Comment ça, y'a plus de disclaimer ? Mais c'est bon, y'a 20 chapitres avec le disclaimer, bordel.


QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !


Le désir III

« Que l'ennemi poursuive mon âme et l'atteigne ! Qu'il écrase ma vie contre terre »

Ps. VII, 6

Renji se sentit rougir jusqu'à la racine de ses cheveux. Jamais, jamais il n'avait été aussi gêné de se retrouver nu à côté de quelqu'un après une nuit de sexe. Même quand il y avait eu ce... ce regrettable incident avec Rukia (mais c'est définitivement une autre histoire, on la racontera si on a le temps), il n'avait pas été aussi embarrassé au matin.

Bykuya, entièrement nu sous le drap, le regardait avec attention, appuyé sur le coude. Renji, surprenant ce regard sur lui, ouvrit la bouche en grand sans pouvoir prononcer un mot.

« Quoi ?

C'était tellement pas sexy comme premier mot après une première nuit d'amour que Renji en perdit une partie de sa gêne.

- Heu... ça fait bizarre.

- Il faudra t'y faire.

- Je ferai un effort. »

Instinctivement, Byakuya tendit le bras pour attraper le visage de son amant. De la main, il passa sur sa joue, ses lèvres pour finir dans sa nuque et l'attirer vers lui pour prendre ses lèvres.

« Bonjour. »

Et puis il se releva en toussotant et laissa Renji la bouche grande ouverte, un petit filet de bave qui lui coulait le long du menton. Heureusement qu'il lui tournait le dos, parce que Byakuya se sentit rougir vivement, du moins il sentit la chaleur sur ses joues, une chaleur terriblement honteuse. Sauf qu'en lui tournant le dos, il lui présentait surtout une partie relativement rebondie de son anatomie (relativement, vous faites pas de film, les pervers) qui accentua d'autant plus le trouble du vice-capitaine.

« Debout. On a du travail.

- Ah bon ? »

Byakuya ne releva même pas la remarque, il ne voulait pas se tourner vers Renji, pas question que celui-ci voie la rougeur qui envahissait son visage.

Ils partagèrent leur petit-déjeuner dans une ambiance surréaliste, Byakuya agissant le plus naturellement du monde (en apparence) avec son lieutenant et le lieutenant en question qui semblait bloqué en mode ébahit, qui cherchait vainement à reprendre le fil de l'histoire. Ce ne fut qu'à la fin du repas, alors qu'il s'apprêtaient à retourner à la capitainerie que Byakuya vint s'assoir face à Renji, un air hésitant sur le visage, un air qui ne lui ressemblait pas.

« J'ai compris un certain nombre de choses hier.

Renji hocha la tête. Lui aussi, et plutôt deux fois qu'une !

- Un bon nombre de ces choses bouleverse mon existence. Byakuya marqua une pause et inspira profondément. Savoir que je t'aime n'est pas la moindre.

Renji hocha la tête à nouveau et rougit violemment. C'était une chose de l'entendre dans l'intimité et l'obscurité de la nuit, une autre d'avoir en face de lui son capitaine en uniforme qui le lui répétait.

Voyant qu'il semblait attendre quelque chose, Renji prit la parole et bafouilla.

- Je... je comprends aussi. Je n'aurais jamais... jamais cru que.. enfin, que c'était la même chose... que je n'étais pas le seul à ressentir cela. J'avais peur d'être le seul à aimer.

Byakuya baissa les yeux et lutta contre l'envie de protester. Il n'était pas insensible, mais savait parfaitement qu'il en donnait l'impression.

Doucement, la grande main calleuse de Renji se posa sur la sienne et la serra avec ferveur.

- Mais maintenant, c'est bel et bien réglé non ? Je ne fuirai plus alors...

Byakuya retourna sa main et répondit à celle de Renji. Ce sentiment étrange et pénétrant était là, plus présent que jamais. Cette sensation inexplicable de se sentir seul dans son propre corps, de vouloir que l'autre soit une partie de soi.

- Je ne fuirai pas non plus. »

Un peu émus par ce soudain débordement d'affection, l'un comme l'autre se levèrent et prirent le chemin de la capitainerie dans un parfait silence. Renji, un léger sourire aux lèvres, Byakuya l'air étrangement doux.

Les premières heures du jour passèrent dans un calme inhabituel, surtout pour les autres officiers qui trouvèrent leur capitaine et vice-capitaine très bizarres. Byakuya s'était astreint à la lourde tâche de consulter les dossiers et sélectionner les shinigamis volontaires pour sa mission, et avait confié à Renji la routine de la division pour la matinée. Ce dernier s'acquittait de ce travail avec une conscience professionnelle qui l'étonnait lui-même. L'idée qu'il était enfin officiellement en couple avec Byakuya Kuchiki était en train de faire son petit bonhomme de chemin sous son crâne. Il ne devrait plus ruser pour le mettre dans son lit, plus se cacher pour fantasmer, plus agir en clandestin. Il n'aurait plus l'impression de toujours suborner son capitaine, mais simplement d'agir avec son amant comme n'importe quels amants.

Ou presque. Les mots de Yumichika lui revinrent en mémoire. Tu l'appelles capitaine au lit ? Oui. La plupart du temps, oui. Mais parfois, il avait son nom sur les lèvres ou encore son prénom, et s'empêchait de le prononcer, par respect. Mais il n'avait maintenant pas de hiérarchie à respecter, il pouvait se lâcher.

Enfin, il pouvait. S'il osait.

Il fallait au moins essayer. Il cessa de gribouiller sur un formulaire et jeta un regard en coin à son capitaine. Rien ne semblait être différent mais si on regardait plus attentivement, Byakuya Kuchiki semblait presque sourire tout en parcourant les fiches sous ses yeux. Son air était, non, pas doux, mais apaisé. Comme si un lourd souci qu'il portait depuis des années s'était soudainement envolé, lui ôtant un poids des épaules.

Renji se sentit timide face à son capitaine tel qu'il ne l'avait jamais vu.

Justement, c'était certainement le moment d'essayer, de voir si cette nuit ensemble avait bel et bien arrangé les choses.

Alors il se lança. Allé, de l'audace.

« Byakuya.

- Mh ? »

Oui ! Il l'avait dit. Il y arrivait. Enfin, pas en face, mais il arrivait à l'appeler par son prénom. Bon maintenant, il fallait trouver une bonne raison pour l'avoir appelé. Heu... allé, un prétexte à deux balles, un bon prétexte, vite...

« Heu.. finalement y'a qui dans l'équipe de la mission en enfer à part nous ?

- Hé bien... Kuchiki attrapa un des formulaires et parcouru la page.

Matsumoto Rangiku et Katsuo Ebisu pour la cinquième division, Sasakibe Saori pour la onzième division, Kiisu Agido pour la quatrième division. Nous deux et l'équipe de soutien sur terre. »

Renji sentit un léger frissonnement lui courir dans le dos. Maintenant qu'il s'estimait établi avec Byakuya Kuchiki, pourquoi fallait-il qu'il ait couché avec tous les membres de cette mission (sauf un) ?

« Renji ?

- Ah pardon, je pensais à la mission.

Et pourquoi fallait-il que ce soit cet allumeur d'Agido qui soit chargé du soutien médical ?

- Ce ne serait pas plus intelligent de reprendre l'équipe qui a déjà affronté une de ces créatures ?

- Le cinquième siège Ayasegawa est toujours en convalescence, le troisième siège Madarame n'a pas exprimé le souhait de faire partie de cette mission, et l'officier Yamada a instamment prié qu'on ne l'assigne pas à l'équipe de soutien médical.

- Ah les boulets ! Heureusement qu'on est là. »

Byakuya hocha la tête. Heureusement qu'aucune de ses réponses ne lui avait demandé beaucoup de réflexion, son esprit restant bloqué sur la manière dont Renij l'avait interpellé. Même Hisana ne l'avait jamais appelé simplement par son prénom, même Rukia ne se permettait pas de telles familiarités. Entendre son prénom comme ça, sur un ton si ordinaire éveillait en lui une étrange nostalgie ; du plus loin qu'il s'en souvienne, seul ses parents et grand-parents l'avaient appelé par son prénom un jour, sans compter ses aînés dans le Seireitei. Il se sentait rajeunir d'un ou deux siècle au son de la voix timide de son vice-capitaine. Il remarqua alors seulement que, depuis le début de la journée, Renji ne s'était pas adressé à lui directement. Un élan de curiosité le poussa à entamer la discussion, histoire de voir si Renji allait oser le tutoyer.

« Nous devons nous dépêcher, je dois mettre au point les derniers détails avec le capitaine Ukitake.

- Ah bien. Je peux continuer les tâches administratives pendant ce temps.

Byakuya secoua la tête.

- Non, je voudrais que tu t'occupes de contacter l'équipe de soutien sur terre et que tu briefes les autres membres de la mission sur les créatures de l'enfer.

- Ah bon.. Ben.. je suis aux ordres. J'y vais. Je dois aller à la douzième pour contacter Ichigo et Rukia non ?

- Exact. Allons-y.

Byakuya tentait désespérément de pousser son lieutenant à employer une tournure personnelle, juste pour voir s'il le tutoierait. Mais finalement, c'est pas si facile de faire dire quelque chose à quelqu'un qui a l'air bien décidé à ne pas le dire.

En chemin, Renji s'arrêta devant le bureau des officiers.

« Nanako ?

- Oui.

- Tu peux prendre en main les affaires courantes s'il-te-plaît. Le capitaine et moi nous partons.

- Bien.

- Heu... si des notifications pour une mission secrète arrive, tu nous les transmet rapidement.

- Merci, je connais mon métier.

- Nan mais là c'est urgent. Bon courage.

- Toi aussi. »

Byakuya tiqua : entendre Renji se comporter si familièrement avec un officier qu'il connaissait depuis moins longtemps que lui le mettait mal à l'aise. Si c'était ça le comportement naturel du vice-capitaine, cela signifiait qu'il ne se comportait jamais naturellement avec lui. Or, si Byakuya ne supportait pas la familiarité des autres shinigamis, il entendait tout de même voir son amant se conduire sans inhibition avec lui. Et donc la conversation reprit.

« Voici les compte-rendus de la précédente mission sur terre, pour débusquer une de ces créatures. L'équipe permanente sur terre est au courant, bien entendu. Cela permettra de préparer les autres.

- Merci.

Renji attrapa le dossier que Byakuya lui présentait et parcourut les quelques pages.

- On n'a pas de résultats des analyses du capitaine Kurotsuchi ?

- C'est en annexe.

- Ah oui.

Byakuya jeta un coup d'œil, Renji avait à peine jeté un regard aux fiches des autres shinigamis membres de l'équipe.

- Tu connais les autres membres de cette mission ?

- Ouais. Matsumoto est vice-capitaine comme moi, on a souvent traîné ensemble. Ebisu... je m'en rappelle moins bien, mais elle est passée à la onzième avant d'être affectée à la dixième. Saskibe était déjà à la onzième quand j'y étais. Agido... ben, je suis souvent à l'hôpital alors j'en connais pas mal de la quatrième.

- Qu'en penses-tu ?

- Ça va faire un groupe assez difficile à tenir. Y'a pas mal de femmes.

Byakuya en resta sans voix. De toutes les réponses, il ne s'attendait certainement pas à ça de la part de son vice-capitaine.

- Cela pose un problème ?

- Rangiku est indisciplinée, Ebisu est expéditive, Saskibe est psychorigide, Rukia...

- Rukia ?

- Non, Rukia ça va. Enfin, je veux dire, vous la connaissez déjà.

- Rukia n'est ni indisciplinée, ni expéditive, ni psychorigide.

Renji garda un silence prudent. Ce n'était pas le moment de mettre tous les défauts de sa chère sœur sous le nez de son capitaine. Rukia est rebelle, irréfléchie et violente.

- Renji... s'il y a quelque chose que je dois savoir sur cette équipe ou sur un des membres, il faut me le dire avant le départ. Avant que cela ne soit trop tard.

- Je comprends.

- Est-ce clair ?

- Limpide.

- Je peux compter sur toi ?

Renji se sentit rougir au ton de la question. Bizarrement, leur échange prenait un tour bien moins professionnel.

- Bien sûr. En tout temps, en toutes circonstances. Ce n'est.. ce n'est même pas la peine de poser la question. »

Byakuya voulut continuer à asticoter son vice-capitaine jusqu'à ce qu'il emploie enfin un ton plus intime avec lui, mais ils arrivaient à la treizième division et déjà Renji prenait la direction du bureau chargé des communications avec le monde des vivants.

« À tout à l'heure », fit-il simplement en s'engouffrant dans les locaux de la treizième.

« Lâche », murmura le capitaine en retour, songeant avec une certain amertume que Renji n'avait même osé prendre le risque de lui donner du tutoiement. Lui-même avait très envie de s'entendre appeler ainsi. Juste parce que cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas laissé entrer quelqu'un dans son intimité qu'il avait besoin de se rassurer sur sa capacité à entretenir une relation saine.

Il se rendit à la première division pour exposer les détails de sa mission aux capitaines concernés et présenter l'équipe formée. En fait de « capitaines concernés », il se trouva surtout face à Kyoraku et Ukitake qui semblaient en pleine... dispute ? Explication mouvementée ? Bref, qui s'engueulaient dans la salle de réunion des capitaine. Byakuya n'avait jamais vu Ukitake dans un tel état de véhémence lui qui, habituellement, supportait toutes les frasque de son vieil ami.

« Je ne veux pas le savoir, Shunshui. Tu est en faute, reconnais-le ! J'avais une entière confiance en toi.

- Juushiro, c'était une blague... de l'humour.

Ukitake était maintenant penché sur son collègue, l'air plus froid qu'un rayon frais de grande surfance.

- Dans ce cas, c'est une blague de mauvais goût, et cela n'excuse en rien ta conduite. C'est lamentable. »

Finalement Byakuya se racla la gorge et entra, prit place à la table et posa son dossier devant lui en le feuilletant nonchalamment.

« Byakuya !

- Capitaine Kuchiki, rectifia-t-il machinalement. »

Ukitake se tourna vers son ami et soupira.

« On reprendra cette conversation plus tard. »

Mais avant que Kyoraku ait pu quitter la sale, les derniers capitaines avaient fait leur entrée. Zaraki, Hitsugaya, Kuritsuchi et Yamamoto.

« Bien, fit ce dernier, faisons le point sur la mission secrète aux enfers. Capitaine Kuchiki, quel est le programme ?

- Nous partons cet après-midi sur terre, là nous faisons le point avec l'équipe permanente et mettons en place le dispositif de détection des intrus.

Tous se tournèrent vers Kurotsuchi.

- Capitaine, est-ce que ce dispositif est prêt ?

- Tous les tests en laboratoire sont concluants.

- Très bien. Capitaine Kuchiki. Quelle est la composition de l'équipe ?

- Je serais chef de l'équipe d'intervention, le vice-capitaine Abarai et le vice-capitaine Matsumoto seront chefs des deux sous-groupes de l'équipe. Les officiers Ebisu de la dixième division et Sasakibe de la onzième division constitueront le contingent. L'officier Kiisu Agido sera le responsable médical. Enfin, l'équipe permanente sur terre constituée de l'officier Kuchiki et de l'humain Kurosaki sera un point d'appui tactique pour toute l'opération.

Un silence méditatif accueillit cette présentation, jusqu'à ce que...

- T'emmènes Renji ? Mais c'est complètement irresponsable ça !

- Capitaine Kyoraku, comment justifiez-vous votre présence ici ?

- Je sais que je n'ai pas à être ici, capitaine Hitsugaya. Seulement, je suis le seul à trouver qu'envoyer l'état-major d'une division en entier pour une mission dangereuse et potentiellement mortelle est une décision idiote ?

- Cela s'est déjà vu et vu l'expérience du vice-capitaine Abarai de ces créatures, cela sera plus qu'utile.

Le sourire ironique de Kyoraku voulait dire « c'est mignon », mais il se garda bien de l'énoncer à haute voix.

Je t'interdis d'en rajouter un seul mot ! Fit Ukitake en foudroyant son ami du regard.

Aucun risque, je n'ai pas envie de mourir. Mais franchement, il est pas mignon le Byakuya ?

- La question mérité d'être posée. Capitaine Kuchiki, êtes-vous conscient que vous privez votre division de son commandement ?

- Notre troisième siège est parfaitement apte à assurer le commandement de la division.

- Bon, si tout cela est réglé, vous avez carte blanche pour régler ce problème. »

Il est un peu fatigué ces temps-ci papy Yamamoto, non ?

Shunshui, j'en ai pas encore fini avec toi.

Puisque la réunion était finie, chacun quitta la salle rapidement, chacun ayant autre chose à faire.

Byakuya lui, avait juste envie de retrouver Renji. C'est tout bête mais il se sentait comme un adolescent amoureux qui ne vivait que pour retrouver celui qu'il aimait. Il se sentait adolescent, il n'aimait pas ça, alors il était pressé de quitter ses collègues.

« Attends. Byakuya.

Kuchiki retint un soupir agacé. Que lui voulait encore Ukitake ? Et pourquoi est-ce qu'il ne l'appelait jamais par son grade !

- Kyoraku n'a pas tout à fait tort. Peux-tu m'assurer qu'emmener Renji avec toi n'est pas le fait d'une décision... privée plus que d'une réelle nécessité tactique ?

Byakuya ne cilla pas. Une décision privée ? Il pouvait pas formuler les choses clairement, lui ? « Est-ce que tu l'emmènes parce que vous couchez ensemble ? Ou parce que vous avez des sentiments l'un pour l'autre ? »

Byakuya n'avait aucune hostilité particulière envers Ukitake. À vrai dire, excepté le fait qu'il le connaisse depuis l'enfance, il n'avait rien de personnel à reprocher à ce capitaine. Il lui aurait peut-être avoué que son choix était bien plus personnel que professionnel, si seulement il avait eu les tripes d'exprimer clairement ce qu'il pensait. Mais ce n'était pas le cas.

- Tout à fait. »

Et Ukitake, ébranlé par l'assurance de son interlocuteur, hocha la tête et ne continua pas plus loin. Comme quoi, un Byakuya décidé peut mentir à la perfection.

Il rejoignit Renji à la treizième division, en train de transmettre tout un tas de choses très importantes à Rukia et Ichigo. Il se posta derrière lui et observa attentivement l'air concentrée de son vice-capitaine qui s'échinait à établir une liste du matériel nécessaire, alors qu'un officier de la treizième lui assurait que non, ça il ne pouvaient pas le lui donner pour une mission sur terre.

Renji avait l'air plus sérieux que jamais, et... plus adulte aussi. Mais ça, Byakuya soupçonnait son imagination de l'inventer au fur et à mesure. À chaque seconde, il lui semblait qu'il découvrait son vice-capitaine différemment, et comme il n'était pas dupe, il savait bien que seule sa perception de Renji avait changé. Mais le fait de subir ce changement tout en connaissant exactement sa cause était encore plus dérangeant.

Les quelques heures restantes passèrent au rythme effréné de la préparation de sa mission. Pendant que Renji briefait Nanako Musokuri sur les affaires courantes de la division, Byakuya était retourné chez lui et, après une courte prière à son épouse, il avait posé sur son bureau la même enveloppe qu'il posait toujours avant une mission périlleuse. Mais cette fois, il se mit à sa table et écrivit sur une autre feuille. La dernière fois qu'il avait changé les dispositions de ses dernières volontés, c'était lorsqu'il avait adopté Rukia comme sœur. Maintenant, il devait rajouter quelqu'un.

Les mots mirent quelques longues minutes à venir. Et enfin, lentement, son pinceau glissa sur le papier.

L'heure du départe venue, tous se retrouvèrent à la treizième division. Byakuya était déjà là, et se faisait expliquer la procédure de détection des créatures infernales. L'idée était de détecter la liaison d'énergie spirituelle qui reliait la créature à l'enfer. En principe, cela devait marcher. Comme la plupart des gadgets de Kurotsuchi, la théorie était parfaite, la pratique seule mettait en avant les défauts de fabrication.

Finalement, Renji arriva, l'air un peu ému. Et Byakuya songea avec un certain agacement qu'il avait dû avoir droit aux adieux larmoyants des shinigamis de la division. D'accord, ils étaient tous fous de Renji, mais même, c'est pas une raison.

Il lança un sourire timide à son capitaine et se tourna vers les autres membres qu'il salua les uns après les autres, en commençant par son ancienne collègue, la charmante et massive Saori Sasakibe. Rien qu'à la voir, on sentait qu'elle appartenait à la division des bourrins, un mètre quatre-vingt quinze et près de cent kilos de muscles. Seul son visage étrangement et gracieux indiquait que oui, Sasakibe était bien une femme.

« Sasakibe.

- Abarai.

La poignée de main fut pour le moins... virile. L'échange bref mais courtois. À la façon de la onzième division.

- La forme ?

- On fait aller. »

La jeune femme se mit au garde à vous en voyant le capitaine Kuchiki.

« Capitaine. C'est un honneur de servir sous vos ordres. »

Kuchiki hocha la tête en fixant la shinigami. Dès qu'il eut tourné les talons, la jeune femme se tourna vers son ex-collègue.

« Pas causant.

- Il l'a jamais été.

- De toute façon, on n'y va pas pour causer.

- Heu, justement, si je pouvais te demande quelque chose.

- Ouais, bien sûr.

- J'aimerais que tu ne mentionnes jamais devant mon capitaine que toi et moi on a eu... une petite aventure. Si c'était possible. S'il te plait.

Saori hocha la tête mais darda sur son collègue un regard sévère.

- Tu sais, c'est de notoriété publique que tu as eu le temps de coucher avec toute la onzième division avant de la quitter.

- Pas si publique que ça. Lui il ne sais pas et si je me démerde bien, il le saura jamais. Et puis tu exagères, j'ai pas couché avec toute la division, en tous cas, pas avec Yachiru ni avec Zaraki.

- Pour Yachiru, d'accord, mais je suis désolée de te l'apprendre : tu as bel et bien fini au lit avec le capitaine.

- Hein ?

- Mais dans ton état d'alcoolisation à ce moment-là, on peut comprendre que tu ne te souviennes de rien.

Renji fut subitement prit d'un haut le cœur.

- T'étais obligée de me le dire ?

- Autant que tu sois au courant. Mais je n'ai pas de détails. J'étais allée me coucher tôt lors de cette fête. »

D'un geste de la main, Renji indiqua qu'il préférait ne pas en entendre un mot de plus. C'était déjà bien assez traumatisant de savoir qu'il avait... heurk... avec Zaraki. Bordel, je devais être plein comme un coing. Il chassa mentalement les images dérangeantes que cela lui inspirait.

Finalement, ce fut Katsuo Ebisu qui sortit Renji de sa lente chute dans l'horreur.

« Bonjour vice-capitaine Abarai.

Renji sourit en coin. Il avait connu Ebisu lors d'un exercice d'intervention commun à leur deux division et la petit shinigami, fine et menue l'avait favorablement impressionné.

- Salut crevette.

- C'est un honneur de me retrouver à vos côté, vice-capitaine.

- Dis-moi Ebi, tu bouffes toujours tes victimes ?

La jeune fille sourit, dévoilant une rangée impressionnante de dents taillées en pointe.

- Moins maintenant. Faut que je fasse attention à ma ligne.

- Oui, c'est sûr.

Saori contempla la petite jeune fille avec curiosité.

- Tu manges vraiment tes adversaires ?

- Oui. Et puis c'est aussi le pouvoir de mon zanpakuto.

- Et c'est bon ?

- Bof. C'est surtout salissant, à cause du sang. »

Renji ouvrit la bouche en grand et la referma. Ces deux femmes étaient des shinigamis, des guerrières, des brutasses, à quoi bon leur dire que leur conversation était glauque ?

« Te plains pas, moi je la subis au quotidien.

- Rangiku, pourquoi avoir postulé alors ?

La vice-capitaine haussa les épaules.

- Besoin de changer d'air.

- Des problèmes avec Hitsugaya ?

Elle lui lança un regard étonné.

- Non, rien de ce côté-là. C'est plutôt familial.

- Ah, ben j'espère que ça se tassera, le temps qu'on revienne.

- Dis donc toi, je peux savoir pourquoi vous avez laissé la crevette venir ?

- Elle est super forte.

- Elle a peu d'expérience du combat et elle est septième siège. C'est la moins gradée ici.

- C'est parce qu'elle trouve le nombre sept plus beau.

- Ça me rappelle une autre crevette, ça. T'en a d'autres comme ça ?

- Nan, mais ses capacités spéciales peuvent être très utiles dans ce genre de mission où nos adversaires n'ont pas de reiatsu sensible.

- Tu veux qu'elle bouffe tout le monde ?

- Nan, mais au moins quelques uns, histoire de dégager le passage.

- Vous êtes un peu tordus à la sixième.

- Nous !

Les deux vice-capitaines échangèrent un sourire narquois.

- Bon, ça c'est fait. Écoute, il y a un problème plus grave.

- Ouais ?

- Tu sais Rangiku, j'ai constaté que la hasard faisait super mal les choses. Tous les membres de cette mission sont passé dans mon lit un jour !

La jeune femme haussa les épaules.

- Renji, la moitié du Seireitei t'es passée dessus, et l'autre moitié, c'est toi qui lui est passé dessus.

- C'est pas possible, y'en a avec qui j'ai fait les deux, et d'autres avec qui je n'ai rien fait du tout !

- Attends une seconde. Tous les membres de cette équipe... heu...

Rangiku eut l'air choqué et puis elle soupira. Non, Renij ne pouvait pas parler de Kuchiki. Le capitaine était le chef de l'équipe, pas un membre de l'équipe. Mais Renji se méprit sur la surprise de son amie et reprit.

- Ah nan ! Pas Ichigo ! Je... enfin, il est mineur quand même.

- Tu comptes l'équipe terrestre aussi ?

- Ben ouais.

- Rukia comprise ?

- Hemm heu.. bon, on va peut-être rejoindre les autres pour partir là.

Rangiku lui lança un regard compassé.

- Renji, je ne plaisantais pas. Tu es certainement celui qui a couché avec le plus de personnes différentes au Seireitei.

Pourquoi fallut-il que Byakuya choisisse pile ce moment et cette réplique pour revenir vers les deux vice-capitaines ? Parce que le hasard est un fils de pute.

Le regard lourd de reproches qu'il lança à Renji trompa Rangiku mais pas l'intéressé.

- En route, fit-il simplement. »

Et alors que la jeune femme remettait en place son obi, Renji ralentit pour rester au niveau de son capitaine.

« Je peux tout expliquer.

Byakuya serra le poing et répondit d'un ton blessé, en regardant droit devant lui.

- Tu n'as rien à expliquer. Tu vas juste apprendre à rester fidèle.

Renji se sentit étrangement rassuré par le ton dur de Byakuya. S'il était touché, c'est parce qu'il l'aimait. Forcément. Ou parce qu'il était incroyablement fier, oui, c'était aussi possible.

- Je suis fidèle. Quand je suis avec quelqu'un, c'est de manière exclusive. Je suis fidèle depuis la première nuit.

- Ah oui ?

Renji avala sa salive. Ah ben non en fait, y'avait eu cet allumeur fini d'Agido.

- Depuis mon retour de l'hôpital.

- Ça fait deux semaines.

- Un peu plus.

Byakuya inspira un grand coup et annonça, comme si de rien n'était.

- Pour moi la fidélité se compte en dizaine d'années.

- Ah.

Renji était bien trop choqué pour répondre ou protester.

En dizaine d'années. Son record personnel étant de trois mois, il se trouvait de nouveau face à un mur nommé Byakuya Kuchiki, qui était infranchissable.

- Ben c'est parti. Il me reste que neuf ans, onze mois et une dizaine de jours pour faire le compte. À l'aise.

Byakuya refoula un sourire. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas connu cette situation d'aimer dans la sérénité. Cela faisait du bien.

Renji se pencha et baissa un peu plus la voix.

- Et puis, ça me laisse le temps de me faire pardonner d'avoir été infidèle par anticipation. »

Ils passèrent sur terre et atterrirent en pleine nuit, ce qui fit dire à Renji qu'il devait y avoir une espèce de minuteur qui indiquait à quel moment il faisait nuit sur terre, parce qu'ils y arrivaient toujours après le coucher du soleil. Ce à quoi Byakuya répondit que, effectivement, ce minuteur existait et qu'ils arrivaient de nuit sciemment.

Rukia et Ichigo attendaient au coin de la rue.

« Ah ben c'est discret.

- Les humains ne peuvent pas les voir.

- Ouais ben ça c'est la théorie, parce qu'en pratique, j'ai l'impression que tous les voisins sont à leur fenêtre.

- C'est qu'une impression. »

Renji fut le premier face aux deux jeunes gens.

« Alors les amoureux, on se dispute encore ?

Pour toute réponse, la tatane de Rukia entra violemment en contact avec son visage.

- Brutasse.

- Abruti. »

Et finalement, la petite troupe se mit en marche vers une vieille maison abandonnée qui leur servirait de base pour les quelques jours de la mission. Rukia et Byakuya ouvrait la marche, sans se dire un mot, mais échangeant des regards hésitants.

Ichigo faisait connaissance avec Sasakibe et Ebisu alors que Rangiku lui commentait les derniers potins du Seireitei dont il se foutait comme de son premier porte-jarretelle.

Agido vint se glisser à côté de Renji qui fermait la marche en ruminant sur l'infortune qui faisait que c'est lui qui portait le matériel le plus lourd.

« Je me souvenais plus qu'il était sexy comme ça, l'intérimaire.

- Ben si. Il est mineur aussi.

- Si tu crois que ça n'impressionne.

- Et on a des démons sur les bras aussi.

- Là encore, rien à foutre. Les démons, c'est votre affaire, moi je me charge de garder tout le monde en bonne santé. D'ailleurs, tu as encore tes anti-douleurs ?

- Ouais, j'ai embarqué tout ce que j'avais.

- Toutes tes blessures sont refermées maintenant. Mais j'ai surtout peur que ta mâchoire soit plus fragile maintenant.

- Ça ira.

- Je jetterai bien un coup d'œil.

- Si c'est le genre de coup d'œil dont déborde ton regard salace, tu peux te le garder.

- C'est important une mâchoire en bon état.

- Je te vois venir avec tes gros sabots.

- Et alors ? Y'a quoi de mal ? »

Ils arrivaient à la maison inhabitée repérée quelques jours plus tôt par Rukia qui leur servirait de base. Plus question d'utiliser le domicile d'humains, c'était toujours le bordel.

« Voilà, annonça Rukia. Elle est inoccupée depuis six mois et apparemment, son propriétaire est décédé et ses héritiers ne veulent pas vendre, mais ils habitent à l'autre bout du pays. On sera tranquille ici. »

Ils passèrent encore près d'une heure à mettre au point la stratégie de détection des créatures infernales. Vu que le procédé mis au point par Kurotsuchi fonctionnait sur le modèle de la triangulation, il fallait poser des bornes de repérage à plusieurs endroits différents autour du périmètre surveillé. Et ils se sépareraient dès ce soir en trois équipes pour placer ces balises.

Rapidement la petite maison abandonnée devint un véritable quartier général, prêt pour une guerre.

Dans un coin, l'écran de contrôle qui permettait de rester en contact avec le Seireitei et celui qui permettrait de détecter les créatures infernales se faisaient face, le sol était jonché de matériel qu'Ebisu manipulait avec précautions suivant les indications du capitaine. Une salle un peu à l'écart avait été choisie pour servir d'infirmerie et Agido avait pris possession des lieux avec efficacité sous le regard de Renji. Si le jeune shinigami était un peu lourd parfois, il fallait lui reconnaître ça : il connaissait son affaire et on pouvait compter sur lui.

Agido leva les yeux vers le vice-capitaine qui le regardait faire.

« La vue est agréable ?

- Oh ça va !

- T'as qu'à aller bosser comme tout le monde.

- Mais je préfère regarder les autres faire. De toute façon, y'a pas grand chose à faire. On part dès que le campement est établi.

- Mais t'as raison, examine bien l'infirmerie. Généralement, c'est là que tu finis.

- Hé ! Je suis un shinigami, pas un danseur de ballet ! Si je voulais un boulot tranquille, je serai entré dans la quatrième division, ajouta Renji avec un sourire narquois.

- Te moque pas de la quatre. Sans nous, les brutes dans ton genre ne servent qu'une fois.

- Génial, grâce à vous on peut continuer à se faire taper dessus pendant des années !

- Et puis va pas dire que t'aime pas nos soins.

Renji fronça les sourcils. Oui, Agido était très lourd dans son genre.

- T'as aimé ma manière de faire les pansements l'autre fois, non ?

- Pas besoin de gueuler.

- T'as pas envie que les autres en profitent ?

- Pas trop non. Et fais gaffe, un infirmier ça se fait latter aussi bien qu'un guerrier, même mieux.

- Vantard.

- Je te promets que tu si portes la main sur moi, ne serait-ce que pour me prendre la température, tu finis comme patient de ta propre division.

Le jeune homme sourit sans sourciller. Les menaces, il s'en prenait à longueur de journée à force de soigner des grosses brutes, alors trois mots d'un Renji rougissant, ça ne valait rien.

Heureusement pour Renji, ou pour Agido, Ichigo et Rukia choisirent précisément ce moment pour venir voir ce qui se passait là.

- C'est l'infirmerie ?

Renji soupira profondément et Agido lui adressa une rangée de dent tout à fait carnassière.

- Ouais, et j'aimerais bien m'installer tranquillement, l'entrée se fait uniquement sur invitation. Et toi, vice-capitaine Abarai, ne crois pas que tu vas t'en sortir comme ça. À la première blessure, je te jure que tu vas tester ma méthode de soins pour les vilains garçons.

- Sache qu'on ne me blesse pas. Soit on me tue, soit on se fait tuer. Point barre.

Barbare. »

Et ce faisant il repoussa tout ce beau monde hors de la petite pièce. Sans oublier de tripoter allégrement le fessier de son supérieur sous les yeux ébahis d'Ichigo et navrés de Rukia. Le shinigami remplaçant cligna des yeux, se frotta les yeux et ouvrit la bouche. Il se tourna vers Rukia pour lui demander son avis mais elle avait déjà foutu le camp. Finalement, il décida de demander au principal concerné.

« Attends Renji, j'ai rêvé là ?

- Ça dépend, t'as vu quoi ?

- Ce mec te mettre la main au cul.

- Alors t'as pas rêvé, c'est bien arrivé... Reprends ta mâchoire, elle traîne par terre.

- Attends... c'est... heu.. une tradition chez les shinigamis ?

- Non, c'est le signe universel et intemporel pour dire « tu me plais, baisons ».

- Et donc Agido il euh... hem.. les mecs quoi ?

- Agido est une vraie tapette, si c'est ce que tu veux savoir. Et puis c'est un pervers. Les deux faits n'ont pas forcément de rapport l'un avec l'autre. On peut être l'un sans l'autre.

- Ah. Et vous allez baiser comme des lapins dans cette baraque où faut vous trouver un hôtel par cher ? Ironisa Ichigo, qui cachait sa stupéfaction derrière de la mauvaise foi.

- Ni l'un ni l'autre. Je suis en couple et fidèle.

- En couple !

- Ouais.

- Toi ?

- Nan ma sœur ! Oui moi.

- Ta copine doit être complètement cinglée...

Renji haussa un sourcil. S'entendre dire ça quand on a réussi à se taper tout le Seireitei, c'est un peu insultant. Donc il brûlait d'envie de choquer encore un peu plus le jeune puceau qu'il avait sous les yeux.

- C'est un homme.

Ça y est. Les derniers neurones en état de fonctionner chez Ichigo venait de se mettre en grève illimitée sans préavis.

- T'es...

- Nan, moi je suis pluraliste dans mes goûts. J'aime tout.

- Il doit être cinglé, constata simplement Ichigo en essayant d'arrêter d'écarquiller les yeux, ça commençait à lui faire mal.

- Il est complètement fou, mais c'est ce qui le rend si attachant.

Ichigo sentit son esprit partir en lambeaux petit à petit.

- Et vous... enfin... heu.. hem... heu.. tous les deux.

- Oui, nous couchons ensemble. Et il est incroyablement doué, alors que je suis son premier homme.

- Je veux pas le savoir. »

Renji brûlait d'envie de se vanter, imaginant la gueule d'Ichigo s'il lui disait « et devine quoi, c'est Byakuya ! ». Mais bon, il fallait que le jeune humain reste en vie et en état de stabilité mentale le temps de cette mission. Et puis dire au gars qui vivait avec Rukia qu'il était en couple avec Byakuya avait de quoi créer tout un tas de problèmes dont tout le monde se passerait très bien.

Mais qu'est-ce qu'il avait envie de s'en vanter devant tout le monde !

« Arrête de tirer cette gueule, on va croire que je t'ai fait quelque chose.

- Ah ! Mais t'es dég...

- Pas quelque chose dans ce genre-là. T'as l'esprit tordu mon gars.

- Et Rukia elle est au courant ?

Renji toussota pour étouffer un ricanement.

- Nan.

- Ah. »

Sur cette bonne parole, ils rejoignirent les autres dans la vaste pièce principale.

Nous allons placer les deux autres balises aux coordonnées indiquées, explique Kuchiki en montrant la carte de la ville accrochée à un mur et percées de trois punaises blanches. Il y en a une ici et les autres seront placées selon le même angle d'écartement. Les résultats doivent pouvoir nous parvenir dès que les balises seront en place. Renji, tu pars avec Kurosaki, Matsumoto, vous partez avec Sasakibe.

« À vos ordre », firent les deux femmes.

Ichigo n'avait jamais dit « à vos ordre » à qui que ce soit et n'allait pas commencer aujourd'hui. Renji était encore sous le choc de savoir que son capitaine allait rester seul avec Agido, l'allumeur public numéro 1, Ebisu, une cinglée cannibale, et Rukia, sa chère sœur adorée qui gardait obstinément un silence de mauvais augure depuis qu'ils étaient arrivés. Bizarrement, il ne le sentait pas.

En plus, Ichigo allait le regarder bizarrement pendant tout le trajet, maintenant qu'il lui avait dit qu'il couchait avec un homme. Il imaginait sans peine les chemins tortueux de l'imagination du jeune humain.

« Bon, on y va ?

- Ouais.

- T'as la balise ?

- Ouais.

- Tu me tires la gueule Renji ?

- Nan.

- Ah bon.

- Ta gueule et me regarde pas comme ça.

- Je te regarde pas.

- Ouais ouais. »

Byakuya regarda Renji partir sans un regard en arrière. Mais ça c'était normal, il allait revenir rapidement et partait juste pour poser une balise dans un arbre à quelque kilomètres de là. Il allait avec Ichigo Kurosaki, mais ça ce n'était pas important. Il n'y avait pas une chance pour que, coincé comme il était, le jeune humaine accepte de se faire draguer par Renji. D'ailleurs, il n'y avait pas non plus la moindre chance pour que Renji drague quelqu'un alors que lui était là et qu'il gardait un oeil sur lui.

Il laissa la jeune Ebisu faire les derniers réglages des postes de contrôle en suivant la notice, et accrocha le regard de Rukia. Lui aussi avait remarqué que la jeune fille n'avait pas pipé mot depuis leur arrivée. Et il craignait que, quelque part, ce soit de sa faute.

« Rukia, peux-tu me suivre ? »

Elle hocha la tête en lançant un nouveau regard indéchiffrable à son frère. Cela faisait quelques jours qu'elle ne l'avait pas vu et craignait toujours sa réaction.

Byakuya s'assit sur le rebord d'une marche de l'escalier conduisant à l'étage et joint les mains, un peu nerveux.

Docile Rukia se posa à côté de lui et sourit. Lorsqu'elle vivait au manoir Kuchiki ils passaient, malgré tout, pas mal de temps ensemble, lors des repas, le soir sur l'engawa, lorsqu'il pratiquait la calligraphie et qu'elle le regardait faire. Elle songea qu'il devait se sentir bien seul sans elle. Ce qui n'était pas tout à fait faux, mais pas vrai non plus. Il avait trouvé quelqu'un de bien envahissant à s'occuper.

« Tout se passe bien ici ?

Elle hocha la tête.

- Oui. L'adaptation est un peu différente et je dois faire attention à la gestion du shikai, c'est tout.

Byakuya hocha la tête.

- On t'a trouvé une base permanente ?

Rukia mit quelques seconde à comprendre ce qui se cachait derrière une formulation si alambiquée et puis elle se sentit frémir.

- En fait... je suis toujours chez Ichigo.

Un léger tremblement à côté d'elle lui apprit que ce n'était pas vraiment du goût de son frère.

- Mais on m'a aménagé une chambre pour moi toute seule. Je ne suis plus dans le plac... »

Un écriteau clignotant « danger » s'alluma dans sa tête. Ne parle pas du placard !

Et Byakuya serra les poings. Il était au courant de l'histoire du placard et il aurait volontiers torturé à mort Kurosaki pour cela. Mais comme il était civilisé et comme sa chère sœur semblait trouver quelque amitié à ce garçon, il n'en ferait rien.

« Rukia.

- Oui ?

- Ces derniers temps ont été riches de changements pour moi.

- Je comprends.

Byakuya tressaillit. Il aurait voulu pouvoir balayer d'un geste la culpabilité qui perçait dans la voix de sa sœur. Il aurait voulu pouvoir lui dire qu'elle n'avait rien à se reprocher, que lui ne lui reprochait rien.

- Je voulais juste que tu saches que tu es toujours chez toi à la maison. Aussi... insignifiant que cela puisse te paraître, tu as ta place parmi les Kuchiki.

La jeune femme redressa la tête pour voir le regard de son frère, mais il gardait les yeux fermés, comme si la voir lui était trop douloureux.

- Même... même si beaucoup de choses changes, des choses que tu ne comprends pas, ou n'acceptes pas, tu es chez toi. Cette maison est la tienne.

Subitement prise d'une inquiétude teintée de panique, Rukia se redressa et attrapa Byakuya par le bras.

- Mon frère, que se passe-t-il ? Que s'est-il passé ? Pourquoi me dire cela maintenant ?

Prit d'un élan incontrôlable, Byakuya attrapa à son tour sa sœur par le bras et la serra contre lui, effrayé de tant de proximité.

- N'oublie pas que tu es Rukia Kuchiki et que je... tu comptes beaucoup pour moi.

Émue à un point qu'elle ne pensait pas imaginable, Rukia se mordit violemment la lèvre pour ne pas pleurer et répondit à l'étreinte maladroite de son frère.

Peu importe ce qui s'était passé, ou la raison de ce soudain débordement d'affection, mais cela était rare. C'était la première fois qu'elle se sentait vraiment voulue dans cette famille qui avait rejeté sa sœur. C'était la première fois qu'elle voyait en Byakuya Kuchiki un frère.

- Oui », fut tout ce qu'elle parvint à articuler.

Ils se séparèrent en entendant les pas des autres shinigamis dans le couloir. Byakuya se releva et tendit la main à sa sœur qui se releva à son tour et, un sourire flottant sur ses lèvres, elle reprit le cours de sa mission avec une joie nouvelle au cœur.

Une fois que les quatre shinigamis partis furent de retour, ils commencèrent la veille des écrans de contrôle à la recherche de la moindre vague d'énergie spirituelle inhabituelle, chacun espérant que la méthode de recherche de la douzième soit efficace.

Finalement Ichigo et Rukia rentrèrent chez eux, saluant tout le monde, et assurant qu'ils reviendraient à la moindre alerte. Mais Ichigo devait retourner au collège et Rukia devait se reposer, c'était le prix à payer pour un shinigami qui reste trop longtemps dans le monde des vivants.

Une longue journée s'écoula sans qu'une trace des créatures ne soit détectée et la tension commençait à monter. Ils se relayaient régulièrement, mais l'inaction liée à l'attente rendait la surveillance difficile. Ils repartirent vérifier l'état de fonctionnement des balises une fois, moins par souci d'une défaillance technique que pour se changer les idées. Et lorsque Rangiku arriva pour prendre son tour de surveillance, Renji fut presque déçu de devoir retourner à la sieste.

Toujours rien ?

Calme plat. C'est à se demander si ces bêbêtes vont pointer le bout du nez à nouveau.

Arrête, on serait bien malin de patienter là une semaine.

Bon, ben bonne veille. Moi je vais admirer le paysage.

Wouah ! Te fatigue pas trop !

Mauvaise langue.

Sur cet échange fleuri, Renji monta à l'étage. La maison était constituée d'un rez-de-chaussée, d'un étage et d'un grenier qui donnait sur le toit. Et c'était là qu'il allait. En fait, il allait trouver une personne en particulier. Agido.

Non, franchement, vous y avez cru ? C'est ce brave Byakuya qu'il allait asticoter et câliner, parce que, pour de vrai, il l'avait un peu snober toute la journée, mais faut dire aussi qu'il ne savait pas trop comment agir maintenant que son amant connaissait la triste vérité sur lui. Qu'il sautait sur tout ce qui bouge.

Le grenier n'avait rien d'un vieux grenier poussiéreux. Il était recouvert de tatamis à l'ancienne et chaque mur sous la toiture était ornée d'un œil de bœuf par lequel on voyait le ciel. La toiture elle-même était ouverte par une large fenêtre au-dessus de laquelle se balançaient les branches grands pins parasols.

La lumière chaude d'un après-midi d'été se répandait dans la pièce et illuminait la silhouette gracile du capitaine, assis contre un mur, les jambes étendues.

Renji entra sans dire un mot et doucement, s'étendit à côté de son capitaine et murmura

« Bonsoir. »

Ce n'était pas le soir, mais Byakuya hocha la tête et tira sur son haori pour pas qu'il se mette dessus.

Renji s'installa plus confortablement et se décala. Rien qu'à voir les jambes étendues de son capitaine, il en avait envie. Mais il fallait oser. La pensée claire et nette que tout tenait dans ce mot, « oser », le transperça. Depuis le début, ils devaient oser. Oser se regarder, se parler, oser la sincérité, oser s'aimer, et ils luttaient contre leur envie d'oser. Oser, c'est payant. Alors il posa timidement sa tête sur les longues jambes de Byakuya, recroquevillé contre lui. Et ferma les yeux, apaisé.

Le capitaine avait eut un moment de surprise en sentant le contact chaud sur ses cuisses, et finalement, il esquissa un sourire et laissa Renji s'installer confortablement contre lui.

« Renji, tu m'évites un peu non ?

Renji eut un pauvre sourire.

- Difficile de le cacher. J'ai peur de me trahir avec un regard trop insistant. C'est tout.

- Ah.

- On pourrait trouver... un endroit tranquille... pour hem... pour cette nuit.

Byakuya eut l'air parfaitement choqué.

- Nous sommes en mission.

- Et alors ?

- Alors cela attendra.

- La fin de la mission ?

- Tout à fait. il faut garder l'esprit clair et toutes nos forces pour le passage aux enfers.

- Mais... ça peut donner un peu de courage.

Byakuya malgré lui, glissa une main dans la tignasse rouge, toujours aussi indigné par la fascination que cette chevelure exerçait sur lui.

- Bien des choses donnent du courage.

Renji hocha la tête et se serra plus encore contre les jambes de Byakuya.

- Qu'est-ce qui... pourrait... plus que...

Renji inspira profondément et pria de toutes ses forces pour que la mission prenne fin la nuit même.

Byakuya caressait distraitement le crâne de son vice-capitaine qui commençait doucement à somnoler.

- Là. Ne retrouves-tu pas courage ?

- Si mais pas autant.

Le capitaine sentit son cœur manquer un battement serait-il possible que...

- Et si je te refuse cela, iras-tu te consoler chez l'un ou l'autre de nos compagnons ?

Renji attrapa la main qui courait dans ses cheveux et la serra avec avidité.

- Mais non. Je suis fidèle. Il faut me croire quand je dis ça. »

Un long moment passa ainsi, dans la lueur dorée de l'été. À travers les petites fenêtres le soleil dardait ses rayons, éclairant des volutes de poussière qui s'élevaient dans l'air chaud. Dans ce grenier abandonné, aucun bruit ne parvenait, seul le chant d'un merle un peu bavard perlait depuis le vaste pin qui couvrait la maison de son ombre protectrice. Un souffle d'air par moment, soulevait les mèches sombres du capitaine et gonflait leurs vêtements, mais sans rafraichir l'atmosphère.

Ils auraient eu beaucoup à se dire, à penser, à demander, et pourtant seul le silence semblait leur apporter le contentement et la paix. Jusqu'au moment où Byakuya osa, à son tour, et demanda d'une voix bien moins assurée que la première fois.

« Renji, m'aimes-tu ?

Le chant du merle cessa et le vent tomba, laissant le silence et le soleil entendre les six mots franchir ses lèvres, réponse basse mais ferme, assurée, une réponse qui ressemblait à une promesse. Et à nouveau le grenier fut baigné de la lumière resplendissante de l'été.

- Je t'aime, tu le sais. »

A suivre...


Dans le prochain épisode (c'est-à-dire le 5 décembre si, par miracle, on arrive à tenir nos délais)

« Que fais-tu ? Tu vas mourir !

- Nan je vais le sauver.

- Il ne voudrait pas que tu meures si bêtement, réfléchis un peu à la division ! Que feront-ils sans vous deux ?

- Lâche-moi les couilles, j'm'en fous de la division ! Moi je ne peux rien sans lui, alors je vais le sauver. »