Et voilà, les voyages en train sont finis... Passons aux Parades, puis ensuite aux entraînements. Pour les entraînements, les points de vue seront aléatoires cependant je m'arrangerai pour qu'il y ait au moins un point de vue d'un des personnages de chaque district. Voili voilu...
Chapitre 17
The Opening Ceremonies... #1
District Un
Trea Wonder, 15 ans
Le lendemain matin, après un rapide petit-déjeuner, nous sommes " jetés en pâture " ( d'après les mots de Flame ) à nos stylistes. Moi, ça ne me dérange pas. Je me sens ici à ma place, enfin. Je suis heureuse, pleinement heureuse, pour la première fois peut-être de mon existence.
Lorsque j'entre, mes trois préparateurs m'ordonnent de me déshabiller. Je m'exécute. L'un d'eux pousse un sifflement admirateur:
- Et bien, c'est parfait, nous n'allons pas avoir beaucoup de travail ! C'est très bien de prendre soin de son corps, ma petite ! Je te félicite !
Je souris. Ils m'exaspèrent déjà; mais je me dois d'être aimable et souriante avec eux pour une collaboration réussie. Une collaboration qui m'apportera beacoup, à coup sûr.
- Merci.
Et ils commencent à me préparer, ce qui me semble durer des heures. Pourtant, il n'y avait pas beaucoup à faire...
J'ai ainsi tout le loisir de les détailler ( et de les écouter... ).
Celui qui a parlé en premier se nomme Alexandrus. Il a des cheveux dorés, des yeux d'un bleu si pur qu'il ne peut être qu'artificiel, une peau de pêche à la teinte parfaite. Ses yeux sont rehaussés de mascara et d'eye-liner noir. Ses sourcils sont blonds. Sa bouche est charnue, et d'un rouge éclatant. Ridicule.
Ensuite, il y a Apiss. Elle a de longs cheveux bruns, naturels, mais sa peau est striée de bandes jaunes et noires. Ses yeux noirs sont immenses, et rehaussés par du mascara et de l'eye-liner. Je crois apercevoir des ailes translucides et minuscules dans son dos. Hideux.
Enfin, la troisième, bien plus jeune que les autres, est Carlia. Cheveux roux qui semblent être de vraies flammes. Yeux verts qui lui mangent son visage. Peau blanche surnaturelle. Bouche rouge sanglante. Une beauté tapageuse, mais qui a au moins l'air naturelle. Enfin, à part pour les cheveux qui semblent brûler.
Ils m'ont laissée dans un petit salon, enveloppée dans un peignoir blanc moelleux. Enfin, mon styliste entre. C'est un gros homme gras qui me regarde comme si j'étais son déjeuner. En fait, je comprends un peu mieux l'expression employée par Flame tout à l'heure. Je frissonne. Ce type a l'air prêt à me sauter dessus. Finalement, je ne me sens pas si bien. Je me sens... comme un morceau de viande. Et je suis sur l'étalage et un client me regarde avec appétit. Et ça me révulse. Je hais être regardée comme ça.
Il m'inspecte, écarte mon peignoir pour contempler chaque centimètre carré de mon coeur.
Je suis tellement mal à l'aise...
- Bien, tes mesures vont très bien avec ce que j'avais prévu.
Même pas un bonjour ? La politesse n'est pas le fort des gens du Capitole...
- Apiss, Alexandrus, Carlia ! Venez l'aider à mettre son costume !
Une éternité plus tard, je suis affamée mais prête. Mon styliste, Claudius, m'autorise à manger du pain ( blanc ) et une banane. Le minimum qu'ils aient... et pour la seule chose qui évite totalement les tâches...
Je me regarde dans le miroir. Je peine à me reconnaître. Je suis vêtue d'une simple robe recouverte, littéralement, de joyaux qui scintillent. Rubis, émeraudes, saphirs, diamants, et bien d'autres... Je suis recouverte de pierres précieuses ( et semi-précieuses ). Mes cheveux ont été attachés en un chignon où ont été piquées des fleurs en améthystes. Sur mon visage, ils ont dessiné des arabesques au crayon scintillant. Fard à paupières doré, mascara et eye-liner noir. Je suis plus belle que je ne l'ai jamais été. Lucia n'était pas aussi belle lors de sa Parade !
Ca y est. Ca va être à nous. Mon partenaire lui aussi est revêtu de joyaux. Nous sommes parfaitement assortis. Je ne le connais pas, et je n'ai pas trop envie de s'allier avec lui " dans l'alliance ". Mais je n'ai pas le choix...
Les portes s'ouvrent, les chevaux s'élancent, et...
Nous voici dans le Grand Cirque, et la foule en délire nous acclame. M'acclame. Moi. Trea. Trea Wonder. La fille du Un cette année. Je reste hautaine. Je dois garder une attitude constante.
Maintenant, je suis inaccessible, contrairement à mon partenaire qui sourie et renvoie ses saluts à la foule. Et donc, plus attirante pour les sponsors, je crois.
Mais j'adore vraiment chaque minute que je passe sur ce char, acclamée par une foule en délire, couverte de pierres précieuses.
J'imagine la tête de Lucia, à la maison. Oh, ce que j'aime être ici !
Pendant ce temps, au district Un...
- Je la hais.
Le ton était calme et froid. La résolution, la détermination se lisait sur chaque trait de la jeune femme, qui crispait les poings, les yeux plissés. La fureur brûlait dans son regard.
- Si elle revient...
Sa mère et son père la regardaient avec peur et admiration mêlées. Elle détourna un instant son visage de l'écran où Trea faisait un tour triomphal du Grand Circle, vêtue de joyaux, pour leur faire face.
- Je la tuerais. De mes propres mains.
- Lucia... commença son père. Une deuxième gagnante dans la famille... ça fait de la gloire, de l'argent... Si elle meurt...
- Vous avez bien assez avec mon argent. La gloire, vous l'aurez dès qu'elle sortira de l'arène, et elle ne s'évanouira pas. Trea n'a pas besoin de rester en vie. Enfin, si elle sort de l'arène...
- Lucia...
- Ne vous inquiétez pas. Je maquillerai ça en accident. Pas de problème. Personne ne soupçonnera jamais un meurtre.
District Deux
Nickolas Morir, 18 ans
Ce soir, c'est la Parade. Un événement décisif, on nous l'a toujours répété au Centre d'Entraînement. Un tribut dans un costume magnifique ne sera jamais oublié ; malheureusement, ça dépend très peu de nous. Nous sommes entre les mains des stylistes.
Après le petit-déjeuner, l'hôtesse nous emmène au Centre de préparation. Nous allons y passer la journée...
Juste avant d'être séparés, je glisse à Merinda un " B-bonne ch-chance... "
Elle me sourit en retour, un sourire chaleureux et éclatant. Elle est très belle, je trouve. Et elle est si gentille...
Arrête-toi là, Nickolas. Dans 6 jours vous êtes dans l'arène, et l'un d'entre vous devra mourir pour que l'autre ressorte. Il n'est pas question de s'attacher !
J'inspire profondément, et me prépare à rencontrer mes préparateurs.
Je suis assailli par 3 Capitoliens dès mon entrée. Ils parlent vite, avec excitation, tant et si bien que j'ai beaucoup de mal à les comprendre.
Puis ils me font installer, et commencent à me préparer. Je les observe et écoute leur conversation, entièrement tournée vers les Jeux qui se préparent.
Ils sont 2 hommes et une femme: Hubertus ( quel prénom horrible ), Cubitus et Helena. Tous trois sont habillés et maquillés de façon grotesque.
- Mon garçon, je suis sûr que tu as de tellement bonnes chances de gagner ! s'exclame finalement Cubitus lorsque la séance de préparation ( torture ? ) est finie. Ta styliste, Emerita, va a-do-rer !
- Tu es magnifique, confirme Helena.
Je hoche la tête, leur sourit timidement. Ils m'entraînent dans un petit salon, me laissent nu, enveloppé dans un peignoir.
- Elle va arriver. Mange, le buffet est servi ! me dit Hubertus.
Puis ils sortent.
Emerita a la peau littéralement dorée, les cheveux dorés, les yeux argentés. Une véritable agression pour les yeux. Elle a l'air très jeune, pourtant je sais qu'elle a plus de 40 ans. Elle a commencé à être styliste dans les Jeux vers 25 ans, lors 29emes Hunger Games... Néanmoins, elle est sympathique. Je l'apprécie, enfin autant qu'on puisse réellement apprécier quelqu'un du Capitole... Elle parle aussi beaucoup, ce qui m'arrange bien...
Mes préparateurs reviennent pour m'aider à m'habiller. Emerita m'interdit de me regarder avant que le costume soit bien ajusté. Je pense à Merinda. Ses cheveux noir de jais. Ses yeux en amande, couleur de jade. Sa peau sans défaut. Son physique athlétique. Son corps mince et musclé...
Stop !
- Tu peux ouvrir les yeux, Nickolas, dit Emerita.
Je m'exécute, et me découvre vêtu d'une tenue de gladiateur de l'ancien temps : armure en bronze au-dessus d'une tunique blanche, cape rouge retenue par une broche en or... une épée factice est même accrochée dans son fourreau à ma ceinture de cuir. C'est magnifique. Je suis élégant, et menaçant. Cubitus pose sur ma tête une couronne de lauriers en or. Esmerita a tracé des ombres sous mes yeux, et, grâce à un maquillage très habile et très trompeur, a dessiné une longue cicatrice sur ma joue.
Je rejoins Merinda, habillée comme moi mais dans une version un peu plus féminine. Elle n'a pas de cicatrice à la joue, mais une sur le bras. Elle est très belle. Mon coeur tambourine. Elle me sourit. Un sourire éclatant mais un peu anxieux.
- Les stylistes ont fait un beau travail, elle dit doucement tandis que nous montons sur notre char.
- O-oui.
- Tu es nerveux ? elle chuchote.
- J-je n'ai j-jamais eu au-aussi p-peur de t-toute ma v-vie...
- Moi aussi, elle murmure. Je peux te prendre la main ? J'ai peur de tomber...
Je hoche la tête, la bouche sèche. Sa main est chaude et douce.
Devant nous, le chariot du Un s'élance. C'est à notre tour. Nos chevaux s'ébranlent... On y va.
- Ne me lâche pas, dit Merinda.
Puis elle rit, un peu nerveusement, et dit:
- C'est idiot d'angoisser comme ça, vu ce qu'on va affronter dans l'arène, mais là à ce moment ça me paraît dix fois pires...
- Ce-ce n'est p-pas i-idiot, je la rassure.
Et nous entrons dans le Grand Cirque, acclamés par la foule en délire. Je les salue, et ma partenaire aussi. Nous ne nous lâchons pas.
Je suis bien, finalement. La foule nous acclame et Merinda resserre sa poigne. Je lui presse sa main. Je suis là, avec elle. Je m'autorise, un instant, à oublier un peu les Jeux. Saluer la foule tout en savourant son contact. J'ai bien le droit à ce petit moment...
Pendant ce temps, au district Deux...
Le couple contemple l'écran de la télévision sans un mot. Ils sont assis aux deux extrémités du canapé, le plus éloigné l'un de l'autre. Ils ont laissé la lumière du salon éteinte, si bien que seule la lumière de la télévision éclaire leurs visages.
Soudain, la femme parle. Sa voix est rauque, un peu cassée.
- Il est si beau...
- Oui, approuve le père, et sa voix est pleine de fierté.
Ils se taisent à nouveau tandis que Nickolas fait le tour du Grand Cirque, là-bas, si loin, au Capitole.
- Il faut qu'il revienne, ajoute la mère, et brusquement, elle éclate en sanglots.
Son mari reste un moment immobile, sans savoir que faire, puis il se rapproche d'elle et la prend dans ses bras.
- Chut... il souffle. Il va revenir. Notre fils est le meilleur.
Elle hoche la tête, le visage baigné de larmes. En un instant, ils sont redevenus amoureux, comme au premier jour.
Et ils s'embrassent passionnément. L'absence de leur fils unique les a finalement réconciliés...
- Je t'aime, souffle la femme.
- Moi aussi, répond son époux entre deux baisers. Je regrette tellement...
- Tais-toi. Embrasse-moi, le coupe sa femme, la femme de sa vie.
Si seulement Nickolas avait été là, pense-t-elle, pour nous voir enfin réconciliés...
Mais il n'est pas là. Il est loin, au Capitole, en train de défiler sur un char flamboyant.
District Trois
Pixie Hollow, 13 ans
J'ai pleuré une bonne partie de la nuit. Lorsque je me réveille, j'ai les yeux rouges et gonflés. Tant pis. Peu m'importe.
Je me sens mieux. Un peu mieux. Les larmes ont emporté une partie de mon angoisse et de ma nostalgie et de ma terreur et tous ses sentiments qui me tourmentaient. Je me sens apaisée.
La tête de mes préparateurs quand ils me voient vaut de l'or. Même si c'est mon physique qui les désespère ainsi...
- Tu n'a jamais pris soin de tes cheveux ? me lance finalement l'un d'entre eux.
Je hausse les épaules. Je vais avoir besoin du temps qu'ils me préparent pour réfléchir. Je ne fais même pas l'effort de les regarder, ou de retenir leurs noms. Il faut que j'élabore un plan.
Déjà, il me faut prioritairement apprendre à manier une arme. Lancer des couteaux, par exemple. C'est le plus urgent.
Ensuite... je n'ai pas envie de m'allier avec l'autre fille de 13 ans et le garçon de 12 ans. Mais aucun tribut ne voudra s'allier avec moi. Tant pis. Ca me fait mal, là, dans la poitrine. Personne n'a jamais vraiment voulu de moi... Même Papa. Quand Glana est née... Je ne veux pas penser à ça. Je ne veux plus être la petite fille rejetée. Je sais qu'il y a tellement peu de chances que je sors vivante des Jeux... Mais je dois y croire. Et puis, Tech m'a demandé de me battre. Alors je me battrai. L'arène... J'en sortirai vivante.
J'attends mon styliste en grignotant quelques trucs du buffet. Je suis nue, enveloppée dans un peignoir blanc moelleux. Je me sens mal à l'aise, pas du tout à ma place. J'ai peur que mon styliste soit un vieux dégoûtant qui me regarde avec un air plein d'appétit. Non qu'il ait beaucoup de choses à regarder.
Il entre. Je me rend compte que je retiens mon souffle.
C'est un homme jeune. Peau blanche, presque translucide. Yeux d'un bleu à couper le souffle. Cheveux blonds, comme faits d'or. On dirait une statue d'albâtre, sauf qu'il est réel. Tout chez lui est ambiguë. Son sourire en coin, ses yeux où brille une lueur étrange, sa beauté époustouflante.
- Bonjour, Pixie.
Sa voix est chaude, douce comme du miel. Et je sais, immédiatement, que je déteste mon styliste. Je sens l'instinct de prédateur dans chacun de ses gestes et de ses intonations.
Je suis soulagée lorsqu'il rappelle les préparateurs pour l'aider à me mettre mon costume.
Enfin, il m'autorise à regarder.
Je suis vêtue, littéralement, de puces d'ordinateur. Des connexions électriques se font de temps à autre, illuminant la robe. Mes cheveux ont été coiffés en chignon, un chignon propre et net. Je remarque qu'ils sont désormais blonds, mais d'un blond clair, et qu'ils sont épais, brillants. Je sens de la gratitude pour mes préparateurs. Quelle belle sensation d'avoir d'aussi beaux cheveux !
On m'a juste mis un peu d'ombre à paupières noires. Je me sens un peu belle. Pour la première fois de ma vie...
La Parade va bientôt commencer. Je suis morte de nervosité, d'inquiétude. Chad Dreand, à côté de moi, observe les autres tributs. Moi je ne peux pas. J'ai trop peur de la suite...
Les portes s'ouvrent et le premier char s'élance. Les deux Carrières du district Deux, devant nous, se tiennent la main. Dans le noir, ils ne sont plus aussi impressionnants. Juste des adolescents, en fait.
Et c'est à nous.
La lumière m'aveugle. Une foule colorée et bruyante nous acclame. Quelqu'un lance même une fleur à Chad. Je ne sais pas si nos costumes ont vraiment du succès ou si c'est dans la fièvre du moment. Je sais que les deux premiers districts ont des costumes magnifiques. Je n'ose pas me retourner pour voir les autres. Mon coeur tambourine dans ma poitrine. Je détaille la foule. Personne ne crie mon nom comme on crie celui des Carrières, mais je m'en fiche. De toute manière, qui voudrait miser sur moi ?
Pendant ce temps, au district Trois...
La famille entière est rassemblée dans la pièce à vivre, devant l'antique écran de télévision, l'objet le plus luxueux de la pièce. Les parents sont assis sur deux chaises en bois branlantes; les 2 enfants restants, sur le sol nu.
- Je vois Pixie ! Je vois Pixie ! s'exclame Clen, le petit dernier, tout heureux de voir sa grande soeur.
Personne ne dit rien, tous se contentant de fixer l'écran.
- Foutu sort ! s'exclame enfin la mère. Glana a besoin d'avoir le ventre plein, et sa soeur ramenait à manger... Cette gamine n'a jamais servi à quoi que ce soit d'autre, de toute manière. Et maintenant, cette idiote s'est arrangée pour partir !
Glana se retourne vers sa mère, la fixant tranquillement de ses yeux de mille ans.
- Elle ne servait pas qu'à ça, dit-elle d'une voix douce. Moi, je l'aimais bien. Et Clen aussi.
- Mouais, grogne la mégère. Il n'empêche...
Son mari regarde Pixie sur son char, acclamée par la foule. Il la regarde avec une intensité presque effrayante. Tout son corps est tendu vers le poste, comme s'il voulait bondir pour se jeter à l'écran, le traverser et rejoindre sa fille aînée.
- Ma petite fée, il souffle d'une voix à peine audible, si bien que personne ne l'entend. Pardonne-moi...
Et une larme, qui semble faite de cristal, coule le long de sa joue pour tomber au sol.
- Pardonne-moi, il répète pour lui-même.
