis il se rapprocha d'Ingrid et enserra ses épaules. Ils avaient vraiment l'air très amoureux. Encore une fois le cœur d'Emma se serra, transposant sur ce couple le bonheur qu'elle ne partageait pas avec Regina.
Ils discutèrent tous les quatre pendant quelques minutes. Ingrid et lui allaient emménager chez lui, en plein de cœur de Paris, dans le joli quartier du Marais. Ingrid était excitée comme une puce, ce qui fit sourire Emma, heureuse de voir le bonheur de sa mère. Le courant passa très bien entre Vincent et les Swan. Ils s'entendaient si bien qu'il les invita même chez lui pour les prochaines vacances. Ingrid était ravie de leur entente.
Finalement, l'heure de l'embarquement arriva. En la serrant une dernière fois dans ses bras, Emma souhaita un agréable voyage à sa mère. Quand elle voulut se reculer, sa mère ne desserra pas son étreinte et lui glissa à l'oreille :
- Qui que ce soit, va la retrouver, Emma. Elle doit vraiment être très importante pour toi, pour que tu sois dans un état pareil. Bats-toi pour celle que tu aimes…
Emma ne répondit pas. Seule une larme glissa de son œil silencieusement. Elle ne put qu'hocher la tête, remerciant silencieusement sa mère adoptive, qui avait tout compris. Elles resserrèrent leur accolade, et Emma se sentit rassurée pour la première fois depuis leur départ de Storybrooke.
Quand l'avion décolla, emportant loin d'elle le dernier lien qu'elle avait encore à Boston, elle se sentit bien seule. Alors, elle serra Matthew contre elle. Ils allaient devoir se soutenir, ils n'étaient maintenant plus que tous les deux.
oOoOo
Pendant quelques jours, qui devinrent des semaines, la vie reprit son cours. Emma avait repris le travail au poste de police de Boston qu'elle semblait avoir quitté il y a une éternité. Matthew avait même fait sa rentrée scolaire, mais sans grand entrain.
Le seul moment de joie avait lieu tous les soirs, quand les Swan et les Mills s'appelaient au téléphone. Lors de ces appels, Emma se sentait revivre et tout son être puisait la force de vivre la journée suivante dans ces quelques minutes où elle entendait les voix de la femme qu'elle aimait et de leur fils. Généralement, ils ne parlaient de rien en particulier. Entendre la voix de l'autre leur suffisait. Et, tous les soirs, en fin de discussion, les enfants savaient qu'ils devaient s'isoler afin de laisser leurs mères discuter en privé.
Ce soir-là, la discussion fut particulièrement agitée entre Emma et Regina. Emma lui avait encore une fois demandé quand elle pensait aller parler à Gold. Cette dernière lui avait assuré que cela viendrait mais qu'elle n'était pas encore prête. Comme si toute la tension accumulée ressortait enfin, le sang d'Emma ne fit qu'un tour, et elle laissa échapper toute sa colère. Elle n'en voulait évidemment pas à Regina mais elle ne put s'empêcher de laisser s'échapper des mots qu'elle regretta aussitôt. Elle lui reprocha de ne pas faire d'efforts, et lui demanda même si elle croyait en leur couple. A l'autre bout du fil, personne ne répondit mais Emma entendit des sanglots étouffés. Elle regretta immédiatement ses paroles et son ton retrouva toute sa douceur habituelle.
- Pardon, Regina, je ne voulais pas dire ça, s'excusa-t-elle.
- Non, tu as raison, Emma. Je suis faible. Je l'ai toujours été et ça ne changera pas comme ça.
- C'est absolument faux ! Tu as une force en toi comme j'en ai rarement vu. Tu as trouvé la force de te relever malgré les épreuves que tu as vécues et crois-moi, ce n'est pas commun.
Elle fit une petite pause, le cœur meurtri d'entendre les sanglots au bout du fil. Elle aurait tout donné pour pouvoir se téléporter en un instant à Storybrooke et consoler sa compagne. Elle reprit, avec tout l'amour dont elle était capable :
- Et cette force, c'est ce que j'aime en toi…
Regina ne répondit pas, alors elle continua :
- C'est juste que je suis tellement mal, loin de toi… Vous me manquez horriblement. Je ne vis plus que quelques minutes par jour, quand je suis au téléphone avec toi. On mérite tellement mieux que ça…
La brune savait de quoi parlait Emma car elle vivait le même enfer chaque jour. La sensation de survivre toute la journée, puis de retrouver le sourire et de respirer enfin pendant ces quelques minutes au téléphone étaient aussi son quotidien.
Après s'être souhaité une bonne nuit plus tendrement, elles raccrochèrent. Emma s'en voulut d'avoir été si dure avec sa compagne, mais elle n'en pouvait plus, de ne pouvoir être à ses côtés nuit et jour comme cela avait presque été le cas pendant ces quelques semaines.
De son côté, Regina se mit à réfléchir. Elle avait une confiance absolue en Emma. Mais il serait humain qu'elle se lasse d'attendre. Il avait bien senti dans ce dernier coup de fil que leur relation était sur le fil du rasoir. Que deviendrait-elle si Emma la quittait ? Et de toute façon, aucune des deux ne vivait plus. Elles n'avaient plus d'appétit, plus d'envie, plus de curiosité. Après tout, ne valait-il pas mieux essayer de vivre aux côtés de l'être aimé, que de survivre seul ? Elle y avait souvent pensé, depuis le départ des Swan.
Sa décision était prise, demain, elle parlerait à Gold.
oOoOo
Emma avait peaufiné son plan toute la nuit. Incapable de s'endormir sereine en raison de sa dispute avec Regina, elle avait cherché un moyen de réduire à néant l'ombre menaçante de Gold sur leur couple.
A quatre heures du matin, ne réussissant pas à se rendormir, elle se leva et se dirigea vers son ordinateur. Plus rien n'allait se mettre entre elles. Si Regina n'arrivait pas à trouver la force de combattre ce vieillard, alors elle allait l'aider.
Et voilà, elles ont compris que leurs vies seront liées à jamais... Qui a dit : "il leur en a fallu, du temps..." ? ;-)
La semaine prochaine, les dernières retrouvailles. Quelque chose me dit que vous allez aimer ce chapitre (et si vous êtes très sages et qu'il y a plein de reviews, je changerai peut-être le rating, si vous voyez ce que je veux dire... hihi !)
Gros bisous, à la semaine prochaine !
