Merci pour vos reviews !


Chapitre 36

Jour Douze


District Huit

Ronan Colmes, 17 ans

Début : A 5h22

Pixie n'est jamais revenue.

Normal. Elle est morte.

Plus que 6 dans l'arène.

Et, Dieu, ça fait mal.

A côté de moi, Cuty sanglote, sans pouvoir dormir. Moi non plus, je ne peux pas. Mais je suis quelque part, au-delà des larmes.

Pixie est morte.

C'est le jeu, n'est-ce pas ? Ce sont les règles. Pixie devait mourir. Après tout, c'était nécessaire.

C'est juste un jeu. Pixie est... morte... pour un jeu. Un stupide jeu !

Mon coeur est gelé dans ma poitrine.

J'ai envie de hurler mais je me mords les lèvres. Je tremble de tous mes membres.

Pixie est morte. Elle ne reviendra pas.

Je ne sais pas comment, de la main de qui ( d'ailleurs, ç'aurait très bien pu être la sienne ). Mais peu m'importe. L'important, c'est qu'elle est morte. C'est comme si... j'avais perdu ma propre soeur.

Et ça fait mal. Dieu ça fait mal.

Je suis tellement en colère. Contre le monde entier. J'ai envie de défier le Capitole, de montrer... Je ne serais pas un simple pion. Je me sacrifierai pour Cuty, pour montrer que tout le monde ne joue pas avec leurs règles. Qu'on peut en inventer d'autres. Que dans l'arène on aime encore, on est pas tous des monstres assoiffés de sang.

Oui, je vais leur montrer.

C'est alors que j'aperçois une ombre. Qui se dirige droit vers nous.

Je me lève. Arc au poing. Cuty se redresse aussi, séchant ses larmes. Elle sent le danger.

- Je ne t'abandonnerai pas, je lui souffle.

Ambersea Waters apparaît en pleine lumière.

Elle a l'air affreuse. Son bras est enserré dans un bandage et elle a l'air d'avoir une blessure au flanc. Mais cela ne paraît pas vraiment l'handicaper. Par contre, elle les yeux rouges, les cheveux pleins de poussière.

Mais elle sourit. C'est un sourire tordu, ce n'est pas son habituel sourire cruel. Juste un sourire fatigué.

- Vous allez mourir, elle annonce d'une voix atone.

Et je la crois car elle annonce ça d'une voix déterminée, comme un fait.

Non. Je ne peux pas laisser Cuty mourir. Et pas de sa main.

- Pas sans t'emporter avec nous, je crache.

Elle ose les épaules, et j'encoche une flèche.

Elle pointe un javelot vers Cuty, de son bras valide. Sans trembler.

- Je crois que nous sommes dans une impasse, elle déclare.

- Non.

C'est Cuty qui a parlé. D'une voix claire et forte.

- Tue-moi d'abord. Et laisse-lui la vie sauve.

Le bras d'Ambersea vacille.

- Vous êtes vraiment amoureux... hein ? elle murmure.

- Oui, fait Cuty.

- Non ! Cuty, va-t-en ! Maintenant !

- Je ferai vite, murmure Ambersea.

Il faut que j'agisse. Elle va tirer. je ne peux pas la laisser je dois protéger cuty.

Je tire.

La flèche se plante dans son ventre. Elle lâche le javelot. Tombe, les yeux écarquillés.

Cuty pleure.

Je m'approche d'elle. Ses yeux sont fermés. Respire-t-elle ? Je m'approche encore.

C'est alors qu'un poignard se plante dans mon coeur.

Ambersea Waters l'a lancé, ouvrant grand les yeux. Cuty pousse un cri perçant et se précipite, oublieuse du danger.

- Ronan !

Elle tourne des yeux fous vers la Carrière, ramasse un éclat de pierre, les yeux fous. Je voudrais bouger mais je ne peux pas.

-Cuty... je souffle.

Ambersea se redresse péniblement.

- Nous nous reverrons, fille du Huit. Ca ne m'achèvera pas.

Et elle s'enfuit.

Cuty retourne vers moi. M'embrasse avec douceur.

- Tu vas survivre, elle souffle.

- Non... Cuty... j'aurais... voulu... te protéger... jusqu'au bout... Je... T'aime...

Et c'est comme ça que je meurs. Comme on s'endort.

Noir.

Coup de canon.


District Huit

Cuty Mand, 18 ans

Début : A 13h28

Ronan est mort. Pixie est morte.

Papa est mort. Maman est mort. Zach et Karen sont morts.

Je n'ai plus personne. Que Rantanplan.

J'ai un trou dans le coeur.

Lorsque je me suis souvenue... Toutes les brumes se sont dissipées... Je me suis remise à penser clairement. Et maintenant, j'ai encore plus mal.

J'ai un gouffre dans le coeur. Mais cette fois, j'ai les yeux secs. J'ai déjà trop perdu.

Je ne peux pas survivre à Ronan.

Je l'ai préparé, quand il est mort. Je l'ai lavé , notamment avec mes larmes. Je l'ai coiffé. Je l'ai embrassé, pour lui dire adieu.

J'ai un gouffre sans fond dans le coeur.

Je ne la tuerais pas. Non. Je veux juste qu'elle me voie mourir. Je ne la combattrais pas.

Je veux lui montrer ce qu'elle a fait. Qu'elle souffre comme jamais elle n'a souffert. Qu'elle regrette.

Je veux montrer au Capitole qu'on ne sort pas de l'arène que en mourant de la main d'un autre. On peut aussi se suicider.

Je ne veux pas de nouveau sang pour le sang versé. Juste une prise de conscience.

Je suis sa piste, à la Carrière. Elle a laissé un sillage de sang.

Et enfin, j'atteins ce qui semble être son repère.

Elle est bien cachée, mais après quelques recherches, je l'atteins. Mon visage est dur. Elle est en train de panser sa plaie et écarquille les yeux. Elle se redresse.

- Prête pour le combat final ? elle souffle. Ah ! Si j'avais su... que tu serais si dangereuse...

- Ca ne sera pas un combat.

- Tu vas me tuer, c'est ça ?

- Non. Je vais me tuer. Tu l'as tué. Je ne peux plus vivre, fille du Quatre. Mais ça, tu ne connais pas, hein ? Tu ne connais pas l'amour. Juste la haine.

- C'est faux, souffle-t-elle, déstabilisée. Faux.

Je m'en fiche. Je m'en fiche de ce qu'elle dit. Il est à présent temps d'en finir. De rejoindre Ronan.

- Non ! crie la fille, et elle se précipite vers moi.

Elle voudrait pouvoir me tuer, hein ? Elle n'aura pas ce bonheur.

Ils ne seront plus que quatre, une fois que j'aurais planté ce couteau dans mon coeur. C'est celui là-même qui a percé le sien.

Et bien, finissons-en. Elle me regarde, figée. Elle sait qu'elle ne pourra pas m'arrêter. Je lève le bras en pensant à ma lucidité nouvelle. C'est inhabituel de penser de cette manière. De pouvoir me concentrer comme ça.

Ca y est. C'est fait. Je n'ai même pas mal.

La fille se penche sur moi.

- Je... je te jure que je ne voulais pas le tuer seul. Je voulais... vous tuer en même temps...

- C'est ce que tu dis, je chuchote.

- Je t'ai haï, murmure la fille du Quatre, et ses yeux sont pleins de larmes. Mais je suis une meurtrière.

- Oui.

- Je comprends, maintenant... Je... je crois que je regrette...

C'est à ce moment que je m'arrache au monde des vivants.

Enfin.

Derrière moi, tous ces destins, ces larmes et cette douleur qui nous a tous habité.

Nous les 24. Des 45emes Hunger Games.


District Six

Penny Fordy, 16 ans

Début : A 15H44

Deux coups de canon, un très tôt ce matin, l'autre en début d'après-midi. Plus celui d'hier, qui annonçait la mort de la fille du Trois.

Nous ne sommes plus que 4.

Je commence à apercevoir la sortie, lumineuse, qui m'attend.

Qui sont les deux morts ? Les deux du Huit, peut-être ? Ou peut-être les deux du Deux ? Ou alors, un du Deux et la fille du Quatre. Tant de scénarios sont possibles.

Nous en sommes au jour douze, j'ai calculé. Bientôt deux semaines que nous sommes ici.

Il est temps d'en finir.

Je lève mon campement, prête à changer d'endroit. Le point est que le Capitole n'a pas élaboré d'horreurs depuis longtemps. Certes, les morts s'enchaînant à un rythme régulier ont du entretenir le public et contenir son impatience. Avec hier, plus aujourd'hui, nous devrions être tranquilles.

Enfin, j'espère.

Je déménage mes affaires jusqu'à un autre immeuble. Les spectateurs doivent me prendre pour une planquée, mais il faut que je planifie mon action. Pas question de m'attaquer à deux Carrières en même temps. Donc, il faut attendre ce soir pour savoir si les deux du Deux sont toujours ensemble.

Je peux peut-être m'attaquer à la fille du Quatre. Certes, elle est redoutable. Mais elle a sûrement été blessée par son combat contre l'autre. Et même si ça a cicatrisé, elle doit certainement être encore handicapée.

Après, si il reste les tributs du Huit, je peux peut-être m'en occuper. En plus, tout ça boostera ma popularité.

Je fais partie du top 4 ! C'est très rare, pour quelqu'un du Six comme moi.

Mais, après tout, j'ai été entraînée.

J'ai du mal à croire, quand j'y repense, que les 5/6 des tributs sont morts. Et que je ne suis pas dedans...

Je me focalise sur le visage de mes parents. Je les imagine, au district. Quand je rentrerai, je leur offrirai une vie plus facile. Loin des horreurs que commettent les Pacificateurs.

Il faut bien que je trouve un moyen de les remercier.

Car, en plus de me donner la vie, ils m'ont sauvée en m'entraînant, en me préparant.

Enfin, pour le moment.


District Deux

Merinda Warrior, 18 ans

Début : A 19h57

J'ai un peu froid. L'air s'est rafraîchi.

Nickolas est assis à côté de moi. Nos mains sont entrelacées. Je ne peux m'empêcher de penser à... cette nouvelle vie, en moi.

C'est comme un feu de camp à l'intérieur de mon ventre, qui me réchauffe et me brûle en même temps.

Je le sens, cette petite vie au fond de moi. Ca fait bizarre. C'est le seul mot qui me vient.

Nous ne parlons pas.

L'hymne de Panem résonne et je deviens attentive. Il y a eu deux coups de canon, aujourd'hui. Qui est-ce ?

Le visage de la fille du Huit apparaît dans le ciel. Elle a l'air heureuse. Si heureuse que ça fait mal. Elle est suivi du garçon de son district.

Avaient-ils une famille ? Des amis ? Pour les pleurer ? Pour les regretter ?

Je retourne à cette petite vie dans mon ventre.

Je ne sais pas ce que j'éprouve, c'est encore tout flou.

De la fierté et de l'amour, je crois. Parce que dans mon ventre, il y a l'enfant de Nickolas.

De la peur, parce que je ne connais pas son avenir. J'ai peur de le perdre.

De la pitié, car cet enfant a peu de chances de survie...

De l'angoisse, parce que mon dilemme est encore pire maintenant. Ce n'est plus ma vie ou celle de Nickolas. C'est ma vie et l'enfant de Nickolas contre celle de Nickolas.

De la haine, enfin, car il pourrait bien provoquer la mort de son père, cet enfant.

Et de l'incertitude. Cet enfant, ça ne s'est jamais vu. Un enfant des Hunger Games. Littéralement.

Ou une enfant, d'ailleurs.

Je sais déjà ce que va faire Nickolas. Dois-je rentrer dans son jeu ?

Nous ne parlons, chacun est pris par ses propres interrogations, son propre choix à faire.

Mais je veux profiter de lui un maximum, avant de le perdre à tout jamais, dans un sens ou dans l'autre.

- Nickolas ?

- Qu-quoi ?

- Je t'aime.

Il attend quelques secondes, et les yeux plein de larmes, me chuchote :

- M-moi aussi.

Je l'embrasse passionnément, et il me répond.

Nous faisons comme si c'était notre dernière nuit.

Ca l'est. Car au petit matin, mon choix est fait.

Et je sais que le sien l'est aussi. Définitivement.

Il n'y aura pas de retour en arrière.