Une nouvelle Moisson, cette fois-ci au district Huit ! Mais tout d'abord, comme d'habitude, la réponse aux reviews !

majamaja: Oui, je sais, c'est une fille de tout ce qu'il y a de plus banal ( parce qu'il en faut, tous les tributs ne peuvent pas sortir de l'ordinaire ).

Effectivement, a priori elle est trop tendre pour tuer. Mais les gens changent, dans l'arène...

C'est fait exprès ! :D

Euh, non, désolée, mais c'est les 35eme Hunger Games, et Johanna a gagné dans les 70eme, et Blight dans les 50eme...

Merci beaucoup !

Eclipse on Panem: Ravie qu'elle te plaise !

Je sais, j'ai voulu jouer sur la carte famille nombreuse comme il y doit en avoir pleins à Panem ( j'ai de quoi m'inspirer, étant moi-même l'aînée de 7 enfants ).

Oui, je me suis un peu inspirée de Rendwick ;) Mais peut-être en encore plus sadique :)...

Et bien, le district Huit, le voili, le voilà !


Chapitre 8

The District Eight Reapings


Cuty Mand, 18 ans

Et la lumière se fit. Ta-dam !

Ce que je veux dire, c'est que j'ai été réveillée par un craquement sourd: mon hamac, usé jusqu'à la corde, menace de tomber. Inutile de préciser que j'ai sauté aussitôt, en manquant de me tordre la cheville. C'aurait été malin, hein !

Je contemple ma petite cabane à la lisière du district, où la nature reprend ses droits et où les chênes sont nombreux. Le coin idéal. Mon petit chez-moi est purement fantastique. Pourquoi purement, d'ailleurs ? Quel rapport avec pur, pureté ?

Rantanplan, mon gros minou marron, s'étire dans un coin. Je me redresse et lui lance:

- Tu m'aurais pas ramené une grenouille, par pur hasard ? Tu sais bien que j'aime ça autant que toi, petit égoïste !

Il se contente de se lécher avec ostentation la patte.

J'ai trouvé des tas de livres enterrés au pied d'un arbre. Ca s'appelle Lucky Luke. Les pages sont pour la plupart tellement humides ( il y a un ruisseau souterraine même pas 20 cm en-dessous ) qu'elles sont illisibles, mais j'ai réussi à déchiffrer quelques trucs. C'est très intéressant. Heureusement que j'ai continué l'école jusqu'à 10 ans, avant de me retirer dans cette cabane avec Rantanp', je ne saurai pas lire sinon !

Est-ce que les chats savent que c'est de eux dont on parle quand on emploie des diminutifs ? Est-ce qu'ils nous comprennent ? Je suis convaincue que oui.

Oui, bon, je pense, mais j'agis pas. Mon petit-déjeuner ne va pas s'amener tout seul.

Je sors. La chaleur est au rendez-vous, aujourd'hui. Tant mieux. Je suis très frileuse.

Ce qui m'amène à penser que... mais, c'est la Moisson !

Ma dernière, apparemment...

Je souris à Rantanplan qui sort derrière moi.

- C'est génial ! J'adore ce jour, l'hôtesse est tellement jolie, et tout le monde a des jolies tenues ! J'aimerai beaucoup monter sur l'estrade. Peut-être que aujourd'hui... Après tout, il paraît que c'est ma dernière ! Je ne sais pas trop pourquoi un garçon et une fille sont appelés pour monter à l'estrade, mais je crois qu'après, à l'hôtel de Justice, il y a une réception. Ce serait bien, non ?

- Miaw...

Je descends par l'échelle de corde, et pose le pied à terre juste devant mon buisson de myrtilles. Je m'empresse d'en ramasser. Je les déguste à terre, le soleil me réchauffant, jusqu'à me rappeler que ce matin je n'ai pas tout mon temps et qu'il faut que je m'habille.

Je vais me mettre sur mon trente-et-un ! Tiens, pourquoi trente-et-un, et pourquoi pas trente-deux ? Moi, je préfère trente-trois !

J'enfile ma plus belle robe ( elle a juste un accroc sur la manche droite ), la bleue avec des étoiles. Je couds des tenues moi-même, avec le tissu que je vais ( parfois, quand il y a pas d'autres de Mains-Blanches ) piquer à l'usine.

Je m'habille et tourne sur moi-même en souriant. Je passe la tête dehors, et vois mon reflet dans une flaque d'eau. C'est moi, avec les cheveux de flamme, les mêmes yeux verts que Rantanplan ( si ça se trouve, j'ai des ancêtres-chats ! ), la peau pleine de tâches de rousseur...

- A plus, minou ! Si tu vois rapporter quelque chose pour accompagner le poisson que j'irai pêcher pour le déjeuner, ça serait simpa ! Parce que j'ai l'impression que c'est toujours moi qui travaille le plus, de nous deux !

Je redescends par l'échelle de corde ( je précise que je l'ai faite moi-même ).

Quelques promeneurs me pointent du doigt. Je leur tire la langue. Tout le monde pense que je suis folle, même si il y a pas plus sain d'esprit que moi. Les gens sont bizarre. Ca doit être la pollution du district Huit qui agit sur leur cervelle...

Je chantonne pendant tout le trajet. J'aime bien chanter. Et marcher. Une-deux-trois, une-deux-trois, et une-deux-trois...

J'arrive à la Grand-Place. Un Main-Blanche me pique le doigt avec un drôle de bidule et me pousse en avant. Je manque de trébucher, mais comme il a un Bang noir, je ne relève pas. Je rejoins ma section, des filles de 18 ans ( enfin, je crois ).

Tout le monde chuchote et s'écarte sur mon passage ( " c'est la folle ", " t'as vu la folle ? "... )

J'aimerai bien être un papillon. Comme le géant que je vois, là-bas... Ah non ça s'est l'hôtesse ! Elle est encore plus jolie que d'habitude, toute bariolée !

Bla bla bla... Ca y est, elle cherche un papier ! J'adresse une petite prière au dieu des matous, et le nom est appelé:

- Cuty Mand !

Ouahh, le dieu m'a exaucé ! Elle m'a appelé ! C'est moi, c'est moi, c'est moi, tra-la-la-la !

Je m'empresse de grimper à l'estrade d'un pas sautillant.

- Merci, Madame.

Elle se fige, incrédule. Un ange passe. Elle se reprend et me serre vigoureusement la main.

- Et bien, hum... passons aux garçons !

Je repère une caméra et agite ma main ! Si ça se trouve, c'est retransmis dans tout Panem ! Je vais devenir célèbre ! Tout le monde me dévisage, bouche bée.

Je me retiens de leur faire un doigt provocateur.

Je lisse ma robe en souriant. J'adore être ici. Quand je raconterai ça à Rantanplan, il en bavera d'envie !

Tiens, voilà le garçon. Il a l'air gentil. Je lui sourie franchement mais il ne me regarde pas.

Puis le maire commence à lire quelque chose, mais je ne l'écoute pas. C'est tellement merveilleux, ici. J'ai l'impression que je vais m'envoler de bonheur. Oh oui ! Je ferai enfin connaissance avec les oiseaux ! Mon préféré est le coucou. Il est très poli, lui. Dommage que ce soit l'un des plats préférés de Rantanplan !

- Serrez-vous la main !

Je fais ce que l'on me demande, radieuse.

- Bon, bah, au revoir, hein ! Ce fut un plaisir, et c'est dommage de louper la réception, mais Rantanplan, enfin, mon chat, m'attend, et il va commencer à s'inquiéter. Il s'angoisse pour un rien ! Et puis, il va encore aller fouiner dans mes réserves, or j'en ai besoin pour l'hiver, donc excusez-moi, et merci pour tout, c'était génial ! je pépie en me dirigeant vers les escaliers.

Je m'apprête à descendre quand des Mains Blanches m'arrêtent et me font pivoter. Je force un peu, pensant qu'ils veulent rigoler, mais ils me ramènent de force vers l'hôtel de justice. Je me débats, appelle au secours. Je crie, je hurle. Rien n'y fait. Je ne veux pas les suivre !

Je deviens une vraie tigresse, mais ils parviennent à m'enfermer dans un petit salon. Je m'effondre en sanglots.

Que va devenir Rantanplan, sans moi ?


Ronan Colmes, 17 ans

Je suis dans une pièce noire. Je tattonne sur les murs, paniqué. Il n'y a pas d'issue. Je suis emmuré vivant, dans même pas 5m² d'espace aussi noirs que dans un four. Un sifflement retentit à ma gauche. Quelque chose ondule sur le dallage de pierres. Le coeur battant à tout rompre, le souffle précipité, je m'accroupis, et mes doigts rencontrent quelque chose de froid, visqueux. Un serpent.

Mes 3 peurs les plus profondes pour former mon pire cauchemar: les espaces clos et petits, le noir, et les serpents.

Je pousse un hurlement... et m'éveille en sursaut.

C'est l'aube. Tout le monde dort encore. 5 souffles paisibles retentissent. De l'autre côté de la porte communicante, je devine mes parents eux aussi encore endormis.

Je me lève. Mon coeur tambourine dans ma poitrine, et je m'aperçois que je tremble. A côté de mon horrible cauchemar, la perspective peu joyeuse de la Moisson n'est rien.

Je sors, et me dirige vers la cuisine. Le sol est froid sous mes pieds, comme dans mon cauchemar. Je m'attends presque à entendre un sifflement...

Dans la lueur naissante du jour se découpent les silhouettes des usines. Dire que, dans un an, comme mes parents, je serai obligé d'y travailler. Vu mon degré de compréhension de ce qu'on nous enseigne à l'école, et le peu d'argent disponible pour financer des études, je n'ai pas d'autre destin. Bref je n'ai pas de choix, pas d'exutoire.

Je m'adosse au mur, soupirant. Je suis bien placé pour savoir qu'un salaire d'ouvrier est minuscule, à peine de quoi nourrir et loger deux personnes, tout au plus: j'en fais l'expérience chaque jour. Nous sommes 8, et comme les salaires de mes parents ne suffisent pas, en compagnie de Hansel et Gretel, mon frère et ma soeur jumeaux de 15 ans, nous volons. Quand à Kay, 13 ans, et Gerda, 11 ans, ils accomplissent des travaux chez les riches. Seul Arina, la petite dernière de 7 ans, est trop jeune pour aider?

Je songe à ma vie, aux Jeux. On serait si riche si je les gagnais. Et je pourrai avoir le potentiel, en effet.

Après tout, i ans, n'ai-je pas, en volant la maison d'un Pacificateur, découvert un arc et des flèches qu'il avait confisqué ? Je les ai pris, et depuis je m'entraîne avec.

Mais les risques sont un peu trop élevés pour moi ( non que je sois peureux ), j'ai peut-être 1 chance sur 12 de revenir. Pas folichon.

Je quitte la pièce et sort de la maison. L'air est déjà chaud, et je ne regrette pas de ne porter qu'une chemise froissée. Dans ma poche, la poignée de pièces contenue dans un porte-monnaie, le tout volé à un riche, tinte. Je me dirige vers la boulangerie du quartier. De délicieuses odeurs s'en échappent.

Je compte: de quoi acheter un pain aux lards, le préféré d'Arina et des jumeaux, un pain aux noix, celui que préfèrent Kay, Gerda et moi.

J'achète ce que je prévoyais, et rentre directement à la maison.


L'expression de bonheur de mes frères et soeurs me fait chaud au coeur. Pour un peu, j'en oublierai mon cauchemar et la Moisson. Car, à part Arina et Gerda, toute la fratrie est éligible.

J'embrasse mes parents.

- Surprise !

- Merci, Ronan.

- Dis-moi, fait mon père tandis que nous nous mettons à table, tu t'es levé tôt, ce matin.

- Oui.

Je préfère ne pas s'étendre sur le sujet et détourne la conversation. Mes cauchemars me gênent. Ils hantent une nuit sur trois; et gagnent chaque fois en intensité et en réalisme.

Après le petit-déjeuner, je m'habille rapidement: mon costume consiste en une chemise blanche volée dans une usine, un pantalon rouge sombre. Je passe ma main dans mes cheveux bruns, après l'avoir mouillée pour les discipliner. D'ordinaire, ils pointent dans tous les sens, me donnant un léger air farouche, renforcé par ma peau relativement mate et mes yeux si sombres qu'ils en paraissent noirs.

- Allons-y, les enfants, fait ma mère.

Nous sortons tous. Le soleil est un peu plus haut dans le ciel, et les rues se remplissent. Les jumeaux se tiennent la main. Je pose la mienne sur l'épaule de Kay.

- Tout va bien se passer.

- J'ai pas peur, il fait en faisant le fier, mais sa lèvre inférieure tremblote.

- Hmmm, je réponds; tout le monde a un peu peur. Même moi. Même Hansel. Même Gretel.

- Mouis.

- Ca s'est bien passé l'an dernier. Ca sera pareil.

- Et si Hansel, Gretel ou toi étaient choisis ?

- Ca n'arrivera pas.


C'est la " folle " du district qui a été choisie. La pauvre, qui croit que c'est une chance. Enfin, tout le monde sait qu'elle n'a plus toute sa tête depuis ses 10 ans. Sa famille est morte dans l'explosion, dûe au gaz de leur maison. Elle, elle était à l'école. La douleur lui a fait perdre la raison, depuis elle vit comme une sauvage.

- Et bien, humm... passons aux garçons ! lance l'hôtesse, Cruza, une femme si bariolée qu'on pourrait la confondre avec un papillon énorme, mais sans ailes.

Elle fouille dans la boule.

Pourvu que ce ne soit ni Hansel ni Kay, ni m...

- Ronan Colmes !

Un instant, je pense à une blague. Je me repasse mentalement le film de ma journée jusqu'à présent. C'est impossible, ça ne peut pas être moi !

Dans les rangs des 15 ans, Hansel semble frappé d'horreur. C'est moi. Je vais aux Hunger Games.

Au pire, on deviendra peut-être riches...


- Vous inquiétez pas. Je vais m'en sortir. Je sais tirer à l'arc.

- Ronan... fait Maman.

- Ecoutez, je vais revenir. Je reviendrai, et on sera même riches.

- On s'en fiche de l'être, réplique Gerda en sanglotant. On veux juste que tu reviennes sain et sauf.

Je les embrasse tour à tour.

- Kay, je chuchote quand c'est son tour, si je ne revenia pas, je te lègue mon arc et mes flèches.

Il hoche brièvement la tête en reniflant.

- Je vous aime tous. Prenez soin de vous.

- L'entretien est terminé, veuillez quitter les lieux.

Seul, je repense à mon cauchemar. Je ne sais pas pourquoi, j'ai un mauvais pressentiment. Comme s'il allait se réaliser. Pendant les Jeux.

Absurde, non ? Et pourtant, mon subconscient me l'affirme.