Base : Bleach

Genre : romance, angst

Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres

Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.

Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)

Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).

NA : mille excuses pour le retard dû à une mauvaise connexion chez Loli. Ceux qui se plaignent peuvent toujours se cotiser pour lui offrir un vrai abonnement internet XD

NA2 : ça faisait longtemps (deux chapitres) qu'on n'avait pas eu de luc ici !

NA IMPORTANT : vachement important en effet : le rythme d'écriture s'est stabilité à un chapitre par mois (c'est long, oui, mais au moins ça tombe chaque mois avec certitude !) : chacune de nos fics est publiée un dimanche du mois. 40 jour est publié le premier dimanche du mois, Huis Clos, le deuxième, 100 choses, le troisième... Maintenant, ça règle définitivement le problème des retards de publication : y'en aura plus. Merci de votre attention, de votre compréhension, de votre soutien et enjoy the reading !


QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !


Le doute VII

« celui que je verrai sera pour moi,

celui que mes yeux regarderont ne sera pas un étranger.

Et mes reins en moi se consument »

Jb. XIX, 27


Ukitake eut d'abord un sourire extatique en voyant les deux shinigamis revenir vivants et apparemment en bonne santé, puis il remarqua leur air absent à tous les deux et il aurait mis sa main à couper que la mission pour laquelle Kuchiki était parti sur terre n'occupait pas le dixième du quart de leurs pensées, enfin, il aperçut la créature gargouillante et nauséabonde qui les suivait, prise dans un puissant kido et il sentit le cœur lui manquer. Mais il se retint. On ne vomit pas devant Byakuya Kuchiki, pas plus que devant la meilleure équipe de chercheurs de la treizième division, et encore moins devant Mayuri Kurotsuchi qui était venu voir le résultat de la mission en personne. Ceci dit, il n'avait pas l'impression que quoi que ce soit aurait pu toucher le chargé de R&D du Seireitei qui n'avait d'yeux que pour la bestiole qui gigotait dans les mailles du kido soigneusement tressées autour de lui.

Il s'avança vers les deux shinigamis, toussotant pour détourner leur attention l'un de l'autre. Non, franchement, ils pourraient apprendre à bien se tenir ! Surtout en public.

« Alors vous en avez trouvé ?

Renji haussa les sourcils, Ukitake en parlait comme s'ils étaient partis à la cueillette des framboises.

Ben oui mamie, on en a trouvé, on t'en a même ramené cent kilos pour faire ta confiture !

Ce fut pourtant Byakuya qui répondit, à demi ironique.

- Mieux que ça, on t'a ramené un exemplaire.

Ukitake dévisagea son jeune collègue (toute chose étant relative bien sûr) et hésita entre sourire et être choqué. Byakuya ironique ? Il fallait le voir pour le croire. Mais le voir n'était pas un gage de paix et de tranquillité, un Byakuya ironique devait certainement être un mauvais présage.

- Oh ! C'est gentil d'avoir pensé à moi.

- Heu... Kurotsuchi, c'est d'abord la treizième division qui va examiner ce spécimen. Après tout, j'ai monté la mission de récupération.

- Je veux l'exclusivité... rétorqua le fou à lier de la douzième division.

- Tu auras le spécimen quand j'aurais fini de l'observer. Il me le faut in vivo moi !

Kurotsuchi eut un sourire de fou furieux.

- Moi aussi, c'est bien plus marrant quand ils sont vivants.

Ukitake réprima un frisson. De la créature ou de Kurotsuchi, il n'aurait su dire lequel était le plus dangereux. Au moins la créature n'avait pas les pouvoirs et les prérogatives d'un capitaine de la Soul Society. Parfois, il se disait que c'était Kurotsuchi qui devrait être emprisonné dans un filet de kido.

- Waouh ! J'en ai vu des trucs moches et mal faits dans ma vie, mais ça c'est le pompon !

Ukitake lança un regard très ennuyé à son collègue qui venait de se glisser derrière lui pour admirer à son tour la jolie bébête.

- S'il-te-plaît, Shunsui...

- Oui ? Fit ce dernier avec un sourire pseudo-innocent.

- Ne rends pas les choses plus compliquées qu'elles ne le sont déjà.

- C'est une manière polie de me virer ?

Coincé entre l'air insistant de son ami et celui, carrément flippant, de Kurotsuchi, Ukitake fut pris d'une violente quinte de toux. Ça marchait toujours sur Kyoraku.

- Juushiro ?

- Ça va aller. Franchement, c'est pas le moment, tu...

- Okay, okay, j'ai compris. Mais j'aimerais bien examiner les deux dangereux spécimen qui ont ramené ta bestiole.

- Shunsui !

- Ben quoi, ça vaut le détour non, ils sont si meugnons !

Finalement ce fut l'intervention salvatrice de papy la tremblote, pardon, le capitaine commandant Yamamoto qui tira d'affaire le capitaine. Il attrapa Kyoraku par le col sans autre forme de procès avant de partir.

- J'attends vos conclusions le plus rapidement possible, Ukitake.

- Ce sera fait, capitaine, soyez sans crainte. »

Dans une pagaille indescriptible, l'équipe de shinigamis de la treizième division se précipita pour récupérer la créature, dressant tout autour d'elle un vaste enclos d'énergie spirituelle. Au milieu de toute cette agitation, une jeune shinigami s'aperçut que Rikichi était tombé dans les vapes (sûrement à la vue de cette immonde chose) et le fit immédiatement brancarder à l'hôpital central de la quatrième division, ce dont le jeune homme lui serait éternellement reconnaissant (mais ça c'est une autre histoire). Face à la bête solidement emprisonnée dans un filet d'énergie spirituelle, un moment de flottement prit toute l'assistance, jusqu'à ce que Ukitake ferme les yeux de consternation. Il est incorrigible.

« Byakuya.

- Hm ?

Le plus âgé des deux capitaine toussota en crachotant du sang pour tirer son cadet de la contemplation de son vice-capitaine. À peine les avait-il quitté du regard qu'ils recommençaient à se dévorer des yeux.

- Peux-tu annuler ton kido, s'il te plaît ?

Et même s'il ne te plait pas, d'ailleurs, on n'a pas idée de bouffer son premier lieutenant des yeux devant tout le monde !

Byakuya eut l'air de tout juste réaliser la situation : la dizaine de shinigamis de la treizième division qui attendait nerveusement qu'il se décide à libérer la créature.

- Ah oui. Voilà. »

D'un geste nonchalant de la main, il abaissa le sort et la créature, enfin libre, battit furieusement des pattes, avant de se faire à nouveau emprisonner par les shinigamis.

D'un simple geste de la main, Ukitake fit signe à ses hommes d'emporter la bête dans les locaux de la division prévus à cet effet. Et puis il se tourna vers les deux gogos qu'il allait encore devoir déranger. Il n'avait jamais vu Byakuya comme ça, complètement... déconcentré.

Un rapide coup d'œil à Renji lui apprit qu'il n'était pas dans un état plus réceptif que son capitaine. Effectivement, Renji était à des kilomètres de là, dans une contrée lointaine et paradisiaque nommée « ses cheveux si doux-ses lèvres si tentantes-ses yeux de braise-etc » Il se noyait avec un plaisir non dissimulé dans la contemplation de son capitaine en pensant que, décidément, il en avait de la chance d'avoir pu sauter sur ce beau morceau autant de fois dans sa vie.

L'air de rien, il le fixa insolemment. Ce n'était pas comme s'il se sentait en sécurité, bien au contraire : fixer Byakuya Kuchiki si insolemment était rarement un moyen de vivre vieux. Mais merde quoi, il lui avait presque manqué ! Ça mérite bien un petit sourire coquin en coin.

« On y va, capitaine ? »

L'indéfinissable regard que lui lança Byakuya provoqua une explosion d'étincelles dans l'estomac du lieutenant.

Putain, capitaine, vous êtes très chaud avec cet air ténébreux, faut arrêter... pas en public au moins !

De toutes ses forces, Renji rétorqua par un sourire carnassier. Ce qui ne fit pas cesser l'air latin lover du capitaine, bien au contraire, il continuait de plus belle, histoire de voir qui céderait le premier. Dans un « celui qui baisse les yeux le premier a perdu » classique, il va sans dire que Byakuya gagne à tous les coups. Tous les malheureux qui ont essayé de soutenir son regard et qui sont encore assez vivants pour en témoigner vous le diront.

Oui mais sauf que là... c'est un combat de regard langoureux et y'en a un des deux qui a des siècles d'expérience de plus que l'autre. Oui, on parle bien de Renji.

Ah capitaine, vous cherchez vraiment les ennuis, se dit Renji sans cesser pour autant de le dévorer des yeux.

De loin, un pauvre homme désorienté par la conduite des deux shinigamis et passablement irrité par l'indifférence qu'ils lui portaient émit un toussotement sec.

« Heuu... hem... Byakuya ?

En moins de temps qu'il n'en faut à Kenpachi pour découper un saucisson sec en tranches extra fines, Kuchiki passa des tropiques à l'antarctique.

- Ukitake ?

- Heu.. ton rapport ?

Allez savoir pourquoi mais ils furent deux sur trois à trouver ce terme super suspect, mais alors on se demande bien pourquoi.

- Mon rapport ?

- Sur cette mission.

- Et bien ?

Kuchiki se fit violence pour ne pas hausser les épaules. Quoi le rapport, il n'allait pas le pondre en cinq minutes ce rapport. Après tout, il ne pouvait pas en même temps chasser les monstres et écrire des pages de niaiseries administratives.

Ukitake sourit en mobilisant toutes les ressources en patience qu'il avait à sa disposition. Oui, un rapport, un truc en papier qu'on donne à son supérieur après chaque mission, histoire d'expliquer comment s'est déroulée la cueillette... la capture.

- Il faut le préparer pour demain. Nous aviserons des suites à donner à cette affaire après avoir reçu les résultats des enquêtes scientifiques. »

Disant cela, il jeta un coup d'œil inquiet à Kurotsuchi qui fixait la créature en se léchant les babines. C'est dingue le nombre de cinglés qui parviennent à devenir capitaine au Seireitei, faudrait sérieusement revoir les méthodes de recrutement un jour ou l'autre.

« Bon, on va faire un rapide debriefing si vous voulez bien. »

Ukitake haussa la voix en voyant que déjà Renji et Byakuya avait réussi à retourner à leur dévorage visuel réciproque.

Mais ils n'ont jamais appris à se tenir en public ou quoi ! Il fixa Renji qui se mordillait la lèvre inférieure d'un air gourmand. Non, probablement jamais.

Dans une petite salle de réunion de la douzième division, ils s'installèrent tous les cinq : les deux rescapés de la mission, le vice-capitaine parasitaire et les deux capitaines susceptibles de disséquer la bestiole ramenée.

Pour la forme, il annonça même les absents :

« L'officier Ikkaku Madarame est toujours à l'hôpital avec l'officier Ayasegawa. On fera donc sans lui. »

On fera même mieux sans lui, songea le capitaine en songeant au bouillonnant shinigami.

Rapidement, Ukitake fit le bilan en tournant de temps en temps son regard vers Byakuya qui se contentait d'acquiescer mollement. Il fit état de l'absence de morts, des blessés, ajoutant, dans l'indifférence générale que l'officier Ayasegawa était hors de danger, ce qui n'était pas le cas de l'autre shinigami blessé lors de l'affrontement. Il hésita une seconde avant de parler de Rukia, et puis il aperçut les deux officiers qui se bouffaient du regard.

C'était bien simple : l'un voulait sauter sur l'autre, l'autre voulait se faire sauter dessus et si par chance, on les laissait seuls cinq minutes, ils allaient se sauter dessus. Ukitake eut même la désagréable certitude que s'il les quittait du regard trop longtemps, ils se sauteraient dessus en plein debriefing. En fait, il était en train de soupçonner fortement Renji d'être en train de faire du pied à son capitaine et ce dernier d'en profiter allégrement, au mépris de toutes les règles de bienséance.

Ni une ni deux, il annonça donc que Rukia allait bien, qu'elle avait envoyé son premier rapport en signalant que son installation chez les Kurosaki avait été parfaitement effectuée et que sa mission pouvait commencer.

Devant l'absence de réaction de Byakuya, Ukitake se sentit vraiment très mal à l'aise. La tension sexuelle était à couper au couteau.

Un instant le capitaine de la douzième division envia Mayuri qui semblait parfaitement hermétique à ce genre d'ambiance. Il lorgna sur Akito qui se tenait en retrait, complètement absent. Lui, il lui ferait cracher le morceau. Il avait envoyé en mission un Byakuya aussi polaire que d'habitude et on lui ramenait un animal en rut. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer là-bas ?

Finalement, il en vint à l'objet de la mission même :

« C'est bien la créature qui vous a attaqué, vice-capitaine Abarai ?

À l'appel de son nom, Renji releva les yeux une seconde.

- Elle avait pas tout à fait la même forme mais oui, c'est le même genre. »

Et il retourna à son agressive prédation sur la personne de son capitaine

Ukitake soupira. Déjà qu'en temps normal il était dur de garder ses hommes concentrés jusqu'au bout dans un debriefing, mais là, cela tenait de la mission impossible.

Il nota tout de même dans un petit carnet qu'on pouvait s'attendre à voir d'autres créatures du même genre attaquer sur terre, la vigilance ne devait pas se relâcher.

Il annonça ensuite point par point les différents examens qu'il allait faire effectuer sur la créature, plus à l'adresse de Kurotsuchi que des deux autres. Ce dernier se contenta de secouer la tête en ricanant, sur un ton qui semblait dire « petit joueur, moi je lui en réserve de bien plus amusantes ».

Ukitake haussa les épaules. De toute façon, il ne pouvait pas plaider pour les droits à la défense et à un procès équitable d'une telle créature. En fait, il espérait bien que ses propres tests finissent par la tuer pour qu'elle n'ait pas à subir les traitements douteux de l'autre capitaine.

Il fit une dernière tentative désespérée pour intéresser les deux autres abrutis qui s'escrimaient à faire de Bleach un manga pour adulte :

« Des détails, des commentaires, des remarques sur le déroulement de votre mission ?

- Aucun. »

Byakuya avait répondu avant même que son collègue ait fini sa phrase, et ce dernier jeta donc l'éponge. Les deux amoureux pourraient partir en paix, le malade mental pourrait attendre sagement d'avoir sa bébête et le pauvre Akito allait devoir lui raconter par le menu ce qui s'était passé sur terre.

Ukitake soupira en lorgnant sur l'air complètement à côté de la plaque de Byakuya et celui, parfaitement criminel (oui, le viol est un crime) de Renji.

« Bon, ben on va pas vous retenir plus longtemps. »

Un sourire carnassier naquit sur les lèvres du lieutenant.

Espèce d'animal !

Le regard langoureux et en coin qui lui répondit choqua presque autant Ukitake.

Byakuya, toi aussi, fais un effort, tiens-toi !

À peine eut-il relâché les deux hommes qu'ils disparurent comme par enchantement.

Byakuya shunpota directement dans son bureau, laissant Renji lui emboiter le pas avec un peu moins de classe. Byakuya était parfaitement conscient de deux choses. D'une Ukitake ne pouvait pas ne pas tout savoir de leur relation, tant leur comportement avait été transparent. Et indécent, tant qu'on y est. De deux, il ne pouvait rien y faire. Quel que soit le contrôle qu'il s'imposait ou les efforts qu'il faisait pour ne pas se laisser happer par son lieutenant, il finissait toujours par retomber sur lui et ne plus pouvoir détacher son regard du sien.

Il arriva dans son bureau alors que la chaise de Renji était occupée par l'officier Musokuri. Immédiatement elle se leva pour le saluer et il lui rendit son salut à peu près de la même manière qu'on remarque une limace sur une pelouse.

« Merci, officier, vous pouvez disposer. Veillez à ce que nous ne... je ne sois pas dérangé.

- À vos ordres capitaines. »

Nanako remit ses lunettes en place et sortit en grommelant. Autant Renji était trop souvent chaud comme la braise, autant Kuchiki avait plutôt le thermostat coincé sur les températures négatives. Et un manche à balais coincé ailleurs aussi...

Dans le couloir alors qu'elle retournait au quartier des officiers, elle croisa un Renji hagard, échevelé et à bout de souffle.

« Nanako... où est-il ?

Elle indiqua vaguement la direction d'où elle venait.

- Dans son bureau. »

D'un signe de la main, Renji la remercia et il se rua vers le bureau. Putain de shunpo !

Il n'aurait jamais dû laisser le capitaine partir tout seul, mais comment empêcher un shinigami de cette classe de shunpoter ? Renji savait qu'il devait à tout prix maintenir cette tension sexuelle accrue entre eux, sans quoi tout ce qu'il récupérerait serait un capitaine furieux de s'être laissé influencer.

Il dérapa brutalement devant la porte du bureau, l'ouvrit à toute volée et entra en la claquant dans son dos.

Trop tard, Byakuya avait repris un faible contrôle sur lui-même. Lorsque Renji entra dans la pièce, il se retrouva face à un air impénétrable.

Oubliant toute prudence, Renji se promit qu'il se rattraperait de ces deux jours sans son capitaine, et pas plus tard que tout de suite !

« Pas la peine de faire comme si de rien n'était. N'oubliez pas que vous en avez envie, et moi aussi. »

Le regard froid et meurtrier qui le cloua sur place passa rapidement et laissa la place à un coup d'œil bien plus troublé. Et Renji, une fois sorti de son espèce de prostration, hocha la tête imperceptiblement.

« Oui, vous en avez envie. »

Byakuya nota au passage et pour la première fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés que l'élocution de son vice-capitaine s'était bien arrangée. Maintenant que sa bouche était guérie, il se sentit un peu moins sûr de lui. C'est qu'il n'aurait aucune excuse pour l'arrêter maintenant.

Lentement, Renji s'avança, repoussant progressivement Byakuya contre son propre bureau. Il haletait encore d'avoir couru, son shunpo l'ayant transporté à l'autre bout de la capitainerie. Et pourtant il ne pouvait pas renoncer à cet élan passionné qui l'avait pris dès qu'il avait croisé le regard de son capitaine dans cet immeuble à l'abandon.

Voyant à quel petit manège vicieux allait se livrer son lieutenant, Byakuya posa juste le bout des fesses sur son bureau mais attrapa le dossier de sa chaise devant lui, dans un geste qui aurait pu passer pour de la défense mais qui en fait relevait plutôt de la nécessité de garder en vie son vice-capitaine. Si ce dernier devenait trop énervant, il passerait sa colère sur la chaise, qui faisait obstacle entre le chasseur et sa proie. Byakuya sentit une nouvelle vague d'excitation le submerger en réalisant qu'il adorait être la proie. Oui... c'est vrai... on sait... lui aussi il sait... mais quoi... la honte viendrait plus tard. Plus tard.

« Cesse cela, fit-il sur un ton qui n'admettait pas de réplique.

Mais allez empêcher un Renji chaud comme un lapin de répliquer. Il attrapa le regard noir de Kuchiki pour ne pas le lâcher.

- C'est de votre faute, vous être trop chaud.

Byakuya planta ses ongles dans le bois de la chaise. Oui, la chaise allait certainement y passer mais c'était elle ou Renji, et, à tout prendre, Renji savait faire plein de choses dont une chaise est incapable. Il s'abstint toutefois de répondre, histoire de voir ce que Renji pouvait bien inventer ensuite. Ce dernier ne se fit pas prier. Si son capitaine trouvait son attitude choquante jusqu'à maintenant, il n'avait encore rien vu !

- On devrait vous interdire de sortir la nuit dans les rues.

Byakuya sentit le bois de la chaise craquer sous ses doigts.

- Ou alors pas à visage découvert.

L'aura hivernale qui s'abattit sur la pièce fit courir un long frisson de terreur dans le dos de Renji.

- Vous sauter dessus, ce serait à peine un viol... vous êtes trop tentant..

Non, là, chaise ou pas chaise, il avait passé les bornes.

Le dossier de la chaise en question partit brutalement en trois morceaux dans un craquement sinistre et d'un geste vif, le capitaine projeta ce qu'il en restait à l'autre bout de la pièce, ce qui acheva de démembrer le pauvre meuble.

- Cap... »

Le regard lourd de menaces qui le flétrit en une fraction de seconde dissipa brutalement son ivresse.

Merde. Je suis con. Reconnut Renji avec lucidité mais trop tard.

Et Byakuya s'avança, un air dur, vaguement méprisant, sur le visage.

Je suis le mec le plus con de tous les univers existants.

Il se pencha, tira sa tête en arrière, lui prit le cou dans l'étau d'une main puissante.

Ma connerie me tuera. Et si je ne fais rien, c'est pour bientôt.

Mais que faire quand on a un Byakuya Kuchiki furieusement glacial au dessus de soi, l'air plus indifférent que jamais, l'odeur âcre du danger suintant par tous les pores de sa peau ? Rien. On ne peut rien faire.

On peut cesser de respirer, de parler, plonger ses yeux dans les prunelles abyssales du capitaine, chercher un peu d'air du bout des lèvres et prier très fort. Quoique n'ayant que peu de sagesse à sa disposition, Renji en eut assez pour faire ça et garder un silence fasciné.

Byakuya plissa les yeux. Alors c'était comme ça, c'était la soumission en cas de menace un peu trop puissante. Il s'en sentait presque déçu. Un Renji arrogant et braillard, capable d'aller à grandes enjambées à son trépas par fierté, voilà ce qu'il aimait.

Subitement, quelque chose d'humide vint lui frôler les lèvres. Le souffle chaud de Renji sur lui ? Non, ses lèvres ? Non, pire... il écarquilla les yeux d'un bon centimètre, chose inédite chez lui.

« Vous êtes dur avec moi... »

À nouveau le contact humide réapparut et resta quelques courtes secondes. Malgré lui, Byakuya desserra sa prise et rougit violemment, il se sentait complètement désorienté par ce bref contact et réalisa avec horreur que sa reprise de contrôle n'avait été que passagère et factice.

« Mais moi, capitaine, j'ai l'habitude que vous essayiez de me tuer. »

Et à nouveau ce contact chaud et humide. Byakuya comprit que c'était la langue de Renji qui venait taquiner ses lèvres. Le contact était... dérangeant, mais pas désagréable, juste complètement différent des baiser auxquels il était habitué.

« J'ai l'habitude, et j'aime ça... »

Il sentit une douce chaleur naître au creux de son ventre et se répandre en lui à mesure qu'il desserrait sa prise sur Renji pour simplement le tenir contre lui. Il prit pourtant le temps de réfléchir profondément à ce qui lui arrivait.

À nouveau, la langue de Renji vint se glisser sur ses lèvres et cette fois il répondit en lui lapant à son tour le bout de la langue.

Aussi surpris que ravi, Renji en profita pour poser ses mains sur le visage encore tendu de son capitaine.

Byakuya ferma à moitié les yeux et laissa sa main vagabonder du cou de son lieutenant à sa nuque, ses épaules, dessinant du bout des doigts la ligne musculeuse du trapèze.

D'où était venue cette brusque colère, cette explosion de violence ? Et plus grave, cette envie terrible, qui l'avait forcé à ne plus voir que Renji depuis son retour ? Dès qu'il l'avait vu surgir par cette fenêtre il avait eu envie de lui. Et le désir s'était fait plus fort minute après minute, à tel point que, s'ils n'avaient pas pu rentrer à la capitainerie, il lui aurait fait l'amour n'importe où, n'importe comment, devant n'importe qui. Et là il avait terriblement besoin de le toucher, de retrouver de ses mains le corps qui lui avait tant manqué. Manqué. Il m'a manqué ?

Renji releva la tête en sentant Kuchiki se reculer un peu et sa main s'arrêter.

« Capitaine ? »

Byakuya le fixa comme s'il le voyait clairement pour la première fois et Renji se sentit un peu mal à l'aise sous la muette inspection de son supérieur. Il se sentait... déshabillé du regard. Pour une fois que ce n'était pas lui qui le faisait !

« Cap... »

Doucement, infiniment plus doucement que tout ce qu'ils avaient fait jusqu'à là, Byakuya repris son lieutenant par la nuque et déposa un tendre baiser sur ses lèvres.

Il ferma les yeux sans le réaliser et inspira profondément, tout contre la peau du shinigami.

Est-ce que je lui dis ? Est-ce que je peux dire ça ? Est-ce que ça se dit ? Est-ce que...

Les questions se bousculaient dans sa tête, alors que son amant, bien conscient de son trouble soudain, l'avait enlacé avec délice.

Est-ce que j'ai le droit ? Et lui ? Dois-je être honnête ? Puis-je le lui cacher ? Faut-il...

Il sentit les larges mains lui caresser le dos, s'attardant dans le creux de ses reins et à la base de sa nuque, et une jambe se glisser entre les siennes.

Il blottit plus profondément encore dans l'étreinte et, du bout des lèvres, dans un souffle si léger qu'il ne fut pas sûr que Renji l'ait entendu, il lâcha presque malgré lui.

« Tu m'a manqué. »

Et immédiatement, il se sentit terriblement vexé et ridicule. C'est pas possible de mettre sa fierté au vestiaire comme ça !

Alors il s'écarta brusquement, toisa le vice-capitaine d'un air scrutateur, et d'un geste vif, il défit la ceinture de kimono de Renji. Il tira sur la ceinture du hakama qui tomba sur le sol en une flaque sombre et repoussa brutalement son vice-capitaine sur le bureau sur lequel il s'appuyait.

Renji n'eut qu'une seconde pour protester, ses lèvres furent à nouveau emprisonnée entre celles, passionnées, de Byakuya.

À son tour, il s'emmêla les mains pour atteindre l'uniforme de son capitaine qu'il retira comme il le put, tirant d'un côté, de l'autre, défaisant un nœud maléfique et tenace, déchirant finalement quelques morceaux de tissus qui tombèrent sur le sol dans un « floc » aérien.

Les mains de Byakuya avaient cessé leurs caresses et migraient vers le sud, pendant que sa bouche avide lui dévorait la peau partout où elle pouvait. Renji tressaillit lorsque les doigts de son amant se frayèrent un chemin en lui. Qu'il ait mal ou qu'il soit mal installé sur ce bureau importait peu au regard de l'ardeur que mettait son capitaine à le prendre là, tout de suite, sans se poser de questions. Il saisit à pleine main leur sexe tendus, comme s'ils n'étaient pas encore assez excités.

« Capt... »

À nouveau, il se fit proprement taire en se prenant une langue dans la bouche (ce qui n'est pas la manière la plus désagréable, vous en conviendrez).

Bon, pas la peine d'essayer de parler. En désespoir de cause, Renji se redressa, repoussa Byakuya un tout petit peu beaucoup surpris.

Il se laissa tomber sur le sol, à genoux face à... qui vous savez fièrement tendu vers le ciel. Laissant son capitaine ouvrir bêtement la bouche en retenant un gémissement entre ses dents serrées, il saisit le membre raide et commença à le couvrir de salive. Non parce qu'il voulait bien se faire enculer à sec mais pas tous les jours.

Il sentit la main du capitaine qui lui attrapa les cheveux et

Juste un peu, capitaine, j'ai rien mangé depuis trois jours moi !

Sans se demander comment il avait trouvé assez de neurones connectés pour aligner autant de mot dans un moment pareil, Renji se remit au travail avec acharnement, il fallait que ça glisse comme une patinoire !

Byakuya désapprouvait. C'était bon, terriblement délicieux, incroyablement jouissif et délectable, presque insupportable à force d'être bon. Mais il désapprouvait. Il se demandait toujours comment son débauché de vice-capitaine pouvait bien parvenir à mettre le sexe d'un autre homme dans sa bouche sans avoir envie de vomir.

Il attendait patiemment, que Renji cesse d'avoir son sexe entre les lèvres pour lui en faire la remarque. S'il lui parlait maintenant, cet idiot allait vouloir répondre, ce qui était parfaitement déconseillé quand on a la bouche pleine. Surtout pleine de ça.

Et puis finalement, il sentit sa patience se consumer à une vitesse folle pour finir rapidement en cendres.

Il décida que c'était bien assez et attrapa Renji par les épaules, le hissa, le balança sur la table, le retourna comme un pancake, envoyant au passages deux piles de dossier voltiger dans tout le bureau.

Oups, fit Renji en son for intérieur en voyant tout le boulot de Nanako s'éparpiller sur le parquet. Et Byakuya le pénétra sans la moindre douceur, avec une sauvage avidité que rien ne semblait pouvoir apaiser.

Il le prit avec la même violence, la même impatience, et ne cessa ses vigoureux mouvements de hanches que lorsque l'un et l'autre furent apaisés. Renji, haletant et tremblant, chassa la sueur qui l'empêchait de voir, embrumant ses yeux ; il le sentait encore, le sexe de Byakuya en lui, il se sentait palpitant autour du membre toujours enfoui au plus profond de son corps. Il avait toujours les mains puissantes de son capitaine posées sur sa taille, elles qui l'avaient serré un peu plus à chaque fois qu'il s'enfonçait en lui, il devinait les marques bleuâtres qui devaient naître sous l'empreinte des doigts de Byakuya. Il lui semblait que tout son corps était mille fois plus sensible à la présence de Kuchiki qu'il ne l'avait été auparavant. Leurs jambes qui se collaient lui semblaient électriques, comme à chaque endroit où leur peau se rencontrait. Enfin, il appréciait en silence le contact fluide et poisseux qui s'écoulait entre ses jambes, glissant de l'intérieur de ses fesses pour venir goutter le long de ses cuisses. Il savait que son ventre aussi connaissait la même « aspersion » et que son propre sperme devait maculer le bureau mais il ne pouvait s'empêcher d'en retirer un certain plaisir.

Byakuya reprenait son souffle avec difficulté et dès qu'il fut en état de penser sereinement, une nouvelle vague de honte l'envahit. Même si Renji l'allumait comme une gazinière, il ne pouvait pas se laisser à sa faiblesse et lui sauter dessus comme ça. Il desserra la prise de ses mains sur la taille de son amant. Qu'est-ce qui pouvait bien le pousser à tant de brutalité ? Il aurait voulu se dédouaner, pouvoir mettre son excès sur le compte d'une folie passagère, de la fatigue de la mission, du manque physique. Pourtant il savait pertinemment à quel points ces excuses étaient fallacieuses. Il sentit Renji frissonner puis frissonna à son tour, une fois immobile, ils se refroidissaient à toute vitesse.

Son regard qui vagabondait sur les murs de son bureau retomba brutalement sur son amant toujours agrippé à la table. Il contempla un instant la fleur écarlate qui s'épanouissait sous ses yeux et puis, d'un geste qui tenait plus du réflexe que de l'acte volontaire, il tendit le bras, avança la main et ouvrit les doigts jusqu'à les plonger dans la masse de cheveux rouge. Il tira doucement sur la mèche de cheveux attrapée et l'amené à ses lèvres. Suivant l'étrange mouvement amorcé par celui qui tirait ses cheveux, Renji se redressa et se retourna assez tôt pour surprendre son capitaine en train de humer ses cheveux avec délectation. Il se retourna lentement, passa les deux mains autour du cou de Byakuya et l'embrassa avec passion, s'abandonnant complètement au goût salé de ses lèvres.

Au bout de quelques longues secondes, il se décolla et, plongeant son regard dans celui, hébété, de Kuchiki, il murmura sur le ton le plus innocent qu'il avait en stock.

« Vous voulez pas aller dans la chambre ? »

Le regard noir de Byakuya convainquit Renji de ne plus faire de propositions débiles d'ici la fin de la nuit s'il voulait s'en sortir vivant.

Pourtant, à peine eut-il fini phrase qu'il se fit littéralement traîner jusqu'à la chambrette.

Un sourire fugace lui échappa entre deux morsures à son capitaine. Mais mmmh qu'est-ce qu'il a bon goût !

Byakuya crut un instant que ses veines allaient sortir de son corps tant le sang battait à ses temps et à sa gorge.

La petite chambre n'avait changé depuis son départ, mais il soupçonnait Renji d'y avoir dormi. Seul ? Il préférait ne pas y penser. Normalement, cela devait lui être indifférent, que Renji lui soit fidèle ou non, mais dans ce cas, pourquoi sa poitrine le brûlait-il à la simple pensée que son vice-capitaine ait pu amener d'autres shinigamis dans cette chambrette lorsqu'il était absent ? Comme s'il sentait son trouble, Renji vint doucement l'enlacer et le serrer entre ses bras nus. Tous deux se tinrent ainsi, immobiles et silencieux, mais bien conscients de l'inexplicable tension qui régnait entre eux ce jour-là.

Les volets étaient fermés, et à travers les persiennes, ils pouvaient voir le jour qui tombait. Nous avons encore toute la nuit, songèrent-ils au même instant, alors qu'ils remarquaient l'un et l'autre le soleil couchant au loin.

Renji se laissa tomber sur le futon et entraîna son capitaine qui se retrouva entre ses bras. Il l'embrassa fougueusement. Là, c'est sûr, ils en avaient encore pour toute la nuit.

Alors doucement, avec autant de tendresse que de passion, ils emplirent la petite pièce de leurs gémissements de plaisirs, laissant à la nuit la soin d'envelopper leur étreinte d'un savant mystère.

Byakuya fut le premier à ouvrir les yeux, pour les refermer presqu'aussitôt. Il faut dire aussi que dans son champ de vision s'étalait le motif sombre du tatouage pectoral de son lieutenant. Tout en évitant de regarder en face de lui, il se redressa et s'assit, les genoux entre ses bras, trouvant pour la énième fois, un air d'adultère à leur relation.

Il savait que le jour n'allait pas tarder à se lever, pourtant il était encore tôt et il n'avait aucune envie de sortir de son lit. Toutes ces choses dont il était soudainement devenu conscient occupaient son esprit, sans qu'il puisse décider si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Pour la première fois depuis Hisana, il avait quelqu'un auquel il était inexplicablement attaché.

Lorsqu'il avait décidé d'épouser Hisana, il s'était souvent dit, en guise d'explication, qu'aimer quelqu'un en vérité, c'est lui accorder plus d'importance qu'à soi. Indubitablement, Hisana était plus importante que lui-même. Aujourd'hui encore, il ne se sentait en rien plus digne de vivre qu'elle. En ce sens, il pouvait dire qu'il n'avait cessé de l'aimer.

Renji était-il plus important que lui. En tous cas, l'amour qu'il lui portait était plus important que tout. Plus que le rang, plus que sa dignité, plus que sa fierté, plus que son rôle de capitaine, plus que son refus de l'aimer.

La passion que Renji lui portait balayait tout sur son passage, y compris ses propres certitudes. Inutile de dire que cela le dérangeait au-delà de tout ce qui est imaginable.

Le manque douloureux qui l'avait oppressé tout le temps de sa mission lui revint en mémoire, preuve, s'il en fallait encore, que quelque chose était en train de changer radicalement. Comment avait-il pu passer ses derniers instants avec Rukia en passant son temps à penser à Renji ?

Instinctivement, son regard tomba sur son amant, et son cœur manqua un battement lorsqu'il vit les deux yeux étroits de son lieutenant le fixer avec curiosité. Il quitta immédiatement le visage de Renji et chercha un autre point où poser son regard. Il n'y avait nulle part, rien dans son champ de vision ne lui rappelait pas la nuit qu'ils venaient de passer. Les draps qui jonchaient le sol, ses kenseikan, laissés sur le rebord de la fenêtre, les deux paires de sandales mélangées, de là où il se trouvait, il n'aurait su dire à qui était quelle chaussure. Comme les enfants, songea-t-il avec un léger amusement, qui mélangent chaussures et vêtements sans aucun soucis d'ordre ni de rangement.

Et puis, malgré lui, encore une fois, son regard retrouva le corps nu de Renji, alangui sur le futon, ses bras nonchalamment croisés au-dessus de sa tête, les jambes légèrement écartées et la tête renversée, pour qu'il puisse le voir sans tourner le cou. Byakuya évita soigneusement la longue chevelure rougeoyante, sachant à quel point la vue de cette rivière écarlate savait, depuis peu, lui faire perdre la raison.

Au lieu de cela, il suivit de l'épaule le fils noir qui courait sur la peau pâle de son amant. D'abord les traits vifs et carrés, puis une arabesque, un arrondi qui se calquait sur la ligne arrondie d'un muscle. Kuchiki abandonna son regard au dessin hypnotique du tatouage. Le long de son cou, courbé par le relief des veines, il courait jusqu'au bout de ses bras, ployant sous les muscles saillants. Il ramena sagement ses mains sur ses genoux. Pas question de toucher, même si tout ce corps l'appelait.

Les motifs zigzaguants lui criaient de venir, de les suivre du bout des doigts, comme il les suivait du regard. Et c'est vrai qu'il contemplait cet homme avec une certaine satisfaction. Comme on contemple une œuvre d'art en se disant « ça vaut le coup d'être venu pour voir ça » et il avait bien peur que cette satisfaction ne vienne pas uniquement du tatouage mais plutôt du corps qu'il y avait dessous.

Ses mains, qu'il croyait pourtant avoir bien rangé sur ses genoux, ses mains, l'une surtout, désobéirent, se levèrent, malgré lui, indisciplinées et fières, elles s'approchèrent. La main droite levée, immobile, suspendue à quelques centimètres du torse tatoué. La main rebelle attendait. D'abord, l'accord, la fascination était approuvée, rien ne l'avait arrêté, rien n'avait ramené la main à sa place. Loin de la tentation.

Je ne le toucherai plus jamais.

Quelques mots murmurés autrefois qui stoppèrent net le mouvement. Immobile dans l'air, la main attendait. D'abord le refus, bien sûr. D'abord se croire encore maître de soi. Et puis, ensuite seulement, reconnaître que l'envie est plus forte.

Je ne veux pas.

Et la main sut qu'elle avait gagné. Qu'elle était plus forte que la volonté vacillante du capitaine.

Renji sentit le bout des doigts de Kuchiki l'effleurer, glisser sur son bras, puis son épaule et enfin sa poitrine, et il comprit qu'il suivait de dessin de son tatouage. Il ne put s'empêcher de pousser un soupir tout bas, un soupir de profond délice.

Il venait seulement de se réveiller et déjà, il se croyait dans un rêve.

Ses lèvre bougèrent toutes seules, comme en réponse à ces mains qui avaient décider de le toucher contre la volonté de leur propriétaire.

« Capitaine... capitaine écoutez-moi. »

Byakuya attendit, impatiemment la suite à venir. Il aurait voulu arrêter ses mains mais elles refusaient toujours de quitter le sculptural dessin.

« Capitaine, il n'y a pas si longtemps, mon rêve dans la vie était de vous dépasser. C'était plus qu'un rêve, bien plus, une règle de vie. Tout ce que je faisais était fait en ce but. Vous avez... vous m'avez pris ce que j'avais de plus cher et je pense encore aujourd'hui que si vous n'aviez pas adopté Rukia, ma vie aurait pris un tout autre tour. J'aurais été... pour ainsi dire, libre de votre influence. Mais vous avez pris Rukia, qui est plus qu'une sœur pour moi. »

Byakuya se crispa. Un tel sentiment ne l'avait-il pas envahi en comprenant que Rukai lui échappait pour aller à Kurosaki ?

« Et puis cela a changé. Je ne sais plus quand exactement, mais l'envie de vous battre est devenue l'envie d'exister. À vos yeux uniquement. À force de ne pas vous lâcher du regard, je voulais que ça devienne réciproque. Je ne sais plus quoi faire pour exister à vos yeux comme vous existez aux miens. Parce que depuis tout ce temps, vous avez rempli mon champ de vision. Aujourd'hui encore, je ne vois plus que vous. »

Renji ferma les yeux. Il ne pouvait pas lui dire ça en le regardant au fond des yeux. Et puis il les rouvrit. En fait si, il n'y a qu'en le regardant au fond de yeux qu'il pouvait lui dire ça.

« Capitaine. Je suis devenu... non je suis... fou de vous. »

Kuchiki se figea. Une telle confession était si... indécente. Ses mains se retirèrent enfin du corps de Renji et retournèrent sur ses genoux.

Sans un bruit, le capitaine se releva, quitta le futon et sortit de la chambre, attrapant ses sandales au passage.

Au bout de quelques secondes, hébété, Renji se redressa légèrement pour constater que la pièce était vide, le seul mouvement venant des branches des arbres qu'on devinait bouger derrière les persiennes. Un soupir lui échappa. J'ai parlé dans le vide... quel con, comment est-ce que Kuchiki pourrait me caresser ainsi ? Comment est-ce que j'ai bien pu imaginer que ça pouvait être réel ?

Il imagina sans problème que Kuchiki était rentré chez lui après qu'il se soit endormi. Après tout, cela faisait quelques jours qu'il n'était pas rentré. Sauf que là, Renji réalisa qu'il allait se retrouver seul dans le manoir familial. Seul, sans Rukia quoi. Il ne put s'empêcher de le plaindre, se rappelant avec un pincement au cœur les premiers jours de séparation lorsqu'ils étaient entrés à l'académie. Cette sensation de vide, de ne plus être soi-même. Et puis, ce qui est peut-être pire, l'habitude. On comble le vide, on se retrouve en d'autres et on oubli que la douleur de l'absence est encore là.

Il serra les dents, était-il l'exutoire à la douloureuse absence de Rukia ?

Ouais mais dans ce cas, pourquoi moi ? Et puis ça a commencé bien avant, à l'hôpital. Alors qu'il ne savait pas encore. Mais moi je savais déjà que Rukia allait partir. Est-ce que je l'ai séduit par pitié ? Pour me faire excuser.

Il se sentit mal. À quoi ça sert de se confesser en rêve si je ne suis pas foutu de le faire pour de vrai.

Il remonta le drap sur ses jambes et doucement, se laisse emporter à nouveau par le sommeil, dans l'espoir vain de retrouver en songe la douceur des mains de son amant.

En se réveillant, il réalisa que quelque chose avait changé. Et puis il ouvrit les yeux et compris que la jour était bel et bien levé. Il n'avait pas beaucoup dormit mais se sentait reposé. Un regard à la ronde lui appris que Kuchiki était revenu. Ses sandales étaient rangées l'une contre l'autre devant la porte, et son kimono était plié et posé sur le sol à côté du futon. Le souvenir de l'endroit et des circonstances où il l'avait enlevé lui arracha un sourire rêveur.

Et puis la nuit entière revint à sa mémoire, et puis il réalisa qu'il avait rêvé ce que jamais il ne s'était autorisé à rêvé. J'ai fait une déclaration en rêve à mon capitaine. Oui mais dans la mesure où il dormait à cet instant, il ne pouvait pas être sûr. Si j'ai parlé dans mon sommeil je suis mort. Au pire, mort de senbonzakura, au mieux, mort de honte.

Il se rhabilla en quatrième vitesse, une sourde angoisse au cœur.

Qu'est-ce que j'ai bien pu dire ? Est-ce que j'ai pu parler ? Est-ce que j'ai dit des trucs indignes ? Est-ce que j'ai... j'ai demandé des choses qu'on ne peut pas demander à un homme si on a un peu d'honneur ? Surtout lui. Bordel ! Je peux même pas rêver en paix, faut que je fasse des conneries.

Il entra dans le bureau, à moitié habillé, les sandales délassées, les cheveux emmêlés sur ses épaules, et il croisa le regard de Kuchiki. Un regard terriblement froid.

« Bonjour capitaine.

- Bonjour. »

Il faillit demander comment il allait, mais en fait non, vu l'air plus que suspicieux de son capitaine, la meilleure chose à faire était de s'assoir, travailler et se taire. Ou se taire, s'assoir et travailler. Il remarqua encore que les piles de dossiers tombées sur le sol étaient à nouveau triées et empilées devant lui. Deux hypothèses s'offraient à lui : soit son capitaine était définitivement le meilleur capitaine de tout le Seireitei, soit il avait complètement rêvé les événements de la veille. Ou les deux.

Un rapide coup d'œil à Kuchiki lui apprit que ce n'était pas du tout le meilleur moment pour demande s'il avait, par le plus grand des hasards, eut des mots malheureux pendant la nuit. Et puis de toute façon, qu'est-ce que j'aurais bien pu lui demander ? ''Au fait, capitaine, j'ai vraiment dit que je vous aimait cette nuit ? Non, ah ben très bien merci, ça me rassure''.

On frappa à la porte et Renji alla ouvrir sans attendre qu'on le lui demande. Le regard indéchiffrable mais très troublé que lui réservait Kuchiki depuis son réveil était somme toute parfaitement flippant et le premier prétexte venu serait bon pour y échapper.

Il ouvrit à un tout jeune shinigami qui se présenta comme Korudo de la onzième division et qui avait un message pour le vice-capitaine Abarai.

« C'est moi, qu'est-ce qu'il y a ?

Le jeune shinigami tendit une enveloppe cachetée en dévisageant le vice-capitaine comme s'il voyait une espèce de divinité.

Ben ça s'arrange pas à la onzième. C'est sûrement Ikkaku qui leur a raconté des conneries sur moi.

Le jeune shinigami se décida à parler en constatant que Renji n'ouvrait pas le message.

- Le vice-capitaine qui est à l'origine de tout cela aimerait que je puisse lui apporter votre réponse dans les plus brefs délais.

- Ouais ouais... Marmonna le lieutenant. »

Et puis il se retourna pour voir que juste dans son dos Byakuya surveillait de très près ce qu'il était en train de faire.

Il décacheta le message et le parcouru en plissant parfois les yeux pour déchiffrer l'écriture maladroite. C'était définitivement un abruti de la onzième qui avait écrit. Et encore, un qui savait écrire, ce qui était plutôt rare. Il lut à mi-voix quelques mots.

« Blablabla.. la fête.. blablabla... que je vienne y assister... aider... trucmuche... Bon y'a une espèce d'anniversaire ou je sais pas quoi et il faut que les anciens viennent pour l'occasion.

Le jeune homme hocha la tête avec ferveur.

- Oui, c'est cela même, vice-capitaine Abarai.

- Et qu'est-ce qu'on fête au juste ?

- L'anniversaire de la fondation de la onzième division.

Renji manqua de s'étouffer de rire et Byakuya, de consternation.

- D'où sort cette bouffonnerie ?

- C'est très sérieux vice-capitaine. Le vice-capitaine Yachiru a découvert qu'avant la prise de commandement du capitaine Zaraki, chaque année on fêtait le jour de l'entrée en fonction du capitaine. À cause de certains désaccords sur la date exacte d'entrée en fonction de notre capitaine, on a simplement remplacé par la date de fondation de la division pour faire une grande fête où tout le monde est invité.

Sans trop se demander à quoi pouvaient bien correspondre les désaccords sur la date d'entrée en fonction de Zaraki, Renji décida qu'il devait y aller. Pour s'amuser et aussi pour échapper a

- Capitaine, il faut que je parte.

- Pardon ?

- Apparemment, ils demandent aux shinigamis ayant quitter la division dans l'année de préparer un hommage ou un truc comme ça. »

À nouveau le jeune homme hocha la tête avec enthousiasme.

Renji se retourna vers son capitaine et le regarda dans les yeux pour la première depuis le début de la journée.

« Permission de disposer, capitaine ?

Byakuya fronça les sourcils d'un tout petit millimètre. Il aurait mille fois préféré que Renji reste à sa portée, et qu'il trouve un moment pour l'entretenir de ses propos de la nuit. Mais il ne pouvait pas le dire. Déjà qu'il lui était difficile d'admettre son attachement à Renji lui-même, alors devant un tiers qui risquait de répandre malgré lui l'information, il n'en était pas question.

- Permission accordée. Je te veux à ton poste demain à la première heure.

Renji le remercia d'un geste de la tête.

- À vos ordres, capitaine »

Et il se mit en marche vers la capitainerie de la onzième, avec l'indicible pressentiment qu'il allait encore au-devant d'ennuis sans fond.

A SUIVRE...

Dans le prochain épisode (parce que un mois ça reste long) :

« Quoi ?

- Tu ne savais pas ? C'est tombé ce matin, tout le monde ne parle que de ça.

- C'est pas possible.

- Renji a demandé un changement de division. »

RDV au premier dimanche de mai pour la suite ! Et attendant, encourager l'art et la culture XD : reviewez !


Et voici les réponse aux reviews sans compte FFnet, parce qu'on vous aime quand même XD :

pour aeka88 : merci et bravo pour avoir lu tout d'un coup (mais comment vous faites toutes !) et encore désolés, le rythme de parution est déjà assez compliqué à géré avec toutes les fic qu'on a en cour ici et ailleurs, alors faire des exceptions, c'est trop compliqué. Et puis si on te dit oui à toi, faudra qu'on dise oui à toutes les autres (et on a que deux mains XD). Au fait, sur FFnet les adresse mails et url ne passent pas ! il faut mettre des espaces sinon ton adresse est coupée au montage (ce qui a été le cas dans ta review). Allez, try again :)

pour celle qu'on ne connaît pas (mais qu'on adore déjà ^^) : okay l'entrée de Renji aurait pu être mieux mais bon, faut aussi que les deux abrutis qui écrivent soient d'accord XD Et puis, il ne peut pas avoir les cheveux dans le vent avec sa coupe ananas rouge ^^ Ne t'en fait pas pour le sort de mister perruque, les héros sont non seulement immortels mais en plus il a encore un petit rôle à jouer avant qu'on en ait plus besoin, jusqu'à là, interdit de le tuer (après par contre...)

à hidakatsuki-x : merci pour ton enthousiasme (wooow faut arrêter le café _ oula cocaïne_ et aller dormir, vite ^^). Voici la suite, on espère qu'elle t'a plu et à bientôt !