Bonsoir, me revoilà avec un nouveau chapitre ! Merci à ceux qui suivent toujours cette fic. Merci à vampirefell, An'SeeTheStars et Holmes11 pour leurs reviews.

Pour répondre à Holmes11, au début je ne voulais pas mettre Jane au premier plan mais comme toi, je trouvais que l'histoire manquait de filles. Elle va effectivement être plus présente, notamment dans ce nouveau chapitre.

Bonne lecture !


Chapitre 11 : Je hais les lundis

Sirius redoutait le cours de botanique pour les mêmes raisons que Jane était pressée de le voir arriver : car ce serait l'heure pour eux de se retrouver. Le jeune homme n'aurait plus le choix. Il lui faudrait dire clairement à Jane qu'elle s'était fourvoyée sur leur relation sinon Remus lui en voudrait.

Hélas c'était tellement plus facile à dire qu'à faire. Il n'avait aucune envie de faire du mal à une fille si gentille. Lorsqu'il entra dans la serre où devait se dérouler le cours, il aperçut d'emblée Jane en grande conversation avec Lily et Mary et son cœur se serra. De profil, il la voyait sourire. Un seul mot et ce joli sourire s'effacerait comme par magie. Sirius déglutit à cette pensée. Non décidément c'était trop cruel.

Repoussant l'échéance, il entraîna ses amis à l'autre bout de la serre dans l'espoir de se planquer mais le professeur Chourave sembla remarquer sa manœuvre et profita qu'il passait devant elle pour attirer l'attention de toute la classe en frappant dans ses mains.

Après avoir salué tout le monde et délivrer le programme ô combien réjouissant de la séance – s'occuper de Naroxisses, des plantes aussi laides et grasses que les Mimbulus Mimbletonia – elle entreprit de séparer les élèves en groupe de quatre personnes en prenant soin de mélanger les Serdaigles et les Gryffondors.

Les Maraudeurs se retrouvèrent alors séparés, Sirius et Peter furent envoyés à un bout avec un tandem de Serdaigle tandis que Remus et James (Chourave avait cru prendre un risque et faire preuve de générosité en laissant Black et Potter ensemble, loin de se douter que ce n'était pas le cas) furent envoyés à l'autre bout pour faire équipe avec… Jane et Lily.

- Yes ! s'exclama James ravi tandis que Lily le regarda venir en grimaçant.

Très intimidé par la perspective de passer une séance entière aux côtés de Jane, Remus traîna les pieds comme un enfant jusqu'à ce que James le saisisse par le col pour le presser d'avancer. Il ne voulait pas perdre un instant auprès de Lily, c'était sa chance en or.

Tandis que Lily s'efforçait de faire comprendre par A+B que Potter était le roi des idiots, Peter et Sirius firent connaissance avec Beth Miller, une fille très enrobée que Sirius avait cyniquement surnommée « le cachalot » sous le nez d'un Remus profondément outré, qui lui avait interdit de proférer de telles paroles tant qu'il se trouverait dans son corps.

En dépit de son surpoids, qui avait tant fait rire le méprisant Sirius, Beth était une adolescente des plus sympathiques, ainsi que son camarade Aldrich Corvin, qui se distingua dès les premières secondes par un débit de parole anormalement dense déversé en continu par une véritable voix de crécelle.

Sirius eût donné toute la fortune de sa famille pour le faire taire rien qu'une fraction de seconde. Il se retint cependant car il réalisa bien vite que le petit moulin à paroles bénéficiait des faveurs toutes particulières de la directrice de la maison des Poufsouffle. Avec son petit sourire angélique, ses cheveux bien coiffés, ses joues roses et fraîches et son ton mielleux, Corvin évoquait à Sirius quelqu'un mais il ne se rappelait pas qui.

- Je suis très heureux d'avoir l'occasion de te parler, dit-il à Sirius, croyant s'adresser évidemment à Remus. Nous n'avons jamais l'occasion de nous voir en dehors du tournoi d'échec annuel.

- Ah bon, marmonna Sirius en s'efforçant de supporter son insupportable petite voix nasillarde, comme c'est bi…

- Attention ! hurla soudain Peter.

Dans un accès de maladresse tout à fait habituelle de la part de Peter, le sécateur lui échappa des mains et fila comme une flèche vers le visage de Beth. Sirius, qui se trouvait juste à côté d'elle l'intercepta grâce à ses excellents réflexes alors que la pointe de la lame ne se trouvait qu'à quelques centimètres du nez de la jeune fille. Celle-ci resta d'ailleurs un instant figée d'étonnement comme si elle ne réalisait pas bien ce qui venait de se passer.

- Wouah ! fit-elle finalement dans un souffle. Super réflexe ! Tu m'as sauvé la vie.

- N'exagérons rien, marmonna Sirius faussement modeste en laissant tomber le sécateur dans le terreau.

Peter se confondit en excuses, les joues écarlates.

- Tu ferais un malheur dans l'équipe de quidditch, commenta Corvin l'air de rien.

- En fait, je viens justement de l'intégrer, avoua Sirius qui ne pouvait plus retenir son sourire de fierté bien qu'il se fût promis intérieurement de rester humble à l'image de Remus. Oh attention Peter ! La plante perd sa sève.

Effectivement le coup de sécateur mal placé de Peter avait déclenché une véritable irruption sur la plante dont il s'occupait. Le professeur Chourave qui passait par là s'arrêta un instant pour les rabrouer.

- N'en perdez pas une goutte, malheureux ! s'écria-t-elle. Ce produit possède une vertu magique très importante. Elle permet de pister n'importe qui grâce à une simple goutte. Les Aurors s'en servent pour remonter les réseaux de magie noire.

- Génial ! commenta Corvin les yeux brillants. Il faudrait en répandre sur les Serpentards.

Beth laissa échapper un petit rire puis retrouva subitement son sérieux et lança à son camarade un regard réprobateur. Trop tard. Le mal était fait.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'enquirent les deux Gryffondors, les oreilles en alerte.

Corvin se mordit la lèvre, soudain ennuyé et chercha du secours auprès de son amie qui lui lança un regard signifiant clairement : « Tu aurais mieux fait de te taire ».

- Ce n'est rien, répondit précipitamment le Serdaigle, oubliez ça !

- Non ! rétorqua Sirius pour qui une telle chose était inconcevable. Tu en as trop dit ou pas assez. Il y a quelque chose qui cloche avec les Serpentards ?

Il faillit ajouter « plus que d'habitude ? » mais se retint au dernier moment. Beth et Corvin échangèrent un long regard embarrassé puis le jeune homme qui avait commis l'impair se décida à cracher le morceau.

- Il y a des rumeurs dans la tour de Serdaigle, confessa-t-il à voix basse, je suis ami avec le préfet et c'est lui qui m'a raconté. Apparemment quelques élèves de Serpentards –ne me demandez pas les noms, je ne sais pas— s'en seraient pris samedi soir à une fille de première année.

- Viviane Wood ? s'écria Peter avant que Sirius eut eu le temps de lui mettre un coup de coude dans les côtes pour l'inciter à se taire.

Ce fut au tour des Serdaigles de considérer les Gryffondors avec incrédulité et à Peter de se mordre la lèvre, très gêné, sous le regard exaspéré de Sirius.

- Ou-oui, balbutia Corvin en échangeant un regard effaré avec sa voisine, comment êtes-vous au courant ? Vous avez entendu des choses là-dessus ?

- Non pas du tout, répondit précipitamment Sirius en jetant un regard noir à Peter pour lui faire comprendre qu'il devait se taire à présent, des ouï-dire de préfet sûrement. Alors qu'est-il arrivé à cette Viviane Wood ?

- On n'en sait rien, répondit Beth d'une voix étrangement ferme, elle refuse d'aborder le sujet. Elle fait comme si rien n'était.

- Le préfet dit qu'elle est en état de choc mais qu'elle ne veut pas le montrer, ajouta Corvin gravement. Je ne sais pas ce que ces Serpentards lui ont fait mais ça ne me dit rien qui vaille… à supposer qu'ils lui aient vraiment fait quelque chose.

- Oui, dit Sirius dans un souffle, on ne peut pas savoir…

A l'autre bout de la serre, James était en disgrâce. Il avait voulu galamment faire le travail à la place de Lily mais celle-ci avait refusé avec hauteur et les deux adolescents en étaient venus à se disputer le matériel comme des enfants jusqu'à ce que James fasse malencontreusement tomber sur la jeune fille un pot de terreau, la maculant des pieds à la tête.

Lily avait contemplé un instant le désastre, suffoquée, avant de toiser James avec haine, croyant sans en douter qu'il avait fait exprès pour la ridiculiser. Après lui avoir balancé à la figure pour la énième fois combien il était immature, elle quitta la serre en courant. James se serait enterré sous trois tonnes de terreau pour éviter d'endurer cela.

- A chaque fois, il y a un truc qui dérape, pesta-t-il les joues rouges de colère et de honte. Ce doit être le karma. Je suis sûr que c'est Rogue qui m'a jeté un sort.

- Ca ne m'étonnerait pas de lui, fit Jane en fronçant le nez.

- Tu n'aimes pas Rogue ? s'enquit James intéressé.

- Pas vraiment, avoua la jeune fille en élaguant des branches d'un geste machinal comme pour ne pas avoir à les regarder, je le trouve… louche. Je ne comprends vraiment pas comment une fille comme Lily peut traîner avec un garçon pareil.

- Je suis bien d'accord, approuva vivement James en se sentant un peu consolé.

Il se tourna vers Remus pour l'encourager des yeux à réagir à son tour. Sirius Black ne serait jamais resté silencieux dans son coin pendant qu'on critiquait Rogue. Mais Remus était incapable de parler.

Après avoir vu de loin son corps et Jane s'embrasser, il ne pouvait plus regarder la jeune fille en face, ni sortir le moindre mot en sa présence. Il venait de passer toute la séance à se planquer derrière la plante et à faire mine d'être débordé de travail pour ne pas prendre part aux discussions.

Dans le silence pesant qui s'installa soudain, James décida de se risquer à prendre le taureau par les cornes.

- Alors, lança-t-il en se tournant vers Jane, toi et Remus…

Le vrai Remus manqua de peu de se planter son sécateur dans le bras tant il fut choqué. Il fusilla James des yeux mais celui-ci l'ignora royalement, trop occupé à fixer Jane, qui était devenue cramoisie.

- Ce n'est pas ce que vous croyez, s'empressa-t-elle de balbutier très mal à l'aise, enfin… j'aimerais beaucoup mais… j'ai l'impression qu'il va falloir du temps à Remus pour qu'il me fasse confiance. Il se cache derrière une vraie carapace.

- Oui il est très réservé, marmonna celui-ci en se décidant courageusement à prendre la parole, il ne sait pas comment il faut s'y prendre avec les filles alors il a peur de mal agir.

- Oui c'est ce que j'ai vu, acquiesça Jane soudain rêveuse, à chaque fois qu'il prend une initiative on dirait que ça l'effraie et il se rétracte. Il n'ose pas aller… jusqu'au bout. Pourtant… il s'en sort très bien.

Elle rougit de plus belle, Remus aussi. C'était peut-être la conversation la plus gênante à laquelle il eût jamais assisté de sa vie et pourtant il y en avait eu beaucoup notamment quand ses amis ignoraient encore qu'il était un loup-garou et qu'ils riaient innocemment de ces créatures après les cours de DCFM.

- C'est dommage qu'il n'ait pas un peu plus confiance en lui, conclut Jane en haussant les épaules. Enfin je ne dis pas qu'il n'a pas du tout confiance en lui, loin de là. Quand il s'y met, il ose… une prise de main, un baiser.

- A-à propos de ce baiser, balbutia Remus qui sentait qu'il devait justifier ce comportement, ce n'était pas Remus. Il perd un peu les pédales en ce moment… ce doit être à cause du quidditch. Depuis qu'il a été engagé dans l'équipe, il se laisse complètement grisé mais il ne va pas tarder à redescendre sur terre.

- Mais ça ne m'a pas dérangé, répliqua Jane en dissimulant à grand peine son sourire. Remus a de sacrés assauts de témérité quand il veut… comme ce qu'il a fait cette nuit.

La respiration de Remus se bloqua aussitôt qu'il entendit ces mots.

- Comment ça cette nuit ?

- Oh il ne vous a rien dit ! lança Jane qui était devenue si rouge à présent qu'elle allait se mettre à fumer.

-N-non.

Remus tremblait sous l'assaut d'un millier d'émotions, la panique en tête. Même James ne souriait plus tellement à présent. Pour Jane, c'était peut-être le moment le plus embarrassant de sa vie.

- Remus s'est introduit dans mon dortoir cette nuit, révéla-t-elle à voix tellement basse que les deux garçons durent presque s'allonger à plat ventre par-dessus le bac à terreau dans lequel était planté l'arbuste pour pouvoir saisir ses propos.

James dut soutenir Remus pour qu'il ne s'évanouisse pas.

oOoOoOo

James fut très choqué de la sérénité avec laquelle Remus accueillit Sirius lorsque les quatre garçons se retrouvèrent après le cours de botanique. L'as du quidditch s'était attendu à voir l'ex-loup-garou sauter à la gorge du présent loup-garou avant d'engager un combat à mort. Peut-être était-ce le fait d'être dans le corps de cette tête brûlée de Sirius mais Remus avait une nette tendance à vite s'enflammer depuis le transfert de leurs âmes. Aussi lorsque pour la première fois, il réagit en vrai Remus Lupin, c'est-à-dire sans crier, ni même admonester son camarade, James eut un instant d'absence.

- Tu viens d'apprendre qu'il s'est glissé en douce dans le lit d'une fille la nuit dernière et tu n'essaies pas de le pendre par les pieds au milieu du couloir ? s'étonna James, qui cherchait l'erreur dans cette absence de pugilat.

Remus haussa les épaules avec une remarquable indifférence.

- A quoi bon ? lança-t-il avec une sagesse qui lui ressemblait déjà bien plus que sa colère froide des derniers jours. Sirius a un tempérament de feu. Dès qu'on lui demande, même gentiment, de faire quelque chose, il s'empresse de désobéir. Je suis fatigué de gaspiller ma salive.

- D'accord mais sur ce coup-là, même moi je serais fâché, fit remarquer James à la fois éberlué et admiratif devant tant de self-control. Tu imagines si l'histoire se sait ?

Remus eut un léger sourire, qui s'estompa bien vite mais pas assez pour échapper à l'œil de lynx de James.

- Attends un peu ! s'écria-t-il suffoqué. Ca te fait plaisir que Sirius te taille ce genre de réputation.

- Qui y croira de toute façon ? riposta Remus en farfouillant dans son casier à la recherche de ses livres pour le cours de DCFM. Aux yeux de l'école, je reste ce coincé de Remus Lupin. Il faudra plus que Sirius pour changer ça.

James n'en était pas si sûr. Le regard des autres sur Remus avait grandement changé depuis que Sirius habitait son corps. Malgré lui, Sirius ne pouvait se défaire de sa démarche pompeuse, de ses sourires en coin, de sa mine très sûre de lui. Rien de tout cela ne correspondait à Remus. Les élèves étaient bien forcés de constater le changement.

A l'instant même où Remus et James parlaient de la sorte, Sirius se tenait justement à un mètre d'eux, négligemment adossé contre un casier, le regard perdu dans le vague. Si sa pose était davantage celle de Sirius Black, son air absent était tout à fait caractéristique de Remus.

Depuis quelques instants déjà, il écoutait une conversation à laquelle il était totalement étranger. Un peu plus loin, Rogue s'affairait lui aussi dans son casier et venait de se faire aborder par Lucius Malefoy qui n'arborait pas sa mine des bons jours.

Alors que Rogue posait son livre de sortilège dans son casier, Sirius crut de loin que Malefoy allait lui souhaiter le bonjour en lui refermant brutalement la porte en métal sur la main. Rogue dut sentir aussi cette intention car il s'empressa de la retirer et se mit aussitôt sur la défensive.

- On a été très patients avec toi, Rogue, attaqua Malefoy d'emblée, mais tu commences sérieusement à nous irriter.

- Je n'ai rien à vous dire, dit Rogue dans un souffle en fermant son casier d'un geste fébrile.

Il essaya de s'enfuir mais Malefoy lui barra le passage. Rogue fit alors volte-face cependant il se heurta au véritable mur de muscles que formaient Crabbe et Goyle côte à côte.

- Ca veut dire quoi cette attitude ? lança Malefoy en s'efforçant de conserver une voix velouteuse malgré la colère qui transparaissait dans ses yeux. D'abord tu nous lèches les bottes pour entrer dans notre groupe et deux jours plus tard, tu nous traites avec un manque de respect que ta basse naissance ne permet pas.

Un horrible rictus passa sur le visage cireux de Rogue mais s'effaça aussi vite qu'il était apparu.

- Si tu es venu pour m'insulter, ce n'est pas le moment, rétorqua Rogue en forçant le passage.

- Tu crois qu'en agissant comme ça, ta Sang-de-Bourbe va changer d'avis sur toi ? railla Malefoy d'une voix forte. Tu rêves mon gars. Tu as perdu toute considération pour elle.

Rogue se figea avec l'impression d'avoir été frappé par la foudre. En une fraction de seconde, il fit volte-face et revint vers Malefoy d'un pas furieux.

- Je te déconseille de l'appeler comme ça.

- Tu me déconseilles ? releva Malefoy en échangeant un regard faussement suffoqué avec ses deux acolytes. Est-ce que c'est une plaisanterie ? Puisque tu en parles, j'ai moi aussi quelques petits conseils à te donner. Non en réalité, c'est un avertissement. Tu tiens beaucoup à ta Sang-de-Bourbe pas vrai ?

Rogue lui répondit avec ses mots colorés qu'il l'envoyait promener et plongea une main dans sa robe de sorcier pour la refermer sur ce qui devait être sa baguette magique. Malefoy tenait déjà la sienne à la main et l'agita sous le nez de Rogue en lui lançant un sourire sardonique.

- Ce serait bête qu'il lui arrive quelque chose tu ne crois pas ?

- Pourquoi il lui arriverait quelque chose ? lança Rogue d'un air de défi.

Le sourire mauvais de Malefoy s'élargit.

- Change de ton, conseilla-t-il d'un ton menaçant. Je suis d'une patience à toute épreuve même avec tous ces morveux indignes de leurs pouvoirs qui ont le culot de se prendre pour des sorciers… mais ce n'est pas le cas de tout le monde chez nous. Mon amie Bellatrix par exemple… si on ne la surveille pas un peu… qui sait ce qu'elle pourrait faire.

- C'est une menace ? gronda Rogue les ailes du nez frémissantes.

Malefoy laissa échapper un rire sarcastique.

- Bien sûr que non ! s'écria-t-il d'un ton goguenard qui seyait bien à son maintien d'aristocrate. Voyons, on ne se menace pas… entre amis. Comme je te l'ai dit : simple avertissement.

Le regard de Rogue exprimait une haine au moins équivalente à celle qui transparaissait dans ses yeux chaque fois qu'il les posait sur James et ses amis. S'il n'avait pas eu temps d'aversion pour Rogue, Sirius en aurait presque été impressionné. Pendant une fraction de seconde, le jeune Serpentard chercha une riposte mais il renonça et tourna les talons pour se sauver. Malefoy recula pour se mettre à sa hauteur et le stoppa d'une main.

- On t'attend ce soir à 22h au septième étage, chuchota-t-il, ne sois pas en retard !

Rogue ne répondit pas mais lui lança un tel regard que Malefoy préféra en rester là et s'éloigna avec ses deux chiens de garde, non sans avoir lancé un dernier regard méprisant. Sirius resta quelques instants déconcerté par tout ce qu'il venait d'entendre.

- Eh oh la lune, ici la Terre ! chuchota James à l'oreille de son ami qui eut un léger sursaut et se tourna vers lui, un sourire sur les lèvres. Je crois ne pas trop m'avancer si je te soupçonne d'être légèrement distrait depuis deux minutes.

- Mais non voyons.

- De quoi on parlait alors ?

- De mon comportement scandaleux envers Jane Hathaway, répondit Sirius du tac au tac, étant donné que je ne tiens pas à me prendre un pain mémorable dans les gencives, je fais sciemment profil bas en attendant que la conversation s'oriente sur un autre sujet.

Même Remus éclata de rire.

- Je ne suis pas en colère, assura-t-il d'une voix douce.

- Non c'est encore pire, assura Sirius la gorge nouée, on n'a même pas encore inventé d'adjectif pour qualifier l'état dans lequel tu es.

Peter jaugea Remus du regard mais celui-ci roula des yeux pour répliquer sans l'aide des mots que Sirius racontait n'importe quoi. James en revanche était préoccupé par un tout autre détail. Il venait de voir Rogue monter les escaliers à la hâte. Sans doute allait-il en cours ou à la bibliothèque. En tous les cas, il venait assurément de se quereller avec Malefoy à en juger le regard que ce dernier lui lançait.

- Dis voir Sirius, lança James à son ami en aparté alors que le quatuor se rendait dans la Grande Salle pour le déjeuner. Tu n'étais pas en train d'espionner la conversation entre Rogue et Malefoy dans le couloir ?

Sirius sursauta tout à fait cette fois. Il n'avait pas eu l'intention d'en parler à James. Savoir que les Serpentards pouvaient menacer Lily allait sûrement le mettre hors de lui et Sirius n'avait aucune envie de le voir prendre des risques inconsidérés, ce qu'il était tout à fait capable de faire pour les beaux yeux de cette fille. Tout en culpabilisant extrêmement de mentir à son meilleur ami, il secoua la tête en signe de dénégation.

Toutefois au beau milieu du déjeuner, alors qu'il en était à sa troisième côtelette, bien que ses amis ne lui fussent plus aucune remarque sur son appétit d'ogre, il s'interrompit tout à coup et se mit à parler sans raison aucune des devoirs qu'ils avaient à rattraper. Les trois autres cessèrent à leur tour de manger et échangèrent des regards incrédules. Sirius était toujours le dernier à se soucier de ses devoirs.

- Tu es vraiment en train de te lupiniser, commenta Peter tandis que le vrai Lupin trempa ses doigts dans le rince-doigts le plus proche pour l'asperger de gouttelettes.

- C'est cette retenue qui approche, marmonna Sirius sans oser regarder Remus, je me sens vraiment coupable. Je vais faire des efforts pour jouer le jeu. On doit réviser les sortilèges d'allégresse pour demain.

- Quoi ? C'est demain que Flitwick nous interroge sur les sortilèges d'allégresse ? s'étrangla Remus en avalant de travers. Avec tout ça, je n'ai même pas eu le temps de réviser. Je ne serai jamais au point à temps.

- Bienvenue au club, soupira Peter.

- Tu t'en fiches, répliqua James d'un ton dégagé, Sirius a la meilleure moyenne en sortilège. Ce n'est pas parce qu'il a une mauvaise note que ça changera la face du monde.

- Ben quand même, ça risque de me plomber ma moyenne.

- Et j'ai envie d'apprendre à maîtriser le sortilège d'allégresse quand même, renchérit Remus entre ses dents.

- Vous n'avez qu'à demander à Lily Evans, suggéra Sirius d'un ton faussement innocent. J'ai entendu dire qu'elle le maîtrisait à la perfection. Vous devriez aller la voir après les cours pour lui demander un coup de main.

Remus eut le bon goût de trouver l'idée excellente. Etrangement, Peter secoua la tête en signe de dénégation, lui qui était toujours le premier à se faire aider.

- Je viendrais vous rejoindre mais avant j'ai un autre truc à faire, dit-il.

- On peut savoir quoi ? s'enquirent James et Sirius d'une même voix.

Peter fut ravi de cette attention qu'on lui porta tout à coup et décida de savourer l'instant en laissant planer le suspense.

- Eh bien Remus est en retenue, James a un entraînement de quidditch et Sirius une répétition avec son groupe…

- Il est hors de question que j'aille à ce stupide…

- … donc il ne reste plus que moi pour aller parler à Viviane Wood.

De stupeur, Sirius faillit en avaler sa fourchette Bien que ce ne fût pas le cas, il se mit à crachoter comme s'il s'étouffait à tel point que James dut lui asséner quelques tapes vigoureuses dans le dos pour l'aider à reprendre son souffle.

- Répète-moi ça ! glapit Sirius d'une voix encore enrouée.

- Après les cours, je vais aller voir cette fille de Poufsouffle qui a réussi à échapper aux Serpentards samedi dernier, expliqua Peter aussi tranquillement que s'il parlait du temps qu'il faisait. On veut toujours découvrir ce que trafiquent les Serpentards, non ? Or c'est la seule piste que nous ayons.

- Et tu sais comment la trouver ? s'étonna James.

- Les premières années de Serdaigle et Poufsouffle ont cours de vol le lundi en fin d'après-midi, répondit Peter la voix débordante de fierté. Je le sais parce que la dernière fois j'ai pris un petit Poufsouffle sur la tête, ça ne s'oublie pas.

Un élève du cours de vol était malencontreusement tombé de son balai et avait eu la chance d'atterrir sur Peter, qui traversait justement le parc. Ce genre de malchance n'arrivait qu'à lui. James eut un petit rire à l'évocation de ce souvenir.

- C'est vrai, admit-il, je me demande comment j'ai pu moi-même oublier.

- Et tu vas lui dire quoi à cette fille ? s'enquit Sirius sur la défensive.

Il appréciait la prise de risque de Peter mais il ne fallait pas non plus qu'il fasse tout rater. Celui-ci comprit le sous-entendu et rougit.

- Je ne sais pas encore, confessa-t-il, mais je trouverai ne vous inquiétez pas ! J'ai été bien formé avec vous.

- Tu devrais peut-être laisser Remus, suggéra Sirius l'air de rien, la psychologie c'est plutôt son fort à lui.

- Pas en ce moment, rétorqua celui-ci d'un ton égal, mais je peux quand même accompagner si ça vous chante.

- Je pense qu'il vaudrait mieux qu'un seul d'entre nous y aille, rétorqua Peter qui tenait farouchement à se rendre utile. Si on débarque ensemble, on va l'affoler.

Il y avait trop de bon sens dans les paroles de Peter, et c'était rare, pour ne pas en tenir compte. James et Remus se consultèrent du regard puis préférèrent ne plus rien dire. Ils n'étaient pas tout à fait convaincus par les talents d'enquêteur de leur ami mais après tout, il méritait bien qu'on lui fasse confiance, lui qui se contentait toujours de suivre docilement.

Trop heureux de se voir attribuer une vraie mission, Peter rayonna tout le reste du repas.

- Et maintenant qu'est-ce qu'on a ? s'enquit Peter qui n'était pas fichu d'enregistrer un emploi du temps même après des mois de cours.

Les trois garçons échangèrent un regard éloquent.

- Défense contre les forces du mal.


Voilà un nouveau chapitre en boîte ! J'espère que ça vous a plu. Au début j'envisageais d'inclure le cours de défense contre les forces du mal dans ce chapitre mais il s'est un peu étendu donc ce sera pour le prochain chapitre.

Merci beaucoup d'avoir lu, n'hésitez pas à me laisser votre avis !