Base : Bleach
Genre : romance, angst
Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres
Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.
Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)
Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).
NA : Hello et immense désolation pour le retard non moins immense. Deux raisons à cela : une bonne : Jimi a trouvé du boulot (donc, ben.. faut qu'il fasse croire à ses patrons qu'il travaille, donc, moins de fanfic en semaine) et une mauvaise : Loli est encore malade et le simple fait d'écrire la fatigue (si si si, rigolez pas, ça existe). Normalement, ça devrait aller mieux maintenant. Merci de toujours nous soutenir autant.
QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !
Le doute III
« Mieux vaut réprimande ouverte qu'amour dissimulé »
Pr. XXVII, 5
Byakuya ouvrit les yeux avec de telles difficultés qu'il se demanda un instant si, bien que ce soit complètement impossible, il n'était pas blessé ou malade. C'est vrai, une telle paresse matinale lui ressemblait tellement peu qu'il devait y avoir une explication rationnelle et raisonnable.
Il força ses souvenirs de la veille à remonter à la surface. Ah oui, tout de même ! Il n'était donc ni blessé et encore moins malade (quoique... mentalement, il avait de quoi se poser encore pas mal de questions) et il n'y avait aucun explication rationnelle et raisonnable à sa fatigue subite. Il avait simplement passé la nuit avec Renji. Ce qui n'a rien de rationnel ni de raisonnable, tout le monde en conviendra.
Un léger toussotement lui fit relever la tête et il découvrit ce qui l'avait fait se réveiller si tôt.
« Hem... gnapidaine... »
Bien que parfaitement ridicule, cette diction handicapée arrangeait bien Byakuya, lui permettant de mettre une certaine distance entre le Renji Abarai classique, de tous les jours et ce type idiot qui parlait bizarrement_et qui couchait avec lui.
Byakuya se releva et récupéra ses kenseikan qui traînaient inopinément entre les draps. Intérieurement, Renji soupira. C'était donc ça qui grattait cette nuit.
« Qu'y a-t-il ?
- Ye gnabidaine Uwidadwé est gnan ye bwureau.
Byakuya se figea, puis se releva brusquement en murmurant froidement.
- Et tu lui as dit que tu allais me chercher ici ? »
Tant de stupidité le stupéfiait ! Après ça, le nombre de capitaine au courant de leur étrange relation allait doubler et, très certainement tripler dans les heures qui allaient suivre. Et puisque les trois capitaines les plus anciens seraient au courant, il n'y avait pas de raison que le commandant ne le devine pas d'une manière ou d'une autre, sans parler de Ukitake, qui était tête en l'air, Kyoraku qui aimait emmerder le monde (et lui en particulier) et Unohana qu'il avait tellement offensé qu'il serait presque déçu si elle ne cherchait pas à se venger cruellement.
Renji secoua la tête avec frénésie.
« Gnon, yé shhunwodé ! »
Un instant, Byakuya sentit son regard changer sur son vice-capitaine. En bien. Il lui trouvait un côté dégourdi tout de même. Et puis, même dans cette situation bizarre, il avait encore une petite lueur arrogante dans les yeux, un mélange de bravache et d'insolence bête. Et pour la première fois de sa vie, Byakuya ne trouva pas cette petite lueur inconvenante ou insultante. C'est juste sa manière de s'affirmer face au monde.
Il s'avança de quelques pas, observant toujours attentivement son lieutenant, comme s'il le voyait pour la première fois. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'il consentait à coucher avec lui, mais jamais auparavant il n'avait senti une telle intimité avec lui et pour le coup, cela ne lui déplaisait pas tant que ça.
Alors qu'il se décidait à faire quelque chose de parfaitement idiot, à savoir embrasser son amant, un détail plus que dérangeant frappa le beau capitaine. Un détail embarrassant pour lui, agréable pour n'importe qui d'autre se trouvant à proximité et doté d'un sens de l'esthétique raisonnablement raffiné. Il était nu !
Il en resta estomaqué : être resté aussi longtemps dans cette tenue, ou plutôt, dans cette absence de tenue était proprement scandaleux, sauf pour Renji qui bave intérieurement et qui aime le scandale, surtout quand il arrive par son capitaine.
D'ailleurs, constatant l'état de nudité dans lequel il se trouvait, Byakuya lança un regard accusateur à Renji. Il ne pouvait pas dire un mot lui ? Ben non, il ne pouvait rien dire, pour la simple et bonne raison que, depuis que Byakuya était sorti du lit, il souriait bêtement en matant allégrement quelques fascinants morceaux de peau.
Il avait l'air stupide et heureux des hommes qui viennent de bien baiser. Un instant, Byakuya détesta cet air, avant de réaliser, l'instant suivant, que lui aussi devait paraître aussi crétin et satisfait de lui. Et il se détesta !
Il chassa l'esquisse de sourire qui avait eu l'audace de se profiler sur son visage sans lui demander son avis et se pencha pour ramasser ses vêtements.
« Je m'occupe d'Ukitake. Tu as quartier libre pour la matinée, cela risque fort d'être un peu long.
- Oui gnapidaine.
- Et parle le moins possible.
- Gne wai basché à l'hobidal.
- Fais ce qui te semble bon. Mais pars directement d'ici. »
Un hochement de tête plus tard et Renji ne put que regarder sans toucher le postérieur de son supérieur s'évanouir dans un shunpo de classe internationale.
Ukitake reçut son hôte avec un sourire gêné.
Y'a des jours comme ça, il ne faut pas chercher à comprendre : s'il résumait bien, Renji avait shunpoté jusque dans la chambrette qui se trouvait juste à deux mètres et Byakuya avait utilisé le même moyen pour se rendre dans le bureau. Donc, de toute évidence, ils ne voulaient pas qu'on sache que Byakuya avait passé la nuit à son bureau, pour une obscure raison dont Ukitake se doutait bien mais ne voulait rien savoir. Il afficha à nouveau son sourire bienveillant de papa gâteau.
« Bonjour, ça va bien ?
Hermétique à toute forme de politesse trop appuyée, Byakuya garda un silence de mort et lança simplement un regard morne à son visiteur. Dire qu'il était si bien dans son lit avant ça. Et puis, qui sait, s'il y était resté assez longtemps, peut-être que Renji serait venu le réveiller d'une manière plus sympathique.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ben... nous avons décidé de monter une cellule de crise à propos de ces créatures interceptées sur Terre, qui n'auraient pas d'aura.
- Qui n'ont pas d'aura, rectifia Byakuya qui tenait tout de même à ce que la réalité des choses soit un minimum respecté.
- Le département de recherche planche déjà dessus.
Byakuya haussa les épaules. L'idée de savoir que Kurotsuchi faisait mumuse avec des éprouvettes dans son labo, en poussant des « fufufufu » de malade mental en phase terminale ne lui faisait ni chaud ni froid. Et surtout, il ne voyait pas sur quoi la division des savants fous pouvait bien plancher puisqu'ils n'avaient pas d'éléments concrets à se mettre sous la dent.
- Un rapport d'un shinigami en patrouille sur Terre est arrivé hier soir, qui signale la présence d'une telle créature et sa disparition inexpliquée. La description de l'apparition correspond bien à celle que tu avais faites : humanoïde, sans traits distincts mais pourvu d'un orifice buccale, ou ce qui semble s'en approcher.
Byakuya s'était assis à son bureau et posa finalement la question qui lui brûlait les lèvres depuis le début.
- Et en quoi cela me concerne ?
- Ah oui, j'y viens. Donc, avec ce rapport on a décidé de mettre en place cette cellule spéciale qui regroupera les analyses de Mayuri et les rapports de l'équipe sur le terrain.
- L'équipe sur le terrain ?
- C'est l'objet de ma visite. Il a été décidé que le shinigami remplaçant réceptionnerait une équipe pour une durée indéterminée. Cette équipe devra rechercher les manifestations de ces créatures. Deux de mes hommes en font partie, plus deux de la onzième division en cas de coup dur, et j'ai proposé qu'une personne ayant déjà été au contact de ces choses en fasse partie aussi.
- Moi ou Renji.
- C'est vrai que le choix est limité... mais on ne choisi que les volontaires, bien entendu, c'est une mission dangereuse.
Un vague doute désagréable envahit brusquement Byakuya. Ça sentait tellement l'arnaque à douze kilomètres à la ronde qu'un aveugle l'aurait vu venir.
- Dans les hommes de ta division, il n'y a pas Rukia par hasard ?
- Heeuuu heeem...
Ukitake hésita puis lâcha un petit rire bête qui voulait tout dire. Il accrocha machinalement le dossier d'une chaise devant lui et fit mine de vouloir s'assoir, pris d'une subite faiblesse annonciatrice d'une quinte de toux.
Mais Byakuya n'était pas né de la dernière pluie, ni de l'avant dernière d'ailleurs (faut dire qu'au bout d'un siècle, on arrête de compter), bref, il se planta face à son aîné et le défia du regard.
Ose un peu simuler tes crachats de sang, toi.
Mais enfin, Byakuya, je suis vraiment malade ! Demande à Unohana si tu ne me crois pas... bon, d'accord c'est pas le bon exemple.
- Rukia en fait partie ?
- Comme je l'ai déjà dit, on a fait appel aux volontaires avant tout.
- Bien.
Un regard sans aménité à son ancien senpai et il se décida.
- J'irai donc. »
En matière de silence choqué, on n'aurait pas pu faire mieux, en tous cas, pas dans les cents dernière années, ni dans les dix hectares environnants.
Ukitake garda la bouche ouverte quelques longues secondes, cherchant désespérément une bouffée d'air pur pour oxygéner son cerveau et pour être sûr de ne pas être victime d'une hallucination.
Ben non, Byakuya Kuchiki étiat toujours devant lui, toujours aussi sérieux. Il avait le même air guilleret qu'un cancérologue dans l'exercice de son devoir de sincérité quotidien à l'égard de ses patients les plus mal en point.
Guilleret, Renji lui, l'était. Parti joyeusement vers l'hôpital central. Si Isane était dans le coin, elle lui referait un pansement correct et l'autoriserait à mâcher à nouveau. Et à faire tout un tas de chose à nouveau.
Et puis... et puis il fit une connerie. Il se mit à penser. Non, ne le défendez pas, trop penser, c'est mal. Surtout quand on pense trop à une chose en particulier.
La vision de la façade où se trouvait son ex-chambre lui coupa net les jambes. À quelques mètres au dessus de lui, la passerelle d'où Byakuya l'avait fixé un soir... ou un matin, il ne se rappelait plus bien. Il ne se rappelait que du regard étrangement fixe, inexplicablement anxieux, presque inquisiteur, que lui avait jeté Kuchiki du haut de cette passerelle. Il s'adossa contre un mur en soupirant. Ce regard-là, il ne l'avait jamais revu et il ne savait pas comment le revoir à nouveau. Parce que ce regard était sérieux et que, jusqu'à maintenant, Kuchiki n'avait jamais eu l'air d'être sérieux avec lui, juste forcé et désespéré.
Et voilà ! On se lève le matin, on est heureux et amoureux, et une heure après, c'est à nouveau le moral dans les sandales.
Putain ! J'ai eu ce que je voulais et... et merde !
Une charmante petite voix taquine dans sa tête murmura sans aucune pudeur.
« T'as bien baisé mais t'en veux encore ? »
« Gn'est pwas ça, maugréa Renji à voix haute. »
« T'as bien baisé... mais c'est pas ça que tu veux. »
Ta gueule !
« Tu ne sais pas ce que tu veux. »
Hé ho ! Je t'ai parlé ?
« Tu devrais ! »
Vas te coucher, Zabimaru, j'ai pas la tête à ça.
« J'ai vu, persifla la partie la plus vipérine du zanpakuto. »
De toute façon, j'ai pas le droit pour l'instant.
Un rire narquois le coupa dans son élan.
Holala ! Il a pas le droit de faire mumuse avec son Zanpakuto... heureusement que t'obéis à tous les ordres. Et si la vieille t'interdit de faire mumuse avec tout le reste, tu lui obéis aussi, tu laisses ton chéri sur sa faim ?
Renji chassa l'objection d'un revers de la main.
« Ch'est wour mwa chandé... »
Pauvre petit... parce que tu crois vraiment qu'on peut guérir en restant au lit ?
Renji soupira encore une fois, il consulta mentalement son Zanpakuto.
T'en as vraiment envie ?
Ben, vois-tu, tu nous as un tout petit peu oublié depuis ces quelques jours... non semaines. C'est ton boulot de t'occuper de nous aussi.
Un sourire attendri lui effleura les lèvres.
Alors comme ça même un pur esprit pouvait se sentir délaissé ?
Si tu y réfléchis bien, seul un pur esprit peut se sentir délaissé. Seul l'esprit souffre du manque et de l'abandon.
Là, pour le coup, le shinigami était loin d'être d'accord avec son sabre. Le corps aussi peut désirer ce qui lui manque le plus au monde. Le corps souffre du manque, physiquement même, la douleur peut-être terrible. Mais bon, ça ne faisait pas vraiment partie des sujets qu'il pouvait sereinement aborder avec son zanpakuto.
Bon, tu veux prendre l'air ?
Comme si tu ne le savais pas !
Tournant résolument le dos à l'hôpital, Renji prit la direction du terrain d'entraînement le plus lointain. Pas assez con pour s'entraîner sous le nez de Unohana, le Renji.
Unohana, Ukitake commençait à y penser de plus en plus fort. Pas pour de basses raisons sexuelles, bien sûr, mais parce que l'état mental de son cher Kuchiki le tracassait pas mal ces derniers temps. Enfin, surtout ces dernières cinq minutes. Et parce qu'un médecin ne serait pas du luxe dans cette situation.
« Heuu... tu te portes volontaire pour une mission de second ordre ?
- C'est tout à fait justifié. Mon vice-capitaine a été incapable de vaincre ces créatures une première fois, il n'y a pas de raison pour qu'il y arrive mieux la seconde.
Le vieux capitaine (on dirait pas comme ça, mais il tape bien dans les six ou sept centenaires le petit) hocha la tête, incapable de prononcer un mot tant le raisonnement était spécieux.
- C'est une mission de contrôle de routine, Byakuya. On n'a jamais vu un capitaine y participer.
- Et ben maintenant, c'est chose faite.
- Oui bien sûr mais...
- Mais ?
- Ne crains-tu pas que ta présence puisse perturber la mission ?
- Je ne vois pas en quoi, fit Byakuya avec toute la mauvaise foi qu'il avait en stock. »
Ukitake poussa un long soupir qu'il ne prit même pas la peine de cacher. Lui qui pensait simplement pouvoir expédier Renji dans l'autre monde (celui des humains, hein, ne nous égarons pas), avec ses potes de la onzième, sa meilleure amie et son boulet d'ami humain. Cela lui aurait donné un certain répit, mis intelligemment à profit pour ramener Byakuya à un peu plus de raison à propos de ce qui se fait et ne se fait pas entre officiers d'une même division.
Mais non. Non, il fallait que cet idiot se prenne la tête.
Ah oui, autant le dire tout de suite, si Ukitake approuve et regarde avec tendresse les amourettes naissantes entre un humain et une shinigami (on ne vous dira pas qui, devinez, je ne sais pas moi, pensez un peu quoi), il ne cautionne, en revanche, absolument pas les relations poussées entre deux shinigamis mâles.
Bien, sûr, c'est un tout petit peu l'hôpital qui se fout de la charité (demandez à Kyoraku s'il n'y a pas des tas de choses à écrire là-dessus) mais, du point de vu du capitaine de la treizième, son opposition est tout à fait défendable en ce qu'il préserve Byakuya de sa propre tentation à l'autodestruction.
Car oui, se taper Renji, aux yeux de Jushiro Ukitake, c'est s'engager sur une pente autodestructrice.
Bref, tout ça pour dire que l'affaire se présentait assez sombrement.
« Et tu ne penses pas que Renji est mieux à même de quitter ta division pendant quelques temps ? Après tout, une division se passe plus facilement d'un vice-capitaine que d'un capitaine.
Byakuya haussa les épaules.
- Ce n'est que temporaire.
Ukitake eut un sourire crispé.
- S'il t'arrivait malheur... on ne sait jamais.
Et le plus jeune de répliquer sardoniquement :
- Cette mission est censée être largement du niveau d'un officier. Un capitaine ne pourrait y laisser la vie.
- On ne sait jamais... tenta maladroitement Ukitake, furieux contre lui-même.
- Je sais que je reviendrai vivant et que l'intérim ne se prolongera pas. Dans le pire de cas, Renji pourra parfaitement gérer la division à ma place et, qui sait, prendre ma succession au cas où. »
Sur l'échelle de la Bienheureuse sœur Prize, Ukitake venait d'atteindre le degré quatorze (l'échelle n'en compte, par ailleurs, que dix) et cette stupéfaction s'exprimait par tous les pores de sa peau et surtout par sa mâchoire tombée au sol, qui cirait le parquet.
« Tu... tu... tu veux dire que...?
Kuchiki prit à nouveau son air blasé à mort, et, d'un ton qui transpirait l'ennui et le sarcasme, il reprit, comme si de rien n'était :
- Je pourrais avoir les détails de la mission ?
Le vieux capitaine se sentit d'un seul coup très vieux et hocha la tête.
- Bien sûr_il sortit une liasse de papiers de sa manche_voici les premiers rapports d'enquête, ensuite, les informations plus précises vous seront transmises lors de la réunion de briefing sur les modalités pratiques de la mission. Et c'est ce soir, à onze heures. Le départ est prévu pour minuit, heure du Seireitei. Vous devriez arriver au milieu de la soirée dans le monde des humains.
- Bien. J'y serai. »
Byakuya avait fini sur un ton sans réplique, qui signifiait en gros que « merci d'être passé mais maintenant, il faut partir » ; Ukitake salua son collègue et repartit non pas vers sa division, mais en direction du siège de la première, histoire de colporter la nouvelle. Tandis que Byakuya shunpotait jusqu'à chez lui, car il devait prendre ses dispositions avant de partir. Bien sûr, il était complètement impossible qu'il meure en mission sur Terre, mais il pouvait très bien être retenu plus longtemps que prévu et c'est bien en ça qu'il devait veiller à ce que tout se passe bien en son absence. Déjà qu'il allait abandonner sa division aux mains brutales de son vice-capitaine, alors il ne pouvait pas négliger les devoirs de sa maison par dessus le marché.
La poussière du terrain d'entraînement se souleva dans un souffle d'air frais lorsque le zanpakuto se déploya.
T'es toujours là toi ? Murmura Renji en lui-même.
Il fendit l'air de son sabre, déployant les crocs de métal sur toute la longueur du terrain. Le sol sembla se fissurer, vibra et s'arracha par morceaux de cent kilos qui volèrent aux quatre coins de l'aire de jeu du vice-capitaine. Renji sourit de toutes ses dents, icône vivante de la vente de dentifrice.
Maintenant, ça allait mieux. Il commença par des séries rapides d'attaques frontales, variant sa vitesse et sa position, imaginant son adversaire sur le terrain, face à lui. Son adversaire, lorsqu'il s'entraînait seul, était toujours le même. Depuis le temps qu'il lui fracassait la gueule dans sa tête, il lui arrivait même de transposer parfois son image sur ses véritables adversaires en chair et en os.
Il voyait Byakuya Kuchiki chaque fois qu'il dégainait, il connaissait parfaitement chacun de ses mouvements. Un... shunpo, derrière l'adversaire, deux... premier coup, toujours à l'abdomen, trois, shunpo, devant l'adversaire, un coup de face, shunpo, un coup vertical, et un bon coup de Kido si c'est pas encore suffisant. Et voilà, avec ça, normalement, n'importe quel péquin moyen est par terre, la gueule dans une mare de sang.
Voilà, ça, cette vision infernale d'un Byakuya Kuchiki en plein combat, ça lui faisait bouillir le sang dans ses veines. Ça lui donnait envie de se déchaîner.
« Banhwai ! »
Même si le niveau sonore et la prononciation n'y étaient pas du tout, cela n'empêcha en rien Zabimaru de répondre à nouveau à son appel. Le terrain d'exercice était désert et il pouvait s'en donner à cœur joie.
Donc nous y voilà. À force d'exercice il savait maintenant feinter les coups rapides de son capitaine, il pouvait sans problème éviter les fins pétales de fleur de cerisiers. Ça oui. Le kido... c'était une autre histoire. Il le voyait là. Il pouvait deviner les mouvements qu'aurait fait son adversaire, l'image floue de son capitaine se dessinait devant lui, brandissait son sabre et se dressait, menaçant.
Du dos de la main, Renji essuya les gouttes de sueurs qui perlaient à son front et ses lèvres. La tension aussi revenait, comme s'il était là en face de lui. Il lança brusquement un attaque, déployant l'immense serpent dans les airs, fendant l'espace. Et puis une deuxième, une troisième, suivant les déplacement de son ennemi imaginaire.
Le sol se creusait par endroit en larges cratères et le pan muré du terrain ressemblait de plus en plus à une lamelle de gruyère. Le temps passe tellement vite lorsqu'on fait une activité passionnante, tellement vite que lorsqu'il observa le terrain entre deux passes d'arme, Renji se dit que, décidément, les matériaux utilisés étaient de plus en plus fragiles.
Ce n'est pas ce qui l'empêcha de continuer de plus belle, faisant voler les cailloux luisants dans la lumière claire de cette fin d'après-midi, alors que Zabimaru exultait d'une joie sauvage, ivre de combat.
Et comme une douce quiétude l'envahissait, Renji réalisa instinctivement que son zanpakuto avait eu raison : rien ne lui faisait plus de bien qu'une bonne baston dans les règles de l'art. Il sentait sa douleur s'envoler avec les morceaux du terrain d'entraînement.
Brutalement, une nouvelle aura envahi le terrain. Instinctivement, Renji se remit en garde, face au nouveau venu. Réflexe salvateur en plein combat, réflexe complètement idiot lorsqu'on est censé être interdit de combat. Mais que voulez-vous, on est bourrin ou on ne l'est pas. Et Renji était tellement bourrin que le coup partit tout seul.
Il faut dire, à sa décharge, qu'il se servait de punching ball mental avec cet adversaire depuis des années, on ne peut pas lui reprocher de l'attaquer un brin lorsqu'il débarque à l'improviste.
D'un shunpo de dieu, Kuchiki mit une respectable distance entre sa noble personne et celle, beaucoup moins noble, du débile qui tentait de le mettre KO.
Immédiatement, Renji reprit une posture d'attaque, adaptant son mouvement au déplacement de son capitaine.
Ce dernier plissa les yeux avec un air tellement soupçonneux que Renji rompit sa garde à l'instant. Pas la peine d'en rajouter.
Byakuya garda pour lui ses remarques mais il aurait eu à en dire. Renji venait-il bien de calquer son attaque sur la sienne ? Il travaillait ses techniques de combat sur les siennes ? Il se s'inspirait de son art consommé du kido pour imaginer de nouvelles combinaisons ? En gros, le vice-capitaine avait-il atteint un degré d'obsession aussi insoutenable ?
Kuchiki fit comme si de rien n'était. Leur relation était déjà pas mal tordue sans ça.
Il le fixa simplement et se répéta mentalement que, parfois, la nature fait bien les choses, au sens esthétique du terme. La nature avait réussi à mettre des pectoraux là où il fallait, des biceps aux bons endroits et une ligne mâchoire/gorge assez gracieuse pour damner, non pas un saint (faut pas déconner non plus) mais un capitaine du Seireitei, ce qui est déjà pas mal. Et en plus, avec la respiration haletante et la peau luisante de transpiration, l'effet était d'autant plus saisissant. Oui, pensait Byakuya Kuchiki avec un délicieux soupçon de honte, la nature est vraiment bien faite.
Bien que délicieuse, la honte reste la honte, et le capitaine fit donc comme si de rien n'était.
« Tu es interdit d'entraînement ! »
L'air sévère de son capitaine ne trompait pas Renji (et n'aurait trompé personne de normalement constitué) Kuchiki luttait pour ne pas soupirer d'agacement mais n'était nullement en colère, il n'avait même aucune envie visible de faire respecter les interdits médicaux de son vice-capitaine.
« Mwais...
- Pas de mais. »
Un seul regard impérieux l'empêcha de protester plus longtemps. Le regard des jours, pas mauvais, mais pas hyper bons non plus. Renji rangea docilement son sabre et enfila sa veste de kimono sans traîner. Il y avait de l'orage dans l'air, semblait-il.
« Nous avons à faire. »
Et puisque cela suffisait à faire comprendre à Renji qu'il devait le suivre sans discuter, ils se mirent en route vers la capitainerie.
Ce ne fut qu'une fois qu'ils furent enfermés dans le bureau du capitaine que ce dernier lâcha la nouvelle avec un air de désintérêt total.
« Je pars ce soir pour la terre. Tu t'occuperas de la division pendant mon absence.
- Qu... quoi ?
Byakuya haussa les sourcils.
- Es-tu sourd ?
- Gnapidaine, wous awez mien dit ye wous bardiez ?
- Je sais ce que j'ai dit.
- Oui mwais...
- Pas de mais. Tu vas gérer les affaires courantes et me laisser de côté tout ce qui peut attendre mon retour. Je m'occuperai des cas plus importants ou qui demandent une analyse plus poussée.
Ben traitez moi de débile tant que vous y êtes.
- J'ai laissé un certain nombre d'instructions détaillées ici, continua Kuchiki en désignant un volumineux dossier, tu peux t'y référer si tu as un doute sur la marche à suivre.
Byakuya releva les yeux vers Renji qui semblait chercher à comprendre le fin mot de toute cette histoire. Il semblait tellement perturbé par ce prochain départ que le capitaine ne put résister au plaisir sadique d'en rajouter une couche.
- Si je venais à ne pas revenir...
Aaah le plaisir sadique de voir la mâchoire tomber au sol, les yeux sortir de leur orbite, le cœur se mettre en grève sans préavis. Bref, le plaisir sadique de causer une surprise de taille à quelqu'un. Surtout quand ce quelqu'un est réduit aux borborygmes pour seuls mots.
-... si je venais à ne pas revenir, tu seras bien entendu chargé de l'intérim en attendant qu'un nouveau capitaine soit désigné. Bien sûr, il se peut que tu sois désigné pour ce poste. Auquel cas... »
Il s'interrompit... brisant l'intensité dramatique de sa phrase. Bon, la déconnade ça allait bien cinq minutes mais là il s'apprêtait quasiment à lui faire des dernières recommandations d'usage avant d'aller mourir, la plaisanterie avait ses limites.
Renji se sentit brutalement mal à l'aise. C'était le sort de tout vice-capitaine que de rêver d'être capitaine à son tour, de prendre la place de son capitaine. Lui, non. Là, cette idée le faisait vomir.
Il comprit subitement le sentiment si ambigu d'Ikkaku envers Zaraki. Il ne pouvait pas imaginer être autre chose que le vice-capitaine de Kuchiki. Même s'il rêvait de le battre, de le surpasser en tout : dans le cœur de Rukia, dans le combat, dans un lit... il ne pouvait pas se résoudre à se laisser devenir capitaine à sa place.
« Chi'l wous blait, laichez woa y all... »
Pour la première fois depuis qu'ils étaient rentrés dans la capitainerie, leurs yeux se rencontrèrent et Byakuya fut saisit par la sincérité qu'il pouvait lire en Renji. Ce n'était pas par respect ou par devoir qu'il faisait cette demande, mais tout simplement parce l'officier semblait ne pas supporter l'idée que son capitaine puisse ne pas revenir. Avec une certaine tristesse, Byakuya réalisa que, malgré tout, Renji était bien sérieux. Renji devait sérieusement lui être attaché, plus que lui-même ne l'était. Est-ce que, dans la même situation, il préférerait partir en mission plutôt que de risquer la vie de Renji ? Rien n'est moins sûr.
Il se sentit un peu... injuste. Aussi paradoxal cela fusse-t-il, il aurait aimé pouvoir être aussi admirable que son lieutenant dans sa façon d'aimer. Malheureusement, lui n'avait pas besoin d'aimer, seulement d'être aimé. Il n'avait pas besoin de se préoccuper de Renji, puisque ce dernier s'occupait si bien de leur cas à tous les deux.
Bien sûr, leur relation était inégale, mais ça ils en étaient bien conscient l'un et l'autre depuis le début. Bien sûr, aussi, Renji était le plus investi dans cette relation et ce, depuis le début. Mais jamais Byakuya n'avait imaginé pouvoir être frustré par cet état de fait.
Il chassa ce désagréable sentiment d'injustice et reprit.
« Je le répète, les affaires courantes seront faciles à traiter. Mon absence risque de se prolonger quelques jours, pendant toute cette période... »
Subitement, Byakuya se tut. Ou plutôt, il laissa sa phrase retomber dans les limbes d'où elle n'aurait jamais dû sortir. Pourquoi est-ce qu'il lui disait tout ça ? Parce que Renji était son vice-capitaine et qu'il devait s'occuper de sa division pendant quelques jours ? Certainement pas. Il lui disait cela avec une sinistre arrière pensée. Une arrière pensée sinistrement banale qui s'appelait « baisons ce soir, demain je serai loin », proche parente du « on va pas se voir pendant longtemps, ça te donne pas envie de me sauter dessus ? ».
- Donc, c'est une mission collégiale, dont m'a informé le capitaine de la treizième division ce matin-même. Et le départ est prévu pour ce soir, onze heures.
Voilà où il fallait en venir dès le début, il fallait bien introduire le « on n'a plus beaucoup de temps, qu'est-ce que tu attends pour passer à l'action ». Et il prit le parti sage mais tardif de se taire. Franchement, depuis quand avait-il l'habitude de se justifier devant quelqu'un ? Même face à Rukia il ne parvenait pas à expliquer ses intentions et ses actes, et surtout, il ne trouvait pas cela utile de le faire. Alors ce n'était pas Renj qui allait bouleverser sa manière d'être. Bon, si un tout petit peu quand même mais pas au point de se justifier. Il attendit quelques secondes, il aurait pourtant parié que Renji le questionnerait sur la visite matinale du capitaine Ukitake, mais il semblait qu'il avait sur-estimé sa curiosité. Ou sous-estimé ses instincts de prédateur.
Plutôt la seconde solution en fait. Ses propres instincts de prédateurs étaient loin au-delà de tout ce qu'il voulait bien admettre.
Renji le regardait avec cet air idiot, à la limite du vide mental, la bouche légèrement entre-ouverte dans une interrogation informulée, et un discret mordillement de la lèvre inférieure, signe évident d'anxiété. Le tout avait un effet assez inattendu sur le capitaine qui se rapprocha en un clin d'œil et attrapa le lieutenant par le menton, l'attira à lui, lui saisit les lèvres en douceur.
N'importe qui à sa place se serait demandé ce qu'un tel baiser pouvait bien signifier, Renji ne se posa pas la question et se laissa bien volontiers faire. Il attrapa Kuchiki par les épaules et s'empara à son tour de ses lèvres sans hésiter. Demain il sera loin, et pour longtemps. La main qui lui maintenait le menton se retira précautionneusement et se retrouva presque instantanément sur sa taille, accompagnée de sa sœur jumelle.
Finalement, ce n'était plus du tout la peine de se poser des questions, d'expliquer ceci, cela, d'en faire des tonnes pour une toute petite mission de rien du tout. Il y a toujours des choses bien plus importantes qu'une petite mission de rien du tout. Des choses qui demandent toute notre attention, notre concentration, notre dévotion.
Byakuya resserra sa prise sur la taille de son lieutenant, et puis, avec une infinie délicatesse, passa ses doigts sous les vêtements noirs, tirant doucement sur le bord du hakama, puis sur les rubans qui le fermaient. Renji sentit se joues prendre feu. Ah oui, direct, vous voulez pas attendre qu'on soit dans la chambre ? Il resserra lui aussi ses doigts sur les épaules de son capitaine, attendant avec excitation de voir si Kuchiki irait bien jusqu'au bout, puisque c'était lui qui prenait les commandes cette fois-ci.
Lentement, infiniment lentement, il prit conscience des discrets attouchements dans son dos, le long de sa colonne vertébrale, jusqu'au creux de ses reins, et finalement, courant sur ses fesses. D'un autre côté, il ne pouvait pas bouger, coincé contre son capitaine, incapable de se libérer de la prison de ses bras.
Ses mains posées sur les épaules de Kuchiki lui semblèrent subitement bien inutiles, et ses bras recroquevillés contre son corps l'encombraient plus qu'autre chose. La seule petite liberté de mouvement qui lui restait était de piétiner d'une jambe sur l'autre. Parce que même la tête, il ne voyait pas comment il pouvait la tourner : les yeux de Kuchiki solidement ancrés dans les siens le gardaient bel et bien prisonnier, il ne pouvait pas tourner la tête sans avoir l'air d'éviter le regard sombre du capitaine.
Bizarrement, cette curieuse intimité le troublait plus encore que toutes les scènes de sexe torrides qu'ils avaient pu vivre ensemble. Ça le troublait terriblement, bien assez pour s'en retrouver complètement excité. Et le pire, c'est que même le contact entre eux de son sexe dur ne parvint pas briser leur enlacement.
« Gnabidaine ?
Un sourire indulgent lui répondit.
- Tais toi. »
Et ben... comme d'hab, il fit ce qu'on lui dit, et plutôt deux fois qu'une.
Il finit simplement par décoller ses mains des épaules de Kuchiki et les passer sur le haut de ses bras, dans de simples va et viens caressants. Impossible de faire quoi que ce soit d'autre, il laissait ses mains bouger au rythme des caresses qui couraient au creux de ses reins.
Cette sensation d'impuissance était à la fois étrange, nouvelle et curieuse. Mais pas désagréable, au contraire. Il n'y avait plus l'urgence dans laquelle ils avaient couchés ensembles les fois précédentes.
Et puis pour une fois que c'était Kuchiki qui se jetait sur lui et non l'inverse, il fallait bien prendre le temps d'en profiter. De ses mains un peu coincées, il réussit à atteindre le visage de son amant, à lui effleurer les joues du bout des doigts. Sous la douce caresse, le capitaine esquissa à nouveau un semblant de sourire pendant que, de ses longs doigts fins, il achevait de délester Renji de son hakama.
Ce dernier tenta bien de reculer un peu et retenir le vêtement du genoux mais à nouveau, les bras puissants de son supérieur lui empêchèrent tout mouvement, en le repoussant contre son bureau. Maintenant pris en sandwich entre le bord de la table en bois et le côté face de son capitaine, il rougit de plus belle, surtout parce que Kuchiki mettait toute cette confusion à profit pour lui ôter sa veste de kimono et la sienne dans un même geste gracieux.
Alors qu'il essayait de décoincer ses bras pour participer au strip-tease général, un murmure grave le rappela à l'ordre.
« Renji...
Ce dernier hocha la tête. Son attention lui était toute acquise, forcément, il n'avait plus que lui sous les yeux en cet instant.
... ne fais rien. »
Haaa d'accord. Ben oui, je vais rien faire. Je vais surtout me faire bouffer là.
Et en moins de temps qu'il n'en faut à Aizen pour vendre son père et sa mère, Renji se retrouva calé contre le rebord du bureau, une jambe entre les siennes, et ses poignets pris dans l'étau de la poigne puissante de son capitaine.
Aujourd'hui, ça allait être comme Kuchiki voulait, là où Kuchiki voulait, dans la position que Kuchiki choisirait. Et il n'aurait rien à y redire. Très bien. Un petit « pop » le prit au dépourvu. Le « pop » caractéristique du bouchon d'un flacon de lubrifiant qu'on débouche ! Oui, celui-là, il fait un bruit aisément identifiable, personne ne s'y trompe (sauf un gars qui un jour a confondu avec un flacon de sauce au piment mais c'est encore une autre histoire).
Il se sentit légèrement soulevé du sol. C'est vrai qu'il en a dans les bras le Byakuya malgré les apparences. Et donc, il porta légèrement son lieutenant de manière à ce que les faibles capacités intellectuelles de ce dernier ne l'empêchent plus de comprendre ce qu'on attendait de lui. En l'espèce, on attendait qu'il se mette sur le bureau, puis qu'il se mette tout nu, afin qu'on puisse le mettre bien gentiment. Le « on » ici, représente bien sûr le capitaine Kuchiki, qu'est-ce que vous croyiez ?
Ah ouais, sur le bureau, carrément ? Vous vous êtes pas mal dépravé depuis quelques jours, capitaine...
En totale contradiction avec la sauvage sensualité du moment, Renji songea piteusement que s'ils baisaient sur le bureau, immanquablement tout le contenu de celui-ci finirait sur le sol dans un état proche de l'Ohio. Pas que ça le gêne particulièrement, non, c'est juste que Renji ne pouvait s'empêcher qu'il serait celui qui devrait tout ranger le lendemain matin. Et tout reclasser. Et recopier les éventuels documents déchirés.
Mais ça, lui il s'en fout, il part ce soir. Et qui va se taper tout le sale boulot ? Bon, on va voir si y'a pas moyen d'éviter ça.
« Heu gnap...
- Oui ?
Le « oui » à moins vingt degrés gela Renji du haut du crâne à la pointe des orteils.
D'accord, pas protester. Ruser.
- On gne yera bas bieux shur le lit ?
Un haussement de sourcils désapprobateur lui répondit. Qui es-tu pour oser gâcher une scène de sexe avec de banales préoccupations de confort ?
- Ch'il you blait ? »
Et puis Kuchiki hocha la tête. Plus pour avoir le temps de retrouver son sérieux intérieur à l'idée d'un Renji à l'anatomie sensible. Cet homme peut faire l'amour avec le ventre recousu de frais mais ne supporte pas que son fessier se prennent le bois dur d'une table. Étonnant.
Et pour la deuxième fois dans le même chapitre, ils shunpotèrent de trois mètres, histoire de se retrouver juste sur le futon, sur lequel Byakuya poussa son lieutenant sans ménagement, avant de se mettre à quatre patte au dessus de lui et ressortir le petit flacon dont il a déjà été question plus haut.
Finalement, songea Byakuya, Unohana a bien des défauts, mais elle a eu une diablement bonne idée en me refilant ceci. Toutefois, il n'irait jamais jusqu'à la remercier pour ça. Faut pas déconner non plus.
Il l'allongea sous lui avec douceur et contempla le visage un tout petit plus pâle que d'habitude de Renji. Cela ne l'étonnait pas. Pour autant qu'il le savait, la dernière fois qu'il avait pris les devants avec Renji... ben ça avait fini en limite catastrophe, et c'était une nuit très particulière, après une semaine particulièrement éprouvante pour chacun d'entre eux. Il n'avait pas retenté l'expérience sous prétexte que c'était Renji le bestiau incapable de maîtrise ses hormones, pas lui.
Et puis laisser Renji s'occuper de lui avait été bien agréable, limite gratifiant. Bref, maintenant, d'une certaine manière, il se trouvait contraint de montrer ce dont il était capable à son tour.
Il reprit les lèvres de son lieutenant avec une ferveur nouvelle.
« Tu es guéri maintenant. »
Et c'était tellement plus une affirmation qu'une question que Renji n'osa rien dire. Bon, ça tirait toujours un peu pendant le roulage de pelle mais il n'allait pas se plaindre. Pas lui. Pas maintenant.
Et tout en se faisant copieusement bouffer le moindre morceau de peau qui dépassait des vêtements (c'est-à-dire tous, vu qu'il n'y a plus aucun vêtements dans le secteur), Renji se sentit subitement obligé de relever les hanches vers le plafond en gémissant.
Un doigt bien huilé vint faire « toc toc » à un endroit précieux de sa personne. Bien sûr, comme Renji est poli, il s'empressa d'ouvrir le passage au visiteur qui s'y engouffra avec célérité. Comme l'endroit était bien chaud et accueillant, un deuxième doigt fut bientôt invité à le rejoindre mais il fut plus difficilement accepté à l'entrée (il faut dire aussi qu'il n'avait pas de cravate, il dut donc faire un peu de forcing auprès du videur pour passer). Et puis comme, finalement, à part quelques petits grognements de protestation et d'inconfort, on s'amusait pas mal dans le coin, un troisième doigt se mêla au reste. Et c'est reparti pour une danse.
Enfin une danse, on se comprend !
Et donc, malgré toutes les choses stupides qu'il avait pu se promettre du genre « non, je ne pousserai jamais des cris de fille de joie devant mon capitaine », malgré sa bonne éducation (ha ben ça non, il en a pas), Renji se retrouva bien vite à quatre pattes, les hanches pointées vers le ciel et les fesses tendues vers Kuchiki (essayez, faut un bon déhanché). Il avait enfourné une quantité non négligeable de drap dans sa bouche, au mépris de toute prescription médicale pour s'empêcher de crier. Mais bon, des cris étouffés ou non, ce sont toujours des cris. Déjà bien excité par le nombre de doigts toujours en augmentation qui faisaient la nouba dans sa « boîte de nuit », il se sentit véritablement fondre lorsque Kuchiki décida d'utiliser son autre main pour s'attaquer à l'autre versant de la question.
À cause du drap entre les dents le « ohputainc'esttropboncapitainec'esttropbonarrêtezsurtoutpas » resta muet et intérieur mais toute la tension qui saisit le lieutenant témoigna de son émoi. Byakuya regarda le drap se plisser sous les poings serrés de Renji et sourit.
Il abandonna momentanément l'une de ses activités manuelles pour pouvoir retirer délicatement le drap qui bâillonnait son lieutenant.
« Interdit, murmura-t-il d'un ton sans réplique. »
Renji émit simplement un petit couinement qui semblait vouloir dire « ha bon, si vous le dites ».
Byakuya le pénétra doucement, lentement, avec un luxe de précaution qu'il n'aurait jamais pensé devoir déployer pour Renji Abarai. Il ne le réaliserait que plus tard mais il le prit exactement comme il prenait Hisana autrefois. Et pourtant, la plainte qu'il arracha à son amant était tout sauf celle d'une femme, c'était la voix rauque et masculine d'un homme dans la force de l'âge, c'était un mâle soupir que jamais il n'aurait imaginé devoir entendre un jour au lit.
Sur les draps blancs, les longues mèches rouges de Renji s'étalaient en étoile autour de sa tête, cachant son visage. Mais Byakuya savait bien où était son visage : blotti dans les draps, mordant le futon à s'en casser les dents pour ne pas faire de bruit, pour ne pas crier.
Doucement encore, Byakuya attrapa la masse de cheveux rouge et y passa ses doigts en peigne ; d'une légère traction, il attira la tête de son amant vers lui.
« Renji.
Seul le souffle erratique et brûlant lui répondit, mourant contre sa joue.
- Je veux te voir.
Le lieutenant hocha la tête, à nouveau obéissant.
- Et t'entendre. Moi je ne me suis jamais retenu.
Et le souffle se fit plus grave, se fondant dans une plainte gutturale. Une main moite vint attraper le visage rose du capitaine, l'approcha de celui du lieutenant encore un peu plus, jusqu'à ce que les deux peau ne puissent pas faire autrement que se rencontrer.
- Yous d'aibez bas bon dos ?
Byakuya sourit intérieurement. Oui, ça pouvait se comprendre. Il répéta encore une fois.
- Je veux te voir. »
Et il retourna son amant sans ménagement. Faire l'amour à Renji comme il avait fait l'amour à Hisana ? Oui, ça allait bien quelques secondes, mais ce n'était vraiment pas possible pour de vrai. Pas avec les bras qui l'enserraient maintenant à lui en briser des os. Ce n'était pas une petite femme fragile qu'il étreignait mais un guerrier né.
Il sentit soudainement une sensation mouillée sur son front, comme s'il prenait seulement conscience des gouttes de sueur qui constellaient son visage, qui dégoulinaient dans son cou, le long de ses bras, de son torse nu, allant se noyer au bout de ses doigts sur la peau nue de Renji. Oui, le sexe avec un combattant, c'était physique.
Et ça ne lui déplaisait absolument pas.
Il posa ses mains de part et d'autre de la tête de Renji et se pencha sur lui, l'air plus sombre que jamais. Oui jamais le jeune homme ne lui avait vu une telle expression auparavant, aucune des fois précédentes. Et jamais encore il n'avait senti une telle agressivité dans un baiser de Byakuya lorsqu'il se jeta sur lui, jamais encore il n'avait dû batailler pour ne pas se laisser submerger par la puissante aura qu'il côtoyait.
Et cela ne lui déplaisait vraiment pas.
Byakuya reçut avec un certain soulagement la réponse toute aussi brutale de son lieutenant. Là dessus ils pouvaient être d'accord : au lit non plus on ne se fait pas de cadeau. Ils se mêlèrent alors au plus intime l'un de l'autre, avec une énergie renouvelée, cherchant à nouveau à retrouver l'autre, à le faire sien, à le prendre, à le posséder.
Les longs déhanchés, rudes et brutaux, du capitaine arrachaient des râles profonds à Renji, ce qui ne l'empêchait pas de dévorer la peau blanche et luisante du capitaine, savourant chaque centimètres avec application.
Des heures ? Quelques secondes ? Une poignée d'instants qui durèrent une éternité ? Ils auraient été bien incapables de dire depuis combien de temps ils s'enlaçaient, se poussaient l'un l'autre plus en avant, plus profondément, plus fermement l'un en l'autre. Ils ne savaient plus depuis combien de temps ils avaient décidé que n'arrêter que lorsque le plus faible crierait grâce. Mais le moment arriva où ils se figèrent, Renji avait passé ses bras autour de la taille du capitaine, qui lui même enserrait la tête de son amant.
Avec un sentiment de triomphe pervers, Byakuya remarqua que chacun de ses mouvements à l'intérieur de Renji arrachait encore des gémissements plaintifs à ce dernier. Puis il se retira, observant avec attention l'expression de son lieutenant lorsqu'il quittait son corps chaud. Ses lèvres se serrèrent, puis s'entrouvrirent, la mâchoire se serra, les yeux se fermèrent et les poings se crispèrent imperceptiblement. Et des minces lignes rouges de ses lèvres, un soupir de satisfaction s'échappa, suivit immédiatement par un souffle haletant. Byakuya continua quelques instants durant à caresser le corps sous le sien avant de cesser tout mouvement, seulement attentif à leur respiration, à leurs corps qui se soulevait l'un après l'autre, attendant patiemment de retrouver un état plus serein.
Au bout de quelques secondes, le rythme apaisé de la respiration se mua en un léger ronflement. Byakuya haussa un sourcil exaspéré. Pas une once de considération pour son partenaire. Ou alors il l'avait vraiment crevé ? À tout prendre la deuxième solution lui procurait une satisfaction plus intense que l'autre.
Il caressa le front luisant de sueur. Tout serait donc toujours aussi fatiguant avec lui. Il essaya de se rappeler ce qu'il en avait été avec Hisana, mais tout ce qui lui en restait fut l'image vacillante du corps de sa bien aimée, fragile, pâle mais si gracieuse sous la délicate lumière tamisée. Oui, d'Hisana, seule subsistait son port de reine, ses jambes fines, lisses, blanches, timidement repliées sous elle. Des joues roses, peut-être... oui, elle soupirait doucement, et son teint se colorait lorsqu'elle le regardait.
Avait-il occulté les détails les plus anatomiques pour ne garder d'elle que sa douceur et sa beauté ? Certainement, songea-t-il avec regret. Mais qu'après cinquante ans, il ne reste que ses yeux grands yeux sombres, ce ne devait pas être très étonnant. Malgré toute sa bonne volonté, Byakuya sentit la douleur revenir en lui.
Une main vint se poser sur la sienne et le regard acéré de Renji le transpercer. Il devinait sa mélancolie maintenant, puisque Byakuya ne faisait plus l'effort de la lui cacher.
Consolez-vous, capitaine, je suis là pour ça.
Byakuya n'entendit pas la pensée qui traversait son lieutenant mais il la lut dans son expression résignée comme s'il l'avait hurlée. C'était à la limite du soutenable. Entre ce genre de regard suant la dévotion et le soin amoureux avec lequel Renji les faisait toujours passer de très bons moments ensembles, il était grand temps de prendre la tangente.
Combien de temps restèrent-ils l'un et l'autre éveillés, se jaugeant du regard, parfois dans un demi sommeil, parfois dans les limbes de souvenirs perdus ? Combien de temps firent-ils comme s'ils avaient l'éternité devant eux ?
Assez longtemps pour que, d'un seul coup, Byakuya se relève, l'air grave et douloureux quitta subitement ses traits et il se rhabilla en silence.
Sans dire un mot, Renji fit de même, et, quelques courtes minutes plus tard, ils sortaient de la capitainerie. La nuit était tombée. Ils n'avaient pas échangé un seul mot.
A la treizième division, Ukitake attendait le dernier membre de la mission, prenant son mal en patience. Après tout, il n'était pas encore l'heure, mais tous les autres shinigamis étaient arrivés en avance.
Lorsque le deux hommes arrivèrent ensemble, le capitaine eut un moment d'incrédulité. Non, pitié, pas les deux en même temps. Et au fond de lui, l'infime espoir que Byakuya ait pu changer d'avis. Mais ce dernier le détrompa rapidement.
Nous partons.
À nouveau, d'un ton sans réplique, il venait de montrer que c'était lui qui commandait l'expédition. Sans rien ajouter, il se retourna vers Renji et débita, d'une voix parfaitement monocorde :
« Les affaires courantes ont besoin du visa de la capitainerie, tu sais où est rangé le sceau. Pour tout ce qui concerne les cas exceptionnels, tu es habilité à traiter les dossiers d'affectation qui sont en cours, les missions de rang D et C. Tout le reste devrait pouvoir attendre. Si un cas vraiment grave et urgent se présente et que tu ne te sens pas compétent pour statuer, renvoie le dossier à la première division.
- Bien capitaine. »
Tout ça, il le savait déjà, et Kuchiki savait qu'il savait, n'empêche qu'ils avaient besoin de se réfugier dans la banalité répétitive de ces quelques phrases pour ne pas rester cloîtrer dans le silence oppressant qui les entourait.
Ce ne fut que lorsque Ukitake fit signe à Kuchiki d'approcher pour lui donner les détails de la mission que Renji put faire le tour des autres shinigamis.
Ikkaku et Yumichika attendaient avec nonchalance que l'ordre du départ soit donné et il le salua d'un signe de tête. Le troisième siège désigna Kuchiki du menton et fronça les sourcil. C'est quoi l'embrouille ? Renji haussa les épaules d'un air navré. Désolé, j'y peux rien. En apercevant Rukia au bout de la pièce, à côté d'un autre shinigami de la treizième division, Renji sentit un pincement au cœur et un bref sentiment d'injustice. Alors tout le monde était de la fête sauf lui ! Et en plus, lorsqu'on indiqua que le shinigami remplaçant servirait de référent sur Terre, ce fut la goutte d'eau ! Il se retourna vivement et lança un regard lourd d'accusation à kuchiki. Il l'avait fait exprès, à tous les coups !
L'aura polaire du capitaine le dissuada d'émettre le moindre commentaire. D'accord, ce n'était ni le lieu, ni le moment de faire une crise. Mais quand même, y'a pas une heure c'était mister câlin et voilà que, hop, c'est la peau de vache qui vous fait des sales coups en douce !
La déception était telle qu'Ikkaku ne put s'empêcher de soupirer. Renji était quand même très gamin quand il s'y mettait.
« T'inquiète, t'en auras une de balade entre potes un jour ou l'autre, lui murmura-t-il à l'oreille en passant devant lui, pour lui remonter un peu le moral.
- Tu n'y es pour rien, renchérit Yumichika, comme toujours, les meilleurs partent les premiers. »
Ça, ce n'était pas pour lui remonter le moral mais ça déclencha tout de même un certain excès de rage bénéfique qui tira Renji de sa déprime momentanée.
Le regard lourd de tout plein de choses glucosées que lui adressa Rukia suffit à lui serrer le cœur, pas un mot en fut échangé mais leurs poings se heurtèrent discrètement et leurs pouces se croisèrent comme ils avaient l'habitude de le faire lorsqu'ils étaient gamins et moins civilisés. Et il se sentit encore plus mal de rester en arrière.
Enfin, quand Kuchiki passa devant lui, Renji ne se fit pas d'illusion sur d'éventuels adieux larmoyants et bisouiants. Il se contenta de chuchoter le plus bas qu'il pouvait.
« Revenez quand même. »
Sans lui donner ni le regard attendu, ni l'approbation désirée, Kuchiki suivit le reste de l'équipe à travers le portail, laissant son officier seul.
A SUIVRE...
Mais que va-t-il se passer ? Byakuya va-t-il mourir à la guerre ? Renji saura-t-il l'attendre sagement ? Ichigo sera-t-il toujours puceau à la fin de la mission ? Le flacon de lubrifiant est-il resté ouvert en se vidant sur les draps ? Le vaccin contre la grippe H1N1 arrivera-t-il à temps pour sauver Ukitake ? Vous le saurez au chapitre suivant et après un nombre conséquent de jours d'attente ! Mais l'attente augmente la satisfaction, comme tout le monde le sait (surtout les usagers des urgences hospitalières) !
Réponses à tous ces gens qui n'ont pas la chance immense de posséder un compte FFnet :
pour Lorraine : mais les reviews arrivent toujours à temps, tant qu'elles arrivent ^^ (ceci dit, la guerre, la Lorraine... mmh c'est reparti comme en 14 alors ?) En tous cas merci bien pour reviewer quand même, puisque tu réclames cash des aventures et des scènes de cul, ben on espère bien t'avoir ravie avec ce nouveau chapitre et bien sûr, le suivant fera tout son possible pour être à la hauteur !
pour Yaya-chan : nooooon, reste avec nous, respire profondément, reprends conscience, review encore une fois XD La suite est arrivée lentement mais j'espère que ce nouveau chapitre t'a aussi fait tomber en pâmoison ^^
à celle qu'on ne connaît pas (mais qu'on commence un peu à cerner maintenant ^^) : encore merci, on espère que ce chapitre t'as aussi plut, avec autant d'humour et de scène chaude (on fait ce qu'on peut ma ptite dame ^^) Hé oui, la 6ème est "ville ouverte" bon, c'est surtout les persos principaux qui peuvent y aller et venir, et puis, c'est tellement plus convivial comme ça ! Ah oui, vu ton accent, il semble que tu dois venir du Sud... mmh sacrée drôlesse ! (y'a pas malice, c'est affectueux).
