Base : Bleach
Genre : romance, angst
Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres
Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.
Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)
Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).
NA : comme promis, de retour en ce 1er septembre ! Courage à tous ceux qui rentrent en cours !
QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !
Le doute I
« Agis avec ton serviteur selon ton amour,
Je suis ton serviteur, fais-moi comprendre »
L'obscurité se fendait de larges raies de lumière, les volets toujours clos laissant passer le jour de cette après-midi ensoleillée. Dans la vaste pièce vide, Byakuya Kuchiki s'était agenouillé, lui qui ne ployait devant personne, il semblait porter fidèlement le culte de l'idole qui se trouvait face à lui. Sur un petit meuble de bois précieux, l'immortel portrait de sa femme.
Ma très chère..., Hisana.
Quelque chose d'humide l'empêchait de respirer normalement et un goût salé passa sur ses lèvres. Il déglutit avec difficulté. Pour la première fois depuis si longtemps, Byakuya pleurait.
Il s'agenouilla, les mains posées sur le sol de joncs tressés. Il savait depuis des années qu'il vivait pour des morts. Pour les morts de son clan, qui l'avaient précédé et dont il se devait de faire perdurer l'honneur. Et puis pour une morte en particulier, pour la seule qui avait compté à ses yeux, la seule dont il estimait la vie plus qu'il n'estimait la sienne. Et malheureusement, la seule qu'il n'avait pas pu sauver.
Est-ce qu'à force de n'avoir vécu qu'avec ces générations de morts, ces Kuchiki avant lui, d'avoir préféré protéger les morts plutôt que les vivants, avait fait de lui un... cadavre ? « Ça ne m'intéresse pas d'aimer un cadavre. » Malgré leur impertinence, ces mots avaient touché quelque chose de profond en lui, sans le savoir, son lieutenant avait appuyé là où cela faisait mal. Il lui avait rappelé que ce qu'il aimait était mort.
Il lui restait Rukia. Il était parfaitement conscient que son refus de voir sa jeune sœur s'en aller tenait plus de l'égoïsme que du réel soucis de la voir en danger. Il voulait juste garder cette étincelle de vie à protéger.
S'il en voulait tant à Ichigo, n'était-ce pas parce qu'il attirait irrésistiblement Rukia vers ce que lui-même combattait intérieurement : la spontanéité, la rébellion, la soif de vie...
« Pardon, Hisana...
Les mots franchirent ses lèvres avant même qu'il ne les pense.
- Pardon, ma dame. Au fond de moi, je n'ai jamais cessé de considérer notre union comme une faute. Vous le voyiez certainement, mais vous n'aviez rien dit de crainte de me froisser. Ce n'était une faute qu'aux yeux de ce monde et de ses lois. Mais je n'aurais jamais dû vous faire l'offense de préférer ces lois à votre amour. Pardonnez-moi encore. D'où que vous soyez, quelque soit votre visage aujourd'hui, j'espère que mes doute n'assombrissent pas votre sourire. Daignez retenir simplement un peu de votre attention pour moi de temps en temps. »
Doucement, il déposa un chaste baiser sur le portrait de son épouse et se retira. Comme apaisé par cette conversation solitaire, Byakuya sourit, pour la première fois depuis une éternité.
Puisqu'il fallait bien retourner à sa capitainerie, ne serait-ce que pour rassurer les quelques shinigamis qui oseraient se demander où il était passé, il reprit la direction du bureau. Mais par le chemin le plus long. Et sans shunpo. Autant faire traîner cela le plus longtemps possible. Il n'était pas à cela près.
Il faut dire qu'il avait pris le temps de retourner chez lui, de reprendre ses esprits (comprendre, de paniquer de longues minutes, seul, immobile, assis sur les talons, le regard dans le vide, façon légume cuit) et de se laver. Oui, une visite longue et approfondie dans la vaste salle de bain de ses appartements lui avait rendu un tout petit peu d'estime de soi. Beaucoup prétendent que savourer un bon bain moussant (ou pas moussant, hein, au choix, mais Byakuya les préfère moussants) est une passion typiquement féminine. Byakuya préférait le terme « raffiné » pour définir cette activité. Ce n'était pas de sa faute si les femmes sont plus raffinées que les hommes ! Lui donc, savait apprécier les bienfaits de l'eau chaude et en avait longuement profité, le temps que la sensation poisseuse disparaisse de sa peau.
Et puis, il avait rendu cette étrange visite à sa défunte épouse, sa visite quotidienne à l'autel familial, qu'il avait négligé pendant quelques jours.
Il n'y avait pas de meilleur moyen pour lui de se sentir mieux que de trouver auprès de sa chère Hisana un accord, même muet, même deviné, même incertain.
Maintenant, oui, il allait faire avec tout ça. Inutile de refouler ce qui était arrivé à présent, et ce n'était pas non plus la peine d'éviter à tout prix ce qui arriverait. Enfin, il se retrouvait, imperturbable, inaltérable, indégelable.
Sur le chemin du retour... enfin, sur le détour fait pour éviter le chemin du retour, il croisa... non pas lui... D'accord, il venait de subir l'influence bisounoursesque de la bonté d'Hisana Kuchiki mais là, non... ça ne pouvait pas passer ! Pas lui !
Et quand il vit de qui « lui » était accompagné (poursuivi en fait), Byakuya ne put qu'esquisser un geste d'effroi, de recul, de dégoût. Les deux d'un coup ! Mais le ciel est en train de me punir pour avoir succombé à la tentation ? Ou pour avoir cassé quelques os à Renji ?
D'ailleurs, il était presque prêt à être indulgent avec ce dernier, mais de là à sympathiser avec les deux monstres qui arrivaient droit sur lui, il y avait une marge tellement immense qu'il ne voyait aucun moyen de la combler en quelques secondes. Ce fut donc un accueil plus que glacial que reçut Ichigo d'abord, puis Kenpachi Zaraki ensuite.
Les deux primates de service... Byakuya respira profondément. Il avait encore bien trop mal au cul... pardon, au bas du dos, pour shunpoter avec toute la grâce et l'élégance qui lui étaient propres. Donc... ben... pas trop le choix.
Il vit le moment où les deux erreurs de la nature qui se précipitaient vers lui le reconnurent et leva les yeux au ciel, de désespoir. Il se sentait entouré de bourrins. Et si en plus, Rukia déménageait, le taux de raffinement de son entourage allait décroitre dangereusement.
Néanmoins, il y en avait au moins un des deux, qu'il n'était pas mécontent de voir.
« Ichigo Kurosaki », murmura-t-il d'un ton pensif.
Le jeune garçon eut un moment d'hésitation (trèèès court), et se jeta à la rencontre du capitaine en souriant. Un de ces sourires si débiles qu'on a envie de tuer le gars qui ose sourire comme ça, juste pour lui apprendre !
« Ah ! Byakuya !
Ichigo se fit dépecer du regard, mais ça ne lui fit ni chaud ni froid. Hey ! On est le héros ou on ne l'est pas ! Il changea donc de sujet (me dépèce pas tout de suite, s'il-te-plaît) avec le sens des réalités qui le caractérise.
- Heu... t'as pas vu Renji ?
Byakuya ne répondit rien, attendant de voir jusqu'où l'outrecuidance de ce gamin pouvait aller, son éternel air de « je me fais chier ici, tu peux pas savoir » collé sur le visage. Ichigo adressa une rapide prière à tous les dieux qu'il connaissait plus quelques uns de son invention pour le repos de l'âme de son pote. Quelques secondes plus tard, vint prendre part à ses prières, le capitaine le plus brutasse du Seireitei qui s'incrusta avec tout le tact et la délicatesse qui le caractérise.
- Alors Kuchiki ! Tout fout le camp dans la famille !
Byakuya réussit à garder un silence de mort qui fila un frisson insupportable à Ichigo mais ne fit même pas frémir le capitaine à clochettes.
- Remarque, elle devait s'emmerder à mourir avec toi, j'comprends qu'elle veuille changer d'air.
Oui mais là, y'a des limites à tout. Byakuya, encore tout transporté d'avoir causé avec sa chérie, avait déplacé celles de sa patience à une extrémité... extrême. Il se surprit donc à changer de sujet, et revenir sur ce gamin aux cheveux improbablement orange. Orange... non mais franchement... comment pouvait-il laisser ce vulgaire humain aux cheveux orange embarquer sa sœurette adorée sans rien dire ?
Il le toisa, ignorant soigneusement Zaraki, qui, nullement vexé, attendit la suite avec un sourire narquois aux lèvres.
- Kurosaki, que fais-tu encore ici ?
- Ben... ouais, en fait je voulais te dire, à propos de toutes les rumeurs que tu as pu entendre ici, parce que... ben y'a pas un mot de vrai à ce que tout le monde dit.
- Pardon ?
Byakuya en fut estomaqué. Ce gamin venait d'éluder sa question, il se permettait de répondre à côté de la plaque. Ichigo se méprit tout à fait sur le sens du regard noir que lui jeta le capitaine, et donc, étaya son propos.
Ben Rukia vient bien sur Terre et chez moi, mais c'est juste en attendant de lui faire une couverture plus sûre. Et puis, on va pas vivre ensemble, hein. C'est temporaire, et puis elle sera dans la chambre de mes sœurs cette fois-ci, et c'est juste pour qu'elle s'acclimate.
Byakuya se demanda brièvement où sa sœur avait bien pu passer ses derniers temps sur Terre, puisqu'à entendre le jeune humain, elle avait déjà séjourné ailleurs que dans la chambre des sœurs Kurosaki. Il faudrait qu'il éclaircisse tout ça.
- Nan, mais c'est parce que les autres disent des trucs... enfin, ils se font des idées quoi. - Alors, ben... sois rassuré quoi.
Byakuya hocha la tête, l'air le plus indifférent du monde. Ainsi Ichigo Kurosaki pouvait faire preuve de délicatesse. Étrange découverte !
- Et Renji qui croyait que t'allais gueuler ! Finalement, tu le prends plutôt bien tout ça, nan ? C'est cool.
Rectification : Ichigo Kurosaki prenait soin de compenser chaque action délicate par une autre, plus grossière et insolente que jamais, pour rappeler à la face du monde qu'il possédait autant de tact qu'un tracto-pelle !
Il décida de se marrer un peu (ben ouais... même lui, il a le droit à sa minute de déconne). Son regard implacable alla de Kenpachi à Ichigo et un sourire de psychopathe vint fleurir sur ses lèvres... dans sa tête, pas en vrai, faut pas pousser le bouchon !
- Tu cherchais Renji ?
Ichigo hocha la tête, sans se méfier.
- Ben ouais.
Byakuya se retint de ricaner, mais le cœur y était.
- Tu le trouveras... à l'hôpital central. »
Laissant Ichigo comme deux ronds de flan, il shunpota en beauté et regagna son manoir avec la dignité qu'il sied à un homme qui ne sent plus ses reins, et encore moins son cul.
Profitant de la diversion, Ichigo se remit à courir. D'une, pour rejoindre Renji à l'hôpital, histoire de faire une petite prière supplémentaire, et des adieux en règle, de deux, pour échapper pour de bon au taré qui cherchait à lui foutre des coups de sabre dans la gueule.
Resté derrière, Kenpachi se demanda une seconde qui il devait suivre. Kuchiki, pour l'asticoter, voire le provoquer en duel de sabre, ou Ichigo, pour le provoquer en duel au sabre, voire l'asticoter (s'il était encore en état après). Cruel dilemme, qui trouva une résolution des plus simples lorsqu'il réalisa qu'il n'avait absolument aucune idée de l'endroit où il se trouvait. Il avait quitté sa capitainerie aux trousses d'Ichigo, et l'avait suivi, et comme ils avaient l'un comme l'autre le même sens de l'orientation, digne de celui d'un concombre cuit, ils arrivaient fort bien à se perdre dans le dédale des rues du Seireitei. Mais il faut dire que toutes les rues se ressemblaient dans cette ville, et toutes les maisons aussi, et puis à chaque fois que Kenpachi arrêtait quelqu'un pour lui demander le chemin, le pauvre quidam prenait la fuite en hurlant que « maman-pitié-pas-ça-je-ne-veux-pas-mourir ». Résultat : neuf fois sur dix, le capitaine errait des heures durant dans des rues vides (ou qui se vidaient à son approche). Et après on s'étonne qu'il soit toujours sur les nerfs, mais c'est qu'il finissait pas en avoir plein les pieds, et en plus, ça le faisait toujours arriver en retard de partout, et donc, il passait pour un type impoli qu'il n'était pas.
Donc, rumination pour rumination, Kenpachi se retrouva, en fin de compte, tout seul, incapable de suivre, ni son homologue, ni son humain préféré, et paumé, complètement paumé dans une rue qui ne lui disait rien (enfin, pas plus que les autres rues du quartier).
De son côté, Ichigo était arrivé à l'hôpital. C'était pas dur, il suffisait de suivre les cris et autres hurlements.
Là, il se renseigna dans le hall d'accueil.
« Bonjour, heuuuu... je cherche Renji Abarai. Il est là ?
La préposée à l'accueil le dévisagea avec incrédulité. Un instant, Ichigo sentit venir le « Renji, bien sûr, il a une chambre à l'année » mais non, la jeune shinigami se contenta de hocher la tête avant de signaler le couloir au fond du hall.
- Troisième pièce à droite. C'est écrit ''salle de soin'' sur la porte, vous ne pouvez pas vous tromper.
Tout en remerciant la jeune femme, il se précipita dans le couloir indiqué et se rua dans la première pièce venue. Ce qui provoqua le hurlement de la jeune femme en train de se faire examiner par une shinigami en blouse blanche.
- Désolé ! J'me suis trompé de salle... balbutia-t-il en faisant semblant de se cacher les yeux pour ne pas voir le charmant spectacle de la jeune femme à demie nue.
Après s'être fait traiter de pervers et à moitié assommer, il se dirigea vers la bonne salle et prit la peine de toquer à la porte, on ne sait jamais.
- Entrez !
Il sourit en reconnaissant la voix d'Hanarato et entra, découvrant le curieux spectacle de Renji, la tête enrubannée de bandes velpeau, et deux jeunes shinigamis qui le surveillaient avec attention.
- I'i'o ! beugla le blessé d'une voix bizarrement cassée.
- Ah merde... répondit sur le même ton le jeune humain avant d'éclater de rire. Bouaaaf harff aaah ! Renji ! Haaa.. haouhahahahaouhahaha !
- 'A 'eule ! Riposta le vice-capitaine, l'air tout à fait énervé et remis en forme.
Finalement, Ichigo se calma... surtout parce que sa vessie commençait à protester contre ce traitement à base d'éclats de rire.
- Merde, qu'est-ce que t'as... tu... c'est lui qui t'as fait ça ?
- 'An ! 'est le 'anse'ent 'i est 'o 'se'é !
La voix hésitante d'Hanataro protesta faiblement.
- Je vous assure, vice-capitaine, cela fait des années que je fais des pansements et jamais personne ne s'est plaint qu'ils étaient trop serrés.
Rikichi lança un regard navré à son ami et haussa les épaules.
- Si le vice-capitaine le dit...
Renji hocha vigoureusement la tête et appela à l'aide du regard son pote qui se demandait pour la énième fois ce qui le poussait à toujours revenir dans ce monde peuplé uniquement de fous furieux.
Finalement, il hocha la tête à son tour.
- Dis.. Hanataro, si personne ne te dis rien pour tes bandages trop serrés, c'est p'têtre parce qu'ils ne peuvent pas parler. Et là, ben... c'est juste que t'as moins serré que d'habitude, et donc Renji est en état de te le dire.
Les quatre shinigami hochèrent la tête avec circonspection.
- Ou alors il a une plus grande gueule.
Seuls trois d'entre eux acquiescèrent. Renji marmonna dans son pansement qu'il n'était pas du tout d'accord pour être traité de grande gueule mais qu'il trouvait tout de même gratifiant d'en être traité.
- Bien, alors... Hanataro avait l'air tout sauf convaincu mais sous le regard encourageant de Rikichi, il se leva pour retirer le pansement incriminé et le relâcha de quelques centimètres.
- Ça va mieux comme ça ?
Renji hocha la tête avec un « ha houais ch'est 'iieux ».
Ce qui arracha un nouvel éclat de rire délirant à Ichigo dont la vessie abdiqua tout contrôle. Il se leva et sortit précipitamment, à la recherche des toilettes les plus proches.
Quand il revint dans la salle de soin, Renji se massait la mâchoire en bougonnant.
Son élocution restait hasardeuse et fort différente de ce qui est habituellement compréhensible pour des oreilles normales mais avec un peu d'attention, on arrivait à peu près à suivre.
- Bgnon 'halor. I'higo, d'es p'as encore parti !
- Nan, Rukia a... ben rien en fait, y'a parait-il encore des choses à régler, machins, sécurité et tout et tout.
Sans rien comprendre (il faut dire aussi que c'est pas vraiment clair), Renji hocha la tête.
- T'façon, nor'ale'ent, le dgnanger dgnevrait être écardé 'aindegnant.
Ou alors il doit être dix fois pire qu'avant si je me suis trompé.
Ichigo hocha la tête, comprenant à mi-mots de quoi, ou plutôt de qui, il s'agissait.
- Ouais ouais... je l'ai rencontré... hem... il t'en a foutu une bonne là !
Renji hocha simplement la tête, économisant ses mots au maximum.
Plus que tu ne le crois. Mais là, il ne pensait plus vraiment à la même chose qu'Ichigo.
- Une sacrée branlée j'imagine, fit Ichigo en souriant bêtement.
A nouveau, un geste affirmatif lui répondit.
C'est le mot juste.
- Ye 'rois que dout ça wa se dasser gnedit à gnedit, y'a qu'à agnendre demain, elle l'aura le w'isou d'agnieu du g'and f'ère. »
Ichigo tenta vainement de garder son sérieux en imaginant Byakuya en mamie papouille qui embrasse sa petite-fille préférée à la gare, devant le train du départ. Et puis, finalement, non, c'était trop fort cette image. Il lui colla en plus un parapluie gris et un chapeau de paille pour compléter le tableau.
Pendant que Renji écrasait sa tatane dans le visage de son ami, histoire de lui apprendre le respect, Hanataro murmurait à voix basse avec Rikichi.
« Heu.. tu sais comment il s'est fait ça ?
Le jeune shinigami secoua la tête.
- Je crois qu'il vaut mieux ne pas demander, après tout... Rikichi hésita un peu avant de reprendre, d'un ton plus assuré. Après tout, cela ne nous regarde pas.
- Tout à fait, approuva Hanataro en souriant doucement. »
Rikichi croisa ce sourire timide et rougit malgré lui. Décidément, il n'arrivait pas à être désolé pour son vice-capitaine. Plus Renji souffrait, plus Renji se blessait et se prenait des coups de sabre dans la tronche, plus il avait de raison de traîner dans l'hôpital de la quatrième division. Et plus il voyait Hantaro, plus il était de bonne humeur, donc tout allait pour le mieux.
Finalement, on sépara la semelle de corde de la sandale de Renij et la joue d'Ichigo, et on dit adieux à Hanataro, sauf Rikichi qui, au dernier moment, se trouva une petite coupure sous le pied qu'il fallait absolument soigner.
« Haa ! Ches gndeux là ! Soupira Renji avec un demi sourire crispé.
- Qu'est-ce qu'ils ont ? S'enquit Ichigo, curieux. »
Le vice-capitaine haussa les épaules, laissant le jeune garçon à son innocence temporaire. Il ne perd rien pour attendre, pensa-t-il.
« Et gnoi, gnu 'ais quoi ?
Ichigo fronça les sourcils, encore plus que d'habitude.
- Ben, j'vais aller voir ce que Ukitake a à dire à Rukia, et pourquoi on ne peut pas partir tout de suite. Et puis... ben, je me sens bien de rester un peu à la onzième là, l'ambiance est bien chaude.
Quel bon petit, pensa Renji avec une larmichette à l'œil. Un vrai bourrin en fleur, on en fera quelque chose de bien si les petits cochons ne le mangent pas avant.
Ichigo reprit, autant pour lui-même que pour son interlocuteur.
- Et puis... ben, j'ai un peu l'impression de pas avoir saisi tout ce qui concerne le séjour de Rukia sur Terre. Faudra que je m'y intéresse un peu... en attendant. Hé heu... bon... j'ai un peu l'impression que ça va super vite.
Renji hocha la tête lentement.
- Hem... ça fait pas trop mal ?
Renji secoua la tête avec un rictus douloureux.
- 'che sens gnesque 'yien.
- Ouais, je vois bien.
Avec un ricanement moqueur, Ichigo laissa son pote aux portes de sa capitainerie.
- Je ferais bien de pas trop traîner moi, Ikkaku veut m'apprendre un nouveau jeu de hasard.
- La 'ouledde au sabre ?
- Nan, ça on l'a déjà fait hier.
- Le mikagndo à gage ?
- Ouais, un truc comme ça ! Fit Ichigo avec un sourire ravi et niais collé sur les lèvres. »
Renji étouffa un éclat de rire peu charitable. Il va s'en prendre plein la gueule, le pauvre petit. Il faut dire aussi que dans ce jeu ridicule où des sabres remplaçaient les baguettes de mikado, les gages avantageaient bien plus les participants de plus d'un mètre quatre-vingt dix. Comme quoi, c'était pas gagné pour le shinigami remplaçant. Ils se dirent donc au revoir à quelques pas de la capitainerie de Renji. Ce dernier, pour une fois, avait réellement envie de rentrer chez lui, enfin, dans son bureau, avec son capitaine, de le revoir, de montrer qu'il ne prenait plus la fuite, qu'il avait un minimum de sens des responsabilités.
Arrivé au bout du couloir où se trouvait les bureaux des officiers, Renji hésita une courte seconde. Il venait tout juste d'alourdir un peu plus son palmarès en matière de rapport plus ou moins consenti avec un supérieur, donc, l'accueil qu'il redoutait aurait bien pu être le dernier.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, alors qu'il rassemblait ses forces à la porte du bureau de Kuchiki, la voix de celui-ci s'éleva, impérieuse.
« Entre. »
Il s'exécuta, incertain du sort qui l'attendait s'il ne prenait pas la fuite, et poussa la porte avec une lenteur d'escargot asthmatique.
« Entre donc, reprit Byakuya avec exaspération. »
Exaspération car, d'une, il ne s'attendait pas à ce que son vice-capitaine revienne aussi tôt, d'habitude, il prenait la fuite dans un quelconque antre mal famé, un boui-boui miteux, une capitainerie de cinglés, un bar sordide... De deux, il avait sentit son reiatsu traîner de long en large depuis l'entrée du bâtiment, et ça commençait à lui courir sur le haricot de se demander quand est-ce que son subordonné aurait les tripes d'entrer. Et de trois, il avait encore vachement mal au cul, et ça, forcément, ça ne peut que mettre de sale humeur.
Renji entra donc, et salua respectueusement et bien bas son capitaine qui en fut tout étonné. Ah ben ça ! Si à chaque fois que je veux obtenir un peu de respect de sa part, je dois le laisser me passer dessus, je n'ai pas fini de m'assoir sur un coussin.
Puis il lui présenta la petite note de la quatrième division, portant le sceau du capitaine Unohana et la signature d'Hanataro. Ce mot devait, en substance, expliquer son absence momentanée, justifier son incapacité à certaines tâches (à cause des blessures), bref, rien que Kuchiki ne soit capable de comprendre de lui-même.
Kuchiki attrapa le mot, le lut, le relut une fois, puis deux, puis trois, puis lors de la quatrième relecture, lutta de toutes ses forces pour empêcher un sourire de franchir le seuil de ses lèvres.
« Fractures multiples de la mâchoire. Recommandations : limiter les mouvements de la mâchoire dans les jours à venir. Mouvements d'articulation, de mastication et de succion à éviter. »
Ce que Byakuya traduisit immédiatement par « Renji réduit au silence. »
Finalement, c'était plutôt une bonne chose que d'avoir cédé à son mouvement de colère, il pouvait maintenant compter sur un calme relatif au bureau pour quelques jours. Mais il n'était pas au bout de ses surprises, et lorsqu'il se pencha plus minutieusement sur le mot, il aperçu les « petites lettres de bas de page ».
Au dessous de la consigne, se trouvait toute une liste de recommandations que Byakuya déchiffra avec un air consterné. Entre l'interdiction de manger de la viande crue (chose qui, de toute façon, ne devait pas arriver tous les jours à Renji, enfin, Byakuya l'espérait) et la liste des différentes pommades qu'il avait le droit d'utiliser, se trouvaient quelques petites annotations mystérieuses. Les mouvements sollicitant trop la mâchoire dans les rapports intimes sont à proscrire. Mais où est-ce qu'ils allaient chercher ça ? Ces tordus de la quatrième division ! Pour chaque blessure, il devait y avoir les interdits sexuels correspondants, s'indigna intérieurement Byakuya, ce n'est pas une raison pour les mentionner en toutes lettres. Surtout sur un mot qui lui est destiné. Le mot devait certainement être formaté, avec un modèle commun pour tous les maux possibles, sauf que pour le coup, il soupçonnait diablement Unohana de l'avoir fait exprès, pour lui, pour l'emmerder, pour lui rappeler avec tact et douceur qu'elle savait tout et qu'elle pouvait lui pourrir la vie avec ça.
Bref, il leva un regard intrigué vers son vice-capitaine, réellement curieux de savoir ce à quoi pouvait ressembler un gars forcé au silence. Surtout quand ce gars est Renji.
Ce qu'il lut dans son regard ressemblait beaucoup à une stupidité sans borne, mais dans son infinie mansuétude et dans l'état de trouble qu'avait causé leur étreinte quelques heures plus tôt, Byakuya interpréta ce regard comme celui de la contrition.
Il hocha la tête avec une indifférence feinte.
« Bien, tu peux reprendre ton poste. Bien sûr, aucune activité de ce genre ne te sera demandée, promit Kuchiki. »
Cela ne lui coutait rien de le dire, de toute façon, Renji parlait tout seul, sans qu'on le lui demande.
Renji acquiesça et tenta un sourire ironique qui se solda lamentablement par un rictus douloureux.
Aucune activité incluant la bouche : on lui demanderait de se taire, de ne pas manger, ne pas sourire, et ne rien faire d'autre avec ses mandibules. Et ce « rien d'autre » comprenait pas mal de choses pas très catholiques dont l'esprit du vice-capitaine débordait.
Il se réinstalla cependant à son fauteuil et lorgna la pile de dossiers qui ornait habituellement son bureau. Était-ce un effet de son imagination ou cette pile avait-elle diminué depuis le matin ? Il mesura approximativement la hauteur du monticule administratif. Effectivement, elle était plus basse. De là où il était, il pouvait difficilement sonder le fond de l'œil de son capitaine, mais il aurait donné cher pour savoir pourquoi ce dernier avait jugé bon de le délester d'un partie de son boulot.
« C'hagnidaine ?
- Silence, rétorqua Kuchiki, l'air faussement sévère. Respecte tes consignes de soin. »
Offusqué, scandalisé, choqué par tant de bassesse, Renji réalisa soudainement que cette fracture tombait à pique, puisqu'elle lui interdisait toute question et toute suggestion (indécente ou non). Et donc, le réduisait à l'impuissance verbale. D'un autre côté, et c'est plutôt cela que Kuchiki avait compris, toute l'initiative maintenant, revenait au capitaine, qui n'en était pas mécontent. Là, c'était lui le capitaine, c'est lui qui déciderait, c'est lui qui parlerait, c'est lui qui se servirait de sa bouche... ou pas ! Faut pas exagérer non plus.
Sur ces cogitations que la morale aurait du mal à justifier, ils se remirent l'un et l'autre au travail, joyeusement et la fleur à la plume, comme tous les grattes-papier du monde.
Renji épluchait consciencieusement un palpitant dossier sur la rationalisation des locaux (pourquoi faire ? On manque de place ici ? Première nouvelle !) et Byakuya remplissait le formulaire d'affectation du personnel. Pourquoi est-ce qu'à chaque fois, on voulait lui refourguer les bleus les plus crétins du coin ? Mais c'était dans ces moments-là qu'il était content d'avoir Renji sous la main. Avec sa manie de traîner de partout, le vice-capitaine finissait par connaître pas mal de gens et pouvait mettre un visage sur beaucoup de noms. Byakuya aimait faire appel au jugement de Renji lors de la période des transferts entre divisions et des nouveaux arrivage de jeunes shinigamis frais émoulus de l'académie. Il aimait mais n'en abusait pas trop, c'était un coup à se retrouver avec une division onze bis !
Néanmoins, c'était un bon moyen de ramener Renji à des préoccupations plus normales que celles qui l'avaient traversé ces derniers jours. Et moi aussi par la même occasion.
« Renji ?
- Gnh ?
- Au sujet des nouveaux shinigamis de l'année...
- Nghoui ?
Bon, il comprenait les réponses jusque là, mais ça risquait de devenir vite coton.
- Keigo Shimazaki, cela te dit quelque chose ? »
Renji hocha la tête vigoureusement. Le petit Keigo n'avait peut-être pas le niveau intellectuel minimum requis pour devenir shinigami mais il possédait l'âme du shinigami. Bourrin, violent, obstiné, endurant, complètement timbré ! Une excellente recrue. Il tenta donc de transmettre son pont de vue à son capitaine, ce qui se solda par un « ou'gnh' 'eingo ch'est un nwav' gnedi » et Kuchiki, bien malgré lui, afficha une expression désespérée. Ça avait été marrant au début, ça allait devenir un enfer. En matière de communication en tous cas.
« Écris ce que tu as à me dire et viens à mon bureau, ce sera plus simple. »
D'un geste maladroit, Renji tira une feuille de papier de sous un tas de dossiers, ce qui renversa la pile au passage, mais Byakuya fit comme si de rien n'était. Il s'avança et resta planté comme un poireau dans son potager, face à Kuchiki qui prit patiemment le temps de se rappeler qu'il avait un énorme faible pour ce garçon avant de lui faire remarquer qu'il était bêtement planté devant son bureau comme un poireau dans son potager.
« Ne reste pas debout comme ça, viens t'assoir.
- Gnhé ?
- À côté de moi, ajouta le capitaine, regrettant ses paroles l'instant d'après. »
Dissimulant sa joie dans une expression de stupidité sans borne, Renji tira sa chaise à côté de celle de Byakuya, renonçant à sourire de toutes ses dents pour montrer son approbation, mais le cœur y était.
Alors, Keigo Shimazaki... Renji hésita quelques instants avant de trouver la bonne formulation. « Bon esprit ». Ce que Kuchiki traduisit par « brute épaisse sans cervelle ». Il ajouta quelques petites remarques
Finalement, ce moyen était aussi bon qu'un autre. Et Kuchiki commençait à se dire que cela lui permettrait au moins d'échapper aux détails inutiles, Renji serait forcé d'aller droit au but.
Au suivant, en l'occurrence, la suivante. Sushiko Aberamu.
À nouveau, Renji sembla réfléchir et gratta quelques mots sur le papier. Pendant qu'il travaillait ainsi, concentré sur sa tâche, Renji ne sentait pas le regard insistant de son capitaine sur lui.
Byakuya songeait à l'étrangeté de leur situation. Quelques heures seulement après avoir couché brutalement ensemble sur le sol d'une salle de sa propre capitainerie, ils se retrouvaient assis l'un à côté de l'autre, comme si de rien n'était. C'était pour le moins troublant.
« Gnapdaine ?
- Silence, murmura Byakuya, vexé de s'être fait surprendre dans sa contemplation. Continue d'écrire.
- Gne yeux yarwler !
- Écris, ordonna Kuchiki sur un ton de congélation. »
Et alors que Renji reprenait ses travaux d'écriture, Byakuya replonga dans sa contemplation. Parfois, le vice-capitaine hésitait, retenait un mouvement, barrait un mot. Dans ces moments-là, Byakuya baissait les yeux, de crainte d'être à nouveau découvert. Mais il reprenait bien vite sa veille vigilante, avec, pour la première fois, une lancinante question. Qu'est-ce qui se passe avec lui ?
Renji était... pas ordinaire bien sûr, mais pas assez extraordinaire pour justifier une telle intimité entre eux. Ils n'avaient pas grand chose en commun mais cela ne l'avait jamais empêché de se sentir proche de son vice-capitaine. Partager des moments de solitude, agir avec la certitude que Renji ne le jugerait pas, laisser parfois l'initiative au lieutenant, compter sur lui pour diriger la division. Tout cela, il le faisait sans se poser de question. Il laissait Renji prendre sa place auprès de lui, sans se demander jusqu'où cette place avait le droit d'aller.
Perdu dans la contemplation pensive des longs doigts raides qui trituraient machinalement le crayon, le capitaine occulta complètement les regards intéressés que lui lançait par intermittence son lieutenant.
Ils travaillèrent ainsi quelques heures dans un silence respectueux. Byakuya indiquait à Renji quel shinigami l'intéressait et le vice-capitaine listait par écrit les informations qu'il possédait sur la personne en question. Cela allait de trois mots à une page et demie. D'ailleurs, la page et demie en question fut destinée à une certaine Kaori Masame, provoquant une certaine irritation de la part du capitaine. Et comment est-ce qu'il en sait tant sur cette fille, lui ? Mais naturellement, Kuchiki se garda bien de poser la question et de reconnaître qu'il venait d'avoir un mouvement de jalousie. Y'a des limites à tout.
Et puis, de fil en aiguille, à mesure qu'ils avançaient, Byakuya se sentait de plus en plus enclin à la sentimentalité et de moins en moins prudent, et cela lui déplaisait souverainement.
Il se redressa d'un coup.
Le souffle chaud de Renji dans son cou, balayant ses mèches brunes et caressant sa nuque, c'était bien assez troublant pour lui paraître intolérable. À joutez à cela sa présence, les craquement de la chaise et le bruit du froissement de son kimono, et vous avez un bel aperçu de ce qu'un Renji à côté de soi peut provoquer.
Byakuya fixa un instant le mur en face de lui avant de soupirer profondément. Il n'en pouvait plus. Trop de tension, trop d'observation, trop d'un coup. Et le souvenir cuisant qu'avait laissé Renji au plus profond de lui. À croire que la première baignade ne lui avait pas suffit... il aurait bien voulu se noyer encore un peu, histoire de mesurer le fond.
« Cela suffit pour aujourd'hui, fit-il d'une voix monocorde.
Renji haussa les sourcil.
- Hein ?
Et Byakuya leva les yeux au ciel. Avec Renji, deux fois sur trois, on a l'impression de parler à un sourd.
- Ni toi ni moi ne sommes en état de travailler plus longtemps, fais-donc apporter le repas. »
Renji acquiesça et sortit chercher un shinigami assez désœuvré pour se charger de la corvée. C'était bien la première fois qu'ils dîneraient si tôt, sans avoir fait d'heures sup' avant. Ceci dit, son visage lui faisait assez mal en effet, trop pour continuer à bosser. Il ne voulait pas savoir ce qui empêchait son capitaine de se concentrer sur sa tâche, son imagination faisait assez bien le travail toute seule.
En réceptionnant le repas, le capitaine lança un regard désespéré à son lieutenant. C'est désespérant d'avoir autant envie de coucher avec un tel crétin. Mais que voulez-vous, les hormones n'ont pas de neurones.
« Rapporte ce repas et ramène un assortiment de soupes. »
La jeune shinigami, déçue de voir son joli plateau repas orné d'une fleur bleue (destinée à l'origine au vice-capitaine, mais bon, elle est tombée un mauvais jour la minette), repartit en direction des cuisines en se demandant quand même qu'est-ce qu'ils allaient pouvoir bien foutre avec un assortiment de soupes. C'est vrai ça, qu'est-ce qu'on peut bien faire avec de la soupe quand on est deux adultes chauds et consentants dans la même pièce ? Tous ceux qui ont pensé à un truc pervers... sont des pervers, que voulez-vous, vous êtes irrécupérables ! Avec de la soupe... nan mais franchement, faut pas exagérer non plus, du nutella peut-être, mais de la soupe...
Kuchiki passa la tête dans l'embrasure de la porte et héla le jeune fille.
« Et avec une paille. »
Il faut préciser que le coup de la paille resta dans la mémoire de la sixième division comme le truc le plus débile que le capitaine ait jamais prononcé en public et à haute voix.
Il se retourna pour faire face à l'air hébété de son lieutenant.
« Et comment comptais-tu manger tout cela ? »
S'il avait eu la voix pour le dire, Renji aurait avoué qu'il n'y avait pas pensé. Ce qui n'aurait pas étonné outre mesure Kuchiki qui commençait à s'habituer aux crétins inconscients (depuis le temps, et vu leur nombre qui augmentait de jour en jour).
Lorsqu'ils se trouvèrent enfin face à face, leurs bols de soupe entre eux, exhalant des parfums plus enchanteurs les uns que les autres (champignon, algue, morue salée... enchanteur, on vous dit).
Kuchiki soupira de contentement. Enfin, il arrivait à se poser tranquillement.
« Gnon abédit, fit Renji avec déférence.
- Bon appétit, Renji, répondit le capitaine, hermétique au côté comique du phrasé de son lieutenant. »
Ils mangèrent dans un silence serein, fort éloigné de l'habituelle tension muette qui régnait entre eux, silence uniquement interrompu par les longs « slurp » que faisait Renji avec sa paille.
Pour les quelques aliments solides qui restaient, Renji prenait soin de les réduire en minuscules morceaux afin de pouvoir les avaler tout rond, ce fut le cas notamment d'un appétissant gâteau de pâte de haricot rouge, que Kuchiki réduisit en purée sous les yeux de son lieutenant avant de le fixer avec insistance.
Renji sourit doucement, sans montrer les dents, sans ouvrir la gueule, juste de la commissure des lèvres, histoire de montrer qu'il appréciait l'intention et ne manqua pas de dévorer le dessert, toujours sous le regard insistant de son capitaine.
Finalement, il releva la tête et dévisagea à son tour Kuchiki.
Ils restèrent ainsi quelques longues secondes, l'air indécis.
Byakuya posa son bol sur la table et se releva, il fit signe à Renji de rester assis, de prendre son temps et en profita pour fermer la porte du bureau à clef.
« Ren... »
« Gnap... »
Dans un bel ensemble, ils s'interpellèrent, se turent, se dévisagèrent avec gêne, et puis tournèrent chacun la tête.
Byakuya murmura à la porte contre laquelle il avait encore le nez.
« Tu peux rester ici, Renji. »
Derrière lui, il entendit un bruit de porcelaine brisée (cet idiot a pété un bol) et un gargouillement indistinct (cet idiot est très étonné et tente de l'exprimer). Et le capitaine poussa un nouveau soupir. Il ne savait toujours pas pourquoi et ne le saurait certainement pas de sitôt, mais il n'arrivait pas à détester cet idiot maladroit. Le fait qu'il soit incapable de prononcer un mot correctement, le rendait étrangement mignon.
Byakuya secoua la tête, comme pour en chasser une mauvaise idée. Et puis merde ! Pour la deuxième fois de sa vie peut-être, il allait faire une connerie, il allait foncer droit devant sans se préoccuper des conséquences plus que ça. Bravo !
Il se retourna, appuyé contre la porte d'entrée, il croisa les bras et fixa son lieutenant.
« Reste donc par ici cette nuit.
- Cap... !
Oh putain ! Pensa Renji tellement fort que Byakuya tiqua en l'entendant.
- Reste correct.
- Gna'don Gnawidaine, w'est yusde... 'ous êdes chûr ?
Le noble capitaine le réduisit au silence d'un seul regard.
- Renji... ne discute pas. »
Et, parce que malgré tout, malgré son enfance paumée, malgré le Rukongai qui laissait des traces au plus profond de lui, malgré son tempérament de bourrin, malgré son envie de tout comprendre de Byakuya kuchiki, parce que malgré tout ça, Renji désirait plus que tout voir cet homme enfin en paix, il obéit. Il se tut, sans poser les questions qui lui brûlaient la langue, sans se demander si ce qu'il faisait était juste ou non, il obéit. Aveuglément.
D'un geste vif, il attrapa une feuille blanche et le crayon qui traînait sur le bureau, et, jetant un coup d'œil inquiet à Kuchiki, traça quelques caractères d'une main tremblante. Byakuya s'approcha, curieux de lire le fond de la pensée de son vice-capitaine.
Les quelques mots s'étalèrent sous ses yeux incrédules.
Faites ce que vous voulez...
Et la suite le fit carrément oublier de respirer.
... de moi. J'accepte tout de vous, alors demandez-moi tout.
Byakuya recula. Jamais avant il n'avait décelé cette ferveur de fanatique chez son vice-capitaine. Cela... l'effraya, oui, Renji parvenait donc enfin à foutre les chocottes à mister freeze (vous savez, le truc frais qu'on aime sucer en été... oui, que du bon goût chez nous !)
Renji se sentait mieux, un peu mieux. Moins oppressé. Le nœud qui s'était noué au creux de son ventre avait fini par disparaître, laissant place à des fourmillements de curiosité et d'impatience.
Byakuya le fixa avec gêne. C'est bien joli les bonnes résolutions et tout le blabla mais face au regard fervent et implorant, lui-même ne se sentait plus aussi sûr de lui subitement.
Il se demanda une dernière fois pourquoi tout cela devait lui arriver. Pourquoi se sentait-il désespérément attiré par cet homme, pourquoi il avait besoin d'être avec lui ce soir-là.
Je vais perdre ma sœur. Et pourtant, le monde ne va pas s'arrêter de tourner, tout le monde agira exactement comme avant, tout cela sera vite oublié, tous continueront à vivre comme avant. Sauf moi.
Doucement, il sentit Renji se relever et s'approcher pour lui tendre une dernière coupe de thé. Avec une sollicitude inhabituelle.
Sauf moi, et lui.
Byakuya sourit intérieurement. Ce n'était pas facile de se dire que le monde ne vous attend pas pour tourner ; savoir que quelqu'un vivra différemment parce que quelque chose a changé pour vous aide à le supporter. Tout compte fait, avoir Renji avec soi devait aider à supporter pas mal de choses dures.
Il indiqua la porte de la chambre de service d'un mouvement de tête nonchalant. Faussement nonchalant bien sûr.
En son for intérieur, il se voyait avec incrédulité faire des avances plus qu'explicites à son vice-capitaine. Il attendait, partagé entre la crainte et l'excitation, la réaction de Renji, guettant l'hésitation, le refus ou la fuite.
Ce dernier n'osa pas un seul regard en direction de Kuchiki, plongé dans la confusion la plus profonde. Il sentit son visage prendre feu et sa langue s'assécher d'un seul coup.
C'est Kuchiki... donc c'est pas une blague. Donc, je suis en train de rêver. Ou je suis complètement ivre et je délire. Il devança le noble capitaine vers la petite porte. Ou c'est vrai et j'ai plus qu'à bénir tous les dieux du monde. Un seul regard à Kuchiki, et il commença à prier intérieurement. Ça va faire un paquet de divinités à bénir, encore des frais d'encens en perspective.
Avec déférence, Renji s'effaça devant son capitaine, le laissant passer en premier. Byakuya poussa les panneaux de papier et contempla la petite pièce sombre. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas dormi là. Il y passait parfois les courtes nuits qui entrecoupaient ses journées de travail les plus chargées. Et encore jamais il n'avait partagé cette chambre avec quiconque.
Derrière lui, Renji sourit en coin, prenant le moment de réflexion de Kuchiki pour de l'hésitation. Lui-même parcourut vaguement du regard la petite chambre. Petit, sobre, vide à l'exception d'un futon et de quelques couvertures. Et puis ses yeux tombèrent sur... ben ce qu'il avait juste sous ses yeux, Byakuya Kuchiki. Ses mèches noires qui tombaient sur sa nuque, sa peau claire qui frémissait à l'air frais de ce début de soirée, et naturellement, le tout était l'image même du désir, le paradis sur Terre (heu... le paradis au Seireitei... on se comprend quoi), et était digne de la plus douce des dévotions.
Renji passa une main hésitante dans le cou de son capitaine, doucement, et se pencha un peu pour poser ses lèvres à l'endroit qu'il venait d'effleurer. Il caressa longuement la nuque blanche de Kuchiki, passant et repassant ses lèvres et sa joue entre les mèches de cheveux.
Ses bras se retrouvèrent on ne sait comment passés autour de la taille de Byakuya. Un instant, il voulut murmurer quelque chose mais il se ravisa très, vite, se contentant de laisser courir son souffle dans le creux de l'oreille de Kuchiki. Ils restèrent ainsi, figés dans le silence le plus complet.
Dans un lent mouvement, Byakuya attira Renji face à lui, plongeant de force ses yeux dans les siens. À la ferme assurance du capitaine répondit un sourire de convoitise à faire se dresser les cheveux sur la tête. Mais Kuchiki se contenta de hausser les épaules, si Renji en avait autant envie que ça, pas besoin de le convaincre qu'il avait le droit de lui sauter dessus. Il l'aurait fait de toute façon.
Les lèvres sèches de Renji se posèrent sur les siennes, charriant le goût acre de son haleine. Et Kuchiki décida que jamais plus la soupe assaisonnée à l'ail ne ferait partie du menu du soir. Il ouvrit ses lèvres, par un réflexe malheureux, et sentit la langue de son amant se glisser dans l'interstice. Ce qui signa le bannissement à tout jamais de l'ail dans l'assaisonnement des plats servis dans la sixième division.
À sa grande surprise, Byakuya ne sentit aucun autre mouvement de la part de Renji, il se contentait de passer une main caressante dans ses cheveux et une autre, non moins caressante, voire carrément pelotante, sur ses fesses. Mais il semblait attendre, immobile, que son capitaine amorce leur baiser. Si ce n'est que ça. Byakuya pressa délicatement les lèvres de Renji et sentit ce dernier se crisper, les lèvres toujours aussi figées. La blessure. Dépité, Kuchiki songea que, chaque fois qu'ils couchaient ensembles, Renji s'arrangeait pour avoir un ou deux os cassés, le ventre ouvert et d'autres joyeusetés dans ce genre. À croire qu'il le fait exprès. Rien que pour me faire sentir coupable. Il se déroba au baiser et fixa son amant avec circonspection. De ses longs doigts fins, il effleura tendrement la ligne abrupte de la mâchoire brisée.
« Tu as m... »
Et comme si une telle scène de romantisme entre un capitaine et son vice-capitaine n'avait pas le droit d'exister, des coups retentirent. Des coups à la porte.
« On frappe, constata le noble capitaine pour lui-même. » Encore. Et pourquoi toujours au mauvais moment ?
Kuchiki poussa Renji dans la petite chambre et claqua la porte derrière lui. Il ouvrit la porte du bureau d'un geste sec censé provoquer la panique de l'importun.
« Oui ?
La jeune shinigami qui avait frappé recula de deux pas, passablement effrayée et laissa le passage à la femme derrière elle.
- Bonsoir capitaine.
- Bonsoir fit-il, avec une telle agressivité que Unohana elle-même se demanda s'il n'avait pas fini par péter un plomb. Elle tenta un œil baladeur à l'intérieur du bureau, mais n'y trouva nulle trace du deuxième idiot sur sa liste. Il est certainement dans la chambre de service, songea-t-elle avec anxiété, si ça trouve, ils étaient déjà en train de...
Byakuya haussa imperceptiblement un sourcil en remarquant la légère rougeur qui envahissait les pommettes de sa collègue. Il ne voulait définitivement pas savoir ce à quoi elle pensait. Parce que, quoi que ce soit, cela risquait fort de se réaliser dans les minutes à venir. Si seulement elle consentait à lui foutre la paix et évacuer les lieux.
- Je ne vous dérange pas, j'espère.
- Désolé, capitaine, j'ai beaucoup de travail.
La délicate capitaine de la quatrième division se sentit un tout petit peu vexée. À ses oreilles, l'excuse de Kuchiki sonnait plutôt comme un « merci d'être venue mais repassez plus tard ».
- Comment se porte votre vice-capitaine ?
- Le mieux du monde, merci.
Unohana traduisit la réplique par un « tire-toi, tu nous déranges, là ».
Elle lorgna à l'intérieur du bureau, puis le couloir désert où seule la jeune shinigami attendait qu'on lui donne son congé.
À nouveau, elle revint à son collègue qui faisait semblant de ne pas s'impatienter sur le pas de la porte et fut surprise de trouver dans ses yeux une lueur étrange. C'était vraiment inexplicable. C'était à la fois du Kuchiki tout craché, quelque chose qu'elle avait déjà vu en lui, et en même temps, cela ne lui ressemblait tellement pas qu'elle crut voir une autre personne en lui. Un bref moment d'hésitation de sa part suffit au jeune capitaine pour reprendre.
- Renji va bien. Nous suivons vos recommandations médicales à la lettre. Bonsoir capitaine Unohana.
Aussi rapide qu'un vendeur d'aspirateur et bien plus dénuée de scrupule, elle glissa un pied dans la porte et sourit diaboliquement.
- N'oubliez pas, capitaine Kuchiki, le médicament que je vous ai soigneusement confié la dernière fois.
Sans répondre au sourire maléfique, Byakuya assena à la femme un regard glaçant. Ce petit jeu pouvait durer longtemps, mais il avait bien autre chose à faire dans l'immédiat.
C'était complètement idiot, inutile et imprudent. Mais Byakuya Kuchiki n'a que faire de la prudence et de l'utilité des choses (pour l'idiotie, c'est une autre histoire) et il toisa le capitaine avec une froideur polaire. Et détachant bien toutes les syllabes, il murmura, impassible.
- Allez au diable. »
Allez au diable, dans le registre des insultes Kuchiki, cela équivaut plus ou moins à un « va te faire foutre bien en profond et sans vaseline par un culturiste de deux cent kilos », vous imaginez sans peine l'état de choc de Unohana à une telle grossièreté. État dont Byakuya profita pour repousser le pied envahissant et refermer la porte dans un craquement sourd.
Il s'en retourna tranquillement dans son bureau. Avoir envoyé paître Unohana qui prenait un malin plaisir à le faire tourner en bourrique depuis le début lui avait fait un bien immense. Et maintenant, il n'avait plus qu'à s'attendre aux pires conséquences.
Plus tard les conséquences. Pour l'instant, il y a Renji qui m'attend dans une chambre vide, ne le laissons pas s'impatienter.
A SUIVRE...
Cette fois-ci, on ne menacera pas la vie de mignons bébés animaux. Seulement, en ce début d'année, allez découvrir le FIC le Front l'Incitation au Commentaire, et convertissez-vous à la review, c'est pour notre bien ^^
Ah oui, si l'un d'entre vous peut nous donner une transcription fidèle et exacte des paroles de Renji, on offre une fic gratuite !
Réponses aux reviews anonymes et néanmoins appréciées :
lamatadora : merci beaucoup et bravo d'avoir lu les 17 chapitres d'un coup, merci pour une petite review si gentille ! Et pour la suite, te voilà comblée.
mimi111 : quelle bonne définition de ce chapitre (de toute la fic), merci beaucoup pour ta review, voilà la suite, qui n'a rien à envier au dernier chapitre mais qui va sûrement te laisser sur ta faim ^^ à bientôt
lorraine : waouh ! si tu as été si transportée par ce petit citron, accroche toi, y'a du lourd à venir pour la suite ^^ pour ce qui est d'être renseignés... nos sources restent secrètes XD mais nous ne sommes pas des professionnels de la matière, juste des simples amateurs des plaisirs de la chair ^^ merci beaucoup, enjoy la suite.
lili199 : merci beaucoup pour ta review, si t'aimes l'action, la suite te plaira encore plus (ben ouais, faut attendre, mais ça en vaut la peine).
Bisous à toutes et merci encore pour votre soutien et vos reviews qui nous poussent toujours à continuer (et à accélérer le rythme de publication ^^)
