Bonsoir, voici un nouveau chapitre !
Merci beaucoup à tous ceux qui lisent cette fic et à vampirefell pour sa review !
Bonne lecture à tous !
Chapitre 18 : Règlement de compte
Les mises en garde de Sirius, du moins Remus de son point de vue, vis-à-vis de Severus n'étaient pas tombées dans l'oreille d'une sourde.
Lily tergiversa longuement sur ce que le garçon lui avait dit avant de se décider à aller voir Severus. Elle retrouva son ami en milieu de journée juste après le déjeuner et avant la reprise des cours de l'après-midi. Les deux adolescents s'installèrent dans l'herbe du parc, non loin du lac, pour relire ensemble leurs cours, profitant du soleil.
Bon nombre d'élèves avaient choisi de les imiter. Le parc était criblé de petits groupes assis ça et là et discutant joyeusement. Certains s'étaient installés au bord du lac pour barboter, d'autres s'amusaient comme bien souvent à titiller le Saule Cogneur. A l'ombre du château, Severus les regarda faire de loin. Le Saule Cogneur l'avait toujours intrigué au plus haut point.
- Hé Sev ! s'écria soudain Lily. Qu'est-ce que tu as écrit en-dessous du mot « bicorne » ?
Tiré brusquement de sa rêverie, Severus détacha son regard des enfants jouant près du Saule Cogneur et se tourna vers elle. Lily lui mit sous le nez son exemplaire de Manuel avancé de préparation des potions dont les pages étaient abondamment griffonnées de petites notes de sa main. C'était la raison pour laquelle Lily préférait réviser avec le livre de son ami plutôt que le sien. Les apports de Severus étaient toujours utiles.
- C'est marqué « Sisymbre », répondit Severus après avoir jeté un œil au mot qui lui posait problème, excuse-moi ! Je n'écris pas toujours très lisible mais il n'y a pas assez de place dans ce livre.
- Si tu n'écrivais pas dedans aussi, lança Lily amusée, regarde ça ! Bientôt on ne verra même plus le texte d'origine. On dirait deux livres superposés. Tu corriges pratiquement chaque mot.
- Ce n'est pas ma faute si ce livre est truffé d'âneries, riposta Severus, je ne comprends pas comment Slughorn peut nous faire étudier avec ça.
- Tu trouves toujours quelque chose à redire, fit remarquer Lily avec un sourire, tu devrais écrire ton propre manuel.
- J'y ai pensé, avoua Severus en esquissant à son tour l'ombre d'un sourire, j'ai même commencé à vrai dire mais j'ai suspendu le projet au bout de quelques rouleaux de parchemins. Je le finirai peut-être un jour.
- Continue comme ça et tu finiras par enseigner ici comme Slughorn ! railla Lily.
Severus laissa tomber sa baguette magique qu'il tenait entre les mains sous le coup de la surprise.
- Ca va pas la tête ! s'exclama-t-il estomaqué. Tu me vois enseigner ? Moi ?
- Non, confessa Lily en secouant la tête sans se départir de son sourire, les pauvres élèves quand même. Ils ne méritent pas ça.
- Et puis ce sont les incapables qui enseignent, pesta Severus soudain maussade. « Celui qui peut agir agit, celui qui ne peut pas enseigne. ».
Lily lui jeta un regard en point d'interrogation.
- C'est Georges-Bernard Shaw qui a dit ça, précisa-t-il devant l'air d'incompréhension de son amie, un écrivain moldu.
- Tu lis les livres d'écrivains moldus ? s'étonna Lily en écarquillant ses magnifiques yeux d'émeraude.
Severus haussa les épaules.
- Ca m'arrive, marmonna-t-il, la bibliothèque de mon père en est pleine et il faut bien que je m'occupe pendant l'été. Je n'ai pas la chance d'avoir des parents qui m'emmènent en vacances, moi.
- Quel comédien ! railla Lily sans se laisser décontenancer. Je t'entends encore me dire que tu préfèrerais t'immoler par le feu plutôt que te faire dorer la pilule au soleil sur une plage en Espagne.
- Le soleil et moi ça fait deux, confessa Severus en rougissant légèrement.
Lily eut un doux sourire. Elle aimait voir son ami dans ses petits souliers, il avait quelque chose d'attachant lorsqu'il perdait son masque d'impassibilité.
- Je suis contente qu'on ait trouvé un peu de temps à passer ensemble, dit soudain la jeune fille en s'allongeant dans l'herbe, ça me manquait.
- A moi aussi, s'empressa de dire Severus en rougissant de plus belle, on n'a pas une minute à nous avec les cours…
- Et le reste, acheva Lily l'air de rien en lançant à son ami un regard en coin.
Ne comprenant pas le sous-entendu, Severus fronça les sourcils et plongea ses yeux noirs dans les yeux verts de la jeune fille comme pour essayer de lire dans ses pensées.
- Tu fais référence à Pitiponk ? lança-t-il d'une voix qu'il s'efforça de rendre la plus neutre possible. Comment ça va avec lui ?
- Il s'appelle Adrian, corrigea Lily en roulant des yeux. Pourquoi tu l'appelles toujours Pitiponk ?
- Ben quoi ? fit Severus en haussant les épaules d'un air faussement innocent. Tu l'as dit toi-même qu'il ressemblait à un Pitiponk à se tenir toujours sur une patte. Je peux l'appeler Mister Patte-Folle si tu préfères.
- Et pourquoi tu ne l'appellerais pas Adrian Karshallow puisque c'est son nom ?
- Parce que c'est beaucoup moins drôle, rétorqua Severus avec un sourire caustique, quoique… j'ai quelques jeux de mots qui me viennent à l'esprit. Je peux te les dire ?
- Non.
- Au fait tu n'as pas répondu à ma question de tout à l'heure, remarqua-t-il.
- Il y a peut-être une raison à cela.
Le sourire de Severus s'effaça pour laisser place à une mine intriguée.
- Ca ne va pas alors ? s'inquiéta-t-il. Il t'a fait quelque chose ? Attention, s'il te manque de respect, j'aurai deux mots à lui dire, tu le sais.
Malgré elle, Lily éclata de rire.
- Ca n'a rien à voir, répliqua-t-elle légèrement amusée, c'est moi… Je l'ai laissé tomber. Ca va faire environ deux semaines.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? s'étonna Severus un peu contrarié.
- Je n'en ai pas eu l'occasion, répondit Lily ce qui était parfaitement vrai.
Severus fit de son mieux pour ne pas laisser éclater la joie que lui procura la nouvelle de cette séparation.
- Je suis désolé, marmonna-t-il à la place sans une once de sincérité.
- Oh il n'y a pas de quoi, répliqua Lily d'un ton dégagé, ça ne collait plus entre nous.
- Tu es sûre ? fit-il bon ami malgré tout. Alors tout va bien ?
- Oui, assura Lily avec un doux sourire, tout va très bien.
Puis elle sauta sur l'occasion pour poser la question qui lui trottait dans la tête.
- Mais toi ça va ?
- Oui, répondit Severus soudain surpris, pourquoi tu me demandes ça ? J'ai l'air mal en point ?
- Non, dit Lily perplexe, mais je voulais juste m'assurer… que personne ne te cherchait d'ennuis.
- Pas plus que d'habitude, répondit Severus d'un ton se voulant dégagé, à part Potter et sa bande qui m'ont encore attaqué hier… rien de bien original.
- Quoi ? s'écria Lily en avalant sa salive de travers. Potter et sa bande ont fait quoi ?
- En quoi ça te surprend ? Ils me tombent dessus un jour sur deux quasiment.
- Ah les fumiers ! pesta Lily soudain hors d'elle. Ils se sont bien foutus de moi une fois de plus. Je n'aurais jamais cru ça de Lupin.
- Lupin ? répéta Severus avec un profond mépris. Il ne vaut pas mieux que les autres. C'est derniers temps, il a même tendance à être le pire du lot. Je ne le reconnais plus. Ca ne lui réussit pas d'être ami avec Potter.
Il croisa le visage désemparé de Lily et aussitôt sa colère s'évapora.
- Au fait qu'est-ce qu'il t'a dit Lupin exactement ? questionna-t-il tout à coup d'un ton inquisiteur.
Lily ouvrit la bouche pour répondre mais se ravisa avant que le moindre son ne franchît ses lèvres. Non c'était idiot. Potter et sa bande voulaient probablement rire un peu aux dépens de Severus et elle comme d'habitude. Elle n'allait pas leur laisser ce plaisir en entrant dans leur jeu. Elle était plus maligne que cela. Elle resta quelques instants plongée dans ses pensées à contempler la surface irisée du lac qui étincelait sous la soleil comme une parure de diamants puis répondit finalement dans un souffle.
- Rien… Rien d'important.
oOoOoOo
Le sortilège du Patronus n'était pas la spécialité de Peter, ni de Sirius d'ailleurs, encore moins de Remus. Après plusieurs jours d'entraînement, James demeurait le seul élève capable de faire apparaître un Patronus corporel et il ne se privait pas pour faire partager son triomphe à toute la classe.
Son cerf argenté galopait dans la salle en sifflant au passage sous le nez des autres élèves comme pour les narguer. Il marqua d'ailleurs une nette insistance à tournoyer autour de Sirius, qui observait la créature fuligineuse en roulant des yeux d'un air exaspéré. Remus et Peter n'eurent de cesse de s'échanger des petits coups d'œil éloquents : James était bien déterminé à montrer à Sirius que même s'il l'avait supplanté au quidditch, il ne le battrait sur aucun autre terrain.
Mais Sirius n'était pas d'humeur à rivaliser avec qui que ce soit aujourd'hui et surtout pas avec son meilleur ami qu'il n'avait du reste jamais voulu supplanter. L'image de Jane tournait en boucle dans sa tête. Il commençait à éprouver de la culpabilité pour le comportement blessant dont il faisait preuve vis-à-vis d'elle. Il ne pouvait pas continuer à l'ignorer jusqu'à ce que le sortilège d'échange des corps s'inverse sinon ce serait Remus qui paierait les pots cassés. Ce scénario était inenvisageable.
- Lupin, vous pouvez répéter ce que je viens de dire ?
Doherty guettait son souffre-douleur depuis quelques minutes déjà et avait bien remarqué qu'il était complètement ailleurs. L'occasion de soulager sa maison de quelques points était trop belle.
Toutefois Sirius ne se laissa pas décontenancé. Certes il se balançait depuis plusieurs minutes sur sa chaise en contemplant les lézardes au plafond pendant qu'autour de lui les autres élèves écoutaient sagement mais cela ne l'empêchait pas d'être doté d'une paire d'oreilles quasiment autonomes. Ne résistant pas à l'envie de remettre ce sale péteux à sa place, Sirius cessa aussitôt son balancier et attendit que sa chaise fût parfaitement stable pour se tourner vers un élève au fond de la classe.
- Gilmore, c'est par ici que ça se passe ! aboya-t-il en imitant à la perfection la voix qu'avait empruntée le professeur pour rabrouer cet élève une fraction de seconde auparavant.
Le dénommé Gilmore, qui avait repris son activité de découpage au fond de la salle à la seconde où l'enseignant s'était désintéressé de lui, eut un sursaut comparable à un spasme, tant il ne s'était pas attendu à être de nouveau interpelé. Une vague d'hilarité se leva dans toute la salle. Seul Doherty ne goûta pas à la plaisanterie.
-J'enlève cinq points à Gryffondor, grinça-t-il les yeux flamboyants.
- Parce que je viens d'accéder à votre demande ? répliqua Sirius d'un ton égal.
- Parce que vous êtes insolent, arrogant et que votre petit numéro n'empêche que vous étiez inattentif, explosa le professeur que l'humiliation énervait de plus belle. Estimez-vous heureux que je ne vous enlève que cinq points !
Sirius ouvrit aussitôt la bouche pour répliquer mais Remus, qui avait pris le parti de s'asseoir à côté de lui, même si Sirius Black ne quittait généralement jamais sa place du fond avec James Potter, lui fila un violent coup de pied pour l'en dissuader. Sirius se contenta donc de le toiser avec une profonde animosité, que l'enseignant lui rendit bien.
- Bien, reprit Doherty lorsque le calme fut revenu, avant que notre jeune ami ne nous interrompe…
- Genre c'est moi qui l'aie interrompu, maugréa Sirius entre ses dents, je lui ai rien demandé à ce…
- … j'étais en train de vous parler de vos interrogations de la semaine dernière. J'ai enfin terminé de les corriger et… monsieur Potter, vous avez un souci ?
Sirius et Remus se retournèrent comme un seul homme. James et Lily se querellaient aussi discrètement que possible au fond de la salle. Durant la séance de travaux pratiques, elle n'avait cessé de lui lancer des regards noirs, surtout lorsqu'il se pavanait parce que son Patronus était réussi. Apparemment le ton avait fini par monter entre eux. Lily devait lui avoir dit quelque chose comme « T'as vraiment la grosse tête, pauvre tâche ! » puisque James, dans un mouvement d'humeur incontrôlé, venait de répliquer d'une voix un peu trop forte pour ne pas être entendue.
- Mais va te faire voir sale pimbêche !
Un grand silence s'installa. Lily se leva d'un bond, fusillant James de ses yeux verts émeraude et sembla hésiter à sortir sa baguette magique pour lui lancer un sort au beau milieu du cours. Doherty commença sérieusement à perdre patience.
- Asseyez-vous miss Evans ! gronda-t-il sévèrement. Et vous monsieur Potter, présentez tout de suite des excuses à votre camarade sinon je vous mets en retenue !
Bien que cela lui coûtât un gros effort, James obéit et grommela qu'il était désolé même si son regard indiquait clairement le contraire. Lily ne parut pas satisfaite pour autant mais elle consentit à se rasseoir, les joues aussi érubescentes que sa chevelure. Doherty balaya la classe d'un regard d'aigle.
- Qu'est-ce que vous avez tous aujourd'hui ? soupira-t-il avec lassitude. C'est à cause du devoir. Calmez-vous je vais vous le rendre ! En plus il n'est pas si mauvais que ça.
Devant l'agitation que l'entraînement au Patronus avait levé sur sa classe, le professeur ne perdit pas trop de temps en pérégrinations et rendit les copies en les agrémentant de commentaires. La plupart du temps, il était concis :
- Pas mal mais faîtes un peu attention au soin !
- Bien, en nets progrès. Continuez comme ça !
- Pettigrow, ce n'est pas encore ça mais c'est mieux, ne relâchez pas vos efforts !
- Black, Evans, Potter, comme toujours c'est excellent.
Il passa ainsi en revue toute la classe jusqu'à Sirius, sur lequel il posa un regard d'aigle avant de laisser tomber sa copie sur laquelle un beau « D » semblable à un arc aux extrémités acérées luisait sur le parchemin de sa belle couleur rouge sang. Avec une mine impassible, Sirius leva les yeux vers Doherty, qui dissimulait un sourire à grand peine.
- Mon pauvre Lupin, voilà qui se passe de commentaires… comme toujours.
Sirius le toisa sans sympathie mais par un miracle qui stupéfia Remus, il ne répliqua rien et se contenta de se plonger dans sa copie pour voir ce qui lui avait valu une telle note. Il l'examina avec une telle attention qu'on ne l'entendit pas jusqu'à la sonnerie. Ses trois amis s'approchèrent alors pour essayer de comprendre la raison de son calme inattendu.
- Tu as été génial, chuchota Remus à son oreille, merci de n'avoir pas bronché face à Doherty. Il aurait été trop heureux de t'épingler pour un rien.
Malheureusement Sirius n'avait nullement l'intention de rester sans broncher. Alors qu'il avait le nez littéralement collé à sa copie, il se redressa subitement en la plaquant sur son pupitre avec une telle brutalité que la table craqua dangereusement. Peter exécuta un bond de recul en échangeant avec ses amis un regard mal à l'aise.
- Cet enfoiré t'a saqué sans aucune raison, pesta Sirius en agitant sa copie d'un geste agacé comme s'il essayait de chasser des mouches. Il a pinaillé sur tout et rien. Ta copie vaut au moins un « Effort exceptionnel ».
- Je sais, soupira Remus navré, mais tu connais Doherty. Tu sais qu'il ne peut pas me supporter. Il n'acceptera jamais de me mettre une bonne note.
- Oui mais là c'est scandaleux, gronda Sirius en se levant d'un bond comme tout le monde quittait la salle petit à petit en saluant le professeur.
- Laisse tomber ! conseilla James en jetant un œil à sa montre. Viens plutôt à l'entraînement de quidditch, ça te changera les idées ! Notre nouvel Attrapeur doit s'entraîner pour le match de samedi.
Dans un grand élan d'amitié, James avait choisi de passer outre sa rancune sportive pour redonner le sourire à Sirius, persuadé qu'évoquer le quidditch chasserait ses idées noires. Et effectivement, à ces mots, Sirius sentit sa mauvaise humeur s'atténuer légèrement. Il rangea ses affaires dans son sac et suivit ses amis qui se dirigeaient vers la sortie mais alors qu'il s'apprêtait à franchir le seuil, il aperçut Doherty qui retournait s'asseoir derrière son bureau et une vague de colère, comme il n'en avait jamais ressentie auparavant, le submergea.
- Cette fois, c'en est trop, marmonna-t-il pour lui-même.
Il fit aussitôt volte-face et retourna d'un pas déterminé vers le bureau afin d'avoir une conversation sérieuse avec Doherty. James et Peter, déjà sortis, ne le virent pas rentrer dans la salle mais Remus, qui se trouvait encore sur le pas de la porte s'aperçut de son revirement et préféra le suivre, pressentant le danger.
- Vous ! gronda Sirius en posant ses deux mains bien à plat sur le bureau de Doherty.
Celui-ci leva la tête et sursauta en découvrant l'identité de celui qui l'avait interpelé de la sorte. Il se rejeta en arrière sur son siège, les yeux écarquillés d'inquiétude et sans doute aussi de crainte.
- Il faut qu'on parle, décréta Sirius en prenant un ton relativement dégagé.
Le regard de Doherty indiqua clairement « Va te faire voir ! » pourtant il s'efforça de répondre de sa voix la plus courtoise.
- Très bien. Que puis-je pour vous ?
- Remus, prévint l'ainsi nommé à son corps mal guidé en s'avançant avec prudence.
- De quel droit m'avez-vous mis un « Désolant » ? attaqua Sirius sans détour. J'ai travaillé d'arrache-pied et il y avait de très bonnes choses dans mon devoir.
- Ca mon garçon, vous n'êtes pas habilité à en juger, rétorqua Doherty d'un ton ferme. C'est moi le professeur.
- Professeur ? ricana Sirius d'un air crâne. On ne dirait pas pourtant.
- Comment osez-vous ? s'indigna Doherty soudain furieux.
- Vous trouvez vraiment que vous agissez comme un professeur ? gronda Sirius en lui mettant sa copie sous le nez. Je vais rater mes études par votre faute… tout ça parce que vous n'êtes pas capable d'accepter la différence.
- Remus… je t'en supplie, bredouilla celui-ci qui sentait les larmes lui monter au bord des yeux, ne fais pas ça !
Mais plus rien ne pouvait arrêter Sirius à présent qu'il était parti sur sa lancée.
- Que voulez-vous dire ? murmura Doherty en fronçant les sourcils.
- Combien de fois vais-je devoir m'excuser d'être ce que je suis ? gronda Sirius en serrant le poing sur sa copie. Je fais d'incroyables efforts pour essayer de m'intégrer et c'est à cause de gens comme vous que j'ai tant de mal à y parvenir.
- Mais enfin Lupin, je ne comprends pas ce que…
- Alors vous ne vous en rendez même pas compte ! explosa Sirius avec une rage qui déformait les traits de son ami et le rendait plus effrayant qu'il ne l'avait jamais été.
Doherty était tétanisé à présent. Il se tassa sur sa chaise soudain blême, prêt à sa recroqueviller en cas d'attaque.
- Vous m'opprimez parce que je suis un loup-garou, aboya Sirius qui était presque à plat ventre sur le bureau pour approcher son visage le plus près possible de celui du professeur. Vous n'avez pas le droit de faire ça ! C'est quoi votre problème à la fin ? Des gens qui vous sont proches ont été attaqués par des loups-garous ? Vos parents ont été dévorés par un loup-garou quand vous étiez enfant ? Si c'est le cas, c'est très triste et j'en suis désolé mais ce n'était pas moi. Vous ne pouvez pas vous en prendre à moi sans raison, m'utiliser comme bouc émissaire pour déverser votre rancune ou votre haine gratuite. Je n'ai jamais fait de mal à personne, moi. Albus Dumbledore m'a accepté dans cette école pour que je sois traité comme n'importe quel élève. Je ne suis pas si différent des autres.
Une larme roula sur la joue de Remus sans même qu'il ne s'en rendît compte. Sirius aussi avait les yeux brillants de larmes à présent mais elles ne coulaient pas encore. La peur dans le regard de Doherty laissa place à une profonde hébétude.
- Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que je mets le pied dans cette salle, je dois avoir la peur au ventre ? poursuivit Sirius d'une voix beaucoup moins furieuse et plus chevrotante comme si sa gorge se nouait et entravait son élocution. Pourquoi est-ce que je devrais me sentir… honteux, coupable… comme si j'avais fait quelque chose de mal… alors que mon seul tort, c'est d'être ce que je suis. Pourquoi prenez-vous tant de plaisir à m'humilier, à me rappeler tous les jours que jamais… je ne serai un humain à part entière… jamais je ne serai à l'égal de votre espèce ?
- Remus s'il te plaît, balbutia son camarade mais sa voix était tellement faible qu'elle en était inaudible.
Doherty était pétrifié à présent. Cela faisait bien une minute entière qu'il n'avait pas remué ne serait-ce qu'un cil. Sirius laissa planer un silence et à son tour une larme roula sur sa joue. Il s'en rendit compte aussitôt et la chassa d'un geste brusque. Cette marque de faiblesse lui redonna immédiatement tout son aplomb. Il était hors de question qu'il se mette à pleurnicher devant son ennemi. Doherty se serait senti trop fier de le mettre dans cet état.
- Je ne sais pas quoi vous dire, Lupin, confessa Doherty d'une voix blanche.
- Alors ne dites rien ! conseilla vivement Sirius en reprenant aussitôt contenance. Laissez-moi parler ! Ecoutez pour changer ! Entendez ma voix et comprenez ce que je vous dis ! Je sais qu'aux yeux des gens comme vous, je serai toujours un monstre. Il est inutile de faire appel à votre sensibilité, vous en êtes probablement dépourvu. Alors je m'adresse à votre bon sens. Vous êtes un homme intelligent. Arrêtez cette petite guerre stupide que vous menez contre moi ! Ca ne me fera pas changer. Peut-être que martyriser un loup-garou dont vous ne supportez pas la présence vous apporte un plaisir sadique quotidien mais je suis au regret de vous dire que ce genre d'habitude ne peut durer bien longtemps. Vous savez, c'est comme tout, on n'abuse pas des bonnes choses… sans en subir les conséquences.
- Remus ! s'écria ce dernier d'une voix soudain inquiète.
Doherty aussi avait senti la menace dans le ton de Sirius et s'était levé d'un bond, une main dans la poche de sa robe de sorcier qui devait contenir sa baguette magique.
- Que voulez-vous dire Lupin ? questionna le professeur d'une voix d'outre-tombe. Qu'entendez-vous par les conséquences ?
Sirius s'autorisa un sourire, ravi de constater que pour une fois, le professeur buvait les paroles de Remus Lupin. Ignorant toujours superbement Remus qu'il ne semblait même pas entendre, Sirius se pencha à nouveau sur le bureau pour répondre à l'enseignant d'une voix douce mais inquiétante.
- Je veux simplement vous avertir professeur : depuis le début, je reste dans mon coin à essayer de me faire oublier mais ça ne signifie pas que je ne ressens rien. En réalité, plus les semaines passent et plus j'accumule de la rancœur contre vous… et de la colère. Il serait fâcheux que cette colère vienne à me submerger et que je ne puisse plus la contrôler.
- Remus tu es fou ! glapit celui-ci d'une voix aiguë en portant ses mains à sa bouche.
Doherty eut un mouvement de recul et se retrouva plaqué contre le tableau noir. Sirius esquissa un léger sourire de triomphe.
- Les choses pourraient très bien se passer, murmura-t-il de sa voix douce en poussant légèrement sa copie vers le professeur pour l'inciter à revoir sa notation. Vous allez cesser de m'importuner comme vous le faîtes et agir avec moi comme avec n'importe quel autre élève.
- Sinon quoi ? riposta Doherty avec bravoure. Attention Lupin, pas de menace ! Vous êtes un élève.
- Tiens donc ! grinça Sirius d'un ton narquois. Maintenant je suis un élève ? Ne me faîtes pas rire professeur ! Pour tous les autres, je suis peut-être un élève mais pour vous… je suis avant tout un loup-garou. Je le vois dans votre regard, il me transperce… comme le pouvoir de la pleine lune. Vous devez avoir un don pour réveiller les instincts enfouis.
Doherty prit cette dernière déclaration comme une gifle. Son visage se ferma. Sirius lui désigna sa copie davantage.
- Que cherchez-vous au juste, monsieur Doherty ? demanda-t-il dans un souffle. A me pousser à bout pour que je m'en aille ? Vous me connaissez bien mal, naïf que vous êtes ! Vous croyez que sous prétexte que je ne dise rien, je sois un faible ? Ma force de caractère est sans commune mesure. J'en ai tellement bavé dans ma vie que rien ne pourra me faire renoncer. Vous ne réussirez pas à me faire craquer… en revanche, vous pourriez aisément me mettre en colère si vous persistez à jouer ce jeu stupide.
- Remus arrête ! gémit l'adolescent horrifié.
Remus en était venu à se demander s'il ne devait pas sortir sa baguette magique pour lancer un sort à Sirius mais il ne pouvait s'y résoudre. Lui aussi était tétanisé, complètement hypnotisé par ce que disait son ami. C'était une part de lui qui s'exprimait.
- Si vous voulez vraiment une guerre contre un loup-garou, vous allez l'avoir, conclut Sirius d'une voix parfaitement calme mais toujours aussi menaçante, mais je vous promets qu'alors vous aurez d'excellentes raisons d'avoir peur… pour une fois.
Doherty déglutit avec difficulté mais soutint le regard de son élève jusqu'à ce qu'il vît un éclat jaune transparaître derrière ses prunelles. Dès lors il ne douta pas d'être face à l'animal enfoui et céda à la panique.
- Black ! s'écria-t-il à l'adresse de Remus qui sursauta tant il ne s'attendait pas à être pris à parti. Vous avez entendu tout ce qu'il a dit ?
Remus ne sut que dire, d'ailleurs Doherty n'attendait pas vraiment de réponse.
- Soyez certain Lupin que je parlerai de cette conversation au directeur, prévint l'enseignant en repoussant la copie que Sirius avait fait glisser vers lui d'un geste saccadé. Ce n'est pas terminé.
Sirius eut une grimace effrayante. Pendant une fraction de seconde, on eût dit qu'il allait sauter par-dessus le bureau et se jeter sur le professeur. Néanmoins il resta parfaitement maître de lui-même et se contenta de récupérer la copie en esquissant un rictus.
- Soit, dit-il d'une voix neutre, la guerre donc ! Vous n'êtes pas aussi intelligent que je le pensais.
Et sur ces mots, il tourna les talons pour partir, non sans lancer un dernier regard de défi en direction du professeur qui eut l'outrecuidance de le soutenir sans ciller. Craignant que l'affrontement ne reprît de plus belle, Remus intervint.
- Allez on y va ! ordonna-t-il d'un ton sans réplique en saisissant son ami pour le tirer de force hors de la salle.
Sirius se laissa faire, toujours sans détacher son regard de Doherty jusqu'à ce qu'il disparût de son champ de vision.
- C'est un coriace, grogna Sirius lorsque les deux garçons furent assez éloignés de la salle de DCFM, mais je le suis plus que lui.
Remus jeta un regard en arrière pour s'assurer que Doherty ne les avait pas suivis puis poussa un long soupir en passant une main dans ses cheveux.
- Tu n'aurais pas dû faire ça, lança-t-il d'un ton de reproche.
- Pourquoi ? répliqua Sirius. Il l'a mérité non ? Il était temps que quelqu'un le remette à sa place.
- Ce n'était pas à toi de faire ça, trancha Remus dépité, je sais comment gérer Doherty. Maintenant à cause de toi, je vais avoir des ennuis.
- Ben voyons ! grinça Sirius en roulant des yeux. C'est tellement plus commode de se laisser marcher sur les pieds.
- A quoi ça sert de se rebiffer ? rétorqua Remus en soupirant à nouveau. Ca ne le fera pas changer d'avis. Je crois qu'au contraire, tu lui as confirmé que j'étais un monstre.
- Ce n'est qu'un primate, siffla Sirius avec mépris, tu ne dois pas écouter ses sornettes. Tu n'as pas à avoir honte d'être ce que tu es, au contraire, c'est lui qui devrait avoir honte.
Remus haussa les épaules d'un air dubitatif, les yeux perdus dans le vague, puis reporta son attention sur Sirius avant de réprimer un sursaut. Il avait à nouveau ces horribles yeux de loups. Pour couronner le tout, Remus était presque certain de l'avoir entendu marmonner entre ses dents : « Ce sale humain ». Remus eut un frisson à peine perceptible. Sirius cligna des yeux et ses iris retrouvèrent leur teinte habituelle en même temps qu'il sembla reprendre ses esprits.
- Bon, marmonna-t-il encore un peu éthéré, je vais rejoindre James au quidditch.
Et sans attendre l'avis de son ami, il passa devant lui et s'éloigna précipitamment. Remus le regarda partir avec une boule au ventre et un cœur battant la chamade. Le comportement de Sirius commençait sincèrement à l'inquiéter.
Voilà, qu'en avez-vous pensé de ce chapitre ? Le suivant arrivera la semaine prochaine, d'ici là, prenez soin de vous !
