Base : Bleach
Genre : romance, angst
Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres
Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.
Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)
Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).
QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !
Le refus III
« Passe au feu mes reins et mon cœur : j'ai devant les yeux ton amour »
Ps. XXVI, 2-3
De mémoire de shinigami, on n'avait pas vu ça depuis longtemps (et pourtant, y'en a des vieux dans le tas, hein pépé ?). Byakuya qui devient blanc, vert, jaune puis rouge... le tout en quelques minuscules secondes. Derrière lui, les bras passés sous ses épaules, Renji passait lui aussi par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel mais pas dans le même ordre. Il passa par le rouge « homard dans l'eau bouillante », enchaîna avec un vert « pomme pas mûre » et termina par un blanc « lessive qui lave plus blanc que tout ».
Quelques fous à lier l'envièrent quelques secondes pour se tenir si près du capitaine Iceberg. Quelques autres tarés envièrent le capitaine en question de pouvoir se faire tripoter par Renji quelques secondes durant. Personne n'imagina une seule seconde que la situation fût innocente. Mais peu nombreux furent ceux qui se dirent que ces deux-là étaient bien partis pour un tour de piste.
Byakuya se redressa avec dignité et toisa son vice-capitaine. On aurait pu en rester là, mais le « mâle » étant fait, il fallait réagir.
« Hors de ma vue, siffla-t-il en contenant son indignation.
- Cap...
- Tu n'as donc aucune honte ? »
Ben si, justement.
Le capitaine foudroya un peu plus son subordonné du regard. Non seulement aucune situation embarrassante ne lui serait épargnée mais en plus cet idiot était contagieux. Voilà qu'il s'y mettait lui aussi.
C'est une réaction naturelle, en partie due à l'afflux d'hormones que provoque un tel contact, c'est tout à fait normal chez un homme se répéta Byakuya en maîtrisant ses pulsions de mort...n'empêche, c'est pas une raison pour pas m'obéir.
« Dans ton état, il est hors de question que tu restes ici une seconde de plus. »
Renji acquiesça. Il aurait bien aimé se justifier et se battre un peu pour faire valoir sa cause, à savoir, qu'il était impossible de rester à côté de Kuchiki toute la journée et de marbre.
Vaguement inquiète, Hinamori s'approcha et demanda doucement si Renji avait mal quelque part, ce qui provoqua un ricanement narquois de la part de Kira et un autre, carrément bruyant de Rangiku.
De l'autre côté du bassin, Kyoraku glissa à voix basse et à Ukitake que la preuve venait d'être faite que Byakuya avait aussi des hormones.
« Ce n'est pas drôle pour lui, protesta le malade et esquissant un léger sourire de compassion. »
Petit à petit, les autres capitaines et vice-capitaines se désintéressaient de l'algarade, retournant à leur discussion pour les uns, calmant Matsumoto à moitié ivre pour les autres.
Et puis Renji fronça les sourcils. Ça commençait à bien faire. Il s'était écrasé pendant assez longtemps et estimait avoir purgé sa peine. Il avait été privé de son rang de vice-capitaine, il avait été chassé de son bureau, il s'était fait ignorer, insulter, mépriser... et il avait supporté sans rien dire. C'était suffisant, non ?
Qu'est-ce que j'y peux, moi ? C'est lui qui m'a allumé au tout début (cf Sept jours pour guérir, chez le même éditeur, très bon, pas cher). Sans ça, j'aurais continué à le suivre en râlant. C'est lui qui est entré dans ma tête, c'est pas ma faute si j'arrive pas à l'en faire sortir !
Il fixa son capitaine avec effronterie et prit une profonde inspiration. Il allait peut-être mourir.
« Si je dois sortir à cause de ça, alors vous aussi, non ?
Kuchiki reprit la teinte de la tomate mûre qu'il avait réussi à abandonner et se dressa de toute sa stature tout en gardant une moitié stratégique du corps sous le niveau de l'eau (y'a des enfants dans la salle tout de même). Il pinça les lèvres.
- Comment oses-tu...
- Je vous connais.
L'œillade parfaitement indécente qu'il lui lança pour ponctuer sa phrase ne laissa aucun doute sur le sens du verbe « connaître » dans ce contexte et fit frémir le capitaine. Comment ce mécréant pouvait-il oser faire une telle chose ?
Un rapide coup d'œil aux autres personnes présentes le rassura sur le fait que plus personne ne s'intéressait à leur querelle. Ou presque.
Il revint à son turbulent vice-capitaine.
- Contente-toi d'obéir.
- Je ne crois pas non.
Kuchiki écarquilla les yeux de... bien cinq millimètres. Insubordination ! Scandale !
Renji s'accouda nonchalamment au rebord du bassin et récupéra son verre, le porta à ses lèvres en baissant les yeux.
Un courant d'air froid sembla lui frôler la nuque. Kuchiki le congela du regard.
- Comment supportes-tu une telle indécence.
Dans sa tête, la réponse était toute prête : c'est un gueux et les gueux n'ont pas de manières.
Renji sourit en coin.
- Si je sors du bassin, ça se verra encore plus. Au vu et au su de toute le monde... vous trouvez ça plus digne ?
- Sors discrètement.
- Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?
Kuchiki se détendit un tout petit peu.
- Tu n'as pas à imposer aux autres ta conduite scandaleuse.
- Je n'y peux rien, c'est...
- Et tu n'as pas à afficher ton manque de maîtrise de toi.
- Tout le monde s'en fout.
Byakuya haussa un sourcil et prit son air le plus hautain qu'il lui était possible d'adopter (c'est dire).
- Moi, cela m'importe. Tu es mon vice-capitaine. Tu représentes ma division. Tu dois t'en montrer digne.
Renji avala une gorgée de saké sans respirer.
- De toute façon, quoi que je fasse, vous en trouvez jamais cela assez digne de vous, alors...
Byakuya ouvrit la bouche en grand et puis la referma quand un moucheron commença à approcher de l'antre béant. Sous le regard lourd de reproche de Renji, il essaya vainement de formuler deux mots. Rêvait-il ? Était-il tombé dans une hypothétique sixième dimension ? Que se passait-il ? Devait-il l'agonir de reproches et lui faire comprendre que jamais rien, dans son attitude, n'avait été digne de lui... ha si, peut-être la fois où il avait choisi de sauver Rukia... oui, ça pouvait encore passer. Mais sinon.
- Ai-je besoin de t'expliquer tes fautes ?
Renji secoua la tête, chassant métaphoriquement les reproches qui l'attendaient.
- Personne n'est sans fautes.
Byakuya, qui s'apprêtait à lui faire une liste détaillée et circonstanciée des incartades de Renji, s'interrompit, attendant la suite.
- Vous oubliez tout ce que j'ai fait de bien. Vous ne comptez que les erreurs. Et puis, vous n'êtes pas exempt de reproche vous-même. Vous oubliez que vous aussi vous avez aimé ça. »
C'était bien parti au début, le noble et ombrageux capitaine aurait bien pu être touché par une telle argumentation. Il était sensible à la faiblesse de certains êtres, et parfois, presque enclin à la pardonner. La dernière phrase avait balayé le reste. Avec un peu plus de jugeote, Renji aurait compris que rappeler les erreurs d'un autre n'aide en rien à se faire pardonner les siennes. Surtout si cet autre est Byakuya Kuchiki et qu'on lui rappelle la plus grande honte de sa vie.
« Hors de ma vue. »
Cette fois-ci, tout le monde se retourna. Ce n'était pas tous les jours qu'un capitaine menaçait ouvertement son vice-capitaine de mort. Quoiqu'entre ces deux-là, ce fût une affaire entendue, cela parut étrange pour tous de voir Kuchiki confronter Renji aussi violemment.
Renji recula instinctivement, et lâcha son verre dans le bain. Les autres capitaines se figèrent, aux aguets, prêts à attaquer. La pulsion meurtrière qui émanait de Kuchiki était ainsi, alliés comme ennemis ne pouvaient y rester indifférents.
Reprenant contenance à grand peine, Renji murmura, la bouche sèche, alors que ses mains commençaient à trembler et qu'un filet de sueur lui coulait le long du dos.
« Je ne suis pas le seul, capitaine. »
Le face à face fut bref mais intense. Renji soupira et secoua la tête.
Il sortit du bain, bien qu'il n'y eut plus rien à cacher dans l'eau blanchâtre. Le rappel à l'ordre avait au moins réussit à faire retomber son excitation.
Toutefois, il ne manquât pas de passer par les vestiaires, plus particulièrement le casier d'un certain capitaine (tous les autres capitaines le laissent de marbre, pour l'instant du moins). Avec l'air aussi innocent qu'un voleur de poule au porte du poulailler il farfouilla d'une main dans le casier pendant que l'autre tenait la porte fermée.
Et voilà... le bilan de la journée ne serait pas complètement nul.
Lui, en revanche, se sentait très nul.
Le lendemain matin, Kuchiki décida de faire preuve d'un peu de miséricorde. Et en plus, la nuit de réflexion aidant, plus les reproches de quelques un de ses paires, combinés aux sous-entendus narquois de Kyoraku, le tout agrémenté d'un vague soupçon d'amusement qu'il essayait de refouler le mieux possible. Bref, tout ces trucs mélangés faisaient qu'il était porté à la mansuétude ce jour-là.
Et puis il lui manquait. Oui, oui ma bonne dame, vous ne rêvez pas. Avoir Renji Abarai sur le dos toute la journée était synonyme de catastrophe et ridicule mais se passer du même Renji pendant autant de temps était synonyme d'ennui mortel et de prise de tête solitaire.
Et quitte à se prendre la tête parce qu'on se fait harceler sexuellement par un subordonné (sexy) autant que le subordonné en question soit présent. Ne serait-ce que pour le tenir à l'œil (excuse bidon).
Sauf que... ben Renji n'avait même pas imaginé que Kuchiki puisse être miséricordieux, en tous cas, pas avec lui. Donc, il avait sagement préféré prendre la tangente. Le temps de mûrir un plan ingénieux toute la journée pour pouvoir le mettre en application le soir venu.
Byakuya chercha vainement du regard un indice indiquant que Renji n'était qu'en retard, et lorsqu'il fut certain que
« Musokuri... où est le vice-capitaine ?
- Hé bien... vous ne lui avez pas signifié sa réintégration dans ce bureau, il a cru qu'il devait s'occuper ailleurs.
- Et en l'occurrence, cet ailleurs serait...?
- Le terrain d'exercice ou la onzième division. »
Ce qui est, à peu de choses près, la même chose, on retrouve les mêmes individus aux deux endroits.
« Je dois sortir, occupez-vous de la division. »
Musokuri ne se serait jamais permise de faire une seule remarque, n'empêche que si tout allait bien entre ses deux supérieur, elle voulait bien se faire chanteuse de variété. Et si cette « sortie » du capitaine était innocente, elle voulait bien se faire naturaliser grecque.
Renji échafaudait son plan diabolique et implacable dont le but premier et avoué était de traîner Kuchiki dans un lit. Avec lui, de préférence, et nu, ce serait encore mieux. Et si en plus il était ivre, ce serait la cerise sur le gâteau.
Comment amener Byakuya Kuchiki à se trouver ivre, nu, dans un lit avec son vice-capitaine ? La question à un milliard.
Tout en creusant des cratères de deux mètres de profondeur dans le sol du terrain d'exercice, il cherchait le moyen de se tirer de cette merde noire.
D'ailleurs, tous ces problèmes tenaient en un nom : Kuchiki.
Kuchiki « senior » d'un côté, le capitaine qu'il avait envie de se taper chaque seconde que Dieu fait et dont il ignorait tous des intentions et de l'état d'esprit. Mais qui est capable de savoir ce que Kuchiki a dans la tête ? D'ailleurs, est-ce que Kuchiki a des choses en tête comme tout être doué de raison ou est-ce qu'il ne pense à rien, donnant cette impression de distance avec le reste du monde ?
De l'autre côté, Kuchiki « junior » ou « mademoiselle » : Rukia et ses coups foireux. Pour elle, il avait failli crever, il avait menti à son capitaine, il avait désobéi, il avait souffert le martyr dans un hôpital de malades mentaux et il avait réussi à se faire haïr par son capitaine tout en tombant amoureux de lui... attend. En quoi ? J'ai pensé quoi là ? Amoureux ? Impossible. Encore un truc à coller sur le dos de Rukia : je délire à plein tube. Bref, Rukia, sans elle, et sans son crétin de pote (a-t-on besoin de le nommer ?), la vie de Renji serait un peu meilleure. Et ça ne risquait pas de s'arranger.
Un petit cri le tira de ses pensées.
Oups. Y'avait quelqu'un. Une nana qui traînait là.
« Hé ! Tu vas bien ? Qu'est-ce que tu fais sur un terrain d'entraînement ?
La jeune shinigami légèrement égratignée regardait le vice-capitaine comme on regarde le boucher couper un gigot en tranches : avec circonspection.
- Hey ! T'es qui ?
- Je suis Urazawa Arimi. Désolée de vous déranger, vice-capitaine, mais la onzième division a réservé ce terrain d'entraînement pour la journée. Vous allez devoir...
- Ça va, ça va... je m'arrangerait avec Zaraki. Ne reste pas dans le coin c'est dangereux.
- Oui monsieur. Merci beaucoup. »
La petite jeune fille salua d'une courbette respectueuse avant de filer sans demander son reste.
Renji regarda la jeune fille partir et contempla pensivement le fessier féminin tanguer sous le hakama réglementaire. Et bizarrement, cette vue le laissa de marbre.
Attends, cette gamine est bien roulée et tout et tout. Et elle tortille comme nulle femme ne devrait être autorisée à tortiller si on voulait vraiment empêcher les viols dans les rues. Et ça ne me chatouille même pas un peu la plante des pieds. Y'a un truc qui cloche. Le seul truc qui me chatouille ces temps-ci, c'est de me faire fusiller du regard par le capitaine. Virerais-je maso ? Même mater Ichigo bourré et à genoux dans l'herbe ne m'a fait ni chaud ni froid la dernière fois.
« Je délire bien à plein tube. »
Faut que je me soigne. Faut que je me calme. Faut que je baise avec quelqu'un, faut que je reluque un cul, faut que je saute sur quelqu'un. Et faut que ce soit le capitaine.
« Je veux mourir.
- Ça peut s'arranger.
Surgissant derrière lui, Ikkaku fit sursauter son ami de deux bons mètres.
- Qu'est-ce que tu fais-là ?
- C'est plutôt à moi de te demander ça. T'es pas avec ta division ?
- Je m'entraîne, j'ai pas le droit ?
- Il paraît que ça a chauffé avec Kuchiki hier. T'en as pas marre des emmerdes ?
- Là, pour le coup, c'est de sa faute. Il est entré tout seul dans ma tête.
Alors que le reste de la onzième division arrivait pour dévaster un nouveau terrain d'exercice, Ichigo se précipita vers son complice de mauvaises actions et interrompit Ikkaku avait que celui-ci ait le temps d'exprimer le fond de sa pensée sur le sujet.
- Hé ! Ce serait quand le meilleur moment pour annoncer le truc ?
- Jamais.
- Quel truc ?
- Si tu tiens à ta peau, tu ne veux pas savoir, Ikkaku. Va plutôt charcuter tes hommes, ils attendent que ça.
- Vous allez vous marier ? Intervint le troisième larron.
Ichigo sembla réfléchir... quelques secondes seulement, faut pas trop lui en demander, et Renji fila un coup de pied bien placé dans le tibia de Yumichika qui esquiva avec grâce.
- Renji, tu sais qu'Ichigo est mineur... tu n'as donc aucune morale !
- Non. Et ensuite, arrêtez avec ça, on a déjà assez d'emmerdes comme ça.
- Du genre ?
- Du genre qu'on peut pas y échapper.
- En parlant d'emmerdes, c'est pas ton capitaine qui arrive ?
- Pitié non. »
Et en effet, kuchiki arrivait. Il fallait qu'il retrouve son vice-capitaine et tout rentrerait, pensait-il naïvement, dans un ordre relatif. En chemin, il était tombé « par le plus grand des hasards » sur un de ses confrères... le seul qu'il aurait préféré éviter pendant quelques temps.
« Byakuya ! Quelle surprise.
- Tu m'attendais ? Questionna le capitaine pour la forme. Le reiatsu de son aîné se sentait à deux kilomètres à la ronde.
- Moi ? Non, jamais ! Où vas-tu comme ça ?
-...
- J'y allais justement, je vais t'accompagner. Ça ne t'embête pas ?
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Et bien, je pensais qu'on pouvait un peu discuter, il y a deux ou trois choses qu'il faut tirer au clair.
- C'est sûr.
Kuchiki darda un regard suspicieux sur son collègue et se retint de l'attaquer. On en frappe pas un malade.
Le silence glacial de Kuchiki laissa entendre à Ukitake qu'il pouvait continuer.
- Je n'ai pas été totalement honnête mais cela tient au fait que tu risquais de t'énerver trop vite.
- Moi !
Le malade toussa bruyamment, histoire de faire un peu culpabiliser son interlocuteur qui ralentit le rythme pour le laisser respirer un peu. De toute façon ils arrivaient au terrain d'entraînement tombé entre les mains des timbrés de la onzième. Autant dire que ce n'était pas bien beau à voir.
- Enfin, Byakuya, restons sur le bord du terrain (Jushiro attrapa le jeune capitaine par la manche et l'empêcha de se précipiter sur le champ de ruine et de bataille qui s'étendait devant eux) et écoute-moi.
- Qu...
- Rukia et Renji m'ont mis au fait de cette affaire, c'est pour ça que je les ai protégé, sans que tu le saches. Parce qu'ils avaient besoin d'un appui haut placé.
Byakuya aurait effrayé terriblement tous les shinigamis à cent mètres à la ronde, si ceux-ci n'avaient pas été des fous furieux sanguinaires dirigés par un malade mental au dernier stade. Il se tourna vers l'autre capitaine et le dévisagea outragé et Ukitake leva les yeux au ciel.
- Enfin.
Fit finalement Byakuya en tournant la tête.
- Tu sais, à propos de la permission de Renji, j'ai...
- Je ne veux plus entendre son nom.
- Alors arrête de regarder dans sa direction et regarde-moi, je te parle.
- Je ne le regarde pas !
- Oui oui, si tu veux, bon, j'ai à te parler de quelque chose d'un peu plus important. Rukia a...
- Rukia est consignée à la maison jusqu'à ce qu'elle retrouve ses esprits.
- Justement, je crois que ce n'est pas en l'enfermant que tu vas la faire changer d'avis, bien au contraire. Si elle a des envies d'indépendance, c'est en partie lié à ta gestion un peu autoritaire des affaires familiales.
- Autoritaire ! Moi ?
- Heuu.
Sagement, car c'est un sage, Ukitake ne continua par sur cette voie.
- Donc, je soutiens parfaitement Rukia dans sa volonté d'indépendance. Et si elle veut quitter le manoir familial, je l'y aiderais.
- Merci, tu en as déjà assez fait.
- Non, Rukia est dans ma division et je lui accorderais mon aide si elle le souhaite.
- Tu n'en as pas le droit.
- Rukia est majeure et elle a le droit de décider de sa vie.
- Jamais !
Ukitake haussa un sourcil désapprobateur.
- Byakuya, tu ne peux pas empêcher ces jeunes de vouloir être heureux.
- Ces jeunes ?
Oups.
Ukitake loucha dangereusement vers le terrain d'entraînement, il n'avait pas pu s'empêcher de penser à ce problème dans sa globalité trinitaire : Rukia/Ichigo/Renji.
- Oublie ce que j'ai dit. Tiens, regarde, Ichigo...
Qui était en train d'asticoter Renji à coups de sabre en rigolant niaisement.
- Eux ! Encore eux ! Je le savais, ce gueux a perverti mon vice-capitaine et maintenant, ils se mettent à deux pour détourner ma fill... sœur de son devoir.
Ukitake haussa un sourcil et préféra ignorer le lapsus très révélateur de tout un tas de trucs bizarres qui avait échappé au capitaine.
- En substance, c'est une bonne chose que Rukia prenne son indépendance. Vis-à-vis de toi, et vis-à-vis du clan Kuchiki. Il lui faut un peu d'espace de liberté.
- Je m'y oppose.
- J'ai bien compris. Mais j'ai aussi l'impression que ton refus n'y fera rien.
- Elle ne me désobéirait pas...
- Nooon... »
Le noble capitaine Kuchiki réserva son air blessé et perdu pour le sol. Il aurait aussi pu demander un peu d'aide pour régler les insubordinations à la fois domestiques et professionnelles auxquels il était confronté. Il aurait pu expédier son attirance refoulée pour son vice-capitaine et son complexe du grand frère qui handicapait sérieusement sa vie familiale. Mais non, il préféra ne rien faire et se taire.
« Byakuya. Rukia veut partir de chez toi et elle va le faire. Et je te conseille de discuter de son choix avec elle, à moins que tu ne veuille avoir une très mauvaise surprise en fin de compte.
- Pardon ?
- Tu sais où elle veut aller vivre ?
- ...
- Tu sais avec qui elle veut aller vivre ?
- ... »
Sur ces sages paroles (car, oui, il ne cesse pas d'être sage), Ukitake laissa le jeune (tout étant toujours aussi relatif) capitaine sans voix et retourna de son côté, car il était l'heure de ses médicaments.
Byakuya en resta comme deux ronds de flan. Alors c'était sérieux. Rukia allait partir ? Impossible. Inconcevable. Ce n'était qu'une passade, qu'un épisode passager. Ça ne pouvait pas être autre chose. Elle allait changer d'avis, revenir à la raison et tout rentrerait dans l'ordre. L'espoir fait vivre.
Bien sûr, il avait écouté ses histoires de besoin de liberté, son envie de prendre un peu d'indépendance... ou de distance, il ne savait plus très bien. Bien sûr, il l'avait sévèrement punie pour avoir osé penser une seule seconde de telles absurdités.
Mais Rukia était alors sa seule famille.. et sa vraie sœur puisqu'elle était la sœur d'Hisana. Avec le temps, avec la ressemblance, il avait finit par la considérer comme véritable membre du clan Kuchiki. Alors s'entendre dire qu'elle pouvait avoir envie de partir...
Qu'avait demandé Ukitake ? « Où veut-elle aller vivre ? » bonne question. Où pouvait-elle aller vivre de toute façon, le Seireitei n'est pas si grand. Et avec qui ? Comment pouvait-il le savoir. Rukia était une jeune femme secrète, elle ne se livrait pas facilement et il ne lui connaissait aucune amie proche avec qui elle pourrait habiter.
Quoi que...
Pas lui. Oh non, pas lui. Rukia si tu fais ça, je te renie.
Il foudroya du regard les deux shinigamis qui s'entraînaient.
Peut-être que cela expliquait le comportement plus que curieux de son vice-capitaine alors. Si ces souvenirs étaient bons, il étaient amis depuis leur enfance au Rukongai.
Rukia, ne vas pas te compromettre avec ce moins que rien. Je ne te le pardonnerais jamais. Et toi, Renji, si tu oses compromettre ma sœur, je promets de te tuer.
Sur ces saines pensées, Kuchiki se dirigea résolument vers l'autre extrémité du centre du terrain d'exercice.
Ichigo était aux prises avec Ikkaku qui s'amusait follement, et ils occupaient tellement bien l'espace que la plupart des autres combats avaient cessé et les combattants admiraient et encourageaient les deux adversaires.
Entre cris de joie, ricanements (quand Ichigo s'était vautré lamentablement et avait perdu une sandale), imprécations et encouragements, le terrain d'entraînement était devenu un genre d'arène digne d'une course de char dans Ben Hur.
Rayonnant de son aura frigorifique, Kuchiki se fraya sans difficulté un passage dans la foule, pendant que, de son côté, Renji tentait de prendre la tangente dans un mouvement circulaire inverse. Ne disposant du pouvoir de persuasion à la menthe glaciale, il avait beaucoup plus de mal à se déplacer.
À un moment, une grande clameur s'éleva dans la foule de spectateur, apparemment, l'un des duellistes venait de perdre son sabre. Espérant secrètement qu'il s'agissait d'Ichigo, Kuchiki tenta de voir ce qu'il en était en se haussant discrètement sur la pointe des pieds. C'est pas classe, mais quand on fait un petit mètre quatre-vingt au milieu des brutasses de la onzième qui culminaient parfois à deux mètre douze.
À quelques pas de lui, une belle paire de belles jeunes femmes s'étaient aussi avancées pour observer le combat.
Les deux jeunes femmes étaient... de la onzième division et pourtant terriblement séduisantes. Terrible paradoxe. Comment pouvait-on arriver à ce résultat ? Mais plus que cette étrange dichotomie, c'était la teneur de leur conversation qui avait attiré l'attention du capitaine.
En substance, il avait entendu ça « t'as vu, Abarai est revenu ! » et puis « on le voit souvent ces temps-ci, il est dans quelle division en vrai ? » et enfin « tu sais bien, la sixième, avec le bloc de glace » suivit de « ha ben, il doit pas rigoler tous les jours ».
Ce ne fut pas un choc à proprement parlé pour Kuchiki il en fut tout de même outré. Le but de l'armée, ce n'est pas de se marrer tous les jours dans sa division mais de faire son travail.
Il tendit l'oreille pour entendre la suite, ces filles irrespectueuses (bloc de glace, nan mais je t'en foutrais du bloc de glace) avaient l'air de vouloir s'attarder sur le cas désespéré qu'était son vice-capitaine. Celui-ci se tenait en effet, exactement de l'autre côté du terrain d'entraînement, et admirait le combat, un sourire ravi aux lèvres.
« En tous cas, il se porte bien.
- Mmh dommage qu'il ne soit plus à la onzième.
- Ouais, on en ferait bien son quatre heure.
- Vraiment dommage qu'il soit parti si tôt de la division.
- Remarque, il est toujours dispo à ce qu'on dit.
- C'est Abarai... il est toujours dispo !
Le rire pervers que poussèrent ces greluches éveilla une soudaine envie de meurtre chez le capitaine et un petit pincement au cœur qu'il essaya de refouler.
- Il trop bien foutu pour s'enfermer dans un division d'intello, quand même !
Après un silence que Byakuya devinait contemplatif et appréciateur, une des jeunes femmes reprit à voix un peu plus basse.
- Jusqu'où crois-tu que.. ?
Byakuya n'eut pas besoin d'entendre la précision de la jeune femme quant à sa question, il pouvait suivre ses pensées à la seule vue de son vice-capitaine, torse nu, le haut de son kimono lâché sur sa taille.
- Le tatouage...
L'autre eut un rire ironique.
- Il suffit de demander à Misao.
Byakuya ne connaissait pas cette Misao qui était supposée avoir vu Renji Abarai assez nu pour en découvrir l'intégralité de son tatouage, mais il aurait juré que ce n'était pas son médecin traitant.
- Ça ne fait pas tout le corps, tu sais, il n'en a pas sur les jambes.
- Ouais, mais je me demande juste s'il est aussi tatoué sur les fesses ! »
Un nouvel éclat de rire provoqua une nouvelle fureur irrationnelle chez le capitaine.
Pourquoi est-ce que cette conversation frivole et indécente le passionnait à ce point ?
Il réalisa avec stupeur qu'il aurait dû savoir jusqu'où allait le tatouage en question. Mais impossible de se souvenir d'un tel détail. Et il comprit avec horreur que ce détail l'intéressait vraiment. Et que, l'espace d'un instant, il avait cherché à se souvenir. Et qu'il bouffait son vice-capitaine du regard.
Par dessus le spectacle brutal de deux shinigamis qui se battaient au sang, Kuchiki enveloppa Renji du regard. Pourquoi suis-je venu ici ? Qu'est-ce que je cherche ? Sans réponse, il continua, sans lâcher le lieutenant du regard, de se frayer un chemin entre les armoires normandes... pardon, entre les shinigamis de la onzième. Arrivé au bord du cercle de spectateurs, il pouvait fixer librement Renji, le dévisager, le disséquer du regard.
Ça faisait longtemps. Depuis près de deux semaines, ils ne s'étaient pas fait face normalement, ils avaient vécu comme deux parfaits étrangers. Et brusquement ce fut le drame. Oui il croisa le regard désemparé de Renji.
Impossible. Impossible qu'un tel regard appartienne à un homme sur le point de le trahir, de lui arracher sa petite soeur. Bien malgré lui, un sentiment de profond soulagement l'envahit et presque de la gratitude. Ce ne pouvait pas être chez lui que Rukia comptait fuir, sinon Renji le lui en aurait déjà parlé, parce que Renji ne savait pas lui cacher quoique ce soit très longtemps. Parce qu'il lui suffisait de le regarder dans le blanc des yeux pour savoir s'il lui cachait quelque chose.
Quittant les combattants du regard, Renji avait reconnu l'aura de son capitaine et s'était tourné vers lui, apercevant sa silhouette à travers les volutes de poussières que les deux shinigamis soulevaient.
Renji piqua un fard monstrueux mais comme il était déjà rouge à cause de l'effort, cela ne se vit pas vraiment. Kuchiki le fixait. Plus que ça, il avait les yeux plantés dans les siens. Et cela le troublait à mort.
Arrête de me fixer comme ça.
Et il réalisa avec stupeur que cela faisait un bail qu'ils ne s'étaient pas regardés franchement, dans les yeux, sans honte, sans détours, sans combat. Il était troublé, mort de trouille, très excité, mais pire que tout, le sentiment qui dominait, c'est qu'il...
Et merde. J'aime Kuchiki.
A SUIVRE...
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