Salut tout le monde ! Le deuxième chapitre des Parades arrive !


Chapitre 18

The Opening Ceremonies... #2


District Quatre

Pâris Jeffer, 17 ans

Ca y est. Nous sommes au Capitole. Non pas que j'attendais particulièrement ce moment, mais c'est assez impressionnant de se dire qu'on y est.

La capitale de Panem. La patrie des Hunger Games...

Et nous voilà amenés au Centre de préparation, où notre styliste et nos préparateurs nous prépareront pour la Parade, ce soir.

La seule femme de mon équipe de préparateurs émet une série de gloussements hystériques lorsque j'entre. Je la dévisage, atteré par ce comportement. Elle a la décence de rougir.

Un des deux autres hommes émet un sifflement appréciateur:

- Et bien, nous n'allons pas avoir beaucoup de boulot !

Je hais ces gens, la façon dont ils parlent de moi... Je fais ce qu'ils me demandent, le coeur au bord des lèvres. Je déteste être ainsi, nu devant des inconnus. Mais l'intimité, aux Hunger Games, ça n'existe pas...

Leur bavardage incessant m'écorche les oreilles. Je pense à Ambersea. Je la hais. Elle est tellement arrogante, bien plus que je ne l'avais imaginé. Je l'imagine menacer ma soeur, et des frissons de haine parcourent mon ventre. Elle devrait avoir peur. Elle va payer.

Je me reconcentre sur les trois personnes dans la pièce. Je n'ai pas envie de les connaître, surtout quand je les entends parler des Hunger Games avec délice. Ils commentent les Moissons. Malgré tout, cela reste intéressant d'avoir le point de vue du Capitole sur les tributs de cette année.

- Moi, j'aime beaucoup la fille du Deux ! Elle est incroyable !

- Une petite-fille de Capitolien... Dans les Jeux...

Et la discussion se met ensuite à uniquement tourner autour de la fille du Cinq, Marissa Crownley, petite-fille de Capitolien. Elle devrait avoir énormément de sponsors, celle-là... Même si apparemment, personne au Capitole n'est très satisfait de ce coup du sort. Je sourie intérieurement. Si je pouvais, j'irais serrer la main à cette fille.


J'attends désormais ma styliste, nu mais enveloppé dans un peignoir, dans un petit salon où un buffet est également servi. Je mange, je suis mort de faim, en réalité.

Une femme incroyablement mince entre. Elle a des cheveux roses, des yeux anormalement grands, et des arabesques violettes tatouées sur tout le corps. Ses doigs sont longs, tout comme ses cils. Ses lèvres sont grosses, et d'un rose... oh, cette femme me dégoûte ! Sa robe est presque transparente, mais malgré la chirurgie esthétique, on voit qu'elle n'est plus toute jeune. Ca me donne envie de vomir...

- Bonjour, mon chou. Aujourd'hui, nous avons décidé d'explorer le thème des mythes liés à la mer... elle fait d'une voix éthérée. Bon... Elmina, Zayrus, Julinus, venez ici !

Une éternité plus tard, je suis prêt. Je m'admire dans le miroir. Mon torse nu a été enduit d'huile ( pas très agréable ). Mes cheveux ont été tressés ( après avoir ajouté des augments capillaires, que je pourrais enlever dès la fin de la Parade ). Je porte une espèce de queue de poisson très réaliste, mais qui a été conçue pour que je puisse marcher. Je trouve ça ridicule, mais apparemment les gens du Capitole vont adorer. J'ai des colliers d'os de poissons autour du cou et une couronne bleu sur la tête. La femme de mon équipe de préparateurs me donne un trident doré.

Un peu étrange, tout de même.


Notre char est bleu, et tout comme ma couronne, semble être fait de corail. Des algues le recouvrent. Nos cheveux ont été déguisés en hippocampes, même si ce n'est pas très réaliste. Ma partenaire est elle aussi vêtue comme une sirène, sans trident, mais avec des poignards faits de corail et soigneusement ornés. Sa couronne est la même que la mienne, de même que la queue. On lui a donné un soutien-gorge comme fait d'algues pour cacher sa poitrine. Le résultat est... bizarre, mais exotique. Le district Quatre est bizarre mais exotique.

Devant nous, les tributs du Trois attendent. Les portes viennent de s'ouvrir, et le char du district Un vient de sortir. Je ne regarde même pas ma compagne. Je me concentre sur ce qui m'attend. La petite silhouette de la fille du Trois tremble légèrement tandis que leur char s'ébranle.

Ca y est. Nous avançons. Je regarde droit devant moi et... ça y est, nous sommes dans le Grand Cirque, acclamés par une foule en délire.

- Pâris ! Ambersea ! Pâris ! Ambersea ! scandent les Capitoliens.

Ils doivent avoir trouvé nos noms sur les programmes. A moins que, comme nous sommes des Carrières, ils aient fait l'effort de les retenir.

Je sourie, répond aux cris de joie de la foule, les salue. En cet instant, je les méprise tellement.

Je pense à ma soeur, là-bas au district Quatre...


Pendant ce temps, au district Quatre...

- On peut entrer, Madame Jeffer ?

Se tenant sur le seuil de sa pauvre maison, la mère de Pâris regarde les amis de son fils. Ils veulent regarder la Parade avec son mari, elle et sa fille.

- D'accord, elle fait simplement.

Elle les conduit au minuscule salon. Pâris et Ambersea viennent de faire leur entrée. Elle songe que son fils n'a jamais été aussi beau quand ce moment, à l'écran. Inaccessible. Mais ce n'est pas comme si il n'avait aucune chance de revenir. Il est l'un des Carrières. Un des meilleurs...

- Drake n'est pas là ? demande son mari aux garçons qui viennent d'entrer.

- Non, il n'a pas voulu. Il en veut terriblement à votre fils, répond Caine.

Calissa, jusqu'à là concentrée sur l'écran, se retourne et dit:

- Et il n'a pas tort. Moi aussi, je lui en veux.

- Calissa ! s'exclame sa mère, un peu scandalisée.

- C'est vrai.

Et la jeune fille se lève pour se réfugier dans sa chambre. Sa mère soupire et fait signe aux garçons de prendre place, sur le sol nu. Il n'y a qu'un seul fauteuil dans la pièce, et c'est son mari qui l'occupe.

- La foule crie son nom, dit soudain Quinn.

- Oui, répond Annabelle Jeffer. Ils acclament mon fils. Le futur vainqueur.

Et elle est convaincue d'avoir raison.


District Cinq

Justin Seron, 15 ans

Me voilà au Capitole. Qui l'aurait cru ? Je déteste cet endroit dès que je pose un pied hors du train. Dire qu'Icarion a fait le même trajet que moi, des années plus tôt...

Icarion. Il me manque tellement. Surtout en cet instant, quand je suis accueilli par 3 Capitoliens surexcités qui sont chargés de me préparer. Pour la Parade. Si on me l'avait dit trois semaines plus tôt, que je serais debout sur un char, vêtu d'un costume ridicule, complètement à la merci de ces connards... j'aurais bien ri.

Mais là, je ne ris plus. C'est réel.

Je pense à la petite-fille de Capitolien. Comment doit se sentir son grand-père ? Ah, il était temps qu'ils payent. Ca fait 45 ans, après tout.

Ce qui me ramène à Icarion. Tandis que mes préparateurs s'occupent de moi, je n'arrête pas de penser à lui. Ses manières bourrues. Ses longs silences.

Il était ma seule famille, et j'étais la sienne.

Même si je reviens, plus rien ne sera comme avant. Argent facile, mais caméras... Il ne pourra pas vivre avec moi sous peine d'être reconnu. Ou alors, je mettrai en place mon propre suicide, et là... plus rien ne nous éloignera. Mais ça me ferait de la peine de laisser Priscilla toute seule. Ca serait lâche, en fait.

Encore faudrait il que je survive. Et ce n'est pas garanti du tout.

Mes pensées se mettent à papillonner. Je pense à la mort. J'aimerais bien voir tous ces Capitoliens crever, tiens ! Ils me dégoûtent tous. Il y en a aucun mieux que l'autre...


Je me serre dans le buffet servi dans le salon, d'un blanc immaculé, où j'attends ma styliste, enveloppé dans un peignoir en-dessous duquel je suis nu. La nourriture est délicieuse ici, il faut bien le leur reconnaître.

Tiens. La voilà. Je prends le temps de me retourner, pour la dévisager de la manière la plus insultante que je peux. Yeux verts ( un peu trop fluorescents à mon goût, tout de même ), cheveux brun chocolat, peau pâle: elle est assez naturelle. Ses vêtements sont sobres. A part pour les yeux, je ne pense pas qu'elle ait fait de la chirurgie esthétique.

- Bonjour, Justin. Je m'appelle Lolita.

Tiens, elle a pris la peine d'apprendre mon nom ? Un effort stupéfiant. Je retiens un rictus moqueur et j'attends la suite.

Elle n'ajoute rien, devinant probablement mon hostilité, se contentant donc d'appeler mes préparateurs pour l'aider.

Hmmm. Bonjour le dialogue. En même temps, tant mieux. Pas envie de gaspiller ma salive...


Je suis enfin prêt, après une éternité d'attente tandis qu'ils s'affairaient autour de moi comme des mouches autour de miel. Je me contemple dans la glace. Je porte une combinaison noire où se dessine parfois un éclair bleu électrique. Sur quelqu'un plus musclé, elle aurait souligné des muscles existants. Pas sur moi. En réalité, je suis assez maigrichon, assez fluet. D'ailleurs, c'est pour ça que mes atouts sont l'agilité et la rapidité...

Elle a noirci mes cheveux pour aller avec mon costume. Ca va pas la tête ?! Même si j'avoue que je préfère ça à mes habituels cheveux roux...

- Ca s'enlève à l'eau, s'empresse de me rassurer un préparateur en voyant mon regard s'assombrir.

Sinon, ils m'ont mis de l'eye-liner et du mascara ( bonjour la virilité, je suis complètement ridicule ).

Bon, au moins, la combinaison n'est pas si mal... Enfin, tout est ridicule, mais la combinaison est décente.


Les chevaux s'ébranlent. Je jette un coup d'oeil à la dérobée à la fille. Elle porte la même tenue que moi et a l'air terrifié. J'ai presque envie de lui glisser " t'inquiètes pas, tu verras peut-être papi chéri dans la foule... " mais ça serait vraiment mesquin. Et je ne suis pas mesquin. Peut-être méchant envers tous ces connards, mais pas mesquin.

La lumière m'aveugle. Je ne veux pas les saluer, je ne veux pas sourire, comme fait ma partenaire. Alors je reste de marbre, je les regarde à peine. Pauvres cons. Est-ce qu'ils réalisent que dans trois semaines, 23 d'entre nous, adolescents qui défilont sur ces chars, seront morts ?


Pendant ce temps, au district Cinq...

Icarion s'est rendu, anonyme dans la foule, à l'immense écran de la Grand-Place. Il n'y en a pas dans la cabane qu'il partageait avec Justin.

Justin. Qu'est-ce qu'il lui manque, le gamin...

C'est étrange, comme certaines personnes donnent de la couleur à votre vie. Sans lui, le monde est redevenu gris, froid et terne, comme il l'a été depuis qu'il a gagné les Jeux.

Ses Jeux. C'était il y a bien longtemps, pourtant il s'en souvient comme si c'était hier. Sa propre cruauté lorsqu'il a tué sa première victime, cette fille du Douze qui avait juste 15 ans. Il avait besoin d'être cruel: il avait besoin d'avoir des sponsors.

Il avait tué trois autres personnes dans l'arène: le garçon du Huit, le garçon du Sept et enfin, son adversaire lors de la finale, le garçon du Un. Et leurs 4 ombres revenaient le hanter chaque nuit... Seul Justin pouvait les empêcher de revenir. Mais Justin était là-bas, dans ce maudit Capitole, en plein dans le Grand Cirque, immobile et froid sur son char.

Et Icarion le regarde, regarde ce fils pour lui. Et son coeur se déchire à la pensée qu'il ne lui reviendra sans doute jamais. Jamais.

Si Justin ne revient pas, il serait bon pour se suicider à nouveau.

Pour de vrai, cette fois.


District Six

Penny Fordy, 15 ans

Nous sommes arrivés au Capitole. J'ai du mal à y croire. Tout ce qui m'arrive depuis hier me semble être un rêve, et pourtant je sais que c'est réel. Bien réel.

Je déglutis. Le district Six était l'opposé du paradis, mais c'était ma maison. Mon foyer. Et maintenant... qui sait si je reviendrais un jour ?

Ne doute pas, Penny. Tu es forte. Tu es entraînée. Tu as autant de chances que les Carrières.

J'inspire un grand coup, avant de rencontrer mes préparateurs.

Ils sont trois: deux femmes et un homme. Et on croirait des animaux de cirque. Sérieusement. L'homme, Villotus, a une crète de cheveux vert fluo sur la tête, par exemple.

Ils soupirent en me voyant. Je sais ce qu'ils pensent: cheveux ternes, yeux ternes, trop grande, trop musclée, trop mince... Et bien, qu'ils pensent ce qu'ils veulent ! Je suis très bien comme je suis.

Je ferme les yeux tandis qu'ils s'affairent autour de moi. Je pense à ma discussion avec Kay hier soir. J'ai une stratégie qui tient la route... Il faut que j'ai un 8 ou un 9 à l'évaluation. Assez pour attirer l'attention des sponsors et légèrement celle des Carrières. Mais à l'entraînement, je dois paraître innofensive. Ils n'auront ainsi pas le temps de vraiment de décider quelle attitude adopter. Et, une fois dans l'arène... mon nombre de sponsors augmentera avec mon nombre de victimes.

Je frissonne. Si je veux survivre, je dois tuer. Et je ne sais pas si j'en serai capable. La vie dans le Six m'a tellement endurcie... mais ôter une vie à un être humain...

Non. Je ne dois pas douter. Il vaut mieux, de toute manière, que ça soit moi qui soit dans ces Hunger Games, plutôt qu'une fillette de 12 ans qui n'a jamais touché une arme. Je sauve une vie. Je devrai m'accrocher à cette idée quand pour moi le moment de tuer sera venu.

Si je survis assez longtemps pour qu'il vienne, d'ailleurs...

Non ! Je suis parfaitement capable de gagner ! Il faut que je m'en souvienne.


Je me sers dans le buffet disposé dans le petit salon où j'attends maintenant. La nourriture est délicieuse, vraiment. Rien à voir avec celle dans le Six...

Je suis nue, mais enveloppée dans un peignoir moelleux, d'un blanc immaculé. J'attends mon styliste.

Et le voici, d'ailleurs. Ca fait dix ans qu'il est dans notre district. Et chaque année, il évite la catastrophe en nous déguisant en stewarts, commandants d'hovercrafts... on évite le pire. Celui d'avant déguisait les tributs en avions. Mais ça n'attire personne.

Il me regarde à peine. Tant mieux.

- Bon, venez ! Je n'ai pas envie de l'habiller seul !

Sympathique. C'est à peine s'il se rend compte que je suis dans la pièce. En fait, il lorgne surtout sur le buffet...

Gros tas de graisse, va.

Mes préparateurs reviennent, avec une housse dans laquelle se trouve un costume. Je soupire tout haut. Devant des gens aussi désagréables, je ne vais pas me gêner, tiens !

Une éternité plus tard, je suis enfin prête. Mes cheveux ont été noués en chignon, et on m'a mis un espèce de chapeau plat, comme une de ces hôtesses des hovercrafts de tourisme. Je porte d'ailleurs leur uniforme complet. J'ai été maquillée abondamment. Le résultat n'est pas hideux, niveau costume, c'est juste... d'une banalité effrayante. Par contre, au niveau du visage, c'est atroce. Ma peau me démange tant j'ai de maquillage, de fond de teint... Espérons que ça ne se voie pas trop, de loin.


- Messieurs et Mademoiselles, veuillez dès à présent se diriger vers vos chars respectifs. Le défilé débutera dans 5 minutes. Merci, fait la voix off des hauts-parleurs.

Je sourie à Kay, en essayant de ne pas avoir l'air trop cruche. Pas réussi. De toute manière... mon visage est horrible, je sais.

Nous montons sur le char, mon partenaire pleurnichard déguisé en stewart. Il a l'air terrorisé.

Les portes s'ouvrent et c'est le char du district Un qui s'élance. Nos chevaux s'avancent peu à peu vers la lumière. J'inspire un grand coup, me compose un sourire de façade. Je vais saluer la foule, pour coller à mon rôle... même si je me sens très ridicule, à cet instant.

Et c'est à nous...

Je me mets immédiatement à saluer la foule, mais ce n'est pas comme si j'avais du succès. Fichu styliste ! Tous les costumes des districts avant nous sont plutôt réussis ! Alors, pourquoi pas nous ?


Pendant ce temps, au district Six...

Ses parents regardent les pré-Hunger Games en silence. Leur fille sourit, salue les Capitoliens qui n'ont d'yeux que pour les chars devant et après. Le district Six n'a jamais brillé, à la Parade, de toute façon. Ca ne devrait pas trop pénaliser leur fille, cette ignorance générale.

Ils ont convié Léona à regarder avec eux. C'était la meilleure amie de leur fille, après tout. C'est la meilleure amie de leur fille. Et Cal, l'orphelin du groupe d'entraînement, le deuxième plus doué d'ailleurs après leur fille, a tenu à venir. C'est un bon garçon. Il a un faible pour leur fille, aussi, même si elle ne le sait pas.

- L'année prochaine, je me porterai volontaire pour les Jeux, si Penny ne revient pas, déclare soudain Cal.

Son ton est calme mais déterminé.

- Tu sais, Cal... Tu n'en est pas obligé.

- Si elle ne revient pas, il répète.

Le silence s'installe, pesant. Léona regarde Cal avec de grands yeux.

- Vous aurez une année pour vous habituer à l'idée, il ajoute finalement.