CHAPITRE VIII : Entre Rêve et Réalité

Karin massa sa nuque endoloris. Ça faisait plusieurs semaines qu'elle n'arrivait plus à dormir sans que des cauchemars l'assaillent au beau milieu de la nuit.

Elle voyait des créatures en tout genre qui regardaient le mur, sans bouger, assises sur son canapé, autours de sa table basse et même s'il ne se passait rien, l'angoisse était persistante, pénétrante comme une lame de rasoir.

Animal ou humanoïde, ils transperçaient son âme comme une lame tranchante.

Alors elle s'asseyait devant son chevalet chaque matin et continuait de peindre un peu de ce rêve, du mieux qu'elle pouvait. Ce tableau était sans doute la plus belle œuvre qu'elle ait jamais peinte mais elle n'arrivait pas à l'aimer. Autours de ces créatures, il manquait quelque chose d'essentiel, quelque chose de capital, un blanc qu'elle n'arrivait pas à combler.

Karin, épuisée, posa son pinceau et sa palette sur le sol en contemplant ses trois extravagants personnages qui l'observaient avec rancœur et surtout, elle fixa cette aura rouge, pleine d'agressivité qui avait l'air de danser sur place, planant au-dessus de son canapé.

_Je deviens folle, soupira-t-elle en se dirigeant vers sa cuisine.

La jeune fille attrapa une tasse de café remplis à ras bord et songea à son amant.

Il était partit depuis deux longs mois déjà et son absence était de plus en plus difficile à supporter. Pourtant, elle savait bien à quoi s'attendre en sortant clandestinement avec un capitaine du Seireitei ! Mais elle accumulait depuis quelque temps la fatigue et l'angoisse et personne à qui en parler.

Isshin et Yusu étant partit en vacances à l'étranger, Karin n'avait que peu de nouvelles d'eux et cet éloignement lui pesait beaucoup. D'autant plus que son frère continuait sans cesse à jouer les filles de l'air.

A cette pensée, elle retrouva un peu de gaieté et sourit en imaginant Ichigo habillé d'une robe rose, dansant au milieu des fleurs de cerisier, le vent dans les cheveux.

Elle se surprit à ricaner en secouant la tête. Avec la fatigue, son esprit se laissait bien trop souvent aller vers des pensées farfelues. Mais toujours personne avec qui les partager. Ryohei ? A l'université de Tokyo. Kei ? Avec sa copine. Kazuya ? A l'étranger. Et Heita ? Au boulot. Elle soupira de lassitude.

Karin s'allongea sur son canapé en posant sa tasse sur le sol et ferma les yeux quelques minutes dans l'espoir de trouver le sommeil. Mais tout-à-coup, alors que son corps s'abandonnait, elle sentit que quelque chose l'épiait. Elle ouvrit alors les yeux et se redressa pour trouver celui ou celle qui l'observait.

Rien. Le vide. Juste ses tableaux. Surtout ce tableau.

Intriguée par une chose nouvelle, Karin se leva, sa tasse à la main et se dirigea vers sa toile. Mais lorsqu'elle fut assez près pour contempler son cauchemar, une horrible image se présenta à elle.

Les créatures qui regardaient le mur quelques minutes auparavant, comme elle l'avait peint, tournés à présent leur visages et leurs yeux débordant d'agressivité vers elle. Son cœur rata un battement et elle sentit que le sol devenait mou. S'écroulant par terre, elle perdit connaissance.

« Aide-nous »

« Entends-tu, gamine ? »

« Nous sommes nombreux à t'appeler mais tu n'écoutes pas vraiment, tu sais ? Concentre-toi ! »

« Eh ! Karin-chan ! Tu te souviens de moi ? T'as juste à nous peindre avec eux ! C'est tout ! »

« Kurosaki-san… je sais qui tu es, je sais ce que tu as fait. Je sais aussi dans quels ennuis nous sommes lui et moi maintenant. S'il meurt, je n'ai plus aucun intérêt. Alors aide-nous et après… disparait. »

« Qu'est-ce que tu racontes ? »

« Ceci ne te regarde pas. »

« Vous connaissez cette gamine ? »

« … »

« Eh ! Le glaçon ! Je te parle ! »

« Vous croyez vraiment que c'est le moment de discuter de ça ? »

« C'est vrai ! Peu importe qui est cette fille. Elle nous voit et nous entends. C'est tout ce qui compte. »

« Mouais. Vite dis. Moi j'vous dis qu'on est bloqué pour un bon bout de temps. »

« Non. Plus pour longtemps. Ils approchent… Je le sens… »

Lorsque Karin ouvrit les yeux, sa tête lui faisait terriblement mal. Elle s'était sûrement cognée en tombant pendant son malaise.

Soudain, revenant à la réalité, elle se releva et fixa intensément son tableau. Cependant, les visages des créatures regardaient le mur comme elle l'avait originellement peint. Avait-elle rêvé ? Etait-ce une hallucination dû à son manque de sommeil ? Pourtant cette sensation lui avait parût tellement réelle !

Elle posa une main tremblante sur son cœur lancé à toute vitesse comme un moteur de voiture de course et prit une grande inspiration pour se calmer.

_Allez Karin, dit-elle pour apaiser son rythme cardiaque, c'est rien ! Juste la fatigue et le manque d'exercice.

Puis elle se rendit compte qu'avec cette histoire, elle n'avait pas mis les pieds dehors depuis plusieurs jours.

_Bonne idée, reprit-elle. Mes placards sont vides. J'vais aller faire quelques courses…

Sur ce, elle recouvrit sa toile avec un tissu, attrapa au vol une veste en jeans, mit ses vieilles baskets délavées et claqua la porte derrière elle.

La ville ne changeait pas. Toujours les mêmes immeubles, les mêmes boutiques, les mêmes visages… Tout paraissait fade aux yeux de la jeune fille. Sa fatigue était bien trop grande pour en apprécier le bruit et les couleurs. Et malheureusement, cela se ressentait sur son travail.

Maeda Amane, la chasseuse d'art l'appelait tous les jours pour savoir où en était sa nouvelle collection. Bien sûr, il était bien trop tôt pour faire une nouvelle exposition mais une constante dans son travail était de rigueur lorsque l'artiste plaisait énormément. Surtout une jeune artiste peintre comme elle. Et puis, l'inspiration, ça ne se commandait pas…

D'ailleurs, elle se rappela que cette dernière devait passer dans le courant de l'après-midi pour voir où en était sa nouvelle « Lignée ».

Karin sortit rapidement d'une grande surface, les bras chargés de paquets. Elle n'arrivait pas à effacer les hallucinations de sa mémoire. Durant ce lapse de temps, il lui avait même semblé qu'on l'interpelait, lui parlait mais ce n'était pour elle qu'un infime sentiment trop éloigné de la réalité pour pouvoir en être sûr et certaine.

Elle marcha ainsi pendant une demi-heure vers la sortis de la ville, en direction de la forêt quand, passant devant une vitrine, une angoisse foudroyante lui serra les tripes. Elle se stoppa net, la respiration s'accélérant de seconde en seconde.

Reculant d'un pas, elle tourna ses yeux avec appréhension en direction de la vitre. Mais lorsqu'elle y regarda de plus près, une fois de plus, son esprit l'avait trompé. Elle était pourtant sûr qu'au milieu de cet amas d'objets en tout genre, au milieu de ses gadgets à bas prix, d'avoir aperçu la silhouette d'un samouraï en armure. Mais toujours rien. Juste une impression oppressante.

_Eh ! Vous ! Cria un homme par la porte du magasin.

Karin sursauta et laissa glisser ses paquets par terre. Alors les larmes lui montèrent aux yeux et sans pouvoir se retenir, elle émit une plainte et se laissa choir vers le sol.

_Pardon Mademoiselle ! S'empressa de dire le vendeur en sortant pour l'aider à ramasser ses courses. Je ne voulais pas vous effrayer !

_Ce… ce n'est rien, dit-elle en séchant ses larmes avec honte. Je suis juste fatiguée, excusez-moi.

Le vendeur lui sourit gentiment en l'aidant à se relever.

_J'ai vu que vous regardiez ma vitrine avec insistance, dit-il en rougissant. Alors j'voulais simplement savoir si vous aviez besoin de quelque chose.

_Je… non merci. J'ai cru voir… non rien, pardon. Je… je vais y aller.

Et Karin attrapa les paquets que le vendeur tenait dans ses bras et commença à partir quand celui-ci lui attrapa le bras. Elle sursauta et lorsqu'elle le regarda, ses yeux à lui étaient vides, sans expression.

_Qu'est-ce que t'attends, gamine ! Dit-il avec une voix étrange qui ne lui ressemblait pas du tout. Sors nous de ce merdier et vite !

_Que je… quoi ?

_Dis-lui d'arrêter ça parce que là-haut, c'est vraiment la merde !

_Que j'arrête quoi ?

Tout-à-coup, le vendeur pâlit et chancela sur ses jambes avant de jeter un nouveau regard sur la jeune fille.

_Vous disiez Mademoiselle ?

_Je disais ? Mais… mais c'est vous à l'instant qui me parliez ! Qui est-ce que je dois arrêter ?

Le jeune homme la fixa comme si elle était cinglée.

_Laissez tombé. Je rentre chez moi et encore désolée pour le dérangement.

Karin reprit son chemin à grands pas. Elle n'en revenait pas. Toutes ces choses qui lui arrivaient la rendaient complétement hors d'elle. Fallait-il qu'elle voit un médecin ? Et pourquoi Tôshirô n'était pas auprès d'elle en cet instant ! Elle était persuadé qu'il l'aurait écouté et cru.

C'était décidé. En rentrant, elle téléphonerait à son frère pour savoir de quelle manière elle devait agir. Peut-être que si elle lui laissait un message, il finirait par rappeler avant qu'elle ne sombre dans la folie.