Base : Bleach

Genre : romance, angst

Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres

Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.

Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)

Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).


QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !


Le refus V

« fais éclater les fureurs de ta colère, d'un regard courbe l'arrogant »
Jb. XL, 11


La vaste salle à manger du manoir Kuchiki était plongée dans un silence pesant. Byakuya Kuchiki, vingt-huitième chef du noble clan Kuchiki luttait contre l'envie de tuer la terre entière (et quelques autres planètes aussi). Infinie tristesse, désarroi le plus complet, fureur sans nom, en lui tout se mélangeait dans un maelström de questions, de révolte, de colère. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant alors qu'il avait plus que jamais besoin d'être sûr de son droit ? Pourquoi si vite, alors qu'il avait toujours espéré pouvoir échapper à cette terrible échéance.

Face à lui, frêle, fine et fragile, Rukia le défiait de toute sa résolution.

Elle attendait, elle avait formulé sa demande et voulait une réponse. L'un comme l'autre savait bien que, quelque fusse cette réponse, elle ferait ce qu'elle voulait. Elle est comme ça, Rukia.

« Quand tu disais vouloir quitter cette maison, tu prévoyais déjà ce genre de... de vie.

- Oui mon frère. J'attendais le moment propice pour vous faire part de ce projet en détail. Et le moment est venu.

Sans qu'il n'en laisse rien paraître, Rukia pouvait sentir la souffrance de son frère adoptif et cela l'attristait d'autant plus qu'elle ne voulait pas lui causer de peine, elle qui l'aimait plus que quiconque (ou presque, n'oublions pas le babouin qui attend son tour).

- Mon frère, mon ordre de mission est déjà soumis au Commandant Yamamoto. Le capitaine Ukitake a approuvé cette mission et nous avons déjà tout arrangé pour le bon déroulement de mon séjour sur terre. Après tout, y ayant déjà longuement résidé, j'ai plus que...

- Assez !

Le ton frigorifiant du capitaine réduisit Rukia au silence.

- Je m'étonne que tu n'aies pas cru bon de me consulter à ce sujet avant d'arrêter une quelconque décision. Que ton capitaine ait participé à cette mascarade me navre au plus haut point et crois-moi, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher cela.

Rukia secoua la tête. Elle ferma brièvement les yeux, essayant de chasser le picotement qui annonçait une dangereuse envie de pleurer. Ce n'est pas le moment, serre les dents !

- Je ne suis plus sous votre tutelle.

C'était parfaitement vrai, la tutelle qui s'applique à toute personne adoptée au Seireitei était terminée depuis plus de dix ans déjà, mais Rukia se sentait coupable d'utiliser une telle défense.

- Quand bien même, reprit Byakuya, incapable de faire taire sa tristesse, ne tiens-tu donc pas compte de mon jugement ?

Rukia baissa les yeux. Elle devait le dire, elle le voulait et pourtant sa gorge était nouée.

- Mon frère...vous m'auriez défendu de partir, comme vous le faites maintenant. Et je veux pouvoir aller où je le souhaite.

Byakuya fit à nouveau « non » de la tête.

- Rukia, ta place est ici. Dans cette maison. N'es-tu pas une membre du clan Kuchiki ?

La jeune femme sentit une pointe de culpabilité poindre en elle, qu'elle refoula bien vite. Ne pas se laisser attendrir.

C'est vrai que son sacrifice pour me faire entrer dans ce clan est plus grand que ce que je peux imaginer. Mais j'ai le droit de vivre moi aussi.

- On... on m'a montré que j'avais le droit d'avoir ma propre ambition. Je l'ai su toute mon enfance, c'est ce qui m'a sauvée du Rukongai et je l'avais oublié en arrivant ici.

- Qui ?

Rukia observa un silence absolu.

- Qui t'a mis cette idée en tête ?

Elle secoua la tête dans un geste à la fois terriblement gracieux et absolument provocant qui rappela douloureusement sa défunte épouse à Byakuya. Parfois, comme ça, elles avaient les mêmes yeux, la même manière de bouger, le même sourire timide. Parfois Rukia le faisait souffrir sans le savoir.

Elle ne pouvait pas le lui dire mais toute la vie de Byakuya était le reflet de cette volonté de vivre selon ses propres règles. Il avait épousé une femme du rukongai. Elle planta ses yeux dans ceux de son frère et hocha la tête. Elle ne lui dirait pas.

- Je dois le faire.

- Je te l'interdit.

- C'est perdu d'avance.

Dans un dernier essai pour faire plier le chef des Kuchiki, Rukia se contraignit à lever le voile sur une partie des véritables raisons qui motivaient son départ.

- Il y a aussi quelqu'un...non, il y a une personne qui vit dans le regret absolu. Je ne peux pas le laisser dans ce regret. Je ne peux pas laisser quelqu'un que j'aime souffrir.

Kuchiki secoua la tête à son tour. Comment pouvait-il seulement garder encore son calme dans une telle situation. Tout en lui hurlait de frapper, de se déchaîner, de tout faire pour empêcher cela et pourtant, il ne bougea pas.

- Il m'a tirée de mon propre regret, il m'a libérée de ma culpabilité. N'est-ce-pas mon seul devoir que de lui rendre la pareille.

- Qui !

Rukia sursauta violemment, le dernier mot de son frère sonnait comme un véritable reproche. Ce qu'elle avait toujours craint, que Byakuya la haïsse pour ce qu'elle faisait, commençait à se profiler devant ses yeux.

Elle se releva, l'air plus digne que jamais, ses grands yeux bleus fixant avec intensité le chef de son clan.

- Si j'y renonce, je sens que je vais le regretter toute ma vie. Vous... je ne veux rien regretter. Pas...

Pas comme vous.

Elle avait retenu ces derniers mots, mais Byakuya les avait entendu comme s'ils avaient vraiment été prononcés. Il s'affaissa, l'air plus troublé que jamais, traversé par tout un tas de pensées embrouillées. Hisana... bien sûr et lui, avait-il jamais regretté ses actes ? Et pouvait-il refuser à Rukia ce que lui même avait fait contre l'avis de son clan ? Pouvait-il l'empêcher de s'émanciper là où lui avait purement et simplement défié toute sa famille ?

La jeune femme recula, salua d'une courbette hésitante. Le soudain changement d'attitude de son frère l'avait plus perturbée qu'elle ne voulait bien se l'avouer.

Byakuye sembla s'animer seulement après le départ de sa sœur. Le doute avait déserté son esprit.

Les situations ne sont pas comparables. J'aimais Hisana... plus que tout. Plus que ma propre vie. J'aurais volontiers renoncé à mon titre et mon rang pour elle. Ce n'est pas comme une histoire de jeunesse.

Il allait replonger dans le problème que lui posait sa petite sœur lorsqu'une terrible constatation s'imposa à lui. Il venait de penser à Hisana... au passé. Hisana qui avait toujours été, jusqu'à ce jour, avec lui, même au-delà de la mort, s'était éclipsée. Son image s'était estompée, malgré lui, malgré tout son désir d'être l'époux éternel. Il déglutit avec difficulté. Quand est-ce qu'il était devenu si négligeant ? Depuis combien de temps n'avait-il pas rendu les hommages à son épouse à l'autel familial ?

Miséricorde ! Cela est indigne. Comment... comment en suis-je arrivé là ? Il réfléchit quelques instants. Hier... non, hier je ne me suis pas recueilli en sa mémoire parce que... parce que... parce que Rukia était de sortie et que je m'en inquiétais. Et parce que j'ai du moi-même veiller une partie de la nuit, parce que j'ai dû aller m'occuper de cet idiot...

Byakuya Kuchiki frappa du point la table, avec assez de violence pour la fendiller.

C'est de sa faute ! Lui.

Et depuis cet instant, il ne se rappelait pas avoir porté sa dévotion habituelle à Hisana.

Un sentiment d'étrange nostalgie le saisit. Ces jours heureux avec son épouse semblaient si lointains, si passés, si... terminés. Comme s'il n'avait plus le droit de savourer la douceur d'une vie partagée.

Rukia... tu fais une erreur. Et mon devoir est de te montrer la voie.

Fort de cette nouvelle certitude, qui s'ajoutait à toutes celles qui s'entassaient avec application dans l'esprit du noble et dirigeaient sa vie, Byakuya se releva. Sa convocation pour les résultats de l'enquête était arrivée la veille et il se sentait d'attaque pour entendre toutes les atrocités que les petits détectives amateurs de la neuvième division avaient pu déterrer.


Lui aussi avait trouvé la convocation pour les résultats de l'enquête la veille. Mais depuis, il s'en était passé des choses, suffisamment pour le faire décider d'arriver en retard chez Hisagi et de glander dans sa chambre, à fantasmer à mort.

Kuchiki l'avait ramené chez lui. Il l'avait r a m e n é . c h e z . l u i. Et en pleine NUIT. Dans sa chambre, il l'avait posé sur son lit, il l'avait tenu dans ses bras. Et Renji n'en pouvait plus de hurler intérieurement.

Il bavait sur son futon en regardant le ciel bleu qui se découpait par la fenêtre. Il allait être à la bourre... et il se le répétait depuis trois heures, mais quand on est en train de se remémorer une nuit unique et merveilleuse avec Byakuya Kuchiki (cf Sept jours pour guérir, mêmes auteurs, très bon, pas cher), on n'a pas le cœur à faire quoi que ce soit d'autre (celui qui dit le contraire sera lapidé !).

Jusqu'à ce qu'on tambourine à sa porte.

« Vice-capitaine ! Vice-capitaine ! Ouvrez s'il-vous-plaît. »

Il reconnu la voix d'un charmant shinigami de la sixième division nommé Akira, mignon comme tout et très habile de sa bouche (ha la la... il nous aura tout fait) ! Il décida de faire le mort en attendant que le perturbateur se lasse lorsque la porte se détacha du mur et s'écrasa sur le sol avec un bruit de bois brisé.

Il se releva en sursaut, peu habitué à de tels actes de violence dans cette division (dans la onzième, c'était autre chose !).

« Ak...

- Hey ! Renji ! Tu serais pas un peu attendu à la neuvième ?

- Ikkaku... qu'est-ce que tu fous là ?

Le chauve (?) préféré de ces dames vira les débris de la porte d'un coup de pied et entra dans la chambre de son pote.

- Bonne journée vice-capitaine fit Akira en filant à toutes jambes.

Renji fusilla son visiteur du regard.

- Depuis quand tu utilises mes subordonnés pour t'incruster chez moi ?

- Depuis que tu ne te rends pas à tes convocations. C'est Ichigo qui m'a dit que tu devais être à la neuvième ce matin. Et laisse-moi te dire que ton absence n'est pas vraiment bien perçue par ton capitaine.

- Merde !

- Je ne te le fais pas dire. Bouge-toi. »

En ôtant ses vêtements de la veille, Renji sortit un petit carré de tissu de sa poche. Merde. Il ne l'avait pas planquée la veille, et il sentit des sueurs froides lui couler le long du dos.

S'il l'avait trouvée... j'imagine pas le carnage.

Un instant songeur, il se rappela des raisons qui l'avaient poussé à voler l'accessoire. Il s'était fait engueuler, il lui avait parlé sérieusement et, pour la première fois de sa vie peut-être, il avait eu la certitude que Kuchiki n'était pas complètement insensible à sa personne. Bien malgré lui.

Il avait fait un truc moche, une plaisanterie de gosse qui pique des sous-vêtements sur les cordes à linge. Il sourit avec tendresse. Ils ont vraiment trop raisons les gosses voleurs de sous-vêtements !

Il contempla la mitaine avec envie. Il y avait son odeur dessus, c'était comme tenir sa main, la sentir entre ses doigts, la caresser comme cette nuit-là, il l'avait caressée. Il la porta à son visage, à sa bouche, à son nez, humant longuement son odeur. Son odeur. Quelque chose de fort, pas un parfum doux de femme, mais le goût musqué qu'ont les hommes. Et il aimait ça, puisque c'était lui.

Il savait qu'il n'y avait qu'Ikkaku dans la pièce et qu'il ne faisait pas attention à ce qu'il faisait, pourtant Renji rougit de honte en posant les lèvres sur le bout de tissu. Le terrifiant pouvoir d'un petit bout de tissu. Et il mourrait de honte mais il continuait, embrassant, effleurant ce petit bout de tissu comme s'il pouvait y sentir la main de son capitaine à travers.

C'est nul. Pathétique. Vain. Mais c'est trop bon.

Et puis il cessa. D'un seul coup Renji avait compris. C'était nul, pathétique et indigne mais surtout, plus que tout, c'était frustrant. Parce qu'il aimait rêver avec cette mitaine entre les doigts, mais il aurait encore plus aimé avoir le propriétaire de la mitaine en question entre les bras.

Ikkaku, lassé d'attendre, s'approcha en silence.

« Qu'est-ce que tu glandes ?

Renji sursauta et planqua la mitaine dans le tas de ses vêtements sales, geste qui n'échappa pas au bourrin de service.

- Oh... c'est... ce dont tu parlais hier ?

Ikkaku dévisagea son ami

- C'est quoi ?

- T'as pas besoin de le savoir.

- Tu... penses à des trucs bizarres quand tu tiens ce truc dans les mains ?

Renji hocha la tête.

- Ben ouais, sinon je l'aurais pas pris. C'est... Renji hésita. Il aurait bien aimé le dire, mais la peur de se faire encore plus chambrer prit le dessus.

Et pourtant... c'était un trophée. Un nouveau genre de trophée de guerre. Oui la preuve tangible qu'il avait gagné une bataille et qu'il était prêt à mener une guerre totale. Oui, un trophée.

- ... c'est un trophée.

Ikkaku secoua la tête en levant les yeux au ciel, alors que Renji finissait de s'habiller, fier de son petit effet.

- Tu es gravement malade, tu le sais ça ?

- Et c'est un mec monogame qui me dit ça...

- Pardon ?

- T'es presque marié, Ikkaku, t'es avec la même personne depuis que je te connais. Comment peux-tu comprendre mon trouble. Ça fait des années que je n'ai pas été amoureux.

Le rude guerrier presque monogame médita cette réponse quelques secondes avant de filer un coup de tatane dans le genoux de son ami.

- Je vois pas le problème. Au contraire, j'ai une longue expérience...

Renji l'arrêta pour gueuler que son genoux lui faisait mal et se releva.

- Hey ! Toi qui est marié (et vlan, encore un coup de sandale)... on peut oublier quelqu'un avec qui on a été depuis des années ?

Ikkaku haussa les épaules.

- T'as déjà oublié une de tes conquêtes, toi ?

Renji réfléchit quelques secondes.

- En fait... nan. Même les coups d'un soir, je peux remettre une tête dessus.

- Et ben voilà. On n'oublie jamais.

Renji soupira profondément. Et voilà. Retour à la case départ.

Merde. Il aurait tellement voulu revenir en arrière, loin, avant l'hôpital, avant cette foutue connerie que Rukia lui mettait sur le dos. Alors que là, il soupirait pour Kuchiki, il le voulait et se languissait pour un homme qu'il avait déjà déshonoré.

- Cœur qui soupire...

- N'a pas ce qu'il désire. Je sais. Putain, t'as pas marre des proverbes au rabais ?

- Jamais. Alors, tu regrettes déjà tes confidences d'hier.

- T'façon. Ça se serait bien su un jour ou l'autre.

- C'est qui ? On le connaît ? »

Ce fut au tour d'Ikkaku de faire connaissance avec la semelle de corde de son ami en guise de réponse, alors qu'ils s'en allaient gaiment vers leur triste destin.

Pas si triste que ça pour Ikkaku qui allait se latter la tronche avec ses comparses, un peu plus pour Renji qui se retrouva dans l'antichambre de la salle de réunion de la neuvième division où il retrouva avec plaisir Rukia et Ichigo avec une gueule de bois.

Ils attendaient tous les trois, en échangeant des regards tantôt inquiets, tantôt fatalistes.

Rukia avait insisté pour venir, rongée par la culpabilité à l'égard de son ami, culpabilité qu'elle se gardait bien d'exprimer. C'est que Renji aurait été capable de frimer s'il l'avait su, il valait donc mieux l'accabler d'insultes et de remontrances.

Ichigo s'était joint à la troupe, histoire de faire un petit coucou à Byakuya. C'est qu'il ne l'avait pas revu et il allait bientôt repartir sur terre. Et puis il l'aimait bien le capitaine glaçon, et en plus, devinez quoi, il ne lui faisait pas peur.

Mais il semblait tout de même légèrement sensible au sort de Renji et à la menace d'éventuelles sanctions disciplinaires qui planait sur lui. Surtout depuis qu'ils avaient assisté à l'entrée de Byakuya, raide comme la justice qui n'avait pas daigné accorder un regard aux deux jeunes gens.

« N'empêche, faut être bougrement con pour se faire latter par un hollow.

- C'était pas un hollow.

Ichigo se mit à marcher de long en large, se passant nerveusement la main dans les cheveux.

- Comment c'est arrivé à ce point-là ? Tout se passait bien non ?

- Oui, trancha Rukia, l'air amer, pendant que vous buviez et traîniez avec les bourrins de la onzième, il se passait des choses.

Renji hocha la tête. Il s'en voulait maintenant de s'être délibérément éloigné de son capitaine et d'avoir évité Hisagi le temps de l'enquête. Il aurait pu sentir venir de telles réactions. Et il aurait pu éviter les tracas de ce genre.

Il mit la main dans sa poche et effleura le coupable bout de tissu. Voilà, s'il avait passé une semaine à penser à autre chose que sauter sur Kuchiki, il aurait pu faire quelque chose, il en était certain.

Oui mais voilà, je suis un homme et je suis faible.

Ichigo secoua la tête.

- Il ne peut pas t'empêcher de partir, non ?

Rukia haussa les épaules.

- En tant que chef de famille, je ne sais pas. La tutelle d'adoption finissait cette année alors normalement, j'ai le choix de ma résidence principale.

- Chef de famille ! Putain ! Mais vous êtes tous centenaire ! Qu'est-ce que vous avez besoin d'un chaperon pour vous dire où vivre ?

- C'est le système des clans de la noblesse qui veut ça.

Ichigo secoua la tête, dépassé par une vision si archaïque. En comparaison, c'était comme si son père pouvait lui dire à quelle heure rentrer... bon, okay, son père lui disait à quelle heure il devait rentrer. Mais Ichigo, lui, n'avait pas encore cent ans.

- Et donc dans tout ça, la volonté, le libre-arbitre... vous y renoncez ?

À peine avait-il fini sa phrase qu'il se sentit poussé par une force étrange. Lorsque sa tête rencontra le mur, il réalisa que la force étrange n'était autre que le pied de Rukia qui lui imprimait la marque de la semelle de sa tatane sur la joue.

- Abruti ! Et là,je fais quoi à ton avis ?

- Shrgumpf ! Acquiesça Ichigo, avec un peu de mal, parce qu'il avait de la brique dans la bouche.


Dans la salle d'audience de la neuvième division, les conversations avaient cessées et les regards se tournaient vers Hisagi qui fixa un instant le commandant du regard.

Traditionnellement, seuls les capitaines et les shinigamis mis en cause participaient aux audience, les témoins étant auditionnés durant l'enquête, et la notion d'avocat de la défense n'étant pas encore entrée dans les mœurs, aussi Ukitake fut sincèremet surpris en voyant sa collègue de la deuxième division siéger.

« Soi Fon ! Comment se fait-il que... ?

- Hem. Je dirige encore la division en charge de la police du Siereitei, nous avons épaulé le vice-capitaine Hisagi Shuhei dans cette affaire.

- Ah oui... Ukitake sourit doucement en suspectant très fort la jeune capitaine de ne faire ça que par pure curiosité. »

Après avoir demandé le silence, Hisagi put commencer son exposé.

« Les résultats, obtenus après une enquête minutieuse dont les copies des comptes rendus vous sont transmises, sont assez probants. Il semble que le vice-capitaine Abarai Renji ait prolongé son séjour terrestre sans l'autorisation de son supérieur direct le capitaine Kuchiki. Cela n'a été possible qu'avec la complicité de la treizième division, en charge des relations avec le monde des vivants. C'est la raison de votre présence ici, capitaine Ukitake.

Centre de toute l'attention, Ukitake adressa un sourire contrit qui aurait converti un terroriste fanatique aux droits de l'homme. Mais il faut croire que les shinigamis présents étaient d'une autre trempe, alors pour les faire culpabiliser un bon coup, Ukitake partit d'une quinte de toux à faire frétiller de joie un pneumologue.

Hisagi continua, après avoir louché sur le grand malade avec suspicion. Comment savoir exactement à quel moment il simulait et à quel moment il allait vraiment cracher ses poumons ?Le capitaine Unohana aurait dû venir aussi, comme experte médicale.

- Aux dire du lieutenant Abarai, la mission que lui avait confié le capitaine Ukitake justifie la discrétion liée à cette affaire, reprit-il avant de se faire brusquement couper.

- Et vous vous êtes contenté de cette réponse ?

- C'était la première fois que Shuhei entendait Kuchiki s'adresser à lui aussi directement, et cela faisait bizarre. Surtout avec l'aura polaire qu'il répandait dans la pièce, sans aucun égard pour ses autres occupants.

- Le compte rendu des interrogatoires est inclus dans le dossier que vous avez reçu, capitaine.

Et puis qu'est-ce que vous vouliez que je fasse ? Que je le torture jusqu'à ce qu'il crache le morceau ? Hisagi se sentit très seul en réalisant que, oui, ce serait bien le genre de mesures que prônait Kuchiki.

- Bref, capitaine Ukitake, depuis la... le... l'annonce qui a eu lieu hier soir, tout le monde a eu le temps de comprendre en quoi consistait la mission dont vous avez chargé Renji Abarai.

Byakuya fronça les sourcils. Nous y voilà.

Ukitake tira son haori sur son cou et toussa à nouveau, une manière comme une autre de demander subtilement à Kuchiki d'arrêter de faire baisser la température.

Hisagi leva les yeux au ciel. Le coup du poitrinaire ça va bien cinq minutes mais pas plus !

- Je voudrais que vous exposiez en détail cela, pour que tout le monde comprenne de quoi il retourne.

- Je pense qu'il est temps que tout cela s'explique, effectivement. Cela fait quelques temps que je songe à une amélioration de notre système de surveillance du monde des humains.

- Je ne vois pas en quoi...

- Je vais y venir. L'idée générale était d'installer un shinigami résidant, un peu à l'image du shinigami remplaçant Kurosaki.

Le commandant hocha la tête, signifiant par là qu'il était au courant et approuvait l'initiative, ce qui rendit la santé à Ukitake pour quelques minutes.

- Et c'est à cet effet que j'ai chargé Renji de se renseigner auprès d'Ichigo Kurosaki et Urahara Kisuke à propos des différentes modalités possibles pour l'adaptation d'un shinigami au monde des humains. La nature encore secrète de ce projet m'a obligé à garder une certaine discrétion, c'est pourquoi je ne t'ai pas consulté avant, Byakuya.

Le commandant hocha à nouveau la tête.

- Ce serait une première dans la discipline des shinigami si on laissait l'un des nôtres résider sur terre de manière permanente. Cela n'a jamais été fait et il faut appréhender ce projet avec prudence.

Jushiro sourit et reprit.

- Le premier volontaire a été choisi pour sa grande expérience du monde humain et partira cette nuit, pour une duré d'essai d'un mois.

D'un seul coup, la température chuta de dix degrés et l'aura meurtrière de Byakuya réduisit tout le monde au silence.

- Et tout ce que vous avez trouvé, c'est Rukia ?

Ukitake ravala un « gloups » gêné, Hisagi recula machinalement et vérifia que tout le monde était désarmé, Soi Fon fit comme si de rien n'était mais il n'était pas trop difficile de voir qu'elle se régalait intérieurement du spectacle. Seul le capitaine-commandant reste impassible, mais c'est tout de même le vieux Yama, et il en faut plus que ça pour lui faire hausser un sourcil.

- Essaye de comprendre, le choix paraissait logique, c'est la seule shinigami a avoir une telle expérience du monde des humains, et à pouvoir s'en sortir sans une longue période d'adaptation.

Byakuya commença à regretter d'avoir laissé Senbonsakura à l'entrée, comme le voulait l'usage.

- D'ailleurs, elle s'est elle-même portée volontaire, et rien ne l'empêche d'effectuer cette mission.

Si moi, songea Kuchiki avec hauteur.

Comme s'il avait lu dans ses pensées (ce qui ne serait pas si étonnant que ça), le commandant posa ses yeux scrutateurs sur le capitaine.

- Byakuya Kuchiki, votre qualité de chef de famille vous permet d'émettre des réserves, et même de vous opposer à la promotion d'un membre de votre clan, mais à la condition d'argumenter votre opposition. Avec-vous des raisons valables de vous opposer à une telle mission ?

Byakuya se tut. Des raisons, il en avait des dizaines, toutes plus spécieuses les unes que les autres, et aucune ne convaincrait le commandant.

- Sans cela, vous ne pouvez pas vous immiscer dans le fonctionnement interne d'une autre division. J'ajoute que j'ai moi-même approuvé cette initiative du capitaine Ukitake. Bien que particulièrement maladroite et malvenue, la mission confiée officieusement au lieutenant Abarai était justifiée. En revanche, je m'étonne qu'aucun d'entre vous n'ait songé à en savoir plus sur la créature qui l'a attaqué.

La chape de plomb qui tomba sur l'assemblée à cette terrible question ne dura pas longtemps.

Ukitake toussa pour bien rappeler à tout le monde qu'il était bientôt l'heure de rentre prendre son sirop. Byakuya haussa les épaules imperceptiblement ; la créature en question s'était montrée incroyablement faible, il l'avait vaincue sans même utiliser son bankai, le plus surprenant dans l'histoire, c'est que Renji se soit laissé avoir par surprise. Soi Fon eut l'air un instant intéressée avant de reprendre son air renfrogné. Seul Hisagi réagit, murmurant à mi-voix.

- C'est dans le rapport. Interrogatoire de Renji Abarai, page trois.

Yamamoto plissa les yeux.

Bon, d'accord, il ne lisait pas tous les rapports qu'on lui remettait, ou alors pas en entier, mais c'est qu'il avait du boulot ! Il était commandant, il croulait sous les responsabilités. Et oui, il avait simplement vaguement survolé le compte-rendu.

- Ah, je vois, fit-il sur le ton du gars qui ne voit rien du tout. Et donc...

Hisagi reprit sous l'œil insistant de son commandant.

- Je cite de mémoire « je ne sais pas ce que c'est, ça n'avait pas de reiatsu, c'était fort, c'était pas un hollow ».

- Court mais précis.

Soi Fon soupira, elle commençait à s'emmerder ferme.

- Abarai Renji a été convoqué ce matin également, peut-on l'entendre à ce sujet ?

Au moins, ça leur éviterait les heures de débats sur la fiabilité du témoignage.

- Bonne idée approuva le vieux Yama en faisant signe aux assesseurs de faire entrer le lieutenant.

Mauvaise idée, rétorqua Shuhei intérieurement, si la présence de Renji avait le pouvoir de clarifier les choses et d'apporter le calme, ça se saurait depuis le temps !

Très mauvaise idée, songea Ukitake en lançant un regard inquiet à Byakuya, dont le faciès indéchiffrable n'annonçait rien de bon.

Dans l'antichambre, un shinigami arriva.

« Vice-capitaine Abarai.

- Ou.. oui ?

- Veuillez entrer. Déposez votre zanpakuto à l'entrée s'il-vous-plait.

Renji s'exécuta de bonne grâce, à ce qu'il pouvait voir, Senbonsakura faisait aussi partie du lot, donc pas de risque de mort dans l'immédiat. Et encore, y'avait le kido...

Il salua l'assemblée, récoltant au passage un signe de tête d'encouragement de Shuhei qui, en principe, ne devait pas prendre parti, mais là... Renji faisait trop peine à voir face à tout ces capitaines.

Soi Fon entama les hostilités, surtout pour tromper son ennui.

- Vice-capitaine Abarai, vous affirmez que la créature qui vous a attaqué sur Terre n'est pas un hollow ?

- Oui capitaine, ni un bount, encore moins un Arrancar... rien que je n'aie déjà vu.

- Et il n'avait pas de reiatsu ? C'est dur à avaler.

Elles disent toujours ça la première fois, songea Renji dans un instant d'inconscience où son côté pervers reprit le dessus. Il se corrigea mentalement. Pas le moment de déconner.

- C'est pourtant le cas. C'est ce qui explique que je me sois laissé prendre par surprise. Si j'avais pu le sentir approcher, je n'aurais pas eu de mal à le vaincre. D'ailleurs..

Il se tourna vers Kuchiki, comme pour chercher un soutien.

- ... vous devez l'avoir senti vous aussi, capitaine, puisque vous êtes venu.

Le silence de mort qui accueillit cette déclaration le glaça. Alors ça allait si mal que ça ?

- Heuu, excusez-moi, mais pour Rukia ?

Ce fut Ukitake qui trancha l'atmosphère lourde comme un bloc de banquise d'une voix chaleureuse.

- Sa mission est approuvée et maintenue, merci pour ton aide, Renji.

Ce serait flatteur dans d'autres circonstances, mais là, j'ai juste l'impression que ça signe mon arrêt de mort.

Et pour cause, Kuchiki avait l'air plus crispé que jamais.

- Byakuya, que peux-tu nous dire, pour ta part, sur cette créature ?

Le jeune capitaine daigna enfin desserrer les mâchoires, les yeux vides, l'air lointain.

- Je confirme les dires de mon vice-capitaine. Je pense que nous devrions revenir à cette innovation que vous préconisez, capitaine Ukitake. Est-ce bien utile alors que cette menace n'est pas encore identifiée ?

Yamamoto darda son regard inquisiteur sur le capitaine et fronça les sourcils. Oui, ce gamin avait encore une sale tendance à l'insubordination.

- Raison de plus. Une des premières mission de Rukia Kuchiki sera de déterminer la nature de cette créature avec la collaboration du shinigami remplaçant, Ichigo Kurosaki. Ils travailleront, comment dire... en équipe.

Renji implora du regard le capitaine-commandant. Pouvait-il se passer de rajouter de l'huile sur le feu ? Non, bien sûr, y'a qu'à voir son zanpakuto pour comprendre qu'il aime voir les maisons brûler.

Hisagi sentant également, l'odeur du roussi, reprit les choses en main.

- Merci Renji. Je pense que ta collaboration aux recherches sur cette créature sera nécessaire, cela sera vu en temps et en heure. Je vais en venir aux conclusions de mon enquête. »

Infiniment reconnaissant, Renji salua et tourna les talons sans se faire prier, ça allait chauffer.

Arrivé dans l'antichambre, serrant Zabimaru dans ses mains, il n'écouta même pas Rukia qui lui demadnait de raconter, il se précipita vers la porte de service qui donnait directement sur la rue.

« Il faut qu'on se tire, Ichigo.

- Quoi ?

- S'il ne trouve que Rukia ici, alors ça ira. Il ne peut pas haïr Rukia.

Cette dernière, interloquée par la fuite soudaine de son ami, l'attrapa par le col sans ménagement.

- Hé ! Qu'est-ce qu'il y a ?

Renji sourit en coin.

- Vu comment ça se passe, il vaut mieux se faire discrets, voir invisibles pour quelques temps. On se retrouve ce soir à la onzième, okay ?

Et Renji sortit par la petite porte en lançant un « yo » faussement décontracté.

Quelques secondes plus tard, Ichigo rattrapa Renji qui shunpotait.

- Pourquoi tu dis que Byakuya ne peut pas s'en prendre à Rukia ? T'es sûr de ça ?

Renji sourit à nouveau tant l'inquiétude perçait sous le ton curieux de son ami.

- Ichigo, t'as déjà vu un portrait de dame Hisana, la défunte femme du capitaine ?

- Nan.

- Si. Tu as déjà vu Rukia. Et Rukia est le portrait vivant d'Hisana. C'est pour ça que Byakuya ne peut pas lui faire de mal.

- D'accord...

Renji reprit, sentant Ichigo se détendre un peu trop à son goût.

- Nous, en revanche, je ne le vois pas hésiter longtemps avant de...

- De... ?

- Ben, senbonsakura quoi.

- Gloups.

- Je ne te le fais pas dire. »

Renji avait pris la direction de sa capitainerie par réflexe, et, réflexion faite, ça ne lui semblait pas un si mauvais choix. Là, au moins, il pouvait veiller à ce que personne ne soit présent lorsqu'une catastrophe arriverait (en l'occurrence, la catastrophe, c'était un Byakuya Kuchiki furieux). C'est ce qu'il fit, donnant des consignes dès son arrivée. Musokuri leva les yeux au ciel. Pourquoi est-ce qu'elle était tombée dans cette division dirigée par un duo de tarés ?

À l'étage des bureaux des officiers, il traina Ichigo à sa suite, puisque celui-ci refusait d'aller se planquer à la onzième. Devant son propre bureau, un comité d'accueil réduit l'attendait.

« Vice-capitaine !

- Rikichi ? Qu'est-ce que tu fais-là ?

- Ben... on s'inquiétait un peu. Avec cette convocation...

Ichigo sentit un frisson le parcourir de haut en bas en voyant le sourire protecteur, limite paternaliste, que Renji adressa à son subordonné.

Mais où est-passée la brute sans cervelle ? C'est qui cette mère poule ?

- Merci Rikichi mais je te conseille de ne pas traîner dans les parages. Ça risque de...

- Saigner, compléta Ichigo, lugubre.

- Bon, trouve-toi une occupation hors de la capitainerie. J'ai envoyé deux de nos trois escadrons à l'entraînement et le dernier au repos.

Rikichi sourit tristement et rougit légèrement.

- Je vais aller à l'hôpital central alors...

Renji hocha la tête, se méprenant sur les raisons qui poussaient Rikichi à se réfugier chez les « shinigamis en blanc ». Il tapota le crâne de son subordonné en souriant.

- Ça m'étonnerait qu'il me laisse en vie mais bon, c'est gentil de ta part.

Ce à quoi Rikichi rougit de confusion avant de tourner les talons en se flagellant intérieurement pour avoir pensé à fricoter avec un certain shinigami de la quatrième au lieu de prévenir Unohana du carnage qui allait avoir lieu.

- Quoi ? Fit Renji à son pote qui le regardait avec un drôle d'air.

- Je ne pensais que tu étais ce genre d'officier.

- Comment ça ?

- Ben... maternant...

- Moi ? Renji secoua la tête. T'es trop jeune pour comprendre, c'est tout, protesta-t-il avec une surprenante mauvaise foi.

N'empêche c'est vrai, il n'avait pas de relation maternelle avec ses shinigamis... ou alors une relation franchement incestueuse !

Ichigo ricana.

- Ça va, joue pas au vieux revenu de tout.

- Ichigo.

- Quoi ?

- Tu l'as dit toi-même y'a pas une heure. Je suis plus que centenaire.

Le shinigami remplaçant médita une seconde cette dernière information alors que son ami s'assurait que les différents bureaux fussent bien vides.

- Donc en gros, moi qui aie seize ans, à tes yeux...

- T'es un mioche.

- Hey !

- Et je te parle même pas de ce que le vieux Yama doit en penser. Tiens, d'ailleurs, tu devrais te tirer vite fait.

- Hein ?

- Autant que mon capitaine ne fasse qu'une victime. En plus la dernière fois qu'il a cru m'avoir tué j'étais pas si mort que ça. Et Rikichi est déjà en train de rameuter la quatrième pour des soins d'urgence. Donc il se peut bien que j'en réchappe en vie. Toi, je sais pas.

- Merde !

Ichigo envoya son poing faire connaissance avec le mur du couloir. Le mur, frappé par ce nouveau genre de contact, se laissa aimablement transpercer.

Les deux shinigamis contemplèrent le trou avec consternation. Bon, de toute façon, si Kuchiki se déchaînait toute la capitainerie serait à refaire, mais ce n'était pas une raison pour en rajouter.

- Tu trouves pas que tu fais assez de dégât comme ça ?

- Moi, je fais des dégâts ? Protesta Ichigo avec une bonne foi désarmante.

Renji sourit en coin. C'était pour des choses comme ça qu'il ne pouvait s'empêcher d'adorer cet idiot de gamin.

Il allait sortir une autre connerie pour détendre l'atmosphère, lorsque, d'un seul coup, tout le bâtiment sembla trembler sur ses fondations, et la température baissant d'un bon paquet de degré d'un coup n'empêcha pas de grosses gouttes de sueurs perler sur le visage des deux shinigamis.

- Tire-toi ! »

Et comme Ichigo semblait bien décidé à y passer lui aussi, par pure et stupide solidarité de potes, Renji lui attrapa le col et l'envoya valser par la première fenêtre venue. Le fait que cette fenêtre soit fermée n'entrava pas de beaucoup le superbe vol plané du shinigami remplaçant qui parcourut quelques centaines de mètres dans les airs avant d'aller s'écraser sur un toit quelconque.

Resté seul, Renji se sentit... très seul.

Il s'engouffra dans la salle derrière lui. La salle de repos des officiers. Plus de place, plus d'endroits où se cacher et surtout, deux portes. Une pour laisser entrer Kuchiki, une pour prendre la fuite. Il se laissa tomber dans un des fauteuils, griffa machinalement le cuir rouge de l'accoudoir... et s'arrêta lorsque le cuir fut complètement déchiré.

Nerveux, moi ? Jamais !

La porte s'ouvrit avec une lenteur désespérante. La silhouette délicatement découpée dans la lumière qui filtrait par les fenêtre du couloir apparut dans l'encadrement de la porte, altière, imposante, raide comme la justice. Renji se leva malgré lui, saisit par l'autorité presque surnaturelle qui se dégageait de l'homme en face de lui.

« Cap... »

Le mot mourut ses lèvres, lorsque la porte se referma dans un claquement sinistre.

À la limite, Renji aurait presque préféré que Kuchiki s'énerve, qu'il casse quelque chose, qu'il l'attaque directement. Au moins, les choses auraient été claires. Mais s'il voulait être sensé, il devait bien reconnaître que la colère de Byakuya Kuchiki était froide. Qu'il ne se donnait pas en spectacle, qu'il ne faisait pas de bruit, qu'il anéantissait l'adversité sans jamais se laisser submerger par elle, qu'il ne perdait jamais son sang-froid.

Il ne me laissera jamais me justifier. Il cherche un exutoire, devina le lieutenant dans un éclair de clairvoyance. Et je sens que je suis en tête de liste.

Comme pour contredire ces pensées, Kuchiki murmura :

« Kurosaki a déjà disparu. »

Renji sourit intérieurement. Pour une fois, il avait eu du flair. Ichigo en aurait pris plein la gueule. Bien sûr, lui aussi allait s'en prendre plein la gueule mais, comme dirait cet enfoiré d'humain, se prendre des coups pour un pote, c'est presque un plaisir. Plus qu'un plaisir, corrigea Renji, un devoir, un honneur.

« Cap... »

À nouveau, il ne put terminer son premier mot, Kuchiki le pétrifia du regard.

Un regard accusateur qui le flétrit de la tête aux pieds. Il se sentit ployer sous cette attaque muette et s'avança. Il se campa résolument face à son capitaine, l'air le plus grave qu'il pouvait adopter.

La gifle vola avant qu'il ne puisse réagir. Une gifle qui lui arracha la tête. Renji sentit sa mâchoire se briser sous le coup et la douleur irradier dans toute sa tête.

« Tu savais. »

L'accusation le saisit au plus profond de lui, lui noua les tripes, le fit vaciller. Renji ne se demanda même pas de quoi Kuchiki pouvait bien parler, il savait, il n'y avait qu'une chose d'assez importante pour le mettre dans un tel état, son aura irradiant de fureur.

Il recula un peu, histoire de ne pas se faire tuer tout de suite et murmura doucement :

« J'étais lié, capitaine.

Le regard lourd de reproche de Kuchiki le transperça.

- Plus que par ton devoir ?

Renji haussa les épaules en signe d'impuissance.

- C'est Rukia, je ne peux pas la trahir.

- Mais moi, tu peux.

- Je... je n'avais pas l'intention de vous mentir, cap...

- Mais tu l'as fait. »

La fureur glacée de Kuchiki lui serra le cœur. Se sentir haï comme ça était à la limite du supportable. Il comprenait maintenant à quel point Rukia avait pu remplir l'existence de son capitaine et, par conséquent, combien sa vie à venir serait vide et terne si elle partait.

Renji fit mine de reculer mais Kuchiki lui attrapa violemment le bras et le serra à l'en faire hurler de douleur.

« Ne fuis pas tes responsabilités.

- Capitaine je ne... »

Une nouvelle gifle coupa court à ses faibles dénégations.

Le regard haineux de Kuchiki se teinta d'une lueur de mépris, encore plus accablante si cela était possible. L'endroit où Kuchiki lui avait pris le bras devenait de plus en plus douloureux et Renji sentait la force du capitaine jusque dans son épaule.

« À qui dois-tu ton honneur, Renji Abarai ? »

Il entendit l'accusation muette « tu as trahi ma confiance alors qu'elle t'étais acquise et que c'est un privilège rare ».

La douleur qu'il sentit derrière toute cette colère le paralysa de stupeur.

Alors ce type a bien un cœur.

Parfois Renji avait eu du mal à imaginer Kuchiki avec une femme qu'il aimait et qu'il voulait épouser contre toute bienséance. Là, en cet instant, il le voyait, il l'avait sous les yeux, le Kuchiki qui avait aimé une âme du Rukongai et l'avait faite entrer dans un des clans les plus prestigieux contre l'avis de tous. Il le contemplait, cet homme rebelle par amour, qui n'obéissait qu'à sa conception de la loi et de l'honneur. Il comprenait confusément que Rukia était la dernière trace vivante de cet amour, le dernier signe de la volonté implacable de Byakuya Kuchiki défiant tout son clan. Et sa lutte pour garder Rukia était aussi un combat acharné contre la fatalité. Il lui semblait qu'on lui arrachait la seule consolation que ce monde lui eût jamais accordé.

Renji sentit une rage sourde poindre en lui. En plus d'être désespérément hanté par le fantôme d'Hisana, il devait maintenant compter avec Rukia, la dernière incarnation de l'amour qui avait uni Byakuya à sa femme. Il se sentit minable d'être jaloux d'une morte et de celle qu'il considérait comme sa sœur. Jaloux.

Voir à nouveau Kuchiki lutter pour quelqu'un d'autre que lui rendait Renji désespérément jaloux. Et le voir de si près, ce noble si froid qui s'enflamme pour l'amour d'une sœur, le rendait follement amoureux de lui.

Renji s'approcha encore, de manière à ne plus pouvoir éviter un coup. Et il prit son courage à deux mains. Qu'est-ce qu'on lui avait annoncé quelques heures plus tôt ? Qu'il était bêtement amoureux ? Et bien, de la théorie à la pratique, il allait devoir se prouver sa sincérité.

« Oui, je le savais, capitaine. Plus encore, je l'ai aidée. »

Étrangement, cela ne lui faisait pas peur. Il pouvait sentir les pulsions meurtrières qui émanaient de son capitaine mais avouer son rôle dans l'histoire lui donnait l'impression d'être plus fort, plus sûr de lui.

« J'aime Rukia comme une sœur. Et Ichigo comme un frère. Et ils sont l'un pour l'autre la meilleure chose qui pourrait leur arriver.

- Comment oses-tu...

Renji ferma les yeux.

- Je les ai aidés et si c'était à refaire, je le referais. Et laissez-moi vous dire qu'à mes yeux j'ai plus de devoirs envers Rukia qu'envers vous.

Kuchiki sembla un instant perdre de vue son grief premier et fronça les sourcils.

- Rukia est comme une sœur. Avec elle, j'ai grandi au Rukongai et je m'en suis sorti avec elle. Vous êtes simplement mon capitaine, comme l'ont été Aizen et Kenpachi avant vous. J'ai des devoirs envers vous, je n'ai pas à vous être dévoué.

Disant cela, il s'approcha encore un peu, ouvertement provocateur, et, au plus profond de lui, incertain du succès de son plaidoyer, incapable de dire si Kuchiki réagirait à ce prétexte qu'il lui offrait pour clarifier leur situation.

Kuchiki secoua la tête.

- Tu n'as donc aucun honneur ?

- Cap...

- Tu crois donc que tu peux agir sans en supporter les conséquences !

Renji hocha la tête.

- Ma soumission à vous... ce n'est pas au capitaine que je la dois.

Le regard incrédule dont le gratifia son capitaine lui apprit qu'il avait en partie réussi. Byakuya avait un peu moins envie de le tuer, un peu plus envie de l'écouter.

- Ne me détestez pas pour cela mais parfois, il faut faire l'inverse que ce que nous dicte notre devoir.

Le capitaine relâcha sa prise sur l'officier, cherchant à savoir où ce dernier voulait en venir.

- Je ne pense pas mériter de me faire détester par vous pour cela. J'ai agi selon mon cœur, pas selon mon devoir mais j'ai l'impression que ce que j'ai fait ce que je devais faire.

Désarçonné, Kuchiki secoua la tête et dévisagea son lieutenant d'un regard polaire. Son rôle plus que douteux dans la fuite de Rukia était-il donc à ce point guidé par une volonté supérieure ?

- Vous pouvez me trouver trop téméraire ou impudent mais de toute façon, c'est fait, je ne peux pas changer mes sentiments sur demande, personne ne le peut. Vous non plus.

Renji hésita avant de continuer. Le reste n'avait qu'un rapport lointain avec le cas de Rukia et Ichigo, mais c'était ce qu'il voulait le plus dire.

- Aussi différents soient-ils, on ne peut tenir éloignés deux êtres qui s'attirent. Vous pas plus que quiconque.

Avant que Kuchiki ait réalisé à quel point cette dernière phrase était lourde de sens, deux mains lui avaient déjà attrapé le visage et ses lèvres se faisaient dévorer par celles, affamées, de Renji.

- Ren...!

- Vous êtes venu me voir...

Kuchiki n'essaya même pas de se dégager de l'étreinte de son vice-capitaine. Il voulait entendre la suite.

- ...et vous saviez que moi, je suis plus faible.

L'une des mains quitta son visage pour venir lui agripper la taille. Résolution, maîtrise de lui, volonté... c'était quelques rares qualités que Renji n'avait pas souvent l'occasion de montrer. Ces qualités, Kuchiki pouvait en sentir la trace dans chacun de ses gestes, comme si la fragile digue de retenue qu'il avait laborieusement dressée entre eux venait de céder et que les flots commençaient à tout envahir.

Et pour la première fois depuis deux semaines, Byakuya se sentait d'humeur à se noyer...

A SUIVRE...


Prochain chapitre après les grandes vacances !

Naaan c'est une blague (comment ça, on est des sadiques ? ), le prochaine chapitre devrait arriver dans le courant du mois de juillet (oui, y'en a qui bossent l'été). Mais selon la qualité de vos reviews, il pourrait être en avance XD Quoi, c'est du racolage, oui et alors ?


Ouverture d'une charmante rubrique appelée : réponse aux reviews anonyme/sans compte FFnet. Bien sûr le chapitre n'est pas fait pour ça mais comment voulez-vous répondre à des reviews autrement les aminches ? Surtout quand y'a des vrais questions précises dedans ? Et quand nos amis les reviewers sont fidèles et gentils ?

Donc pour mimi111 : merci beaucoup, c'est trop gentil mais nous n'avons pas inventé le principe de la séquelle (en gros, une histoire qui est la suite d'une autre)... et bravo ByyyyaaaaaReeeeeeeen en force. Tu as bien raison, c'est le plus beau couple du monde XD.

Selvuna : merci d'avoir suivi fidèlement tous ces chapitres (arrgh 15, ça fait beaucoup trop XD) Et encore bravo, le phallus tatoué sur le nez, j'adhère, j'adore, faut lancer la mode ^^

Catsume : sois tranquille, tant que vous reviewez, les bébés phoques survivront XD oui, Byakuya est noble et bon (dans le fond, mais alors tout au fond) et ses principes de fous l'empêchent certes de baiser avec tout le monde, mais au moins, ça le force à bien se conduire. Et oui, en exclusivité je l'annonce (parce qu'il n'y a que toi que ça semble perturber) ce sera un happy end (comprendre : ça va sentir le citron, les amis).

Emilyclad : merci à toi de lire et reviewer

lili199 : merci pour ta lecture fidèle !

A moins que tout le monde n'ouvre un compte FFnet entretemps (on peut rêver), cette rubrique sera encore là au prochain chapitre !
Bonne lecture
Loli
(ah oui, c'est encore Loli qui s'y colle ! Tous ceux qui trouvent la paresse de Jimi intolérable, tapez 1)