Chapitre XI : Le Doute

Karin cessa de respirer. Alors ça y est ? Ils l'avaient retrouvé ? Et où était-il ?

_Comment va-t-il ? Murmura-t-elle, les larmes coulant toujours le long de ses joues. Il est ici ? Il va venir ?

Le vice-Capitaine la regarda d'une telle neutralité que cela aurait pu être pris pour de l'indifférence. Et comme elle s'y attendait, il ne répondit pas.

Le Capitaine Kuchiki se dirigea vers la sortit, ferma sa cellule et se retourna vers elle avant de quitter les lieux.

_Je tiens compte de vos aveux Kurosaki-san. Et je pense que le Commandant-Capitaine se montrera clément avec vous si vous nous ramenez nos zanpakuto. Réfléchissez bien. Vous avez agis bêtement, sans réfléchir mais maintenant, il est temps de réparer. Quand je reviendrai, vous me dirai comment s'y prendre pour inverser le sort. Si toutefois, ce que vous avez dit est vrai…

Puis ils franchirent la porte ensemble, ne jetant aucun regard à leurs captifs.

Karin se recroquevilla sur elle-même, ses très longs cheveux d'un noir de jais recouvrant tout son visage. Sa tête la brûlait atrocement et la fatigue était si forte qu'elle n'arrivait plus à garder les yeux ouverts. Mais tandis qu'elle commençait à se laisser tomber dans le sommeil, une voix la rappela à l'ordre. Une voix qu'elle chérissait.

_Je ne comprends pas…

_Qu'est-ce que tu ne comprends pas Tôshirô ? Dit-elle sur un ton las.

_Je ne comprends pas pourquoi tu m'as fait tout ce récit avec autant de conviction et de détails si c'est pour avouer tout-à-coup que tu jouais avec moi !

_Parce que je suis une gamine, répondit-elle, acerbe. Tu n'as pas entendu ton cher collègue ? Problème de maturité… je me suis laissé dépasser par les évènements.

_Ça suffit ! Cria le jeune homme, plein de désespoir. A qui as-tu menti Kurosaki-san ? Est-ce qu'on s'est aimé réellement ou m'as-tu vraiment manipulé ?

Karin étouffa un sanglot. Elle enroula sa couverture autours de ses épaules.

_Je t'ai manipulé ! Cria-t-elle. Je l'ai fait parce que je t'aime ! Et j'ai eu tort ! Et je m'en veux mais cela ne changera rien ! Je t'ai dit tout ça parce que j'espérais au fond de moi que toute cette histoire de magie était fausse et que ce n'était pas parce que je peignais ce que je voulais de toi que tu le faisais mais bien parce qu'au fond de ton cœur, j'y avais une place, même infime…

Même si elle mentait, la jeune fille avait pu placer une fois de plus ses trois mots qu'elle voulait lui dire depuis son enfermement ici. Un simple « je t'aime ». Ce foutu « je t'aime » qu'elle n'avait jamais entendu.

Quant à Tôshirô, il s'écroula sur son lit. Une fois de plus, elle déclenchait un trouble inexplicable en lui. A chaque fois qu'elle prononçait un mot, sa petite voix tremblante et légère lui donnait une avalanche de frisson dans la nuque. C'était un sentiment qu'il pensait n'avoir jamais ressenti et pourtant, il lui sembla tout-à-coup que son corps connaissait cette sensation.

Ce sentiment devait sûrement s'expliquer par la magie qui s'exerçait peut-être encore un peu en lui, mais il n'arrivait pas à croire à cette histoire complètement démente.

_Sais-tu Kurosaki-san que si tu mens, si tu dis au Capitaine Kuchiki ce qu'il veut entendre et non pas la vérité, tu risques de mettre tout le monde en danger, car ça veut dire que c'est quelqu'un d'autre qui s'en prend à nous et que nous le laissons faire ouvertement ? Tu comprends ce que je veux dire ?

Et elle le savait. Elle prenait le risque de faire traîner les recherches pour sauver celui qu'elle aimait. Oui, c'était un gros risque mais dans peu de temps, elle serait morte et ils finiraient par ce rendre compte que tout cela était monté de toute pièce.

Mais peut-être que ce lapse de temps, même infime, qu'elle offrait à Tôshirô lui suffirait à s'échapper, à se cacher ou à se battre. Peut-être même qu'Ichigo et son père le protègeraient ? Mais comment les prévenir ? Leur dire que pendant tout ce temps, elle leur avait caché sa relation avec un homme qu'elle n'aurait jamais dû regarder autrement que comme un ami de passage ?

_Je crois que je me suis déjà assez expliqué, conclut-elle en s'allongeant. Si ça n'est pas trop te demander, j'aimerai me reposer avant que ton petit copain ne revienne. Apparemment, il compte sur moi pour vous rendre vos pouvoirs et vos souvenirs… et j'ai besoin de toutes mes forces pour supporter les assauts de ce gars. Il a la main plutôt légère sur la torture quand mes réponses ne lui conviennent pas.

_Kurosaki-san ! Tu ne réponds pas.

Elle se tut, incapable de poursuivre cet entretien funeste.

_Kurosaki-san. Karin … répond-moi. Est-ce que je t'ai aimé ?

L'entendre prononcer son prénom comme autrefois la fit frémir. C'était si bon de l'entendre parler ainsi. Cependant, Karin se mura dans le silence et ignora tout ce que pouvait lui dire son amant. C'était trop douloureux de continuer à lui mentir.

De plus, il fallait impérativement qu'elle trouve une solution. Alors elle rassembla les dernières idées qu'elle pouvait encore avoir et son esprit se perdit sur ce tableau, celui par quoi tout avait commencé.

Des cauchemars, des créatures étranges, des voix, des voix et encore des voix…

« Bravo… maintenant ils vont même plus chercher à comprendre le faux du vrai ! »

« Kurosaki-san, ce que tu fais pour lui est très… courageux. Mais je crois que ça ne va aider personne. »

« Petite idiote ! Pourquoi tu ne leur a pas dit la vérité ? »

« Je sais pas si tu as remarqué, mais ils ne l'écoutent pas vraiment… »

« C'est ce qui arrive lorsque tout est confus. »

« Et ton maître n'y va pas de main morte en plus ! »

« … »

« Eh ! Karin-chan ! Tu te rappelles de moi ? J'étais encore un gosse à cette époque ! J'ai vachement grandit maintenant ! »

« … »

« … »

« … »

« Ben quoi ? Oh ! Et puis mince ! Karin-chan, va falloir te bouger ! Tu sais, je te l'ai dit la dernière fois ! T'as juste à nous peindre avec eux et je pense que ça devrait suffire ! »

« De toute façon, elle n'entend rien. »

« Bien sûr qu'elle entend ! »

« Kurosaki-san… réveillez-vous… »

Karin se réveilla en sursaut. Sur son front perlaient des gouttes de sueurs et ses mains étaient crispées sur la couverture.

_Kurosaki-san ? Dit la voix angoissée de Tôshirô dans la cellule d'à côté. Ça va ? Tu avais l'air de t'agiter.

_Merde, murmura-t-elle. Je sais comment vous rendre vos pouvoirs…

Cette phrase était sortie sans la moindre once d'hésitation. Elle savait par quel moyen elle allait réparer tout ça. Réparer. Cela ne voulait-il pas dire qu'elle était vraiment responsable de toute cette pagaille ? Etait-elle vraiment la fautive ? Si elle pouvait « réparer », c'est qu'elle avait déjà « cassé » quelque chose…

Et si elle résonnait de cette façon, cela ne voulait-il pas dire qu'elle était également responsable des sentiments de Tôshirô à son égard ? Bien sûr, elle avait toujours dessiné son amant mais avait-elle ainsi manipulé son esprit à lui ? Ses caresses, ses baisers brûlants, ses moments d'intimités ! Etait-elle vraiment une sorcière ?

Le trouble s'insinuait dans tout son être au point où elle ne savait plus le faux du vrai. Avait-elle forcé celui qu'elle chérissait à agir de même ?

_Kurosaki-san !

Le capitaine se colla contre les barreaux de sa prison. Il entendait la jeune fille pleurait démesurément dans sa cellule. Que lui arrivait-il ?

_Kurosaki-san…

_Tout est de ma faute, pleura-t-elle. Je… je suis désolée ! Je ne savais pas… Je…

La porte s'ouvrit avec fracas pour laisser entrer le Capitaine Kuchiki et la vice-Capitaine Matsumoto.

_Laissez sortir Hitsugaya Taïcho, dit-il sans aucune émotion.

Rangiku Matsumoto ouvrit la cellule de son supérieur avec un visage très sérieux. Ses yeux semblaient avoir versés beaucoup de larmes.

Le concerné hésita à sortir pendant une fraction de seconde. Il voulait en savoir plus. Il voulait savoir ce qu'elle avait encore à dire. Puis il se ravisa, pensant que cela pourrait passer pour un aveu de culpabilité.

Alors, Tôshirô se plaça face à son égal, le visage fatigué et inquiet.

_Vous êtes libre, dit le Capitaine Kuchiki. C'est la décision du Commandant-Capitaine. Cependant, vous serez tenu de rester dans vos quartiers de la dixième division sous surveillance, le temps que tout se remette en ordre. Est-ce assez clair ?

Karin vît son ex-amant acquiescer d'un signe de tête et lorsqu'il se dirigea vers la sortie, il la regarda avec un air froid, sévère et indifférent. Elle, de son côté, pressa sa main sur son cœur pour qu'il ralentisse. D'ailleurs, elle aurait aimé qu'il s'arrête de battre. Cesse de s'emballer. Elle ne voulait plus avoir mal. Ne plus penser à ce qu'elle était en train de perdre à tout jamais. Elle voulait sombrer…

Soudain, la porte se claqua, faisant disparaître Tôshirô de sa vue et elle se gifla mentalement. Depuis quand réagissait-elle si faiblement ? Ce n'était pas son genre de se laisser aller, de perdre espoir et de pleurer comme une fillette ! Et puis, elle aussi voulait savoir si elle était vraiment responsable de tout ce bordel. Elle voulait savoir plus que tout autre chose, si au fond d'elle reposait cette odieuse magie de contrôler l'âme et les esprits.

Si elle était innocente, rien ne se passerait ! Ils ne retrouveraient pas leur zanpakuto et leurs souvenirs et tout serait réglé ! Pourtant, dans sa tête, la solution s'était ouverte à elle le plus naturellement du monde. Et Karin ressentait certaines choses qu'elle ne comprenait pas, qu'elle ne contrôlait pas.

_Bien, reprit le Capitaine Kuchiki. Maintenant, il va falloir réparer.

La jeune fille releva sa tête vers lui. Il avait raison. Il était temps de tenter quelque chose alors, elle se mit debout et s'appuya contre les barreaux de sa prison.

_Il va me falloir des toiles, de petites tailles – ça suffira – et des pinceaux. Et de la peinture aussi. Beaucoup de peinture.

_Qu'allez-vous faire ?

_Je vais vous peindre avec vos zanpakuto. Je dois vous réunir sur le même support.

Le Capitaine fronça les sourcils, suspicieux.

_Qu'est-ce qui nous dit que vous n'allez pas nous enfermer avec eux ?

_Sans vouloir vous manquer de respect, je suis enfermée ici, encerclée par le Seireitei tout entier… j'ai peut-être agis sans réfléchir mais je ne suis pas folle.

Byakuya ne sembla pas tout à fait d'accord avec cette affirmation. Cependant, il prit sur lui pour faire comme s'il n'avait pas relevé.

_Emmenez-moi des hommes et des femmes. De faible rang pour commencer si vous avez peur que je vous piège. Je ne sais pas très bien comment faire mais peut-être que si je les vois, je rêverai de leur allié et je pourrai les peindre sur une même toile.

_Et nous pourrons de nouveau communiquer avec eux ?

« Non Kurosaki-san. Ce genre de chose prend du temps. Nous allons passer de ton esprit à nos réceptacles d'acier. Ce n'est pas évident. »

_Alors ? Reprit le Capitaine Kuchiki.

_Non, dit-elle, dictée par sa pensée. Il va leur être difficile de… de retourner à leur forme originelle. Ça va prendre un peu de temps. De toute façon, je suppose que vous êtes nombreux au sein du Seireitei ?

_Plus que vous ne l'imaginez…

Karin avala sa salive avec difficulté. Elle sentait déjà que tout n'allait pas être évident dans les jours qui suivraient.

_Et pour nos souvenirs ?

« Espérons qu'ils ne sont pas complètement enfouis. Peut-être reviendront-ils avec nous ! Alors grouille-toi que j'me la fasse ! »

_Je ne sais pas trop, hésita-t-elle. J'espère qu'ils reviendront en même temps.

Mais au fond d'elle-même, elle espérait que les souvenirs de ses assaillants ressurgiraient bien avant, pour qu'ils constatent qu'elle n'avait jamais été une menace.

Mais était-ce vrai ? Car à chaque fois qu'elle répondait aux questions de son bourreau, qu'elle répondait avec facilité et qu'elle entendait ses pensées se développer seules dans sa tête, elle avait la sensation qu'elle n'était pas étrangère à tout ce désordre.

Puis, une autre pensée vînt se loger en elle. Si Tôshirô retrouvait sa mémoire, que ferait-il pour elle ? Allait-il l'ignorer pour sauver sa peau ? Ce n'était pas son genre. Comment pouvait-elle douter de lui à cet instant précis ? Risquer sa vie pour la sortir de là ? C'était stupide ! Elle se donnait tant de mal pour qu'il ne lui arrive rien ! Ne valait-il mieux pas qu'il ne retrouve jamais ses souvenirs ?

_Kurosaki-san ?

Karin sursauta. Le visage de Byakuya Kuchiki était vraiment prêt du sien. Il la fixait avec insistance, comme s'il essayait de sonder son esprit afin d'y déceler une quelconque trace de mensonge ou de danger.

_Pardon, dit-elle, le plus sérieusement du monde. Vous me disiez quelque chose ?

_Oui. Je vous disais de dormir, parce que dans peu de temps, vous n'allez plus avoir aucun répit.

Une boule se glissa vicieusement dans la gorge de la jeune fille. Et alors que le Capitaine quittait les lieux, elle s'allongea dans le petit lit et se laissa sombrer dans un sommeil sans rêve, avec l'espoir de se réveiller quelques années plus tôt, quand tout était plus simple…