Comment ça, y'a plus de disclaimer ? Mais c'est bon, y'a 20 chapitres avec le disclaimer, bordel.
NA : pour ceux que l'invasion du grec hérisse... mais allez vous faire foutre ! Tite Kubo nous abreuve d'espagnol, je vois pas pourquoi on ne pourrait pas caser du grec ici ou là.
NA2 : ceci est en fait la partie 3/4 du chapitre concerné. Ouais, on est comme ça chez nous, quand on aime on compte pas.
NA3 : Alors... hemm... comment dire... y'en a un qui va prendre sévère dans ce chapitre. Et ce sera votre faute, chers lecteurs... parce qu'il faut pas nous demander de ne pas faire de mal à un perso, on a trop l'esprit de contradiction pour vous obéir.
QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !
Le devoir (fin)
« Pose seulement la main sur lui, au souvenir de la lutte, tu ne recommenceras plus »
Jb. XL, 32
Sasakibe serra le poing autour de la garde de son zanpakuto. Rien de bon vraiment.
Le haut du kosode de Renji était tombé sur sa taille, et son shitagi béait sur son torse nu. Même du promontoire où elle se trouvait, Sasakibe pouvait voir les muscles tendus et tremblant du vice-capitaine, sa poitrine qui se soulevait de manière erratique, comme s'il avait du mal à reprendre son souffle.
Et puis elle plissa les yeux pour apercevoir le visage de Renji.
Défiguré par la douleur, il luttait au mieux pour ne pas hurler, les mâchoires serrées, les yeux exorbités et les lèvres réduites à un trait pâle qui barrait son visage.
Autour de lui, le serpentement des longs rubans bleus ne laissait place à aucun doute sur ce qui lui arrivait.
La jeune femme réfléchit à toute vitesse. Renji était apparemment seul au milieu des êtres de l'Enfer. Kurosaki n'était pas avec lui. Il s'était fait capturé ? Retrouvé par Enosi-Kto ? Ou alors ils n'avaient jamais vraiment pu quitter le dédale de roche ? Ou alors il était retourné de son propre chef ? Avait-il pu prévenir le capitaine Kuchiki de ce qui les menaçait en restant dans ce monde ? Les autres étaient-ils en sécurité ? Elle inspira profondément et chassa les questions auxquelles elle ne pouvait pas avoir de réponse tout de suite, pour se concentrer sur ce qui était possible de faire à l'instant.
Un rire guttural s'éleva de la pièce.
« Tu te défends bien shinigami. Mais tu ne pourras pas le faire très longtemps. Votre forme de vie est basée sur l'énergie spirituelle, tu ne pourras pas contenir la tienne très longtemps. »
Elle contempla avec horreur le chef des êtres des Enfers s'approcher de l'officier et lui attraper le menton de sa main.
« Tu ne dis rien ? Tu as trop peur d'ouvrir la bouche encore ? Dommage. »
Sasakibe perçut un léger mouvement sous le hakama de Renji et le vit se tordre de douleur, en cherchant à échapper aux tentacules bleutés dont Sasakibe ne voulait même pas imaginer ce qu'elles faisaient pour causer une telle douleur à son ancien collègue.
« Sasakibe sempaï... qu'est-ce qui se passe ? »
Ebisu s'était penchés sur l'épaule de sa supérieure et cherchait également à voir ce que faisait Renji.
Ce dernier semblait actuellement lutter de toute ses forces contre un ennemi invisible, le corps tout entier secoué de spasmes et de tremblements incontrôlables. Sa tête rejetée en arrière semblait sans vie, ses longs cheveux rouge, lâchés, emmêlés, tombaient en désordre sur ses épaules.
« Vice-capitaine... murmura Ebi d'une voix blanche. »
Sasakibe sentit brutalement une pression spirituelle nouvelle. Abarai... il avait retenu son reiatsu tout ce temps ? Pourquoi retient-il son reiatsu ? C'est parce que la matière bleue l'absorbe ? Que...
Un nouveau mouvement bien plus visible secoua le hakama du shinigami qui tressaillit à nouveau, et tenta de se dégager de la prise des tentacules bleus en reculant.
« Inutile de te débattre... l'effet n'en sera que plus douloureux.
Le ton rauque d'Enosi-Kto se doublait d'un ricanement rauque qui eut le don de hérisser les deux jeunes femmes.
- Ne te débats pas... laisse ton énergie couler hors de toi... laisse-toi dominer... ne résiste pas.
Sasakibe fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'Enosi-Kto tentait de faire ? Le forcer à libérer son énergie spirituelle, pourquoi faire ? Elle se souvint de la douleur qu'elle avait ressenti, les mains entravées par les filaments bleus, et frissonna. Ne pas libérer son énergie spirituelle devait être un véritable calvaire pour Renji, empêtré comme il l'était par un véritable filet de cette choses bleu.
À côté d'elle Ebisu bouillonnait, la main déjà à son sabre, prête à exploser le mur pour bondir au secours du vice-capitaine. Elle jeta un coup d'œil sur elle.
« Sasakibe Sempaï ? On y va ?
Sasakibe secoua la tête en serrant les poings.
- Pas encore. Tant qu'Abarai est vivant, on ne s'interpose pas.
- Quoi ?
- J'ai pas dit qu'on attendait qu'il meurt, mais pour l'instant, il est conscient et il rassemble son énergie.
- Sempaï... »
Sasakibe sentit un long frisson lui courir le long du dos. Si Enosi-Kto avait pu mettre la main sur Renij aussi facilement, alors elles n'avaient pas une seule chance de le vaincre. Même à deux. Elle connaissait assez bien Abarai pour savoir quelle était la différence de niveau entre eux. Le plus sage était d'attendre et de comprendre la situation pour pouvoir réagir.
Renji sentit sa détermination fléchir, son volonté se diluer dans les vagues toujours plus fortes de douleur qui lui remontaient du creux des reins jusqu'au crâne et lui vrillait le cerveau. Des larmes s'échappèrent malgré lui, traçant sur son visage deux sillons humides.
Bordel...
Il comprenait maintenant que la seule solution c'était de tuer Enosi-Kto. Il avait pensé que sa résistance découragerait son bourreau, mais au contraire, ses rares moments de faiblesse attisaient encore plus sa perversion. Pour l'avoir à l'usure, il aurait dû rester parfaitement impassible et retenir au maximum son reiatsu, mais ça, Renji ne savait pas le faire. C'est pas le genre de choses qu'on lui avait appris à l'académie. Je suis pas Byakuya moi. Le problème c'est que tuer Enosi-Kto risquait de foutre un beau bordel dans ce monde. Et déjà que sans ça c'était un merdier de première ! Garantie, mon cul ! Quand on laisse un otage, on lui permet de tuer en cas de torture... et si ça c'est pas de la torture, c'est que je m'y connais mal.
Il étouffa un nouveau hurlement de douleur en sentant la morsure des tentacules bleus l'envahir. Saloperie... saloperie de pervers...Il serra ses doigts engourdis par la douleur autour de la poignée de son sabre. Bien sûr qu'il savait qu'il allait faire une connerie... bien sûr. Mais entre nous, qui est-ce qui est capable de renoncer lorsqu'une connerie est trop tentante pour lui résister ? Personne, et certainement pas Renji.
Il inspira profondément pour réunir son énergie qui ruisselait autour de lui comme la pluie sur une roche. Ses mâchoires se crispèrent, son souffle se fit plus profond à mesure qu'il laissait la pression monter en lui.
Enosi-Kto dont les yeux étaient fermement plantés face à ceux de son otage, sentit venir la tempête une fraction de seconde avant qu'elle s'abatte sur lui. Les pupilles dilatées, les yeux de Renji s'assombrirent subitement, puisant tout ce qu'il peut y avoir de meurtrier en lui, et sous cette ombre mortelle, l'être des Enfers fléchit sa prise quelques dixième de secondes. Pas longtemps, mais bien assez pour que le shinigami lève son bras, l'abatte de toutes ses forces devant lui en hurlant le nom de son zanpakuto. L'arme se déploya et vint frapper Enosi-Kto en pleine poitrine, le repoussant contre un mur qui s'effrita sous le choc. Exalté par le goût ferreux du sang dans sa bouche, Renji ramena Zabimaru à lui et se retourna, en garde haute, avant de balayer de la même façon les sbires du chef des êtres de l'Enfer. L'énergie se déversa d'un seul sur eux, frappant quelques uns à mort, laissant les autres recroquevillés sur le sol, hurlant de terreur.
Marquant une nouvelle pause, Renji rassembla son énergie et se concentra pour libérer son zanpakuto. Ihio Zabimaru se déploya dans sa mortelle majesté dans la caverne, emportant des pans entiers de roche, faisant éclater la muraille au moindre contact avec ses os.
Au bout de quelques longues secondes de ce déchaînement de violence, Renji ramena Zabimaru à son shikai, tout en se tenant près à l'utiliser. Il inspira profondément et réalisa qu'une partie de la douleur avait disparue. Un rapide regard à ses pieds lui appris que les filaments bleus étaient retombé dans leur atrophie initiale.
C'était Enosi-Kto qui les dirigeait. Ils n'ont pas de vie propre.
Et cette idée le rassura. Il pouvait maîtriser les êtres des Enfers, et n'avait rien à craindre d'une matière inerte, aussi nocive soit-elle. Il fit quelques pas pour attraper son bourreau par le cou et amena son visage près du sien.
« Oh ! »
L'être souffrait manifestement mais un sourire dément barrait son visage. Bien loin de son air sévère lors de leurs première rencontre, il arborait une expression de folie furieuse. Ses mains se tendaient dans une faible tentative d'atteindre le visage de Renji.
« Enosi-Kto ! Tu m'entends ? »
Aucune réponse ne vint si ce n'est la sensation minérale des doigts de l'être des Enfers posés faiblement sur la clavicule de Renji. Le simple contact lui arracha un frisson d'appréhension, et il repoussa Enosi-Kto. Qui sait ce que ce malade est capable de me faire si je lui en laisse la possibilité...Il le laissa retomber brutalement sur le sol dans un bruit de vaisselle cassée. Autour de lui, la carnage était indéniable : les hommes des Enfers étaient prostrés sur le sol, écrasés par l'énergie déployée. Certains étaient indéniablement morts, et se diluaient dans un suintement bleuté aspiré par le sol.
Renji eut un haut le cœur en réalisant qu'ils retournaient former cette matière bleue et, par réflexe, vérifia à ses pieds s'il n'y avait plus une trace de cette saleté.
Un mouvement souple au-dessus de lui attira son attention et il vit une silhouette noire tomber du plafond. À terre, il y avait une espèce de tas informe sur lequel atterrit la silhouette, et puis une seconde sauta à son tour.
Une bouffée de gratitude l'envahit lorsqu'il reconnut ses deux équipières.
« Sasakibe, Ebi !
- Aïe ! Je me suis reçue sur le vieux. Il est tout dur.
- Dur comme 'd bois ma belle, marmonna ce qui semblait être un tas informe et qui, bien entendu, n'en était pas un.
- Qu'est-ce que vous faites là ? Ebi tu as... ?
- Elle nous a retrouvé, et moi je me suis retrouvée avec ce vieux. C'est quoi ce bordel, Abaraï ?
- Hein ?
Sasakibe inspira profondément et désigna d'un geste du bras les corps éparpillés dont certains commençaient à se relever faiblement. Sous son regard noir, Renji sentit l'accusation muette de sa collègue.
- Heu... mais ils sont pas tous morts ! Tiens, regarde, y'en a qui commencent à se relever faiblement.
- Pas besoin de répéter la narration, Renji, tu viens de faire un massacre.
Le poing serré, le vice-capitaine évacua le reproche d'un revers de main.
- C'est pas comme si j'avais eu le choix.
- Mais quand même...
Ebisu, de son côté, scrutait avec attention la manière dont les corps devenaient de la matière bleu. Rapidement, elle finit par saisir le fond de la question.
- C'est pour ça que c'est dégeu, c'est des âmes détruites.
- Qu'ess tu dis ?
- Le vieux, ça c'est du... comme du vomis d'âme en fait. C'est de l'âme digérée et recrachée.
- Ebisu ?
- Ça va Renji. Je ne vous en veux pas de m'avoir forcée à en manger.
- C'est pas ça. C'est qui ce gars ?
- Ben, c'est le vieux qu'Eperkomai devait nous montrer.
- Eperkomai ?
Sasakibe fila sans hésitation un coup de coude dans le crâne de son ancien officier. Ça ne lui remettrait pas en place les rares neurones en état de fonctionnement, au contraire, ça en détruirait le peu qui lui restait. Mais elle, ça lui ferait du bien. D'ailleurs, ça lui fit tellement de bien qu'elle remit ça une nouvelle fois.
- T'as la mémoire d'un poisson rouge.
- Et toi la délicatesse d'une femme, une vraie.
Et comme le sarcasme chez Renji, ça se termine toujours à plat, Sasakibe rétorqua simplement.
- Je ne suis pas une femme, je suis un shinigami. »
Eperkomai bondit au milieu du tas des victimes de Renji sans accorder un seul regard aux shinigamis. Et puis elle se faufila jusqu'à Enosi-Kto sans que quiconque puisse faire un geste pour l'arrêter.
« Maître !
- Y s'fait app'ler mait' maint'nant cui'là ?
La créature des Enfers s'agenouilla à côté d'Enosi-Kto encore sous le choc, et le redressa dans ses bras.
- Ah ouais, d'accord. Eperkomai de tout à l'heure.
- Oui.
- Qu'est-ce qui s'est passé Sasakibe ?
- Je peux te retourner la question.
Alors se faire envoyer paître une fois ça va, deux fois ça peut encore passer, mais trois, pas question. Surtout que quand on vient de se faire torturer par un maniaque, on n'a pas trop le sens de l'humour sur « on ».
- Saori Sasakibe, réponds à tes supérieurs quand ils te posent une question.
La jeune femme sursauta, prise au dépourvu par le ton employé. Un ton autoritaire, puissant, volontaire. Pas le genre de ton qui laisse place à la réplique. Et pas non plus le genre de ton auquel Renji l'avait habituée. Et malgré sa colère contre la bêtise du vice-capitaine, elle ne put s'empêcher de répondre.
- Eperkomai m'a menée à ce vieux, Ebisu était déjà arrivée là. On est arrivé ici dans les parois rocheuses.
- C'est sûr, c'est tout de suite plus clair comme ça.
- Et toi, raconte.
Et Renji raconta par le menu ce qu'il avait compris (en gros quoi), tout en surveillant du coin de l'œil Enosi-Kto qui se relevait doucement, aidé par Eperkomai.
- Attends un peu, fit Sasakibe en entendant ce que son supérieur avait à lui dire. C'est exactement...
- Quoi ?
- Les cavernes qui se développent, la matière bleue... et l'accumulation d'énergie qui distord les limites de ce monde.
- Ouais ?
- C'est ça le nœud du problème. Les cavernes s'auto-créent, en créant un lieu favorable à la survie de ces êtres.
Renji hocha la tête, suivant pas à pas les pensées de la jeune femme.
- Et dans quelques années, l'Enfer ne sera qu'une immense caverne peuplée de simili squelettes.
- Quelqu' mois mon gars.
Gerontos se tenait devant Renji et secouait la tête avec une espèce de fatalisme qui n'augurait rien de bon.
- Ça va vit'
- Ah ouais ? Vite comment ?
- Vite com' tu s'ras bientôt crevé si t'rest' ici encore longtemps.
- Merci, ça je le sais. Mais pour les Enfers, vite comment ?
- Vit' com' je s'rais pas 'core mort. Et pis j'risqu' pus d'mourir si tout est en dur.
Avec un rire sinistre, il fila un coup de pied au morceau de roche qui reposait sur le sol.
- D'accord... murmura Renji avec appréhension.
Le tableau se déroulait devant lui avec son sinistre cortège de calamités. Un monde rocheux et aride mais surpeuplés de créatures faibles et malfaisantes qui renonçaient à leur âme pour survivre. Un monde qui se déchirait et envahissait progressivement celui des humains, et qui sait, un jour, le Seireitei. Un monde qu'il ne pouvait pas se permettre de laisser exister.
- Hey, le vieux.
- Ouais ?
- Combien de temps il a fallu pour que ces cavernes se créent ?
- Ché pas... Mais... elle ont grandi pas mal à un moment où y'avait pu d'âmes nouvelles.
- Un moment où...
Renji se força à réfléchir. Un moment où les âmes n'étaient plus envoyées régulièrement en Enfers... cela devait correspondre à une baisse de l'activité des shinigamis... un moment où ils intervenaient moins sur terre...
- La guerre contre Aizen, murmura Sasakibe, c'était peut-être là. Toutes nos forces étaient concentrées sur cela.
Renji inspira profondément. En un sens, c'était de leur responsabilité. S'ils n'effectuaient plus leur tâche de shinigamis, le fragile équilibre de l'énergie spirituelle de leur univers s'en trouvait modifié en profondeur. D'ailleurs, ce n'était peut-être pas la première fois que cela arrivait. Mais c'était la première fois où cela pouvait les toucher, jamais leurs relations avec le monde des humains n'avaient été si étroites, et pour la première fois depuis des dizaines de siècles, des shinigamis avaient pénétré en Enfer.
- Ce n'est pas notre faute, Renji, commença Sasakibe.
D'un geste de la main qui surprit à nouveau la jeune femme par son autorité, il la fit taire et reprit.
- C'est notre faute si nous ne faisons rien pour rétablir la situation.
- Renji...
En quelques pas, il fut face à Enosi-Kto et le défiait du regard. Ce dernier eut d'abord une lueur d'envie au fond des yeux avant de voir le silhouette rabougrie du vieux derrière lui. Un éclat rageur luit dans son regard.
- Gerontos...
- S'lut gamin.
- Que leur as-tu dit ?
- Faudrait savoir, tu nous envoie à ce type et puis tu lui reproches de nous dire ce qu'il sait.
- Heu... Renji, je pense qu'on n'était pas censé apprendre quoique ce soit de Gerontos.
- Ce vieux fou n'est fou que quand ça l'arrange, maugréa Enosi-Kto qui venait de découvrir l'horrible vérité sur les vieux croulants quelque soit leur univers d'origine : ils ont pour seule occupation dans la vie que faire chier le monde entier.
- Enosi-Kto, je ne sais pas si tu avais des projets d'avenir, mais il va falloir faire sans ces cavernes, reprit Renji, bien décidé à aller au bout de son idée.
- Tu ne sais pas ce que tu fais, shinigami...
Ce qui, il faut bien le dire, n'était pas tout à fait faux, mais Renji se fichait comme de sa première tongue de savoir ce qu'il faisait. Il n'avait pas besoin de tout connaître pour agir correctement. Il devait juste avoir la certitude qu'il ne pouvait pas rendre la situation pire qu'elle ne l'était actuellement.
- Je sais que tu as encore du soucis à te faire, tu vas devoir te trouver une autre planque.
- Tu ne peux pas faire ça... siffla l'être des Enfers avec hargne.
- Je vais me gêner !
- Abaraï... cela dépasse ce que...
- Silence, Sasakibe.
La jeune femme déglutit. À nouveau cette impression oppressante de ne pas pouvoir désobéir à une ordre. Quand est-ce que ça a changé ? Quand est-ce qu'il est devenu un véritable... un vice-capitaine ? Quelque chose lui serra le bras et Sasakibe se tourna pour découvrir une Ebisu pâle et muette.
- Ebi... ?
- Vice-capitaine, on ne peut pas tout détruire, fit cette dernière d'une toute petite voix.
- Non !
C'était un cri cette fois, et c'était Eperkomai qui l'avait poussé.
- Vous ne pouvez pas faire ça !
Renji toisa la créature sans hésiter. Il savait ce qu'elle allait dire mais rien en lui n'arrivait à s'émouvoir de cela. Comme si tout sens d'empathie l'avait déserté pour ne laisser place qu'à un devoir à accomplir froidement.
- Nous vivons ici, la plupart d'entre nous ne peut vivre que dans ces cavernes.
Il inspira profondément, absorbé par cette étrange sensation de détachement. Il n'arrivait pas à compatir à ce qu'elle lui disait, il ne ressentait qu'un vide immense en songeant à la vie des centaines de créatures des Enfers dont le sort dépendait de leur capacité à se protéger de ce monde qui les détruisait petit à petit.
Doucement, Ebisu passa devant Eperkomai et lui répondit avec la même conviction.
- Mais votre surnombre met ce monde en danger, et pas seulement ce monde.
Un contact chaud sur son épaule lui rappela que la température était exceptionnellement froide pour eux. Et, levant la tête, elle vit l'air soucieux du vice-capitaine et sa main posée sur son épaule.
- C'est ce qu'ils veulent, Ebisu, pas besoin de leur dire, ils le savent.
Et se retournant vers le chef, il reprit.
- N'est-ce pas ? Nous vous avons appris que vous étiez en train d'envahir le monde des vivants et vous y avez vu une opportunité.
Le ricanement sinistre de Gerontos s'éleva et de sa voix gutturale, il confirma ce terrible soupçon.
- Pour sûr. 'Sont points les premiers à y penser. C't'une vieille histoire ça.
- Et ben je vais leur passer l'envie de refaire ce genre de conneries, moi.
Et, d'un shunpo magistralement réussi, parfaite copie de ceux de Byakuya, il passa derrière Enosi-Kto, et lui tordit le bras de telle manière qu'il ne puisse pas se défaire sa prise, libérant en même temps autant d'énergie spirituelle qu'il pouvait sans le tuer.
- On va faire une petite balade. Eperkomai, guides nous hors de ces grottes. Et rapidement, sinon ton patron y passe.
- Tu n'oserais pas, shinigami...
- Je crois que je l'ai déjà dit mais bon : je vais pas me gêner.
Furieuse mais incapable de lutter contre l'aura destructrice qui l'étouffait presque, Epekomai s'exécuta et en quelques minutes de marche dans les souterrains, ils se trouvèrent au bord d'une des grottes, entourés des murs bleus.
- Abarai, tu vas vraiment tout détruire ? Murmura Sasakibe, l'air sombre.
- On n'a pas vraiment pas le choix.
- Il doit y avoir une autre solution.
- Laquelle ?
- Je ne sais pas. Attendons au moins que le capitaine Kuchiki revienne et...
Renji s'emporta, balayant l'objection d'un revers de main.
- Et tu crois que je ne le connais pas assez bien pour savoir ce qu'il décidera ?
- Renji... »
Les deux femmes shinigamis dévisagèrent l'officier, lisant chacune ce mélange de colère, de tristesse et de fierté outragée qu'il leur présentait.
Renji se sentait déchiré. Il savait parfaitement ce qu'aurait fait Byakuya, il s'apprêtait à le faire. Il savait que c'était la meilleure solution, que c'était la seule, aussi radicale soit-elle, qui vaille la peine de risquer un désastre.
Car cela pouvait être un désastre. Il ne savait pas quel pouvait être l'effet de ce qu'il s'apprêtait à faire sur le reste des Enfers. Pourraient-ils repartir ensuite ? Se feraient-ils attaqués par la matière bleu ? S'il détruisait les grottes, son énergie ne serait-elle pas aspirée par cette matière en même temps ? Et si cela arriverait, comment ferait-il pour expliquer à son capitaine qu'il était incapable de rentrer en vie ? Si je disparais ici... ça va pas le faire du tout. Mais je vais quand même pas demander à une des filles de s'en occuper. Déjà qu'elles aimeraient bien m'en empêcher si elles le pouvait.
Un bruit de course retentit derrière lui alors qu'il tentait de se sortir toutes ces idées noires de la tête.
« Renji !
Il se retourna vivement pour voir Matsumoto qui courait vers eux, les bras chargée de...
Qu'est-ce qu'elle nous ramène elle encore...
- Rangiku, t'étais pas censée rester avec Exantlès.
- Ça a mal tourné, fit la jeune femme, essoufflée.
Elle rejoignit le petit groupe, découvrant ce qu'elle avait dans les bras. Ou plutôt, qui elle avait dans les bras.
- C'est quoi ?
- C'est Epothis.
- Et tu te le trimbales par instinct maternel ?
- Crétin. C'est spécial.
- C'qui c'péquneaud ?
- Un ami. Reste là où tu es, Epothis.
- Pas d'problème fit la petite créature confortablement installée sur l'opulente poitrine de la vice-capitaine.
- Qu'est-ce qui t'es arrivé Renji ? Y'a eu des problèmes ?
Renji rougit à l'idée de l'image qu'il devait donner, à moitié déshabillé et les cheveux lâché, pas très net tout ça.
- Notre ami Enosi-Kto a pété les plombs.
- Et Renji aussi, par la même occasion.
- Sasakibe ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Il veut détruire les grottes.
- Ah.
- Qui permettent la survie d'une partie de la population locale.
- Oh.
Rangiku lança un regard choqué à son collègue.
- Tu me feras pas pleurer sur le sort de ces braves gens, Saori.
- Ils vont disparaître si nous faisons ça.
- Vous ne ferez pas cela... grogna Enosi-Kto en se rapprochant dangereusement du petit groupe, les lèvres retroussées dans un rictus menaçant.
- Ebi, déploie ton reiatsu.
- Hein ?
- Fais ce que je te dis, ça le tiendra à carreaux.
Et effectivement, Enosi-Kto fléchit sous la pression, non sans émettre un petit couinement de joie qui fila un frisson à tous les shinigamis présents. Instinctivement, Ebisu se tourna vers Renji qui serra le poing. Dire que ce malade avait été jusqu'à le torturer juste pour se prendre un peu de reiatsu dans la tronche. Fallait être sérieusement atteint.
- Tordu, maugréa-t-il à mi-voix.
- Faut pas croir' ça, mon gars.
- Hein ?
- L'est com' nous touss. Y aim' ça.
- Vous voulez dire que tout le monde ici est un peu maso ?
- C'est l'goût d'la vie. On peut point l'oublier. On l'aim', mais ça nous tue.
- Alors Enosi-Kto...
- Ouais mais lui en pus c't'un pervers.
- Ah d'accord, je comprend mieux.
- Désolée d'interrompre votre petite causerie les garçons mais... Renji tu envisages sérieusement de détruire ces grottes ?
- Ouais, Rangiku, c'est parce que ces grottes leur permet de survivre que l'énergie ici est mal canalisée.
- Je veux bien te croire, mais nous ne pouvons pas interférer comme ça dans l'existence de ce monde. Pas à une telle échelle, c'est...
- Attends un peu, l'interrompit le vice-capitaine qui commençait sérieusement à en avoir ras le bandeau des objections de bonnes femmes. Rappelle-moi pourquoi on est venu ici en premier lieu ?
Matsumoto rosit légèrement.
- D'accord, on est venu trouver une solution au problème des créatures qui sortaient des Enfers, mais il y a forcément une autre option.
- Pourquoi ? Tu as appris quelque chose de nouveau chez l'autre chef ?
- Nan mais... je pense que nous devons attendre.
- Attendre ? Quoi ? Que la solution nous tombe du ciel ?
La jeune femme lui adressa un regard mauvais. Et elle vit du coin de l'œil Sasakibe dévisager Renji avec stupeur.
La flamboyante rousse haussa les épaules. Quoi ? Elle n'avait pas encore remarqué que Renji aussi était capable de se la jouer petit chef ? Bien sûr ça ne lui arrivait pas tous les jours. En fait, elle avait déjà vu que, parmi les vice-capitaines qui possédaient véritablement cette autorité naturelle, il était celui qui en faisait le moins usage. Et pourtant, songea-t-elle en croisant le regard sévère et décidé de son collègue, cette autorité lui va diablement bien. À cause de cet air, le moindre de ses arguments lui semblait faible et inutile.
- Oui. Il faut.. enfin, on ne peut pas décider pour ce monde, on ne peut pas décider à leur place de ce que sera leur sort. Si nous détruisons ces grottes, ils mourront tous... enfin, ils disparaîtront.
- Mais c'est notre raison d'être, Rangiku. Nous sommes des shinigamis. Nous guidons les âmes des morts vertueux au Seireitei où ils vivront pour ensuite nourrir la vie sur terre. Et les âmes des criminels, vont en Enfer, et payent pour leurs crimes.
- Renji... fit-elle faiblement.
- Ce n'est pas de la cruauté, c'est la justice. Il y a un châtiment pour chaque peine, il n'y a de rédemption que pour ceux qui en veulent. »
Inspirant profondément, le vice-capitaine défiait du regard son amie de le contredire. Pour une fois qu'il était vraiment sûr de ce qu'il faisait, et vraiment sûr de faire ce qu'il fallait. Pour une fois qu'il n'avait aucun doute et qu'il se passerait de l'aide de tous les autres. Pour une fois, réalisa-t-il, qu'il décidait. Brutalement, il décida de changer de tactique et il se tourna vers les êtres des Enfers.
« Eperkomai, qu'avez-vous fait dans votre vie humaine pour être là ?
Elle garda le silence, fixant obstinément Renji d'un regard haineux.
Répondez, fit Renji plus fort, d'un ton qui n'admettait ni réplique ni désobéissance, prenant au dépourvu tout le monde.
- J'ai tué... mon fils et mon mari.
- Pourquoi ?
Elle ferma les yeux, et dans un silence pesant, tous attendirent sa réponse.
- Pour refaire ma vie avec un autre homme.
- Avez-vous déjà eu des remords, des regrets ?
- Non. Je déteste ce que j'ai fait, mais si c'était à refaire, je le referai. Ce que j'y ai gagné était tellement meilleur.
Le ton de Renji resta dur et cassant, imperméable à la douceur de celle d'Eperkomai à l'évocation de ces souvenirs.
- Quel est cet homme avec qui vous avez refait votre vie ?
- Il était plus jeune, plus aventureux, très riche, un merveilleux amant. Et il n'avait aucune limite, aucune entrave. Nous étions des amants fous et libres.
- Êtes-vous restée longtemps avec lui ?
- Non, bien sûr. Il m'a quittée au bout de quelques mois de folle escapade.
- De quoi êtes-vous morte.
- Je me suis tuée. J'avais trop de peine.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il m'avait quittée. »
Rangiku croisa les bras avec impatience.
- Oui ce sont des criminels, c'est normal, c'est l'Enfer ici. Mais ça ne veut pas dire que nous devons y faire un nettoyage par le vide.
- Rangiku, c'est justement là la question. On rétablit les choses comme elles doivent l'être. Cet endroit n'est pas fait pour qu'ils vivent mais pour les faire disparaître.
- Renji, ce qu'ils font au camp d'Exantlès, c'est exactement le contraire. Il y a un moyen pour qu'ils survivent malgré tout.
Un rire macabre s'éleva dans l'assemblée et Enosi-Kto se redressa avec difficultés.
- Exantlès est un criminel de guerre... de la pire espèce. Si vous pensez qu'il veut bâtir son petit paradis en Enfer, vous vous trompez.
- Un criminel de guerre ?
- À quoi vous attendiez-vous ? Nous sommes en Enfer. Nous méritons notre place ici. Exantlès était un soldat, un officier, et sous son commandement, des atrocités sont été commises. Revenu à la vie civile, il n'a jamais été inquiété, a laissé des subordonnés être accusés à sa place et il est mort de sa belle mort sans jamais regretter la vie des civils innocents dont il avait causé la mort.
Matsumoto ouvrit de grands yeux... Alors... cet être plutôt chaleureux et protecteur ? Lui qui savait rassembler autour de lui et organiser une petite société en sursis dans les Enfers. C'était un...
- Salaud... Murmura-t-elle doucement.
- Bon, maintenant que c'est tout vu, je peux y aller ?
- Abarai, je pense qu'il faut tout de même attendre d'avoir l'avis de nos supérieurs.
Matsumoto hocha la tête.
- Elle a raison, Renji, il faut qu'un capitaine nous donne le feu vert pour ça.
Renji serra la main sur la poignée de son sabre, inspira profondément, expira doucement. Et essaya de reprendre le plus posément possible le fil de son argumentation. Ces cavernes représentent un danger, d'accord. Si on les détruit, la situation reviendra progressivement à la normale, c'est plus que probable. Et donc, on les détruit. Je vois pas vraiment où est le problème moi.
- Renji... insista Matsumoto.
Et Renji lança un tel regard noir à sa collègue et sans plus de commentaires, se tourna vers la lourde silhouette sombre des cavernes et dégaina Zabimaru.
- Tu en vois un capitaine ici toi ? Moi j'en vois pas, alors je décide. »
La bras de Renji s'abattit tout seul, dans un geste qui lui sembla infiniment long, et le long mouvement reptilien de Zabimaru lui sembla plus que jamais lent et froid. Un froid glacial en plus de celui des lieux, qui lui courait le long du dos et lui dévorait le cœur. Un froid terrible et mortel.
Et lorsque sa main atteignit la base du rocher, l'immense squelette se déploya fendit la roche sombre et ouvrit en elle une profonde faille, faisant voler de lourds éclats de roche dans les airs.
Byakuya venait de se décider pour la solution la plus simple : on retourne au front sans passer par les trouzemille détours de l'état-major lorsqu'une silhouette bien connue apparue à quelques pas derrière lui.
Et merde.
« Byakuya !
Est-ce que personne ne pouvait signaler au monde entier qu'il avait un grade et un nom, et que son prénom pouvait rester inconnu de tous ? Et surtout, pourquoi est-ce que Ukitake s'obstinait à le considérer comme un enfant de huit ans ?
- Attends...
Le capitaine de la treizième division était essoufflé et fut pris d'une quinte de toux avant de pouvoir parler.
- ... n'y retournez pas, il faut d'abord...
- Quoi ? Fit Byakuya, charriant un bon quintal de banquise dans sa voix.
- On ne sait pas quels effets peut avoir le séjour prolongé en Enfer.
- La moitié de mon équipe est encore en Enfer.
- Justement, la moitié c'est déjà pas mal, faudrait pas en perdre plus.
Ichigo, remarquablement discret jusqu'à là, s'était avancé et questionna le capitaine :
- Pourquoi t'es venu ? Où sont Rukia et Agido ?
- Je les précède de peu. Je voulais arriver avant que vous ne repartiez en Enfer. Et comme vous ne répondiez pas aux appels passés à votre QG... j'ai dû venir.
- Nous y retournons, fit Byakuya en levant son sabre pour ouvrir la porte des Enfers.
- Non ! J'ai analysé les effets de cet endroit sur Rukia et Agido.
- Et alors ?
- Alors c'est dangereux, il ne faut plus y aller sans protection.
D'un geste brusque de Kuchiki, la porte des Enfers s'ouvrit avec un grincement lugubre, sur une noirceur béante. En un quart de seconde, Ukitake fut devant lui, l'empêchant de passer plus loin. Tout aussi rapidement, Byakuya attrapa l'autre capitaine par le col et le repoussa méchamment.
- N'essayez même pas de vous interposer...
Au même moment, Rukia et Agido émergèrent de l'ombre. Et s'immobilisèrent devant l'étrange scène sous leurs yeux. Finalement la jeune fille s'éclaircit la gorge et bafouilla.
- Heu... Nii-sama... capitaine ? Qu'est-ce que...
Lentement, Byakuya relâcha Ukitake et le repoussa hors du passage.
- Nous y allons, Rukia, officier Agido, tenez-vous prêt.
- Vous n'y retournerez pas, Byakuya. Tu ne peux pas...
Kuchiki balaya les explications à venir d'un geste sec, qui n'admettait aucune remarque.
- Mon vice-capitaines est là-bas. Il fait ce que je devrais faire, il prend les décisions que je devrais prendre. Je ne le laisserai pas seul.
Et en une fraction de seconde, il franchit la porte, suivit de près par les trois autres shinigamis, alors qu'Ukitake criait derrière eux.
À peine eurent-ils posés les pieds (façon de parler, ils flottaient mollement à cinquante centimètres du sol) aux Enfers que tout se mit à trembler, le sol secoué de spasme serpentait sous eux, les murs se fissuraient et le plafond se lézardait.
- Que se passe-t-il ici ?
- Je n'en ai pas la moindre idée, râla Byakuya assez fort pour couvrir le vacarme que faisait cet espèce de tremblement de terre.
Et puis, ils réalisèrent que, se mêlant au vacarme assourdissant des cette amas de matière bleu en pleine déchirure, s'élevait un brouhaha de voix désincarnées.
- Je sais pas vous, mais moi je le sens pas.
- Mon Dieu... c'est pire que tout ce que j'en avais attendu.
- Heu.. Ukitake, pourquoi tu nous as suivi ?
- Pour vous empêcher de faire des bêtises.
Rukia avait sorti son zanpakuto et regardait à droite et à gauche avec nervosité.
- Qu'est-ce qui se passe ici ?
- Un tremblement de terre ? Tenta Ichigo.
- Tu sèches des cours de géologie toi non ? Ironisa Agido en avançant de quelques pas.
- Ben quoi ? Fit l'humain avec une naïveté touchante.
- On va retrouver notre équipe sur place, fit Ukitake avec un frissonnement d'appréhension.
- Si on y arrive, ajouta Agido en désignant du doigt l'extrémité du long couloir devant eux. »
Le brouhaha de voix trouva là son explication, du bout du tunnel montait une clameur sauvage et une masse informe s'engouffrait dans le boyau de matière bleue.
Immédiatement les cinq shinigamis s'élancèrent dans le couloir, tout en sortant leur zanpakuto.
Avant qu'ils aient pu décider d'un plan d'action (ce que, de toute façon, ils ne font jamais), la foule des créatures leur arriva dessus à toute vitesse, se ruant sur les shinigami, les mains tendues en avant et la bouche ouverte, vibrant d'une faim dévorante.
Byakuya dépassa ses équipiers et plongea dans la marée d'êtres des enfers pour déployer Senbonzakura et nettoyer une partie du tunnel. Mais cela fut loin de suffire à les laisser passer. Ukitake brandit son double zanapkuto et passa devant Agido et Rukia pour leur tracer un passage. Cette dernière bondit à son tour dans la masse des êtres, prononça un « Sode ni Shirayuki » à voix haute, gelant la moitié du tunnel dans sa première danse, et puis déchaînant Hakuren, emportant une partie de la foule hurlante dans une avalanche de glace. Et bien entendu, Ichigo s'était jeté en tête, tapant comme une brute (c'est une brute aussi, c'est normal), envoyant ses coups d'énergie spirituelle à tout va.
Au bout d'une dizaine de minutes de ce régime, et réalisant qu'ils n'étaient pas là pour détruire des êtres qui semblaient revenir toujours plus nombreux, Byakuya attrapa Rukia par la manche, Ichigo par le col et fit signe à Ukitake de le suivre.
« Nous devons avancer.
- Ils vont nous suivre, Byakuya.
- Je m'en occupe, avancez.
Tous se tournèrent vers Agido qui avait sorti son zanpakuto et restait tourné vers la masse des êtres de l'Enfer.
- Officier Kiisu Agido que... ?
- Je ne peux pas frapper dans le détail, mais si vous sortez de ce couloir, je peux m'en occuper.
- Bien, fit Byakuya avant de s'élancer dans un des couloirs parallèles, en faisant voltiger des grappes d'attaquant au passage.
- Byakuya !
Ichigo suivit le capitaine sans discuter, et Rukia bondit derrière lui avec grâce, frôlant les parois bleutés sans les toucher.
- Officier Agido... qu'est-que...
L'officier brandit son sabre devant lui, passant le pouce sur la courbe voluptueuse de la lame.
- Karadawokowasu a la particularité d'enlever toute volonté aux corps et de les réduire à l'état de poupée de chiffon docile et sans force.
Ukitake eut un regard étonné. Il s'empêcha de poser la question qui fleurissait en lui : « quelle utilité dans une division destinée aux soins ? », il n'était pas sûr d'apprécier la réponse. Le jeune homme devina pourtant ses pensées (bon, ça ne devait pas être la première fois aussi) et il sourit.
- Je m'occupe pas mal des anesthésies si vous voulez tout savoir.
- Hem.. je ne.
- Et pendant tout le temps de perte de contrôle de ma victime, je peux lui imposer des pensées, des images, des idées. Bref, manipuler son esprit. Généralement, nos victimes ne se souviennent pas des détails d'une opération.
- Vous venez de dire « victimes ».
- Ah pardon, nos patients.
- Vous pouvez les tenir combien de temps ?
- Ils sont nombreux, une dizaine de minute au maximum. Avancez, je couvrirai votre avancée. »
Ukitake hocha la tête, tourna les talons et partit par le même chemin que les trois autres, tout en se promettant de demander des explications à Retsu au sujet de ce zanpakuto d'un genre plutôt malsain.
Au bout de quelques centaines de mètres, il tomba sur ses équipiers, face à un petit groupe d'être des Enfers. Byakuya était face à une immense créature, qui, songea Ukitake, devait bien être de la même taille que Komamura. Et il semblait furax.
« Et j'ai laissé votre fille aux gros nichons se tirer quand ça a commencé à dégénérer. J'ai laissé Epothis avec elle pour la guider. Elle devrait pas avoir de problèmes à s'en sortir.
- Où sont vos hommes maintenant ?
- Le peu que j'ai réussi à tenir s'est affolé quand ça a commencé.
- Et ça c'est quoi d'ailleurs, interrompit Ichigo.
- Ça ? C'est ce connard d'Enosi-Kto qui a perdu une case ! Ce sont les grottes !
- Les grottes ? Commença Byakuya avec une angoisse sourde et menaçante dans la voix.
- C'est les grottes qui foutent le camp. En plus ça se sent, la pression sur notre énergie est de plus en plus forte, ça veut dire que la matière bleu se déploie autour de nous.
- Pardon ?
- Et c'est pour ça qu'on s'est pris toute la populace sur le dos à l'entrée ? Interrompit encore une fois Ichigo.
- Ben normal, quand on sent le danger, on attaque.
- Ouais, normal, confirma le jeune humain, faisant se crisper la jeune fille à côté de lui, qui s'empêchait de lui en foutre une parce qu'il est vraiment trop con.
- Pourquoi Enosi-Kto détruirait-il les grottes ? Fit Byakuya, traversé par un très mauvais pressentiment.
- Lui, non. Mais le gorille qu'il a récupéré, ouais, ça se pourrait. En cas de danger.
- Babouin, c'est un babouin, corrigea Ichigo qui, cette fois, se prit la mandale tant attendu par Rukia.
- Après tout, la bande de dégénérés d'Enosi-Kto survit grâce aux grottes. Ça va faire un carnage si elles pètent.
Une seconde de silence s'écoula, le temps que tout le monde comprenne exactement de quoi il en retournait. Sauf Ukitake qui n'avait pas suivi le premier épisode et arrivait tout juste à réaliser que le gorille en question c'était Renji.
- C'est inhumain... murmura Rukia.
Byakuya hocha la tête.
- Ils ne sont pas humains. Et si c'est Renji qui a fait cela, il y avait une bonne raison pour cela.
Mais disant cela d'une voix calme, Byakuya serra les poings, le sang battait à ses temps, et son dos se glaçait sous un long frisson de rage.
Et ce n'est pas à Renji de prendre ce genre de décision. Ce n'est pas à lui de porter cette décision-là.
- Bonne raison ou pas, il va y passer, seul au milieu des autres.
- Par où sont les grottes Exantlès ?
- Tu vas les rejoindre ? Faut être malade !
La fureur glacée de Byakuya se répandit sur la petite troupe, faisant fléchir les êtres des Enfers et prenant aux tripes les shinigamis présents.
- Réponds !
- Ça va, pas besoin de s'exciter. D'ici, tu tourne au prochain croisement, à droite. Le chemin va monter, il faut le suivre, ensuite tu longera une paroi rocheuse. Il faut la contourner par la gauche pour trouver l'entrée. Après tu te démerdes.
D'un geste de tête moins que poli, Byakuya salua le chef des êtres des Enfers et se rua dans la direction indiquée.
- Byakuya !
- Nii-sama !
Avant même qu'Ukitake ait pu les en empêcher, Rukia et Ichigo s'étaient précipités également.
- Tu ne les rejoins pas ? Demanda Exantlès, contemplant le capitaine avec une espèce de crainte diffuse.
Ukitake sourit et hocha la tête doucement.
- Ils n'ont pas besoin de moi. Alors comme ça, vous êtes Exantlès, l'un des chefs les plus en vue ici ?
- Ouais, confirma le boss avec appréhension.
À sa manière, celui-là semblait plus dangereux que les autres. Derrière le masque de gentillesse, il y a toujours plus que la méchanceté.
- Dans ce cas, j'ai à vous parler. »
« Mais quel con ! On t'a déjà dit que tu étais con Renji ?
- Ben ouais...
- Et ben ça m'étonne pas ! »
Sasakibe hurlait sans hésitation sur son supérieur, alors qu'ils slalomaient tous erratiquement pour éviter les blocs de roche qui tombaient de toute part.
Ebisu se faufilait avec agilité, aidée par sa petite taille, alors que Matsumoto peinait, gênée par Epothis qui s'agitait dans tous les sens.
- Quand on veut faire de la démolition, on évite de tuer tout le monde avec !
- Ça va, c'est que des rochers, temporisa le vice-capitaine, déjà épuisé d'avoir laissé son zanpakuto toucher les parois bleus pour détruire le roche. S'il laissait Sasakibe le traiter de con comme jamais elle ne l'avait fait, c'est bien sûr parce qu'il se foutait d'être traité de con, mais avant tout parce qu'il ne sentait plus que la douleur dans ses bras, ses épaules, sa nuque, son crâne. Détruire les murs de roche lui avait demandé une somme d'énergie plutôt normale. Sauf qu'il se trouvait en Enfer depuis plusieurs heures et, pas à pas, approchait de la limite de ce que peut supporter un shinigami, surtout si on ajoutait l'effort qu'il venait de fournir pour détruire les grottes. Il sentait la fatigue s'insinuer dans tous ses membres, et une terrible lassitude qui l'empêchait de penser correctement et de décider ce qu'il devait faire.
Au milieu des rochers qui s'écrasaient sur le sol, les ombres inquiétantes des êtres des Enfers qui se précipitaient de toutes parts, prêt à les attaquer s'ils relâchaient trop leur attention.
- Renji... faut qu'on se bouge.
- Ouais... on se bouge, marmonna-t-il, en essayant d'empêcher sa voix de trembler.
Il attrapa Matsumoto par le bras et souleva la petite chose qu'elle avait toujours tout contre elle.
- La sortie ? Par où on peut sortir de ce merdier ?
- Apeurée, Epothis indiqua un tunnel qui montait en pente douce.
- C'est pas par là qu'on est arrivé, commenta Sasakibe.
- Ouais, ben c'est par là qu'on va partir. »
Et ils se mirent à courir le plus vite possible, tous ressentant dramatiquement la fatigue et la douleur. L'effet de leur séjour prolongé en Enfer commençait à porter ses fruits fatals. Renji notamment voyait le décor autour de lui se troubler à une vitesse effarante.
« On doit être à la limite, commença-t-il en ralentissant un peu sa course pour ne pas se ramasser par terre.
Et Sasakibe l'empêcha de continuer sa phrase en lui filant une mandale dans la tronche.
- Ta gueule. On va s'en sortir.
- J'ai pas dit qu'on allait pas s'en sortir.
- Nan, tu commençais à te la jouer défaitiste.
- On voit bien que c'est pas devant toi que le mur bouge dans tous les sens.
C'est ce qui arrive quand on veut jouer au héros.
Soutenu par la jeune femme, Renji parcourut encore quelques centaines de mètres avant de tomber, face contre terre.
Renji !
Sasakibe l'attrapa par le col et le souleva comme elle pouvait.
Matsumoto se rapprocha d'eux et ensemble les deux femmes parvinrent à ramener le vice-capitaine en l'air.
Oh Renji !
Laissez-moi faire vice-capitaine Matsumoto, j'ai l'habitude.
Alors que Rangiku se demandait de quoi parlait exactement Sasakibe en disant avoir « l'habitude », elle la vit filer un coup de pied plutôt bien placé à Renji.
- Haaa ! Saori, spèce de timbrée !
- Ça les réveille à tous les coups. Sauf quand ils sont mort, commenta la jeune femme.
- T'as de la chance que je sois casé avec un gars, toi, parce que sinon j'aurais bien aimé avoir une descendance.
- Casé, toi ? Il va pleuvoir des poules.
Interrompant leur petit dialogue amical, Ebisu se retourna brutalement.
- Ils sont là ! »
Tous suivirent la direction qu'elle indiquait du regard.
Effectivement, ils étaient là. Une centaine d'êtres des Enfers, rassemblés autour d'Enosi-Kto, à côté duquel se traînait Eperkomai, visiblement à bout de force. En regardant bien, Renji aperçut d'autres êtres qui semblaient affaiblis, voire mourant. Mais eux non plus n'étaient pas en bon état, ce qui rétablissait sensiblement l'équilibre des forces. De loin, ils virent Enosi-Kto et ses sbires brandir des sabres bleuâtres, luisant dans la relative obscurité des lieux.
« Bordel.
- J'allais le dire », fit Renji en réalisant, comme ses compagnes, que ces sabres étaient certainement faits de la même matière que les murs, et donc que chaque coup serait mortel, même s'ils le paraient avec leur zanpakuto. Même s'ils les frappaient, il suffisait à ce êtres de parer le coup avec leur sabre, et l'attaque était retournée contre celui qui lançait.
« Ben faites péter le kido.
- Charrie pas Rangiku, tu sais que je suis une quiche en kido.
- Ben qu'est-ce que tu veux que je dise, t'es foutu. »
Alors que leurs ennemis arrivaient à toute vitesse, les quatre shinigamis se mirent prudemment dos à dos en vue du combat. Les trois femmes consciente de l'état de faiblesse de Renji, prêtes à se donner deux fois plus pour lui permettre de s'en sortir.
Ils étaient maintenant si proches que les shinigamis pouvaient voir la lueur de folie qui dansait au fond des yeux d'Enosi-Kto.
Et lorsque les êtres des Enfers furent à quelques mètres d'eux, ils s'immobilisèrent sur un ordre de leur chef. Celui-ci avança encore de quelques pas et eut un sourire luisant de perversion en les défiant du regard.
« Vous avez détruit toute mon œuvre, mais je reconstruirais tout. Pour vous il est trop tard, maudits shinigamis. Pensez à ceux que vous aimez, parce que vous ne les reverrez pas de sitôt.
Renji eut un ricanement moqueur devant un tel cliché, et se prit un coup de coude dans les côtes de sa compagne de droite.
- Ça va être facile pour toi Sasakibe, vu que t'aimes personne.
- Et toi, tu vas mettre des heures, vu que tu aimes la moitié du Seireitei et tu te fais aimer par l'autre moitié. »
- C'est faux, y'a des gens que j'ai jamais touché !
- Ben pas ici alors.
- Quoi ?
Interpellée par le haut niveau intellectuel de ce qui était peut-être leur dernière conversation, Rangiku se sentit obligée d'intervenir.
- Mais j'ai jamais couché avec Renji moi !
Sasakibe eut un ricanement à faire se dresser les poils sur les mollets.
- Si tu ne t'en souviens pas, lui si.
- Renji ? C'est quoi cette histoire ?
- Attends, je peux tout expliquer... »
Mais comme pour sauver Renji d'une énième explication foireuse illustrant la manière dont il peut se retrouver dans le lit de quelqu'un à son insu, Enosi-Kto brandit son sabre et, comme un signal, hurla un ordre rauque et incompréhensible à ses hommes, qui se ruèrent sur les shinigamis.
Et tout en se concentrant sur l'assaut imminent, Renji sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Quelque chose de familier était là. Je rêve ? Je rêve éveillé ? Je prends mes désirs pour des réalités, je me fais des films ? Je déconne ? Je délire ? Je suis déjà mort et c'est mon purgatoire ? Il ferma les yeux et se concentra cette fois sur ce sentiment puissamment réconfortant. Nan ! Je rêve pas. Si je rêvais, y'aurait pas l'autre crétin en même temps. Oh putain, comme ça fait du bien.
« Tout le monde, baissez vous.
- Hein ?
- Maintenant ! »
Et au moment précis où les trois filles obéirent, deux explosions retentirent. L'une d'entre elle s'accompagnait d'un magma d'énergie qui s'abattit sur les êtres des Enfers, passant au dessus de la tête des shinigamis. La seconde fit apparaître trois silhouettes familières, emportant un pan de mur entier.
En un shunpo, Byakuya était entre les deux groupes, face aux êtres des Enfers qui se remettaient tout juste du coup d'Ichigo. D'un mouvement fluide et empli d'une grâce meurtrière, il porta Senbonzakura à ses visage.
« Shire... Senbonzakura. »
Et noya leurs adversaires sous un déluge de pétales meurtriers.
Shunpotant comme il le pouvait, Renji le rejoignit et lui attrapa le poignet, le tira vers lui et se trouva face au regard indéchiffrable de son capitaine. Indéchiffrable, parce que Renji était là, en vie, face à lui, et toute son inquiétude retombait d'un seul coup. Indéchiffrable parce que Renji souffrait le martyre que tout son corps semblait porter la marque de cette privation d'énergie qui le minait et l'affaiblissait, et Byakuya ne supportait pas de voir son vice-capitaine, son amant, son seul homme, faible devant lui. Indéchiffrable, parce que la colère, la colère froide et dure, la colère après l'inquiétude et le doute. La colère de ne pas pouvoir faire plus pour le tirer de là.
« Capitaine, leurs sabres vont toucher Senbonzakura.
Byakuya mit une poignée de seconde à comprendre de quoi Renji lui parlait. Et puis il hocha la tête.
- Je sais, je sens l'effet de cette matière bleue. Mais ils seront frappés avant de pouvoir contre-attaquer.
Renji, sans lâcher le poignet de Kuchiki, continua, comme s'il se réfugiait dans cette présence sécurisante.
- Que faites-vous ici ?
Byakuya hésita.
Je suis venu te tirer de là. Nan, définitivement non.
Tu me manquais, j'avais peur que tu meurs. Ridicule, parfaitement ridicule.
- Nous sommes en plein combat, plus tard les questions. Ah ! Ça sonnait plutôt pas mal ça.
Renji baissa la voix, le cerveau embrumé par le manque d'énergie. Il porta son autre main au col du kosode de Byakuya et murmura.
- Tu es venu...
Ce dernier le repoussa un peu plus brusquement qu'il ne l'aurait voulu et toussota pour reprendre contenance.
- Nous réglerons cela plus tard. Il faut partir d'ici. Toute notre équipe est là ?
Renji désigna les trois femmes avec lui.
- Oui capitaine. »
Byakuya s'apprêtait à rappeler Ichigo et Rukia qui continuait à massacrer tranquillement tout ce qui passait à leur portée, quand il fut projeté dans le vide. À peine se fût-il relevé qu'une poigne meurtrière le saisit à la gorge.
« Comme on se retrouve, jeune chef arrogant.
Enosi-Kto, se dressait face à Byakuya qu'il tenait à bout de bras. Le capitaine avait eu le temps de repousser Renji au loin en sentant venir l'attaque, et ce dernier se releva, observant la scène avec horreur.
- Je me suis bien amusé avec ton... homme. Mais maintenant il faut en finir. Sous la douleur il ne cède pas, mais sous ta douleur, j'imagine qu'il sera doux comme un agneau.
- Cap... commença Renji en voyant Byakuya pris au piège.
Sur le coup, Ichigo et Rukia cessèrent de nettoyer les lieux et se ruèrent vers l'agresseur. Seulement, ils durent faire face à sa garde rapprochée qui avait en partie survécu aux attaques précédentes.
Renji regarda sans comprendre son capitaine en train de suffoquer. Et puis il croisa le regard brûlant de perversité d'Enosi-Kto.
- Alors, que décides-tu ? »
Et puis il comprit. Senbonzakura avait volé des mains de Byakuya et gisait maintenant par terre, sur le sol bleu, perdant toute sa force vitale à mesure que les secondes s'écoulaient.
Sans trop réfléchir (un peu comme d'habitude d'ailleurs), le vice-capitaine plongea vers le sol et atterrit lourdement dans la matière bleu, ce qui lui arracha un hurlement de douleur. Lui qui pensait être déjà vide de toute énergie, réalisa qu'il pouvait encore en perdre pas mal. Il tendit la main vers le sabre, mais fut arrêté lorsqu'un pied vient lui écraser les phalanges, le plaquant contre le sol, l'enfonçant dans la viscosité de cette matière meurtrière. Et relevant la tête, il vit le regard terne d'Eperkomai qui le dominait.
« Il va mourir, tu vas mourir. À quoi bon lutter, fit-elle dans un souffle rauque.
Renji rassembla ses maigres forces pour lutter contre la suffocation.
- Il m'aime et je l'aime. Alors il va falloir attendre un petit peu avant de nous envoyer dans un endroit où on ne peut pas s'envoyer en l'air ! »
Ichigo stoppa net son mouvement (il s'apprêtait à mandaler méchamment Eperkomai par derrière, comme un lâche), pour laisser tomber sa mâchoire sur le sol en bavant. Rukia en lâcha son zanapkuto sur le sol, ce qui lui arracha un cri de surprise et de douleur, et elle se précipita pour le récupérer tout en tentant de comprendre ce qui venait d'être dit sous ses yeux... ou plutôt, sous ses oreilles. Matsumoto était recroquevillée, tenant Epothis tout contre elle, elle tremblait, à la limite de l'évanouissement. Ebisu était bien trop occupée à manger des créatures infernales pour entendre (ventre affamé n'a pas d'oreilles, c'est bien connu). Seule Sasakibe entendit, comprit, analysa et décida qu'elle avait tout intérêt à faire comme si ces mots n'avaient jamais été prononcés.
« Oh Ichigo, tu te bouges ! Beugla la voix de Zangetsu en lui. Je croyais que c'était ton pote ce gars.
- Ouais, attends, c'est dur à avaler...
- Puceau. »
Faisant taire son lui-intérieur, l'humain balança un bon coup à Eperkomai qui alla s'encastrer dans un plafond. De sa main enfin libre, Renji put attraper Senbonzakura, ce qui libéra l'énergie de Byakuya de toute agression. D'un shunpo parfaitement maîtrisé, Renji se trouva derrière son capitaine, lui rendit son sabre et recula juste assez pour voir la tête d'Enosi-Kto tranchée nette voltiger dans les airs et venir s'écraser sur le sol.
Un long moment de silence s'installa, un silence pesant, épais, lourd, un silence obèse qui écrasait tout. Les partisans d'Enosi-Kto contemplaient la tête sanglante qui se diluait dans le sol, perdant rapidement de sa substance.
Byakuya se retourna vivement et se jeta littéralement sur Renji, lui attrapant le visage à deux mains.
« Qu'est-ce qui t'a pris ?
Renji sentit ses joues se réchauffer brusquement et il pria intensément pour que seul son capitaine puisse le voir.
- Byakuya... je peux imaginer ta mort, mais je ne conçois pas que tu disparaisses.
Bien malgré lui, Byakuya eut une expression choquée. Renji détourna le regard, un peu gêné.
- Toute chose qui vit finit un jour par mourir. Je sais que nous mourrons tous les deux. Mais disparaître de cet univers, disparaître dans ce... cette saloperie bleu... c'est trop...
Doucement, Byakuya s'approcha, lâchant le visage du vice-capitaine, il effleura du bout des doigt la taille de Renji. Oui, il pouvait comprendre ce sentiment. Il le connaissait également.
- La pensée qu'il ne reste de toi ni corps, ni âme. L'idée que tu sois... que tu... ne sois plus de ce monde. Non.
Renji sentit sa gorge se serrer et retint ses larmes, la voix plus rauque que jamais. Continuant son geste, Byakuya posa carrément la main sur la taille de son amant.
- L'idée que tu n'existes plus, quelque part dans ce monde m'est... insoutenable.
Doucement Byakuya hocha la tête et murmura.
- La seule consolation à la mort, c'est la certitude de la survivance de l'âme et sa persistance dans le flux de vie qui porte notre monde. Cette douce amertume n'existe point ici. Ici, ce que l'on perd est perdu à jamais.
Renji sentit quelque chose se briser en lui. Au moment où il avait vu Senbonzakura tomber sur le sol, il avait ressentit cela : l'énergie qui s'échappe, aspirée hors de soi. Il l'avait ressentit presque aussi intensément que quand Zabimaru avait touché les parois bleues. Était-il seul à avoir aussi peut de voir quelqu'un disparaître. La mort, il pouvait le supporter, mais pas la perte.
Il baissa la tête, et son front vint heurter celui de son capitaine.
- Ne me quitte pas. »
Sur sa taille, leurs deux mains étaient mêlées.
Et puis brutalement, Byakuya repoussa son vice-capitaine et lui saisit le poignet, levé au niveau de son regard.
« Bya... capitaine ? S'étonna Renji.
- Tes mains ! »
Renji réalisa alors pourquoi il avait des fourmis au bout de doigts. Ce n'était pas à cause du romantisme effréné de cette petite scénette au milieu des combats, mais bien parce que ses doigts partaient en morceaux, aspirés par l'atmosphère chargée de reiatsu.
« Katsuo !
Ebisu, qui s'était arrêtée de manger des êtres squelettiques pour contempler Renji se faire tripoter par son capitaine, sursauta et se précipita vers les deux hommes.
- Ressentez-vous le reiatsu de Renji autour de nous ?
Ouvrant la bouche en grand, la jeune femme avala une bouchée d'air et afficha l'air incrédule du canard qui a pondu un œuf de poule.
- Ouais... trop fort.
Les autres s'approchèrent, tout en évitant soigneusement de croiser le regard de Renji et encore moins celui de Byakuya. Il y a des scènes qu'il faut savoir oublier dans la vie.
- Merde mes mains...
- Renji ! Couina Rukia.
- Ah ben c'est con ça... commenta Ichigo qui fourra les siennes dans ses poches (au cas où).
- Bon ben on se tire alors ?
Kuchiki hocha la tête et reprit le chemin par lequel ils étaient arrivés à toute vitesse, traînant son vice-capitaine derrière lui. La difficulté qu'avait Renji à rester à son niveau le frappa. À tel point qu'il finit par se retourner.
- Suivez-nous.
- Hein ?
Et il s'immobilisa, serra Renji tout contre lui (sous le regard horrifié de Rukia), et shunpota jusqu'à l'entrée des Enfers.
Là, ils retrouvèrent Ukitake, au milieu d'un amas de cadavres d'êtres des Enfers. Sougyo no Kotowari était sorti, un sabre dans chaque main.
- Byakuya ? Tout va bien ?
Pour seule réponse, le capitaine vira son aîné d'un coup de coude et passa en trombe, ouvrant le porte des Enfers d'un coup de sabre rageur. Derrière, tout le monde suivit, échangeant des regards effarés.
- Capitaine, qu'est-ce que vous...
- L'officier Agido nous attend dans le monde des humains. J'ai dû m'occuper des autres. »
Tous sauf Rukia contemplèrent l'amas de cadavres qui retournaient petit à petit à l'état de purée bleuté avec incrédulité. Jushiro Ukitake et montagne de cadavre, ça va difficilement ensemble dans la même phrase, lui à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Ils prirent la tangente à la suite de Byakuya qui tenait toujours Renji par le bras contre lui.
À l'arrivée, Agido attendait, épuisé par le nombre de créatures qu'il avait dû plonger dans un état d'inconscience, et par les manipulations qu'il avait dû faire pour les dissuader de les attaquer sans cesse.
Lorsqu'il vit arriver Renji à moitié porté par son capitaine il se précipita vers eux et rattrapa Renji qui commençait à sombrer.
« Qu'est-ce qu'il... commença-t-il. Et puis il aperçu les mains désagrégées de Renji, que Byakuya tenait toujours par les poignets.
- Fais quelque chose, siffla ce dernier d'un ton dans lequel le désespoir se mêlait à la fureur.
- Je vais... essayer... murmura Agido en sentant une goutte de sueur lui couler le long du front. Son instinct lui disait que s'il ne sauvait pas les petites mains de Renji, il ne lui resterait plus longtemps à vivre.
Il aperçu du coin de l'œil les autres qui ressortaient des Enfers et les héla.
- Il faut prévenir le capitaine Unohana. Elle doit venir le chercher. Minatsuki doit pouvoir se charger de ça sans problème. »
Ukitake hocha la tête et s'affaira à les ramener tous au Seireitei pendant qu'Agido se penchait sur le vice-capitaine qui semblait à moitié agonisant.
« Renji ?
- Hnn ?
- Okay. Ça va ?
- Ducon.
- Hé, c'est mon boulot. Bien, je vais te placer dans la transe deKaradawokowasu . Il se peut que tu ne te réveilles pas après, tu veux quoi comme trip pour y passer en paix ?
Renji eut une esquisse de sourire. En fait, il aimait bien Agido, s'il avait été un peu plus bourrin, il aurait pu être à la onzième aussi. Et puis son regard se posa sur son capitaine. Aaaah ça faisait longtemps... Byakuya Kuchiki qui avait l'air inquiet. Pas beaucoup, mais pour qui connaissait bien le fond de ses yeux glacés, il y avait bien de l'inquiétude, de l'angoisse et une prière muette en cet instant. Il tenta de lui sourire et tendit son moignon vers lui. Byakuya saisit la main déchiquetée entre les siennes et la porta à ses lèvres avec lenteur.
Agido suivit l'échange d'un œil curieux. Effectivement, si c'était bien ce qu'il voyait sous ses yeux, il avait intérêt à soigner Renji à fond.
- D'accord je vois... fit-il à mi-voix, en tentant de ne pas trop laisser entrevoir son étonnement.
- Un truc dans ce genre, murmura Renji avec un pâle sourire.
- Je vais voir ce que je peux faire. Je garantis rien, je suis pas aussi documenté que toi sur eux...
D'un vague signe du menton, il désigna le capitaine, histoire de ne pas aller trop loin dans l'outrage à un supérieur.
- Shintou Karadawokowasu...
Et Renji sombra à nouveau dans les abîmes de l'inconscience, avec pour seul soutien les bras de Byakuya.
FIN
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...naaaaaan on déconne.
A SUIVRE...
Tadaaam Renji va-t-il survivre ? Byakuya sera-t-il obligé de se consoler avec Ukitake ? Avez-vous remarqué que Matsumoto a toujours Epothis entre les seins ?
Merci de manifester votre soutien. Qui sait, si on a assez de review, peut-être que Renji va s'en sortir XD
La suite vous sera révélée toute nue et toute crue dans un mois pile le dimanche 8 avril ! Une mise en bouche :
« Alors au sujet des promotions... Il marqua une pause en pouffant. Nan, dis-leur toi, moi j'y arrive pas, c'est pas sérieux !
- C'est on ne peut plus sérieux. Nous proposons, comme capitaine de la cinquième division...
Toute l'assemblée dévisagea Ukitake comme s'il venait de péter en public. Non, mais non, c'était pas sérieux du tout. »
Pour les rebelz qui ont pas de compte ffnet et même pas peur d'abord :
Hidakatsuki-X : merci encore et toujours, et encore. Et voilà, t'as tout saisi de notre ambiance de travail : ils finiront bien par baiser à la fin ^^ Mais ce sera pour le chapitre suivant. En tous cas, merci de nous suivre, et d'attendre nos chapitres impatiemment. On espère que celui-ci t'a plu. Quant à Dieu, il attend pas nos chapitres, c'est Lui qui les inspire ^^.
Pioush : mais naan, tu vois, t'es une rebelle en fait pas un paria XD Le jour où tu feras ton compte, nous ferons une grande fête avec des feux de joie ^^ En tous cas merci de ton soutien toujours aussi fidèle. Effectivement, jackpot, on est des hellénistes convaincus et d'ailleurs si tu as un Bailly sous la main, tu dois pouvoir trouver la signification de tous les noms grecs employés, qui sont (autant que possible), en rapport avec leur personnalité.
Alors si tu as crisé sur le chapitre précédent, là tu vas nous faire un attaque, parce qu'on y est allé aussi lourd sur les mauvais traitements infligés à ce pauvre Renji, et puis aussi pas mal sur la coupure insensée de ce chapitre. Mais c'est pour votre bien, chers lecteurs, c'est pour attiser la flamme du suspens ^^. En tous cas, on espère que tu as apprécié ce chapitre encore une fois, et merci de toujours nous prodiguer tes reviews... surtout ne change rien, y'a rien de plus chiant qu'une review sérieuse et cohérente XD
SpongeBob : BRAVOOOO grâce à ton pseudo, tu as gagné une fic gratuite, avec ce que tu veux dedans (perso, couple, thème, musique, genre, dialogue...), sur le fandom de ton choix (mais un qu'on connaît quand même). Car une petite éponge carrée habitant Bikini bottom a un jour changé nos vie, a révolutionné l'univers du dessin animé, car Bob restera un nom à accrocher au panthéon des idoles des jeunes au même titre que Minus et Cortex, Pikachu et Scoubidou...
Ceci dit, bienvenue dans notre vivier de lecteurs/victimes consentantes. Bravo d'avoir tout lu en quatre jours (mais maintenant il faut sortir, tes amis commencent à te croire morte^^). Et pour ta question : parce que c'est fun. Voilà, ils souffrent parce que ça fait un bien fou de les faire souffrir. Dès qu'on a le blues, envie de pleurer, de taper quelqu'un, de se jeter d'un pont... on torture des perso... et ça marche ! Moins cher qu'une séance chez le psy, plus efficace que la drogue, utile et durable, c'est la solution à tous vos problèmes XD
Merci beaucoup en tous cas et à bientôt dans les reviews !
Jimi&Loli
