Bonsoir à tous !
Merci de suivre toujours cette fic. Merci tout particulièrement à Holmes11 et An'SeeTheStars pour leurs reviews.
Comme promis, ce chapitre est arrivé plus vite mais en cas de trou de mémoire, je vous rappelle que le chapitre précédent s'achève sur les Maraudeurs bien décidés à découvrir ce que manigancent les Serpentards.
Je vous laisse dès à présent découvrir la suite de leur petite enquête et de leurs mésaventures à Pré-au-Lard.
Bonne lecture !
Chapitre 8 : Cœur de loup
Par bonheur, James ne rencontra aucun obstacle lorsqu'il alla remettre les livres à la bibliothèque, sans doute parce qu'il avait pris le soin de tenir éloignées les trois catastrophes ambulantes qui lui servaient d'amis. Planqué sous sa cape comme Sirius la veille, James se faufila discrètement dans la bibliothèque et abandonna la pile d'ouvrages dans une caisse dans un coin en espérant que Mme Pince penserait les avoir mis là exprès et avoir oublié de les ranger ensuite.
Ceci fait, il put rejoindre ses amis pour se rendre avec eux à Pré-au-Lard. En chemin, ils profitèrent qu'ils avaient la diligence pour eux tout seuls pour continuer à parler du plan mystérieux des Serpentards.
Ils formulèrent toutes sortes de théories. James, qui avait lu récemment un ouvrage à propos d'une certaine Chambre des Secrets dans le château, soupçonnait les Serpentards de l'avoir trouvée et de vouloir lâcher sur les élèves d'origine moldue le monstre qui se trouvait à l'intérieur. Peter faillit s'étrangler avec les dragées surprises de Bertie Crochue en entendant cette théorie et davantage lorsque Sirius l'approuva.
- Ce serait tout à fait plausible, acquiesça-t-il, ça expliquerait pourquoi les Serpentards n'étaient plus sur la carte si la Chambre des Secrets n'y apparait pas non plus.
Remus passa une main sur ses tempes et se massa les paupières comme si sa convocation du matin dans le bureau de McGonagall l'avait accablé de fatigue.
- Ce n'est qu'une légende, dit-il avec lassitude.
- Oui, lança Sirius d'un ton narquois, comme les trolls dans les souterrains et le Calamar géant dans le lac.
- Pardon mais le calamar géant existe, intervint Peter, je l'ai vu.
- Et pour les trolls c'était un mauvais coup des Serpentards, rappela James, c'est une preuve qu'ils sont prêts à tout.
- D'accord mais la Chambre des Secrets, ce n'est qu'une légende, insista Remus patiemment. C'est écrit dans L'Histoire de Poudlard, des tas de sorciers l'ont cherchée partout pendant des années. Ils auraient fini par la trouver.
- Justement, renchérit James, je suis sûr que les Serpentards ont fini par la trouver.
- C'est ridicule, répliqua Remus en se laissant aller contre le dossier de la banquette. D'après la légende, seul un héritier de Serpentard aurait le pouvoir d'ouvrir la chambre et de contrôler la chose qu'il contient.
James et Sirius eurent un sursaut parfaitement synchronisé et se regardèrent la bouche grande ouverte et les yeux ronds comme s'ils avaient été en même temps frappés par la foudre. Remus fronça les sourcils un peu sceptique puis comprit tout à coup ce qui leur passait par la tête.
- Oh non non non, dit-il en secouant l'index en signe de dénégation, je vous vois venir.
- Mais Remus ça colle, s'écria Sirius tout excité. Ca explique tout.
- Quoi ? Qu'est-ce qui explique quoi ? balbutia Peter qui ne comprenait rien.
- Ils pensent que Rogue est l'héritier de Serpentard, traduisit Remus en soupirant comme si c'était la chose la plus stupide qu'il eût jamais entendue.
- Les Serpentards ont dit que seul Rogue pouvait les aider à mener à bien leur projet, dit Sirius qui n'en revenait pas d'être aussi brillant.
Car il ne doutait pas un seul instant d'avoir raison.
- Rogue est un sang-mêlé, fit remarquer Remus en croisant les bras de façon éloquente. Je ne crois pas que Salazar Serpentard lui aurait confié les clefs de sa soi-disant chambre secrète alors qu'il a dans sa maison toute une tripotée de sorciers sang pour sang purs qui feraient mieux l'affaire.
- Peut-être qu'il a senti que Rogue était quand même un bon candidat, insista James qui était trop heureux de sa théorie malgré les failles qu'elle comprenait. Il est le premier à critiquer les moldus alors que sa mère en a épousé un, toujours le premier à traiter tout le monde de Sang-de-Bourbe et à leur balancer des sortilèges pour un rien. C'est le genre de comportement qui aurait bien plu à Salazar Serpentard.
- Et puis Rogue est très doué en magie noire, ajouta Sirius avec un profond dégoût. Il a toutes les dispositions nécessaires pour être désigné comme héritier.
Malgré lui, Remus commença peu à peu à se laisser convaincre mais il n'en montra rien. La perspective d'avoir à faire face à une vieille légende telle que la Chambre des Secrets, de savoir que l'école pouvait devenir la proie d'une créature inconnue qui s'attaquerait à tous ceux qui avaient du sang de moldu dans les veines. Dans un élan de couardise très « peteresque », il riva ses yeux sur le paysage extérieur comme pour montrer qu'il ne voulait plus prendre part à cette discussion. L'arrivée de la diligence à Pré-au-Lard lui sauva la mise.
Si le samedi avait été ensoleillé, presque estival, le dimanche fut bien plus maussade. Le ciel gris de nuages semblait si lourd qu'on eût dit qu'il allait échouer sur la terre. Quelques gouttes d'une pluie naissante accueillirent les adolescents dès qu'ils mirent un pied dehors. Cela n'entacha nullement leur bonne humeur pour autant. Les sorties à Pré-au-Lard étaient toujours synonyme de fête même si la météo annonçait un déluge. A peine arrivé, James exigea d'aller chez Zonko renouveler son stock de farces et attrapes.
- Si ça ne vous ennuie pas, j'aimerais que Remus me rende un petit service avant d'aller chez Zonko, lança tout à coup Sirius qui venait de repérer Jane sortant d'une autre diligence.
Sous les regards stupéfaits de ses amis, il sortit une bourse bien remplie de sa poche et la tendit à Remus, qui la tint à bout de bras comme s'il s'agissait d'une bombe.
- Tu m'expliques ? fit-il en soupesant le sac.
- En tant que nouvelle star du quidditch, Remus Lupin va avoir besoin d'un bon balai pour le match de samedi, dit Sirius en prenant une pose altière. Et comme je sais que tu n'as même pas une étoile filante et qu'il est hors de question que tu utilises celle de Madame Bibine qui tombe en copeaux chaque fois qu'on l'enfourche, je voudrais que tu ailles en acheter un nouveau… enfin que Sirius Black, dans son immense générosité, en offre un à son grand ami Remus.
Remus échangea avec James et Peter un regard interdit.
- Tu veux qu'on aille acheter un balai ? s'étrangla-t-il. Mais tu en as déjà un.
- Sirius Black en a un, rectifia celui-ci très engagé dans son rôle, et il ne le prêterait certainement pas à Remus, même pour un match de cette importance. Un balai, c'est comme une brosse à dent.
James approuva vigoureusement cet adage ridicule, qui fit plisser les yeux de Remus.
- Donc tu vas m'offrir un balai ? conclut celui-ci pour être sûr de bien tout saisir.
- Techniquement c'est à moi que je l'offre vu que c'est moi qui vais le monter pour le match de samedi, nuança Sirius en haussant les épaules.
- Sauf que tu ne resteras pas indéfiniment dans mon corps, rappela Remus. Une fois qu'on sera redevenus normaux, à qui reviendra le balai ?
Le sourire de Sirius s'effaça légèrement. A contrecœur, il répondit :
- Tu pourras le garder.
Remus parut soudain beaucoup plus joyeux.
- Tu vas donc vraiment m'offrir un balai, dit-il sans y croire, pourquoi faut-il que ce soit moi qui aille te l'acheter absolument ?
- Parce que mon bon cœur est sans limite, répondit Sirius d'un ton évident, allez du balai ! Enfin façon de parler ! James, tu devrais aller avec lui pour le conseiller.
- C'est ce que j'avais l'intention de faire, répondit James.
- Et toi tu ne viens pas avec nous ? s'enquit Peter étonné.
Sirius se mordit la lèvre, il avait espéré s'éclipser sans susciter de questions pour éviter une nouvelle scène. Voilà que ça se gâtait ! Et pour ne rien arranger, Jane scrutait la foule à sa recherche. Elle n'allait pas tarder à le trouver.
- Euh non, répondit vivement Sirius en amorçant un geste pour s'enfuir, j'ai… autre chose de prévu…
Comme il le redoutait, les regards de ses amis se firent soudain soupçonneux.
- Bon on se retrouve tout à l'heure aux Trois balais, lança Sirius prêt à prendre ses jambes à son cou.
Malheureusement, Remus le retint par le bras. Misère, c'était exactement ce qu'il avait redouté.
- Un instant, lança l'adolescent. Où est-ce que tu as l'intention d'aller avec mon corps ?
- Nulle part, balbutia Sirius en cherchant une excuse à toute vitesse, je vais juste…
- Remus !
Trop tard ! Jane avait fini par le repérer et avançait à présent vers lui, abritée sous un grand parapluie bleu, presque assorti à sa robe. Elle s'était abondamment maquillée pour la circonstance, sans doute sur conseil de Mary, et arborait de drôles de nœuds dorés dans les cheveux. Elle n'en demeurait pas moins toujours très jolie. Lorsque le véritable Remus la vit marcher vers eux d'un air à la fois guilleret et gêné, il comprit d'un seul coup et serra la main qui tenait le bras de Sirius à le broyer.
- Lunard…
- Tu as donné un rencard à cette fille ! gronda-t-il dans un souffle menaçant.
Bien qu'il ne fût plus dans son corps, il avait la même allure inquiétante que lorsqu'il s'efforçait de dominer le loup en lui. Sirius baissa les yeux d'un air coupable.
- J'avais peur que tu sois fâché, marmonna-t-il timidement.
- Mais qu'est-ce que tu as dans la tête ! siffla Remus qui devait se maîtriser pour ne pas exploser de colère. Comment oses-tu faire ça ? Tu sais ce que je pense des relations avec les filles.
- Je sais, répondit Sirius en essayant de ne pas se laisser déconcerter, et je t'ai déjà dit ce que je pensais de cet avis.
- Ce n'est pas à toi de décider ce que je dois faire de ma vie sentimentale, maugréa Remus le regard flamboyant.
- Je voulais seulement t'aider, protesta faiblement Sirius, tu dis toujours que tu ne peux pas avoir de petite amie mais tu n'as jamais essayé. De quoi est-ce que tu as peur au juste ? De te jeter sur elle pour lui arracher la gorge ? Ca ne te pose pas de problème vis-à-vis de nous pourtant.
- Imbécile ! cracha Remus. Tu sais très bien quel est le problème. Je ne veux pas faire souffrir quelqu'un. Je ne pourrai jamais avoir une relation normale avec une fille. A un moment ou l'autre, ma malédiction sera un obstacle.
- Un obstacle pas forcément insurmontable, trancha Sirius entêté en dégageant son bras d'un coup sec. Tu sais quoi ? Je crois surtout que tu te caches derrière ta lycanthropie pour ne pas avoir à affronter la réalité.
- La réalité ? répéta Remus sans comprendre.
- Parfaitement, acquiesça Sirius en hochant vigoureusement la tête, la vérité c'est que tu as peur de ne pas savoir gérer une relation amoureuse. Tu as peur de te prendre une veste comme n'importe qui, de souffrir, de t'attacher à une fille. C'est tellement plus simple de brandir ta malédiction comme un bouclier pour faire mine de ne pas te sentir concerné.
Remus ouvrit et ferma la bouche à plusieurs reprises, ne trouvant pas de réplique cinglante à lui opposer à son grand agacement. Sirius le vit serrer les poings et trépigner d'impuissance tout en réfléchissant à toute vitesse. Par-dessus l'épaule de son ami, ses yeux se posèrent de temps à autre sur Jane, qui avait remarqué de loin qu'ils semblaient se disputer et avait estimé préférable de ne pas avancer tant que Sirius parlait toujours à Remus.
- Tu ne peux pas comprendre, finit par dire Remus entre ses dents.
- Ah oui ? répliqua aussitôt Sirius avec un sourire amer. Il me semble pourtant que je suis à ta place. Laisse-moi te prouver qu'au contraire, c'est toi qui te voiles la face ! Laisse-moi aller à ce rendez-vous ! Je vais te montrer qu'un loup-garou peut aimer comme un humain ordinaire.
Remus tressaillit en entendant ces mots comme s'ils lui inspiraient les pires pensées. Il se mit à se dandiner de plus belle.
- Mais c'est… mais je… c'est que… je ne…
Il ne savait plus quoi dire. Des gouttes de sueur perlaient sur son front.
- Sirius, s'il te plaît, bredouilla-t-il faiblement.
- Quoi ? fit celui-ci en écarquillant les yeux. C'est Hathaway qui te pose problème ? Elle ne te plait pas. Je croyais pourtant que tu la trouvais très sympathique.
- Oui mais bon, marmonna Remus qui avait le teint cramoisi à présent, c'est mon corps… et je ne sais pas ce que tu as l'intention de faire mais je…
Sirius comprit alors ce qui lui trottait dans la tête et se détendit. Son visage s'éclaira en un sourire affable qui le faisait ressembler plus que jamais au vrai Remus Lupin.
- Ne t'en fais pas, le rassura-t-il légèrement amusé, on va seulement aller prendre un café. Ne tire pas de conclusions si hâtives !
- On sait jamais, marmonna Remus entre ses dents le teint toujours très rouge, avec toi je me méfie.
Sirius éclata de rire et donna une tape amicale sur l'épaule de son ami avant de s'éloigner pour retrouver Jane. Celle-ci parut rassurée en voyant qu'il souriait.
- Tu es splendide, dit-il après l'avoir saluée.
- Merci, balbutia-t-elle intimidée, est-ce que tout va bien ? J'ai l'impression que Sirius était contrarié. Ce n'est pas à cause de moi j'espère ?
- Non pas du tout, répondit aussitôt Sirius en secouant la tête. Il voulait que je vienne avec lui chez Zonko pour me montrer un tr… quelque chose d'amusant mais je lui ai dit que j'avais mieux à faire alors il s'est vexé. Tu sais comment il est.
En réalité Jane ne pouvait que supposer comme elle ne connaissait pas très bien Sirius Black mais elle ne fit aucune remarque et se contenta d'un léger sourire rasséréné. D'un geste galant, Sirius lui prit le parapluie et entreprit de le porter tout en la prenant par la main pour l'entraîner vers le café avec un doux sourire. A quelques mètres de là, Remus observa cette scène dans un état second. Il se voyait agir ainsi envers une fille, une fille jolie en plus, et avait le sentiment effroyable qu'on lui dérobait quelque chose.
- Tu viens ? lança tout à coup James, le tirant de sa rêverie. La boutique de balais ferme plus tôt aujourd'hui.
James et Peter étaient restés en retrait pendant toute la durée de leur discussion. Ils n'avaient d'ailleurs rien écouté, trop occupés à estimer l'argent dans la bourse et à émettre quelques suggestions de balai que leur ami pourrait acheter. Cette transaction les intéressait visiblement bien plus que le jeu de séduction auquel se livrait Sirius dans un corps qui ne lui appartenait pas. Sur le chemin du magasin Quidditch Plus, James et Peter s'aperçurent que Remus était à nouveau soucieux.
- Je vais avoir un balai et grâce à Sirius, je vais peut-être aussi avoir une petite amie quand je récupèrerai mon corps, expliqua-t-il à Peter pendant que James passait en revue tous les balais de la boutique. Je devrais être heureux alors pourquoi je me sens si triste ?
- Peut-être parce que ce n'est pas toi qui profites de toutes ces bonnes choses qui t'arrivent, supposa Peter en haussant les épaules. Sirius a toujours du succès dans tout ce qu'il fait, on ne devrait pas être étonné de le voir continuer à briller même dans cette situation. Le problème, c'est qu'il se trouve dans ton corps. Tu dois avoir le sentiment que c'est un peu injuste. Je te comprends, tu sais. Moi aussi, je serais dégoûté si c'était un autre qui vivait les meilleurs moments de ma vie.
Disant cela, il s'éloigna pour aller voir de plus près le balai qu'avait trouvé James et qu'il agitait triomphalement, laissant Remus plus désemparé encore qu'avant le début de cette discussion. Une phrase de Peter continuait de résonner dans sa tête comme un écho : « Sirius a toujours du succès dans tout ce qu'il fait, on ne devrait pas être étonné de le voir continuer à briller même dans cette situation. » C'est que Peter avait du bon sens quand il le voulait.
En se dirigeant vers ses amis, Remus passa devant le rayon consacré aux tenues de sport et s'arrêta une fraction de seconde devant un miroir à proximité des cabines d'essayage. Le reflet de Sirius le considéra d'un air mélancolique. Cela ne ressemblait pas du tout à Sirius Black. C'était plutôt Sirius Black au retour des vacances d'été. Il traînait son âme en peine comme si on l'avait menacé de le renvoyer plus tôt chez lui.
Remus eut un serrement au cœur. Il passait son temps à critiquer son ami depuis qu'ils avaient changé de corps alors que lui-même jouait bien mal son rôle. Sirius était d'un naturel enjoué et dynamique. Il n'avait pas sans cesse cette mine de chien battu. Remus prit une profonde inspiration et bomba le torse pour essayer de se donner une mine plus sûre de lui. Je suis Sirius Black, pensa-t-il.
Et il se mit à sourire. Pas de ce sourire boniface qui lui donnait l'air plus doux qu'un mouton, non. Le sourire de Sirius était plus charmeur et malicieux. Ce n'était pas seulement un mouvement des lèvres. Tout son visage s'éclairait quand il sortait son indescriptible sourire qui faisait tomber tant de filles en pamoison.
Après tout, pourquoi ne pouvait-il pas satelliser sur lui la chance de Sirius ? Il était dans le corps de Sirius Black nom d'un chien ! Pourquoi n'aurait-il pas droit d'en profiter un peu ? C'était bien ce que faisait Sirius depuis le début avec son propre corps sans même se poser de question. Il avait le physique avantageux de son ami et pas de loup ni de pleine lune à surveiller alors tout allait bien.
Pour la première fois de sa vie, peut-être allait-il pouvoir faire tout ce qu'il voulait sans avoir à se demander si cela lui était permis. Dans le corps de Sirius Black, tout lui était permis. Sirius avait-il déjà demandé la permission pour quoi que ce soit ? Jamais. A cette pensée, il eut un premier véritable sourire. Enfin pour la première fois depuis l'accident du Polynectar, il donnait l'impression d'être le vrai Sirius Black.
- Alors on s'admire ?
Remus eut un sursaut traduisant bien qu'il venait de frôler l'arrêt cardiaque. Dans le miroir, à côté du reflet de Sirius était apparue tout à coup celui d'une jeune fille au regard mutin. Remus se détourna alors de l'image de son ami pour faire face à l'arrivante, dont les cheveux blonds dégoulinants de pluie tombaient le long de son anorak. Bien qu'il fût certain de l'avoir déjà vue à un match de Quidditch, il lui fut impossible de retrouver son prénom.
- Oh salut Holly ! s'exclama James dans le dos de Remus.
Deux secondes plus tard, Peter et lui étaient auprès d'eux. Remus regarda successivement James, un grand sourire aux lèvres, et la fille qui le saluait avec de grands gestes. C'était donc Holly Bishop, la fameuse joueuse que James avait mentionné suite à leur entraînement de quidditch du jour précédent.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? questionna James sur un ton de franche camaraderie.
- Je viens m'acheter une nouvelle tenue pour les entraînements, répondit-elle simplement. L'autre commence vraiment à être trop abimée. Et vous ?
- On achète un balai pour Remus, expliqua Peter d'un ton joyeux. Maintenant qu'il est dans l'équipe de Gryffondor, il lui en faut un à lui. Sirius a décidé de lui en offrir un mais il ne faut rien dire, c'est une surprise.
- C'est vrai ? s'exclama Holly en jetant à Remus un regard étonné.
- Euh… oui, marmonna celui-ci faute de mieux.
- C'est super gentil ! s'étrangla Holly. Les balais ne sont pas donnés. Quand je pense que mon petit ami ne me paierait même pas un sachet de bonbons chez Honeydukes. Remus a beaucoup de chance d'avoir un ami comme toi, Sirius.
Sur ces mots, elle lui lança un regard tellement éloquent que celui-ci se sentit rougir malgré lui. Eh bien voilà ! Une seconde plus tôt, il songeait qu'il pouvait faire tout ce qui lui plaisait dans le corps de Sirius, y compris draguer les filles et à présent il y en avait une qui lui tombait du ciel. C'était le moment ou jamais. Remus réfléchit une fraction de seconde à ce que Sirius répondrait si on lui tendait une perche pareille.
- Ouais c'est vrai, fit-il en essayant d'imiter la mine suffisante de Sirius… sans succès malheureusement.
Il voulut s'appuyer contre le miroir pour se donner plus de prestance mais celui-ci bascula sur lui-même sous le poids de son corps et manqua de peu de l'envoyer valser contre une étagère de tenues sportives. James et Peter durent se mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire et masquèrent leurs pouffements en quinte de toux. Holly lança à Remus un sourire en coin puis se tourna vers James pour jeter un œil au balai qu'il tenait dans ses bras avec précaution comme un bébé.
- Alors qu'est-ce que vous lui avez pris ? s'enquit-elle intéressée.
- Le nouvel Astiqueur 3 a l'air pas mal, dit James en lui montrant le bijou rutilant, en plus c'est dans notre budget.
- Un Astiqueur, répéta Holly avec un sifflement admiratif, eh bien ! Il va avoir la classe là-dessus le petit Lupin.
A ces mots, elle eut à nouveau son sourire en coin. C'en fut trop pour Remus qui eut l'impression que les bras lui tombaient le long du corps. James et Peter échangèrent un drôle de sourire amusé.
- J'espère que tu ne dis pas ce genre de chose devant Timothy, taquina James.
C'était probablement son petit ami. Le président du club d'échec s'appelait Timothy Jones, c'était un Gryffondor, sans doute s'agissait-il de lui. Sans se sentir offensée le moins du monde, Holly haussa les épaules.
- Comme si ça lui faisait quelque chose, marmonna-t-elle avec indifférence. Bon j'y vais. On se voit demain à l'entraînement, James. Embrassez Remus pour moi !
- Compte sur nous ! s'écria Peter qui n'arrivait pas à détacher ses yeux émerveillés des jambes athlétiques de la belle blondinette.
Dès qu'elle eut disparu dans un rayon, il se tourna vers Remus, que cet échange avait laissé blême.
- Encore une qui a un faible pour toi, Remus, lui chuchota-t-il à l'oreille. A ce rythme-là, Sirius va bientôt se dépasser lui-même sur l'échelle de popularité auprès des filles.
Remus ne trouva rien à lui répondre. Il ne savait guère que penser. Il avait essayé de prendre un air sûr de lui, de se comporter comme Sirius mais le charme n'avait pas fonctionné. A l'évidence, Sirius avait un petit truc en plus qui lui échappait totalement.
- Alors ? lança soudain James en lui mettant le balai sous le nez. Il te convient ?
Remus fut bien obligé de faire semblant de s'y intéresser.
- Oui il a l'air très bien, répondit-il, mais c'est dommage qu'on ne puisse pas l'essayer.
A cet instant, la caissière qui se trouvait non loin de là les entendit.
- Si vous voulez l'essayer, il y a de la place prévu pour ça dans la cour, dit-elle d'un ton abrupt, c'est une mornille.
James sortit une mornille de la bourse de Sirius et les trois garçons se précipitèrent dans la cour.
Un peu plus tard, quand il fut l'heure de rentrer, James, Remus et Peter se sentaient plus joyeux que si c'était Noël. La pluie avait enfin cédé la place au soleil et le fait d'avoir essayé un excellent balai avait chassé en un rien de temps tous les papillons noirs dans la tête de Remus. Après avoir payé l'Astiqueur 3 avec l'argent de Sirius, les trois garçons avaient passé le reste de l'après-midi à en parler avec animation. Remus brûlait à présent de retrouver son corps pour pouvoir en profiter.
- Il est tellement fin qu'on le sent à peine, dit-il avec ravissement. C'est un vrai bonheur de voler dessus.
- Je sais qu'on a dit que les balais ne se prêtaient pas mais ça t'ennuierait de me laisser le tester un de ces jours, quémanda James d'une petite voix. Le mien commence à être passé de mode. Ca m'a donné envie d'en avoir un nouveau.
- Tu n'auras qu'à en toucher deux mots à Sirius à l'approche de ton anniversaire, conseilla Peter en lui donnant un léger coup de coude complice.
Ils furent soudain surpris par Remus qui venait de lâcher son balai sous le coup d'un accès de stupeur inégalable. Les deux garçons inquiets crurent même pendant une fraction de seconde qu'il allait tourner de l'œil. Remus n'en fit rien et se contenta de rester figé comme une statue, ses yeux braqués au loin.
- Euh… Remus ça va ? s'enquit James hésitant.
Remus ne répondit pas. Sans se départir de leur inquiétude, James et Peter firent alors volte-face et virent ce qui mettait leur ami dans cet état : à quelques mètres d'eux, Sirius était en train d'embrasser Jane Hathaway.
oOoOoOo
- J'ai passé un après-midi magique avec toi, souffla Sirius à l'oreille de Jane lorsqu'ils furent aux abords des diligences de retour.
- Moi aussi, avoua Jane qui avait effectivement des étoiles plein les yeux.
A présent le moment était venu pour eux de se quitter. Jane venait d'apercevoir Mary et Lily qui l'observaient de loin pendant qu'un garçon les pressait de monter à bord d'une diligence. Sirius comprit alors qu'il ne pouvait pas la retenir pourtant il ne pouvait se résoudre à la quitter. Elle avait été charmante tout au long de la sortie, partir ainsi lui semblait bien amer et lui laissait un goût d'inachevé. Tout en sachant pertinemment que Remus n'apprécierait pas, Sirius ne put se contrôler et lui déposa un rapide baiser sur les lèvres après lui avoir dit au revoir. La jeune fille resta éberluée et Sirius prit conscience de son acte.
- Je suis désolé, bredouilla-t-il en rougissant.
- Non, répliqua Jane encore un peu hébétée, c'était… il n'y a vraiment pas de quoi être désolé.
Sirius retrouva alors confiance en lui.
- C'est vrai ? lança-t-il avec un sourire.
- Oui, assura Jane qui souriait à son tour à présent.
Il se pencha alors vers elle pour lui donner un baiser plus long, un vrai baiser, loin de se douter qu'à quelques mètres de là, Remus avait vu sur toute la scène.
- Ne fais rien que tu pourrais regretter, conseilla James à voix basse plus mal à l'aise que s'il avait surpris les jeunes gens dans une situation encore plus compromettante.
Remus resta de marbre mais ses yeux brillaient tellement qu'ils semblaient capables de lancer l'Avada Kedavra. Sirius salua une dernière fois la jeune fille, qui se précipita dans la carriole avec ses amies pendant que lui-même s'en retournait vers les siens.
- Coucou ! lança-t-il jovialement. Alors comment ça a été ? Vous avez trouvé un balai ?
James et Remus étaient trop statufiés pour répondre. Ce fut Peter qui reprit le premier ses esprits et qui ramassa le long paquet que Remus avait laissé tomber par terre.
- Oui, dit-il précipitamment en le lui tendant, on a pris un Astiqueur 3.
- Ah vous avez très bien fait, approuva Sirius d'un ton éclatant.
Il se tourna alors vers Remus et attendit visiblement quelque chose… mais rien ne vint. Remus semblait avoir pris le regard d'un basilic à travers un voile de brume.
- Ben alors, lança Sirius en agitant le balai emballé pour le faire réagir, tu ne me remercies pas ?
Sirius n'en eut pas conscience mais il se retrouva tout à coup en très grand danger. Remus semblait hésiter entre sortir sa baguette magique ou lui faire sauter des dents à mains nues. Finalement, songeant qu'abimer son propre corps eût été idiot, il opta pour une troisième solution et prit la fuite, les yeux plein de larmes. Sirius le regarda partir presque en courant, la mine interloquée.
- Qu'est-ce qu'il a encore ? fit-il en tournant vers James son regard complètement désorienté.
Et voilà, un nouveau chapitre en boîte !
Alors comment Sirius va-t-il s'en sortir après cette nouvelle bourde ? Remus pardonnera-t-il une fois encore ?
Prochain chapitre : nouvelle tentative pour résoudre le problème de l'échange des corps, peut-être enfin la bonne !
Merci beaucoup d'avoir lu, laissez-moi une petite review pour donner votre avis s'il vous plaît !
