CHAPITRE VI : Grand Vide et Aveu

_IMPOSSIBLE ! Cria le capitaine dans sa cellule en donnant un coup contre le mur. Je n'ai pas pu être aussi bête ! Tu mens !

Cette fois-ci, Karin ne put plus retenir ses larmes. Elles coulèrent à flot le long de ses joues pâles comme si plus rien ne pouvait les arrêter. Elle était là, allongée dans ce lit inconfortable, pleurant silencieusement pour qu'il ne sache pas le mal qu'il lui faisait.

« Non » pensa-t-elle. « Il ne doit pas savoir ce que je ressens. »

_Bordel ! Continua-t-il. Que m'as-tu fais ? Jamais je n'aurais pu trahir la confiance de mon Commandant-Capitaine pour une vulgaire... sorcière !

Ne pouvant plus se retenir, Karin gémit et laissa un sanglot s'échapper de ses mains qu'elle avait plaqué contre sa bouche pour étouffer le moindre bruit qui aurait pu trahir son émoi.

Dans la cellule d'à côté, il sembla que le capitaine avait arrêté de bouger pour écouter. Le silence n'avait jamais été aussi pesant qu'en cet instant.

_Kurosaki-san...

Elle ne répondit pas, trop occupée à calmer ses sanglots.

_T'ai-je jamais dit que je t'aimais ?

Alors ce fut comme un violent coup de poing pour elle. Lui avait-il déjà dit ses quelques mots ? Une fois ? Une seule fois ?

Elle tenta de réunir au mieux ses souvenirs malgré les secousses qui remuaient son corps de part et d'autre mais rien... le néant... pas la moindre trace de ces trois mots dans sa tête...

_Je vois, répondit Tôshirô posément. Peut-être que j'étais en mission ? Pour te surveiller tout ce temps et comme nous avons tous perdu la mémoire, personne ne s'en rappelle ! Ou alors j'ai perdu la tête et je me suis amusé avec toi mais ça ne me ressemble pas.

_Tout comme de dire « je t'aime » à ceux qui te tiennent à cœur non ? Cria-t-elle, désespérée comme jamais.

Cette question de la jeune fille le plongea dans une profonde réflexion. Lui aurait-il dit ces mots même s'il les pensait ?

Il secoua sa tête pour remettre de l'ordre dans ses idées. Non. Jamais il n'aurait réagis si bêtement, surtout pour une fille. C'est vrai qu'elle était belle et qu'elle déclenchait un trouble étrange dans son esprit à chaque fois qu'il posait les yeux sur elle mais jamais, jamais de sa vie, il n'aurait défié les lois à ce point. Pour quoi ? Quelques instants de vices entre ses bras ? N'était-il pas entièrement dévoué à la cause du Seireitei ? Et surtout, quel charme avait-elle bien pu utiliser pour le confondre à ce point ?

Il pensa alors à sa division qui devait être dans une pagaille énorme, à Matsumoto qui devait le défendre corps et âme au péril de sa propre vie et à Hinamori avec qui il avait vécu toute son enfance, à sa grand-mère... sa grand-mère qui ne devait même pas savoir qu'elle ne reverrait plus son petit-fils...

Comment avait-il pu être aussi bête !

Il entendit la jeune fille à côté, secouée par des sanglots. Pourquoi agissait-elle ainsi ? Toute cette histoire était-elle montée de toute pièce ?

C'est sur cette réflexion que la porte du couloir s'ouvrit avec fracas, laissant entrer un homme froid qu'il reconnût comme étant le Capitaine Kuchiki Byakuya.

Tôshirô se rapprocha des barreaux, prêt à accueillir sa sentence, mais le Capitaine de la sixième division s'arrêta à la cellule qui jouxtait la sienne. Celle de Kurosaki Karin.

« Ça ne présage rien de bon » pensa-t-il.

La jeune fille releva la tête brusquement pour voir l'homme qui lui faisait face. Il y avait dans ses yeux une sévérité sans pareil et lorsqu'il ouvrit la cellule pour y pénétrer, Karin se jeta d'un bond contre le mur pour lui faire face, prête à se défendre.

Elle se rappelait que c'était lui qui avait tenté de la tuer moins d'une semaine avant ce jour.

_J'ai des questions à vous poser, dit-il sèchement. Et vous allez y répondre de grès ou de force.

Le corps de la jeune fille fut parcouru d'un frisson d'effroi. Qu'entendait-il par « de grès ou de force » ?

_Pourquoi vous obstinez-vous à me poser des questions alors que vous n'écoutez même pas les réponses…

_Il est temps de cesser de mentir Kurosaki-san et de nous révéler vos intentions.

Il ne bougea pas d'un centimètre et pourtant, de tout son être, Karin sentait qu'il était très sérieux et que les choses allaient déraper.

_Vous nous avez parlé d'un certain Kurosaki Ichigo que vous nous décrivez comme étant votre frère et un shinigamis. Pourtant, nos recherches nous démontrent qu'il n'y a aucune trace de cet homme. D'après vous, qu'est-ce que cela signifie ?

_Je ne sais pas ! Dit-elle, ironique. Cherchez mieux ?

_Vous allez cesser de jouer avec nous. Répondez !

Elle le défia du regard.

Il avança alors ses mains vers elle et murmura une incantation qu'elle ne comprit pas. Tout-à-coup, toute sa chair se mit à la bruler atrocement. Un cri de douleur sortit de sa bouche, exprimant la violence qui était faite à son corps.

Puis, après quelques secondes qui lui parurent une éternité, la douleur s'arrêta brusquement.

Elle tomba à genoux, la respiration coupée.

_Qu'avez-vous fait de nos zanpakuto et pourquoi ne pouvons-nous plus les invoquer ?

_Je… je n'en sais rien !

_Arrêtez de mentir ! Vociféra-t-il en relançant ce sort qui déchirait ses entrailles. Si vous n'en saviez rien, pourquoi avoir peint ce tableau ?

_Je… JE NE SAIS PAS ! Cria-t-elle une fois la torture arrêtée, les larmes coulant à flot sur ses mâchoires contractées. J'ai juste rêvé d'eux c'est tout ! Je n'y suis pour rien !

La colère traversa les yeux du Capitaine et il murmura à nouveau son incantation.

La douleur était telle, que Karin croyait que sa tête se déchirait en deux. Elle sentait que ses organes internes se broyaient et que sa peau suait par tous ses pores d'une violence extrême.

La torture cessa. Elle attrapa la couverture de son lit et la glissa contre elle, entre son bourreau et elle, comme si cela pouvait suffire à la protéger.

_Et notre amnésie ? Et le fait que le Capitaine Hitsugaya soit impliqué dans cette histoire ? Quel est son rôle ?

Tôshirô bougea dans sa cellule. Alors ce fut comme un choc électrique traversant le corps de la jeune fille de part et d'autre. Elle revit ses yeux d'un turquoise envoûtant, sentit l'odeur de sa peau, la chaleur de ses baisers et toutes les images de celui qu'elle aimait lorsqu'il l'avait touché, embrassé et savouré. Peu importe ce qu'ils pouvaient tous croire ou penser. Elle l'aimait réellement, d'une passion sans limite.

Elle sut alors, à ce moment-là ce qu'elle devait faire.

Cet homme ne l'écoutait pas quoi qu'elle puisse dire et il finirait par la tuer à un moment donné, et il tuerait ensuite celui qu'elle aimait plus que tout au monde. Que pouvait-elle faire pour le sauver ? Comment allait-elle s'y prendre pour qu'il ne périsse pas sous leurs coups ?

Elle repensa aux phrases que son amant lui avait dit quelques minutes plus tôt : « Que m'as-tu fais ? », « Peut-être que j'étais en mission ? Pour te surveiller tout ce temps et comme nous avons tous perdu la mémoire, personne ne s'en rappelle ! ».

Alors, pleine de désespoir mais résignée, elle releva la tête vers son tortionnaire, força ses lèvres à s'étirer en un sourire et murmura :

_Assez joué. J'avoue. C'est moi qui ai semé toute cette pagaille…