CHAPITRE II : Seize ans

C'était une chaude journée de mai. Le temps idéal pour fêter ses seize ans avec tous ses amis.

Isshin, Ichigo et Yusu étaient absents car sa sœur passait une audition de piano sur la scène nationale de Tokyo. C'était en pleine année scolaire et juste avant son entretien pour entrer dans une école privée de dessin alors, à regret, Karin n'avait pas pu les accompagner.

Son père, bien sûr avait pleuré toutes les larmes de son corps à l'idée de laisser sa petite puce seule le jour de son anniversaire mais elle l'avait flanquée dans la voiture à grand coup de pieds dans les fesses.

Cependant, tous les trois avaient pris soin de lui laisser des cadeaux sur son oreiller avant de partir.

Son frère lui avait offert une guitare acoustique sur laquelle étaient peinte des notes de musique.

Isshin lui mettait simplement chaque année de l'argent sur un compte en banque car elle avait le projet de s'acheter plus tard un petit hangar et de l'aménager en atelier de peinture.

Quant à Yusu, fidèle à elle-même lui offrit des vêtements et un petit collier en argent qui glissait discrètement entre ses seins.

Karin étala ses fringues sur le lit. Elle les avait essayés ce matin et le résultat lui plaisait. C'était un ensemble en lin beige. Le pantalon était à la fois moulant au niveau de sa taille et de ses hanches et fluide de ses cuisses à ses talons. Une ceinture de ficelles entrelacées d'où tombait jusqu'à son genou droit des perles multicolores, accentuait sa chute de rein. Le haut de cet ensemble était un petit chemisier léger à manche très longue qui ne se fermait uniquement que par deux boutons en bois clair, ce qui laissait plus qu'entrevoir très sensuellement un décolleté outrageant, et son nombril, décoré d'un petit piercing en argent. C'était un anneau avec deux minuscules pierres turquoise.

Elle pensa alors aux yeux de son étrange ami.

La dernière fois qu'elle l'avait vu, elle avait déposé un baisé discret sur sa joue pour lui dire au revoir. Cela remontait à presque une année entière maintenant. Était-ce le geste de trop ? Avait-elle dépassé les limites de ce jeu dangereux qu'ils partageaient tous les deux ?

Dans tous les cas, les gars allaient faire une drôle de tête en l'apercevant. C'est l'effet qu'elle produisait sur ses amis à chaque fois qu'elle s'habillait sexy – ce qui en soit, était plutôt rare – mais après tout, c'était son anniversaire. Elle avait seize ans depuis quatre heures du matin et ce n'était en rien désagréable quand un homme se retournait sur son passage.

_Bon ! Assez traîné ! Pensa-t-elle, enjouée.

Le cadran de son réveil annonçait dix-huit heure dix-neuf. Elle avait rendez-vous avec les gars dans une vingtaine de minutes et elle n'était absolument pas prête !

Alors elle enfila en deux deux ses vêtements, se mit un trait de crayon noir sur sa paupière supérieur et un peu de rouge à lèvre. Une fois satisfaite du reflet que lui renvoyait le miroir, elle détacha ses longs cheveux qui tombèrent sur sa taille.

Elle mit sur son dos sa guitare, dans son sac un cahier de croquis et un fusain et descendit à toute vitesse dans le vestibule pour enfiler ses sandales et sa petite veste noir. Même si la saison était exceptionnellement chaude, la température risquait de chuter un peu dans la soirée surtout au bord de mer.

Mais lorsque Karin ouvrit la porte, son cœur manqua un battement et sa respiration se coupa net.

Deux billes turquoise la toisaient avec étonnement.

En effet, Tôshirô était sur le pas de la porte, la main encore levée vers la sonnette. Il ne s'attendait pas à la voir débouler comme ça, si rapidement.

En la regardant, il perdit pendant une fraction de seconde le courage de tout lui dire, cette résolution inflexible qu'il avait mûrement réfléchis et préparée, cette terrible décision.

_Bon sang ! C'est toi ! Cria Karin avec joie. Tu as tellement grandit ! Dix centimètre au moins !

« Toi aussi, tu as changé » pensa-t-il.

_Merde ! Renchérit-elle en regardant sa montre. J'suis à la bourre ! Viens avec moi. Avec les gars, on s'réunit sur la plage pour une p'tite soirée !

_Karin... il faut que je te parle.

_Tu m'parleras en chemin ou là-bas comme tu préfères ! Mais là, j'suis vraiment trop en retard ! Et en plus, les gars seront contents de t'voir.

Et sans attendre, Karin prit sa main dans la sienne et l'entraîna dans une course folle vers le lieu de rendez-vous.

À ce contact, Tôshirô frémit. Sa main paraissait minuscule comparée ses doigts musclés et longs et sa peau était d'une douceur de porcelaine. Habillée comme elle l'était, Karin ne ressemblait absolument plus à la petite fille asexuée qu'elle espérait faire croire aux autres du temps où il l'avait rencontré. Plus en phase avec son âge et son sexe, elle déclenchait d'autant plus un naufrage dans le ventre du capitaine.

Mais finit pour eux le temps des jeux. Il n'était plus question pour lui de s'attendrir, il fallait grandir et respecter les lois de son monde. La limite du pardonnable était à deux doigts d'être franchis.

La dernière fois que Tôshirô avait vu Karin, elle s'était accrochée à son bras, l'air de rien et avait déposé un baisé chaud contre sa joue. Cette marque d'affection avait laissé dans son esprit une brûlure émotionnelle dont il n'arrivait pas à se débarrasser. Depuis ce jour, ses lèvres l'obsédaient au plus haut point.

En dix minutes, ils arrivèrent sur la plage où attendaient déjà les cinq inséparables amis qui avaient, eux aussi poussés comme des asperges.

Lorsque Karin se retrouva au milieu d'eux, resplendissante dans cette peau de jeune fille épanouit, Tôshirô la vit comme un petit lutin au milieu des géants et pourtant, tous l'écoutaient et lui parlaient d'égale à égale, parfois même comme si c'était elle la créature la plus immense du cercle. Pas de doute là-dessus, elle n'avait rien perdu de son charisme et de son caractère de leader. Ces mecs-là auraient été près à la suivre dans n'importe quelle situation. Elle était leur fil conducteur.

Ils s'assirent en cercle sur des rondins de bois à quelques mètres de la mer dont l'eau s'assombrissait au fur et à mesure que le soleil se couchait.

Tôshirô prit soin de ne pas se mettre à côté d'elle pour ne pas retomber dans la tentation de toucher furtivement sa peau et de sentir son odeur boisée et épicée à la fois, transportée par le vent maritime.

Quant à Karin, elle riait comme une folle. Elle ne pouvait espérer meilleur anniversaire d'autant plus qu'il était là, avec cet air renfrogné qu'elle aimait tant. Elle l'observait tout le temps, impressionnée par ce don qu'il avait pour éviter de répondre aux questions que les gars lui posaient sur ce qu'il faisait quand il disparaissait.

Elle s'aperçut alors combien cette année l'avait transformé. Il était certes plus grand, mais sa carrure était aussi plus imposante, plus développée, plus musclée. Son visage, sévère comme toujours n'était plus celui d'un gamin boudeur mais d'un jeune homme soucieux qui portait sur ses épaules de lourdes responsabilités que nul ne pouvait imaginer. Même pas elle.

Des papillons se mirent à danser dans le ventre de la jeune fille et elle se força à porter son attention sur son calepin dans lequel elle griffonnait le visage réjouis de ses amis... et son visage à lui...

La soirée passa à une vitesse extraordinaire. Karin ne fit jamais d'allusion à son anniversaire et elle pensa soudain qu'elle avait eût une bonne idée en demandant aux gars de ne pas lui offrir de cadeaux car Tôshirô devait sûrement l'ignorer. Ça évitait de le mettre mal à l'aise.

_Eh ! Karin ! Cria Kei. Y a quoi dans ton étui à guitare ?

_Un cerveau pour toi crétin, railla-t-elle.

_Alors ça y est, dit calmement Ryohei. T'as enfin ta propre guitare ? Tu viendras plus chez moi pour me piquer la mienne ?

_Ouais, on dirait bien, répondit-elle en ébouriffant les cheveux de Kei. C'est toi qui viendras jouer avec moi à la maison !

_Tu perds pas l'nord ! Rit-il.

_Ah ! J'adore quand tu chantes, ajouta Kazuya. Allez ! Vas-y !

_Euh...non.

_Vas-y, insistèrent à l'unisson ses camarades.

Karin voulait chanter bien sûr, mais elle ne s'attendait pas à devoir le faire devant Tôshirô. Face à la froideur de celui-ci, elle sentit que son courage l'abandonnait mais lorsque Ryohei lui prit la guitare et commença à jouer un morceau qu'elle connaissait bien, un slow qu'elle avait composé, le rouge lui monta aux joues et elle se mit à chanter timidement.

Sa voix était claire et pure comme du cristal et dans les oreilles de Tôshirô se mirent à danser des étoiles.

Cette mélodie transportait tout le cercle dans un voyage fantastique et silencieux. Mais ce fut le coup de grâce pour lui quand en écoutant les paroles, il se reconnut comme étant le protagoniste de la chanson, camouflé derrière de jolies métaphores.

N'y tenant plus, il se leva d'un bond et partit.

Tous le regardèrent, étonné de ce changement brusque d'attitude qui s'opérait devant eux.

_Qu'est-ce qu'il lui prend ? Dit Heita.

_Écoutez les gars, dit Karin en rangeant avec empressement sa guitare dans son étui, il est tard et je vais rentrer ok ?

_Mais... commença Kei, qui fut arrêté net quand Ryohei lui mit un coup de coude dans les côtes.

_Pas de soucis, dit ce-dernier en lui souriant. On s'voit lundi en cours ?

_Ouais, on fait comme ça !

Précipitamment, Karin prit ses affaires et partit en courant dans la même direction que son étrange ami.

Elle finit par le rattraper au coin d'une rue où l'on pouvait entendre des rires gras et gutturaux sortirent des quelques bars encore ouverts à cette heure tardive.

_Tôshirô ! Cria-t-elle en lui attrapant le bras. Tôshirô ça n'va pas ?

_J'm'en vais.

_Quoi ? Dit-elle étonnée. Qu'est-ce que tu racontes. Tu viens juste d'arriver ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ! Tu n'as quasiment pas décroché un seul mot de la soirée. Pourquoi ? J'ai fait quelque chose qui ne fallait pas ? C'est la musique c'est ça ?

Le capitaine se planta net devant elle, ce qui faillit la faire tomber.

_C'est tout ça qui ne va pas !

_Qu'est-ce que tu veux dire ?

_Cette petite vie sans intérêt ! Vous vivez comme si rien n'avait d'importance ! Vous êtes puérils et insouciants !

Karin ne comprenait rien. Elle était interdite par ce comportement si agressif qu'elle ne lui connaissait pas.

_Mais... mais qu'est-ce que tu racontes...

_J'en ai marre de vous voir, c'est tout.

Karin sentit le rouge lui monter aux joues et la moutarde, au nez.

_Alors pourquoi tu reviens nous voir à chaque fois si nous sommes tellement peu intéressant à tes yeux ?

Tôshirô fixa ses yeux d'un bleu intense dans ceux brillant de colère de son amie. À quoi s'attendait-elle cette petite idiote ?

_C'était juste pour me divertir, conclut-il le plus froidement possible. Mais à présent, vous m'ennuyez plus qu'autre chose avec vos conversations de gamin et je préf...

D'un coup, un claquement violent fouetta l'air environnent.

La main levée, Karin venait de gifler ce-dernier de toutes ses forces. Sa paume la brûlait atrocement car elle avait eût la sensation de frapper un bloc de glace. Mais elle s'en foutait royalement tant sa colère et son incrédulité dépassaient l'entendement.

_Salopard, murmura-t-elle au bord des larmes. Nous n'avons jamais rien fait ou dit qui mérite ce jugement de ta part. Et si tu ne nous supportes plus, et bien casses-toi ! Rentres dans ce monde qui te fait croire si supérieur à nous ! Tu ne manqueras à personne ici...

Sur ce, Karin partit en courant pour fuir cet homme qui d'une simple parole venait de réduire à néant une part de son âme.

Il la regarda partir non sans mal. Il venait de briser la seule chose qui l'obsédait jour et nuit. Elle était la seule personne qui allégeait son quotidien. Auprès d'elle, tout était si simple, si facile ! En sa présence, il avait continuellement envie de rire et quand il s'en séparait pour rentrer chez lui, il sentait que la moindre contrariété pouvait le faire fondre en larme comme un enfant. Pas de doute. Karin était sa faiblesse et surtout, la seule chose qu'il ait jamais désiré d'illégal. Il venait d'y remédier. Mais pourquoi fallait-il que ce soit si dur ?

Il caressa sa joue meurtrit. Karin frappait vraiment violemment quand elle concentrait son reïatsu dans une partie de son corps. Bien sûr, elle ne s'en apercevait pas.

_Tôshirô-kun ? Dit la voix de Ryohei derrière son dos. Ben, t'es pas avec Karin ? Elle t'a pas rattrapée ?

_Si.

_Oula ! Au vu de ta tête, il s'est passé quelque chose de pas cool...

_Je lui ai dit que je partais. Définitivement.

_Quoi ? T'es sérieux ?

_Oui.

_J'me doutais bien que ce jour arriverait. Je sais pas ce que tu fais dans la vie Tôshirô-kun mais ça doit pas être commode. Mais putain, espèce de crétin, t'aurais pas pu attendre un autre jour pour lui dire un truc pareil ?

_Pourquoi veux-tu...

_Abrutis ! Mais parce que c'est son anniversaire aujourd'hui ! Tu ne le savais pas ? Pourquoi crois-tu qu'on est venu se les geler sur la plage en pleine période scolaire ?

Si Tôshirô n'en laissa rien paraître, il sentit ses tripes se broyer. À partir de maintenant, ce jour sera pour elle celui où il l'avait lâchement laissé tomber. Mais y avait-il un bon jour pour se séparer d'une telle addiction ? Il savait combien Karin tenait à ses amis et quelle douleur destructrice pouvait être déclenchée quand ceux-ci l'abandonnaient. Sur ce point, elle ressemblait énormément à Ichigo.

Anniversaire ou pas, il avait fait le bon choix. Alors pourquoi au fond de lui, sentait-il que quelque chose l'anéantissait ?

Il détestait profondément être la cause de ce changement. Elle venait de passer de son sourire ravageur à une mine effacée et triste en un rien de temps.

Ce fut au moment où il allait dire adieu à Ryohei que son téléphone se mit à sonner. Il annonçait qu'un hollow n'était pas loin. Il était en direction du parc.

Le cœur de Tôshirô sauta un battement. C'était par là qu'était partit Karin !

Alors il partit comme un voleur, la panique le dévorant de l'intérieur...

Karin arrêta sa course folle quand ses jambes cédèrent à la fatigue. Elle s'appuya contre un vieil arbre et s'enfouit au milieu de ses racines apparentes. La tête entre ses genoux, camouflée par ses longs cheveux d'un noir de jais, elle laissa couler ses larmes.

« Pourquoi a-t-il dit ces choses ? » pensa-t-elle. « Et pourquoi je me suis emportée comme ça au lieu de le raisonner ! Je suis trop stupide ! Je le déteste… Je… Je ne veux pas qu'il parte... pas lui...je...je...je l'aime tellement... »

Tout à coup, Karin sentit un frisson glacial parcourir tout son corps. Cette sensation désagréable ne la trompait jamais... Un hollow...

Elle concentra son attention sur cette énergie qui polluée l'air environnant comme une mauvaise odeur.

« Merde ! Il n'est pas loin...il est même tout proche... »

_Où es-tu petite âme ? Dit une voix grave et rauque. Tu sais que tu ne peux pas te cacher longtemps de moi... je vais te trouver et te bouffer !

« J'ai pas d'armes putain ! J'ai rien ! Faut qu'un shinigamis arrive vite sinon j'vais pas m'en sortir... j'peux pas prévenir Jin et Ururu sans déclencher l'alerte ! »

Karin n'osait plus bouger d'un centimètre et sa respiration était si frêle que l'oxygène commençait à lui manquer.

_Ça ne sert à rien, petite âme ! Je sens ton odeur jusqu'ici ! Il y a quelque chose de très appétissant chez toi, une très belle énergie ! Sors de cette cachette ou j'écrase cet arbre et toi avec !

À contre cœur, la jeune fille sortit comme une furie du trou dans lequel elle s'était blottit pour faire face à son ennemi, dans une position offensive, prête à se défendre corps et âme jusqu'au bout. S'il voulait la dévorer, ça ne sera pas sans s'être battu. Les poings en avant, elle défia le gigantesque hollow qui la toisait.

Il était immense, grand comme le chêne qui avait accueilli Karin en son sein. Son masque blanc ressemblait à un masque larvaire du carnaval de Bâle, comme s'il n'avait jamais été entièrement achevé. Ni humain, ni animal. Juste cette expression de folie qui les caractérisait tous.

_Oh ! Dit-il, on dirait que tu n'as pas froid aux yeux ! Tu veux te battre petite âme ? Alors attends, j'arrive !

Et sur ce, il se jeta de tout son poids vers Karin qui eût à peine le temps de sauter sur le côté. Son bras percuta violemment le sol et tandis qu'elle se relevait pour commencer à courir, quelque chose agrippa sa cheville et la refit tomber à plat ventre sur l'herbe.

Elle tenta de s'accrocher aux plantes qui dépassaient par terre, mais sans succès. Le monstre l'entraînait vers lui. Elle glissa sur le dos pour analyser la situation et aperçut sa gueule grande ouverte, à quelques millimètres de ses pieds.

Et alors que Karin pensait que c'était terminé d'elle, un rayon lumineux traversa le masque du hollow et une pluie de glace s'abattit sur elle. Fendu en deux, le monstre disparu d'un coup.

_Tu vas bien ? Dit Tôshirô qui venait d'apparaître devant elle comme s'il n'était jamais partit. Ça va ?

Il se pencha sur son épaule pour constater les dégâts et l'aider à se relever. Mais Karin le repoussa et se mit sur ses pieds toute seule, non sans grimacer sous la douleur lancinante que lui provoquait sa blessure à la cheville.

_Je n'ai pas besoin de toi ! Cria-t-elle ne pouvant contenir sa colère et sa frustration. Pourquoi es-tu revenu ?

_Quoi ? Tu viens vraiment de me poser cette question ?

_Tu sais quoi ? Oublie ok ? Je rentre chez moi !

Mais lorsque Karin se retourna, la douleur fut si intense que sa cheville la lâcha et qu'elle sentit son corps chuter lourdement vers le sol.

Cependant, ce ne fut pas ce qui arriva.

Tôshirô la tenait fermement dans ses bras, contre lui. Ils étaient là, accroupis l'un contre l'autre. Les mains de la jeune fille se posèrent sur son torse et sa tête dans le creux de son cou. Elle pleurait à chaudes larmes.

_Laisse-moi, disait-elle en hoquetant. Pourquoi fais-tu ça ? Pourquoi tu n'es pas encore partit...

_Tu aurais préféré quoi ? Que je le laisse te tuer ?

_Oui...

Cet aveu sonna dans les oreilles du jeune homme comme un coup de poignard. Elle était folle !

_Pourquoi tu dis des conneries pareilles !

_Parce que si j'étais morte, j'aurai pu être avec toi dans l'autre monde... et peut-être que tu m'aurais trouvé moins chiante là-bas...je sais que tu n'apprécies pas ma façon d'agir avec toi ! J'insiste trop... je sais que je n'agis pas toujours comme il faut... je... je...

Karin sembla se reprendre un instant. Ce fut comme un courant électrique qui traversa son corps. Elle se rendit compte de ce qu'elle venait de dire et elle repoussa de toutes ses forces le torse de Tôshirô. Ainsi relevée, elle se retourna et commença à partir en boitant vers chez elle.

_Oublie ce que j'ai dit ok ? Dit-elle. C'était stupide. Je suis stupide…

Mais alors qu'elle lui tournait le dos, elle sentit une main puissante se refermer sur son bras blessé. Elle gémit de douleur et se tourna vers celui qui la faisait souffrir. Et alors qu'elle s'apprêtait à le frapper, elle se retrouva plongée dans des yeux d'un bleu glacial qui la dévoraient de l'intérieur comme un feu brûlant.

Soudain, des lèvres chaudes se collèrent aux siennes dans une union parfaite. Il était là, la tenant contre lui pour qu'elle ne puisse plus le fuir, et il venait de sceller leur corps par ce baisé inattendu. Toutes volontés les avaient quittées dans cet instant de faiblesse.

Plus aucune résolution dans le cœur de ce-dernier car elle était prête à mourir pour être auprès de lui, malgré les choses qu'il lui avait dit.

Répondant à cette embrassade, Karin agrippa d'une main les cheveux blancs de son ami et de l'autre caressa sa nuque dont les muscles se tendirent à ce contact. Des frissons violents la traversèrent de part en part et elle colla d'autant plus le corps de Tôshirô.

Tout leur être était excité par cette pression qui naissait entre eux. Les baisés redoublèrent leur intensité avec une passion mordante et ce ne fut que lorsque leurs lèvres commencèrent à les brûler légèrement, qu'ils écartèrent leur visage l'un de l'autre.

Il y avait dans les yeux de Karin un mélange d'étonnement et de désir.

Dans ceux de Tôshirô, elle pouvait lire le regret et l'envie à la fois.

_Je suis désolé, dit-il, la voix noué. Je n'aurais pas dû…

_Oh ! Tais-toi bon sang !

Tôshirô la regarda avec curiosité. Ce baisé semblait lui avoir donné des ailes et elle était encore plus belle que tout à l'heure.

_Karin, reprit-il, tu sais que je n'ai pas le droit de faire ça.

_Et c'est pour ça que tu m'as gâché la soirée, crétin… T'avais qu'à y penser avant et ne jamais revenir ! Maintenant tu es là, et tu viens juste de m'embrasser ! Alors ne dis pas ça… pas qu'on ne pourra plus se voir… pas maintenant que tu m'as embrassé… ne dis pas ça…

Il prit son visage dans ses mains stoppa une larme qui coulait sur sa joue malgré elle. Karin le rendait fou de désir. C'était comme si un animal s'était réveillé en lui, l'empêchant de raisonner normalement.

_Je t'aime, murmura-t-elle. Et je n'arrive pas à t'oublier. Je sais que c'est dangereux ce que nous faisons mais je ne peux pas me passer de toi, de tes yeux, de ta peau. Je veux sans cesse te revoir et obtenir plus de toi. J'aime ton odeur, ton visage, ton sal caractère…

Tôshirô rit doucement en caressant sa bouche du bout de ses lèvres. Il voulait entendre ses mots depuis longtemps déjà mais à présent, plus question de faire marche arrière : il ne pourrait plus vivre sans elle, sans goûter encore et encore à la suavité de ses baisés, de sa langue chaude, de son souffle brûlant.

_Je suis fou, dit-il. Et tu l'es encore plus que moi. Je mourais si jamais ils venaient à le découvrir… mais je meurs si je ne peux plus jamais te revoir…

Karin gémit quand il posa de nouveau ses lèvres sur les siennes. Il la prit dans ses bras pour que sa cheville ne souffre pas plus de son poids et ils partirent tous les deux dans le silence vers la maison des Kurosaki où personne n'attendait le retour de la jeune fille et où leur secret serait scellé du mieux qu'ils le pourraient.