CHAPITRE X : Confession
_Assez joué. J'avoue. C'est moi qui ai semé toute cette pagaille…
Le Capitaine Kuchiki baissa ses mains lentement. Il la regardait avec méfiance. Venait-elle d'avouer ou jouait-elle encore avec lui ?
_Vous avouez pour tout ?
Karin essaya du mieux qu'elle pouvait de rassembler ses idées. Que lui reprochait-on déjà ? Ah oui. La disparition des âmes des zanpakuto dans leurs réceptacles d'acier. Quoi d'autre ?
_Avouez-vous, reprit le capitaine, avoir créé le trouble au sein du Seireitei et mit en danger l'équilibre ?
_Je…
_Répondez !
_Je viens de vous dire que oui !
Byakuya fit signe à sa captive de s'assoir. Consciente du danger que représentait cet homme, elle ne tergiversa pas et s'assit tant bien que mal sur le lit, sa couverture toujours serrée contre son corps meurtrit. Allait-il la croire ?
_Reprenons. Etes-vous la cause de cette concentration pur de reïatsu, de ce champ de force autour de votre… habitat ?
Pourquoi fallait-il qu'il l'insulte une fois de plus ? Son hangar ressemblait, certes, à un amoncellement d'objets en tout genre mais c'était son coin de paradis à elle. Cette façon qu'il avait de nommer l'endroit ressemblait plus à une insulte qu'à un simple mot.
_C'est… c'est ce qui se produit quand… quand je… quand je…
_Quand vous ?
_Quand je pratique la magie !
L'accusation que Tôshirô lui avait faite quelques minutes plus tôt en la traitant de « sorcière » lui laissa l'espoir que la magie existait bien.
Et le résultat fut le bon. Le Capitaine Kuchiki parut même un peu effrayé mais ce n'était qu'une ombre si furtive sur son visage que la jeune fille oublia tout aussi vite l'avoir vu paraître, remplacée par une aura pesante et étouffante.
_Êtes-vous nécromancienne ?
Elle haussa les épaules.
_Je sais pas comment vous appelez ça. Donnez-moi le nom que vous voudrez. Nécromancienne, sorcière, magicienne…
_Comment faites-vous ? Coupa-t-il.
Karin l'interrogea du regard. Que voulait-il dire par là ? Elle avait tellement peur de faire un faux pas que tout son cerveau bouillonnait et analysait chaque mot, chaque intonation de son bourreau.
Elle souhaitait tant sauver son amant qu'elle prenait le risque de s'enfoncer un peu plus à chaque réponse.
_Pour lancer vos sorts ? Hadô ? Bakudo ? Kido ?
Bien entendu, elle ne comprenait rien à ce qu'il disait. Puis elle se rappela que tout avait commencé avec ce tableau.
_Je peint. C'est tout.
Le capitaine ne bougeait plus. C'était la première fois qu'il entendait parler d'une magie comme celle-là. Mentait-elle une fois de plus ou ignorait-elle vraiment comment elle déclenchait sa magie ?
_Bien, continua-t-il. Et maintenant dites-moi comment se fait-il que nous ayons perdu notre mémoire ?
_C'est une erreur. Je… je voulais juste me venger.
_Vous venger ? De quoi ?
Intérieurement, elle jubilait. Les choses se passaient comme elle le souhaitait. Combien de temps cela allait-il durer ? Elle ne le savait pas mais c'était sa chance de placer le nom de son frère une fois de plus pour qu'ils continuent les recherches. A présent, il était le seul à pouvoir la sortir de ce merdier.
_Mon frère passe son temps à disparaitre, à nous abandonner parce que vous êtes des lâches et des incapables ! Et il…
_Encore cette histoire de frère !
_OUI ! Encore cette histoire de frère ! Je ne mens pas à son sujet ! Il existe bel et bien et il vous a sauvé les miches une bonne dizaine de fois ! Et vous n'êtes même pas capable de le retrouver ! Encore une fois, vous faites preuve d'incompétence !
_Et bien allez-y ! Redonnez-nous nos souvenirs que nous constations son existence.
Karin sentit son cœur s'accélérer. La bourde. Elle ne pouvait pas faire une telle chose ! Comment allait-elle s'en sortir ?
_Et bien ?
_Je… je ne peux pas.
_Vous ne pouvez pas ?
_Non.
_Donc vous êtes en train de me dire que nos souvenirs vont rester enfouis pour l'éternité ?
_Bonne question, lança-t-elle avec désinvolture. Lorsque je vous ai jeté ce sort, je n'ai pas pensé aux conséquences. Je voulais juste vous faire mal. Au moins pendant quelques jours, question de créer la confusion parmi vous. Juste certains d'entre vous. Pas tous. Je ne pensais pas que vos souvenirs seraient touchés.
_Vous ne pensiez pas que…
Une flamme de fureur s'alluma dans les yeux de Byakuya Kuchiki et lorsque celui-ci la gifla, Karin s'écroula sur le sol en gémissant.
_En fait, cria-t-il, vous n'êtes qu'une enfant qui jouait avec des choses qui vous dépassent et à cause de votre manque de discernement, c'est le monde entier qui va périr ! Et comment connaissiez-vous la forme de nos zanpakuto ? Et si le Capitaine Hitsugaya est votre complice, pourquoi l'avoir également touché ?
_Je… J'ai juste rêvé ! J'ai rêvé de ces créatures ! Je ne savais pas à qui exactement elles appartenaient ! Et je n'en ai peint que quatre ! Comment aurais-je pu imaginer que tout le Seireitei serait touché ?
Des larmes coulaient le long des joues de la jeune fille. Elle entendait l'horrible silence qui régnait dans la cellule de son amant. Autrefois, il l'aurait défendu.
Elle sentait qu'elle s'enfonçait de plus en plus dans le mensonge et il était, à présent impossible de faire marche arrière.
Quant au Capitaine Kuchiki, devinant qu'elle plaçait ses pensées vers le captif numéro deux, il poursuivit :
_Et pour le Capitaine Hitsugaya ? Etait-il complice de tout ça ?
Tôshirô retient son souffle. Il ne comprenait plus rien à ce qui se passait.
Elle venait de lui faire un long récit sur leur passé commun et tout-à-coup, elle avouait être nécromancienne ! Quel était son rôle à lui dans tout ça ?
Un silence pesant s'installa. Puis un cri. Un cri violent qui brûla ses entrailles.
Cette fille était folle et pourtant, à chaque fois que le capitaine Kuchiki l'assaillait d'une nouvelle incantation, il sentait son corps trembler comme si c'était insupportable. Il savait bien que c'était le rôle de Byakuya de faire parler les prisonniers quand la situation l'exigeait et que, même s'il ne laissait jamais rien paraître, cela l'enchantait peu. Alors, pourquoi sombrait-il à l'idée de l'entendre pleurer ! Etait-ce dû à tout ce qu'elle avait raconté sur eux ?
_Alors ? Reprit le capitaine Kuchiki.
_Je l'ai manipulé ! Cria Karin. Je voulais qu'il soit à moi ! Qu'il m'appartienne !
Le cœur de Tôshirô manqua un battement. Ce fut comme un coup de poignard. Elle le manipulait ? Depuis combien de temps ?
_Que voulez-vous dire par là ?
_Je… je l'ai rencontré il y a environ sept ans et je suis tombée amoureuse de lui. C'est tout. Mais lorsque je me suis déclarée, il m'a envoyé balader et m'a dit que ce genre de relation était interdit et que de toute façon, il ne tenait pas à moi plus que ça.
Le jeune capitaine se colla contre les barreaux de sa prison et tendit l'oreille. Son cerveau marchait à mille à l'heure et il était si confus qu'il ne savait même plus ce qu'il devait croire.
_C'était quand ? Cria-t-il. Quand est-ce que je t'ai dit ça ?
_Taisez-vous Capitaine, s'il vous plaît, demanda Byakuya Kuchiki avec autorité.
_C'était… c'était le jour de mes seize ans…
Alors c'était comme ça que la situation s'était réellement déroulée ? Il ne l'avait pas embrassé ? Il n'était pas si stupide finalement. Pourtant, elle avait mis tellement de conviction dans son récit que le doute persistait encore au fond de lui, comme une petite voix.
_Il me semble, reprit le Capitaine Kuchiki, que votre… chasseuse d'art ?
_Qui ça ? Maeda-san ?
_Oui. Cette femme, dit-il. Il me semble pourtant qu'elle vous a vu coucher avec lui.
Un autre silence s'installa.
_Vous ne répondez pas ?
_Je ne vois pas l'intérêt de la question alors que je viens juste de vous dire que je l'ai manipulé…
_Et de quelle manière vous y êtes-vous pris ?
_La peinture !
Tôshirô sursauta. Elle avait crié ce mot comme une révélation. Plus elle parlait, et plus il avait la sensation qu'elle découvrait elle-même son propre discours, comme monté de toute pièce. Apparemment, cela ne sautait pas aux yeux Byakuya. Peut-être parce qu'il n'avait pas entendu la sincérité avec laquelle elle avait écoulé le flot de leur passé.
_Encore la peinture ?
_Oui, dit-elle, sure d'elle. Ce soir-là, j'ai commencé à peindre ce fantasme, cette envie que j'avais de voir Tôshirô m'embrasser. Je ne m'attendais pas à ce moment, qu'il réapparaisse devant moi, à ma porte et qu'il m'embrasse.
_Et qu'est-ce qui vous fais dire que c'était à cause de votre peinture ?
_Parce que j'ai réessayé… plusieurs fois.
Le Capitaine Kuchiki semblait attendre la suite sans dire un mot. Tôshirô savait que même s'il était d'une patience sans faille, il devait brûler de l'intérieur maintenant que les choses s'éclaircissaient.
_Ensuite, continua la jeune fille, j'ai peint ses retours, ses baisers, ses caresses et… mais pourquoi je suis obligée de vous raconter tout ça ? Vous savez très bien par la suite ce qu'il s'est passé !
_Je ne crois pas que vous soyez en position de décider de la tournure que va prendre cette affaire. Alors répondez seulement.
Kurosaki Karin soupira. Une grande fatigue se faisait ressentir dans sa voix et même s'il ne la voyait pas, le jeune homme sentait bien qu'elle tremblait de tout son être.
_Je crois que j'étais juste amoureuse et je me suis laissée entraînée dans ce tourbillon de manipulation. Je l'ai regretté, profondément. Mais je ne voyais pas comment reculer. J'avais peur qu'il me haïsse alors que tout ce que je voulais, moi, c'était être auprès de lui !
_Donc, conclut Byakuya, le Capitaine Hitsugaya ne contrôlait rien. Ne dites-vous pas cela pour le protéger ?
_Tôshirô vous a-t-il déjà montré une quelconque faiblesse dans sa loyauté envers le Seireitei ?
La cellule d'à côté se mura dans le silence. Il n'y avait rien à répondre à cela car jamais il n'avait trahis les ordres de son Commandant-Capitaine. Il avait toujours été entièrement dévoué à la cause de l'équilibre. De plus, il aurait aussi pris le risque de mettre en danger son ami, son fidèle Hyorinmaru ! Et pourquoi ? Pour une fille ?
Aucune fille, aussi jolie soit elle, n'aurait pu le détourner de son chemin.
Tout-à-coup, la porte s'ouvrit. Tôshirô vit le vice-Capitaine Sasakibe entrer énergiquement et se poser devant la cellule où se déroulait l'interrogatoire.
_La situation est délicate Taïcho, dit-il. Yamamoto-sama veut un rapport immédiat.
_Qu'entendez-vous par « délicate » ? Répondit ce-dernier.
_Il semblerait qu'il existe bien un Kurosaki Ichigo et que nous lui devions à plusieurs reprises d'être encore en vie…
