Bonsoir
Après un petit séjour dans ce berceau merveilleux qui a vu naître Harry Potter (je veux parler de l'Ecosse bien sûr), me revoilà avec un nouveau chapitre.
Merci beaucoup à Holmes 11, Sandrine et Ravenclot pour vos reviews.
Je sais que j'ai mis un peu de temps entre ces deux chapitres donc je vous rappelle que le précédent s'achève sur une répétition de Remus dans le groupe de rock de Sirius.
Et maintenant je vous laisse découvrir la suite.
Bonne lecture et merci encore de votre fidélité !
Chapitre 6 : Balade nocturne
Remus eut beaucoup de mal à digérer la sanction dont Sirius avait écopé en son nom. Ce dernier événement de la journée sembla pour lui la goutte qui fit déborder le vase. Il n'eut pas la force de s'énerver, ni même de faire la morale à son ami. A la place, il monta directement se coucher après le repas en lançant en guise de bonne nuit qu'il était pressé que tout rentre dans l'ordre. Sirius se sentit beaucoup plus mal que si son ami s'était mis à hurler et les mines réprobatrices de Peter et James lorsqu'ils allèrent au lit à leur tour ne lui furent pas d'un plus grand secours.
Le cœur lourd, Sirius se coucha pour la seconde fois dans le lit et dans le corps de son ami. A l'instar de la nuit précédente, il eut toutes les peines du monde à trouver le sommeil. Il ne ressentait aucune fatigue alors que la journée avait été très riche en rebondissement.
Sirius ne savait pas ce qu'il devait retenir en premier : les aptitudes extraordinaires qu'il avait découvertes au corps de Remus et qu'il avait habilement tournées à son avantage, sa sélection dans l'équipe de quidditch, son rendez-vous du lendemain avec Jane Hathaway, la perspective du concert de GCF qui se préparait. Franchement que pouvait être la petite sanction ridicule de cet imbécile de Doherty à côté de tant de bonnes choses ? Remus se faisait vraiment trop de soucis pour rien. Et dire qu'en une journée à peine, il avait pratiquement conquis l'école. Comment Remus pouvait-il à ce point manquer de confiance en lui alors qu'il avait des dispositions si formidables ? Pour Sirius, cela demeurait une énigme.
Enfin, peut-être suivrait-il son exemple lorsqu'il aurait retrouvé son corps... s'il le retrouvait un jour. L'avenir semblait incertain. Les recherches de l'après-midi s'étaient révélées infructueuses et les livres traitant du sujet qui les intéressaient n'étaient pas illimités. Ils en avaient consulté une bonne dizaine et repéré deux ou trois qu'ils allaient devoir retourner lire mais pour l'heure, la situation ne s'annonçait pas fameuse.
Et s'il n'existait aucun remède ? S'il était condamné à rester Remus Lupin jusqu'à la fin de ses jours ? Etrangement Sirius ne parvenait pas à concevoir cette idée. C'était impossible. Certes l'expérience avait quelque chose d'amusant mais il ne fallait pas non plus que l'échange devienne permanent. Il était Sirius Black et il en était très fier. Même s'il aimait énormément Remus, il n'avait pas envie de devenir quelqu'un d'autre pour autant. Non il devait bien y avoir un moyen d'inverser le processus.
Ne parvenant pas à trouver le sommeil alors que ses amis ronflaient tous depuis déjà une bonne heure, Sirius fut soudain frappé d'une idée. Puisqu'il ne dormait pas, autant mettre à profit le temps libre qui s'offrait à lui pour avancer dans les recherches. Entre le quidditch, le groupe de rock et les autres mésaventures en tout genre, les quatre garçons avaient un peu négligé l'essentiel. Le moment était venu de rattraper cela. Néanmoins Sirius adopta le parti judicieux de se montrer plus prudent cette fois. Si Remus se faisait surprendre la nuit dans les couloirs, il aurait de nouveaux ennuis et Sirius ne voulait prendre la responsabilité d'infliger cela à son ami une fois de plus.
Il se glissa discrètement hors de son lit et fut alors frappé par un détail surprenant : sa perception dans le noir était beaucoup plus développée que lorsqu'il était dans son corps. Sans être pour autant aussi à l'aise dans l'obscurité qu'en plein jour, il était bien un peu nyctalope, ce devait être normal pour une créature de la nuit. Encore une autre astuce que Remus lui avait cachée.
Sans nul secours de lumière, Sirius se dirigea à pas de loups vers le lit de James et écarta légèrement le rideau de son baldaquin pour le regarder. Il dormait comme un bébé. Sirius fut tenté de le réveiller pour lui proposer de venir avec lui mais il se ravisa. Son ami dormait trop bien, c'eut été irrespectueux de troubler sa tranquillité.
Il laissa retomber le rideau et plongea sous le lit pour tirer le plus silencieusement possible sa valise et y prendre la cape d'invisibilité soigneusement pliée à l'intérieur. James n'apprécierait sûrement pas que Sirius la prenne ainsi sans demander son autorisation mais Sirius chassa tout sentiment de culpabilité en se disant qu'il agissait ainsi pour la bonne cause.
Armé de la cape de James et de sa baguette magique dans un sac en bandoulière, il se glissa hors de la tour de Gryffondor. C'était la première fois qu'il partait seul à l'aventure. James lui en tiendrait rigueur assurément. Il se sentirait exclu. Comment ne pas l'être ? Sirius préféra ne pas y penser. A l'abri sous la cape et guidé par les sens exacerbés du loup, l'adolescent parvint jusqu'à la bibliothèque sans rencontrer le moindre obstacle.
Arrivé là, il abandonna la cape et le sac sur la table qu'ils avaient occupé l'après-midi, alluma la lanterne au moyen d'un sortilège et parcourut les étagères pour retrouver quelques ouvrages qu'il n'avait pas consultés. Un peu plus tard, il revint s'asseoir les bras chargés d'une petite pile et commença à lire tout en prenant soigneusement des notes sur le parchemin qu'il avait emporté avec lui dans son sac. Il n'était pas sûr que ce qu'il écrivait puisse servir mais sait-on jamais. Aucune piste ne devait être écartée.
Sirius passa plus d'une heure à étudier ainsi, brandissant dans sa tête le visage préoccupé de Remus pour se motiver. Il savait que son ami était de loin le plus impatient de reprendre le contrôle de son corps. Toute cette histoire le mettait hors de lui et Sirius avait bien conscience d'abuser de sa patience en essayant de profiter de la situation. Lorsqu'il verrait tous les efforts qu'il déployait pour arranger les choses, sans doute Remus s'apaiserait-il un peu.
Au bout d'un moment, lorsque la lumière du feu commença à lui picoter les yeux, Sirius songea à stopper là ses recherches et retourner à la tour de Gryffondor mais il fut soudain alerté par son mystérieux pouvoir de précognition du danger. Quelqu'un approchait.
Le cœur de Sirius rata un battement. Quelqu'un d'autre était encore debout à une heure pareille ? L'adolescent se hâta d'éteindre la lumière et tendit l'oreille pour essayer de repérer l'intrus. Il y avait bien quelqu'un qui marchait vers lui, Sirius entendait distinctement son petit pas sur le sol, un pas très léger, grattant. Ce n'était pas un être humain. Miss Teigne, devina-t-il en se mettant sur le qui-vive.
L'affreuse chatte de Rusard avait repéré la présence d'un élève hors de son lit. Logiquement le concierge n'allait pas tarder à apparaître non plus. Sirius ne pourrait pas quitter la bibliothèque sans passer devant lui. Une sacrée chance qu'il eût emporté la cape de James. Sirius s'empressa de jeter pêle-mêle les livres inachevés dans son sac avec sa plume et ses parchemins gribouillés et de se planquer sous la cape. Alors qu'il n'était plus qu'à deux pas de la sortie, il croisa Miss Teigne qui se figea soudain et braqua ses yeux de félins sur le jeune homme comme si elle pouvait le voir en dépit de la cape d'invisibilité. Sirius ne prit pas le temps de vérifier si c'était le cas ou non et fondit sur la chatte comme un prédateur.
- File de là ! siffla-t-il avec un grognement comparable à un feulement de tigre.
Prise de terreur, la chatte se hérissa en crachotant furieusement avant de prendre la poudre d'escampette. Une fraction de seconde plus tard, Sirius entendit la voix de Rusard derrière la porte.
- Qu'est-ce qui t'arrive ma belle ? dit-il. Quelque chose t'a fait peur ? Encore cet immonde Peeves sans doute.
Sirius se plaqua contre une étagère et attendit que Rusard fût entré dans la bibliothèque et passé devant lui pour en sortir. Une fois hors de là, il poussa un long soupir de soulagement et se félicita une seconde fois pour son initiative de la cape. Si Rusard l'avait attrapé, Doherty aurait probablement débouché une bouteille de champagne pour manifesté son bonheur de voir l'élève qu'il détestait le plus se faire prendre en flagrant délit deux fois en moins de vingt-quatre heures.
Tandis qu'il se hâtait de retourner vers la tour de Gryffondor, Sirius fut à nouveau interrompu en chemin par la présence inattendue d'un intrus dans son sillage. Ce ne pouvait pas être Rusard. Lui et son sale chat devaient être encore en train de fouiller la bibliothèque. Sirius songea alors à un fantôme, ou à Peeves voire même à un tableau insomniaque m ais un détail le dérangeait : l'odeur. Il percevait bien dans le noir l'odeur d'un humain. Cette fois le doute n'était plus permis : il y avait bien un autre élève qui se promenait dans les couloirs.
Et il semblait terrifié à en juger sa respiration saccadée et les battements frénétiques de son cœur. Sirius savait qu'il aurait dû passer son chemin et retourner se coucher mais à présent qu'il avait repéré l'autre rebelle en vadrouille, sa curiosité le poussait à aller voir de qui il s'agissait. Il suivit donc de son pas imperceptible le rythme haletant de la respiration ainsi que les percussions cardiaques et finit par apercevoir une petite silhouette recroquevillée qui se cachait entre deux armures. Bien que l'enfant eût le visage caché entre ses bras, Sirius le reconnut immédiatement. C'était son petit frère !
- Regulus ! s'écria-t-il incrédule.
D'un geste vif, il ôta la cape et la planqua dans son sac avant de se précipiter sur le jeune garçon qui avait eu un sursaut comparable à un spasme en entendant son prénom, lui qui s'était cru seul dans ce couloir obscur. Sa peur s'atténua cependant aussitôt qu'il reconnut celui qui l'abordait.
- Oh tu es un ami de mon frère, lança-t-il immensément soulagé, Lupin c'est ça ?
- Hein ? Euh… oui.
Sous le coup de la stupeur, Sirius avait partiellement oublié qu'il était dans le corps de Remus. Il devait prendre garde à ne pas se montrer trop fraternel pour ne pas attirer les soupçons une fois encore.
- Regulus qu'est-ce que tu fais là ? interrogea vivement Sirius en examinant le visage de son cadet dans un rayon de lune. Mais qu'est-ce qui t'arrive ? Tu trembles.
Regulus semblait plus terrifié que le jour où Sirius avait farci la dinde de Noël avec Kreattur et laissé son frère se faire accuser à sa place. Orion Black, leur père, avait poursuivi Regulus dans la maison avec le couteau de cuisine. Un souvenir mémorable.
- Aide-moi Lupin ! glapit Regulus d'une petite voix paniquée en attrapant les mains de son frère. S'ils me trouvent, ils vont me tuer.
- Quoi ? s'étrangla Sirius. Qui va te tuer ?
- Les autres, bredouilla Regulus la gorge nouée, Bellatrix et ses copains… ils pensent que c'est moi qui ai laissé partir la Sang-de-Bourbe… mais ce n'est pas vrai… elle s'est enfuie toute seule… et maintenant ils vont s'en prendre à moi…
La première pensée de Sirius fut que son cadet délirait. Peut-être était-il somnambule et sortait-il d'un cauchemar. Ou peut-être que l'odieuse cousine Bellatrix lui avait jeté un maléfice dans la salle commune de Serpentard pour s'amuser. En tous les cas, Sirius manquait d'éléments pour comprendre ce qui se passait vraiment.
- La Sang-de-Bourbe ? répéta-t-il à la fois contrarié parce qu'il détestait ce mot insultant et intrigué.
- Oui cette fille de Poufsouffle… Viviane Wood, balbutia Regulus qui semblait au bord des larmes. Ce n'est pas moi qui l'ai libérée mais Bella n'a rien voulu savoir. Elle m'a frappé, elle a essayé de me jeter un sort. Je t'en prie Lupin, je sais que mon frère et moi on ne s'entend pas très bien mais ne les laisse pas me faire de mal ! Ils vont arriver.
- Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de Poufsouffle libérée ? questionna Sirius d'un ton inquisiteur. Je ne comprends rien, Regulus.
Il ne put espérer en apprendre davantage hélas car un bruit de pas résonna au détour du couloir et la lueur dansante d'un sortilège de luminosité se répandit sur les murs et éclaira les alentours à vue d'œil au fur et à mesure que les arrivants se rapprochaient. Tout en ravalant un cri de panique, Regulus sauta sur ses pieds et prit ses jambes à son cou avant même que Sirius ne songe à lui courir après. Il eut tout juste le temps de sortir la cape et de se planquer dessous que Bellatrix apparut tout à coup, encadrée par Rodolphus Lestrange et Lucius Malefoy. Incrédule de voir un pareil trio éveillé en pleine nuit, Sirius se plaqua contre le mur par précaution et les observa avec curiosité.
- Il devrait être là, pesta Bellatrix apparemment contrariée, je l'ai entendu discuter.
- Il a dû nous entendre arriver et s'enfuir, supposa Malefoy en braquant le rayon lumineux de sa baguette aux alentours pour s'assurer que le couloir était désert.
- Il ne faut pas qu'il s'échappe, gronda Bellatrix, il en sait beaucoup trop. S'il croise le concierge ou un préfet et qu'il balance tout, on est mal.
- Mais on ne va pas passer la nuit à jouer au chat et à la souris dans les couloirs du château, répliqua Lestrange avec impatience. Les autres nous attendent. Et Rogue…
- Rogue ne sera pas là, rétorqua sèchement Bellatrix. Ma sœur m'a dit qu'elle n'avait pas réussi à le convaincre de venir. Ce sale Sang-de-Bourbe se croit au dessus de nous.
- Rogue n'est pas un Sang-de-Bourbe, corrigea calmement Malefoy, sa mère est une sorcière. Mon père m'a dit que les Prince était une grande lignée.
- Il n'empêche que sa mère a épousé un moldu, répliqua Lestrange en haussant les épaules. Ce type nous prend de haut alors qu'il a cinquante pourcent de sang moldu dans les veines.
- Et ce sont cinquante pourcent de trop, cracha Bellatrix avec mépris.
- Arrêtez ! soupira Malefoy. Je sais ce que vous pensez de Rogue mais c'est un génie. On a besoin de lui. Avec un type pareil on pourrait aller loin… même très loin.
- Jusqu'au Seigneur des Ténèbres, compléta Lestrange qui semblait avoir déjà entendu plusieurs fois ce refrain et commençait à s'en lasser.
- On peut très bien y arriver sans lui, fit remarquer Bellatrix avec suffisance.
- En attendant ça fait des semaines qu'on stagne et vous savez comme moi que seul Rogue peut débloquer la situation.
- Mais il nous évite, rappela Lestrange, tout ça parce que sa rouquine de Gryffondor a critiqué Mulciber et Avery. Chaque fois qu'il parle avec elle, il revient en nous toisant comme si on ne valait pas un pet de lapin. C'est cette Lily Evans qui empêche Rogue de nous faire confiance.
- S'il n'y a qu'elle, je peux régler le problème, proposa Bellatrix avec un sourire un peu dément.
- Doucement Bella, lança Malefoy d'une voix douce quoiqu'un peu ferme. On s'est mis d'accord : personne ne touche à Lily Evans, c'est la protégée de Rogue. S'il lui arrive quelque chose, on perdra tout espoir de le convaincre.
- Pff n'importe quoi ! siffla Bellatrix en roulant des yeux. Quand je pense qu'on est réduit à faire de la lèche à un fils de moldu tout ça parce que Slughorn a dit qu'il était le meilleur élève qu'il avait jamais vu.
- Tu ne seras pas mécontente d'avoir Rogue à tes côtés quand il aura apporté la pièce manquante à notre puzzle, assura Lestrange. Avec un peu de chance, Narcissa aura réussi à le faire changer d'avis. On devrait aller voir.
- Et ce petit crampon de Regulus, vous l'oubliez ? fit remarquer Bellatrix.
- Je vais m'occuper de lui, promit Malefoy, tu ne voudrais pas brutaliser ton cousin Bella. Rejoignez les autres ! Je n'en aurai pas pour longtemps.
Sur ces mots, le trio se dispersa. Bellatrix et Lestrange pivotèrent sur leur talon et retournèrent sur leur pas tandis que Malefoy s'engagea dans la direction opposée.
Sirius, encore pétrifié par tout ce qu'il venait d'entendre, s'efforça de réfléchir à vive allure. Il était tiraillé : la curiosité dévorante le poussait à suivre Bellatrix et Lestrange pour découvrir ce qu'ils manigançaient mais d'un autre côté, il y avait Malefoy qui allait s'en prendre à son petit frère. L'estime de Sirius pour Regulus était assez limitée mais il n'en restait pas moins son frère. Il ne pouvait le laisser entre les mains d'un garçon aussi dangereux que Lucius Malefoy.
Avec un serrement au cœur, il laissa son abominable cousine et son non moins abominable compère disparaître au détour du couloir et emboîta le pas de Malefoy. Celui-ci fit quelques pas puis s'arrêta pour sortir un parchemin de sa poche. Il le tapota avec sa baguette en marmonnant une formule magique que Sirius ne connaissait pas. Intrigué, le jeune homme s'approcha discrètement pour observer ce qui se passait. Il vit alors avec stupéfaction le parchemin se noircir comme si une main dessinait dessus avec une plume invisible. Une fraction de seconde plus tard, le parchemin s'était changé en plan de l'école… du moins le plan d'une partie de l'école. Sirius n'en fut pas moins fasciné. Woah ! se dit-il. C'est vachement pratique.
Il s'approcha davantage pour mieux voir la carte par-dessus l'épaule de Malefoy puisqu'il ne pouvait pas le voir. Ce fut alors qu'il réalisa encore plus effaré qu'en plus d'être un plan, la carte indiquait également l'emplacement des gens. Sirius vit Malefoy tracer avec son doigt le parcours qu'il aurait à effectuer pour atteindre une petite étiquette intitulée : « Regulus Black ». Sirius fut émerveillé davantage par cette invention extraordinaire. C'était le genre d'objet que lui-même aurait rêvé de posséder.
Toutefois son émerveillement s'estompa bien vite lorsqu'il vit l'index de Malefoy partir de l'étiquette de Regulus pour revenir à celle portant son prénom. Le Serpentard réalisa alors qu'une autre étiquette se trouvait juste à côté de la sienne. Le cœur de Sirius rata un battement.
L'étiquette indiquait « Sirius Black ».
Sirius n'aurait su décrire l'état dans lequel il se retrouva lorsqu'il découvrit en même temps que Malefoy l'étiquette à son nom. Un mélange d'horreur et de panique lui donna envie de crier ou de s'enfuir mais hélas ne parvint qu'à le clouer sur place.
- Sirius Black ! s'étrangla Lucius Malefoy.
Il fit aussitôt volte-face tout en levant sa baguette magique mais Sirius, animé par le sentiment d'urgence, fut plus rapide. Sans même se délester de la cape, il tira sa propre baguette et cria d'une voix rauque :
- Stupéfix !
L'éclair rouge frappa Malefoy de plein fouet et l'expédia aussitôt dans les bras de Morphée. Tout se passa avec une telle brusquerie que Sirius s'octroya quelques secondes pour reprendre ses esprits. Pourquoi avait-il quitté son lit déjà ? Il commençait presque à le regretter à présent.
D'un pas incertain, il s'avança vers le corps de Malefoy gisant à terre et tendit une main un peu hésitante vers le bout de parchemin que le blond avait laissé tomber dans sa chute. C'était une carte vraiment extraordinaire… et vraiment compromettante. Sans doute valait-il mieux ne pas laisser un instrument pareil entre les mains de ce Mangemort en puissance.
Tout en se demandant ce qu'il allait faire de son boulet endormi, Sirius consulta la carte. Bellatrix et son compagnon marchaient dans le château tandis que dans une autre aile, Regulus s'était arrêté entre deux salles de cours pour une raison obscure. Sans doute croyait-il avoir trouvé une cachette sûre. Enfin Sirius aperçut l'étiquette de Rusard qui n'avait évidemment rien trouvé dans la bibliothèque et qui retournait vers ses appartements. C'était l'occasion ou jamais.
En se dépêchant un peu, Sirius pouvait abandonner Malefoy sur sa route. Tout en consultant la carte sous la cape d'invisibilité, il traîna le Serpentard par une cheville en songeant qu'il devait avoir fière allure. Quiconque aurait aperçu Malefoy la jambe en l'air, tiré par quelque chose d'invisible serait resté ébahi par l'étrangeté du spectacle.
- Tiens tiens alors ça c'est pas banal !
Sirius se figea de stupeur au son de cette affreuse petite voix caquetante. Peeves ! Il ne manquait plus que lui. L'esprit frappeur apparut dans une cabriole aérienne et se mit à voleter dangereusement autour du corps inerte de Malefoy. Tout en sachant pertinemment qu'il allait se faire repérer même sous la cape, Sirius prit le parti de ne pas bouger et de prier silencieusement pour que l'affreux s'en aille. Il ne fallait pas trop y compter. Peeves n'allait certainement pas laisser passer une nouvelle occasion de s'amuser.
- Mais qu'est-ce que c'est que ça ? On dirait une grosse limace qui rampe à reculons… à moins que ce ne soit un élève… tiré par un autre élève invisible.
Sur ces mots il s'avança dangereusement vers Sirius comme s'il avait pu le voir. Celui-ci comprit qu'il ne devait plus hésiter une seule seconde et leva à nouveau sa baguette magique pour lui lancer un maléfice.
- Waddiwasi !
Avec la force d'un boulet de canon, l'esprit frappeur fut projeté en arrière et s'écrasa contre une rangée d'armures qu'il renversa dans un fracas monumental. A nouveau Sirius crut avoir une attaque. Ce n'était pas du tout ce qu'il avait préparé. Toute l'école allait rappliquer en panique à présent. Il n'y eut du moins que Rusard, qui se trouvait à proximité et qui se précipita avec sa chatte, alerté par le vacarme. Sirius eut tout juste le temps de pointer une dernière fois sa baguette sur Malefoy pour le réveiller.
- Enervatum !
Et il prit la fuite sans demander son reste. De loin, il entendit Rusard tomber sur Malefoy qui sortait de son coma l'air hébété mais ne put savoir ce qui se passa ensuite. Il attendit d'avoir mis plusieurs étages de distance entre lui et le concierge avant d'oser s'arrêter quelques instants pour reprendre son souffle et consulter à nouveau la carte. Même s'il estimait avoir eu son compte d'émotion pour la soirée, il ne pouvait se défaire de son désir de découvrir ce qui se tramait chez les Serpentards. Et à présent qu'il avait réussi à débarrasser provisoirement Regulus de Malefoy, peut-être pouvait-il reprendre son rôle d'espion.
Il chercha Bellatrix et Lestrange sur la carte mais ne les trouva nulle part. Ils avaient disparu. Bouche bée, Sirius vérifia au moins trois fois, impossible d'y croire. Il y avait toujours Malefoy et Rusard qui se dirigeaient ensemble vers le bureau de ce dernier, Regulus qui n'avait toujours pas bougé de son coin, sa propre étiquette à son vrai nom mais plus de Bellatrix ni de Lestrange. Sirius resta perplexe. Cela réclamait des explications. Sans doute y avait-il une astuce avec la carte car les deux Serpentards ne pouvaient s'être volatilisés.
Sirius adopta une autre stratégie et alla chercher son frère. Débarrassé de Rusard et guidé par la carte, il le trouva sans peine. Si ce dernier n'avait pas bougé depuis plusieurs minutes, c'était parce qu'il s'était planqué dans une armoire, grand courageux qu'il était. Sirius ouvrit l'armoire à distance au moyen de sa baguette magique pour ne pas risquer de prendre un sortilège de plein fouet de la part d'un Regulus paniqué.
- Regulus tu es là ? lança Sirius en sortant de sous la cape qui commençait à l'étouffer.
Au son de la voix familière de Lupin, Regulus se hâta de sortir, soulagé. Il avait le teint plus blafard que Remus au retour d'une nuit de pleine lune.
- Tu m'as retrouvé, bredouilla-t-il, et Malefoy ?
- Il ne t'embêtera plus pour ce soir, assura Sirius. Viens ! Je vais te raccompagner jusqu'à la maison des Serpentards.
Regulus était trop effrayé pour refuser l'offre. Il se glissa avec bonheur sous la cape et se laissa escorter jusqu'au souterrain sans même se sentir coupable de révéler à un Gryffondor l'emplacement de la salle commune de Serpentard… emplacement que Sirius connaissait déjà, soit dit en passant. Ils se quittèrent devant le mur lugubre qui servait de porte d'entrée.
- Dépêche-toi de rentrer ! conseilla vivement Sirius. Et surtout fais attention à toi !
- Merci pour tout Lupin, répondit Regulus éberlué, tu n'étais pas obligé de prendre tous ces risques pour moi.
- Tu es le frère d'un de mes meilleurs amis, dit Sirius d'un ton léger.
- C'est quand même… très noble et très courageux de ta part, marmonna Regulus.
- Oui c'est le côté Gryffondor, grommela Sirius qui se sentait mal à l'aise aussi à présent. On se sent toujours obligé de protéger la veuve et l'orphelin. Dis-moi, qu'est-ce qui se trame exactement entre Malefoy, Bellatrix et Lestrange ? Je n'ai rien compris.
- Je ne peux rien te dire, glapit Regulus soudain paniqué. Tu ferais mieux de ne pas te mêler de ça, ce ne sont pas tes affaires.
- Tu crois ça ? lança Sirius en regrettant amèrement de ne pas pouvoir décliner sa véritable identité. Pourtant ça m'a l'air sérieux. Qu'est-ce qu'ils mijotent, Regulus ?
- Je ne sais pas, gémit Regulus en plaquant ses mains sur ses oreilles comme pour se protéger. Ne me pose aucune question, je ne sais rien du tout.
- Tu as peur, devina Sirius. Ne t'en fais pas, je ne te… ton frère ne les laissera pas te faire du mal.
- Tu vas lui dire ? s'inquiéta Regulus. Non je t'en prie, ne fais pas ça !
- Je ne peux rien lui cacher, riposta Sirius fermement.
- Il va se mettre en danger.
- D'une certaine manière, il l'est déjà, marmonna sombrement Sirius.
Les deux garçons demeurèrent un instant dans un silence pesant.
- Tu ne veux pas me dire au moins où ils vont pour préparer leurs plans ? risqua finalement Sirius qui ne voulait pas repartir bredouille.
- Comment ça « où ils vont » ?
- Oui, où est-ce qu'ils se cachent ? reformula Sirius. Ils n'apparaissent nulle part sur la carte.
D'un geste vif, il sortit le parchemin magique de sa poche mais ne laissa pas son frère la lire de peur qu'il s'aperçût qu'il n'avait pas à faire à Remus Lupin. De toute façon, à la vue de cet objet, Regulus recula d'un bond.
- Tu as volé sa carte à Malefoy, couina-t-il en portant ses mains à sa bouche horrifié. Tu es fou. Il va te tuer.
- Je règlerai ça avec lui, dit Sirius. S'il te plaît, ne lui répète pas que j'ai sa carte si jamais tu le croises dans la salle commune. Je vais en avoir besoin. Alors pourquoi Bellatrix et Lestrange ne sont plus indiqués ? Où sont-ils allés ?
- Je ne sais pas, fit Regulus borné.
Il mentait et mal en plus. Pendant une fraction de seconde, Sirius regretta de ne pas l'avoir laissé se débrouiller. Après lui avoir sauvé la mise, la moindre des choses eût été de le renseigner correctement mais son cadet était tellement lâche, plus trouillard que Peter, ce qui était peu dire. Sirius fit une dernière tentative.
- Je les ai entendus parler de Rogue, dit-il, qu'est-ce qu'ils lui veulent ?
Regulus haussa les épaules pour répondre qu'il n'en savait rien avant de baisser la tête d'un air gêné. Sirius abandonna alors la partie. Son petit frère était plus têtu qu'un hippogriffe, il tenait ça de leur mère. S'il avait décidé qu'il ne parlerait pas, ils allaient rester là toute la nuit.
- Très bien, concéda-t-il à contrecœur, va vite te coucher ! Mais avant… prends ça !
Il savait qu'il allait le regretter mais avant d'avoir pu s'en empêcher, il avait sorti de son sac le petit miroir dont il se servait pour communiquer avec James lorsqu'ils étaient en retenue. Avec sa baguette magique, c'était un objet dont il ne se séparait jamais. James n'allait pas être très content lorsqu'il apprendrait qu'il avait donné une moitié à un Serpentard, même s'il s'agissait de son frère. Regulus prit le miroir que son frère lui tendit d'une main hésitante comme s'il n'en comprenait pas l'utilité.
- Une glace ? fit-il incrédule.
- C'est un moyen de communication, expliqua brièvement Sirius, ton… ton frère en a une autre. Quand tu voudras lui parler, tu n'auras qu'à envoyer une lumière vers le miroir pour l'avertir et il regardera dans son propre miroir comme ça vous vous verrez comme à travers une vitre. Utilise-la si jamais tu as un problème… avec Malefoy par exemple.
Les yeux brillant, Regulus sembla à deux doigts de se jeter dans les bras de Sirius qui sentit venir cette effusion et recula sensiblement pour parer à cette éventualité. L'heure n'était pas venue à un élan de tendresse entre deux frères qui n'avaient jamais su s'entendre.
- Merci Lupin, balbutia Regulus immensément touché, je ne pensais… vraiment pas que tu étais comme ça. Mon frère a vraiment de la chance d'avoir un ami comme toi.
- Oui c'est vrai, admit Sirius avec un faible sourire.
Sur ces mots, il disparut sous la cape et s'enfuit sans laisser le temps à Regulus d'ajouter quoi que ce soit.
Et voilà, un nouveau chapitre en boîte !
Alors que manigancent les Serpentards ? Pour une fois, ça fera un peu de suspense.
J'espère que cette fic vous plaît toujours. Merci beaucoup d'avoir lu. Laissez-moi une petite review s'il vous plaît !
Prochain chapitre : les Maraudeurs mènent l'enquête.
