Base : Bleach
Genre : romance, angst
Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres
Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.
Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)
Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).
QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !
Le refus II
« l'orgueil de l'homme l'humiliera, qui est humble d'esprit obtiendra l'honneur »
Pr. XXIX, 23
Jushiro Ukitake était plutôt docile de caractère, voir même assez obéissant lorsqu'il s'agissait des obligations dues à son statut et sa fonction. Mais là, il n'avait aucune, mais absolument aucune envie de se retrouver là où son devoir l'appelait. Surtout parce qu'il allait devoir se confronter à quelques charmants collègues dans le genre glacial (oui, vous avez deviné, c'est bien, lui c'est capitaine glaçon), ou encore inquisiteur (là encore on sait qui c'est, le seul gars qui bosse véritablement dans cette fic a une enquête sur le feu et il en veut !). Le tout sans pouvoir leur donner la moindre explication sur son attitude, histoire de protéger la petite Rukia le plus longtemps possible.
Pourquoi toute cette affaire tombait-elle cette semaine là en particulier ?
Car c'était la coutume, la semaine de réunion des capitaines et des vice-capitaines se terminait par une « garden party » terriblement frivole. Cela commençait par une sortie « promenons-nous dans les jardins zen du palais », continuait par un repas hors de prix et chiant à mourir, et finissait en beauté par un spectacle d'art traditionnel qui achevait généralement les plus sensibles. La seule consolation c'était la soirée aux sources d'eau chaude, avec sake à volonté et possibilité de mater dans le bain des femmes.
Bien sûr, Ukitake ne matait jamais dans le bain des femmes (quoi, c'est un saint, vous ne le saviez pas encore ?) Ceci dit, tout le reste était tel que décrit.
Renji, bien qu'étant exilé hors du bureau des officiers, avait pris la ferme décision de travailler. Et il s'y était pris assez bien, en s'occupant de l'entraînement des jeunes shinigamis qui sombraient dans l'oisiveté. Tout en guettant le moindre bouleversement de température qui indiquerait que Kuchiki eût quitté son antre, il prenait son mal en patience, se renseignant régulièrement (toutes les demie heures environ) pour savoir quand sa présence serait à nouveau désirable.
Puis vint ce jour fatidique. Sachant qu'il n'exerçait plus le rôle d'un vice-capitaine depuis deux semaines déjà (convalescence comprise), Renji se posa sérieusement la question de savoir s'il devait se présenter à la journée des chefs. Le fait que Nanako arrive porteuse du message que « le vice-capitaine devra être à l'heure et en tenue de cérémonie », lui fit comprendre, en filigrane, que Renji était ce vice-capitaine en question. À l'heure et en grand uniforme, pas de problème. Renji réalisa, en se levant deux heures avant l'aube le jour de la fête, que dans son état de délabrement mental actuel, il était prêt à tout pour retrouver son capitaine et, si possible, en obtenir une absolution entière, voire coucher avec lui, si jamais les rêves se réalisent dans un monde ou un autre.
Le matin de la journée tant désirée, il était prêt deux heures avant l'aube, pour être sûr d'arriver à l'heure à la porte du palais qui s'ouvrait traditionnellement lorsque le soleil s'encadrait parfaitement dans l'espace entre les deux battants (vers onze heures en gros, c'est moins poétique mais plus pratique à savoir). Deux heures avant l'aube pour être sûr de ne rien oublier et d'être impeccablement vêtu. Deux heures pour passer toutes la matinée à se ronger les sangs et rajuster son manteau de cérémonie qui lui grattait la nuque.
Bien malgré lui, il imaginait les retrouvailles. Il espérait surtout ne plus revoir le regard lourd de mépris et de dégoût qui l'avait cloué sur place. Il voulait qu'on lui pardonne sa témérité et en même temps, il se sentait douloureusement abandonné à cette simple idée. Il ne voulait pas qu'on lui pardonne de vouloir Kuchiki. Parce qu'à ses yeux, il n'y avait rien de plus désirable au monde que Kuchiki. Il voulait que Kuchiki lui sourie et lui pardonne et qu'il lui permette de se traîner à ses pieds en pleurant et en se déshabillant... oui, se réveiller deux heures avant l'aube lui donnait de drôles d'envies.
Sur le chemin, il retrouva Rangiku et le capitaine Hitsugaya qui avaient l'air d'appréhender la journée à venir de manière très différente. La plantureuse shinigami, surexcitée et plus sexy que jamais semblait s'amuser follement et riait aux éclats, signe qu'elle n'était pas tout à fait encore à jeun. Son capitaine avait l'air nettement moins enthousiaste ; il marchait comme pour aller à l'échafaud.
« Hey ! Renji. Alors, t'as perdu ton capitaine ?
Le shinigami rougit en priant inutilement pour que ça ne se voie pas et marmonna.
- On doit se retrouver là-bas.
- Je sens qu'on va bien se marrer aujourd'hui. Par vrai capitaine ?
Le regard assassin que lui lança Hitsugaya ne fit même pas frémir Matsumoto.
- Ce que je préfère dans ces journées, c'est les bains à la fin. Pas toi ?
- Les bains...
Renji s'étrangla à cette pensée et manqua de se prendre les pieds dans son hakama.
Les bains... v'là autre chose. J'avais oublié ça.
- Pourquoi on finit toujours aux bains déjà ?
- Parce que les rhumatismes de papy Yamamoto s'aggravent d'année en année. Et puis c'est sympa les bains. Tu ne crois pas ?
- Mixtes ou pas les bains ?
- Hé hé hé... toujours le même pervers, Renji !
- Nan, sérieux.
- Ha ha ha ha !
Laissant Rangiku se moquer, Renji s'enfonça dans de sombres réflexions. Dans les bains, avec Kuchiki. Ça allait être un calvaire. Pas sûr qu'il se fasse pardonner là. Avec un peu de chance, il pourrait se concentrer sur la poitrine de Rangiku, si les bains étaient mixtes.
Il arriva bien en avance à la porte du palais dans lequel se déroulait la charmante fiesta. Et tous le dévisagèrent comme s'il venait de se changer en concombre à antenne sous leurs yeux. Oui je suis en avance, et alors ? Non, je ne suis pas collé au cul de mon capitaine (hélas), et alors ?
Le seul qui semblait ignorer jusqu'à son existence même, c'était...ben, fatalement, le seul dont il aurait voulu attirer le regard. La vie est mal faite parfois.
Kuchiki ne réagit que lorsque Ukitake adressa un signe de salut de la main à Renji, et encore, ce fut pour assassiner les deux officiers du regard. Mais c'est toujours mieux que rien.
Commença alors ce que des générations d'officiers avaient re-nommé : la torture du jardin zen. Imaginez-vous le jardin japonais traditionnel, le beau, le grand, le vrai avec des pavés, des carrés de sables ratissés tous les matins avec amour, des cactus nains en folie, des bouddhas creux en résine artificielle, des buissons taillés en forme de belette et autres joyeusetés. Un jardin entouré de hauts murs de briquette blanche, avec un cerisier éternellement en fleur dans un coin, dont les pétales virevoltaient dans le vent. Au milieu de tout ça, la fontaine en bambou, celle qui retombe à intervalle régulier en faisant plocploc (oui, c'est ça, la même que dans Kill Bill !). Un vice-capitaine taquin ou désespéré avait un jour fait le calcul : la fontaine faisait plocploc douze fois par minute. Elle résonnait donc sept cent vingt fois par heure. Tout ça pour dire que, si Kira avait les yeux dans le vague en murmurant « quarante trois, quarante quatre, quarante cinq... » c'était tout ce qu'il y a de plus normal. À quelques pas de lui, Iba s'amusait follement à lui murmurer des « cinquante huit, vingt et un, cent douze... » mais c'était normal aussi.
Ce qui l'était beaucoup moins, c'était que Renji ne prisse pas part au décompte fatidique. Il se contentait de suivre son capitaine en gardant une distance respectueuse (de sécurité) et un silence révérencieux (et inquiet). Faisant comme si de rien n'était, comme d'habitude, Kuchiki profitait avec délice de la sérénité du jardin. En apparence. Parce qu'en vrai, il s'abîmait dans des gouffres d'auto-flagellation, de culpabilisation forcenée et de fureur contenue. Pourquoi ce crétin complet avait-il cet air de chien battu à faire pleurer un congrès d'arrancars nazis ? C'est moi la victime dans tout ça, c'est à moi de lui en vouloir, c'est moi qui devrait me plaindre et c'est lui qui tire cette tête misérable ? Ceci dit, il se sentait, tout au fond de lui, si profond qu'il ne l'avouerait jamais, même pas sous la torture, même pas si on lui chatouillait la plante des pieds avec une plume d'autruche, il se sentait un tout petit peu coupable. Et la matinée fut encore pire lorsqu'il réalisa qu'il fallait, en plus, lutter pour ne pas se retourner pour dire à Renji d'arrêter ses simagrées.
Enfin, le supplice prit fin lorsque Yamamoto, qui rigolait aux blagues paillardes de Kyoraku depuis deux heures, décréta qu'il était temps d'arrêter de compter les ploc-ploc de la fontaine. Faut dire qu'à son âge et dans son état de décrépitude, il ne pouvait plus gambader dans les champs toute la journée.
« Mes amis, après avoir nourris nos âmes d'une telle sérénité, il est temps de nourrir et fortifier nos corps.
Tout le monde sauta de joie intérieurement, sauf Renji qui faisait dégouliner ses yeux de crapaud mort d'amour dans le dos de son capitaine. Sauf Kuchiki aussi qui fixait dans les yeux une petite statuette bouddhiste et rigolarde, avec l'air de vouloir la tuer à l'instant. Sauf Ukitake qui restait à moins de trente centimètres de la statuette en question, prêt à faire un rempart de son corps au cas où Kuchiki péterait un câble. Mais bon, pour tous les autres, l'heure du repas fut une source de joie et de soulagement et chacun l'exprima selon ses capacités.
- Chouette, on va enfin bouffer !
- Tu viens Momo
- Toshiro...
- Ken-chan, j'ai faim !
- Capitaine Soi-Fon, il faut y aller.
- Silence, je médite. »
Si le premier supplice de la journée avait été de se réveiller deux heures avant le lever du soleil, le deuxième fut de partager un repas traditionnel, assis sur les genoux, un mètre derrière son capitaine, pendant une bonne heure et demi. Renji jeta un coup d'œil à sa droite, vide intégral, Momo avait pris la place de son capitaine manquant, à sa gauche, Iba qui avait rapidement sorti une flasque de saké de son kimono et agrémentait son repas comme il le pouvait sans prêter attention au reste du monde. En désespoir de cause, Renji se résigna à contempler le (superbe) dos de son capitaine. Il l'observa d'abord à la dérobée, en coin, comme s'il faisait quelque chose de très mal et d'interdit aux mineurs. Il a un dos... un dos... un dos... sexy. Attention... l'état de délabrement mental de Renji ne lui permettait pas de penser à quelque chose de plus intelligent, ou tout simplement à quelque chose de différent que Kuchiki. Il venait de sortir du purgatoire des vice-capitaines, celui dans lequel on n'était plus vice-capitaine mais juste un intrus indésirable. Et là, autorisé à coller son capitaine toute la journée, c'était comme s'il venait de retrouver le paradis.
Alors le dos sexy du capitaine... ouais, le dos sexy du capitaine. Négligeant toute nourriture matérielle, il se réfugiait dans le festin spirituel que constituait la contemplation de Byakuya Kuchiki de dos. Et puis l'imaginer sans habits, juste de dos, nu, la peau lisse et fine et... et nu de haut en bas... Et là, de deviner les épaules tendues, le dos musclé, la ligne ombrée de la colonne qui traçait un arc délicat dans le dos de Kuchiki.
Vous voyez le genre ? Autant dire que le repas fut insoutenable pour Renji qui n'avala rien mais nourrit son esprit de fantasmes absolument indescriptibles. Genre, Byakuya, absolument nu en train de jouer avec des baguettes et... bref, ce genre de fantasme.
Lorsque le gong annonçant la fin du repas retentit finalement, les capitaines interrompirent leurs conversations trépidantes et les vice-capitaines purent enfin se réveiller de leur hibernation momentanée. Bon, il fallut que Hinamori appelle quatre ou cinq fois Renji pour qu'il se réveille et puis finalement, Iba dût lui filer un coup de tatane pour qu'il se relève.
Fendant la procession solennelle qui chenillait jusqu'à la salle de réunion, Kira réussit de justesse à se glisser entre Renji et Momo, adressa un sourire torve et timide à la jeune femme et un autre, vachement plus goguenard à son pote.
« Tu as mal quelque part ?
- Je suis pas habitué à rester si longtemps sur les genoux.
- Ah ouais ?
Renji baissa la voix.
- Et aussi je suis en train de triquer à mort.
- Renji Abarai !
- Ne nous écoute pas, Momo, tu aurais une trop mauvaise opinion de nous ensuite.
- Je crois que c'est déjà trop tard, Kira, n'oublie pas ce que tu as...
- Oui bon, on peut en revenir à ton sujet ?
- Mon sujet est simple... je veux m'assoir. Et me dissimuler sous la table.
- On va bientôt s'assoir. Mais te cache pas sous la table, t'es à côté de Kuchiki, ça va paraître suspect.
Renji attrapa Izuru par le col et le tira violemment.
- Kestaditoa ?
- Je te connais depuis l'académie, je sais quand tu couches et avec qui.
- Nan ?
- Et même dans quelle position, si je veux vraiment le savoir. Mais ça ne m'intéresse pas la plupart du temps. Et là, je sais pour qui tu bandes.
- Kira, si tu parles, t'es mort.
- Et tu vas aussi menacer Momo ?
- Momo est bien élevée, elle ne raconte pas les histoires des autres à n'importe qui.
- La confiance règne. »
La réunion s'annonçait longue, parce que, effectivement, Renji triquait à mort et que pour couronner le tout, il était assis à côté de Kuchiki et n'arrêtait pas de fantasmer depuis le début du repas. Techniquement, il n'avait plus une vue panoramique sur son dos mais il pouvait tout autant se repaître de la vue des doigts de son noble capitaine qui tapotait machinalement sur la table ou entrecroisait sensuellement ces mêmes doigts.
Après le pire repas de son existence, la pire réunion de sa vie.
« Nous pouvons entamer notre bilan mensuel. » Fut la dernière et l'unique chose dont il se souvint de la réunion avant de sombrer dans la contemplation des ongles parfaits des doigts parfaits de son parfait capitaine.
Holala... un regard désespéré à Kira plus tard, il se ressaisit intérieurement. Des doigts parfaits. Je viens de penser qu'il a des doigts parfaits ? Je suis bourré ? Non, même pas, j'ai rien bu, d'ailleurs, j'ai rien mangé non plus. Pourquoi j'ai rien bouffé ? Qu'est-ce que j'ai foutu pendant tout le repas ?
Un rapide coup d'œil de chien battu à Kuchiki et il réalisa enfin.
Il me manque. Et il me déteste. Et donc je suis désespéré. Et donc, je deviens terriblement con.
Toute l'assemblée le dévisagea, certains avec un sourire narquois, d'autre scandalisé et, pour l'une d'entre eux, avec un air désolé insupportable, lorsque Renji étouffa un sanglot en s'écrasant le visage sur la table.
« Un commentaire, vice-capitaine Abarai ?
Byakuya abandonna toute trace de culpabilité. Mon vice-capitaine est un bouffon.
- Heuuu... noon... j'ai juste heuu... ben...
Unohana interrompit les excuses bafouillantes du pauvre garçon en toussotant.
- Les suites de ses blessures. Cela peut causer des moments de... confusion. »
Kuchiki jeta un regard terrifié à sa collègue.
Confusion... est-ce que ça expliquerait l'alcoolisation, l'indiscipline et le baiser volé ?
Unohana répondit par une grimace incrédule.
Ça m'étonnerait... je n'ai jamais vu ce genre d'effets secondaires sur qui que ce soit, ceci dit, votre vice-capitaine est d'un genre particulier.
Les yeux levés au ciel, Byakuya confirma par transmission « télépathique ».
Exemplaire unique, en effet. Encore heureux.
Unohana hocha la tête.
Entièrement d'accord.
Et elle ajouta, toujours sans parler mais à haute et intelligible pensée.
Et dire que c'est vous qui avez mis le grappin dessus.
Kuchiki ouvrit la bouche, fit « ah », puis « oh », puis « hu », puis « heuuuu » et la referma.
Personne ne demanda ce qui arrivait aux membres de la sixième division, tous atteints de confusion ce jour-là. Personne ne voulait tester la capacité de Byakuya Kuchiki à murmurer « shire senbonzakura ».
Seule Unohana ne craint pas de titiller encore un peu le pauvre Byakuya.
Hi hi hi hi... vous êtes tellement mignon quand vous niez avec embarras. Mais j'ose espéré que vous ne vous êtes pas joué de ce pauvre garçon. Il est tellement fragile. Je l'ai déjà dit, ça non ?
Mentalement, la discussion à distance prenait un tour que Kuchiki commençait à détester. S'il ne faisait pas quelque chose, il allait bientôt devoir donner des détails à cette femme diabolique.
Pas besoin, fit Unohana d'un haussement de sourcil désabusé. J'ai tout entendu la dernière fois, ça m'a suffit.
Kuchiki porta la main à son zanpakuto. À ce niveau là, c'était presque une invitation au meurtre.
Heureusement, Ukitake interrompit les deux capitaines en fronçant les sourcils très fort et en les fusillant du regard.
Ça suffit ! Retsu, arrête d'embêter Byakuya. Et toi, lâche ce sabre. Qu'est-ce que tu lui as fait à ce pauvre Renji ?
Outré par tant d'injustice, Byakuya resta bien trois seconde la bouche ouverte à fixer son collègue. C'est lui qui a une attitude scandaleuse et c'est moi qu'on accuse ? J'aurais tout vu ici !
Au fait, depuis quand tout le monde lit-il mes pensées ?
Ukitake haussa les épaules.
Tu préfères qu'on en parle à haute voix ?
Merci, je m'en passerais bien.
Ben voilà, te plains pas.
« Hum hum... Jushiro, on te pose une question là.
L'intervention salvatrice de Kyoraku tire les trois capitaines de leur conversation muette et plongea Ukitake dans la plus grande confusion. La question ? Quelle question ? L'air puissamment désapprobateur de Yamamoto fit douter Byakuya de la totale discrétion de leur échange muet. Ou alors le papy avait des capacités surnaturelles pour entendre ce qu'on voulait taire à tout le monde.
- Les opérations ce mois-ci... Jushiro.
- Ah oui, bien sûr, les opérations ce mois-ci... heuu... je dois avoir le rapport quelque part. Oui, voilà... pas grand chose à dire... mmh l'enquête en cour m'empêche de revenir sur la dernière mission du vice-capitaine Abarai. Sinon... une hausse régulière et attendue des attaques de Hollow... je ne vois pas quoi dire d'autre. Tout le monde est sensibilisé à cette question.
- Certes. »
Le sourire goguenard de Kyoraku fit rougir Ukitake jusqu'au oreilles. Est-ce qu'il avait lui aussi suivit les chamailleries de Retsu et Unohana ? Pitié, non pas ça.
Et siii...
Si tu en dis un seul mot... tu vas...
Meuuu non, t'inquiète pas. J'adore embêter les enfants !
Laissons les deux amis se dépatouiller entre eux et revenons au pauvre Renji qui se lamentait intérieurement et se repassait en boucles les conneries qu'il avait fait depuis sa sortie de l'hôpital. Ça ne faisait pas une semaine et il lui semblait avoir déjà fait tout ce qu'on pouvait faire de pire en quelques jours.
Pour la première fois de sa vie, il pria pour que la réunion dure des heures, malheureusement, pour la toute première fois de sa vie, il trouva aussi qu'elle était étonnamment courte. Le temps est une notion tellement subjective et l'heure d'aller aux bains était déjà arrivée.
À l'entrée de l'établissement de luxe où les officiers étaient invités (sans quoi la plupart des vice-capitaine n'auraient jamais eu les moyens de fréquenter ce genre de maison, pas au tarifs régulier en tous cas), ils entraient en procession, noblement, dignement, élégamment... bref, tout un tas d'adverbes qui faisaient cruellement défaut à Renji. Néanmoins, il faisait un effort tout particulier ce soir-là pour respecter un minimum le protocole. Rien que pour faire plaisir à Kuchiki.
L'usage, terriblement codifié, voulait que le capitaine s'appuyât sur son vice-capitaine pour franchir les trois marches qui descendaient dans la rue. Allégorie fumeuse du vice-capitaine qui doit être un soutien pour son capitaine dans la direction de la division. Pour certains, l'aide était devenue indispensable : les malades, les impotents et les vieux. Pour d'autres, c'était une bonne occasion de tripoter un vice-capitaine à son goût (les pervers... enfin, le pervers). Pour d'autre encore, c'était juste une coutume à respecter sans discuter. Bien sûr, quelques capitaines ne le faisaient jamais comme Zaraki (qui portait son vice-capitaine sur l'épaule, forcément, c'est pas simple) ou Hitsugaya (ouais, pas simple quand on fait la moitié de la taille de son vice-capitaine). Et puis en fait, tout le monde s'en foutait totalement, c'était juste bon pour alimenter les cancans lorsque Kyoraku en profitait pour peloter son vice-capitaine.
D'ailleurs, en parlant de cancans...
son tour venu, Byakuya attendit, la main tendue dans le vide et l'air plus réprobateur que jamais. Kuchiki devait descendre les trois marches. Les vice-capitaines avaient souvent ce geste révérencieux envers leur supérieur et il ne voyait pas au nom de quoi on l'en priverait ce jour-là.
Renji, paralysé, observa la main dans le vide avec terreur.
Si je le touche, il me tue. À tous les coups.
Il avança finalement le bras, raide et hésitant, mais sans toucher la main de son capitaine. Même de loin (et personne n'était vraiment loin), impossible de rater les quinze centimètres de vide entre les deux mains.
Kuchiki serra les dent. Alors même ça, il n'est pas capable de le faire, un geste inoffensif, un geste de pure forme, une bête coutume. Tous ne le font pas, bien entendu, mais Renji, lui, le faisait chaque fois.
Jusqu'à ce jour.
Ukitake fronça les sourcils. D'un regard polaire, Byakuya lui signifia très clairement qu'il pouvait se mettre son inquiétude à leur sujet là où il pensait, et profond s'il-vous-plait !
Renji rougit violemment en sentant sur lui tous les regards interrogateurs de ses amis. Mais franchement, pourquoi est-ce que tout le monde se complaisait allègrement dans les ragots et les turpitudes de leurs pairs ? D'ailleurs, en parlant de turpitudes, encore heureux que les leurs ne fussent pas connues, il imaginait avec horreur ce que pouvait être un ragot sur Kuchiki et l'ampleur que cela pouvait prendre.
Byakuya fulminait intérieurement, son premier mouvement de stupeur passé, il se sentait bouillir. Mais vas-y, porte une pancarte « j'ai couché avec Kuchiki » tant que tu y es ! C'est déjà bien assez dur de faire comme si de rien était et d'oublier que moi, j'ai pu commettre une telle faute, pas la peine d'en rajouter.
Renji sentit à peine l'aura meurtrière à son encontre, tant il était plongé dans une terreur sans nom déjà pas mal gratinée. Car ils allaient aux bains.
Aux bains.
Les bains ! Non mais vous vous rendez compte ? Les bains !
Déjà les bains, c'était terriblement risqué ce genre de chose. C'est quoi cette tradition débile qui dit qu'il n'y a rien de mal à se baigner tous ensembles nus ? Qui a déjà pris un bain en plein air entouré de gens nus sans être envahi par des envies soudaines et inattendues ? Renji se sentait suer à grosses gouttes à mesure qu'ils approchaient de l'établissement de luxe. Et s'il se mettait à bander devant Kuchiki ? Question conne, il allait forcément bander s'il se trouvait face à son capitaine en tenue d'Adam, rien que regarder son dos lui avait raidi le poireau à en mourir.
Dans la première salle, il expédia la phase « lavage » en quatrième vitesse, les yeux rivés sur le carrelage blanc (qu'il est beau, ce carrelage blanc) et les mâchoires serrées. Iba lui assena un coup de pied dans les côtes lorsqu'il passa devant lui en grognant « je hais les bains », et lui rétorqua un « dis pas de mal des traditions ». Ouais ben elles ont bon dos les traditions mais je fais quoi moi ? Je ne peux plus coller le capitaine dans cet état.
Il prit le sage parti de se réfugier au milieu de ses collègues féminines, au risque de passer pour un gros pervers, au moins, il sauvegardait l'honneur de son capitaine adoré. Le capitaine en question pâlit de honte et de rage en voyant son vice-capitaine entouré de tout ce que le Seireitei fait de plus pulpeux (à savoir, les nichons de Rangiku) et semblant y prendre un réel plaisir. Ne pouvait-il pas s'empêcher de faire retomber la honte de sa conduite scandaleuse sur sa division ?
Sauf que... lorsqu'un verre de saké atterrit dans sa main, Renji vit sa collègue se taire et fixer l'objet avec envie.
« D'où ça vient ?
- Chépa.
- Tu me gardes la place, je vais chercher ?
- Je t'en pries. Pars pas trop longtemps. Il faut quelqu'un pour me bloquer la vue plongeante sur mon capitaine.
- Y'a Isane qui arrive, elle te tiendra compagnie.
- Elle prend pas autant de place.
Sans chercher à comprendre ce que voulait dire cette dernière plainte, la pulpeuse shinigami partit à la rechercher de la bouteille de saké perdue.
- Isane, tu fais quoi ?
- J'escorte mon capitaine.
- Veinarde. »
Renji soupira en jetant un coup d'œil coupable et appréciateur à Kuchiki.
Il se laissa doucement glisser, jusqu'à ce qu'il sente la pierre sous lui et s'abîma dans la contemplation du verre d'alcool qu'on venait de lui servir. Pas moyen de lever les yeux de ce foutu verre, d'ailleurs ce n'était pas plus mal, dérangeant pour la conversation certes, mais excellent pour ses nerfs mis à rude épreuve par une telle proximité. Dès qu'il commençait à s'imaginer des choses idiotes impliquant son capitaine entièrement nu, hop ! Retour au verre de saké. Dès que Unohana passait dans le coin avec son regard mi-sévère, mi-narquois, hop ! Retour au verres. Ce qui fait que, au bout de quelques dizaines de minutes de thérapie par le saké, il commençait à avoir un tout petit peu la tête qui tourne. Oui, le retour au verre impliquait également qu'il boive à ce même verre. Sinon, ça fait suspect, le type qui fixe son verre avec une lueur de folie furieuse dans le fond du blanc de l'œil. Trop louche pour être efficace.
Le problème c'est que, une fois à moitié éméché, la raison pour laquelle il ne devait pas quitter son verre des yeux devenait de plus en plus lointaine et floue, voire complètement incompréhensible.
Et puis il tomba, par hasard qu'il regardait devant lui, sur un bel homme au cheveux d'ébènes et à la peau blanche. Quel beau mec, soupira-t-il avant de baisser les yeux.
Il tenta durant quelques secondes de ne pas le regarder et finit par échouer lamentablement. Franchement, dans un bain laiteux, les vapeurs rajoutant une aura mystérieuse à tout corps, peut-on faire autrement que dévorer des yeux le corps gracieux, fin, élancé et pâle du très noble Byakuya Kuchiki ? Non, on ne peut pas, tout le monde est bien d'accord.
À force de le dévorer des yeux, bien sûr, il avait finit par oublier qu'ils étaient une petite vingtaine dans le bain. C'est comme ça qu'il ne vit pas Rangiku, à moitié ivre, qui voulait venir lui piquer son verre. Sauf qu'en passant devant lui, elle lui cacha la vue (qui se résumait à Kuchiki), il tenta donc de la repousser d'un coup de bras irrité. Interprétant son geste comme un refus de partager le contenu de son verre, ce qui est, convenez-en, le comble de la radinerie, Rangiku se leva de toute sa hauteur et attrapa Renji par le col (façon de parler). La belle ayant perdu sa serviette dans l'affaire (essayer de garder une micro serviette tout en vous bourrant la gueule pour voir !), Renji se retrouva avec la plus belle paire de sein de tout le Seireitei devant les yeux. Dans un autre contexte, il ne se serait pas fait prier pour tester la méthode des aveugles pour voir (le toucher). Sauf que voilà, Kuchiki était à quatre mètres de lui et il occupait, accessoirement, tout son esprit. Il repoussa donc pas gentiment du tout la jeune femme.
Vexée, celle-ci recula en vitupérant et, roche glissante aidant, elle commença, lentement mais sûrement, à perdre l'équilibre. Tout en reculant, elle arriva au niveau du groupe de capitaines qui causaient sérieusement dans leur coin de trucs tristes et moches.
Renji ne sentit la boulette arriver qu'une seconde plus tard. Et il se précipita.
Rangiku, titubante et vacillante, alla s'écrouler sur deux capitaines (ce dont aucun ne profita pour la peloter, preuve s'il en est qu'ils ne sont pas humains) et repoussa brutalement un troisième qui glissa à son tour sur le sol.
Et Renji se retrouva malgré lui, malgré tout son bon sens, pile au bon endroit pour réceptionner ce capitaine en question.
Et Kuchiki, outré de se faire bousculer ainsi par cette femme prise de boisson, se retrouva bien malgré lui dans les bras de son vice-capitaine, entièrement nus l'un comme l'autre, au milieu des volutes de vapeur bleutées. La soirée s'annonçait intéressante...
A SUIVRE...
contrairement à celui d'alcool que nous célébrons dans cette fic, l'abus de review ne nuît absolument pas à la santé, ni celle des lecteurs ni celle des auteurs, alors please... le petit lien juste en dessous, c'est là ^^
