Base : Bleach
Genre : romance, angst
Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres
Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.
Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)
Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).
QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !
Le doute II
« Je me taisais et mes os se consumaient à rugir tout le jour ;
la nuit, le jour, ta main pesait sur moi,
mon cœur était changé en un chaume au plein feu de l'été »
Ps. XXXII, 3-4
Pour changer, à la onzième division, on se battait comme des brutes. Deux gars patibulaires et tatoués s'envoyaient de grands coups de sabre, histoire de savoir lequel des deux se rapprochait le plus du mur de brique. Au même moment, des furies au cheveux longs (et dont on est bien en peine de dire s'il s'agissait d'hommes ou de femmes) testaient la solidité des cloisons du gymnase de leur capitainerie en se jetant mutuellement dessus.
Ukitake, au milieu de tout ce tas de chair, de muscle, de sueur, de grognements, de crachats ensanglantés, de cette testostérone qui coulait à flot, semblait aussi paisible qu'une libellule sur un nénuphar.
D'ailleurs, même avec l'insensibilité qui les caractérise, les mastards de la onzième finirent par trouver assez flippant cette princesse de conte de fée qui contemplait leur entraînement comme s'il regardait une cour de récré de maternelle avec de joyeux bambins s'amusant.
Il soupira. Comme la maîtresse d'école qui se désole de devoir tirer les enfants de leurs jeux pour leur demander de retourner à leur séance de lecture.
« Heu... Kenpachi ? »
Dans le brouhaha généralisé, l'appel resta sans réponse, et pour cause, Zaraki était bien trop occupé à inculquer l'esprit de sa division à ses hommes à grands coups de sabre pour entendre quoi que ce soit.
Ukitake haussa les épaules avec philosophie. Ce n'était pas comme s'il s'attendait à être reçu à bras ouverts. La plupart des shinigamis présents ne devait avoir qu'une vague idée de qui il était. Et son haori portant le numéro de sa division n'allait pas en aider beaucoup à deviner sa fonction. Y'avait de ces cas à la onzième tout de même !
« Oh hé ! Oh hé ! Capitaine ! (tous ceux qui ont rajouté « abandonné » ont gagné une superbe tringle à rideau qui fait aussi lessiveuse et presse citron) Capitaine Zaraki ! Je peux te toucher deux mots ?
- Hein ?
- Ce sera court. »
Zaraki haussa les épaules. Il avait depuis un bail classé Jushiro Ukitake dans la catégorie des capitaines « chiants à mourir ». Mais même pas chiant et marrant à emmerder, dans le style Kuchiki, juste chiant et gentillet.
« En fait... heu.. Ce ne sera pas long, précisa à nouveau Ukitake en voyant que l'attention de son interlocuteur commençait à se porter sur une mouche qui voletait au plafond. En fait, il s'agissait juste de vérifier une toute petite chose...
Ouais ?
- As-tu deux hommes disponibles immédiatement ?
Le regard morne de Zaraki s'éclaira un peu.
- Combat en perspective ?
- Peut-être. Il nous faut un groupe spécial pour contrôler l'apparition de créatures non répertoriées par nos services. Et vos hommes sont tout indiqués pour en fournir l'escorte. Comme c'est une mission spéciale, ils doivent obligatoirement être volontaires mais dans l'idéal, nous aimerions pouvoir envoyer Ikkaku Madarame et Yumichika Asegawa. »
Kenpachi hocha la tête, même si coller les mots « idéal » et « Ikkaku et Yumichika » dans la même phrase lui faisait un drôle d'effet.
« Faut voir avec eux.
Ukitake sourit avec lassitude. Normalement, un capitaine digne de ce nom doit pouvoir nommer des volontaires avec certitude ; c'était toujours ainsi qu'on fonctionnait, enfin, lui avait toujours fait comme ça.
- Il faut ta signature sur l'ordre de mission dans ce cas.
Le capitaine le plus bourrin de tout le Seireite jeta un regard prodigieusement inintéressé au document qu'Ukitake venait de sortir de sa manche.
- Ah ouais... heuuu...
L'air plus concentré que jamais de Kenpachi ne pouvait dire que deux choses : soit il ne savait pas écrire et se demandait comme signer un formulaire dans ce cas (mais comment faisait-il d'habitude pour signer ses papiers administratifs ?), soit il savait mais il avait oublié et essayait désespérément de se rappeler à quoi ressemblait sa signature.
- Ah ouais.
Tous les dieux soient loués, il a un éclair de lucidité, songea Ukitake dont la bienveillance commençait à s'épuiser.
- Yachiru !
Doucement, tout doucement, le patient capitaine de la treizième division sentait que ça allait être encore long.
Une petite chose rose et bondissante atterrit avec légèreté sur la manche de son capitaine.
- Salut Uki !
- Bonjour Yachiru, fit le capitaine avec un grand sourire, car il aimait les enfants.
- Le sceau, Yachiru.
- Oui ! C'est moi qui l'a, Ken-chan, fit le petit bout de femme sans hésiter et sans respecter les règles de conjugaison. »
Et elle sortit d'une de ses manches le précieux sceau de la onzième division qui doit figurer sur tout document officiel mais dont elle ne se servait que pour signer des factures de friandises et de coiffeur (vous croyiez vraiment que c'était naturel ce rose ? )
Sans hésitation, Kenpachi releva sa manche, trouva une égratignure (ou ce que n'importe qui de normalement constitué appelle une profonde entaille) et plongea le sceau dans sa blessure pour finir par marquer l'ordre de mission de son propre sang.
Ukitake leva les yeux au ciel. Il est vraiment obligé d'en faire autant ? Et dire que y'en avait pour être dégoûté quand lui crachait un peu de sang entre deux quintes de toux !
« Ben voilà, et pour les deux idiots... ils sont... heu...chépaou...
Yachiru tout en se hissant sur l'épaule de son perchoir, mit quelques secondes pour comprendre de qui on parlait (mais il faut dire aussi que « deux idiots », ça correspond tellement de gens dans le coin) mais finit par pousser un cri de joie.
- Moi je sais ! Ils font crac crac dans les douches du deuxième étage !
- Ah voilà. Ben bon courage... »
Ukitake qui aimait les enfants, se promit de trouver une vraie famille d'accueil pour cette pauvre petite qui était condamnée à passer le restant de ses jours avec cette bande de fous furieux sans moralité.
Avant qu'il ait eu simplement le temps de faire la remarque à Kenpachi qu'il faisait ce qu'il voulait dans les douches de sa capitainerie mais qu'il n'était pas normal qu'une petite fille en soit le témoin, le brutal butor avait déjà filé et reprenait ses activités pédagogiques à base de sabre.
Maintenant, il avait encore besoin de la collaboration du plus caractériel des capitaines du Seireitei. Il avait bien peur d'être maintenant persona non grata à la sixième, mais cela valait quand même le coup d'essayer. Et par la même occasion, il pourrait peut-être même enterrer la hache de guerre.
Aussi prit-il la direction de la capitainerie de Byakuya. Après tout, il avait encore une certaine forme d'autorité sur lui, c'était encore son cadet, s'imagina le beau capitaine tout en admettant qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il fallait dire pour remonter le moral de son cadet.
À quelques centaines de mètres de son but, il tomba nez à nez avec... non pas George le Yéti mais la plus douce, la plus élégante, la plus terrifiante aussi de tous les capitaines du Seireitei. Et là, elle était plus en mode terrifiante que douce et élégante.
Sachant qu'il saurait bien assez tôt les raisons de cette mauvaise humeur, Ukitake décida de faire comme si de rien n'était.
« Tiens Retsu ! J'allais voir Byakuya. Tu en viens ? Il est là ?
Le regard qu'elle lui lança rappela à Ukitake les pires années de l'académie. Quand elle était leur aînée et qu'elle faisait la pluie et le beau temps.
- Ce n'est pas le moment je crois... tu ferais mieux de remettre ta visite à demain. Vois-tu, le capitaine Kuchiki est très occupé. »
Le ton sur lequel elle prononça ces derniers mots provoqua un long et intense frisson qui traversa le capitaine du bout des orteils jusqu'à la pointe des cheveux.
Retsu n'est ironique que lorsqu'elle se sent offensée. Byakuya... qu'est-ce que tu as encore fait ?
Il n'avait encore rien fait, mais cela n'allait pas tarder.
Car la nuit avait fini par tomber, emportant la capitainerie de la sixième division dans le silence et l'obscurité. Loin de l'agitation qui régnait ailleurs, loin des préoccupations bassement matérielles, deux hommes occupaient leur nuit avec délice.
Les vêtements jonchaient le sol, ôtés à la hâte, et la couverture, à peine dépliée, trahissait l'intention de faire autre chose que la sieste dans cette chambrette.
Renji soupirait d'aise. Enfin. L'étrange impression cotonneuse qu'il avait ressentit près de trois semaines plus tôt, dans une chambre d'hôpital revenait avec plus de force encore.
À nouveau il n'y avait plus qu'eux deux au monde, eux et une chambre close.
Il caressait à nouveau le corps si désirable de son capitaine, il étanchait à nouveau sa soif de lui, son envie dévorante comme un feu de le faire sien. Il croisa le regard étrangement lointain de Kuchiki et devina confusément que s'il avait le droit de vivre à nouveau cette nuit, c'était pour faire revenir ce regard sombre dans leur monde. Loin des âmes mortes qui sont faites pour rester avec les morts et loin des vivants qui sont trop vivants pour se mêler aux pures âmes. Il n'avait pas un droit immoral aux faveurs de Kuchiki par simple désir, mais plus sûrement parce que s'il existait un moyen de faire oublier sa solitude au capitaine, c'était bien de lui montrer ce qui était meilleur à deux.
Il posa une nouvelle fois ses lèvres sèches sur celles de Byakuya, il avait arrêté de compter le nombre de leurs baisers et attendait avec impatience le moment où il ne serait plus celui qui prenait les devants.
Byakuya l'avait fermement repoussé au moment où il faisait mine d'approfondir leur baiser.
« N'oublie pas. Convalescence.
Renji avait pris son air le plus prédateur (avec la mâchoire en miette, je vous laisse imaginer le tableau) et secoué la tête.
- Ne discute pas, avait simplement rétorqué Kuchiki et cela avait suffi pour lui clouer le bec. »
Réduit aux bisous d'écoliers, il pouvait toujours utiliser sa langue, à condition de ne pas trop ouvrir la bouche pour cela. Ce qu'il fit. Avec brio. Avec tellement de brio et d'application que bientôt, le corps tout entier de Kuchiki fut sensuellement lapé, amenant le capitaine au comble du délice. Entre deux mains baladeuses qui étaient depuis quelques temps passées à l'étage inférieur. Renji avait bien essayé de caresser avec ferveur les épaules si finement musclées de son capitaine, mais celui-ci en avait décidé autrement, repoussant d'autorité les mains tripoteuses vers le bas, indiquant sans ambiguïté à quel ouvrage il désirait qu'elles se consacrent. Et c'est ce qu'elles faisaient.
Entre ces mains-là, si habiles et tendres, et les baisers légers mêlés des léchage en règle qui lui mettait le corps en feu, Kuchiki savourait chaque seconde de cette étreinte.
Au fur et à mesure qu'il se laissait entraîner dans les abîmes de plaisir qu'elle provoquait, il la sentait revenir. Cette sensation étrange, le blanc, la lumière qui explosait dans sa tête, l'empêchant de penser, de bouger, de refuser. À chaque fois, elle anéantissait toutes ses velléités de refus, elle s'imposait à lui comme le soleil s'impose au jour : comme une évidence.
D'évidences, Renji n'en connaissait qu'une : il n'y avait plus entre lui et Byakuya Kuchiki que l'épaisseur de leur peau et cet obstacle-là était bien insignifiant puisque déjà les deux peaux en question frissonnaient au rythme des mêmes caresses.
Bien sûr, il était privé des baisers fougueux qui rendent l'amour si bon, mais il avait pris le parti de passer outre et se s'attaquer directement au vif du sujet. D'abord, quelques coups de langue experts. Les cris ravalés mais pas discrets du tout de Kuchiki lui apprirent combien il était expert en la matière et à quel point il avait le droit de continuer.
Ouvrant un large bec, il se saisit de sa proie... Enfin, il essaye. Parce que c'est coton d'engouffrer l'imposant membre viril déployé dans toute sa splendeur quand on a la mâchoire en puzzle. Tellement coton qu'il en lâcha un grondement de frustration avant de se mettre péniblement à l'ouvrage. Sa propre maladresse le désespéra. Comment convaincre un type aussi émotionnel qu'une huitre de devenir votre amant éternel et exclusif quand on est rendu infoutu de tailler une pipe correctement ?
Il essaya néanmoins, taquinant du bout de la langue le membre dressé, glissant sur la peau moite, appliquant de longs mouvements de succion, aspirant avec énergie les quelques gouttes qui commençaient à perler au bout du sexe de Byakuya. Bref, la plus pure méthode mister freeze (celui qu'on aime sucer en été, oui, on l'a déjà dit), qui fait effet neuf fois sur dix.
Mais cette fois-ci, il s'attaquait à trop forte partie. Bien que frémissant et offert, Byakuya se rappelait parfaitement ce que provoquaient des rapports non sécurisés : un aller simple pour l'hôpital de la quatrième division. Et s'il y avait bien quelque chose qu'il voulait éviter ces temps-ci, c'était la quatrième et son capitaine démoniaque.
Aussi passa-t-il une main ferme dans la tignasse rouge et pressa le crâne de l'audacieux.
« Pas de ça, Renji.
- Hwein ?
- Pas de mouvements de mastication.
- Wais wachuyez-yous, gne gne mwachdique pas !
Kuchiki renonça à comprendre le moindre mot de son vice-capitaine et lui attrapa une poignée de cheveux pour lui faire relever le nez.
- Obéis, ne discute pas, ne t'oppose pas à ce que je dis. »
Un hochement de tête lui appris qu'il avait été parfaitement compris et qu'il serait obéi sans réplique.
Renji poussa un soupir absolument pas discret, et même tout à fait sonore, histoire de marquer sa désapprobation. Comment voulait-on qu'il fasse passer une nuit de rêve à son amant si on lui interdisait tout ?
D'accord. Parce que sans la bouche, on ne pas faire grand chose de marrant et encore moins de choses excitantes. Privé de trois des quatre « P » (papouilles, patin et pipe), Renji savait qu'il ne lui restait plus que le dernier. Oui mais le dernier sans les trois autres, c'était complètement absurde. Aussi absurde qu'un hot-dog sans ketchup, qu'une chaussure sans sa chaussette, qu'un lapin sans carotte. Bref, sans papouilles, sans patins, sans pipe, point de bonne pénétration (oui, c'était ça le quatrième « p »). Et surtout, point de nuit de rêve avec son capitaine adoré.
Frustré de ne pouvoir rien faire de ce qu'il rêvait de faire, Renji émit un grognement mécontent qui déplut souverainement à son capitaine. Il se retint de se redresser, bien conscient du fait que cela aurait cassé l'ambiance, mais releva la tête et fixa son lieutenant avec aménité.
« Ne te fais pas d'idées, je ne vais pas tout t'interdire. »
Encore heureux. Et j'ai droit à quoi ?
Semblant comprendre la muette question que lui lançait le regard implorant de Renji, le capitaine plissa les yeux, hésita une seconde et puis se décida. Après tout, c'était pour ça qu'il l'avait emporté et non pas oublié au fond d'un tiroir. Il attrapa sa veste de kimono et retourna tous les plis.
« Hgn ?
À sa question informulée, Byakuya répondit par un léger rosissement du plus bel effet.
- Utilise ça.
Renji vira à l'écarlate en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.
Il avait tout préparé ?
Kuchiki chassa l'air ébahi de son lieutenant d'un geste de la main.
- Ne pose plus de question. Dépêche-toi. »
Mais avec plaisir monseigneur.
S'exécutant avec célérité, le lieutenant attrapa au vol le petit flacon, remarquant au passage qu'il n'avait jamais servi, ce qui le mit dans un état de satisfaction complètement irrationnel. À sa connaissance, il était le seul à partager la couche de Byakuya Kuchiki depuis près de cinquante ans, pas étonnant que le capitaine n'ait rien lubrifié d'autre que des lames de sabre depuis tout ce temps. À cette pensée hautement romantique, Renji sourit intérieurement de toutes ses nombreuses dents.
Byakuya se félicita mille fois d'avoir réduit au silence son amant. Dans le cas contraire, ce dernier aurait déjà émis plus d'une demi douzaine de commentaires crétins et salaces qui l'aurait forcé à le planter là, sur place, pour lui apprendre. Finalement, l'adage suintant le machisme « sois belle et tais-toi » avait peut-être une part de vérité. Avec Renji, en tous cas.
Le fil de ses pensées se brisa brutalement lorsqu'un doigt qui lui sembla glacé se glissa en lui. Glacé et glissant. Une impression poisseuse se répandit en lui, sur sa peau où le liquide séchait presque immédiatement, mais ne dura pas longtemps, juste le temps de sentir un autre doigt entrer en lui, en même temps que l'autre main de Renji se faufilait dans sa nuque, caressante et sensuelle, jouant avec quelques mèches trempées de sueur qui collaient à sa peau. Mèches qu'il ne lâcha de tout le temps où il était occupé à sa manuelle besogne, au grand plaisir du capitaine.
Et puis, la douleur s'estompa un peu, laissant place à un vide glacé, et le souffle de son lieutenant se posa sur sa bouche. Deux mains lui saisirent les hanches et les relevèrent. Byakuya retint son souffle. Tous ses muscles se tendirent. Et il ferma les yeux sur l'image troublante d'un Renji terriblement séduisant.
Il le sentit entrer en lui avec une lenteur désespérante. Trop lent, trop étudié, trop concentré. Et chaque centimètre carré de cette partie de son corps le sentait frotter contre lui, attisant chaque parcelle de peau, il brûlait de l'intérieur.
« Dépêche-toi. »
Doucement, d'un seul geste, Renji passa les jambes de son capitaine sur ses épaules et se pencha sur lui, caressant de sa main libre le visage constellé de gouttes de sueur. Son visage fut attiré, brusquement, par une paire de mains passée autour de sa nuque. Les lèvres humides s'écrasèrent sur son front, passèrent sur ses tempes dégoulinantes et ses joues creusées par sa respiration haletante, pour enfin trouver ses lèvres, les saisir, les embrasser, les mordre, les pétrir du bout des lèvres et de la langue.
Sans se douter que son lieutenant bénissait avec ferveurs tous les dieux que l'homme avait inventé, et mêmes quelques uns qui ne seraient inventés que des siècles plus tard, Byakuya priait les mêmes divinités de le punir toute son existence durant pour oser goûter un tel plaisir.
Il gémit une première fois, puis une deuxième, puis il cessa de se préoccuper des bruits qu'il pouvait produire, et se laissa porter par le rythme cadencé des vas-et-viens de son amant. Il sentit confusément qu'il plantait ses ongles dans son dos et sa nuque mais, perdu dans les abîmes de délice, le noble capitaine, incapable du moindre contrôle sur lui-même, renonça à se contenir et enlaça brusquement Renji, l'attira à lui avec avidité, le poussa plus en avant en lui, réclama plus encore, s'abandonna à lui.
La fraîcheur de la nuit se répandait dans la petite pièce. La terrible fatigue après l'effort, le froid après la chaleur et la transpiration, le vide après l'occupation, Renji connaissait ces symptômes par cœur. Comme après un combat. On est satisfait, comblé, on n'a envie de rien d'autre que de profiter de l'air qu'il fait. En cet instant précis, il n'avait qu'une envie : profiter de l'homme qu'il tenait encore dans ses bras. À ce moment étrange, où il avait encore le droit d'être l'amant mais plus pour longtemps.
Renji passa à nouveau ses doigts en peigne dans la masse de cheveux noirs et eut un sourire malheureux.
Je sais que je ne suis qu'un exutoire, que vous avez besoin de quitter vos tourments, au moins pour un instant. Mais ça me va. Ce n'est pas grave si vous n'arrivez pas à m'aimer, capitaine, laissez-vous être aimé.
Il l'embrassa à nouveau, et se dit, pour la millième fois qu'il devait à tout prix compter le nombre de fois où il gagnait le droit de baiser ces lèvres tant chéries.
Il fut soudainement repoussé fermement par un Byakuya qui avait subitement décidé de se relever. En réalité, l'angoissante douceur dont faisait montre son lieutenant le mettait mal à l'aise. À tout prendre, sa brutalité le matin-même paraissait plus naturelle, plus acceptable. Renji haussa un sourcil. Ah oui ? On veut déjà se faire la belle ? Et ses deux bras passèrent autour de la taille du capitaine, pendant que ses lèvres se posaient dans le creux de son cou. On veut se faire la belle avant l'aurore ? On veut se tirer comme un voleur ?
« Iw' fait engno' gnuit ! »
Pris sur le fait, Byakuya vérifia tout de même en plissant les yeux. Oui, effectivement, les volets laissaient passer la clarté blafarde d'une nuit claire et non pas celle de l'aurore. Et avant qu'il ait eu le temps de trouver une excuse valable pour expliquer son besoin de prendre l'air en pleine nuit, les bras l'enlaçant le poussèrent sur le côté, sur le matelas moelleux.
Byakuya se laissa allonger sur le lit. Comment pouvait-il se laisser faire, abdiquer avec tant de facilité ? Parce que Renji était séduisant, séducteur et, à cet instant, terriblement désirable ?
L'assurance qu'il avait connu la première fois était partie en lambeaux durant ces deux semaines de refus. Parce qu'en fait, il avait craint de répéter cet acte infamant, c'était encore la chose qui lui faisait le plus horreur au monde. Pourtant, il n'arrivait pas à le repousser. Sa raison lui hurlait de cesser, mais son corps, tout aussi fort, lui imposait de céder.
« Renji, pourquoi fais-tu cela ?
Renji se pencha sur son capitaine. La réponse lui brûlait les lèvres, mais il la savait irrecevable. Tout comme il savait que kuchiki n'attendait pas réellement de réponse de sa part.
Parce que c'est vous, capitaine, je ne peux pas m'en empêcher.
Byakuya ferma les yeux, rouge de honte. Que faire d'autre quand on demande de telles choses ? Il étendit les bras et laissa à nouveau Renji jouer avec ses cheveux.
- Comment peut-on faire cela... si aisément ? Quelque chose de si... étrange. C'est inconcevable.
Incapable de prononcer un mot, le jeune lieutenant se contenta de poser sa tête sur le torse de Byakuya.
Est-ce qu'il se posait ces question, lui ? Non, bien sûr que non. Il faisait comme il le sentait, prenant les événements comme ils venaient, pas besoin de trop réfléchir quand il s'agit de bien faire.
- Comment peut-on faire ça ?
Encore une fois, la question n'appelait pas de réponse, mais l'envie de dire une connerie étant parfois trop forte pour y résister, Renji finit par ouvrir la bouche.
- Ben... gnusde womme cha !
Et il attrapa les hanches de son capitaine dans une poigne solide, glissant une main baladeuse dans son dos... plutôt dans le bas du dos en fait.
Byakuya lui assena un regard à congeler un feu de forêt, alors que Renji lui expliquait la suite en glissant un genoux tout aussi baladeur entre les jambes. Le capitaine en fut trop choqué pour comprendre toute la subtilité de l'explication et chassa le genoux en question d'un coup de pied autoritaire.
Écarlate, il passa une main rafraichissante sur ses joues, ce qui n'eut aucun effet. En tout cas, pas celui de faire ralentir son cœur qui semblait vouloir sortir de sa poitrine. Ce n'est pourtant pas la première fois.
Enfin, si... Pour être très précis, c'était la première petite discussion au lit qu'il tenait après avoir fait l'amour, et ce, depuis plus de cinquante ans. Il ne parvenait pas à se souvenir ce que Hisana et lui avaient l'habitude de faire dans cette situation, seule l'image de son épouse lovée contre lui restait, vivante estampe d'un bonheur passé. Cette femme si menue qui s'abandonnait dans ses bras...
Au lieu de cela, il avait alors une longue crinière rouge étalée sur sa poitrine et deux mains posées amoureusement sur sa taille.
La première fois depuis plus de cinquante ans qu'il partageait ce sentiment de satisfaction, cette impression d'être comblé. Et même s'il trouvait plutôt désagréable la position soumise dans laquelle il s'était retrouvé, le plaisir était là. Neuf, retrouvé, reconnu à nouveau.
Il passa une main distraite dans les cheveux de Renji. Ça aussi, il s'en rappelait, il aimait le faire autrefois.
« C'est vraiment... »
Renji fit mine de hocher la tête sans rien oser essayer de dire. De toute façon, comme bien souvent, il n'avait rien d'intelligent à dire et dans ces cas-là, le mieux est de ne rien dire du tout.
« ... oui, cela fait bien longtemps. »
Une certaine incompréhension envahit le vice-capitaine.
« Longtemps » ? Et tout à l'heure, c'était quoi ? Et la dernière fois, ça fait plus de deux semaines mais tout de même, t'as la mémoire courte mon capitaine. Bon faut dire aussi que les deux dernière fois j'étais pas au mieux de ma forme et on n'a pas eu le temps d'en profiter.
« Ne fait pas mon erreur, Renji, d'aimer plus les morts que le vivants. »
Là encore, cela n'appelait aucune réponse. Il fallait juste que Byakuya puisse enfin exprimer ce qui lui avait si souvent pesé.
« Ne le fais que si tu es prêt à te faire oublier des vivants, à ne pas avoir besoin d'exister pour eux. »
Le silence petit à petit, s'installa, puis fut rompu.
« Ceux qui choisissent cette voie vivent seuls. Ils vivent dans le souvenirs et l'absence. »
Mais vous, vous ne pouvez pas dire que c'est ce que vous avez choisi. Parce qu'il y a des gens qui vous aiment. Plus que vous ne le croyez. Il y a des gens qui tiennent à vous.
« C'est le prix à payer pour avoir aimé quelqu'un plus que soi-même. »
Mais capitaine, est-ce que ça vaut la peine de n'aimer qu'à moitié ?
Byakuya ferma les yeux. Quand Hisana revenait ainsi, quand son image envahissait tout son esprit, il ne pouvait pas la chasser. Et comme Renij ne pouvait pas lui répondre, comme il était seul à parler, il continua.
Renji resta immobile, malgré son envie de plus en plus oppressante de se jeter sur Kuchiki et lui faire l'amour. Seul son silence pouvait témoigner de tout le respect qu'il éprouvait pour l'étrange confession de son capitaine.
« Si tu prends le risque d'aimer au delà de la raison, tu prends aussi celui de perdre ce que tu aimes. La douleur alors... »
Laissant sa phrase en suspens, Byakuya ferma les yeux, ravalant une grimace de rage. Nul ne peut imaginer la douleur de la perte s'il ne l'a pas vécu. Et la pire des choses est, qu'en fin de compte, on s'habitue. À l'absence. À vivre sans. Et à la fin, et cette pensée le terrifiait littéralement, à le fin, on en arrivait parfois à oublier.
Capitaine...
Renji posa ses lèvres sur la peau frissonnante et tira le drap sur eux.
Capitaine, il n'y a que ce qui passe qui vaut la peine d'être aimé.
Mais ça, cette histoire de refuser ce qui dure, c'est tellement une philosophie de désespéré qu'il y avait peu de chance que Byakuya Kuchiki y soit réceptif.
Le lieutenant se garda bien d'exposer son point de vue et hocha simplement la tête en silecne.
Capitaine.
Et au léger mouvement qu'il sentit contre lui, Byakuya baissa les yeux et contempla pour la première fois l'expression désolée de son vice-capitaine.
Renji avait l'air complètement perdu, dans la situation peu enviable de celui qui aimerait bien partager la souffrance de l'autre mais qui est interdit de compassion.
Byakuya croisa sans le vouloir le regard douloureux que lui lançait son vice-capitaine comme on lance une bouteille à la mer.
Je ne peux pas vous aider, moi... je ne sais pas faire ça. Si je le savais, jamais je n'aurais laissé Rukia partir.
Il eut un pâle sourire.
« Je ne te demande rien, Renji. C'est très bien ainsi. »
Le jeune shinigami secoua la tête.
Non.
« Gnabidaine... woi ye byeux yous aigner...
Il laissa délibérément sa phrase en suspens, choisissant ses mots avec soin.
Byakuya refoula la détresse qui l'avait un instant submergé lorsque Renji se pencha vers lui pour murmurer à l'oreille.
- ... yuste à yous sendir wieux.
Malgré lui, un vague amusement envahit le capitaine. Ben voyons.
- Insolent. »
Je sais, pardonnez-moi, pensa très fort Renji, mais tout ce qui sortit fut un « chii » décidé.
Toute sa colère était retombée, comme si la conversation hors du temps qu'il avait eu avec son épouse lui avait adouci le cœur. Il en était convaincu maintenant. Au delà de la mort, Hisana avait encore le pouvoir de l'entendre, de comprendre ses tourments et de lui apporter des réponses, de le confronter à ses propres contradictions.
Elle l'avait déjà fait une fois, pour sauver Rukia. Elle lui avait envoyé Ichigo Kurosaki, bousculer son univers, lui sauver la vie, défier Byakuya et piétiner les lois d'airain du Seireitei. Et le capitaine n'était pas loin de penser qu'il lui fallait bien un homme aussi brute que Renji pour s'occuper de son cas.
C'est dire si je suis vraiment un cas désespéré.
Il adressa un léger reproche à Hisana, pour la forme. Vous auriez pu trouver mieux. Et fixa son lieutenant dont l'air soucieux le troublait plus qu'il ne voulait bien l'admettre.
« Fais-le dans ce cas.
- Ghnhé ?
- Fais-moi me sentir mieux.
Renji ouvrit grand la bouche, laissa tomber sa mâchoire sur le sol avec un bruit sourd et tenta vainement d'émettre un son.
- Gnap...
- Silence. »
D'un geste machinal, Byakuya agita devant lui la prescription (bien froissée d'ailleurs... qu'est-ce qu'elle fout dans le lit la prescription ?) de la quatrième division, comme un vain prétexte.
Ah oui, fit Renji pour lui-même, se rappelant à l'ordre avec conviction. Pas parler, pas ouvrir la bouche.
Il tenta un nouveau sourire, refoulé aussitôt. Il en avait marre de sourire dans la souffrance. Cette fois-ci, il ne pouvait pas se permettre de souffrir, parce qu'il devait tout entier se dévouer au plaisir de son capitaine. Au bonheur ?
Le bonheur, c'est quand on est heureux. Si on a du plaisir, on est heureux. Donc oui, on peut dire que je participe au bonheur de Kuchiki.
C'était aussi simple que ça. Il n'avait qu'à faire ce qu'il savait faire de mieux ; il était même meilleur à ça qu'au combat. Et ça ferait au moins un domaine où il ne se ferait pas laminer par Kuchiki.
Alors il se redressa, s'assit à côté du corps à moitié endormi de son capitaine et se décida très vite à agir.
Doucement, les gestes mille fois timides, il recommença, il retraça les contours graciles de ce corps qu'il désirait tant. Avec infiniment plus de tendresse que toutes les fois précédentes, il lui enserra la taille de ses bras. Il nicha son visage au creux du cou du noble et doucement, avec toute la douceur que réclamait sa blessure, Renji embrassa la peau fine avec infiniment plus de tendresse qu'il ne l'avait jamais fait.
Renji ouvrit les yeux dans la pâle lueur de l'aube, il pouvait voir le soleil se lever derrières les lames du volets tiré. Bien qu'il fût encore tôt, il devinait que Byakuya devait déjà être levé. Lui aussi à sa place, il se serait épargné le réveil embarrassant. Il resta une poignée de seconde à contempler les lumières qui jouaient derrière les persiennes, songeant tristement que cette mince victoire avait déjà un goût amer.
Et puis, un mouvement imperceptible le tira brusquement de ses pensées, et le fit, malgré lui, sursauter.
Le drap étendu sur les jambes se plissa doucement , découvrant le bas de son corps. Il se tourna vivement et trouva le corps endormi de Kuchiki qui s'était entortillé dans le drap.
Un sourire gêné se dessina sur ses traits.
Pardon capitaine, j'ai douté de vous, s'entendit-il penser.
Il contempla encore quelques secondes le corps qui se dessinait sous le tissus, jouant rêveusement avec les mèches de cheveux noirs qui s'étalaient sur le matelas. Il avait encore du mal à y croire. Si rapidement, passer du reproche à l'acceptation, décidément, le comportement de son capitaine restait une énigme pour lui. Il tira un peu le drap à lui ce qui découvrit l'épaule de Byakuya.
Subitement, il comprit pourquoi c'était toujours plus pratique de partir avant le réveil de l'autre. Parce qu'il ne se voyait absolument pas le réveiller avec un câlin, pas lui. Pas après le monceau d'emmerdements qui lui était tombé sur le dos la veille. Et puis, réveiller Byakuya Kuchiki, c'est comme attraper un oursin : faut mettre des gants ou prendre des pincettes.
Il effleura l'épaule nue du bout des doigts. Il a (presque) l'air gentil quand il dort. L'épaule blanche et nue semblait vouloir aimanter sa main, elle l'attirait irrésistiblement. Il avait encore envie de lui.
Alors il se leva, récupéra ses habits sur le sol, un dernier regard, et sortit. Pas question non plus de le réveiller en lui sautant dessus. Il l'enverrait au diable, à tous les coups. Et s'il ne le faisait pas.. hé bien, c'était encore pire. Il ne voulait pas paraître trop demandeur, ni décadent. Y'a du boulot.
Au moment où il sortait de la petite chambre, des coups retentirent à la porte.
Encore ! On n'est jamais tranquille dans cette baraque.
Sans prendre le temps de rajuster sa veste, Renji alla ouvrir. C'était bizarre, il ne savait pas quelle heure il était exactement, mais il était encore tôt et dans ce cas, qui dans la division pouvait avoir l'idée de déranger ses supérieurs au petit matin ?
La réponse lui sauta aux yeux en même temps que son ex-vice-capitaine et désormais collègue.
« Oh ! Bonjour Renji ! Fit le capitaine Ukitake avec un sourire affable. Byakuya est là ?
- Et merde... murmura Renji entre ses dents. »
A SUIVRE...
Alors là, accrochez-vous bien mais il paraît que la pratique régulière de bonnes reviews remplace les cinq fruits et légumes quotidiens recommandés ! C'est dingue ! et ça vous donne pas envie de poser une bonne grosse review là ? non même pas ?
Réponses à tous ces gens qui n'ont pas la chance immense de posséder un compte FFnet :
pour celle que l'on ne connaît pas (mais qu'on aimerait bien connaître un peu mieux) : merci beaucoup pour ta review et pour avoir aimer cette fic, ce chapitre, cet humour, ces péripéties formidables XD Malheureusement, il y a quelques petites fautes dans ta retranscriptions des paroles de notre babouin bien aimé. C'était "je crois que ça va se tasser" et non "je vois", "ces deux-là" et non "c'est deux-là"... mais l'effort est méritoire ! Courage, ce sera pour la prochaine fois (oui, il est pas encore guérie, Renji ^^). Merci pour tes encouragement et à bientôt.
lili199 : merci beaucoup encore une fois, de nous suivre et de nous encourager. Si t'as aimé l'action du dernier chapitre, celui-ci a dû aussi te plaire. J'espère qu'on restera toujours au niveau :)
