Bonjour à tous, le précédent chapitre n'a pas suscité force de réactions. Merci à tous ceux qui ont lu et spécialement à Haruka-Akatsuki pour sa review !
Ce chapitre est peut-être l'un des plus attendus puisque ça y est : c'est la fameuse pleine lune ! J'espère que ça va vous plaire.
Bonne lecture !
Chapitre 27 : La rébellion du loup
Avery, Mulciber et Lestrange vinrent en force chercher Severus. Ils firent tous trois une entrée fracassante tels des shérifs entrant au saloon et balayèrent la pièce des yeux pour s'assurer qu'aucun piège ne les attendait.
- Bravo, vous m'avez trouvé, fit Severus afin d'attirer leur attention.
Il croyait James et Peter planqués sous la cape défectueuse de Lovegood et préférait ne pas laisser les trois Serpentards examiner trop consciencieusement les lieux. Ils finiraient inévitablement par les repérer.
- C'est quoi ça ? demanda sèchement Avery en pointant son doigt par-dessus l'épaule de Rogue.
Le peu de couleur sur les joues de ce dernier disparut. Lentement Severus pivota sur ses talons et s'aperçut qu'Avery le questionnait à propos des chaudrons. Le prodige des potions dut se retenir pour ne pas pousser un compromettant soupir de soulagement.
- Ce n'est rien, répondit-il d'un ton abrupt, une petite expérience pour passer le temps.
- Une petite expérience ? répéta Mulciber avec un sourire mauvais. Ca tombe bien, Sev ! Il y en a justement une autre qui t'attend.
Severus lui lança un regard courroucé. D'ordinaire, il ne tolérait d'être appelé familièrement « Sev » que par Lily et personne d'autre. Le moment était mal choisi pour en faire la remarque cependant.
- On a installé ta copine aux premières loges, ajouta Lestrange pour le décider plus facilement à suivre sans discuter.
Severus opposa à son sourire narquois un masque d'impassibilité.
- Eh bien, il me tarde de lui faire profiter du spectacle, répondit-il finalement avec un enthousiasme feint.
Les trois Serpentards échangèrent des regards satisfaits. Visiblement, Rogue était d'humeur à coopérer sans faire d'histoires. Malefoy les avait mis en garde contre le caractère borné de « ce casse-noix de sang-mêlé » mais la force serait à l'évidence inutile.
- Après toi, lança Mulciber en s'écartant pour laisser Severus sortir.
Celui-ci se dirigea vers la porte de son pas le plus digne mais s'arrêta un instant sur le seuil et fit volte-face pour lancer un regard appuyé à ses complices de Gryffondor, qui par chance étaient parfaitement invisibles.
- Ne touchez pas à mes chaudrons ! ordonna-t-il alors à Lestrange et Avery d'un ton brusque pour justifier ce retour en arrière inopiné. Je terminerai tout à l'heure.
Les deux Serpentards interpelés, qui avaient effectivement amorcé un geste en direction des chaudrons, se ravisèrent et sortirent derrière Rogue et Mulciber. En un éclair, il ne resta plus que James et Peter dans la pièce. Tous deux se hâtèrent de jaillir de leur cachette, les sens en alerte.
- Ah c'est fabuleux ! glapit Peter en se rongeant les ongles. Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? On a besoin de Rogue pour le rituel.
James alla jeter un coup d'œil prudent par la porte entrouverte pour s'assurer que les Serpentards s'étaient éloignés.
- En fait, d'après ce qu'il nous a dit, le rituel est pratiquement terminé.
L'adolescent à lunettes aperçut les ennemis encadrant Rogue, qui s'éloignaient à une vitesse inquiétante. S'ils voulaient les empêcher de nuire, il ne fallait pas les perdre de vue. James reprit sa cape d'invisibilité.
- Je vais suivre Rogue comme on l'avait prévu, annonça-t-il en se tournant vers Peter. Toi, tu restes ici. Dès que les potions seront devenues ambrées, jette les cheveux de Sirius et Remus dedans ! Ca devrait inverser le sort.
- Devrait ? releva Peter en grimaçant.
- Ben oui, fit James en fronçant le nez comme s'il humait une odeur désagréable, Rogue n'est pas infaillible non plus.
Peter sourit devant l'expression de son ami. Même en temps de trêve, James n'arrivait pas à mettre de côté sa haine pour le Serpentard. Cela relevait du prodige.
- J'y vais ! déclara James en joignant le geste à la parole.
- Attends ! lança Peter en voyant son comparse franchir le seuil tout en disparaissant sous la cape d'invisibilité. Tu ne vas pas combattre les Serpentards tout seul ?
Mais James avait déjà quitté la salle. Peter entendit son pas précipité s'éloigner dans le couloir et poussa un léger soupir.
- Ah ben en fait… si.
oOoOoOo
Remus sut d'instinct où Sirius était allé se planquer. C'était comme si le loup, qu'il avait réprimé pendant toutes ses années, lui murmurait à l'oreille. Depuis sa première année à Poudlard, il avait toujours été irrésistiblement attiré par la forêt interdite. Et à plusieurs reprises, James et Sirius l'y avaient traîné de force.
La forêt était enchantée, elle dégageait une force mystique, imperceptible mais puissante. Chaque fois que Remus y était allé, il avait eu le sentiment que ses sens, déjà naturellement exacerbés, se développaient encore davantage et lui donnaient accès à un monde sensible, extraordinaire, qui le transcendait jusqu'au plus profond de son âme.
Il n'en avait jamais parlé à ses amis, persuadé que ces émotions ne lui appartenaient pas vraiment. C'était le loup en lui qui était attiré par la forêt. Il en allait de même avec celle qui entourait son village natal. C'était ce que Doherty appelait un « truc » de loup-garou et c'était exactement la raison pour laquelle Remus était certain d'y trouver Sirius. Le jeune homme avait dû se laisser guider par cet instinct enfoui.
- Sirius ! appela le jeune homme en parcourant la forêt d'un pas mal assuré.
Bon sang ce qu'il y faisait sombre ! On n'y voyait rien du tout et c'était à peine mieux avec le sortilège de luminosité. Et dire que dans sa peau de loup-garou, il aurait pu évoluer entre ces arbres comme s'il faisait corps avec la végétation. A présent, la nature lui paraissait affreusement hostile et terrifiante à tel point qu'il crut à plusieurs reprises croiser une des redoutables créatures magiques qui vivaient là avant de s'apercevoir qu'il ne s'agissait que de troncs d'arbres.
- Sirius ! répéta Remus quelques secondes plus tard.
La nuit était pratiquement tombée à présent. A ce rythme-là, c'était sur un Sirius transformé qu'il allait tomber. Affronter un loup-garou à la pleine lune ? C'eût été le comble pour Remus, d'autant plus s'il finissait dévoré alors qu'il était dans le corps d'un autre. Misère, le jeune homme commençait à avoir mal à la tête. Dans quelle dimension avait-il basculé ? Il courait après son corps pour aller l'enfermer à la cabane hurlante, c'était le monde à l'envers.
A bout de force et de patience, Remus se décida à appeler son ami une dernière fois. S'il n'obtenait pas de réponse, il rebrousserait chemin et prierait très fort pour retrouver Sirius sain et sauf le lendemain matin. Et s'il arrivait quelque chose à Sirius ou à quelqu'un d'autre au cours de cette nuit cauchemardesque, peut-être irait-il se jeter dans le lac ou sous les branches du Saule Cogneur.
- Sirius ! s'époumona-t-il pourtant avec l'énergie du désespoir.
A sa grande stupeur, il entendit un bruit sourd dans son dos comme si quelque chose s'était laissé tomber d'une branche pour atterrir souplement derrière lui.
- Oui ? répondit paisiblement Sirius d'une voix qui n'était évidemment pas la sienne mais qui ressemblait également très peu à celle de Remus.
Ce dernier eut un sursaut comparable à un spasme et fit volte-face. Il ne vit cependant personne et écarquilla les yeux.
- Je suis là, lança Sirius de cette étrange petite voix narquoise.
Remus pivota à nouveau sur ses talons mais Sirius n'apparut pas davantage dans son champ de vision. Il était bien trop rapide pour que son ami puisse le suivre des yeux. Ce manège dura quelques secondes jusqu'à ce que Remus perde patience.
- Arrête ça ! s'écria-t-il en tapant du pied par terre.
Sirius éclata de rire et surgit brusquement devant Remus, qui exécuta un bond de recul sous l'effet de la surprise. Les deux garçons échangèrent un bref regard dans un silence inquiétant.
- Quoi ? fit Sirius en prenant une mine faussement innocente. Je ne fais rien de mal.
Remus poussa un soupir à fendre l'âme. Au moins, la lune n'avait pas encore eu le temps de faire son effet. Peut-être que tout était encore possible.
- Viens avec moi, Sirius ! demanda le jeune homme d'un ton suppliant. Tu t'es bien marré mais la situation est grave. Si tu te transformes ici, tu pourrais faire de gros dégâts.
- Alors que je pourrais être claquemuré dans une baraque en bois blindée et m'automutiler sans rien demander à personne, trancha Sirius. C'est vrai que ce serait beaucoup plus marrant.
- Sirius, murmura Remus la gorge nouée. Je sais combien c'est difficile mais c'est la malédiction. Tu ne peux rien y faire. Tu dois…
- La ferme ! gronda Sirius d'une voix si puissante qu'elle résonna aux alentours. Tu commences à me fatiguer avec tes leçons de morale. Tu n'as toujours rien compris ? Je ne serai jamais un esclave comme toi. Je n'ai pas l'intention de me laisser enfermer. J'ai passé ma vie à être enfermé mais ce pouvoir, c'est mon unique chance d'être enfin libre.
- Ce n'est pas toi qui parles, répliqua Remus d'une voix faible, c'est le loup-garou qu'il y a en toi.
- Ah oui tu crois ? fit Sirius en contenant mal sa colère. Qu'est-ce que tu en sais ?
- Je te connais.
- Tu as tort, rétorqua Sirius d'un ton cassant, tu ignores tout de moi. D'ailleurs tu n'as jamais pris la peine de t'intéresser à qui que ce soit. Depuis le début, il ne s'agit que de toi, toi et ta terrible malédiction, toi le pauvre petit loup-garou rejeté. A côté de tous tes problèmes, ceux de Peter, James et moi paraissent tellement dérisoires…
- Mais voyons tu…
- Chut ! coupa Sirius en levant une main pour le faire taire. Tais-toi pour une fois et laisse-moi parler !
Remus préféra obéir. Il sentit soudain qu'au-delà du loup-garou qui grondait pour dominer Sirius, peut-être y avait-il autre chose d'enfoui qui n'avait cette fois rien à voir avec la malédiction et qui ne demandait qu'à sortir depuis longtemps, bien avant leur rencontre dans le Poudlard Express.
- Moi aussi j'ai souffert, dit Sirius d'une voix douloureuse. Je suis prisonnier depuis ma naissance. Ma famille… je n'étais jamais assez bien pour eux. Ils ont toujours essayé de me modeler à leur image, de faire de moi l'enfant parfait… enfin parfait à leurs yeux. J'ai tout fait pour être à la hauteur, ce n'était jamais suffisant. Mais toi tu t'en fiches, ça ne te concerne pas. Et de toute façon, tu n'y comprendrais rien. Tu as une famille en or avec des parents qui t'aiment. Tu ne sais pas ce que c'est de vivre avec des gens qui te traitent comme si tu étais un être nuisible, qui te regardent avec dégoût alors qu'ils sont censés te protéger. Tu n'as aucune idée de ce que c'est que d'être rejeté par ta propre famille, par ceux qui t'ont donné la vie.
Remus déglutit avec difficulté. S'il avait eu le sentiment de basculer dans la quatrième dimension en se retrouvant hors de son corps, à présent il ne devait plus être très loin de la cinquième. Ce n'était plus Sirius qui lui parlait, c'était lui-même, un double de lui-même comme si son esprit ne s'était pas seulement séparé de son corps mais s'était scindé en deux et en avait laissé une moitié dans cette enveloppe charnelle. Tout ce qu'il se disait en lui-même depuis sa petite enfance lui revenait en pleine face de la part de son propre corps en plus. L'expérience avait de quoi être traumatisante.
- Crois-moi, bredouilla-t-il faiblement, j'en ai une bien meilleure idée que tu le penses.
Sirius eut une expression méprisante. Il ne le croyait pas et c'était bien normal. Remus se plaignait souvent de sa lycanthropie sous tous ses aspects mais jamais il n'avait critiqué ses parents. Au contraire, il brandissait son modèle de famille idéale chaque fois qu'il ne se sentait pas très bien. Et ce n'était pas un mensonge, ses parents étaient formidables mais les choses n'avaient pas toujours été aussi simples. Les Lupin avaient traversé une grave crise lorsque leur fils était devenu un loup-garou.
Sirius, lui, n'avait en tête que ce qu'il avait vu lors du réveillon de Noël chez les Potter où les Lupin et les Pettigrow avaient été invités. La famille de Remus avait été aussi aimante et douce que celle de James, contrairement à ce à quoi Sirius s'était attendu. Il était normal qu'il juge son ami incapable de comprendre ce que lui-même avait enduré, lui qui avait été le seul enfant dont les parents n'avaient pas répondu positivement à la généreuse invitation des Potter, prétextant d'autres obligations familiales. Tu parles ! Ils n'avaient pas voulu se retrouver mêlés à des couples mixtes et des traîtres à leur sang.
Cette pensée fit grimacer Sirius de dégoût. Oui sa famille était si odieuse, il les détestait tous et eux le lui rendaient bien. Comment Remus osait-il comparer leurs situations ? Il fallait toujours qu'il se prenne pour le centre du monde !
- Ca suffit ferme-la ! cracha-t-il avec colère en plaquant ses mains sur ses oreilles. Je ne veux plus rien entendre. Ce soir, c'est ma libération et je vais pleinement la savourer.
Sur ces mots, il étendit les bras et leva le nez vers le ciel comme s'il accueillait un présent divin mais esquissa une légère grimace à la vue des nuages couvrant la voûte céleste. Qu'à cela ne tienne ! Il récupéra très vite son sourire.
- Dommage la nuit est sombre ce soir, fit-il avec une indifférence feinte. Oh ! ça ne fait rien. La lune finira bien par se montrer.
Il reporta ses yeux plus jaunes que d'ordinaire sur Remus et son sourire s'élargit.
- En attendant, si tu veux jouer avec moi… c'est toi le loup !
Aussitôt, il pivota sur ses talons prêt à prendre ses jambes à son cou mais Remus s'était préparé. Au moment où son ami fit volte-face, il sortit sa baguette magique et la pointa dans le dos de son propre corps avant de crier :
- Impedimenta !
Le maléfice fut immédiat : un éclair jaillit de la baguette de Remus et frappa Sirius entre les omoplates. Celui-ci eut aussitôt toutes les difficultés du monde à se mouver comme s'il était pris au piège dans une matière collante et visqueuse. Remus s'autorisa un soupir de soulagement car il avait craint une fraction de seconde que son ami ne le prenne une nouvelle fois de vitesse. Par bonheur, le maléfice d'Entrave était ironiquement très rapide à jaillir alors que son premier effet était de ralentir considérablement le sujet ensorcelé. Le phénomène était hélas extrêmement bref.
Remus ne perdit donc pas une seconde et se hâta de contourner Sirius pour lui faire face pendant que ce dernier s'agitait dans tous les sens pour lutter contre les effets du sortilège. Etrangement, ce coup en traître n'entacha guère son insupportable bonne humeur.
- Tu m'as jeté un sort dans le dos ! lança-t-il d'un ton à la fois amusé et accusateur.
- Sirius, je suis désolé mais il fallait que je t'arrête.
Pour toute réponse, celui-ci lui jeta un regard méprisant qui masqua à peine sa colère.
- Tu ferais mieux de courir tant qu'il en est temps, conseilla Sirius d'une voix menaçante, parce que quand ce fichu sort sera levé, je te…
Il s'interrompit aussitôt et écarquilla les yeux en voyant Remus plonger la main dans sa poche et en sortir… la chaîne en argent qui appartenait à Peter.
- Tu n'oserais pas ?
Remus enroula la chaîne autour de son poing et lui fila un pain qui l'envoya valser contre un arbre. La vue de son propre corps se laissant couler le long du tronc lui provoqua un étrange serrement au cœur. Jusqu'à présent, malgré son envie dévorante de clouer le bec à Sirius, il s'était retenu de lever la main sur son enveloppe corporelle. C'était comme si toute la colère qu'il avait accumulée contre Sirius cette dernière semaine ressortait avec plus de vigueur que jamais. Il n'y était vraiment pas allé de main morte.
- Sirius, chuchota timidement Remus en s'approchant de son ami.
Il tendit sa baguette magique pour lui tapoter l'épaule mais cette dernière lui sauta des mains avant même qu'il ne comprenne ce qui se passait. Il le réalisa bien vite cependant lorsqu'un pied l'atteignit douloureusement dans l'estomac pour le projeter en arrière à son tour. Sous la violence du choc, le jeune homme lâcha le collier d'argent qui se perdit dans un buisson.
Sirius ne s'était pas assommé en percutant l'arbre, il avait tout juste été sonné mais il était à présent dans une colère noire. Remus commença à douter de s'en tirer avec de simples bosses et égratignures.
- Alors toi, tu vas déguster ! aboya Sirius en fondant sur son propre corps comme un oiseau de proie.
Il le saisit par les pans de sa robe de sorcier et le plaqua au sol avant de le rouer de coups. Remus se recroquevilla en essayant de protéger sa tête tout en poussant des cris dans l'espoir de ramener son ami à la raison. Que lui prenait-il à la fin ? Était-ce le loup ou bien la colère enfouie de Sirius ? Et pourquoi le frappait-il de la sorte ?
- Sirius arrête ! gémit Remus d'une petite voix.
D'ailleurs c'était son propre corps qu'il maltraitait en fait…
- Non ! hurla Sirius d'un air de dément. J'en ai plus qu'assez ! Je ne peux plus supporter…
En avait-il conscience ?
- Je te déteste ! tonna Sirius en portant un coup à chaque mot qu'il lançait. Je te déteste. Je te déteste. Je te…
- Sirius, je t'en prie, glapit Remus haletant. Si tu es encore là, maîtrise-toi !
Mais la lune semblait finalement sortir de son écrin de fumée. On commençait déjà à la voir derrière un fin voile de nuages. C'était mauvais signe. Sirius n'allait sûrement pas se calmer de sitôt.
oOoOoOo
Au château, dans la salle de classe isolée, Peter s'était pratiquement donné le tournis à force de faire les cent pas en rond dans la pièce pour passer le temps. James était parti sauver l'école, Remus et Sirius tentaient de se sauver eux-mêmes et lui… il jouait à la dinette. Chacun son rôle !
Pour la énième fois en quelques minutes, l'adolescent se laissa tomber sur la chaise et lança un regard blasé aux deux chaudrons bouillonnants qui ne se coloraient pas le moins du monde. Rogue s'était trompé dans sa préparation ou quoi ? A moins qu'il n'y ait une manœuvre à réaliser qui lui échappait. Peter grimaça. Il n'y connaissait rien en potions. C'était Lily et Rogue les têtes de la classe de Slughorn, même le génialissime James Potter ne tenait pas la distance lorsque le maître des potions lançaient ses petits concours à points.
- C'est formidable ! lança Peter à voix haute au cas où un fantôme passerait par là et aurait envie de lui tenir compagnie. Je suis gardien de chaudrons. Je ne sers à rien.
Comme une réponse, les chaudrons se mirent tout à coup à crépiter. Il n'en fallut pas plus à Peter pour sauter sur ses pieds et s'approcher des mixtures avec un regard avide. Les liquides avaient à présent une belle couleur ambrée.
- Enfin ! s'écria le jeune homme soulagé en se jetant sur les poignées de cheveux de ses amis.
Il les laissa tomber dans les chaudrons qui produisirent une explosion fumante.
- Bon ben… advienne que pourra ! marmonna Peter en agitant ses mains pour disperser la fumée.
oOoOoOo
Il y eut également une explosion suivi d'un flash entre Remus et Sirius à l'instant où Peter ajouta les cheveux dans la potion. Les deux garçons furent projetés chacun à plusieurs mètres l'un de l'autre. Le phénomène fut de courte durée mais eut le bon goût de remettre les idées en place à Sirius. Celui-ci revint à lui au moment du choc et resta quelques secondes étendu au sol à cracher la terre qui lui était entrée dans la bouche au cours de l'explosion. Lorsqu'il fut un peu revenu à lui, il jeta un œil à ses mains et les trouva différentes. Il tâta doucement son visage, ses cheveux et le reste de son corps et comprit très vite pourquoi il se sentait si bizarre : il avait retrouvé son corps.
Enfin ! pensa-t-il incapable d'y croire réellement.
Sirius voulut se redresser d'un bond mais une affreuse douleur lui vrilla les côtes. Misère, il s'en était peut-être cassé quelques-unes en cognant comme un malade sur sa propre enveloppe corporelle. On dirait que pour une fois, je vais passer par la case infirmerie, ne put-il s'empêcher de penser.
Quoiqu'il ne fût pas mécontent d'avoir retrouvé son corps – cette expérience commençait à virer au cauchemar – le retour à la normale était beaucoup plus difficile que prévu. Dans la peau de Remus, le monde lui avait paru totalement différent, beaucoup plus intense grâce aux sens décuplés du loup-garou. Revenir dans son corps de simple mortel lui donnait l'impression de passer de la lumière à l'obscurité. C'était comme si le monde était soudain aseptisé : il n'entendait quasiment plus de sons, plus aucune odeur ne lui parvenait et c'était à peine s'il réussissait à distinguer quelque chose dans cette obscurité.
Lorsqu'il eut finalement retrouvé ses bons vieux réflexes, il ne put se retenir de laisser éclater sa joie. A présent qu'il avait retrouvé son corps, même imparfait et un peu cassé, tout allait finalement rentrer dans l'ordre.
- Remus ! s'écria-t-il en se remettant péniblement debout. Remus ! Ca a marché ! On est redevenus nous-mêmes !
La réponse de Remus sembla lui venir de très loin. Merlin ! Il était devenu sourd ou quoi ? A moins que Remus ne fût effectivement à bonne distance. Etant donné ce qu'il lui criait, il valait mieux que ce soit cela :
- Cours Sirius ! s'époumonait le jeune homme d'une voix paniquée.
Naturellement le ton de Remus invitait à courir dans la direction opposée à celle de sa voix mais Sirius, intrigué, fit exactement le contraire et chercha à rejoindre son ami.
- N'approche pas ! hurla Remus sitôt qu'il le vit en lui faisant signe de reculer.
- Pourquoi ? s'étonna Sirius en s'immobilisant malgré tout.
La réponse survint sans même que Remus n'eut besoin de la crier : les nuages s'écartèrent tout à coup comme des rideaux pour laisser apparaître la pleine lune, immense, lumineuse et menaçante. Remus se mit aussitôt à trembler comme si c'était un canon pointé sur lui et lança à Sirius un regard terrifié.
- Va-t-en ! s'égosilla-t-il, mort de peur. Sauve-toi, je t'en prie !
Et lui-même courut aussi vite que possible jusqu'à disparaître complètement du champ de vision de Sirius. Celui-ci ne se fit pas prier et fit volte-face pour partir dans la direction inverse, tout en essayant d'ignorer tant bien que mal les douleurs dont était criblé son corps. Il devait sortir de cette forêt maudite malheureusement… il ne savait absolument pas où il était.
Enfin, on peut le dire, Sirius et Remus ont retrouvé leurs corps respectifs… même si les choses se gâtent vraiment pour Sirius. Comment va-t-il échapper au loup-garou ? Réponse dans la suite !
Merci d'avoir lu. N'hésitez pas à me laisser votre avis !
