Salut, merci à tous ceux qui lisent et commentent cette fic, merci de votre fidélité !
J'espère que vous avez bien profité du concert du chapitre précédent. Pour ce chapitre on change complètement de registre, il n'est plus question de musique mais de sport. Après Remus chanteur, voici Sirius attrapeur (vous aviez deviné que c'était le match pas vrai ?)
Comme promis, ce cher petit Xenophilius interviendra également.
Bonne lecture !
Chapitre 22 : Le match de quidditch
Le jour du match tant attendu et tant redouté arriva enfin. James n'était pas au meilleur de sa forme mais il fit de son mieux pour n'en rien montrer, ce qui ne lui fut pas très difficile car Sirius était lui-même trop enfiévré pour lui prêter attention. Pour la première fois depuis bien longtemps, il n'avala rien au petit-déjeuner, prétextant un estomac noué.
- Comment fais-tu pour supporter ça trois fois par an ? marmonna Sirius à son ami tandis que tous les regards de la grande salle étaient braqués sur eux. J'ai l'impression que je vais me liquéfier.
- Ca ira mieux quand tu seras sur le terrain, assura Dwayne qui s'était assis à proximité de ses joueurs pour veiller à ce qu'ils prennent des forces avant le match.
Sirius se sentit à peine rassuré. Son teint pâle le faisait ressembler davantage à Remus mais peut-être l'approche de la pleine lune y était-elle également pour beaucoup dans sa nervosité.
Etrangement, James, qui semblait toujours sur le point de rendre l'âme avant chacun de ses matchs, était ce jour-là d'humeur particulièrement enjouée comme si son ancienneté au sein de l'équipe lui conférait le devoir de faire bonne figure pour impressionner le novice. Sans doute jubilait-il également de voir Sirius perdre un peu de sa superbe.
Après tout, Sirius avait été particulièrement insupportable durant toute la semaine qui venait de s'écouler. Le succès de son groupe la veille n'avait rien arrangé. S'il remportait brillamment ce match, ce qui ne manquerait pas d'arriver étant donné sa supériorité incontestée de lycan sur les simples mortels, il deviendrait définitivement la star de l'école, une figure d'adoration intouchable. Il se croirait alors l'égal d'un dieu… un peu comme James après ses premières victoires mais en pire.
Quand il aura gagné haut la main, songea Remus avec inquiétude, il aura la confirmation qu'il peut mépriser les humains tout à loisir. Malheureusement il était trop tard pour faire marche arrière. Même si Sirius avait le trac à quelques minutes d'enfourcher son balai, il aurait préféré s'enduire le corps tout entier d'argent plutôt que de renoncer à ce match qu'il avait attendu toute la semaine. Ce serait son dernier acte d'égoïsme avant de songer à récupérer son corps. Il voulait au moins vivre ça avant de redevenir lui-même.
Il n'aura vraiment épargné personne, conclut tristement Remus tandis que ses deux amis se dirigeaient avec le reste de l'équipe vers les vestiaires de quidditch pendant que lui prenait le chemin des gradins avec Peter. Aucun des deux ne put ignorer l'expression de James. D'ordinaire ce dernier s'y rendait d'un air mal assuré mais content tout de même alors que ce jour-là, c'était à peine s'il se retenait de ne pas pleurer.
- James a l'air encore plus angoissé que d'habitude, constata Peter alors qu'ils se choisissaient de bonnes places. Tu crois que c'est à cause de Sirius ?
- Oui, marmonna Remus, mais je ne pense pas que ce soit de l'angoisse.
Les deux garçons échangèrent un long regard empli de compréhension mutuelle. En attendant l'arrivée des joueurs sur leurs balais, Remus scruta la foule.
Comme toujours, l'école était venue en masse assister au divertissement. Les élèves de Gryffondor et Poufsouffle arboraient chacun leurs couleurs avec fierté, rejoints pas les Serdaigles ou les Serpentards. Remus réalisa alors non sans surprise qu'un nombre considérable de Serpentards étaient plutôt favorables aux Poufsouffles, ce qui n'avait rien d'étonnant. La rivalité entre Gryffondor et Serpentard était plus forte qu'entre les autres maisons.
- Tiens on dirait que tu n'as plus la cote avec Jane Hathaway, lança Peter sur le ton de la plaisanterie. Elle préfère encourager les Poufsouffles plutôt que son ex-petit ami.
Remus leva les yeux au ciel avant de prendre la paire de jumelles que lui tendait son ami pour jeter un coup d'œil dans la direction indiquée. Jane était assise au milieu d'un groupe de filles de sa maison et portait effectivement une écharpe aux couleurs de Poufsouffle. Remus n'y vit cependant aucune marque d'hostilité vis-à-vis de Gryffondor, ni même de Sirius.
- Son frère est batteur dans l'équipe de Poufsouffle, rappela-t-il. Il est normal qu'elle le soutienne davantage que Sir… Remus, surtout après la manière dont il l'a traitée.
- Je trouve que globalement, tu as pris cette histoire avec un grand calme, dit Peter en récupérant ses jumelles pour les braquer sur une autre partie de la foule. Sirius s'est pourtant conduit comme un parfait idiot avec elle et c'est toi qui vas en subir les conséquences.
- Je sais, admit paisiblement Remus. J'ai déjà préparé les excuses que j'allais devoir lui faire à la place de Sirius quand j'aurais récupéré mon corps. Jane est une fille gentille… et intelligente. Je suis sûre qu'elle passera vite l'éponge sur cette histoire. J'ai l'impression qu'elle a déjà tourné la page.
Mais il se trompait et Sirius put le constater par lui-même lorsqu'une main l'agrippa par le col de sa robe de sorcier rouge vive au moment où il quittait les vestiaires après le discours du capitaine d'équipe. Il avait encore la tête tellement étourdie par toutes les recommandations de Dwayne, qu'il ne prêta même pas attention à son pouvoir de précognition, qui l'informa pourtant du danger. La main qui la saisit brutalement le surprit tant qu'il en laissa échapper un cri.
- Tu peux venir par là Lupin ? J'aimerais qu'on discute.
La personne qui l'invitait si chaudement était un garçon à la peau noire et à la carrure d'athlète, d'une grande beauté, malgré son regard un peu menaçant. Bien qu'il ne le connût ni d'Adam, ni d'Eve, Sirius eut l'impression de lui avoir déjà parlé. Sa robe jaune indiquait qu'il appartenait à l'équipe des Poufsouffle, peut-être s'étaient-ils rencontrés pendant un entraînement ou après un match jadis.
- Ici nous serons tranquilles, annonça le mystérieux garçon en le poussant dans un vestiaire désert.
- Excuse-moi mais on se connaît ? s'enquit Sirius en le jaugeant des pieds à la tête avec un regard en point d'interrogation.
- Non, avoua le garçon, mais tu connais très bien ma sœur à ce que j'ai cru comprendre. Je m'appelle Philip Hathaway.
La mine relativement neutre de Sirius laissa place à un air désemparé. Il n'aurait pas eu d'expression différente s'il avait lâché soudain un juron blasé traduisant toute la cruauté de la vie. Il ne manquait plus que ça.
- Tu veux me parler de Jane, je présume ? marmonna Sirius en essayant de ne pas prendre une mine trop exaspérée.
Il comprenait à présent pourquoi il avait eu cette impression de déjà-vu. Jane et son frère se ressemblaient beaucoup, à tel point d'ailleurs que Sirius se demanda comment il avait pu ne pas faire le rapprochement plus tôt. En entendant le prénom de sa sœur, les yeux de Philip se mirent à briller dangereusement.
- Tu n'as pas été correct du tout avec elle, commença-t-il d'un ton de reproche.
- Je sais, je me suis déjà excusé, grommela Sirius qui n'avait aucune envie de tenir cette conversation à quelques minutes du moment le plus important de sa vie. Je lui ai dit qu'on ne devait plus se voir. L'affaire est classée.
- L'affaire est peut-être classée pour toi mais pas pour elle, répliqua Philip. Tu lui as fait beaucoup de mal.
Sirius commençait à en avoir sincèrement assez de tous ces bouledogues autour des filles qu'il avait eu le malheur d'approcher. D'abord Timothy Jones lui cherchait la bagarre parce qu'il flirtait innocemment avec Holly Bishop. Maintenant c'était Hathaway frère qui voulait régler les comptes.
Ne pouvaient-ils pas laisser les filles se débrouiller toutes seules ? Pourquoi fallait-il toujours qu'un gros bras vienne s'en mêler ? Espéraient-ils sincèrement lui faire peur ? A cette pensée, Sirius afficha sur le visage de Remus un drôle de sourire, un sourire inquiétant. Comme s'ils pouvaient quelque chose contre moi.
- En quoi ça te regarde ? lança alors Sirius avec beaucoup moins de patience.
- Ca me regarde parce que c'est ma sœur, trancha Philip du tac au tac.
- C'est très touchant, siffla Sirius avec mépris. Je ne sais pas ce que tu attends de moi mais je n'ai plus rien à dire à ta sœur alors si elle est trop sotte pour rester bloquée sur une histoire qui n'a pas lieu d'être, c'est son problème.
Il regretta aussitôt cet emportement cependant le mal était fait. Dans un élan de rage, Philip voulut se jeter sur lui mais Sirius sortit de sa ligne d'attaque sans difficulté et passa derrière lui d'un mouvement à peine perceptible pour lui tordre le bras dans le dos. Philip laissa échapper un gémissement de douleur malgré ses efforts pour se contenir. Il était costaud mais il ne pouvait rien faire face à un loup-garou.
- Alors maintenant tu veux te battre ? railla Sirius à voix basse. Tu n'as aucune chance. Tu vas juste réussir à te blesser. Sache que je pourrais t'arracher le bras, petit insecte ! Ce serait fâcheux pour l'équipe de Poufsouffle d'avoir un batteur sans bras.
Philip tenta de rester stoïque et Sirius ne put que saluer son courage mais il entendit distinctement son cœur battre la chamade et ne fut pas dupe. En réalité il était terrifié car il sentait que son assaillant ne plaisantait pas. Il n'attendait qu'une bonne raison pour mettre sa menace à exécution.
- Tu es… si différent de ce que m'avait dit Jane sur toi, Lupin, bredouilla-t-il d'une voix faible. En vérité, tu es fou.
Sirius se figea en entendant ces mots. Fou lui ? Que racontait donc ce misérable ? Il ne s'était au contraire jamais senti aussi bien de sa vie. Aussi lucide. Pour la première fois, il vivait sans se poser de questions, sans se laisser désappointer par les soucis ridicules du quotidien. Il se sentait libre et au-dessus des lois, au-dessus de tout. Et c'était lui que l'on traitait de fou ? Sirius pensait au contraire que c'était les autres les fous véritables, ceux qui l'étaient assez pour vivre à genoux et ramper.
- Qu'est-ce que tu sais de la folie ? lui chuchota-t-il à l'oreille d'une voix narquoise.
Il était vraiment séduisant ce Philip, avec sa stature d'athlète et son élégance un peu féline. Il avait l'air d'un tigre alliant à la fois la puissance et la souplesse. C'était le genre de mariage qui ne laissait pas insensible Sirius. A cet instant, il lui plut davantage que la sœur, qui n'avait plus aucun attrait à ses yeux. Et il le tenait en son pouvoir…
- Remus ?
Sirius s'écarta aussitôt de Philip au moment où la porte s'ouvrit. L'une des batteuses de Gryffondor apparut et se figea sur le seuil sitôt qu'elle aperçut son équipier.
- Viens vite ! Le capitaine te cherche partout.
- J'arrive, répondit Sirius en joignant aussitôt le geste à la parole.
Il voulut sortir mais sa camarade lui barra le passage sans le vouloir en restant sur le pas de la porte. Elle observait successivement le Gryffondor et le Poufsouffle d'un air soupçonneux, notamment Philip Hathaway, qui paraissait encore un peu secoué même s'il faisait de son mieux pour ne rien montrer.
- Qu'est-ce que vous faisiez ? interrogea la jeune fille.
Sirius eut un sourire amusé qui lui était très coutumier mais qui donnait à Remus un air nouveau.
- On se souhaitait bonne chance mutuellement, répondit-il d'un ton plein de sous-entendus que sa camarade ne sembla pas déceler. Pas vrai Phil ?
Celui-ci eut un léger tressaillement et hésita un instant avant de finalement hocher la tête en guise d'approbation.
Sirius quitta alors le vestiaire avec un large sourire satisfait. Si Remus avait pu le voir, sans doute aurait-il frôlé à nouveau l'attaque car à cette seconde précise, Sirius lui donnait un air aussi menaçant que lorsqu'il s'était battu contre le petit ami d'Holly Bishop. Cette dernière l'évitait d'ailleurs soigneusement depuis l'incartade, comme beaucoup d'autres.
Cette bagarre était peut-être l'acte de trop qui commençait à mettre la puce à l'oreille des autres élèves. On en parlait beaucoup dans les couloirs. Sirius les entendait grâce à son ouïe exacerbée. Il entendait certaines messes basses assez préoccupantes sur son passage telles que « Il est vraiment bizarre ce type. Il l'était déjà avant mais là c'est flagrant. On dirait qu'il cache un truc pas net. ».
Le match de quidditch pouvait être la goutte d'eau qui ferait déborder le vase. Si Sirius tirait trop sur la corde lycanthrope, quelqu'un finirait inévitablement par déceler qu'il n'était pas tout à fait humain. C'est peut-être le bon moment pour tout changer, songea alors Sirius tout en marchant vers le terrain de quidditch. Depuis quelques temps, il réfléchissait à cette idée mais cela ne restait qu'un rêve sans intention réelle.
Pourtant au fur et à mesure qu'il approchait du terrain, son Astiqueur 3 en main, il entrevoyait le monde sous un nouveau jour. Dans peu de temps, ce serait la consécration. Il deviendrait une légende à Poudlard. On saluerait son style, sa répartie, son charme, sa force et son talent. L'école au grand complet lui vouerait un culte.
Ils ne pourront pas me rejeter, pensa alors Sirius en essayant d'imaginer le tableau. Si après avoir donné à Gryffondor une victoire écrasante il se révélait, personne ne lui en tiendrait rigueur. Au contraire, on ne l'en admirerait que davantage. C'est ce que Remus aurait dû faire depuis le début, songea-t-il le plus sérieusement du monde.
Il retrouva le reste de son équipe à l'entrée du terrain de quidditch. Tous ses camarades semblaient à deux doigts de tourner de l'œil en entendant les cris émaner des gradins, même les plus habitués. Sirius avisa James dans le groupe et joua des coudes pour se placer à côté de lui.
- Cette fois, ça y est, mon vieux ! lança-t-il tout excité. Ca va ?
- Oui, grommela James d'un ton équivoque. Où étais-tu ?
- J'avais besoin d'être un peu seul pour me concentrer.
- Et ça t'a aidé ? s'enquit James l'air de rien.
- Oui beaucoup, confessa Sirius d'un ton soudain extrêmement grave, pour ne pas dire sentencieux. Je sais ce que je dois faire maintenant.
- Comment ça ?
Sirius ne répondit pas mais afficha à nouveau sur le visage de Remus son drôle de sourire annonciateur de catastrophe. James réprima alors un frisson d'angoisse et cette fois, le quidditch n'y était pour rien. Il n'aimait pas du tout l'expression de Sirius. A tous les coups, il projetait encore de faire une bêtise.
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Pendant ce temps, dans les gradins, le véritable Remus, sous le costume de Sirius, fit une découverte, qui l'inquiéta également.
- Je ne vois pas les Serpentards.
- Tu es aveugle ma parole ! rétorqua Peter surpris. Ils ont les plus grandes banderoles d'encouragement pour les Poufsouffle. D'ailleurs je me demande si elles ne sont pas un peu ironiques. Je vois mal les Serpentards penser des Poufsouffles qu'ils sont les meilleurs.
- Pete, je te parle de nos Serpentards, précisa Remus. Lucius Malefoy, les sœurs Black et toute la bande. Ils ne sont pas là.
- Ils n'ont peut-être pas envie d'assister à un match de Gryffondor contre Poufsouffle, lança Peter d'un ton détaché.
- Ou bien ils ont mieux à faire, répliqua Remus soudain songeur.
Peter aperçut aussitôt sa mine réflexive et son sourire laissa place à une grimace.
- Oh non Remus, je ne sais pas ce que tu penses mais je sens que je ne vais pas aimer.
- Peter, la pleine lune est demain, dit l'adolescent avec gravité. S'ils veulent réveiller le Draugen, ils doivent le faire au plus vite.
- D'accord mais pas comme ça, en pleine après-midi.
- Au contraire, c'est l'occasion rêvée, trancha Remus de plus en plus alarmé. Tout le monde est rassemblé ici. Les Serpentards ont le château pour eux tout seuls.
Devant l'affolement et l'horrible certitude de son ami, Peter se laissa convaincre peu à peu et perdit des couleurs.
- Mais qu'est-ce qu'on peut faire ? gémit-il en espérant de tout cœur que Remus répondrait : « rien ». James et Sirius sont occupés et on a besoin d'eux.
- Tant pis, on se passera d'eux pour le moment, dit Remus d'un ton ferme. On ne peut pas laisser l'école tomber en ruines pour un match de quidditch.
- Tu sais que ça ne te va pas du tout de dire ça dans le corps de Sirius.
- Peter, je suis sérieux. Il s'agit d'éviter à Poudlard un grand danger.
Mais Peter était fermement décidé à ne pas lever son derrière du banc auquel il était vissé. Et pire que tout, il s'efforça de demeurer parfaitement calme même si cela lui réclamait sans doute un effort considérable.
- Ecoute, répondit-il en baissant la voix pour que personne autour n'entende, ils ont besoin de Rogue pour réveiller leur bête, non ? Or Rogue est ici donc pour le moment, on ne risque rien.
Remus se rassit et jeta un œil dans la direction que lui indiquait Peter.
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Effectivement, Severus était bien là, pas de gaieté de cœur sans doute. Il n'était jamais au meilleur de sa forme lorsqu'il allait assister avec Lily à un match de Gryffondor. Chaque fois qu'il entendait quelqu'un près de lui clamer des encouragements à l'égard des rouges et or, ses yeux noirs lançaient des éclairs menaçants. Et ses mains étaient agitées de tics nerveux chaque fois que James passait près de lui en fanfaronnant sur son balai comme s'il rêvait de les serrer autour de son cou.
Il supportait pourtant sans broncher le spectacle désolant du ballet aérien en balai de Potter pour son petit plaisir trimestriel de deux minutes environ qui consistait à critiquer allègrement le bel arrogant avec Lily lorsqu'il faisait ses entrées remarquées sur le terrain.
Lily par chance, n'avait pas hérité de ce patriotisme ridicule de Gryffondor. Elle ne portait pas d'écharpe rouge et or, ni de banderole vantant James Potter et semblait même profondément indifférente à l'issue du match.
Quand elle voyait d'ailleurs la façon dont James plastronnait comme s'il était un roi, elle était même tentée d'encourager l'équipe adverse tant cet étalage impudique de prétention lui donnait la nausée. Durant les deux minutes de verbiage contre Potter, Severus s'amusait souvent à imaginer avec Lily des plans pour ridiculiser le garçon à lunettes au cours d'une de ces entrées fracassantes. Dommage, la jeune fille n'avait jamais envisagé sérieusement de mettre un de leurs plans à exécution.
Ce jour-là pourtant, ce ne fut pas sur James Potter que tous les regards furent braqués et ce dernier en parut profondément déstabilisé. A l'instant où les joueurs entrèrent en trombe et se livrèrent à leur éternel vol de salutation sous les acclamations du public, ce fut Sirius ou plutôt Remus Lupin qui satellisa toute l'attention sur lui.
- … Remus Lupin qui jouera pour ce match au poste d'attrapeur à la place de James Potter…, énonçait la commentatrice.
Severus ne put retenir un sourire mauvais tandis que Sirius se livrait à de véritables cabrioles sur son balai flambant neuf.
- Je n'en reviens pas ! s'écria Lily. Lupin est encore pire que Potter.
Severus, qui connaissait à présent le secret des deux garçons ne put s'empêcher d'esquisser un mince sourire. Comment avait-il pu ne pas comprendre la supercherie ? C'était tellement évident qu'il s'agissait de Sirius Black. Les apparences étaient bien trompeuses. Mary Macdonald, qui s'était assise à côté de sa meilleure amie malgré son aversion pour Severus, lui trouva des excuses.
- C'est sûrement parce que c'est son premier match.
Severus faillit répliquer que vingt matchs n'avaient pas fait dégonfler la tête de Potter, bien au contraire, mais il se retint. En revanche, il ne put résister à cette remarque.
- En tout cas, Potter n'a pas l'air d'apprécier que son copain lui fasse de l'ombre.
Severus avait beau détester Sirius presque autant que James, il lui était reconnaissant de lui offrir ce petit moment de bonheur. Sans même s'en apercevoir, ce sale prétentieux de Black était en train d'humilier son meilleur ami de la pire façon possible. C'était irrésistible. Comment avait-il pu penser sérieusement qu'il s'agissait du vrai Remus Lupin ? Lupin ne pouvait être que cet empoté avec le visage de Black, qui essayait de se fondre dans la masse. Evidemment que c'était lui ! Quel idiot, il avait été de ne pas s'en apercevoir plus tôt.
Au fond tout s'expliquait. Pas seulement le comportement étrange de Black et Lupin mais aussi leurs agissements. C'était pour cela qu'il avait vu Black débarquer dans le bureau de Slughorn, du moins il l'avait pris pour Black mais il s'agissait en fait de Lupin qui avait cherché à rassembler des ingrédients pour le rituel d'Aldhibah.
Comment ces simples d'esprits avaient-ils trouvé l'existence de rituel ? Il relevait de la magie noire et Potter et sa bande se vantaient assez d'être des parangons de vertu, totalement opposés à cette forme de magie.
A tous les coups, ils avaient fait des recherches aveugles à la bibliothèque et avaient sauté sur la première solution venue. Voilà donc l'explication de leur rassemblement soudain à la bibliothèque. Soit ils ont tenté de faire le rituel d'Aldhibah pour s'amuser et ne savent plus comment le défaire, pensa Severus en jetant un regard atone au match qui débutait sous ses yeux, soit ils ont cru que le rituel leur permettrait de défaire une bêtise déjà précédemment commise.
Severus pencha plutôt pour la deuxième solution. Black et Lupin avaient semblé bizarres bien avant l'intervention de Lupin dans le bureau de Slughorn. Depuis le samedi précédent en fait.
Bigre ! Cela faisait donc une semaine qu'ils inversaient les rôles. Et quelle semaine ! Severus en venait à se demander comment l'école avait pu ne pas exploser. Black avait sûrement fait plus de dégâts dans la vie de Lupin qu'un lutin de Cornouailles dans une salle de classe. Severus, qui trouvait Lupin moins détestable que les trois autres en dépit de son mauvais goût en matière de fréquentations, en aurait presque eu de la peine pour lui. Presque.
- Est-ce que je peux m'asseoir ici ? demanda soudain une petite voix.
Severus sursauta et tourna la tête vers celui qui l'avait interpelé. C'était Regulus.
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L'apparition soudaine du petit frère Black n'échappa pas à Remus. Il n'avait peut-être plus ses yeux de loup, ni son instinct pour l'avertir du danger mais un coup d'œil dans les jumelles et un peu de bon sens lui furent tout aussi efficaces.
- Et ça ce n'est pas bizarre peut-être ? demanda-t-il à Peter en lui tendant les jumelles pour le forcer à regarder.
Peter faisait mine depuis quelques secondes d'être fasciné par le match. A contrecœur, il consentit à s'intéresser à Rogue.
- Eh bien quoi ? fit Peter en haussant les épaules. Regulus a bien le droit de s'asseoir où il a envie.
- C'est drôle qu'il ait justement envie de s'asseoir à côté de Rogue, non ?
- Non, répondit Peter d'un ton badin. Il n'y a peut-être pas d'autres places disponibles.
- Peter ! gémit Remus à bout de patience. Dis-moi que tu le fais exprès !
- Regulus ne fait pas partie de la bande de Malefoy, rappela Peter d'une voix douce.
- Malefoy peut se servir de lui à sa guise, rectifia Remus avec insistance. Je suis sûr qu'il l'envoie chercher Rogue. Le piège se met en place. Peter, ne joue pas les poules mouillées ! Pas maintenant. C'est le moment d'agir.
- Arrête Sirius ! explosa Peter qui en avait assez à présent. Ton esprit commence aussi à prendre la forme du moule dans lequel tu es finalement. Tu vois des mages noirs partout et tu es prêt à tout pour partir à l'aventure. Je suis sûr que les Serpentards sont quelque part en train de fumer un truc piqué dans le bureau de Slughorn ou parti à Pré-au-Lard taper dans la réserve d'Honeydukes.
- Et s'ils étaient vraiment en train de réveiller le Draugen ?
- Alors dans ce cas, que veux-tu faire ? trancha Peter en écarquillant les yeux. Tu sais comment faire pour combattre cette chose ?
Remus ouvrit la bouche pour répondre mais aucun son ne franchit ses lèvres. Bien que cela le rendît malade de l'admettre, il ne connaissait pas le moyen de vaincre la créature. Ils n'avaient pas eu assez de temps pour chercher. D'ailleurs que faisaient-ils là à regarder un match de quidditch ? Si l'école était en danger, leur place était à la bibliothèque pour trouver une solution. Le jeune homme se leva d'un bond.
- Je ne sais pas encore mais je vais trouver, déclara-t-il d'un ton ferme.
- Remus attends !
Mais celui-ci se frayait déjà un chemin vers la sortie. Partagé entre son devoir de suivre son ami ou le désir de regarder James tirer un penalty, Peter opta finalement pour la solution la plus sage et se leva à son tour. Il dut courir et jouer des coudes dans la foule mais parvint à rattraper son compagnon près de la sortie du terrain.
- Remus attends-moi !
- Moi c'est Sirius.
Néanmoins, il se figea pour permettre à son ami de le rattraper, satisfait qu'il eût changé d'avis. Alors que les deux comparses s'apprêtèrent à quitter le stade à l'insu de tous, ils eurent la malchance de tomber sur Xenophilius Lovegood qui entrait au même moment. Il arrivait d'on-ne-sait-où mais ne risquait pas de passer inaperçu dans le stade avec son couvre-chef en crinière de lion. A l'évidence, c'était sa manière de soutenir Gryffondor.
- Ah Sirius, justement je te cherchais ! lança Xenophilius de sa voix rêveuse sitôt qu'il le vit.
- Mince, revoilà le barjo ! commenta Peter à l'oreille de son compagnon.
- Plus tard Xenophilius ! coupa Remus d'un ton abrupt. On est un peu pressés, là.
- Vous n'allez pas soutenir vos amis ? s'étonna le petit Serdaigle. Moi je les soutiens.
- Génial ! s'exclama Peter. Encourage-les de notre part !
- Où allez-vous ? demanda Xenophilius sans aucune curiosité déplacée mais plutôt parce qu'il ne semblait pas comprendre ce qui pouvait intéresser ces deux garçons davantage qu'un match de quidditch.
Conscient qu'il ne les laisserait pas tranquille avant d'avoir eu sa réponse, Remus ne perdit pas de temps à inventer une excuse et avoua tout bêtement :
- On va sauver l'école du croquemitaine.
- Sirius, tu es fou ? s'étrangla Peter en entendant cela.
Mais Xenophilius parut ravi, quoique ce ne fût pas tout à fait la réaction qu'on était en droit d'attendre.
- J'en étais sûr, confessa-t-il à la surprise générale. Sybille a senti que c'était imminent. Vous avez découvert comment le vaincre alors ?
Remus et Peter échangèrent un regard soudain embarrassé.
- Ben, on est en train de peaufiner les détails, marmonna Peter en grimaçant.
- On va à la bibliothèque pour essayer de trouver, dit précipitamment Remus, si tu veux nous accompagner…
Non pas que l'aide de Xenophilius pût être particulièrement précieuse mais étant donné la situation, une paire d'yeux supplémentaire pour lire n'était pas de refus. A moins de le poster en faction à proximité de Regulus pour surveiller les agissements de ce dernier vis-à-vis de Rogue ?
- J'en reviens de la bibliothèque, répondit alors Xenophilius de sa voix distraite. Je me suis déjà penché sur la question.
Remus et Peter échangèrent un regard incrédule. Peut-être avait-il jugé cet avorton un peu trop rapidement. Après tout, ce n'était pas parce qu'il portait une robe de sorcier rose pâle avec une ceinture en simili croco, des bottes en caoutchouc ornées de motifs ridicules et une crinière de lion sur sa tête blonde qu'il n'était pas intelligent.
- Alors… ? l'encouragèrent les deux Gryffondors en trépignant d'impatience.
- Alors j'ai peut-être une idée pour vaincre le Draugen.
Pfiou ce chapitre était assez long mais en même temps, il y a beaucoup de personnages qui interviennent.
Alors quelle est la fameuse idée de Xenophilius pour vaincre le Draugen ? Réponse la semaine prochaine.
En attendant, merci d'avoir lu, j'espère que ça vous a plu !
