Me revoilà avec la Moisson du district Trois ! Mais, juste avant, les réponses aux reviews:
Eclipse on Panem: Merci ! Ca me demande beaucoup de préparation, mais je suis super fière de mes " bébés " :3. En fait, j'ai déjà, en format papier, les descriptifs rapides de chaque tribut et j'ai rédigé sur papier jusqu'au garçon du district Quatre. Et j'ai déjà préparé les alliances, mais je ne dis rien, comme d'habitude !
Ouh là, tu aimes déjà les trois-quart de mes tributs ?! Ravie qu'ils te plaisent tant ! J'espère que tu trouveras le coup de coeur dans les prochains !
Chapitre 3
The District Three Reapings
Pixie Hollow, 13 ans
J'ouvre lentement les yeux. Il fait noir dans la chambre: il n'y a pas de fenêtres. Mais je suis habituée: cette chambre, ça fait 13 ans que j'y dors.
Je sens le souffle de Glinda dans mon dos. Sa respiration est légèrement sifflante, mais je ne m'inquiète pas. C'est comme ça tous les jours. C'est même un signe de stabilité de son état.
A sa naissance, le guérisseur avait déclaré qu'elle ne tiendrait pas 15 ans. Elle est si faible ! Le moindre rhume se change en pneumonie, elle atteint des températures effrayantes quand elle a de la fièvre, et, en prime, elle fait de l'asthme. Et ce depuis toujours.
Elle n'a que 9 ans, mais elle fait bien plus âgée. C'est quelque chose dans son attitude, son regard. Quelque chose qui sait que sa vie ne tient qu'à un fil, que sa mort est proche, un peu plus chaque jour.
Mes yeux s'habituent à la pénombre et je distingue Clen, notre jeune frère de 6 ans. Il dort paisiblement. On dirait un ange avec son air... angélique, ses cheveux blonds et les deux lacs bleu limpide de ses yeux.
Mes parents dorment dans un coin de la pièce, ma mère avec ses rides et ses cheveux blancs alors qu'elle n'a pas 45 ans, mon père et ses poches sous les yeux, son bras en moins.
Nous faisons partie des plus pauvres du district. Ma mère travaille dans une usine de composants d'ordinateur, et mon père enchaîne les petits boulots depuis qu'il a perdu son bras, il y a deux ans dans l'usine où il travaillait alors, un " accident de travail ", qu'ils disent. Depuis, après l'école, je vais voler, de quelques sous à un peu de quoi manger. Bien sûr, je ne vole que chez les plus riches et chez les Pacificateurs. Cela m'a rendue agile, rapide, discrète ( quasiment indétectable quand je le veux ), rusée et calculatrice.
Je me lève sans bruit, et, à tâtons, cherche la porte de la cuisine. Notre petit appartement en bas d'une des tours des bas-fonds du district ne comporte que 2 pièces: la chambre où nous dormons tous sur des matelas, et la cuisine qui dispose du seul point d'accès à l'eau courante ( et encore, deux ou trois heures par jour seulement ), ce qui en fait aussi la salle de bain. Au moins nous avons l'électricité ( enfin, la plupart du temps ).
Je m'inspecte dans le bout de miroir ébréché au-dessus du robinet après avoir enfilé ma tenue pour la Moisson, une robe gris sale et des chaussures crottées ( ma seule paire où les semelles ne se détachent pas, mais qui commencent à être trop petites pour moi ).
Je suis toute menue, et assez petite. Je n'ai presque pas de formes. Mes yeux sont gris souris, et mes cheveux blonds sont raides, ternes, filasses. J'ai le teint pâle et le nez allongé, on dirait une fouine. Je soupire en attachant ma tignasse mi-longue en queue de cheval haute. Il y a des filles à l'école, les filles riches, qui peuvent se permettre de se faire belle et de ( tenter ) de séduire. Pas moi. Ce serait déjà un miracle si un garçon posait les yeux sur moi, avec mon physique.
- Pixie ?
C'est Clen qui se tient là, dans l'encadrement de la porte, les yeux encore gonflés de sommeil.
- Coucou, mon chou, je murmure en l'embrassant.
Quand j'étais petite, quand mon père avait encore son bras, que Glinda n'était pas née avec l'inquiétude perpétuelle sur son état, Papa m'appelait " sa petite fée ". Depuis, Clen est son favori, je suis devenue " celle qui prend deux tessarae par personne et qui vole ". Glinda aussi accapare son attention. Non que j'en conçoive de l'amertume, avec le temps je me suis détachée de ma famille, méprisant leur façon de ramper devant les plus riches, les Pacificateurs, le Capitole.
C'est vrai, j'ai au total 22 tessarae. Ce qui ne suffit pas à nous sortir de la misère.
22 papiers à mon nom, je sais que je devrai être inquiète. Mais je ne le suis pas. Pas vraiment. Je ne sais pas pourquoi.
- T'as faim ? je demande à Clen.
Il hoche la tête tandis s que je fouille les placards pour trouver quelque chose à manger. Je trouve une miche de pain un peu rassie, quelques tranches de fromage de chèvre que j'ai volé hier et un reste de soupe ( c'est vrai, avec pleins de peaux dessus )
- Et bien, je dis à mon frère, on va faire un festin !
Je me dirige vers la Grand-Place du district. Ma mère, mon père et Clen m'accompagnent, mais pas Glinda parce qu'elle " est trop fragile pour sortir ". Faudra pourtant bien qu'elle sorte, dans 3 ans.
Je me fais enregistrer par un Pacificateur barbu. Je rejoins ma section tandis que ma famille reste à l'écart.
J'ai une amie, une seule. Elle s'appelle Tech, et c'est un vrai garçon manqué. Elle vit aussi dans la misère, et, quelquefois, nous dérobons des trucs ensemble.
Elle me voit et me rejoint. Ses yeux bruns pétillent d'excitation:
- J'ai un coup ! chuchote-t-elle, toute excitée et fébrile.
- Comment ça ?
- La femme du maire a des bijoux hors de prix et je sais où elle les cache !
- Tu plaisantes ?
- Non ! Alors, tu es partante ? Il y a assez de magot pour deux !
J'hésite, c'est un gros coup, mais qui peut rapporter gros. Mais les risques sont élevés.
- Et bien, je...
- Bonjour, district Trois !
Marius, l'exubérant hôte du district Trois, a pris le micro après le discours du maire. Tech se retourne vers la scène, les yeux brillant d'anxiété, et me prend la main. Pour ma part, je ne me sens qu'un peu stressée.
- Il est l'heure de procéder au tirage au sort de la demoiselle qui va représenter ce mer-vei-lleux district !
Il se dirige vers la boule des filles, fouille un peu et finit par ressortir un petit papier.
- Voyons voir... Pixie Hollow, quel joli nom !
Je reste pétrifiée. Il y a forcément une autre Pixie Hollow, n'est-ce pas ? Mais Tech me fixe en sanglotant, tant de soulagement que d'horreur. C'est la première fois que je la vois pleurer.
- Pixie, où es-tu ? demande l'hôte.
Je me décide enfin à rejoindre la travée centrale. Mes yeux s'emplissent de larmes mais je me fixe sur une seule pensée. Ne pas pleurer ne pas pleurer ne pas pleurer. Ne pas s'effondrer, avoir l'air forte.
Je grimpe sur l'estrade et Marius me demande:
- Quel âge as-tu ma petite ?
- 13 ans.
13 ans, n'est-ce pas trop jeune pour mourir ?
Tech est la première à venir.
- Sois courageuse, murmure-t-elle, et mange la bouffe de rêve pour moi, OK ?
- Oh, Tech, je souffle en la serrant contre moi.
- Enfin, on se reverra peut-être, hein ? fait-elle.
- Personne n'a jamais gagné à 13 ans, je soupire. Je ne sais même pas me battre.
Elle me fixe, et l'ancienne Tech, parfois sèche et cassante, repend le dessus.
- Et bien, tu n'as qu'à attendre.
Elle a raison. Et mon cerveau sera aussi un atout.
Ensuite, ma famille vient, mais ce n'est pas la même chose. Je suis pour eux, à la fois, une bouche à nourrir de moins, mais une importante source de revenus également qui s'en va. Et Clen est trop jeune pour comprendre.
Tant mieux.
Chad Dreand, 18 ans
Je me réveille. Ma soeur est recroquevillée contre moi, ses petits bras secs et maigres aggripés à ma taille. Je souris doucement en lui caressant les cheveux. Elle grogne quelque chose d'incompréhensible.
- Laureen, je souffle, réveille-toi.
Elle ouvre les yeux. Elle n'a que 8 ans, elle n'a encore rien à craindre.
Pour moi, c'est la dernière année. Et, au pire, si je suis choisi, je ne serai pas sans défense. Dès mes 12 ans, j'ai commencé à m'entraîner avec des couteaux, à l'initiative de ma mère. Je ne suis pas non plus excellent mais je me débrouille.
Maman. Elle est morte i ans, dans un accident à l'usine. Depuis mon père est dépressif. J'ai dû arrêté l'école pour travailler aux usines du matin au soir, nous permettant de survivre. Laureen fait également de menus travaux chez les riches pour quelques pièces de plus. Je prends, de plus, des tessarae. J'ai, cette année, 25 papiers à mon nom.
J'attirerai peut-être quelques sponsors, avec ma carrure impressionnante, ma grande taille, mes muscles, mes cheveux bruns et mes yeux verts, si j'étais choisi. Mais ça ne sera pas le cas. Enfin, j'espère.
J'enfile mon pantalon beige, le seul qui ne soit pas inscrusté de saleté, et une chemise noire. Laureen se lève tandis que je descends préparer le petit-déjeuner. Elle, elle va réveiller Papa.
Je coupe en tranches le reste de la miche de pain d'hier. Elle est un peu rassie, mais ça fera l'affaire.
Mon père se traîne dans la cuisine. Il est mal rasé, a des poches sous les yeux et le teint cireux. C'était un bel homme, avant. Mais ce n'est désormais plus que l'ombre de lui-même.
- S'lut.
- Salut, Papa.
Laureen le suit, toute fraîche. Sa première Moisson est dans 4 ans, elle a le temps. Mais 4 ans, c'est court. Dans 4 ans, elle perdra son innocence. L'inquiétude la rongera, tous les ans. Elle grandira, mais trop vite. Comme tous les enfants des districts. Le Capitole nous vole notre enfance.
Aujourd'hui, il n'y a guère plus que les vieilllards pour se souvenir d'avant les Jeux.
Nous mangeons en silence. Puis je me lève:
- Reste ici, Laureen. Je ne veux pas que tu voies la Moisson.
- Mais je veux venir avec toi !
- Pas la peine, je reviens dans une heure.
- Et si tu es tiré ?
- Je ne serai pas choisi.
- Oui, mais si ?
- Force Papa à reprendre du boulot, fais comme d'habitude.
- Je ne parle pas de ça !
Elle m'enlace en sanglotant.
- Je... je ne veux p-pas que tu y ailles !
- Ca ne sera pas moi. C'est certain.
Quand je disais qu'on grandissait trop vite...
Je rejoins ma section, serre la main aux garçons que je connais, je parais détendu. Je dissimule ma nervosité croissante. Laureen s'inquiète trop. Au moins, elle a fini par accepter de rester avec Papa.
L'hôte s'avance. Il est souriant et enjoué, comme d'habitude. Ses cheveux vert pomme bouclés et sa peau blanche... mais vraiment blanche, le font ressembler à un clown, impression renforcées par ses vêtements bariolés.
- Bonjour, district Trois ! Nous sommes aujourd'hui réunis en ce jour le plus excitant de l'année, la Moisson !
Il dirait ça si ses propres enfants risquaient d'être envoyés dans une arène pour combattre à mort ?
- Et pour commencer, regardons ce merveilleux petit film qui nous vient du Capitole !
Le film de propagande commence, identique chaque année. Même le maire, un grand homme sec et rigide, semble s'ennuyer.
- Et bien, fait l'hôte ( il s'appelle Marius, ça fait 5 ans qu'il est là ), que c'est excitant ! Il est l'heure de procéder au tirage au sort de la demoiselle qui va représenter ce mer-vei-lleux district !
Il choisit un papier.
- Voyons voir... Pixie Hollow, quel joli nom !
Tout d'abord, personne ne se manifeste.
- Pixie, où es-tu ? appelle Marius.
Enfin, une fille de 13 ans, toute tremblante, monte sur l'estrade. Une bouffée de pitié m'envahit. Marius lui demande son âge puis lance:
- Et maintenant, au tour des garçons !
Il plonge la main dans l'autre boule, et le temps semble se distendre, s'étirer... tandis qu'il fouille dans les papiers.
Enfin, au bout de ce qui me paraît une éternité, il choisit un papier. J'ai soudain la gorge sèche, une goutte de sueur dégouline entre mes omoplates. Mon coeur bat très vite, très fort, et c'est le seul son que j'entends tandis que Marius déplie le papier.
- Chad Dreand !
Le nom sonne comme un glas et résonne dans mes murmures reviennent, soulagés cette fois.
Car c'est mon nom qui est sorti.
Je me rends sur la travée centrale, me plaquant un air confiant et assuré sur le visage.
Inspire, expire. Inspire, expire.
Marius me sert la main en souriant et me demande:
- Et toi, quel âge as-tu, Chad ?
- 18 ans.
- Et bien, le district Trois a ses 2 merveilleux tributs ! Serrez-vous la main.
Je tends ma main à la petite. Ses yeux gris souris sont noyés de larmes qu'elle retient. Elle me sert la main sans me voir et se laisse entraîner par Marius à l'intérieur. Je les suis.
Nous sommes conduits chacun à un petit salon. Juste avant que ma partenaire n'entre dans le sien, je lui souris.
Elle cligne des yeux, semblant se resaissir. Ses lèvres esquissent l'ombre d'un sourire.
Elle a du cran, cette gamine. Ca se voit.
Je pense que ça l'aidera.
J'attends, le coeur serré. Laureen a eu raison, et je ne lui ai pas vraiment dit au revoir. Comme je le regrette... Et Papa, dépressif mais que j'aime malgré tout...
Je ne les reverrai jamais.
J'ai une furieuse envie de pleurer, mais je me retiens.
Quelques amis viennent me souhaiter bonne chance. Puis je suis à nouveau seul.
A ma grande surprise, Laureen, le visage baigné de larmes, entraînant Papa, entre.
- La v-voisine m'a prévenue, pleure-t-elle.
- Chut, ça va aller, je dis en la serrant dans mes bras. Je te promet que je reviendrai.
- Promis ?
- Promis.
Elle m'embrasse, puis je donne une accolade à Papa.
- Fiston, il murmure d'une voix rauque.
Des larmes naissent au coin de ses yeux.
- Je reviendrai, P'pa, et tout redeviendra comme avant.
Il hoche la tête, les yeux perdus dans le vague.
- Prends soin de lui et de toi, je dis à Laureen.
