Base : Bleach

Genre : romance, angst

Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres

Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.

Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)

Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).

NA : voici la suite (chose promis, chose due) de Sept jours pour guérir... avec de belles références et (on espère) toujours autant d'humour.


QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !


Le déni IX

« procure des boissons fortes à qui va mourir,
du vin rempli d'amertume :
qu'il boive, qu'il oublie sa misère,
qu'il ne se souvienne plus de son malheur !
»
Pr. VIII, 6,7


Le lendemain matin, Renji avait eu la douloureuse impression de plonger dans un bain glacé. Il s'était présenté dans les formes à son supérieur et ce dernier n'avait pas eu l'air de vouloir seulement demander où il avait bien pu passer ces deux derniers jours. Quand on pense bien, c'était d'autant plus étrange qu'il devait parfaitement savoir ce qu'avait fait Renji, et ce qu'il devait savoir ne pouvait que lui inspirer du mépris. Désarçonné par l'absence même de reproches, Renji avait simplement acquiescé à la sanction, bien légère selon lui, qui lui était infligée : une semaine de permanence de nuit à la capitainerie. Il aurait presque préféré se faire copieusement engueuler, pour le coup, que Kuchiki le bassine deux heures durant sur son devoir de vice-capitaine, au moins, il aurait eu l'air de s'intéresser à lui. Lorsqu'il faisait la liste de tout ce qu'on pouvait lui reprocher ces deux derniers jours, il la trouvait désespérément aggravante.

Résumons, je suis allé me bourrer la gueule, je n'ai pas repris mon service le jour donné, puis j'ai fait la grasse mat', la fête... un conseil de vice-capitaines, et puis encore un entraînement formellement interdit dans mon état, et enfin, j'ai détourné de sa légitime nuit de sommeil un de mes subordonnés. Sans compter que tout ce merdier vient de ce qu'on complote dans le dos de Kuchiki depuis deux semaines et que je sens venir le drame.

Il leva un regard douloureusement suppliant vers Kuchiki.
Il avait envie de dire un truc con, genre « je suis désolé de vous décevoir, capitaine » ou pire encore « je ne voulais pas vous faire honte » mais rien ne sortit. D'ailleurs, cela valait peut-être mieux, qu'est-ce qu'il en aurait eu à foutre de son repentir, tout sincère qu'il soit ?
Sa supplication muette resta sans réponse, et pour cause, Kuchiki ne le regardait même pas, passant de formulaire en formulaire. C'est toujours les yeux baissés que Kuchiki lui fit signe qu'il pouvait disposer.
Muet de stupeur, Renji resta encore quelques secondes.
« Capitaine...
- Mh ? » Fit Kuchiki sans avoir l'air de s'intéresser plus que ça à son lieutenant.
Punissez-moi ! Avait-il presque envie de dire.
Mais tout ce qui put sortir fut un « à vos ordres » à mi-voix.

La matinée fut insoutenable. Il faut dire que, si on s'habituait vite au mutisme de Byakuya Kuchiki c'est parce qu'il n'était pas absolu, loin de là. Au contraire, Renji avait toujours eu l'impression qu'un genre de connivence avait fini par s'établir entre eux, lorsqu'ils travaillaient ensemble. Parfois, lorsqu'un minuscule soupir échappait au capitaine en tenant du bout des doigts une feuille couverte de caractères indéchiffrables, le vice-capitaine se permettait un sourire en coin, et Kuchiki faisait mine de ne pas le voir, fronçant les sourcils en rangeant le formulaire sous une monstrueuse pile de documents. Dans des moments comme celui-ci, Renji se levait et allait préparer une tasse de thé pour son supérieur (pas pour lui, c'est bien connu, le thé c'est mauvais pour la santé), oui, il lui arrivait aussi de faire ce genre de chose. Et maintenant que ces moments, aussi fugaces fussent-il, semblaient si lointains, ils lui manquaient terriblement.
Le silence et l'indifférence, la fin de toute relation ; c'était dur comme conséquence. Le problème c'est qu'il ne pouvait pas se dire « restons amis », ils n'étaient pas amis à l'origine. Ils n'avaient pas non plus le choix de ne plus se revoir à vie, puisqu'ils devaient travailler ensemble. Renji reconnut avec un pincement au cœur que ce qu'il avait voulu éviter ces deux derniers jours, c'était moins son capitaine, que la perspective de devoir reprendre son existence routinière après ça.

On dit que la nature a horreur du vide, hé bien en tout cas, c'est vachement bien réussi dans ce bureau, songea le lieutenant en réalisant à quel point le vide régnait entre eux, et peut-être même, en eux.
C'était nouveau pour lui, de cesser tout contact après une relation. C'était frustrant, ce rien remplaçant le trop. Le trop d'une seule nuit, trop de choses, trop de gestes, trop de sexe, trop de douleur en une seule nuit. Le rien de chaque jour : rien à se dire, rien à partager, rien à faire ensemble. Lui, il avait besoin de remplir sa vie.
Alors que Renji se désolait en lui-même de voir une petite histoire nocturne pourrir encore plus l'ambiance dans sa division, Byakuya, mine de rien, faisait aussi tricoter ses méninges à ce sujet.
Au début, c'était simple : il ne voulait plus le revoir, ne plus avoir affaire à lui. Qu'il aille se faire pendre ailleurs, il pouvait sécher autant de journée de travail qu'il voulait, pourvu qu'il n'ait plus à rôder autour de lui. Il avait deux excellentes raisons de penser ainsi : d'abord, son lieutenant menait une vie dissolue, et ensuite il l'avait entraîné dans cette vie. Ce dernier point, en particulier, plaidait à charge contre Renji. Après tout, si Byakuya n'avait pas eu la force de résister au lieutenant, c'est bien parce que celui-ci avait prit la forme du tentateur, qui entraîne irrésistiblement vers la déchéance.
Donc, il avait fait comme si de rien n'était, comme si sa présence ne lui faisait pas plus d'effet que son absence.
Et puis en fait, à sa grande surprise, à son extrême énervement, à sa furieuse stupéfaction, il ne parvenait pas à faire abstraction de cet homme à quelques pas de lui, qui semblait tout entier attentif à ses moindres soupirs. Il avait toujours une raison, le plus souvent une très mauvaise raison, pour essayer de voir ce que faisait Renji, pour se demander à quoi il pensait.

La pause de midi apporta un vent de liberté. D'habitude, leur repas leur était apporté par un subordonné (oui, c'est surtout à ça qu'ils servent en fait) et ils le prenaient ensemble dans le bureau. Bien souvent, Renji trouvait autre chose à faire pour ne pas avoir à manger délicatement avec Kuchiki. Cette fois-ci, il se leva brusquement, quelques minutes avant l'arrivée du repas et s'excusa à voix basse.
« Capitaine, je mange à l'extérieur.
- Bien », fit Kuchiki sans lever les yeux.
Un instant, Renji hésita sur le pas de la porte. Peut-être devait-il, au contraire, rester et profiter de ce moment pour tenter de régler cette histoire. Et puis son regard s'arrêta sur le profile de son capitaine, les mâchoires serrées, une petite veine palpitant sur sa tempe et finalement, la fuite lâche et pleutre lui paraissait une excellente solution.
Il alla tout naturellement se réfugier dans le seul havre de paix et de tranquillité qu'il connaissait au Seireitei : la onzième division. La notion de paix étant toute subjective, bien entendu. Il arriva avec l'entrain d'un escargot dépressif et ravagea le moral de tous ses anciens collègues avec sa tête de jour de pluie et d'enterrement.
Heureusement, quelques fortes personnalités résistaient encore au pouvoir de nuisance psychique d'un déprimé. Surtout dans la onzième division où le facteur psychologique est déterminant.
« T'as perdu un proche ? S'enquit obligeamment Ikkaku.
- Pourquoi ?
- Parce qu'on dirait que tu reviens d'un enterrement.
- Nan, du travail.
- Oui, c'est triste aussi. Tu veux pas te faire muter dans la onzième. On a eu une démission avant hier.
- Qui ça ?
- Tu le connais pas, il venait d'arriver.
- Vous lui avez fait quoi ?
- Pas grand chose, il avait jamais joué à la version zanpakuto de « Alouette, gentille alouette ».
- Et ça l'a fait fuir ?
- Ben...
- Les jeunes aujourd'hui...
- À qui le dis-tu.
- Ben à toi.
- Laisse tomber.
Sur ces bonnes paroles, qui arrachèrent un soupir désespéré à Ikkaku, l'heure du repas sonna et tous les shinigamis se rendirent dans la salle commune, entraînant les deux amis. Ils y retrouvèrent Yumichika en pleine discussion avec une grosse brute de deux quintaux qui hochait la tête d'un air soumis.
Il les accueillit d'un signe de la main.
- C'est tout prêt, Kankuro a prévenu les autres. Ils seront là.
- De quoi tu parles ? Demanda Renji d'un ton rendu moins morne par la curiosité.
Un léger sourire aux lèvres, Yumichika lui expliqua tout en prenant place à table avec eux.
- Tu sais ce qu'on fait ce soir ?
- Vous, je ne sais pas, mais moi je suis consigné.
- Consigne levée, on fête la venue d'Ichigo parmi nous. Tout-le-mon-de-se-ra-là ! Pourquoi pas toi ?
- Parce que mon capitaine m'a ordonné le contraire, par exemple.
- T'as un ordre écrit ?
- Maintenant que tu le demandes, je crois pas non...
- Hé ben alors.
- Au fait, il est où ce con ?
- Tu parles de Kuchiki, là ?
- Mais nan, Ichigo ! Depuis quand je traite mon capitaine de con ?
- Je sais pas, tu fais ce que tu veux.
- C'est une façon de parler. Bon, Ichigo, il est où ?
Les deux shinigami s'entreregardèrent, hésitant.
- Tu sais pourquoi il est là exactement ?
- J'en ai une vague idée, oui, ironisa Renji.
- Ben il est allé voir Ukitake, cela aurait un rapport avec sa venue. Et au fait, c'est lui qui t'a contaminé ? Il avait aussi l'air d'avoir tué un bébé panda quand on l'a quitté tout à l'heure.
- J'ai pas envie d'en causer. De toute façon, vous verrez bien. Dès qu'on retrouvera un corps déchiqueté dans une ruelle sombre, vous verrez. »
Échangeant à nouveau un regard d'incompréhension, les deux compères haussèrent les épaules en même temps. Et ils passèrent le reste du repas à dérider leur ami, sans trop de succès, faut bien le dire.
Mangeant excessivement lentement, Renji essayait de reculer l'heure fatidique de retourner travailler et de retrouver le tête à tête déprimant avec son capitaine.
« Renji. Il se passe un truc dans ta division ?
- Hein ?
Ikkaku secoua la tête ; il devait avoir vu juste, puisque Renji lui lança un regard désespéré, un véritable appel au secours.
- Il se passe quelque chose ?
- Ou il s'est déjà passé quelque chose, insinua Yumichika avec perspicacité.
Renji hocha la tête, désemparé. Mais pourquoi les histoires compliquées ne pouvaient-elles pas être réservées aux gens qui le méritaient, à ces gens qui faisaient tout pour s'attirer des ennuis, au types, genre Urahara qui ne pouvaient pas s'empêcher de se mêler de ce qui ne les regardent pas. Lui, il voulait juste profiter de la vie et de ses plaisirs, était-ce trop demander ?
- Il s'est passé quelque chose, confirma le shinigami aux sourcils de travelo.
- T'as des ennuis Renji ?
- Les gars... je peux pas vous en parler.
- Encore des secrets.
- Nan, mais là c'est trop horrible. J'peux pas.
Et comme si la simple évocation du monceau d'emmerdements qui lui était tombé dessus depuis que lui était tombé sur son capitaine avait brutalement ramené le pauvre lieutenant à son triste sort, Renji se leva lentement en murmurant d'une voix éteinte.
- Faut que j'y retourne.
- T'es pressé.
- Oui, faut que je travaille.
Laissant ses deux amis dans l'expectative et sur leur banc, il prit la fuite vers la capitainerie de la sixième division.
Cet élan quasi masochiste qui l'avait poussé à rejoindre son poste lui étant complètement inexplicable, il ne put fatalement fournir aucune explication valable à ce retour si rapide. Mais, personnellement, Byakuya en était plutôt satisfait, vu qu'il y avait encore pas mal de boulot en retard.
L'après-midi fut du même acabit que la matinée, jusqu'à ce que le capitaine se lève, et déclare d'un ton sans réplique.
« Je dois m'absenter, continue ton travail.
- Capitaine...
Sans lui accorder un seul regard, Kuchiki précisa.
- Continue ce que tu es en train de faire, j'ai à faire dehors.
- Que... »
Renji s'interrompit en sentant son supérieur se raidir nerveusement.

Byakuya Kuchiki avait lâchement fui son bureau dès que la discipline qu'il s'imposait menaça de s'effriter. Lui qui se savait si froid, si maître de lui, si imperméable aux émois. Que ce soit face au danger, aux insultes, au doute, il savait mieux que personne maîtriser ses émotions. La colère, la fureur, la détresse, il connaissait, bien sûr, il n'était pas inhumain. Mais il avait été élevé dans la conviction qu'un noble de sa qualité devait se présenter en modèle de stoïcisme pour les autres, plus faibles et impressionnables.
Aussi dès qu'il sentit qu'il ne pourrait plus être un modèle de stoïcisme pour personne, il quitta son bureau et se réfugia dans un coin de rue assez calme.
Comment parvenait-il à faire ça ? Cet idiot de Renji, un shinigami sans rien d'exceptionnel, qui pourtant arrivait à déchaîner en lui une fureur sans nom. Vraiment s'il était resté une seconde de plus avec lui, il l'aurait tué sur place, sans autre forme de procès.
« Byakuya...
Le capitaine fit un bond de trois mètres en entendant une voix désespérément familière l'interpeller.
- Kyoraku !
- Byakuya, tu es tout rouge. Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Rien. Hors de mon chemin.
- Mais c'est qu'il mordrait presque ! Franchement, tu m'inquiètes. Tu veux que je t'emmène à l'hôpital ?
- Certainement pas !
Kyoraku Shunsui eut un rictus narquois.
- Un problème avec notre système de santé ? Alors qu'ils ont si bien pris soin de Renji, là-bas.
Voyant le jeune (tout restant relatif) capitaine serrer les poings, un air de pure folie sur les traits, Kyoraku recula.
- Il va pas mieux Renji ?
- Ne prononce plus son nom.
- Tu veux boire un coup ? Ça soigne tout, et ce que ça ne soigne pas, ça permet de l'oublier.
Stoppant net la réponse qu'il avait sur le bout des lèvres, Byakuya réalisa avec effroi que, malgré sa rage, il n'avait aucune intention d'oublier Renji. Pas même à coups de sake. Au contraire, il prenait un plaisir pervers à entretenir sa rage contre le jeune lieutenant, à lui faire occuper tout son esprit, à en faire une victime expiatoire de tout ce qui allait de traviole en lui.
Il dévisagea son aîné comme s'il se fût s'agit du diable en personne.
- Toi... et ton sake...
- Byakuya, l'ivresse libère l'esprit de ses tourments et la griserie éclaircit le jugement.
- Jamais ! »
Et Byakuya, pour la première, seule et unique fois de sa vie, prit la fuite face à un adversaire plus fort que lui.

Le soir venu, Kuchiki n'étant toujours pas revenu, le vice-capitaine prit le parti d'aller voir ce qui se passait dehors. Non, il ne quittait pas son poste, il allait juste vérifier que tout allait bien dehors. Et, puis, au détour d'un couloir, il se dit que, peut-être, son capitaine ne rentrerait pas ce soir-là, alors il ferma le bureau et donna leurs consignes aux shingamis de garde. Dans les rues qu'il arpentait, histoire de veiller à la tranquilité et au bon ordre public, bien sûr, il lui vint l'idée que, peut-être, Kuchiki était déjà rentré chez lui et que, en l'absence de toute confirmation de sa garde de nuit, il pouvait bien faire ce qu'il voulait.
Une vague de culpabilité saisit Renji. Il allait traîtreusement désobéir à son capitaine, de la pire manière qu'il soit. Et pourtant, son remord fuit aussi vite qu'il était arrivé. Car, forcément, se saouler la gueule avec ses potes, c'était bon. Incroyablement bon. Il faut dire qu'entre les journées de travail surchargées, les missions casse-gueule et les séjours à l'hôpital, il n'avait pas eu le temps de se saouler convenablement ces temps-ci. Pourtant, il était un excellent compagnon de beuverie, pour peu que tout soit permis.
Avant même qu'il ait eu le temps de réaliser qu'il aggravait son cas, il avait pris le chemin du bar où ils devaient tous se retrouver.

La « bande à Ichigo » avait envahi le bar et y faisait régner l'anarchie la plus complète, au grand désespoir du patron. Renji vida son verre avant même que le reste de la tablée soir servie, ce qui lui permit de retendre le verre vide au serveur, ni vu ni connu, j't'embrouille. Tout le monde, ou presque, était là, et au milieu de la liesse générale, la morosité de Renji passait presque totalement inaperçue.
Dans le coin des « fondus de baston », Ikkaku tâchait de dérider le vice-capitaine, coincé entre lui et Ichigo.
« Allez, Renji, oublie un peu tes problèmes. Regarde, pour une fois qu'Ichigo est là.
- C'est vrai ça, c'est assez rare pour être fêté.
- De toute façon, fit remarquer l'humain, même si je venais tous les deux jours, vous trouveriez une bonne raison pour fêter ça.
- Très juste !
- Et puis, c'est sûrement la dernière fois qu'il vient ici, acquiesça sombrement le vice-capitaine.
- Hein ?
- Ben ouais, ça va se terminer en bain de sang, c't'histoire.
Ichigo fit mine de ne pas comprendre l'allusion et sourit bêtement.
- T'inquiète, tout va bien se passer.
- Hé, vous deux, pas de cachoteries à table ! Et pas avec des potes. Intervint Ikkaku, qui commençait à en avoir ras le casque. Et puis arrête de tirer cette tronche, Renji. C'est la fête bordel !
- Youpi, fit le vice-capitaine sans joie.
- Déjà que tu nous as lâchement lâché hier pour aller besogner un gamin !
- Pour aller quoi ?
- C'est rien Ichigo, ils déconnent.
- Nan, tu savais pas Renji marche à voile et à vapeur ?
- Heuu... mais de quoi tu parles ? Hésita Ichigo, encore bien naïf.
- J'te l'avais bien dit. Il est puceau ! »
Le niveau de la conversation continuait à s'élever ainsi, graduellement vers des hauteurs de bon goût et d'intelligence rarement atteint encore au Seireitei. Et, voyant que l'ambiance était meilleure entre les « hommes », Rangiku débarqua, un Jéroboam de sake sous le bras. Tel un Saint Bernard venant secourir des randonneurs gelés au fond d'une crevasse, elle venait tirer les shinigamis de leur tristesse de vivre à coup de boisson alcoolisées.
« Ton verre, Ichigo !
- Ouais ! Santé !
- Désolé, je ne bois pas.
- T'es malade ?
- Heuu... non, chuis mineur...
- Haa c'est que ça, c'est pas grave. Tiens avale-moi ça, tu vas voir ce truc y'a que dans ce bar que tu en boiras, profite ! »
De fil en aiguille, au fur et à mesure que le niveau des bouteilles baissait, que le chiffre d'affaire de la soirée augmentait, que l'atmosphère se réchauffait, la discussion s'animait, entrecoupée de coups portés à la santé de la moitié du Seireite. Autant dire qu'au bout du trentième toast, on finit par boire à n'importe quoi, pourvu que ça justifie une nouvelle tournée.
« À pupuce, la chienne du coiffeur !
- Ouais ! Encoreuhuncoup ! »
Et lorsqu'Ichigo, qui résistait vaillamment, refusant un verre sur deux , émit un léger doute sur l'opportunité de se bourrer la gueule à aussi grande ampleur, il se prit cette réponse sage et sensée d'Ikkaku en pleine poire.
« Profitez de la vie les gars, demain on sera peut-être tous morts ! »
Vu comme ça, évidemment, on ne peut pas s'empêcher de boire, on se force même un peu, vu que, ce serait con de mourir sans s'être pris de cuite au moins une fois dans sa vie.
Suivant ce subtil raisonnement intérieur (sachant qu'au bout d'un certain degré d'alcoolémie, tout raisonnement paraît subtil), Renji beugla à l'adresse du serveur.
« Verse à boire ! Tenancier ! À tout le monde ! »
Ichigo suivait comme il pouvait, vu que c'était la première fois que son organisme se trouvait en présence d'une aussi grande quantité d'alcool en aussi peu de temps. L'expérience était tout à fait plaisante, le monde paraît tellement plus beau et meilleur après deux ou trois verres. Et il paraît carrément flou et biscornu après cinq ou six autres verres.
S'il avait eu plus de bouteille, si on peut dire ainsi, il aurait bien sûr remarqué que le monde devait être plutôt gris et triste pour Renji, et que celui-ci ne buvait que par dépit, pour trouver l'oubli serein en la dive bouteille, comme disent si bien les poètes. Monsieur le vice-capitaine avait l'alcool triste ce soir-là.

La nuit était bien avancée... presque terminée en fait, quand ils sortirent du bar en chantant des paillardes. Plus précisément, le patron avait décidé de chasser les alcooliques les plus imbibés de son bar. Ikkaku et Yumichika avaient disparu quelques heures auparavant (pour faire quoi, nul ne le sait), les plus sérieux de la bande étaient rentré chez eux et les plus fatigués restaient pour dormir sur place, sous les tables, entre deux cadavres de bouteille.
Ceux qui n'étaient pas assez sérieux pour partir avant de ne plus pouvoir se lever de table, ni assez fatigué pour se résoudre à tomber ivre mort sur le plancher en tek, ces deux-là, ils continuaient à rire bêtement de ce que l'avenir leur réservait.
« Et... et... et.. Ru... ru... ru... Rukia... elle m'a... presque... tu... tu... tu... tué !
- P..pppp... pourquoi ?
- Ben... j'ai... j'ai...j'ai...ac... acc...
- Accouché ?
- A Kuchiki... a dit... dit.. des... trucs.
- T'es con !
- Gniark gniark gniark !
- Hah ah ah ah ah ha ! T'es con !
- et... y... y... y... va t. tt..tttu... tuer. Toi. »
Bref, on comprend le patron qui en avait ras le fondement d'entendre les délires alcoolisés de ses derniers clients lucides.
Ces derniers finirent donc dehors, dans la nuit froide, bras dessus bras dessous, et ils décidèrent de rentrer, sauf que ni l'un ni l'autre n'avait plus la moindre idée du chemin à prendre pour cela.
Voyant qu'une douce lueur pointait déjà à l'horizon, annonçant l'aube proche, Ichigo essaya de se rappeler ce qu'on pouvait bien avoir d'important à faire lorsqu'il fait jour. Et puis ça lui revint.
« Tu bosses pas d'main ?
- Si, mais j'en ai rien à foutre !
- Heuuu.. tu vas t'faire engueuler par Byakuya.
- M'en fout c't'une salope ! Beugla Renji en attrapant Ichigo par le col. Avec moi, gamin, chante ! Haaaaa laaaa salopeuuuhh ! Va laver ton cul malpropreuuuhh !
- Heu, Renji, j'la connais pas celle-là.
- Mais qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école ?
- La trogino... trinogo... trinigo... les maths !
Les deux ivrognes titubaient joyeusement,effectuant des allers et retours, des boucles et des petits tours sur eux-même du plus bel effet. Bien sûr, ils n'allaient pas très loin avec cette technique de progression, mais au bout d'une petite demi heure de tangage, ils avaient quitté le quartier des vils plaisirs matériels pour arriver en bordure des maisons de riches.
- Tu vas où ?
- Ben... comme toi ! Là bas !
- Naaaan. Pour la nuit ? Tu dors chez Zaraki ?
- Ché pas ! Chaque fois qu'je viens ici, j'finis à l'hosto alors j'sais pas ou chuis censé dormir. On n'a qu'à aller à l'hosto !
- Nan ! Pas l'hôpital, plus jamais l'hôpital ! J'remettrai plus jamais les pieds là-bas. Plutôt crever qu'y r'tourner ! Beugla à nouveau Renji d'un ton larmoyant.
- Cela peut encore s'arranger, fit une voix littéralement glaçante dans leur dos.
Dans un réflexe proprement pavlovien, Renji se retourna au garde à vous d'un bond. Forcément, le réflexe, la voix de son maître.
- Cap...ca...capi...cap...Kuch...
L'aura polaire qui tomba sur eux comme la gastro en janvier tombe sur les écoliers les figea dans une attitude de stupeur. Le froid paralyse, paraît-il, et bien là, la température venait de passer la barre du moins vingt degrés en un millième de seconde.
- On m'a signalé que deux shinigamis, dont mon premier lieutenant s'adonnaient au trouble de l'ordre public aux abords de ma maison. Auriez-vous besoin qu'on vous indique le chemin ?
- Haaa ! Fit Ichigo, complètement inconscient du danger et imperméable à l'effet dégrisant du capitaine. Rukia m'a dit que je pouvait squatter chez elle ! J'm'en rappelle maint'nant. À la maison, Byakuya ! Hop !
Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase et les deux pauvres poivrots furent traînés par le col du kimono et abandonnés en rase campagne.
Ichigo s'étala lamentablement dans l'herbe et s'endormit presque immédiatement après avoir touché terre. Renji pour sa part resta encore quelques secondes planté comme une laitue dans son potager, bouche bée et yeux écarquillés.
Un regard réfrigérant le tira de sa léthargie.
- Qu'y a t-il ?
- Capitaine... je ne... »
Sans lui laisser le temps de finir, Byakuya le poussa sans douceur sur le sol, à côté d'Ichigo. Et là, Renji perdit pas mal de choses, à commencer par son sens commun, bien entamé par l'alcool. Perdant complètement de vue le fait qu'il était plein comme une outre, qu'il était plus de trois heures du matin, qu'ils étaient en pleine campagne, qu'il avait affaire à Byakuya Kuchiki, qu'il était trop jeune pour mourir, chassant ces considérations futiles de son esprit, il attrapa le bras qui le poussait sur le sol, puis l'épaule, la tira vers lui, prit le visage de Byakuya de l'autre main et, hors d'état de réaliser ce qu'il était en train de faire, il plaqua sa bouche sur celle de son capitaine.

A SUIVRE...


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