Comment ça, y'a plus de disclaimer ? Mais c'est bon, y'a 20 chapitres avec le disclaimer, bordel.

QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !


Le début


"Le gardien du figuier mange de son fruit, qui veille sur son maître sera honoré."

Pr. XXVII, 18


Le matin fleurissait seulement, charriant son parfum frais et humide, chassant les dernières étoiles, diffusant la douce lueur rosâtre de l'aube. Il entendit d'abord les chants d'oiseau qui saluaient le jour nouveau, et puis Renji ouvrit les yeux sur le plafond de bois. Les lèvres entrouvertes, il aspira un peu de cet air pur et frais qui ravivait ses sens engourdis. L'air de la maison, plein de bonnes choses. Entre le bout de ses doigts, il fit crisser les draps, savourant le contact cotonneux. Il en était revenu, et c'était terriblement bon d'être vivant, il sentait l'énergie spirituelle du Seireitei qui pulsait tout autour de lui, rassurant son âme meurtrie par la privation qu'il avait connu en Enfer. Le flux chaleureux de reiatsu dans lequel il baignait apaisait ses sens, l'un après l'autre.

Et puis il tourna la tête, chassant la douleur aiguë que causait ce mouvement dans sa nuque, et enfin, il se sentit mieux. Là, c'est son cœur qui était apaisé.

Un regard gris, sombre, tourmenté le couvait de toute ses forces. Le visage décomposé autour des yeux sombres était plus pâle que jamais, les lèvres crispées, réduites à un fin liseré carmin, le teint cireux. Assis sur le bord de la chaise en bois, les jambes écartées et les mains serrées l'une sur l'autre, les jointures blanchies par la pression, tout dans sa posture n'était qu'angoisse et désespoir.

Renji put presque entendre le souffle de Byakuya se relâcher, et vit lentement ses lèvres se décoller l'une de l'autre. Il aurait voulu le rassurer, le réconforter, lui dire que tout allait bien, qu'il se sentait bien, mais les mots ne pouvaient pas sortir. On ne rassure pas son supérieur, on ne le réconforte pas. Au pire, on lui annonce que la mission est accomplie, mais pas plus. Quand on est un soldat, quand on est un officier, on ne peut pas se permettre d'être la faiblesse de son supérieur. Simplement parce qu'on ne veut pas voir la faiblesse chez son chef, car si le chef est faible, alors c'est tous ses hommes qui sont frappés de la même faiblesse, du même échec.

Il ne pouvait pas le rassurer. Byakuya était revenu aux Enfers pour le secourir, il l'avait sorti de là, il s'était compromis personnellement parce que son vice-capitaine était faible. Et brutalement, Renji réalisa qu'il y avait de ça dans le regard sombre : la rancune, l'accusation, la culpabilité. Lui se sentait responsable, coupable, de ce qu'avait fait son capitaine pour lui, à cause de lui. Parce qu'il l'aimait. Il se savait responsable de quelque chose que Byakuya n'aurait jamais fait en temps normal, et si une certaine joie profonde l'envahissait à cette idée, il ne pouvait que se sentir coupable d'avoir ainsi permit à son capitaine d'être faible devant d'autres que lui. Lui, il avait permis que soit porté atteinte à l'honneur de Byakuya Kuchiki.

Alors il pouvait simplement agir en soldat. En attendant d'avoir la permission d'agir autrement.

« La mission ?

Byakuya releva la tête et chassa l'expression blessée qu'il portait encore sur ses traits.

- Nous contrôlons encore la pression spirituelle autour des Enfers. Il n'y a plus de fuites.

- Et... et là-bas... ? Enfin...

- La situation s'est apaisée. Exantlès a pris le titre de roi des Enfers.

Renji hocha la tête, incertain de ce qu'il devait dire.

- On estime que la population des Enfers est en passe d'être régulée. »

À nouveau Renji hocha la tête, pas sûr que ce soit une bonne nouvelle. Après tout, c'était à cause de lui que la population était « régulée », ce qui lui donnait l'impression poisseuse d'avoir commis un génocide. Les draps subitement lui parurent froid et son ventre se noua. Est-ce que vraiment il avait merdé ? Il chercha quelques secondes dans le regard de son capitaine une réponse et, ne l'y trouvant pas, il demanda.

« Est-ce que... est-ce que j'ai vraiment tout fait foiré ?

Byakuya écarquilla un peu les yeux et se redressa, les bras le long du corps. Cela lui prit bien quelques secondes pour réaliser de quoi parlait Renji et pourquoi il s'inquiétait. Bien sûr, il avait été inconscient pendant huit jours et ne pouvait pas savoir que la situation avait été vue et revue par les capitaines et que tout le monde avait été d'avis que les choses avaient été faites pour le mieux, compte tenu des maigres options qui s'offraient à eux.

Il hocha la tête.

- Cette mission est un succès. »

Et il se leva de sa chaise, croisant le regard affolé de son vice-capitaine, craignant qu'il ne parte déjà. Byakuya ôta son haori d'un geste vif et le posa sur le dossier de la chaise. Puis il vint s'asseoir sur le bord du lit, fixant intensément Renji qui s'empourpra.

« Renji...

Il chercha ses mots quelques longues secondes et puis renonça à formuler correctement ce qu'il avait en tête.

- Renji... qu'est-ce qu'il y a ?

- Quoi... ?

- Là, j'ai ôté mon haori, ce n'est plus ton capitaine qui est en face de toi, c'est moi. Alors dis-moi ce qu'il y a, ce qui te... tracasse. Sincèrement.

- Est-ce que vous regrettez d'être venu me secourir ? Lança Renj à brûle pourpoint.

Byakuya ouvrit de grands yeux. Il s'attendait à tout autre chose. Et il commença à s'interroger sérieusement sur l'état de santé mentale de son amant.

- Penses-tu que j'aurais pu te laisser disparaître là-bas sans réagir ?

- Vous...

Renji inspira profondément et déglutit avec difficulté.

- ... vous ne devriez pas prendre des risques ainsi pour un de vos homm...

Il ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase, en une fraction de seconde, les bras de Byakuya étaient passés autour des épaules de Renji et sa tête contre la sienne, ses lèvres murmuraient rageusement à l'oreille du vice-capitaine.

- Je n'ai pas pris ces risques pour mon vice-capitaine, ni pour un de mes hommes. Je suis venu chercher en Enfer l'homme que j'aime.

Renji se débattit faiblement, mal à l'aise de cette soudaine proximité, et plus mal à l'aise encore à l'idée que n'importe qui pouvait entrer dans sa chambre.

- C'est bien là le problème. Cela... on doit pas mélanger... c'est...

Byakuya se décolla légèrement et, tout en le gardant entre ses bras, plongea son regard dans celui de Renji.

- Pour cela, il y a forcément une solution. Nous la trouverons. Maintenant dis-moi que tu es heureux d'être vivant.

Renji prit une teinte cramoisie et détourna légèrement le regard. Y'a pas à dire, ça faisait toujours aussi bizarre d'avoir un Byakuya Kuchiki romantique et attentionné avec soi. Ceci dit, c'était pas désagréable, juste tellement improbable qu'il se demanda s'il n'était pas mort en fin de compte. Et lorsqu'enfin, il décida qu'il était bel et bien vivant et que tout cela était terriblement bizarre, il marmonna presque à contre cœur.

- Je suis vivant, je suis heureux, et j'aime particulièrement quand c'est vous que vois en premier au réveil.

- Je préfère ça.

Byakuya le relâcha doucement et recula un tout petit peu, son regard perçant toujours dardé sur Renji. À tel point que celui-ci décida de continuer sur sa lancée.

- Heu... tout de même. J'aimerais éclaircir quelque chose.

Voyant son amant hocher la tête, il continua, pesant soigneusement ses mots.

- Tout à l'heure en Enfer...

- C'était il y a huit jours.

- Ah ouais quand même ! Bon, donc dans les tunnels. Quand... quand vous êtes venu nous chercher. N'avez-vous pas agi un peu trop... de manière un peu trop explicite à notre sujet ?

- C'est cela qui te tracasse ?

- Mais enfin... mais... mais...

- Mais ?

- Mais, Ichigo, Rukia... sans parler de... ben de la rumeur. Je veux dire, Sasakibe ne dira rien, mais Ebisu et Matsumoto sont plutôt des pipelettes.

- Renji, tu es resté inconscient huit jours.

- Ouais.

- Combien de temps crois-tu qu'il m'a fallu pour régler cela ?

Renji eut un moment d'hésitation. Voulait-il dire qu'il avait définitivement réduit au silence les témoins gênants ?

Byakuya esquissa un minuscule sourire en forme de « petit coin des lèvres qui se soulève », provoquant un déluge de sensations piquantes et chatouillantes au creux du ventre de Renji.

- Je me suis occupé de tout. »

Huit jours auparavant, Byakuya remettait Renji inconscient aux bons soins d'Unohana.


Le capitaine de la quatrième division s'abstint de tout commentaires en voyant la pâleur du jeune capitaine, et et elle perdit quelques précieuses secondes à contempler, incrédule, les larmes qui brillaient au fond des yeux sombres, menaçant de couler s'il clignait des yeux un peu trop fort.

« Capitaine Kuchiki, allez-vous bien ?

- Occupez-vous des blessés, Unohana, laissez-moi tranquille, rétorqua rudement Byakuya.

Trop ébahie pour s'offusquer, le capitaine tourna les talons, jetant des coups d'œil inquiets à son cadet qui restait immobile, figé, paralysé par une force invisible. Derrière lui, le capitaine Jushiro Ukitake était plus ou moins dans le même état de stupéfaction. Il avait bien compris que les choses devenaient complexes entre Byakuya et son vice-capitaine, mais il n'avait jamais imaginé que cela puisse être sérieux à ce point.

Les quatre shinigamis ayant passé le plus de temps en Enfer avaient été emmenés d'office à l'hôpital de quatrième division. Renji avait été immédiatement pris en charge, toujours suivi par Agido qui le maintenait dans un état d'inconscience qui se rapprochait du coma artificiel.

En voyant la gravité des blessures de Renji, Unohana avait tout de suite réagi et exigé la présence d'Orihime, ce qui fait qu'Ichigo et Rukia étaient directement retourné dans le monde des humains, ce qui simplifiait pas mal la situation, puisque Ukitake pouvait attraper Byakuya entre quatre yeux et lui exprimer sa manière de penser sur le déroulement des opérations en Enfer. Ça c'était l'idée originelle. Maintenant, en voyant le jeune capitaine au bord des larmes, Ukitake ne savait pas du tout quoi faire.

Ce fut ce dernier qui se tourna vers son aîné. Toute trace de larme avait disparu de ses yeux et la froide détermination qui rendait le capitaine de la sixième division si redouté était revenue dans toute sa splendeur.

- Capitaine Ukitake, j'ai une requête à vous soumettre, fit-il, plus formellement que jamais.

- Ah oui ?

- Une requête importante.

Ukitake hocha la tête doucement et puis la secoua.

- D'abord, tu vas prendre quelques heures de repos et reprendre une tenue propre, et prendre le temps de terminer ton rapport sur les derniers événements en Enfer. »

Byakuya fut un instant tenté de batailler pour s'entretenir tout de suite avec Ukitake, mais il renonça en sentant l'intense fatigue qui lui tiraillait les membres. Il n'était pas vraiment en état de tenir tête à qui que ce soit. Il acquiesça donc et retourna chez lui à contre cœur pour reprendre un aspect présentable, moins « je sors à peine d'un combat mortel et je suis tout décoiffé ».

À la sixième division, la plupart des shinigamis sur son chemin eurent à peine le temps d'ouvrir bêtement la bouche, d'écarquiller les yeux et de se figer, comme frappés par la foudre, en voyant leur capitaine passer à toute vitesse, le regard humide, les poings serrés et les mâchoires crispées. Normalement, le capitaine Kuchiki était froid et imperturbable, là, il était agité et passablement énervé. Lorsqu'il fit irruption dans le bureau des officiers, tous se levèrent et se mirent au garde-à-vous en moins de temps qu'il n'en faut à Zaraki pour découper un jambon en tranches ultra fines.

Il s'adressa uniquement à Musokuri sans la moindre trace de sympathie, ce qui, il faut bien le dire, ne le changeait pas tant que ça.

« Officier Musokuri, le vice-capitaine Abarai est absent, vous vous occuperez des affaires courantes jusqu'à nouvel ordre.

- Tout à fait capitaine.

Byakuya sonda du regard le groupe des officiers, qui avaient largement profité de l'absence de leurs chefs pour monter un atelier belote tous les jours à partir de dis-sept heures. Tous frémirent en se faisant scanner par le capitaine, et le plus rapide planqua en vitesse le jeu de carte qui trônait sur une table.

- Officier Katsudo, commença Byakuya, puisque c'était le seul officier subalterne de sa division dont il se souvenait du nom. Officier Katsudo, venez dans mon bureau.

- Moi ? »

Le capitaine ne daigna même pas accorder un regard à l'impertinent qui se prit un coup de coude de son collègue le plus proche, le forçant à suivre leur terrible capitaine.

De retour à son bureau, Byakuya s'évertua à dicter d'une voix monocorde et en quatrième vitesse le rapport de sa mission. Contrairement à son habitude, il n'avait pas Renji pour écrire ce qu'il dictait, donc pas de regard atterré lorsque certains mots comme « diligenter », « compromission » ou « hégémonie » surgissaient sournoisement au détour d'une phrase. D'habitude, il profitait du temps de dictée de rapport pour prendre ses propres notes et, la plupart du temps, pour penser à autre chose de plus constructif que raconter sa mission. Mais là, l'unique construction mentale qui tenait encore debout c'était l'image de Renji pâle comme un mort, ses moignons ensanglantés et ses yeux révulsés. Autant dire que le rapport fut assez décousu, perdant une grande partie du sens que son auteur aurait voulu lui donner. Quand, après près de deux heures de supplice, le capitaine relâcha l'officier qui suait sur un rapport dont il avait du mal à comprendre le sens, ce fut pour envoyer le rapport en question à la première division, pendant que lui-même se rendait à l'hôpital de la quatrième division.

Il déboula dans le hall de l'hôpital haletant, complètement désorienté et le regard suintant un sentiment d'urgence et de détresse peu discret. La jeune shinigami à l'accueil déglutit et inspira profondément avant de s'avancer devant lui.

« Capitaine Kuchiki, le capitaine a donné des consignes pour vous. Elle est encore occupée avec le vice-capitaine Abarai et vous prie d'attendre dans son bureau.

L'air tout à fait non-coopératif du capitaine la força à rajouter un « s'il-vous-plaît » timide.

- Quel est... dans quel état est-il ?

Byakuya avait agrippé compulsivement l'épaule de la jeune fille qui tournait déjà les talons et la retint, les yeux fixés sur elle, attendant une réponse. Elle détourna les yeux et se mordit la lèvre inférieure, le menton tremblotant comme si elle luttait pour ne pas eclater en sanglots.

- L'état du vice-capitaine est critique... il...

Elle inspira profondément, le déchirement en elle se lisait sur son visage.

- Il a perdu beaucoup d'énergie. On ne sait pas comment accélérer le processus d'absorption de l'énergie sur un sujet inconscient.

Byakuya resserra sa main sur l'épaule de la shinigami.

- Et ses mains ?

Cette fois-ci, elle ferma carrément les yeux et un flot de larmes s'en échappa.

- On attend toujours l'arrivée de l'humaine Orihime pour cela...

Byakuya sentit son cœur défaillir, chaque seconde passée était une seconde perdue pour Renji. Il relâcha enfin l'épaule de la jeune fille.

- Vous le connaissez bien, fit-il.

Ce n'était pas une question, il constatait simplement que le chagrin de cette fille ne pouvait concerner n'importe quel patient anonyme.

- Mais oui... comme tout le monde ici. Il... il... était aimé.

Byakuya se sentit à nouveau écrasé par la dure réalité et il repoussa doucement la jeune femme.

- Montrez-moi où il est. Et ne vous avisez pas d'en parler au passé. Il s'en sortira. »

Parce que la certitude devait tout de même triompher, parce qu'il ne pouvait pas se permettre de désespérer de la force et de l'envie de vivre de son vice-capitaine, et parce qu'il ne voulait désespérer de la seconde chance qui lui était donnée d'aimer quelqu'un de tout son être sans connaître la déchirure d'une nouvelle perte.

Il fut mené au second sous-sol du bâtiment où se pratiquaient les soins les plus délicats, croisant des shinigamis portant au lieu du kosode habituel, une tenue entièrement blanche, fermées aux chevilles et aux poignets, et un bonnet couvrant leurs cheveux.

La jeune shinigami entra dans une petite pièce dans laquelle étaient alignés des placards de bois vernis.

« Attendez-moi ici », fit-elle en se vêtant de la même tenue que les autres.

Elle disparut quelques longues secondes qui semblèrent durer des heures à Byakuya, et puis revint, avec Hisane sur ses talons. Elle avait l'air presque aussi choquée que la jeune fille, mais serrait les dents, les yeux secs et l'air décidé.

« Capitaine Kuchiki, vous êtes autorisé à entrer, mais veuillez passer une tenue adaptée.

Elle lui indiqua un des placards de bois, qui se trouvait être une cabine juste assez grande pour contenir une personne, et lui tendit une tenue blanche.

- Ne gardez aucun vêtement que vous avez porté à l'extérieur, retirez tout.

Byakuya s'exécuta en ôtant ses keisenkan avec réticence.

Et alors que la jeune shinigami se retirait, il suivit Hisane dans une autre pièce, au bout d'un long sas qui la fermait hermétiquement. Dans la salle de soin, le capitaine Unohana et une demi douzaine de shinigamis s'activaient autour du corps inanimé de Renji.

Byakuya s'approcha rapidement, avide de voir, de savoir.

Renji était pâle comme un mort, entièrement nu de telle sorte que les marques des combats aux Enfers se voyaient sur tout son corps. Ses moignons étaient emprisonnés dans deux blocs translucides d'énergie spirituelle pure. Byakuya sentit le souffle lui manquer.

Et puis son regard fut attiré sur le côté, à la tête de Renji qu'un shinigami lui tenait fermement. Byakuya sentit une irritation soudaine en reconnaissant Agido Kiisu, l'air concentré. Il devait maintenir Renji dans un état d'inconscience tant qu'aucune solution n'était trouvée pour ses mains.

L'officier croisa le regard du capitaine et frémit avant de baisser le regard rapidement. Lorsqu'Agido avait compris ce à quoi aspirait Renji pour son dernier trip, il avait senti une intense sensation de défaite. Renji Abarai, aussi connu sous le nom du bourrin de la six, l'erreur de casting dans une division de gens plutôt pète sec, la brutasse sans cœur et sans cervelle, Renji Abarai avait craqué pour son capitaine, surnommé « capitaine Igloo » par la moitié du Seireitei pendant que l'autre moitié hocha la tête en soupirant mais n'en pensait pas moins. Et mine de rien, cela faisait partie des choses rangées dans la catégorie du « trop tordu pour être réel ».

Avec une vague nausée, il avait infligé au vice-capitaine des images enchanteresses du capitaine Kuchiki, sans oser jusqu'à le dénuder entièrement. Agido pouvait instiller de nombreuses idées, pensées et images à ses victimes... patients, mais parfois, par éthique personnelle, il ne pouvait pas en faire trop. Et là, si jamais Kuchiki apprenait d'une manière ou d'une autre qu'il avait nourri Renji de rêves cochons avec lui en guest star, Agido ne donnait pas cher de sa peau.

- Capitaine Kuchiki, veuillez reculer, nous rétablissons son énergie.

Byakuya tourna la tête vers Unohana.

- Je croyais que vous ne saviez pas comment le faire.

- Son organisme ne peut plus assimiler toute l'énergie spirituelle qui nous entoure ici. C'est pourquoi cette pièce a été spécialement modifiée pour filtrer l'énergie dans laquelle baigne le Seireitei. Nous-même devons nous relayer régulièrement pour maintenir notre niveau d'énergie à la normale.

Byakuya hocha lentement la tête, assimilant toutes les implications de ce qu'il entendait.

- Cela peut-il compromettre ses capacités de shinigami par la suite ?

Tous ceux qui avaient suivi la conversation entre les deux capitaines levèrent la tête, incrédule, en entendant cette question. Déjà, ils allaient essayer de le sauver, ensuite, il serait toujours temps de savoir s'il était toujours apte au service. Comme si Kuchiki n'avait déjà pas la réputation d'être un salaud froid et psychorigide !

Unohana fronça les sourcils et puis haussa imperceptiblement les épaules.

- Honnêtement, je n'en ai aucune idée, c'est la première fois qu'un tel cas se présente. »

Byakuya hocha la tête, partagé entre un regret étrange et assez dérangeant. Il réalisa avec un certain effarement qu'une partie de lui avait désiré que Renji ne soit plus apte au service. C'était tellement ridicule qu'il ne chercha même pas à en comprendre la raison et il revint au visage blanc de son vice-capitaine.

Quelques dizaines de minutes passèrent, plus longues et plus angoissantes que n'importe quel autre moment de sa vie. Il avait déjà connu des périodes de drame, de désespoir comme celle-ci, mais jamais aussi intensément et jamais aussi longtemps, et jamais avec la même incertitude qui lui dévorait le cœur. Lorsqu'Isana était morte, elle était malade depuis de longs mois et il savait à quoi s'attendre, il ne pouvait que pleurer sur son impuissance à la sauver. Là, il espérait malgré les signes de dégradation de l'état de Renji, et cet espoir d'un miracle le déprimait, il ne voulait pas devoir compter sur un miracle pour sauver son amant.

Aussi devait-il simplement compter sur la patience et l'habileté des guérisseurs de la quatrième division qui s'acharnaient à faire absorber à Renji la moindre particule d'énergie qui pouvait le ramener du bon côté de la barrière. Il se relayaient au chevet du vice-capitaine, en prenant soin de ne pas rester plus de quinze minutes dans la pièce. Et très vite Byakuya comprit pourquoi, en sentant une lassitude s'insinuer en lui. Loin de la fatigue naturelle qu'il ressentait après une mission éprouvante ou dans une situation tendue, c'était un sentiment de langueur, et il finit par comprendre que c'était parce que cette pièce ne laissait passer qu'une petite proportion du flux d'énergie spirituelle du Seireitei. Il sentit son attention baisser et son regard se détourna des gestes lents et précis d'Unohana qui parcourait le corps sans vie de Renji. Cette lassitude qui l'envahissait parvenait à mettre à mal même sa détermination à vouloir revoir Renji en vie. Même son espoir fou, sa volonté de faire advenir un miracle même contre toute attente, tout cela s'estompait doucement face à la fatigue de l'âme qui avançait inexorablement en lui. Dans un éclair de lucidité il réalisa que c'était à cause de cela que les guérisseurs devaient quitter la pièce régulièrement, par crainte que leur détermination à sauver leur patient ne disparaisse. Il ne repérait que Unohana et Agido qui restaient là continuellement, sans paraître atteint par cette dangereuse langueur. Et il prit le temps de se demander en quoi ces deux-là étaient plus fort que lui, et comment par le plus grand des hasards, pouvaient-ils espérer plus que lui la guérison de Renji.

En fait du miracle attendu, ce fut un shinigami qui entra à la volée dans la pièce, et courut vers Unohana pour lui murmurer quelques mots à l'oreille. La capitaine hocha la tête, et ce fut la première fois de leur vie que ses hommes la virent avec un air réellement impatient sur son visage.

« Faites-la entrer, vite ! » Lança-t-elle au jeune shinigami en le repoussant assez brusquement.

Et trois minutes plus tard, Orihime Inoue était là, le visage aussi grave qu'à l'habitude. Et l'habitude elle l'avait, à force d'avoir rafistolé des quasi cadavres pour une jeune fille de cet âge, elle avait vu bien trop de membres arrachés.

« Capitaine Unohana il y a...

- Venez ici, jeune fille, fit le capitaine à mi-voix. Le vice-capitaine Abarai a besoin de vos talents.

Inoue s'approcha, hésitante, impressionnée car c'était la première fois qu'elle se trouvait dans les salles de soins intensifs de la quatrième division.

Unohana la laissa s'approcher de la table sur laquelle était allongé Renji, Inoue eut un moment d'hésitation en voyant le capitaine Kuchiki en face d'elle, toujours penché sur le corps inanimé et puis elle se résolu à le saluer d'un bref mouvement de tête, sans trop savoir quelle attitude adopter.

- Pouvez-vous faire quelque chose pour ses mains, jeune fille ?

Orihime baissa la tête vers les mains en question et réalisa subitement qu'elles manquaient. Au passage, elle remarqua enfin que Renji était complètement nu sur la table de soin et ses joues s'empourprèrent malgré elle. Elle s'efforça ensuite de ne pas laisser son regard dériver vers l'entre-jambe du vice-capitaine, mais ce fut assez compliqué vu que, ses bras se trouvant le long du corps, les moignons étaient à peu près à ce niveau.

Elle balbutia.

- Je... je dois pouvoir y arriver. »

Et, déployant le soten kisshun sur les deux moignons, recouvrant les plaies béantes, elle s'ingénia à faire revenir à leur état normal les bras et les mains de l'officier.

Au bout de longues minutes, les mains commencèrent à se reconstituer, et l'os et la chair reprirent vie sous les yeux ébahis des shinigamis présents qui n'avaient pas encore vu la technique de l'humaine en action.

Lorsqu'elle retira son bouclier des mains de Renji, une seule personne bougea dans toute la pièce, figée face à un tel prodige qui défiait l'imagination. Byakuya tendit le bras, frôla du bout des doigts les doigts glacés de son amant, se remémorant le même frôlement quelques semaines plus tôt sur un plateau de go. Et puis résolument, il saisit la main inerte dans la sienne et la serra entre ses doigts avec l'espoir fou de transmettre par ce simple contact tout l'amour et toute la rage de vivre qu'il y avait en lui. Et puis ce fut le noir complet.

Quand la lumière apparut à nouveau, il était allongé et ouvrit les yeux sur un plafond de bois clair. Les draps rêches ne pouvaient pas le tromper : il se trouvait à l'hôpital. Aucun doute n'était possible : il avait fait un malaise, devant Unohana, devant la copine humaine de Kurosaki et devant une flopée de shinigamis de la quatrième. Et en plus, il tenait la main de Renji lorsqu'il s'était évanoui. Si ça ne faisait pas le tour du Seireitei en moins de deux heures, c'était à désespérer de la capacité de ragotage et de colportage de potins du personnel féminin de cette division.

Il se redressa sur le lit et observa la chambre. Il ne faisait pas souvent de séjours à l'hôpital central, mais à chaque fois il écopait d'une chambre avec une vue morne sur l'étendue des immeubles du Seireitei, alors qu'il y avait de très jolies chambres avec vue sur le jardin intérieur.

Il se releva, avisant son kosode et son hakama sur une chaise, et commença à se rhabiller.

Des pas rapides s'arrêtèrent devant sa porte et quelques coups retentirent avant que la porte ne s'ouvre.

« Bonjour capitaine Kuchiki.

L'officier Agido Kiisu se tenait devant lui, l'air bien moins frais que la dernière fois qu'il l'avait vu, le gratifiant d'une courte courbette. Byakuya le salua d'un hochement de tête et acheva de remettre son uniforme.

- Comment va Renji ?

- Bien, nous attendons qu'il reprenne conscience. C'est une question de jours.

Byakuya sentit un intense soulagement en lui, allégeant son cœur de la chape de plomb qui le recouvrait depuis qu'ils étaient revenus des Enfers. Il allait remercier l'officier pour les soins qu'il avait porté au vice-capitaine, mais quelques mots lui revinrent en mémoire, et il assassina littéralement l'officier du regard. Ce dernier s'immobilisa sur le pas de la porte et eut un sourire crispé.

- Ah ouais. Je ne sais pas qui a bien pu vous raconter quoi, mais ça fait longtemps que je n'ai pas touché au vice-capitaine Abarai.

Byakuya sentit sa fureur se répandre dans ses veines. Il avait donc bien compris l'attitude de cet officier au cours de leur mission. Il fulmina en songeant que Renji aurait pu le faire exclure de l'équipe, si ils avaient eu une relation. Mais il secoua la tête, les yeux mi-clos. Oui, en plus il devait faire comme si de rien n'était. Qu'un noble coincé soit choqué de voir son vice-capitaine coucher avec tout le monde était une chose, que ce noble tue un ex-amant du vice-capitaine en question pour lui apprendre à coucher avec, en était une autre, bien différente.

Et Agido, qui n'avait rien d'autre à faire dans la vie qu'emmerder Kuchiki, crut bon de reprendre.

- Ça fait quoi... au moins trois semaines. Ben... tient, c'était à l'occasion de son dernier séjour à l'hôpital. Pour tout vous dire, c'est presque comme une marque de fabrique. Moi, les patients sexy, je les aide à guérir.

Byakuya eut malgré lui une mimique à la fois choquée et amusée, ce qui fait que l'officier, se sentant en sécurité, franchit allègrement la ligne jaune.

- D'ailleurs, comme vous faites partie de cette catégorie, je peux vous proposer mes humbles services non ?

Le regard qu'il se prit en pleine face fut parfaitement polaire et dur, un peu comme un bloc de granit cryogénisé, en plus lourd.

- Vous me semblez épuisé, officier. Allez donc vous reposer.

Ou c'est moi qui vais vous faire reposer, était clairement sous-entendu.

- Vous devez avoir raison, capitaine Kuchiki.

- Le repos et le silence vous seront salutaires, officier.

Agido marqua une pause et perdit son sourire frondeur. C'était bien... une menace là ? Ou il avait rêvé ? Naan, le ton, doux et lourd à la fois, la manière de le fixer avec insistance en même temps. Et le choix des mots : le repos, comme le repos éternel de ceux qui sont trop audacieux, et le silence, comme le silence qu'il ferait bien d'observer sur tout ce qu'il avait compris et deviné ces derniers temps.

- Vous avez parfaitement raison, capitaine. À vos ordres. »

Et bien malgré lui, il se plia à la menace subtile de Byakuya, laissant passer le capitaine qui, après une mission épuisante, un vice-capitaine à deux doigts de la mort, et un évanouissement public, ne pouvait compter que sur sa haute et gracile silhouette altière, son élégance immuable et l'aura froide d'autorité naturelle qui émanait de lui pour sauvegarder sa dignité.

Il se rendit directement dans le bureau d'Unohana et entra sans frapper (oui, c'est un gros rebelle quand il veut) et annonça la couleur.

« Où est Renji ?

- Bonjour capitaine Kuchiki. Comment allez-vous ?

- Où est Renji ? Répondit Kuchiki, prouvant qu'il avait de la suite dans les idées.

- Dans une chambre au repos.

- Est-il sauf ?

- Oui, en parfait état de santé, il faut juste que son organisme assimile totalement la quantité nécessaire de reiatsu pour qu'il puisse reprendre conscience.

- Combien de temps ?

- Le temps qu'il faudra. Je ne suis pas magicienne, capitaine Kuchiki, et je vous recommande de prendre un peu de repos également, vous êtes resté trop longtemps dans la salle de soin intensif avec un flux de reiatsu trop faible pour vous. »

Sans répondre, Byakuya tourna les talons et au lieu d'obéir sagement aux recommandations de sa collègue, il shunpota directement à la treizième division (c'est qu'il est rebelle aujourd'hui ce petit).

Là encore, il chassa d'un coup d'aura meurtrière les quelques téméraires qui tentaient de lui faire comprendre que leur capitaine était malade. Et là encore, il entra dans la chambre de Ukitake sans frapper (oui, Ukitake n'était jamais dans son bureau, les malades se reposent dans leurs chambre, pas à leur bureau). Là, il découvrit le capitaine de la treizième en plein occupation de « curetage d'oreille » sur la personne du capitaine de la huitième division qui ronronnait de plaisir.

« Navré de vous tirer de votre... travail, prononça Byakuya avec un détachement louable mais pas du tout crédible.

- Byakuya...

- Haaï ! Fais gaffe Jushiro ! Protesta Kyoraku lorsque son ami perdit contrôle de l'aiguille qu'il utilisait pour lui curer l'oreille.

- Byakuya... heu.. tu vas bien ? Tu es remis de ton...

- Je me porte comme un charme. Pourrais-je occuper un peu de votre temps ô combien précieux ?

Kyoraku haussa un sourcil. Byakuya Kuchiki qui fait de l'ironie, c'est nouveau ça !

- Il va pleuvoir des poules là...

- Shunsui !

- Quoi ? C'est vrai, t'as vu, il a presque l'air normal là le pet...

avec une brutalité qui ne lui était pas coutumière, Ukitake repoussa son ami contre le sol, de manière à ce que seul le parquet soit témoin du fait qu'entre eux ils appelaient Byakuya « le petit ».

- Oui, que puis-je faire pour toi Byakuya ?

Me vouvoyer, me donner mon rang et arrêter de m'appeler par mon prénom.

- Ordonner un débriefing pour les membres de la mission en Enfer.

- Oh, il me semble plus opportun d'attendre que Renji soit totalement remis pour cela.

- Inutile. Le capitaine Unohana vient de me confirmer qu'elle est incapable d'estimer la durée que cela représente.

Ukitake ouvrit de grands yeux en repérant une petite étincelle de pure satisfaction en entendant le « incapable » de Byakuya. Elle devait vraiment avoir fait quelque chose de très grave aux yeux de Kuchiki pour qu'il exprime son hostilité aussi ouvertement.

- Bien dans ce cas... je pense... enfin, oui, c'est tout à fait possible d'organiser le débriefing pour demain.

Byakuya eut un léger froncement de sourcil. Ah oui, il avait oublié de demander combien de temps il était resté dans les vapes, et donc combien de jours s'étaient écoulés depuis leur retour.

Ukitake sourit doucement, de ce sourire tendre et paternel qui ne pouvait qu'énerver le jeune capitaine. Et puis faut dire aussi que ce qui suivit ne fut pas non plus pour le calmer.

- Tu es resté inconscient deux jours entiers.

- Je sais cela, mentit Byakuya sans la moindre hésitation. Mais j'ignore tout de l'état de santé des autres membres de l'équipe.

- Sauf celui de Renji, susurra Kyoraku avec un sourire en coin.

- C'est mon vice-capitaine, lança Byakuya sans réfléchir à tout ce qu'il pouvait y avoir de puéril dans cette réponse.

- Ooh « mon vice-capitaine », c'est trop mignon, couina Kyoraku dont le but, visiblement, était non seulement de faire enrager Byakuya, mais de s'arranger pour que celui-ci se ridiculise au passage. Non, parce que techniquement, il n'est plus ton vice-capitaine depuis que vous êtes de retour de mission. Ce serait plutôt à Hisagi de s'inquiéter pour lui. Enfin, moi pour ce que j'en dit.

- Shunsui ! Le réprimanda Ukitake, un peu gêné de la conduite de son ami.

- Oui ? Demanda innocemment ce dernier, un sourire malicieux sur les lèvres.

- Bon, Byakuya, les autres membres de la mission sont toujours au repos à l'hôpital central, sauf Rukia et Ichigo qui ont repris leur service.

Kuchiki fronça à nouveau les sourcils.

- Ils sont retournés...

- Non, bien sûr que non. Nous sommes en train d'étudier les effets de la privation d'énergie spirituelle sur notre physiologie, en collaboration avec la douzième division et Rukia est là-bas pour...

- Vous avez laissé Rukia chez Kurotsuchi !

- Ichigo est avec elle, rien à crain... attends, Byakuya, ça ne sert à rien, ils ne sont pas seuls, deux de mes officiers techniques y sont aussi, et j'ai l'assurance de Kurotsuchi qu'il ne leur sera fait aucun mal.

Le regard noir de Byakuya signifiait littéralement « tu sais où tu peux te la foutre ton assurance ? » Kyoraku esquissa un nouveau sourire narquois et Ukitake rougit violemment. Même sans l'entendre, savoir que Byakuya Kuchiki peut penser ce genre de choses est très choquant quand on a contribué à son éducation (de gosse de riche).

- Enfin, ils sont là, Saori Sasakibe, Ebisu Katsuo et Rangiku Matsumoto sont au repos, l'officier Agido a repris un service allégé auprès du capitaine Unohana. Et puis la petite chose que vous avez ramené est collée au vice-capitaine Matsumoto, nous attendons le bon moment pour l'étudier de plus près.

- La petite chose ?

- Oui, qui se fait appeler... je ne sais plus comment. Bref, elle était accrochée à Rangiku Matsumoto quand vous êtes revenu au Seireitei. Et vue l'état de la situation, il était plus qu'hasardeux de la renvoyer dans son monde. Et puis comme ça on a un spécimen à étudier.

- Epothis.

- Pardon ?

- Epothis, c'est son nom. C'était la... mascotte d'un des chefs de guerre que nous avons vu là-bas.

- Peu importe. Bon, je vais convoquer une réunion de débriefing pour demain matin, ça te va ?

- Parfait. »

Et arrêtez de me tutoyer bordel de merde ! J'ai plus douze ans !

Et cette fois-ci, Kyoraku partit d'un grand éclat de rire, prit d'une hilarité devant l'air choqué de Jushiro. Et ce dernier essaya bien d'expliquer à son jeune collègue que pour lui, il serait toujours ce petit gamin soupe au lait qui grognait quand il perdait un combat. Choqué par tant de sournoiserie, Byakuya sortit sans plus attendre. S'il restait, il allait encore avoir droit aux éternels souvenirs de « quand-tu-étais-petit-si-mignon ».

- Ahahaa je me lasse jamais de ses visites.

- Tu es odieux !

- Jushiro... tu l'as trop gâté... c'est pour ça qu'il est comme ça.

- Mais enfin, je te rappelle que je ne suis pas le seul responsable. Un enfant s'éduque à deux, tu as ta part des torts. »

Kiyone qui passait par là, vaquant à ses tâches journalières, ouvrit de grands yeux et puis haussa les épaules en soupirant. Parfois (souvent en fait), il ne fallait pas chercher à comprendre.

Kuchiki n'était pas parti bien loin, il s'était précipité à la douzième division, arracher sa sœur des griffes (ou de la griffe) de Kurotsuchi. Comment Ukitake avait-il pu laisser ce malade mental mettre les mains sur Rukia ? Comment avait-il pu penser une seule seconde que ce cinglé pourrait résister à la tentation de faire des expériences malsaines sur un sujet aussi tentant que Rukia ?

Dans la salle principale de la douzième, il congela tout le monde du regard, et fit trembler le bâtiment sur ses fondations. Il attrapa le shinigami le moins abasourdi et lui fit « poliment » indiquer l'endroit où se trouvaient les otages... les shinigamis de la treizième division.

« Capitaine Kuchiki ?

- Byakuya ?

- Gni ?

Il y avait là un shinigami de la treizième en blouse blanche pour faire sérieux, un shinigami remplaçant/intérimaire/humain moins respectueux que jamais, et un shinigami de la douzième, qui apparemment ne maîtrisait pas entièrement les bases du langage articulé.

- Où est Rukia ?

- Heu... Ichigo s'interdit de sortir une réponse bête, style « dans ton cul ».

- Gniiii...

- Dans le laboratoire avec le capitaine Kurotsuchi.

- Vous l'avez laissé seule ?

En pauvre innocent, l'officier technique de la treizième hocha la tête et expliqua.

- C'est que le capitaine voulait procéder à un examen médical, alors... ben, ça aurait été inconvenant d'assister... je veux dire, Rukia est une jeune fille.

- Un examen médical ?

- Ben ouais.

Byakuya se serait volontiers attardé pour tuer les trois abrutis présents mais il lui sembla subitement plus urgent de tirer sa sœur hors des griffes perverses du capitaine le moins sain d'esprit de tout le Seireitei (oui, même moins que Zaraki Kenpachi).

- Où est la salle d'examen ? »

Les trois gars lui montrèrent une vitre teintée à l'autre bout de la pièce dans un bel ensemble. Et la seconde d'après la vitre et le mur autour avaient disparu. Juste comme ça, évaporé. Bon, ça avait peut-être un léger rapport avec les pétales de cerisiers qui traînaient un peu partout par terre. Et Byakuya s'engagea sans hésiter par l'ouverture béante. Les trois gars hésitèrent bien un peu. Avec un peu de chance, ils verraient Byakuya Kuchiki tuer Mayuri Kurotsuchi. Mais s'ils étaient malchanceux, ils verraient Rukia en petite tenue et se feraient tuer à leur tour.

Mais rien de tout cela n'arriva car ils entendirent un « Rukia, rhabille-toi » avant même d'être sur les lieux.

« Vous être en train d'interrompre un examen des plus instructifs, protesta Kurotsuchi avec véhémence.

- Trouvez-vous un autre cobaye, Kurotsuchi. »

Et sans plus de mots, ils virent, dans une scène digne des plus beaux contes de fée, le preux chevalier se jetant au secours de la princesse en détresse, la prenant dans ses grands bras tous musclés, portée comme une princesse, et s'en allant sur son fougueux destrier hors d'atteinte de l'immonde adversaire. En l'occurrence, pas besoin de canasson, un petit shunpo de pro et les deux Kuchiki furent de retour dans leur grande baraque de riches.

« Mon frère... tenta Rukia, qui se remettait difficilement de sa surprise.

- Ne dis rien, Rukia, rien de tout cela n'est de ta faute. Jamais Kurotsuchi n'aurait dû être autorisé à se livrer à des expérimentations sur toi.

- Mais il s'agissait d'examiner l'effet de la privation d'énergie...

- Oui, on m'a rapporté ce prétexte. Cela ne fait aucun doute que Kurotsuchi s'apprêtait à se livrer à des expériences honteuses sur vous tous.

- Mais Ichigo est resté là-bas.

- Il saura se débrouiller. »

Et puis surtout, Byakuya se foutait comme de son premier cadavre de ce qui pouvait arriver à Ichigo. Si cet humain avait survécu à Aizen, il pouvait bien se faire un peu charcuter par un cinglé de moindre envergure.

Alors que Rukia reprenait ses marques dans la grande salle de réception des appartements de Byakuya, ce dernier s'assit, un peu trop raide, nerveux et mal à l'aise.

« Rukia, viens t'asseoir ici, j'ai à te parler.

Il inspira profondément et essaya de mettre en ordre ses pensées. Il s'était préparé à bien des conversations dites « délicates » avec sa sœur adoptive, il s'était même entraîné pour présenter des choses « délicates » de la meilleurs manière qu'il soit. Mais ça, non, jamais, il n'avait jamais prévu qu'il aurait un jour à dire à sa sœur « je fréquente l'abruti qui te sers de meilleurs ami, merci de ne pas l'ébruiter ». Non, jamais. Et il ne savait pas trop par quel bout commencer. Bon, autant commencer par le début.

- Demain nous aurons un débriefing de cette mission à la capitainerie de Ukitake.

- D'accord.

- Il me semble que certains détails de notre sauvetage du reste de l'équipe sont à passer sous silence.

- Quelques...

Rukia laissa ses mots en suspens en cherchant ce à quoi pouvait bien faire allusion son frère. Ce n'était pas son genre de trafiquer des rapports de mission, alors qu'est-ce qui pouvait bien expliquer...

Une image s'imposa à elle. Renji sur le sol, à moitié mort, Byakuya le serrant dans ses bras, l'air paniqué. La remarque de Renji se mit à résonner à ses oreilles. « Je l'aime, il m'aime », l'air choqué d'Ichigo, la fureur de Byakuya. Elle déglutit avec difficulté.

- Je crois voir de quoi vous parlez.

- Si ces détails sont à taire, c'est parce qu'ils n'ont pas leur place dans un rapport de mission. D'ailleurs, ils n'ont leur place nulle part dans les arcanes de l'administration du Seireitei.

Rukia hocha docilement la tête. Vu le détachement avec lequel son frère en parlait, elle commençait à douter de la nature exacte de ce qu'elle avait vu. Si vraiment il y avait quelque chose entre Renji et Byakuya (et elle se sentit nauséeuse à cette simple pensée) il ne pouvait pas réagir aussi calmement, avec un tel détachement et une telle tranquillité. Il aurait dû être en train de lui ordonner de garder le silence.

En revanche, ils ont toute leur place dans cette maison. Et je suis disposé à répondre à toutes les questions que tu aurais à ce sujet.

Et comme il se tournait vers elle avec le même regard neutre, elle se sentit encore plus mal à l'aise. Non, quoi qu'il y ait entre son frère et son vice-capitaine, elle ne voulait pas en savoir plus. Elle repartirait pour le monde des humains dans quelques jours et elle oublierait tout.

Mon frère, c'est... Je crois que c'est bon, je n'ai pas de question. Si vous le permettez, je vais aller me reposer.

Bien sûr, fit Byakuya, un peu déçu, il s'était attendu à des questions malsaines de fille, et comme rien ne venait, il salua sa sœur et la laissa partir.

Le lendemain au débriefing, tous étaient présents et tous sentirent dès le début que le capitaine avait l'intention de mener la réunion et de ne rien laisser lui échapper. Et tous ceux qui avaient un QI plus élevé que celui d'une moule cuite devinaient pourquoi (Ukitake avait deviné pourquoi, pour les autres, c'est un peu plus incertain). Au milieu de ceux qui avaient légitimement leur place à cette réunion, on trouvait en plus Hitsugaya qui avait décidé d'accompagner Rangiku, Kyoraku, qui avait décidé de s'incruster, Chojiro Sasakibe qui était là légitimement comme chef de l'administration du Seireitei et Hisagi qui prétendait remplacer Renji, puisque la question de son affectation n'était toujours pas réglée.

Lorsque Matsumoto, en sa qualité d'officier d'exécution le plus gradé, faisait le compte rendu des événements, décrivant par le menu le processus qui avait conduit Renji à détruire les cavernes et donc à déclencher une véritable guerre civile en Enfer. Vers la fin, lorsque les sujets « sensibles » revinrent sur la table, notamment le comment du pourquoi Renji s'était retrouvé sans mains. (Pas de main, pas de pain au boursin, fit remarquer astucieusement Ichigo qui se prit un regard assassin du capitaine et un sourire plein de dents pointues de la part d'Ebisu qui avait faim).

« Et donc Renji a plongé pour récupérer le zanpakuto du capitaine Kuchiki, et là, l'être des Enfers nommées Eperkomai l'a immobilisé au sol.

Ukitake écoutait le tout avec un sourire bienveillant. Et puis lorsque Matsumoto hésita, lança un regard à Kuchiki, et puis reprit d'un ton plus assuré, Ukitake haussa les sourcils et inspira profondément. Ça-y-est, ils commençaient à se foutre de sa gueule.

- Et c'est tout ?

Matsumoto eut un sourire crispé.

- Ben oui.

- Vous n'oubliez rien ?

- Ben non.

Sous le regard polaire de Byakuya, Rangiku tenta bien de détourner les yeux, sans succès. Hypnotisée par ce regard, comme un lapin prit dans les phares d'une voiture, elle ne put prononcer aucun mot. Prudemment Sasakibe gardait le silence, bien consciente qu'il y a des choses dont il ne faut pas parler (et ça, quand on est à la onzième division, on en sait un rayon de ce côté là). Agido affichait un sourire narquois, étalé d'une oreille à l'autre, mais n'aurait pour rien au monde prit le risque de prononcer un mot. Ebisu bavait sur son kosode, à moitié endormie, les réunions n'ayant jamais été son fort.

- Bien... bien... autre chose ?

Rangiku déglutit et continua.

- Capitaine, ceci est ma version des faits et je m'y tiendrais. Je souahite aussi dire que... quoi que le vice-capitaine Abarai ait pu faire... et en dépit de l'attitude que j'ai tenu sur le moment, je pense qu'il a eu raison. Plus que raison, il a eu le courage de faire ce que personne n'osait faire.

Elle lança un regard en coin à Byakuya et continua sans remarquer son air intrigué.

- Aussi incompréhensible soient parfois ses actes, je respecte ses choix. Il sait prendre de grands risques lorsque cela en vaut vraiment la peine.

Ukitake se tourna vers Sasakibe et insista.

- Et vous, que pensez-vous de la décision du vice-capitaine de détruire ce cavernes ?

Saori secoua la tête. Quoi qu'elle ait à dire, il fallait rester le plus neutre. L'insistance du capitaine Ukitake pouvait servir à embarrasser Kuchiki, mais elle sentait qu'il y avait quelque chose de plus.

- Qu'il ait pris un choix contre notre avis compte peu, si on considère que ce choix s'est révélé payant et judicieux.

- Approuvez-vous ou non ?

- Je n'ai pas à approuver. Abarai est mon supérieur hiérarchique, je n'ai pas de jugement à formuler sur ce qu'il fait.

Ukitake eut un sourire bienveillant et puis se tourna vers Ichigo et Ebisu, l'un à côté de l'autre s'ingéniaient à regarder les nuages passer par la fenêtre.

- Bien. Je pense que nous avons fait le tour. Capitaine Kuchiki, en tant que chef de cette mission, qu'en pensez-vous ?

- Compte tenu des circonstances, la décision ne pouvait être prise de manière purement rationnelle. Aussi je porte l'entière responsabilité de ce qui s'est passé aux Enfers. Et je soutiens le vice-capitaine Abarai dans cette décision.

Dans le silence qui suivit on entendit presque Kyoraku pousser un « c'est meuuuugnooon », mais il ne fit que le penser très fort sous le regard de plus en plus meurtrier de Kuchiki.

Finalement, lorsqu'Ukitake décida qu'ils n'iraient pas plus loin dans leur débriefing, il résultait que les choses avaient été menées du mieux possible, que Renji était vraiment un bon chef tout compte fait et que, concernant ce qui s'était passé entre Byakuya et son ex-vice-capitaine, la moitié du Seireitei pouvait bien être au courant, ils garderaient tous le silence. Pas par peur des représailles mais pas respect et par dévouement pour Renji (et puis aussi un peu par peur des représailles aussi).

Et pendant que Byakuya passait ses journées à 1) veiller au silence de ceux qui avaient vus, 2) rétablir un rythme de travail normal dans sa division, 3) comploter des trucs inavouables (si, si, si, vous verrez), pendant ce temps, certains glandaient allègrement.

Tenez, par exemple, Ichigo et Rukia se retrouvaient régulièrement à l'hôpital devant la chambre de Renji dans laquelle ils étaient formellement interdits de visite. Finalement, ce fut Agido qui fut envoyé pour les faire déguerpir. Il y parvint assez facilement en pelotant joyeusement le fessier du jeune humain.

« Espèce de malade !

- C'est normal, on est dans un hôpital ici.

- Pervers !

- Puceau.

- Aah ta gueule ! »

Et on ne les y revit plus.

Ichigo tenta de se réfugier à la onzième division, mais inexplicablement, il s'y fit accueillir plutôt froidement par Ikkaku, s'engueula méchamment avec lui, et ils finirent par se latter la gueule sans retenir leurs coups. Ce qui fait que rapidement, Ichigo se retrouva lui-même dans une petite chambre dans l'infirmerie spéciale de la onzième division, sous les yeux éplorés d'Inoue.

Quant à Rukia, forcée de reprendre momentanément sa vie de petite sœur Kuchiki en tête à tête avec son terrifiant grand frère. L'ambiance au manoir Kuchiki était sérieusement plombée par le fait que Rukia avait entraperçu un aspect de Byakuya qu'elle aurait préféré ignorer.

Au bout de quatre jours de ce rythme, elle osa tout de même une brève remarque. Ce n'est pas qu'elle ait vraiment envie d'avoir tous les détails, mais quand même. Ce n'était pas que de la curiosité féminine, mais quand même un peu. Ce n'était pas qu'elle s'intéresse à la vie sentimentale de son chef de famille. Mais seulement... seulement c'était Renji, et Renji était son meilleur ami... et un queutard de première. Elle l'avait toujours vu sauter sur tout ce qui bougeait, et de l'autre côté, Byakuya était veuf et chaste depuis cinquante ans. Alors de ce mélange explosif que pouvait-il sortir de bon ?

Ce fut un soir, alors qu'ils partageaient une légère collation. Elle leva les yeux et rompit le silence de mort.

« Hem...

Byakuya posa sur un elle un regard curieux.

- Tu as quelque chose à me dire Rukia ?

- Non je... oui, c'est vrai, mais je ne sais pas comment le formuler.

Byakuya tenta d'adoucir son ton au maximum, sans prendre l'air trop troublé. Car d'ordinaire ils ne communiquaient que pour le minimum d'informations nécessaire.

- Parle, tu n'as pas à hésiter.

- Ce dont vous aviez commencé à me parler l'autre jour...

- Oui ?

- Je veux dire, Renji. Et... ce qu'il ne fallait pas mentionner au rapport de mission.

- Oui ?

Elle inspira profondément et trouva au fond d'elle une once de courage pour oser dire ce qu'elle avait dire.

- Je connais bien Renji. Je ne peux pas imaginer... ça ne peut pas être sérieux. Il ne sait pas être sérieux... dans ce domaine.

Byakuya eut un moment de surprise et reprit son souffle. Finalement, entendre les remarques de Rukia sur sa vie sentimentales le mettait réellement mal à l'aise. Il avait presque envie de lui demander de quoi elle se mêlait, mais bon, puisque c'était lui qui l'avait invitée à poser des questions initialement.

- S'il ne sait pas, il va apprendre.

Et l'ombre d'un sourire décidé passa sur ses lèvres. Rukia eut un haut le cœur et se sentit définitivement mal. Plus jamais de questions de ce genre, surtout pour avoir des réponses d'adolescente amoureuse.

- Si vous le dites...

- Ne t'inquiète pas pour ce genre de détail, Rukia. J'espère que tu n'es pas choquée.

Et pour une fois, des deux, ce fut Byakuya qui sentit un long trait de sueur froide lui glisser dans le dos. Car le regard noir qui lui asséna sa sœur aurait pu se traduire en substance par « j'ai rarement été plus choquée de toute ma vie, il se peut que je ne m'en remette qu'en faisant semblant de ne rien savoir à vie, merci mon frère pour ce nouveau traumatisme ».

- Hem... je... »

Et là encore, pour une fois, ce fut à son tour de ne pas savoir quoi dire. Finalement Rukia se releva et salua Byakuya d'une légère courbette. Et fila dans sa chambre pour oublier pour de bon ce qu'elle venait d'entendre.


« Alors si je comprends bien, la mission est un succès, tout le monde est au courant pour nous mais personne ne dira rien, Rukia risque de me détester et... et c'est tout ?

Byakuya, qui était toujours à trois centimètres de Renji, s'approcha encore un peu, ce qui fit rosir le vice-capitaine.

- Non, demain, nous avons un conseil de capitaines, et tu y seras attendu.

- Gnein ?

- Tu es convoqué au conseil des capitaines qui a lieu demain.

- Pourquoi ?

- Tu verras bien.

- Vous restez ici cette nuit ?

- Que... tu...

Aussi aguicheur pouvait-il être par (de rares) moments, Byakuya se sentit tout de même pris au dépourvu par une telle invitation.

- Tu... tu...

Il en perdait ses mots, le pauvre petit.

- Tu es terriblement subtil aujourd'hui, fit-il d'un ton clairement désapprobateur.

- Pas moins que d'habitude. Vous restez ? En plus vous avez déjà commencé à enlever vos vêtements, ce serait bête de s'arrêter en si bon chemin.

- Il est encore tôt.

- Ah, parce qu'il y a un horaire à respecter en plus ?

Byakuya sentit sa surprise passer, son agacement s'estomper et une soudaine tendresse pour les instincts débridés de son amant reprit le dessus. Être aimé lui avait longtemps été étranger, être désiré sexuellement était une expérience tout à fait nouvelle. À la fois choquant et flatteur, il se demanda s'il arriverait à trouver cela normal un jour.

- Et tu n'es pas en état.

- Ah ? Parce que la première qu'on l'a fait ici à l'hôpital, j'étais en état peut-être ?

Byakuya lutta désespérément pour ne pas rosir, mais la chaleur qui se propageait sur ses joues lui indiqua clairement que c'était un échec.

- Demain sera une rude journée.

- Justement, il me faut du courage.

Et là, face au regard parfaitement outré du capitaine, Renji eut un sourire style « les dents de la mer ».

- Inutile de lutter, j'ai des années d'expérience pour contrer toutes les excuses que vous pourriez avancer.

Le capitaine recula un peu et fronça les sourcils. Justement, parlons en des années d'expérience. Renji déglutit. Okay, là, j'ai merdé quelque part.

Byakuya s'assit un peu plus droit sur le bord du lit et croisa ses mains sur ses cuisses, l'air subitement fermé.

- Il me semble qu'il y a un point à éclaircir rapidement.

- Comme vous voulez.

- Ce que j'ai entendu lors de notre mission, par le vice-capitaine Matsumoto...

- Ah ça.

Putain, il a une bonne mémoire, moi j'avais presque oublié. Et puis surtout, j'avais prié très fort pour qu'il oublie tout. Tous ces dieux sont ingrats, on les prie, on les prie et ils ne font rien pour être aimables.

Byakuya leva la main, empêchant Renji de dire la connerie qu'il s'apprêtait à dire.

Le passé est le passé. Mais j'aimerais que ce soit clair : cette attitude est terminée.

- Capitaine, je ne trompe pas mes partenaires.

- Ah oui ?

- C'est juste...

Il inspira profondément.

- Tu es inconstant ?

- Nan. On peut dire plutôt que je ne suis pas monogame par nature.

- Au risque de me répéter, tu vas apprendre à savourer les joies de la monogamie.

- Je sais bien, j'ai déjà commencé. C'est juste que...

- Je ne veux pas savoir ce qui a pu t'éloigner de tes précédents partenaires. Laisse-moi juste te convaincre que cela ne se passe pas comme ça avec moi.

- J'en suis déjà convaincu, capitaine.

Renji inspira profondément. Il ne savait pas bien analyser ce qui se passait en lui, mais ce qu'il savait, il voulait le lui dire. À lui, et seulement à lui.

- Je...

Byakuya hocha la tête et lui fit signe de continuer. Lui aussi avait terriblement besoin de savoir ce qui se passait dans cette petite tête de mule, et dans ce cœur qu'il voulait saisir enfin.

- Je ne supporte pas de souffrir.

Les quelques mots de Renji le frappèrent et il écarquilla les yeux pour de bon.

- Que... je ne vois pas ce que...

- Il y a des années de cela, j'ai souffert d'une perte inestimable.

Renji marqua une pause et déglutit. Aurait-il besoin de préciser où est-ce que Byakuya allait comprendre ? Dans le doute, il en resta là.

- Depuis, cela m'est incroyablement difficile de me lier. Je ne peux pas... être entièrement à quelqu'un, ou accepter entièrement quelqu'un, sans craindre jour et nuit de perdre cette personne.

Byakuya ouvrit la bouche et se força à respirer. Ce que personne n'avait jamais entendu de Renji, ce qui expliquait bien des choses.

- Se donner entièrement, et tout prendre de l'autre. Lorsque le destin nous sépare, c'est comme perdre une partie de soi. Et c'est trop. Je préfère encore donner ce que j'ai, sans me donner moi-même. Je préfère ne pas être lié aussi profondément. Je pense que je ne supporterai pas de connaître à nouveau cette souffrance.

- Nous ne sommes pas éternels... aucun de nous.

- Ce n'est pas ce genre de perte que je crains. C'est de voir...

- Oui ?

- C'est de voir quelqu'un à qui je peux me livrer sereinement s'éloigner de moi.

Ainsi formulée, cette crainte prenait une toute autre dimension, une dimension quasi pathologique.

- Tu fais bien de m'en parler, approuva Byakuya en songeant que décidément, la vie de shinigami n'aidait pas à faire des êtres équilibrés (c'est même en fait plutôt l'inverse). Cela étant dit... n'espère pas employer ce triste complexe pour te jouer de moi.

Renji eut un pauvre sourire.

- Ben non, pas une seconde.

Pour faire simple, l'idée de quitter Byakuya lui faisait positivement peur. Cela le terrifiait. Le jour où ça ne lui retournerait plus les tripes, il pourrait commencer à se poser des questions sur sa fidélité à son amant. Mais en attendant, il voulait être avec lui. Il voulait être en lui, sur lui, sous lui. Il voulait être lui. Sa bouche s'ouvrit toute seule, son cerveau réalisa seulement ce qu'il était de penser et tout ce qu'il put faire fut d'attraper les mains de Byakuya, les tirer vers lui, et l'embrasser désespérément. Et ce dernier le sentit parfaitement, la goût salé du désespoir sur les lèvres de Renji.

- Pourquoi es-tu désespéré ?

- C'est rien, ça va passer... murmura le vice-capitaine, tout en tirant plus près de lui encore son amant. Ça va passer si vous m'aidez.

- Bien sûr, ajouta Byakuya, enlaçant doucement le corps encore faible de Renji.

Il le laissa se blottir tout contre lui et passer ses mains sous sa veste de kimono, tirant lentement sur le tissus soyeux du kosode, comme pour le retirer sous le kimono noir.

Les lèvres de Renji effleurèrent la peau, cherchant, quémandant, implorant. Et le capitaine répondit, se pencha, se cambra, resserra son étreinte. Et puis, doucement, pendant que Renji s'évertuait à couvrir le cou et le menton d'une blanche marmoréenne de tendre baisers, les bras se tendirent et les mains se crispèrent sur les épaules.

- Il ne faut pas, hoqueta Byakuya en sentant une sensation chaude et mouillée tracer le relief de sa clavicule.

- Si. Ça fait bien assez longtemps. Tout le temps de la mission. Et puis j'ai eu peur.

Byakuya se dégagea fermement de l'emprise de son amant.

- La peur, ni la fatigue, ni le désespoir ne sont des raisons pour se livrer à ce genre de conduite.

- Non... mais je vous aime. Ça ne suffit pas comme raison ? »

Byakuya dévisagea Renji devenu subitement très sérieux, et se perdit dans le regard clair qui l'implorait très sincèrement, sans dissimulation, sans arrière-pensées, sans chercher à le tromper. Et il se maudit d'être si faible face à ce regard, et incapable de résister plus longtemps.

À nouveaux leurs lèvres se rencontrèrent, doucement, calmement, comme pour une simple caresse, sans se presser, sans se brusquer.

Byakuya sentit le soupir de soulagement s'échapper des lèvres de Renji avant de sourire doucement du bout des siennes. Il se pencha un tout petit peu en arrière, et laissa Renji lui saisir les poignets et l'allonger sous lui. Pas désagréable, songea-t-il en sentant la pression des doigts de Renji sur sa chair.

À nouveau les sensations humides reprirent sur sa peau. Son cou, son torse, son ventre. Il n'avait même pas besoin de regarder, il savait d'avance ce que Renji allait faire, les endroits où il se rendait à chaque fois. Pas qu'ils aient passé tant de temps que ça à se toucher, mais il suffisait à Byakuya de se rappeler dans quelle direction regardait Renji lorsqu'il le croisait. En dessous du sternum, entre les côtes flottantes, dans le creux de l'aine, l'intérieur des cuisses... Et cela ne manqua pas. Byakuya eut un petit sourire, il aimait avoir raison.

Et puis Renji se redressa, essoufflé, ce qui alerta plus que nécessaire le capitaine. Il aurait bien voulu se redresser aussi, lui faire face et lui caresser tendrement le visage, mais ce grand escogriffe le tenait encore par les poignets, comme le dernier des violeurs. Alors il se résigna à casser l'ambiance en parlant.

« Renji ? Tout va bien ?

Un sourire un peu crispé sur les lèvres, et le vice-capitaine hocha la tête d'une manière moins que convaincante.

- Juste un peu fatigué.

Et Byakuya hocha la tête avec méfiance.

- Allons à ton rythme, » murmura-t-il, comme pour se convaincre qu'il n'était pas en train de mettre la vie d'un blessé grave en danger.

Et Renji soupira tout doucement, laissant un souffle chaud passer sur la peau de Byakuya, balayer l'hésitation et le doute, emporter l'inquiétude et raviver la flamme vacillante d'une ferveur amoureuse. Et puis il écarta les pan du kosode, et appuya son visage contre le bas-ventre de Byakuya, effleurant juste ce qu'il fallait pour provoquer l'excitation sans l'exacerber. Du bout des lèvres, il parcourut le relief de plus en plus familier, du pubis, du creux de l'aine et puis du sexe de son capitaine. Il sentit ses lèvres se fatiguer et sa bouche se crisper... alors qu'il n'avait encore rien fait. La fatigue. C'était vrai, il était simplement fatigué... mais très fatigué.

Alors il s'occupa rapidement de l'objet de son désir, et entoura le membre raide de son amant de sa bouche. Byakuya hoqueta, et Renji se demanda s'il était surpris ou simplement ému une main s'échappa de sa prise et vint se glisser dans la masse de ses cheveux rouge. L'autre tenta de se délivrer mais Renji tint ferme, et Byakuya s'obligea à se mordre la lèvre pour ne pas crier de plaisir. Il se mordit la lèvre jusqu'au sang, affolé par la subite avalanche de sensations qui remontaient de son entre-jambe à son ventre, dévorant son torse, nouant ses entrailles et finalement, laissant sa gorge en feu, incapable ni de parler, ni de respirer, et encore moins de se retenir de gémir.

Renji sourit intérieurement en entendant les cris. Il avait toujours soupçonné Byakuya de se retenir, là, comme ça, c'était bien mieux.

Il inspira profondément et se remit au travail, prenant toujours plus profondément son capitaine en lui, passant sa langue le long du membre dressé, jouant de tous les muscles de ses joues pour l'amener aux limites de la jouissance. Le hakama débraillé tout autour de lui et dans ses cheveux, la main tremblante de Byakuya, Renji n'eut qu'un léger mouvement à faire pour que son amant relève les genoux et écarte un peu plus les jambes. La lassitude qui se répandait dans tous ses os l'empêchait de faire beaucoup plus, mais Renji voulait que ça, cette petite gâterie qui pour certains n'est même pas du sexe, soit quelque chose d'excellent.

Le membre dur entre ses lèvres, la veine sinueuse qui courrait tout du long et la sensation de chaleur, palpitante, vibrante dans sa bouche. Une main libre qui massait fermement son crâne, tirant quelques petites cheveux, emmêlant les autres, par poignées, sans douleur, sans brutalité, sans colère. À nouveau la sensation un peu amère dans sa bouche, sa salive qui coulait le long de son menton, qu'il ne pouvait pas avaler. Sa propre main libre qui errait, caressant la peau fine des testicules, brossant la toison pubienne, massant doucement cet endroit tendu révélant l'os de la cuisse lorsque les jambes sont parfaitement écartées. Et puis il porta sa main sous la cuisse, remontant vers les fesses, et creusant le fin sillon, luttant contre le poids du corps qui l'écrasait.

Et puis la sensation au bout de ses doigts. L'anneau de muscles tendus, la chaleur. Il humidifia ses doigts d'un peu de salive, bien conscient que cela ne serait pas d'une grande utilité.

Tout le temps qu'il mit à revenir entre les fesses de son amant, il sentit la longue main fine de celui-ci passer et repasser dans ses cheveux, effleurant ses tempes, le contour de ses oreilles et puis descendant presque dans sa nuque. Et cette main ne le pressait pas, ne lui tirait plus les cheveux, elle se contentait de le guider, d'approuver sans un mot, d'encourager sans un murmure.

Lorsqu'il le pénétra des doigts, seule une crispation subite rappela à Renji qu'ils n'avaient pas goûté à cette saveur là depuis quelques temps. Mais bientôt, ils furent simplement prêt l'un comme l'autre. Et Renji réalisa ce que signifiait son envie « d'être lui » : le besoin de voir le monde à travers ce regard froid, l'envie de savoir ce qu'il ressentait à chaque instant. Et il réalisa également que c'est ce qu'ils faisaient depuis le début, cette main dans ses cheveux, c'était Byakuya qui lui indiquait tout ce qu'il vivait.

Il plongea ses yeux dans les siens, prêt à le prendre, et il sentit la main serrée sous la sienne se fermer en un poing.

Renji eut un demi soupir. Autant de lassitude que d'étonnement.

« Vous pensez encore que c'est mal ?

Byakuya ne détourna pas le regard, mais il ferma les yeux et eut un pauvre sourire qui était, à lui seul, une réponse.

- Ce n'est pas mal.

Renji gémit en s'enfonçant dans le corps de son amant avec lenteur. Il inspira profondément, relâchant toute la tension que provoquait la chair serrée autour de son sexe.

- C'est la chose...

Il entama un mouvement de va-et-viens lents et réguliers.

- ... la plus naturelle du monde.

Byakuya ouvrit de grands yeux, laissant échapper quelques petites larmes, et creusa les reins pour accueillir plus profondément en lui son amant.

- Et la plus belle qui soit.

À bout de souffle, Renji tira la main de Byakuya qu'il tenait toujours fermement serrée dans la sienne.

- Et ça... c'est la preuve que ce que nous faisons est bien.

Byakuya secoua la tête, sans comprendre, emporté par les mouvements de hanche de Renji.

- Parce que nous... sommes l'un l'autre... ensemble.

Et il s'écroula, abattu par la jouissance, sur le corps palpitant de Byakuya qui avait jouit également, transporté par la puissance de l'étreinte dont le gratifiait son lieutenant.

À mi-voix celui-ci murmura.

- C'est bien... parce que nous sommes ensemble. Nous apprenons à nous connaître, nous comprendre, et nous nous élevons de ce que nous apprenons. Nous devenons des êtres meilleurs en s'acceptant mutuellement.

Byakuya se redressa, fit glisser une mèche rouge sang entre ses doigts et hocha la tête. De toute évidence, Renji y avait réfléchi. Il ne pouvait pas inventer quelque chose comme ça. Byakuya sentit rapidement la respiration de Renji prendre un rythme plus lent et profond, sa tête se fit plus lourde sur le torse du capitaine, et la pression sur sa main toujours prisonnière de celle de Renji se fit moins dure. Byakuya chassa les questions qui l'assaillaient sur ce que venait de dire Renji. Il lui tapota affectueusement sur le crâne et murmura.

- Repose-toi maintenant. »

« Ben mon salaud... tu t'en fais pas toi !

- Gné ?

Le réveil... son second réveil depuis son retour dans le monde des vivants fut nettement moins classe que le premier puisqu'Agido venait de lui filer un coup de tatane dans les jambes.

- Tu te crois où, continua le shinigami en secouant le lit du blessé, c'est un hôpital ici, pas une maison de passe !

- T'es bien parlé pour placer...

- Pardon ?

- Ouais, enfin, l'inverse quoi. Je sais pas... t'es bien placé pour parler. Voilà.

- Ouais mais moi je peux, je suis dans mon hôpital. Toi t'es un blessé.

- Et pourquoi tu parles d'une maison de passe ? Je suis en couple officiel.

- Officiel ? Susurra Agido avec un sourire narquois.

- Pas au sens propre du terme.

- Bien, je vois, je vois. Et sinon, tu comptes squatter ici encore longtemps ? Nan parce que sinon on fera insonoriser les murs.

- C'est vrai ?

Et l'officier asséna à nouveau un coup sur le crâne de son ami.

- T'es complètement con ou tu le fais exprès.

- De toute façon, logiquement, vous devriez déjà avoir des pièces insonorisées pour les soins.

Tout en lui faisant signe de se relever et en notant différentes indications sur une feuille, Agido reprit en étouffant un sourire.

- Fais une demande en trois exemplaires, on verra bien. Le capitaine est parfois de bonne humeur quand elle a attendu deux heures devant la porte d'un patient pendant qu'il s'envoyait en l'air avec son propre capitaine.

En tendant le bras pour lui permettre de prendre sa tension, Renji rougit mais rétorqua.

- Ça n'a pas duré deux heures. J'étais trop crevé.

- Je veux pas savoir... râla Agido. Serre le poing pour voir.

Renji se laissa encore tripoter quelques minutes par l'officier de la quatrième qui avait l'air aussi renfrogné que concentré. Et puis il ne résista pas au plaisir de l'asticoter.

- Parce que si tu veux savoir, je peux te raconter.

Pour la première fois de sa vie, pourtant, Kiisu Agido n'avait aucune envie d'entendre le compte rendu des ébats de ce queutard de Renji. Parce que si jamais Kuchiki l'apprenait, il finirait en petit tas de viande hachée au détour d'une rue. Et ça, il n'en avait aucune envie.

- Nan, garde ça pour tes vieux jours, à raconter le soir au coin du feu, les nuits d'hiver.

- Pour mes petits-enfants ?

- Si t'en as. Agido se redressa et hocha la tête, l'air satisfait. C'est bon, casse-toi.

- Je peux ?

- Puisque je te le dis.

- C'est vrai ? Nan, parce que la dernière fois que je suis venu ici, j'ai failli pas en sortir.

- Cette fois aussi, je te signale.

- Ouais mais j'étais inconscient.

- Nan, le mot juste c'est à moitié mort.

- Ça va, c'est pas la mort.

- Si justement. Aller, bouge, on a des vrais malades à soigner !

- Et moi ? Je suis pas malade ?

- Si mais on ne peut rien pour ton cas.

Un rire bête échappa à Renji qui ne fit rien pour le dissimuler.

- Je vois pas pourquoi tu dis ça.

Et Agido lui lança un regard écœuré. Renji, amoureux comme une bête... c'était pathétique à voir.

- Tire-toi, tu me donnes envie de...

Sans le laisser terminer, Renji se colla contre l'officier, dans un petit frotti-frotta tout à fait sensuel.

- Oui, je sais, ça le fait à tout le monde, mais maintenant y'en a un qui a l'exclusivité.

Et il disparut en sautillant dans les couloirs, heureux d'être vivant, de quitter l'hôpital, et de rejoindre son capitaine.

Agido termina tout seul sa phrase dans le vide, contemplant le couloir déjà désert.

- ... vomir. »

Le conseil des capitaines se tenait à nouveau, dans la salle de conférence de la première division. Tous étaient là, y compris les deux capitaine nouvellement nommés. La plupart somnolait, bercé par le chant d'un couple de merle en train de jouer à « un jour la petite Huguette » dans le jardin d'à côté.

Kenpachi tenta bien de réagir violemment à cette réunion.

« Encore un conseil ! Mais on en a fait un y'a à peine dix jours !

- Et ben on en refait un, fit Kyoraku d'un air qui voulait clairement dire qu'il avait décidé de faire chier un maximum de gens ce jour-là.

- Et on peut savoir pourquoi ? Ajouta Hitsugaya qui, une fois n'est pas coutume, était bien d'accord avec Zaraki.

Le vice-capitaine Sasakibe s'avança pour annoncer l'ordre du jour d'un ton aussi morne qu'un marécage en hiver.

- Nous avons à traiter des suites de l'expédition en Enfer d'une part, de la validation des nouvelles nominations d'autre part et... Il hésita une seconde en lançant un regard gêné à Ukitake avant de continuer. Le capitaine Jushiro Ukitake nous fera part d'une nouvelle proposition de promotion.

Rien qu'à voir son air, on pouvait deviner sans peine qu'il savait de quoi il s'agissait et qu'il n'approuvait absolument pas. Tout le monde se tourna vers Ukitake qui réalisa à cet instant précis qu'il était le seul à accorder de l'importance à ces réunions. Et encore, il en loupait la moitié pour raisons de santé.

- Alors, la mission en Enfer... commença-t-il en évitant de regarder trop intensément du côté de Byakuya qui avait l'air aussi éveillé qu'un oursin sur la plage. Le résultat est plutôt positif dans l'ensemble.

- Positif ?

C'était Komamura qui était intervenu.

- Une guerre civile sévit dans ce monde et vous appelez ça un résultat positif ?

- On ne fait pas dans l'action humanitaire ici, capitaine Komamura.

- Tout de même. Et cette petite créature que vous avez ramené de là-bas, que faut-il en faire ?

Les regards se tournèrent vers Hitsugaya qui soupira profondément.

- Matsumoto s'en occupe parfaitement bien.

- À ce sujet, j'exige que cette créature soir confiée à mon département de recherche, intervint Kurotsuchi, l'air plus macabre que jamais. Il est de mon domaine d'action d'en tirer le maximum d'information.

Ukitake eut un geste d'apaisement, et sourit avec embarras.

- C'est-à-dire qu'elle refuse formellement de se livrer.

Byakuya tiqua. Une bestiole humanoïde venue des Enfers refuse de se livrer et personne n'arrive à la forcer ?

- Sa survie ici au Seireitei tient du miracle, nous avons pu déterminer, grâce à Katsuo Ebisu, qu'elle s'était greffée sur le flux d'énergie du Seireitei qu'elle utilise comme source d'énergie vitale.

- Quoi !

- Capitaine Kira ?

Kira remit en place sa mèche d'émo destroy et expliqua son émoi.

- Mais si elle peut s'adapter à notre monde, alors ils peuvent venir tous nous envahir. Elle n'est peut-être qu'un éclaireur avant l'invasion finale.

Tous les autres capitaines le regardèrent comme s'ils avaient affaire à un débile sévère et non un de leurs collègues. Celui-ci rougit sous les regards atterrés. Et ce fut Ukitake qui répondit, en filant un coup de pied sous la table pour empêcher Kyoraku d'éclater de rire.

- Ne vous inquiétez pas, Kira, nous n'avons pas à craindre une quelconque invasion. Le Seireitei est très protégé.

Kira haussa les épaules, et se retint de dire que ce ne serait pas la première fois qu'un lieu soit-disant sûr se ferait violer aussi facilement qu'un enfant de chœur dans une sacristie. Mais c'était pas trop le moment de leur parler de la ligne Maginot. Surtout que Kurotsuchi commençait à s'énerver un peu.

- Je dois analyser cette créature au plus vite, grinça-t-il en se tripotant l'ongle du majeur droit, ce qui fila des frisson dans le dos à tous ceux qui suivaient encore le déroulement de la réunion (à tout casser, quatre personnes).

- Désolé, annonça Ukitake qui semblait vraiment sincère. Mais cette petite Epothis est un être doué de conscience et il n'est pas prouvé qu'elle détient des informations capitales pour la sécurité du Seireitei. Je me vois mal vous donner l'autorisation de la déocuper en morceaux.

Personne n'osa lui signaler que ce n'était pas à lui d'autoriser ou interdire quoi que ce soit à ses collègues capitaine, mais Kyoraku eut un sourire narquois.

T'es gonflé.

Mayuri dépasse parfois les bornes.

Parfois ?

Surtout en matière de vivisection.

- Bon, de toute façon, elle reste sous la responsabilité de la dixième division en attendant de trouver un statut acceptable pour elle. Cela vous convient-il capitaine Hitsugaya ?

- Ça va.

Elle ira faire des pâtés de sable avec Yachiru, songea le jeune capitaine en hochant la tête. Ce ne serait pas la première qu'un être ayant la maturité d'un lapin nain et la puissance d'un Goldorak enragé serait lâché en liberté dans le Seireitei.

Il a été en outre décidé de placer sous surveillance constante l'Enfer et notamment la manière dont les flux d'énergie spirituelle s'en échappent. En cas de gros dysfonctionnement, une unité sera spécialement formée pour intervenir dans ce milieu. Cette unité sera créée rapidement, par une collaboration entre la dixième et la douzième division. Ça vous va capitaine Hitsugaya ? Fit Ukitake avec un sourire de papa gâteau qui arracha quelques grimaces écœurés de plus endurcis.

Comme si j'avais le choix, pensa Toshiro tellement fort que tout le monde l'entendit distinctement, et il hocha la tête légèrement.

Pour toute réponse Ukitake eut un petit mouvement de tête qui semblait dire « allons allons, faisons du mieux possible ensemble ». Kyoraku se racla bruyamment la gorge pour attirer l'attention de son ami.

Tu veux qu'on adopte un enfant, Jushi-chan ?

Shunsui ! Pas devant les enf... autre capitaines.

Le sourire terriblement affable d'Unohana les tira de cet honteux échange télépathique.

- Alors capitaine Ukitake, la suite ?

Mais ce fut Sasakibe qui reprit, d'une voix lourde de réprobation.

- Je vous rappelle que les lieutenants Kira et Hisagi ne sont là qu'à titre provisoire de capitaine par interim, puisque leurs ordre d'affectations ne leur ont pas encore été transmis. Cela signifie qu'ils ne disposent pas encore des pouvoirs de capitaine en termes d'affectation hors de leur propre division.

Tous ceux qui avaient compris et suivit hochèrent la tête. Sauf Byakuya qui se foutait du statut des deux nouveaux capitaines comme de sa première tongue en bambou.

- Or, donc, la promotion a été proposée, comme le veut la coutume, par trois capitaines avec le soutien du capitaine-commandant.

- Oh putain nan... murmura Hisagi.

- Je le crois pas... c'est insensé, soupira Kira à son tour.

Le candidat a été testé par les quatre capitaines en question selon les critères habituels. En situation et en exercice, dans ses capacités de combattant, son habileté au leadership, sa compétence technique et tactique...

Voyant que les deux jeunots se prenaient déjà la tête entre les mains, Kyoraku bondit, arracha la paperasse des mains du vice-capitaine et annonça avec un sourire en tranche de courge collé sur la face.

Et j'ai le plaisir et l'honneur de vous annoncer que Jushiro Ukitake, Byakuya Kuchiki et Toshiro Hitsugaya ont approuvé et soutenu la proposition du capitaine Ukitake de nommer... en promotion exceptionnelle... Il marqua une pause pour reprendre son souffle en pouffant. Nan, dis-leur toi, moi j'y arrive pas, c'est pas sérieux ! Fit-il en tendant la feuille à son compère de toujours avant d'éclater de rire.

- C'est on ne peut plus sérieux. Nous proposons, comme capitaine de la cinquième division, Renji Abarai.

Toute l'assemblée dévisagea Ukitake comme s'il venait de péter en public. Non, mais non, c'était pas sérieux du tout. D'ailleurs chacun exposa sa pensée de manière on ne peut plus claire.

- Si c'est de l'humour, c'est tout à fait déplacé, siffla Soi Fon, profondément vexée d'assister à ce genre de farce.

- Heu... il venait pas de se faire transférer vice-capitaine à la neuf ? Demanda Kira. Il faudrait savoir là...

- Abarai, capitaine ? Et pourquoi pas une gonzesse tant qu'on y est !

Après s'être fait copieusement assassiner du regard par Unohana et Soi Fon, Zaraki leva les mains en signe d'apaisement.

- Moi ce que j'en dit... c'est pour vous, c'est un vrai branque ce guignol !

- Merci, on est au courant, grogna Hisagi. Et puis il se pencha vers Kira pour discuter à mi-voix.

- As-tu la moindre idée des raisons tordues qui expliqueraient ce choix débile ?

Ce dernier hocha la tête.

- Et bien, soit Kuchiki ne supporte pas l'idée que Renji soit le vice-capitaine de quelqu'un d'autre que lui...

- Pourquoi ça ? Renji est aussi bon vice-capitaine qu'un manche de pioche.

- Parce qu'il lui a mis le grappin dessus.

- Non ?

- Et si.

- Décidément, il ose tout.

- C'est même à ça qu'on le reconnaît. Bref, c'est soit ça, soit Hitsugaya qui a peur que Matsumoto se prenne des envies d'être capitaine.

- Eux aussi ils... ? Commença Shuhei, l'air horrifié.

- Ça va pas ! C'est un gamin. Nan, il est juste super protecteur et possessif. Y'a qu'à le voir avec Hinamori.

- Jaloux.

- Tu peux parler.

- Je suis jaloux de personne moi, protesta le capitaine de la neuvième.

Kira le fixa d'un air pensif avant de reprendre.

- Tu fais quelque chose après la réunion ?

- Nan rien de particulier.

- Tu veux boire un verre ?

Hisagi garda le silence une seconde avant de hocher la tête.

- Ouais, mais pas au « Zanpakuto rieur », leur bière est dégueulasse.

- Comme tu veux.

- Dites les bleus, si on vous dérange, faut nous le dire, intervint Kyoraku qui trouvait ça moyen mignon les bavardages pendant les réunions.

- Nan, mais vu qu'on n'a aucun pouvoir en termes de nomination de capitaine, y'a pas besoin de nous en fait.

Kira se fit foudroyer du regard par Yamamoto qui ne supportait pas qu'on contredise la sacro-sainte sagesse du conseil des capitaines, fusse par des capitaines eux-même. Et Kyoraku en profita pour saquer encore un peu plus les nouveau capitaines.

- Ben tant que vous y êtes allez donc le chercher, il doit attendre dehors. S'il a bien reçu sa convocation. »

Et s'il l'a bien lue, ajoutèrent-ils tous intérieurement.

Lorsque les deux novices furent sortis, tous les regards se tournèrent vers Yamamoto. C'est une réaction naturelle : quand le degré d'absurdité d'une situation dépasse ce qui est acceptable pour un cerveau normalement constitué (et Dieu sait si les cerveaux des capitaines du Gotei 13 ne sont pas normaux du tout), il n'y a qu'une seule solution : se tourner vers le représentant de l'autorité qui saura éclairer le doute général de sa sagesse et de ses décisions arbitraire.

Ce fut Kyoaraku qui commença.

« Allez, avouez, c'est une blague !

Yamamoto eut très exactement l'expression qui disait « j'ai une tête à faire des blagues ? ». Sans se laisser démonté par un premier essai, le capitaine revint à la charge.

- Si c'est juste parce qu'il maîtrise le bankai, c'est complètement con comme décision. Et puis il a négliger la possibilité de devenir capitaine une fois, qu'est-ce qui vous fait croire qu'il sera plus conciliant cette fois ?

Comme le capitaine-commandant gardait sa poker face imperturbable, Unohana enchaîna avec gravité.

- J'adhère aux questions de Shunsui, capitaine Yamamoto. Il me semble un peu tôt pour reproposer cette tâche au lieutenant Abarai. D'autant plus qu'il vient d'être muté à un poste qu'il avait explicitement postulé.

Byakuya se racla la gorge sans aucune discrétion et Unohana se reprit.

- Oui, la question de sa mutation était encore en suspens. Mais elle était sérieuse.

Et ce fut Ukitake qui, levant les mains pour faire cesser les questions, expliqua la chose, tout en lançant de fréquents coups d'œil à Byakuya, comme s'il lui reprochait d'être aussi passif face aux événements.

- Effectivement, mais certaines circonstances ont changé. La mission en Enfer a singulièrement revu la position du lieutenant Abarai, en ce sens qu'il s'est montré plus que digne de remplir la fonction de capitaine. D'ailleurs, le test dont nous parlions est cette mission, puisqu'il s'est retrouvé en position de prendre des décisions capitales et des initiatives particulièrement bienvenues. Enfin, quoi que vous en disiez, ses capacités de combattants ne sont plus à prouver.

Et comme tout le monde digérait l'info, il fallut bien que Kyoraku décide, une fois de plus, de se mêler de tout.

- Et le capitaine Kuchiki il en pense quoi ?

Ukitake le foudroya du regard.

Je te retiens toi !

Oh oui, retiens-moi au creux de tes bras.

- Byakuya soutient cette promotion fut Jushiro à haute voix.

- Oui mais j'aimerais bien l'entendre le dire lui-même. Il a une langue ce petit, il sait s'en servir !

À cette dernière phrase, il suffit de voir le rosissement subit d'Ukitake pour comprendre que oui Byakuya savait se servir de sa langue, et que, oui, Ukitake était assez pervers pour imaginer l'un des usages possibles de celle-ci. Unohana fronça les sourcils.

Un peu de tenue.

Mais Retsu... je t'en pries, si tu arrives à calmer Shunsui, je t'en serais éternellement reconnaissant !

Mais déjà Byakuya prenait la parole.

- Je soutiens la promotion de Renji comme capitaine, car je l'en estime digne. »

Et avant que Kyoraku ait pu seulement songer à lancer un « merci captain obvious », il sentit une aura purement meurtrière passer sur lui et le saisir à la gorge. Quand il parvint à identifier d'où elle venait, il faisait face au sourire doux mais flippant de Retsu Unohana.

Okay, j'ai pigé, je me tiens à carreaux.

Merci Restu.

De rien Jushiro. Mais à l'avenir, ne lui donne pas de prétextes aussi gros pour se défouler.

A peu près au même instant, les deux jeunes capitaines rentrèrent, Renji sur leur talons. En chemin, Hisagi avait voulu en être sûr et avait demandé « c'est vrai que tu baises avec Kuchiki ? », ce à quoi il s'était vu répondre « et alors ? Jaloux ? ». Depuis, il observait un silence buté et borné. Oui, il était jaloux. Et alors ?

Renji fit un tour de table mental : les capitaines, certains tirant la gueule, d'autres une peu... moqueur ? Ouais, moqueur. Un qui se retenait pour ne pas éclater de rire, et quatre qui l'observaient avec le plus grand sérieux. Kira et Hisagi avaient refusé de lui donner la raison de sa présence, et cela l'inquiétait légèrement.

« Vice-capitaine Abarai, commença Sasakibe d'un ton on ne peut plus pompeux, vous avez été pressenti et examiné en ce sens, pour accéder au rang de capitaine au sein de la cinquième division.

Brutalement, Renji cessa de produire la moindre pensée cohérente et articulée. Seul un blanc immense et nébuleux flottait dans son esprit, emportant les bribes de raison qu'il lui restait.

- ... Conformément à l'usage, quatre capitaine dont le capitaine-commandant Yamamoto ont pu observer votre maîtrise du bankai et examiner vos capacités de commandement afin de conclure à votre aptitude à occuper cette fonction, et votre capacité à en honorer le rang.

Renji sentit l'air se raréfier, la tête lui tourner et des petites étoiles tourbillonner devant ses yeux.

- Vice-capitaine Abarai. Acceptez-vous l'honneur qui vous est fait ?

Et sous le regard inquisiteurs des douze capitaines du Gotei 13, Renji eut l'impression qu'il allait tomber dans les vapes.

Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? Qu'est-ce qui se passe ? Je suis censé être encore en attente d'affectation depuis que j'ai voulu quitter la sixième. D'où vient ça... Les quatre capitaines... qui a demandé et soutenu ma candidature ? Et pourquoi tout le monde a l'air de trouver ça normal ? C'est une blague ? Il avait envie de crier, de les secouer tous, les capitaines. Mais bougez-vous, réagissez ! C'est une blague ! Protestez un peu bordel !

Seulement, le petit laïus de Sasakibe continua sur le même ton.

- Comme le veut la coutume, la proposition qui vous est faite donnera lieu à une polémique, à laquelle tous les capitaines sont appelés à participer. Vous-même êtes libre de poser toutes les questions qui vous sembleront utiles pour établir votre décision d'accepter ou pas ce rang.

Il se tourna vers l'assemblée des capitaines et hocha la tête gravement.

- La nomination de Renji Abarai, vice-capitaine de la sixième division, au rang et grade de capitaine de la cinquième division est donnée à discussion. Elle cessera lorsqu'un membre du conseil des capitaines prononcera un veto définitif à cette nomination, ou lorsque vous annoncerez votre décision définitive d'acceptation ou de refus. »

Et comme tous se demandaient à quel moment Renji finirait par réaliser qu'il ne rêvait pas, ce fut Shuhei qui entama les hostilités.

« Peut-on d'abord savoir de qui vient l'initiative de cette promotion ?

Il fixait Ukitake avec tant d'insistance que ce dernier baissa les yeux.

Et puis une voix grave et glacée s'éleva.

- J'ai demandé cette promotion.

- Capitaine Kuchiki !

Et alors que des tas de questions se pressaient au portillon, des questions du genre « mais pourquoi ? » ou des « et alors, il était pas trop brouillon son bankai y'a trois jours ? » ou encore des « vous le lâchez pas pour une autre division, mais vous le propulsez capitaine, c'est super logique non ? ». Alors qu'Unohana dissimulait une certaine admiration pour le culot et la constance de son jeune collègue, et que Kyoraku réprimait un éclat de rire, et que Ukitake secouait la tête, consterné de voir que Byakuya ne prenait même pas la peine de cacher l'incohérence de ses actes. Alors que le capitaine-commandant Yamamoto cachait un rictus dans sa barbe, en songeant à quel point les Kuchiki avait pu le faire tourner en bourrique, et à quel point celui-ci n'était pas si différent des autres. Alors que Shuhei réalisait qu'il avait déjà perdu, parce qu'on ne lutte pas avec un Kuchiki quand il s'agit de s'accaparer Renji, alors que Kira se sentait frissonner à l'idée que réellement Renji pouvait avoir l'étoffe d'un capitaine. Alors que tout le monde se remettait lentement de la surprise qui n'en était pas vraiment une, Renji se réveilla.

Brusquement, il se remit à respirer à pleins poumons, sa vue revint à la normale et son regard se posa immédiatement sur Byakuya qui le soutient, répondant aux doutes et aux questions, par la douce certitude et l'assurance inébranlable d'un chef aimé. Il inspira longuement, plein de la tranquillité qui émanait de son capitaine. Ex-capitaine, songea-t-il soudainement. En l'élevant ainsi à son niveau, il lui offrait ce qui leur avait toujours manqué : une réciprocité totale. Ainsi Byakuya lui donnait tout, il faisait de lui un capitaine, il faisait de lui son égal, son semblable. Et seulement sur ce pied d'égalité, pouvait-il le prendre comme amant en gardant sa fierté. En retour, Renji acceptait. Il acceptait de tout recevoir et de tout abandonner pour Byakuya. Il s'engageait à tout lui donner pour être capitaine, pour être digne de ce rang et digne de celui qui le lui offrait. Car en acceptant de lier leur rang l'un à l'autre, comme égaux, ils liaient par là-même leur destin.

Sans parvenir à détacher les yeux de Byakuya, et sans pouvoir faire taire la voix qui chantaient follement dans sa tête, qui psalmodiait un long « tout donner, tout recevoir de lui », Renji ouvrit la bouche, et sa voix lui parut étrangère.

- J'accepte cet honneur, s'entendit-il murmurer malgré lui. »

Et un silence étrangement tendu s'installa. La rumeur des questions se tut.

Et puis la voix grave et profonde du capitaine-commandant s'éleva, et d'aucun crurent y percevoir une nuance de satisfaction.

- Bien. Il n'est pas bon qu'une division reste sans tête, et il n'est pas bon qu'un officier ayant de grandes qualités de chef ne puisse en faire usage.

Il marqua une pause en observant l'assemblée, suspendue à ses lèvres.

- Capitaines Shuhei Hisagi, Izuru Kira et Renji Abarai, annonça-t-il_et les trois hommes se tournèrent vers lui, droits comme un i_Désormais vous êtes capitaines, en charge d'âmes du Seireitei, de soldats du Gotei 13 et d'êtres dont la vie, la mort et l'existence toute entière dépend de votre qualité. Le Seireitei n'est pas un corps sclérosé ou sénile, c'est un organisme vivant qui croît et mûrit au fil des expériences. Tel un arbre centenaire, coupez-lui une vieille branche, un bourgeon refleurira à la place. Soyez ce renouveau, soyez dignes de vos aînés, soyez un sang neuf et vigoureux qui ruisselle pour redonner vie à notre monde.

Et comme il saluait d'un profond hochement de tête les trois shinigamis, ils s'inclinèrent plus bas encore à leur tour. Ils reculèrent ensuite ensemble, pour pouvoir à nouveau saluer les autres capitaine qui leur rendirent ce salut avec circonspection.

Et alors que Sasakibe annonçait que la séance était levée, et que tous se dirigeaient vers la sortie, à commencer par les nouveaux capitaines, Renji et Byakuya se trouvèrent à marcher l'un à côté de l'autre, sans se regarder, sans faire mine de se voir, mais intimement conscient de la présence l'un de l'autre.

Et puis, une fois hors de l'imposante bâtisse qui abritait la première division, ils s'immobilisèrent, sous les regards interrogatifs des autres capitaines, curieux de voir ce qui devait se passer ensuite.

« Nous rentrons, capitaine ? Murmura Byakuya, accentuant juste légèrement ce dernier mot avec une douceur rare.

Un sourire qui parvenait, ô miracle, à être tendre et carnassier à la fois lui répondit.

- À vos ordres, capitaine. »

Et aussi nombreux soient les spectateurs à cette scène, n'importe qui aurait pu affirmer sans se tromper que les deux hommes étaient, à cet instant, seuls au monde. Aussi nombreux étaient les humains, les shinigamis, aussi dur était le monde, aussi dangereuse était leur tâche, ils étaient seuls au monde et heureux.
Et, marchant d'un même pas, côte à côte vers le même point invisible qui occupait leur horizon, ils cheminaient. Et grâce au rythme balancé de leur marche, à chaque pas, leur mains se frôlaient.

FIN

mais y'a un épilogue prévu... on vous a juste épargné le chapitre de cinquante pages ^^

En attendant, comme d'hab', si vous avez aimé, laissez-nous un petit mot ! C'est pas pour vous forcer, mais il paraît que si chaque lecteur de ffnet laisse une réview à chaque chapitre lu, et bien la fin du monde de 2012 est reportée ! C'est cool nan ?


Pour les fous qui échappent encore au contrôle de Big Brother FFnet :

pioush : ouais mais de toute façon, on allait le sauver le babouin, c'est un peu notre gagne pain ^^ et pour ses mains, ouais ben tout s'arrange (merci Kubo-sama d'avoir inventé un pouvoir aussi cheaté que celui d'Inoue). Et puis... c'est sympa les moignons de google image XD Sur la question de ton état de santé mentale, ne t'inquiète pas, nous aussi croyons aux vertus inspiratrices du sang, de la torture et des mutilations !
Bref, comme d'hab, merci encore : de lire, d'aimer, de reviewer, de nous soutenir, de nous pousser à toujours écrire plus de conneries XD Ta review était proche de la perfection (c'est pour te laisser l'occasion de faire encore mieux la prochaine fois ^^), et ça nous fait toujours aussi chaud au coeur de voir des lectrices fidèles qui adhèrent autant à nos valeurs : la déconne, la violence et le lemon ^^

Hidakatsuki-X : merci encore et toujours. Mmmm au risque de te décevoir, il existe bien plus dégénéré que toi, vu que ce qu'on écrit est à peine un dixième des horreurs qu'on imagine. Aller, un jour on mettra le paquet et on fera un beau blog avec plein de fic de dégénérés ^^
Et sinon, oui, tu as raison, Byakuya va quand même pas aller se réconforter auprès d'Ukitake qui a déjà bien assez à faire avec Kyoraku (mais ça, ce sera pour une autre fic ^^)

Asia-Seven-Ice : merci beaucoup ! Cher nouveau/elle lecteur/trice (ou alors ancien mais qui ne review que maintenant, et c'est pas bien XD). On espère que ce dernier chapitre t'a autant plu que le reste de cette fic !

Emeline : [dragueur lourd] tu sais que tu as un joli prénom ? [/dragueur lourd] A part ça, merci beaucoup pour ta review, surtout si en plus ce n'est pas dans tes habitudes de reviewer. Au risque de passer pour de gros lourds, les reviews c'est vraiment important, même pour les auteurs pas doués (surtout pour eux en fait ^^). Et effectivement, on en est réduit à menacer tous nos perso de mort longue et douloureuse pour avoir un peu de feedback de la part des lecteurs. (mais ceci est un long débat, on en a pour la nuit). Merci encore, et tu as bien de la chance si une bonne fic te remonte le niveau d'une journée ! (perso on n'y arrive pas, on aimerait ^^) A bientôt et encore bonne lecture sur FFnet

renji : cher lecteur anonyme, c'est très mal d'usurper le nom d'un perso (surtout d'un perso qu'on idolâtre comme Renji, au pire, tu serais Hanataro, on dirait rien). Ceci dit, merci de ta review, ô combien constructive. D'une, Renji ne meurt pas vu qu'on a dépassé la barre des dix reviews, de deux, un mois, c'est sûr c'est long, mais nous, il nous faut bien ce temps pour l'écrire ce chapitre XD

A tous, bonne continuation, bonne lecture et profitez bien de ce monde merveilleux de la fanfic !

Jimi&Loli