CHAPITRE V : Dix-huit ans
C'était le soir. La nuit était tombée sur la ville de Karakura et sur les alentours.
Un peu plus loin, à l'orée d'une clairière se trouvait une vieille bâtisse en toile métallique dont les lumières étaient toutes allumées et dont la porte était grande ouverte. Sur son seuil se tenait deux êtres éperdument amoureux.
Il la tenait dans ses bras. Elle n'avait rien eût le temps de faire ou de dire. Elle avait juste ouvert sa porte et eût le temps d'apercevoir un éclair blanc se jeter sur elle pour la serrer très fort.
_Tô…Tôshirô…
Il se sépara d'elle et la regarda de ses yeux d'un bleu intense. Elle avait la sensation qu'il la passait aux rayons X.
_Tu vas mieux ? Dit-il d'un ton neutre qui contrastait totalement avec sa réaction.
_Je… oui ! Ca va beaucoup mieux. Ça remonte à y a un moment cette histoire, tu sais ? Tes soins m'ont beaucoup aidé. Alors zen, ok ?
Il acquiesça d'un signe de tête. Elle le contourna et referma la porte derrière lui, puis elle s'adossa dessus et l'observa avec un regard qui en disait long sur la joie qu'elle avait de le revoir.
Lui, fit quelques pas dans le hangar. Il n'était pas bien grand mais de part et d'autre de la salle, il pouvait se rendre compte à quel point sa passion possédait sa vie. Des toiles gisaient dans tous les sens sur les murs, sur des chevalets, en équilibre contre des meubles, sur le sol… partout de la peinture, des pinceaux, des verres d'eau colorés, des bouts de tissu bon à jeter à la poubelle, un futon étalé dans un coin devant une minuscule cheminée moderne,...
_C'est toi qui a peint ce tableau ? Dit-il en s'arrêtant devant une toile.
Elle s'avança pour voir de laquelle il parlait. C'était une grande peinture de la taille d'un homme. On pouvait voir une ombre noir s'avancer vers eux, entouré d'une aura blanche et bleu. Des yeux d'animaux turquoise surplombaient le protagoniste comme s'ils allaient attaquer.
_Oui, finit-elle par dire en riant modestement. Tu ne trouves pas qu'il y a comme un air de ressemblance ? C'est la première de la collection « Turquoise ».
_La « collection Turquoise »? Dit-il en ricanant. Et cette toile a un titre ?
_Oui. « La fureur du Dragon », murmura-t-elle en rougissant. Pas très original comme nom je te l'accorde .Tu n'aimes pas ?
Elle se colla contre son dos, entourant sa taille avec ses petits bras.
_C'est magnifique.
_Mais ?
_C'est trop réaliste à mon goût. On dirait qu'ils vont sortir de la toile et attaquer.
_C'est toi qu'ils attaqueront, pas moi.
_Et pourquoi, demanda-t-il en se retournant vers elle.
_Parce que je suis leur créatrice. Tous ces tableaux sont là pour me protéger. Comme toi.
_Tu crois ça ? Alors, voyons voir s'ils vont te sauver de ça !
Et Tôshirô souleva son amante par la taille et la plaqua sur le canapé. Allongé de tout son long sur son corps, elle était bloquée et ne pouvait plus faire aucun mouvement. Ils rirent tous les deux comme des enfants et tandis que Karin essayait en vain de prendre le dessus, il lui vola un baisé.
Ce baisé était long et chaud. Depuis six mois, ils vivaient dans l'attente de leurs retrouvailles. Leurs lèvres se confondaient en une parfaite danse, leur langue se caressant dans un troublant cheminement, et leurs mains parcourant le plus de distance possible sur l'étendue de leur peau.
Tout en eux hurlait de désir. Ils se voulaient maintenant, sans plus rien attendre d'autre que de se fondre l'un en l'autre. Alors elle fit glisser sa chemise le long de ses épaules et le laissa lui ôter son T-shirt maculé de peinture pour découvrir sa poitrine rebondit prête à être embrassée. Il attrapa ses seins dans ses mains, en caressant chaque petite partie de ces dômes célestes comme s'il s'agissait d'une chose très fragile. Puis, il arracha violemment son soutien-gorge pour y déposer ses lèvres gourmandes et sa langue valseuse sur ses monts durcit. Il débordait d'énergie. Une énergie contenue et stimulée par tout ce qu'il avait imaginé pendant des mois.
Elle gémit de plaisir.
Emprunte à jouer avec lui, elle repoussa son visage avec ses mains pour le faire basculer en arrière et se releva pour se mettre debout, face à lui.
Alors elle ouvrit d'un coup sec la ceinture de son pantalon et le laissa glisser vers le sol pour lui dévoiler une petite culotte en dentelle noir. Elle sortit ses chevilles une à une du tissu et recula d'un pas.
Fou de désir, Tôshirô grogna. Il se leva d'un bond, prêt à fondre sur elle, mais elle recula encore d'un pas. Alors il avança comme un prédateur, le regard accusateur. Elle souriait en se mordillant la lèvre. Il savait que lorsqu'elle faisait cela, c'est qu'elle brûlait de le sentir contre elle.
Tout à coup, il apparut devant elle. Karin, bien sûr ne l'avait pas vu venir. Elle adorait quand il usait de ses pouvoirs sur elle. Ça avait quelque chose de mystérieux, voir même d'inquiétant. Il fit à son tour glisser ses mains sur sa culotte pour la faire tomber au sol et il souleva son amante pour l'asseoir sur une table derrière eux.
Dans cette position, elle ressemblait à une nymphe, ses yeux picorant son corps avec avidité. Il prit ses lèvres et les embrassa fougueusement. Elle y répondit comme une sauvageonne, une magnifique femme barbare, en ne lui laissant plus aucun répit. Elle était si dangereusement agressive dans sa façon de le toucher, de le dévorer qu'il ne pouvait plus faire autrement que d'entrer dans son jeu. Elle attrapa la ceinture de son jean et la défit avec rapidité. Elle s'attaqua ensuite aux boutons de son pantalon et à son boxer qui subirent le même traitement.
Chaque partie de son corps était assaillis par les baisés passionnés de Karin. Elle le griffait, le mordait, le léchait. Alors il empoigna ses cheveux pour la forcer à le regarder et il vit que ses yeux brûlaient d'excitation.
Et sans plus attendre, elle entoura son bassin de ses fines jambes toniques et colla son sexe contre le sien, plus encline à l'aimer que jamais. Elle attrapa sa virilité dans sa main et l'emmena vers là où elle souhaitait le sentir plus que tout autre chose.
Alors, doucement, il pénétra les profondeurs de son antre, le regard posé sur ses reliefs avantageux. Karin grimaça très légèrement, ce qui arrêta net l'élan de son amant.
_Tu as mal ? Dit-il inquiet. Tu veux que j'arrête ?
Elle fit non de la tête et serra son bassin tout contre lui, prête à accueillir les merveilleux tourments que son compagnon allait lui infliger. En effet, encouragée par sa bien-aimée, il n'attendit pas plus longtemps. Le délice était à son comble. Il sentait qu'elle se contractait à chacun de ses mouvements de va et vient et cela ne faisait qu'amplifier sa jouissance.
Sentant que la cadence s'accélérait un peu plus chaque minute, leur deux corps ne faisant qu'un, Karin l'empêcha de bouger en serrant ses jambes plus fort autours de lui. Il plongea des yeux interrogateurs et frustrés dans ceux de son amante mais il ne vit qu'un sourire malicieux se dessiner sur son visage de poupée brune.
Cependant, elle relâcha la pression qu'elle exerçait sur lui et le fit reculer assez pour qu'elle descende de la table. Il se laissa faire, car s'était indéniablement elle qui avait le contrôle de sa vie à ce moment précis.
Karin, sentant qu'il n'allait pas tenir longtemps dans l'attente, le poussa jusqu'à une chaise derrière son dos. Il s'assit, l'entraînant dans sa chute avec lui. Ainsi posée à califourchon sur lui, la déferlante de plaisir reprit de plus belle. Il passa ses mains sous ses fesses et la souleva avec aisance dans une danse endiablée.
Mais rapidement, ils sentirent que l'orgasme n'était pas loin. Alors la jeune fille, gémissant, empoigna les cheveux de Tôshirô et colla son corps contre le sien, ce qui exerça une pression sur son point névralgique.
La chaleur déferla dans leur ventre comme un volcan en fusion et c'est ensemble, haletant qu'ils jouirent, leurs lèvres scellées l'une contre l'autre, leur chair unit, leur respiration saccadée et confondue.
Reprenant son souffle, Karin se laissa choir dans les bras de Tôshirô. Elle posa sa tête dans le creux de sa nuque comme elle aimait tant le faire et lorsqu'il la souleva dans ses bras pour l'allonger sur le futon, elle se laissa portée sans un mot.
Il se glissa derrière son dos, mit son bras gauche sous le cou de sa compagne et plaça le droit sur le sien. Il sentit alors qu'elle se fondait contre lui, comme si leur deux corps ne faisaient plus qu'un. Sensation qui les réconfortait plus que tout. Alors, la jeune fille, comblée, mit sa main dans la sienne et y déposa de très légères caresses du bout de ses lèvres.
_Quand pars-tu ? Lui demanda-t-elle, épuisée.
_Tu peux dormir, répondit-il en enfouissant son visage dans ses longs cheveux noir. Je ne pars pas demain.
Elle soupira d'aise.
_Tôshirô ?
_Oui ?
_Je t'aime.
Et sans plus attendre, ils se laissèrent emporter par Morphée dans un sommeil profond jusqu'au lendemain matin.
A son réveil, Tôshirô sentit qu'il lui manquait quelque chose. Il tâtonna l'endroit où était Karin la nuit dernière et ne trouva qu'une place vide. Étonné, il ouvrit les yeux.
Il ne mit pas longtemps pour trouver celle qu'il chérissait. Elle était là, assise sur un tabouret devant une petite toile et peignait ce qu'elle voyait, complètement nue.
_Qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-il en se redressant sur ses coudes.
_Ne bouges pas, idiot ! Grogna-t-elle. Ah ! C'est malin ! Tu as perdu ta position ! Je vais être obligée de continuer de mémoire…
_De quoi tu parles ?
_De rien, dit-elle en riant.
Il la regarda poser ses pinceaux et ses couleurs sur un meuble en bois clair, complètement maculé de peinture.
_Quand on est dans le plus simple appareil, jeune fille, on ne s'en va pas comme ça, sans en faire profiter ceux qui la regardent.
_Ceux ? Ou celui ?
_Chut. Chuchota-t-il. Je crois que tes tableaux te regardent…
Elle vînt s'allonger sur lui, ses jambes encerclant ses hanches, sa poitrine et ses mains jointes reposant sur son torse sculpté. Elle posa son menton sur celles-ci et dévora son amant du regard.
_C'est mieux comme ça ? Dit-elle, malicieuse.
_Beaucoup mieux, répondit-il en essayant vainement de se contrôler.
_Et bien ! Ria-t-elle en sentant que le sexe de Tôshirô appréciait son contacte. Seriez-vous emprunt à de mauvaises pensées « Hitsugaya Taïcho » ?
_A qui la faute ?
Ils rirent à l'unisson.
Tout à coup, Tôshirô la retourna sous lui et l'embrassa fougueusement. Elle le repoussa gentiment.
_Attends, dit-elle. Je dois me préparer. Une personne doit passer pour voir mes tableaux.
_Ça n'peut pas attendre ? Grogna-t-il en embrassant sa gorge. Je viens si rarement.
_Non, reprit-elle en gémissant. Sinon je ne vais jamais gagner ma vie !
Il mordilla sa poitrine et fit glisser sa langue sur les pointes qui se durcissaient sous l'excitation.
_Tu es sûr ?
_Oui, cria-t-elle en riant et en le repoussant pour de bon. Tu es méchant et je me vengerai.
_Alors j'attends ce moment avec impatience.
_Idiot ! Susurra-t-elle. Je vais dans la salle de bain me doucher et m'habiller et après, tu y disparaîtras à ton tours quand elle arrivera, ok ?
Il acquiesça en la regardant s'éloigner.
Une heure plus tard, Karin fit entrer une dame d'une cinquantaine d'années qui ressemblait à une vrai femme d'affaire. Elle était immense sur ses grands talons aiguilles et son tailleur noir tombait à la perfection.
La jeune fille se sentit en total contraste avec son T-shirt rouge maculé de tâche d'art et son jeans troué. Cependant, cette dame n'avait pas l'air de se sentir mal à l'aise au milieu de cet amas de peintures et de toiles traînant comme des cadavres sur le sol de l'atelier.
_Bonjour Kurosaki-san. Je me nomme Maeda Amane et je remplace Akira-san à partir d'aujourd'hui. C'est donc moi qui passerais tous les mois pour recueillir vos œuvres. C'est un honneur pour moi de…
Elle s'arrêta en entendant le bruit de l'eau qui coulait dans la salle de bain.
_Vous n'êtes pas seule ? Dit-elle avec une pointe de curiosité dans la voix.
_Euh… non.
La chasseuse d'art eût un petit regard complice qui en disait long puis reprit sa conversation comme si elle ne s'était jamais arrêtée.
_Bien ! Vous nous avez déjà gâtés avec l'exposition de vos toiles sous le nom de « La Lignée Blanche » qui a été un franc succès, je dois dire. Je crois savoir que vous gardez le même genre de nom pour toutes vos collections ?
_Ouais, répondit Karin en l'entraînant devant un conteneur qu'elle ouvrit. Voici…
_Oh quelle beauté ! Cria Maeda Amane en regardant la première toile qui débutait la série. Toutes ces couleurs qui n'en réunissent qu'une seule et qui forment ce splendide relief ! C'est merveilleux !
_Euh…ouais...
_Quel sera le nom de cette série ? Au vu de la dominante je dirais « La Lignée Rouge » ?
Karin acquiesça en soupirant. Ces noms n'avaient rien d'extraordinaires mais elle ne savait vraiment pas nommer ses toiles. Sinon, elle aurait dû les appeler « Yusu », ou « Ichigo », ou encore d'autre puisqu'elle s'était toujours inspirée d'un de leurs mouvements, d'une chose qu'ils avaient faite ou dit, d'une position qu'ils avaient pris… Sa famille et ses amis étaient son inspiration.
Alors que la chasseuse d'art contemplait les tableaux, son regard fut attiré par une autre toile posée sur un grand chevalet et sur une toile posée au sol.
_Mon Dieu ! Cria-t-elle. Et ceux-là Kurosaki-san ! Ils sont si splendides ! On dirait que cette ombre va sortir de sa cage ! Et ses yeux ! Ils sont si… envoûtants ! On croirait qu'un dragon va se jeter sur nous ! Quelle belle alliance entre réalisme et fantaisie ! Et ce tableau-là ! Il n'est pas terminé, je sais, mais ce bel Apollon aux cheveux blanc qui dort paisiblement et cette dominante de bleu et de turquoise ! J'adore ! Est-ce la prochaine « Lignée » que vous préparez ?
_Non, dit fermement Karin. Ceux-là ne seront pas à vendre. C'est…personnel.
Maeda Amane sembla très déçu.
_Dommage. Ils sont d'un réalisme extraordinaire ! Excepté peut-être la couleur de ses cheveux… ça donne un côté onirique à la toile…
Elle contempla avec insistance le corps nu de Tôshirô enroulé dans ses draps blanc trop longtemps au goût de Karin qui commença à montrer des signes d'impatience.
_Bien ! Conclut la quinquagénaire en revenant à son objectif numéro un. J'emporte avec moi ce conteneur pour préparer le vernissage et je vous appelle quand tout sera fin prêt !
_Il y a ce conteneur là aussi pour La Lignée Rouge, rajouta Karin en désignant une immense boite au fond de la salle.
_Et bien ! Et bien ! Et bien ! Vous vous êtes surpassé ces derniers-temps ! Mon patron ne m'en avait pas parlé, mais ça ne pose aucun souci, bien sûr ! C'est même époustouflant ! J'enverrai notre coursier le chercher avec sa camionnette dans la semaine !
Et sur ce, elle partit à grand pas, ne laissant dans le hangar qu'un parfum d'ambition et de passion.
Karin soupira. Elle se sentait toujours mal à l'aise quand elle recevait des gens chez elle. D'autant plus quand ces personnes-là débordés d'un entrain bien trop étalé à son gout.
_Ça va ? Dit une voix derrière elle.
Elle se retourna vers Tôshirô. Il n'avait pour seul habit qu'une serviette blanche entourée autour de sa taille.
_Bien mieux maintenant, fit-elle en faisant glisser la serviette le long de ses cuisses.
Elle se colla contre lui et mordilla le bout de son nez.
_Je t'aime…
