CHAPITRE IX : Le Tableau Interdit
La salle était plongée dans la pénombre. Quatre silhouettes fouillaient un petit hangar dans l'espoir de trouver un indice. Mais rien de bien significatif. Des peintures, des pinceaux, des vêtements.
_Vous voyez quelque chose d'intéressant dans ce gros bordel ?
_Capitaine Zaraki, si nous avions découvert quelque chose, vous seriez au courant je crois…
Kenpachi grogna. Ce genre de mission l'ennuyait au plus haut point. Il espérait en venant dans le monde réel trouver de quoi s'occuper un peu. Un ennemi ou deux. Ou trois. Peut-être plus encore !
Au lieu de ça, il devait partager son temps avec ce glaçon d'Hitsugaya, cet âne excité d'Abarai et ce prétentieux Kuchiki. Ils étaient complètement perdus sans leurs zanpakuto alors que lui ne perdait pas grand-chose à ce jeu-là, exception faite à sa mémoire. L'idée d'avoir battu et été vaincu par des ennemis dont il ne se souvenait même pas le nom ou le visage, ou au moins la force spirituelle, l'irritait comme jamais.
Et devoir, par-dessus tout, fouiller un hangar où s'amoncelaient des objets en tout genre sans grande importance commençait à le chauffer sérieusement.
_Capitaine Abarai, dit-il, vous voyez un truc intéressant dans ce putain de merdier ?
Une voix s'éleva d'une petite salle qui jouxtait le mur du fond.
_C'est une fille qui habite là.
_Comment savez-vous ça ? Demanda le Capitaine Kuchiki qui regretta presqu'instantanément d'avoir posé cette question.
_Euh… hésita Renji Abarai. C'est… c'est une salle de bain et dans les tiroirs, ben… y a des sous-v…
_C'est bon, merci Capitaine, le coupa Tôshirô. Nous avons compris.
Ce-dernier observait le hangar avec appréhension. Il ne comprenait pas pourquoi son cœur s'accélérait comme ça à chaque fois qu'il posait ses yeux sur les meubles et les objets. Qui avait-il de si important dans l'odeur de cette salle pour que son corps frissonne ?
_Je ne vois rien qui pourrait expliquer une telle concentration de reïatsu dans cette partie de la forêt, dit le Capitaine Kuchiki.
_Pourtant, reprit Tôshirô, c'est la seule habitation dans ce coin-là. Le début de la ville est à, au moins vingt minutes de marche.
_Attendons sa propriétaire, suggéra Zaraki Kenpachi en bouillant de l'intérieur. Je suis sûr qu'elle aura pleins de choses à nous raconter…
_Si il y a une propriétaire, ajouta la Capitaine Abarai. Les placards de la cuisine sont quasiment vides.
_Oui mais les peintures de ces tableaux-là ont l'air fraîches.
Un silence pesant s'abattit sur le groupe.
_Bien, reprit le Capitaine Hitsugaya. Je propose que nous montions la garde en dehors de ce taudis et que nous observions la situation jusqu'à ce que quelque chose bouge.
Tous les trois acquiescèrent. Mais lorsqu'ils s'apprêtèrent à quitter les lieux, le regard de Byakuya Kuchiki s'arrêta sur une tasse de café renversée sur le sol. Il se pencha pour la ramasser et se releva pour faire face à un grand drap blanc, reposant sur un immense rectangle. Que pouvait-il y avoir derrière pour être ainsi dissimulé ?
Alors il approcha sa main et attrapa le bout de tissu pour tirer dessus quand, tout-à-coup, la porte d'entrée grinça.
_Kurosaki-san ? Minauda la voix d'une femme. Vous êtes là ?
Il n'y eut, bien sûr aucune réponse.
Alors, la femme entra et caressa toute la salle de ses yeux ambitieux.
Les quatre capitaines encore présents en plein milieu de ce champ de bataille retinrent leur souffle. Allait-elle les voir ? Mais la chance fut de leur côté car elle cria :
_Tu peux entrer ! Elle n'est pas là !
_Vous êtes sûr ? Elle n'aime pas trop être dérangée…
Un jeune homme de seize ans environ passa sa tête par l'ouverture de la porte. Il était blond comme les blés et ses yeux étaient d'un vert clair comme deux pommes. Il avait l'air timide et étourdis.
_Si je te le dis, reprit-elle. Tous les artistes de Karakura me donnent leur clef pour passer prendre leurs œuvres quand ils sont absents, mais obtenir celle de Kurosaki-san a été plus qu'un challenge ! Elle est vraiment sauvage, cette jeune fille. Très asociale.
_C'est pour ça que j'aime pas la croiser… la dernière fois, elle m'a dit de déguerpir vite, avec son conteneur… Pourtant, vous aviez pas dit qu'elle devrait être là aujourd'hui ?
_Tu sais, avec ces artistes, on peut s'attendre à tout ! C'est pour ça que maintenant, je rentre sans frapper. J'aime les surprises…
Maeda Amane, la chasseuse d'art, fit glisser sa main aux griffes acérées sur des conteneurs. Qui avait-il à l'intérieur ? Elle savait que Karin n'avait pas encore achevée sa nouvelle « Lignée » mais elle mourait d'envie de voir où elle en était.
_Y a quoi dans ces conteneurs-là ? Dit le jeune homme, curieux.
_Sa nouvelle série, je suppose. Mais nous allons attendre qu'elle revienne pour ouvrir ça. Je ne crois pas qu'elle apprécierait si je fouillais dans ses affaires sans son autorisation.
_Mais on vient pas chercher quelque chose ?
_Non, idiot ! On vient voir si le travail progresse ! Avec ses artistes, on ne sait jamais s'ils vont être prêts à temps ! Alors, on vient parfois les pousser un peu à trouver l'inspiration, vois-tu ?
Le garçon fit « non » de la tête et alla s'assoir sur le canapé, à côté du capitaine Zaraki qui le fixait d'une aura meurtrière. Il ne réagit pas.
_C'est dommage quand même, reprit-il en faisant la moue.
_De quoi ? Demanda la chasseuse d'art.
_Ben, elle est vraiment mignonne cette Kurosaki-san, mais c'est pas comme ça qu'elle se trouvera un mari ! Surtout en vivant dans un bordel pareil !
_Détrompes-toi !
Maeda Amane se mit à ricaner bêtement. Elle avait l'air de quelqu'un qui prépare un coup-bas.
_Vous me faites peur des fois Maeda-sama… Qu'est-ce que vous voulez dire par « Détrompes-toi » ? Elle a quelqu'un ?
_Et bien, figures-toi que la première fois que je suis venue ici, il y avait quelqu'un sous la douche !
_Ouais. Et ?
_Et bien, comme je suis curieuse, j'ai jeté un œil par la fenêtre en sortant pour voir si mes soupçons étaient fondés ! Et figures-toi qu'elle couche avec un dieu !
_Pff. N'importe quoi…
_Tu ne me crois pas ?
_Maeda-sama… des fois vous dites des trucs bizarres alors j'ai toujours du mal à savoir si c'est du lard ou du cochon…
_Je peux te le prouver !
_Ah ouais ? Et comment ?
_Elle l'a peint !
_Qui ça ? Le gars ?
_Oui ! J'ai même cru que c'était sa nouvelle série de tableau et elle m'a dit que non. Que c'était personnel !
_Ben si c'est personnel…
_Attends ! Je vais te le retrouver ! Il doit être fini maintenant ! La dernière fois, il était sur ce chevalet-là !
Maeda Amane se jeta sur le drap qui recouvrait sa nouvelle toile, là où Byakuya avait posé sa main quelques secondes auparavant, et l'enleva précieusement. Elle fit une grimace d'exaspération.
_Vraiment ! Ces artistes !
_Qu'est-ce qu'il y a patronne ?
_Pourquoi a-t-elle recouvert une toile blanche ? Vraiment, je ne les comprends pas, parfois. Attends ! Il doit être dans ce conteneur-là ! Le grand ! Aides moi à l'ouvrir.
Et tandis que la chasseuse d'art et son laquais se dirigeaient vers une grande boite en aluminium, quatre capitaines restaient muets, figés devant la représentation corporelle – ou presque – de leurs zanpakuto. Là où Maeda Amane voyait une toile blanche, les autres se trouvaient confrontés à une masse impressionnante de reïatsu pur sur cette fresque.
Un homme froid avec une croix blanche, un samouraï, un singe à queue de serpent et une aura rouge meurtrière faisaient l'objet de ce merveilleux tableau.
Renji Abarai se jeta à son tour dessus et toucha la surface.
_C'est sec, dit-il. Pourtant, il y a des blancs dans ce tableau. Et pourquoi Zabimaru est-il là-dedans ? Et Hyorinmaru ? Et…
_Je n'en sais pas plus que vous, murmura Byakuya Kuchiki. Je crois qu'attendre la propriétaire des lieux n'est vraiment pas une mauvaise idée… nous allons avoir quelques questions à lui poser.
Tous se regardèrent avec un air entendu. Ils avaient sûrement trouvé la raison de tout ce chamboulement. La raison pour laquelle ils ne pouvaient pas communiquer avec leur zanpakuto. Cette concentration énorme de reïatsu pur autour de ce hangar. Pourquoi ne pouvaient-ils plus pénétrer dans un gigaï. Et enfin, ce qu'étaient devenu leurs souvenirs.
_Bien, conclut le Capitaine Hitsugaya. Nous allons nous cacher ici pendant un moment et je crois que la meilleur tactique et de lui tomber dessus sans qu'elle ne nous voit. Si cette Kurosaki-san a bien peint ça, elle doit sûrement s'attendre à notre visite et elle risque de s'enfuir.
_Pas vous Taïcho, dit le capitaine Zaraki avec une certaine excitation dans la voix.
Tôshirô se retourna vers lui, étonné.
_Comment ça, pas moi ?
_Je crois, petit Capitaine, reprit la grande brute en fixant la femme et le jeune garçon qui s'extasiaient devant un conteneur ouvert, que la mission s'arrête ici pour vous.
Le jeune homme se tourna alors vers ce que tous regardaient.
Son cœur rata alors un battement et son souffle se coupa.
La chasseuse d'art avait sorti et appuyé un grand tableau sur lequel il se voyait nu, en parti recouvert d'un drap qui ne cachait que de justesse sa virilité et dans ses bras, il tenait une jeune fille magnifique, également nue dont les cheveux noirs se mélangeaient aux siens. Leur deux corps se serraient l'un contre l'autre et leurs lèvres échangeaient un baiser qui n'aurait pu tromper personne.
_C'est lui ! Cria Maeda Amane. C'est avec cet homme qu'elle a fait l'amour quand je suis partit ! Oh ! C'était vraiment fusionnel entre eux ! Merveilleux ! Elle a même réussis à se peindre elle-même dans cette œuvre !
_Pourquoi, elle n'y était pas au début ?
_Elle ne l'avait pas fini !
Et tandis que ces deux-là trépignaient de joie devant l'intimité de Karin, Tôshirô, lui, sentait que le monde s'écroulait sur ses épaules. Tout son corps était figé, comme un bloc de glace.
Deux mains vinrent tout-à-coup se poser de part et d'autre de ses épaules pour le tenir fermement.
_Je crois Hitsugaya Taïcho, conclut le Capitaine Kuchiki, que cette mission était votre dernière…
